Glencore passé à la loupe au plan mondial pour ses manquements en matière d’ESG

Les délégués ont soulevé le refus de l’entreprise de négocier avec les travailleurs sur une transition juste et équitable et son aversion permanente pour un dialogue sectoriel qui garantirait les droits des travailleurs pendant la transition énergétique.

Au cours de l’assemblée générale, IndustriALL et ses affiliés ont interpellé le conseil d’administration de Glencore sur un certain nombre de questions urgentes.

Canada : les délégués ont demandé pourquoi une clause sur la transition juste et le dialogue social avait été exclue de la convention collective de la fonderie Horne. Ils ont demandé à l’entreprise de s’engager directement avec les représentants des travailleuses et travailleurs et de s’engager à trouver des solutions négociées qui protègent les emplois et les communautés.

Colombie : Glencore a annoncé son intention de fermer la mine de Cerrejón à La Guajira d’ici 2034 et a récemment confirmé d’importantes réductions de production. Le manque de transparence autour du processus de fermeture, en particulier à la lumière de la gestion très critiquée de la fermeture de Prodeco par l’entreprise, a intensifié la peur et l’incertitude parmi les travailleuses et travailleurs ainsi que les communautés locales. Nombre d’entre eux sont encore aux prises avec les retombées de cette première fermeture. Lors de l’assemblée générale annuelle, Glencore a déclaré qu’elle n’avait pas de plan de fermeture officiel à communiquer pour Cerrejón.

“Nous demandons à l’entreprise de publier son document officiel sur la fermeture de la mine, afin de permettre aux travailleuses et travailleurs, au gouvernement national et aux communautés affectées de se préparer et de planifier une transition juste. Cette demande n’est pas un appel à une fermeture anticipée, mais plutôt un appel à la préparation, à la coordination et à l’équité,”

a déclaré Juan Carlos Solano Guillen, Secrétaire pour la transition de Sintracarbón.

Sintracarbón a également exhorté Glencore à soutenir des programmes de reconversion et d’emploi alternatif pour les anciens travailleurs de La Jagua, dans la zone de Prodeco, qui reste abandonnée depuis que l’entreprise a mis fin à ses activités.

Malgré l’escalade des risques matériels liés à ses activités, Glencore a refusé de se joindre à l’IRMA (Initiative pour une Certification responsable de l’Exploitation minière), une norme mondialement reconnue pour les pratiques minières responsables.

Alors que le PDG de Glencore, Gary Nagle, a insisté sur le fait que la santé et la sécurité restaient la priorité absolue de l’entreprise, des délégués et des dirigeants des communautés ont rejeté ces affirmations. Ils ont fait valoir que la rhétorique doit être accompagnée d’actions concrètes. Des fermetures de fonderies aux dommages environnementaux, les activités de Glencore continuent de nuire aux travailleurs et aux communautés, sans qu’il y ait vraiment de preuves de prise de responsabilité ou de mise en œuvre de réparation.

“Nous demandons à Glencore d’engager un dialogue social mondial, de s’engager à respecter des normes minières responsables et de veiller à ce que la transition vers une économie à faibles émissions de carbone ne se fasse pas au détriment des droits et des moyens de subsistance des travailleuses et travailleurs. Tant que Glencore n’agira pas, la campagne mondiale pour la justice, la transparence et une transition juste continuera de gagner en puissance et en urgence,”

a indiqué Glen Mpufane, Directeur d’IndustriALL pour l’industrie minière.

Lors d’une réunion du réseau Glencore, qui s’est tenue un jour avant l’AG, les affiliés ont décrit un modèle constant de mauvaise conduite. En Australie, Glencore dépasse les seuils légaux d’émissions et a traîné des travailleuses devant les tribunaux pour tenter de bloquer la campagne “à travail égal, salaire égal”, au lieu de s’attaquer à l’inégalité salariale.

En Afrique du Sud, Glencore a fermé des fonderies sans préavis ni planification, laissant les travailleuses et travailleurs au chômage et les communautés dévastées.

“Sont-ils capables de vendre des fonderies à d’autres entreprises ? Est-ce que Glencore peut se pencher sur cette question ?”

s’interroge Donald Makofane, Secrétaire régional pour la jeunesse du Syndicat national des mineurs (NUM).

Au Canada, la pollution provenant de la fonderie de Rouyn-Noranda continue de menacer la santé publique, émettant de l’arsenic à des niveaux trente fois supérieurs à la limite provinciale.

“Nous voulons conserver les emplois, mais pas au détriment de notre santé,”

explique Kevin Gagnon de la Fédération de l’Industrie Manufacturière – FIM-CSN.

“Glencore ne peut pas continuer à faire fi de ses responsabilités alors que les communautés en subissent les conséquences. Nous faisons campagne depuis des années sans que ça ne mène nulle part. Nous ne nous laisserons pas réduire au silence,”

a déclaré Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL.

Un syndicaliste nommé ministre du travail au Gabon

Patrick Barbera Isaac a officiellement pris ses fonctions ce mois-ci, avec pour mandat de renforcer la mise en œuvre de la politique du travail, de réduire le chômage des jeunes, qui atteint actuellement 36,9 % selon la Banque mondiale, et de promouvoir le travail décent par le biais du dialogue social. Le taux de chômage est encore plus élevé chez les jeunes femmes, ce qui souligne l’urgence de stratégies de création d’emplois inclusifs.

L’ONEP, qui regroupe environ 3.000 travailleuses et travailleurs du secteur pétrolier et gazier du pays, s’est félicitée de cette nomination, appelant le nouveau ministre à donner la priorité à l’amélioration des conditions de travail et à l’institutionnalisation du dialogue entre les travailleurs et les employeurs.

L’économie du pays est fortement dépendante du pétrole, qui représente environ 40 % du PIB. Cette dépendance expose le pays à la volatilité des prix mondiaux. À mesure que les réserves de pétrole diminuent, le gouvernement se concentre sur la diversification économique et le développement durable.

L’ONEP a appelé le ministère du Travail à jouer un rôle proactif dans le développement des opportunités d’emploi dans les secteurs émergents, en particulier dans le contexte de la Transition juste du pays. Le syndicat fait partie du Réseau énergétique de l’Afrique subsaharienne (SSAEN), qui soutient l’implication des syndicats dans les stratégies de décarbonisation et les cadres relatifs aux énergies renouvelables.

Au-delà du pétrole, le Gabon se développe dans le gaz naturel et dans d’autres secteurs tels que l’agriculture, le tourisme, les technologies numériques et l’exploitation minière. Le pays détient des réserves stratégiques de minerai de fer, de manganèse et de terres rares, des minéraux essentiels pour les technologies des énergies renouvelables, notamment les véhicules électriques et la production de batteries. Le développement des industries numériques progresse également dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), dont le Gabon fait partie.

Alors que le pays s’engage dans des changements structurels, IndustriALL et l’ONEP soulignent que le dialogue social doit rester central. La nomination d’un ministre du travail ayant de profondes racines syndicales représente une occasion précieuse de s’assurer que les droits et protections des travailleuses et travailleurs sont intégrés dans la transition économique du Gabon.

“Je félicite notre collègue Isaac pour sa nomination au poste de Ministre du travail. La nomination de syndicalistes en tant que ministres donne le signal que le chef du gouvernement prend les syndicats au sérieux et nous suivrons les événements de près. Cette nomination, qui apporte au gouvernement l’expérience des syndicats en matière de négociation collective et de dialogue social, doit bénéficier aux travailleuses et travailleurs du Gabon,”

a déclaré Atle Hoie, Secrétaire général d’IndustriALL.

Étant donné que de grandes entreprises multinationales telles que TotalEnergies, Perenco, Vaalco Energy, BW Energy ainsi que l’entreprise publique, la Société nationale des hydrocarbures du Gabon (Gabon Oil Company – GOC) sont actives dans les champs pétroliers offshore, le rôle du ministère du travail sera essentiel pour superviser des conditions d’emploi décentes et des transitions équitables dans l’ensemble du secteur de l’énergie.

Le Parlement tunisien approuve une loi contestée sur le travail

Selon le gouvernement, cette loi vise à empêcher les contrats de travail à durée déterminée, à éliminer la sous-traitance du travail et à garantir le droit à un emploi permanent et stable. Le gouvernement affirme que les objectifs de la loi sont conformes à la vision de l’État tunisien fondée sur son rôle social.

Ces amendements, qui affectent les travailleurs, interviennent dans un contexte de relations tendues entre l’UGTT et le gouvernement tunisien et de suspension du dialogue. Avant que les amendements ne soient présentés au Parlement, l’UGTT a publié un document contenant ses observations. Selon elle, les amendements ont été adoptés sans consultation, ce qui constitue une faille juridique. La loi exige que le gouvernement consulte le Conseil national du dialogue social, ce qui n’a pas été le cas.

L’UGTT indique que, malgré son importance, la révision proposée représente une réponse partielle et limitée au phénomène de l’emploi précaire, qui ne garantit pas le travail décent, la justice sociale et la dignité humaine, objectifs qui ne peuvent être atteints que par une révision complète de la législation du travail. L’UGTT a appelé à une révision de nombreux concepts et détails contenus dans le projet de loi pouvant ouvrir la porte à de nombreuses interprétations qui pourraient affecter le droit de grève ou ouvrir la voie à de nouvelles formes d’exploitation. L’UGTT a appelé à l’adoption d’un contrat de travail modèle qui inclut tous les détails et fournit des garanties aux travailleuses et travailleurs.

Les syndicats débattent de l’impact sur les travailleuses et travailleurs

L’organe administratif de la Fédération Générale du Textile, de l’Habillement, Chaussure et Cuir – FGTHCC-UGTT, qui s’est réuni le 17 mai dernier, a critiqué le manque de clarté de plusieurs chapitres et a appelé le Parlement à une concertation avant d’approuver les amendements. L’organe administratif de la Fédération Générale de la Métallurgie et de l’Électronique – FGME-UGTT, qui s’est réuni le 19 mai dernier, a mis en garde contre les répercussions des amendements sur les travailleuses et travailleurs ainsi que sur le climat social général dans le secteur. Selon l’organe administratif, la loi encouragera les employeurs à mettre fin à de nombreux contrats afin d’éviter que leurs salariés ne deviennent permanents dans leur emploi.

La Fédération Générale de la Pétrochimie – FGP-UGTT a organisé un séminaire sur ces amendements du 15 au 17 mai dernier. Les experts participant au séminaire ont déclaré que la loi contenait de nombreux détails vagues susceptibles de provoquer des tensions dans les relations de travail et ont appelé à une clarification plus poussée des concepts. Elle a indiqué que la nouveauté de la loi est la reconnaissance par le droit tunisien de la durée indéterminée du contrat de travail.

Habib Hazemi, Vice-président d’IndustriALL et Secrétaire général de la FGTHCC-UGTT a déclaré :

“La nouvelle loi est vague. L’ambiguïté de la définition de la sous-traitance peut être un obstacle à l’investissement étranger et aux activités des entreprises transnationales en Tunisie. Il est donc nécessaire de clarifier les choses en faisant la distinction entre une sous-traitance qui signifie l’exploitation des travailleurs et une sous-traitance qui offre l’obtention d’une part de marché pour une entreprise tunisienne.”

Abdelaziz Arfaoui, Secrétaire général de la FGME-UGTT, a déclaré :

“La loi a de profondes implications pour les travailleuses et travailleurs et nous avons assisté à une grande campagne de licenciements avant que la loi ne soit débattue. Les entreprises cherchent à éviter les effets de la nouvelle loi. Les travailleurs et les syndicats des secteurs de la métallurgie et de l’électronique paieront le prix de ces amendements.”

Salouan Smiri, Secrétaire général de la FGP-UGTT, a déclaré :

“L’avis de l’UGTT est important et il aurait été plus approprié que le Parlement écoute les représentants des travailleurs. Cela n’a pas été le cas, ce qui constitue une lacune majeure. Nous craignons que le manque de clarté de la loi n’entraîne une augmentation des litiges et des injustices pour les travailleuses et travailleurs.”


 

De la Biélorussie aux risques biologiques : les syndicats revendiquent des initiatives de la part de la CIT

Pourquoi la CIT est-elle importante pour les syndicats ?

La Conférence internationale du travail réunit les travailleurs et travailleuses, les gouvernements et les représentants des employeurs sur un pied d’égalité. Par l’intermédiaire du groupe des travailleurs, les organisations syndicales nationales et internationales peuvent influencer les politiques des gouvernements et des employeurs, par exemple lors de l’élaboration des conventions et du suivi de leur mise en œuvre au sein des États membres.

La conférence est également importante pour les syndicats, car :

IndustriALL participe cette année à la discussion sur d’éventuelles normes internationales sur la protection des travailleurs contre les risques biologiques, ainsi qu’aux discussions sur la promotion de la transition vers des statuts formels dans le cadre du travail décent. IndustriALL fera également partie du groupe des travailleurs dirigé par la CSI au sein du Comité de normalisation sur le travail décent dans l’économie de plateforme.

L’OIT est invitée à appliquer l’article 33 au Myanmar

Au début de cette année, le Conseil d’administration de l’OIT a rédigé une décision sur le rétablissement de la démocratie et le respect des droits fondamentaux au Myanmar, recommandant à la CIT d’envisager des mesures en vertu de l’article 33 de la Constitution de l’OIT pour garantir le respect par le Myanmar du rapport de la commission. Les motifs invoqués sont l’incapacité de la junte militaire à mettre en œuvre les recommandations formulées après qu’une commission d’enquête de l’OIT a constaté de graves violations des protocoles relatifs au travail forcé et à la liberté syndicale.

L’invocation de l’article 33 ne s’est produite que deux fois dans l’histoire de l’OIT, la dernière fois étant à propos de la Biélorussie en 2023, ce qui souligne la gravité des violations des droits des travailleurs commises dans ce pays. La Biélorussie est devenue l’un des pires pays au monde pour les travailleurs, où les syndicats indépendants ont été démantelés, les droits du travail criminalisés et la liberté syndicale complètement supprimée, ce qui a suscité des appels urgents à l’action internationale et à l’intervention de l’OIT.

Qu’est-ce que la Commission de l’application des normes (CAN) ?

La CAN est un élément essentiel du système de contrôle de l’OIT, car elle vérifie la manière dont les normes de l’OIT sont appliquées par les États membres. Il existe une liste préliminaire de 40 cas, dont 24 seront sélectionnés pour être discutés par la CAN. En outre, une séance spéciale de la CAN sur la Biélorussie aura lieu le 7 juin.

Avec les syndicats affiliés présents à Genève pendant la CIT, ainsi que d’autres militants, les Fédérations syndicales internationales prévoient un certain nombre de manifestations auprès de la sculpture dite Broken Chair (Chaise brisée), devant le Palais des Nations. Cette sculpture symbolise la résistance à la violence et sert de point de rencontre pour les manifestations en faveur des droits de l’homme et des droits du travail.

IndustriALL interpelle les investisseurs afin de rendre Glencore responsable de ses impacts ESG

Cette année, les délégués d’IndustriALL venus de Colombie, du Canada et d’Afrique du Sud se rendront à l’AG pour partager leurs témoignages et leurs perspectives sur le travail chez Glencore. Leurs récits comprennet des thèmes communs, tels que le manque de transparence de l’entreprise et son incapacité à s’impliquer de manière significative auprès des parties prenantes ; son incapacité à traiter de manière adéquate les dommages environnementaux causés par ses activités ; l’abandon de ses engagements sociaux envers les travailleurs et les communautés locales et son refus d’entamer un dialogue social avec les syndicats.

Les témoignages de ces délégués, dont certains ont été repris dans une note d’information à l’intention des investisseurs publiée aujourd’hui par IndustriALL, contrastent fortement avec les rapports de Glencore sur le développement durable, qui donnent un aperçu très sélectif de ses activités.

IndustriALL prévoit de continuer à interpeller les investisseurs au-delà de l’AG, notamment lors d’une table ronde virtuelle sur invitation en juin, où les investisseurs auront la possibilité d’interagir directement avec des travailleuses et travailleurs de plusieurs sites d’activité de Glencore.

Pour prendre des décisions d’investissement raisonnables, les propriétaires et les gestionnaires d’actifs ont besoin d’informations substantielles sur la manière dont l’entreprise gère ses risques environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), par exemple sur la manière dont Glencore traite ses salariés et les communautés riveraines de ses activités, et sur la manière dont elle aborde la problématique imminente de la transition énergétique. Les investisseurs prudents recherchent ces informations auprès de sources autres que l’entreprise elle-même, notamment auprès de ceux dont l’expérience vécue diffère sensiblement de ce qui ressort des rapports de l’entreprise.

Et comme l’ont confirmé de nombreuses structures internationales, tels que l’OCDE dans son document sur la conduite responsable des entreprises à l’intention des investisseurs institutionnels, on attend de plus en plus des investisseurs qu’ils utilisent leur “effet de levier” pour inciter les entreprises à prévenir ou à atténuer les incidences négatives sur les droits de l’homme et l’environnement.

Comme l’a déclaré Glen Mpufane, Directeur de la section des mines d’IndustriALL :

“Nous nous réjouissons de l’occasion qui nous est donnée de discuter avec des investisseurs qui partagent nos préoccupations quant aux mauvais résultats de Glencore en matière d’environnement, de gouvernance et de développement. Ensemble, nous avons l’intention de demander à l’entreprise de rendre des comptes quant à son impact sur les travailleuses et travailleurs, les communautés locales et l’environnement.”

Afrique du Sud : des femmes mineurs forcées de se dévêtir à la mine d'or de Kopanang

La mine de Kopanang a été vendue en 2018 par Anglogold Ashanti à la société Heaven-Sent SA Sunshine Investment basée à Hong Kong.

12 femmes au moins ont dénoncé des violations sous forme de fouilles corporelles avilissantes, les obligeant à se présenter complètement nues devant les agents de sécurité sous le prétexte de la recherche d'or volé. Ce chiffre pourrait être plus élevé, certaines travailleuses ayant subi des intimidations et craignant de parler. Celles qui ont contesté ces fouilles humiliantes à la fin de leur service ont été suspendues. L'une d'elles, par exemple, l'a été après avoir refusé d'enlever ses sous-vêtements et d'écarter les jambes pendant la fouille.

En outre, ces femmes déclarent travailler de longues heures sans être autorisées à emporter de la nourriture en sous-sol. Le NUM envisage de porter plainte contre la mine de Kopanang et de demander une enquête du ministère des Ressources minérales. Le syndicat rencontre aussi la direction de la mine pour réclamer l'arrêt de ces violations. Il ajoute que des technologies existent pour rendre ces fouilles respectueuses des droits des travailleuses à l'intimité et à la dignité plutôt que de les obliger à se mettre à nu devant des agents de sécurité. Le ministère de la Femme, de la Jeunesse et des Personnes handicapées, les communautés avoisinantes de la mine et des organisations de la société civile ont également condamné ces violations dégradantes.

À la conférence des femmes du NUM, qui s'est tenue en mars, Magrett Gabanele, la présidente de la structure des femmes, a rappelé la détermination du syndicat "à combattre la violence et le harcèlement fondés sur le sexe à l'encontre des femmes mineurs."

"Il ne s'agit pas seulement de violations au travail et de la vie privée, mais aussi de violence fondée sur le sexe la plus invasive et brutale. Il s'agit de traiter les corps des femmes comme des objets au nom de la sécurité. Il s'agit du silence et du consentement de ceux qui profitent de systèmes qui permettent une telle déshumanisation. Lorsque les corps des femmes sont soumis à la surveillance, la suspicion et la violence, ce n'est pas seulement un problème de mauvaise gestion, c'est la manifestation d'un patriarcat bien ancré sur le lieu de travail,"

écrivent Tania Bowers et Lebo Mncayi-Poloko, anciennes membres de la structure des femmes du NUM au Sowetan.

La secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin, déclare :

"Les actes répréhensibles des agents de sécurité de la mine de Kopanang, qui violent gravement la dignité féminine, doivent être condamnés sans équivoque. La direction doit appliquer d'urgence de solides politiques pour stopper cette humiliation et cette violence fondée sur le sexe."

À quoi sert la diligence raisonnable sans les personnes qu’elle est censée protéger ?

Par Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL

Face à la montée des pratiques autoritaires et à l’érosion des droits démocratiques, la diligence raisonnable en matière de droits de l’homme (HRDD, pour l’acronyme anglais couramment utilisé) apparaît comme un outil essentiel, peut-être le plus puissant dont nous disposons, pour inverser cette tendance.

Chez IndustriALL, nous pensons que la HRDD, ainsi que les Principes directeurs des Nations Unies sur les entreprises et les droits de l’homme, ont le potentiel de transformer la responsabilité des entreprises. Mais pour que cela se produise, les travailleurs et travailleuses ainsi que leurs syndicats doivent être pleinement présents à la table des négociations et non pas rester simple spectateurs.

Pourquoi la HRDD, pourquoi maintenant ?

La vague croissante de législations nationales et internationales sur la HRDD, depuis des pays comme l’Allemagne et la France jusqu’à l’Union européenne, reflète un changement important, bien qu’il y ait malheureusement des signes de régression. Elle indique que les codes de conduite volontaires ont échoué. Ils ont perdu leur crédibilité parce qu’ils ont servi de couverture à des pratiques traditionnelles qui continuent d’exploiter les travailleurs en toute impunité.

La HRDD offre quelque chose de différent : un cadre juridiquement contraignant qui rend les entreprises responsables de l’ensemble du cycle de leurs activités, de l’approvisionnement à la livraison, en amont et en aval.

Mais la HRDD est plus qu’une évolution réglementaire. Pour nous, il s’agit d’une occasion concrète de défendre et de faire progresser les droits des travailleurs et travailleuses là où ils sont le plus menacés.

Dans de nombreux pays, en particulier dans les pays du Sud, les lois nationales ne protègent pas les travailleurs et travailleuses contre les abus. La législation relative à la défense des droits de l’homme nous permet de revendiquer le respect des normes internationales du travail et de nous opposer à la répression. Elle contribue ainsi à défendre non seulement les travailleurs et travailleuses, mais aussi les principes mêmes de la démocratie et de la justice sociale.

Les risques auxquels nous sommes confrontés

En Europe, l’élan législatif qui a donné naissance à la HRDD se heurte aujourd’hui à un retour de bâton. La proposition Omnibus de la Commission européenne en est un bon exemple : il s’agit d’un retour en arrière déguisé en “simplification”, qui donne la priorité au profit plutôt qu’aux droits de l’homme et à la protection de l’environnement. Les syndicats ont été exclus du processus de consultation et aucune étude d’impact n’a été réalisée. Cette situation est inacceptable.

Les entreprises, elles aussi, se rebiffent. Face à l’augmentation des coûts et à l’incertitude de l’économie mondiale, amplifiées par les mesures douanières et les politiques commerciales changeantes, les entreprises cherchent des moyens de réduire les risques. Mais plutôt que de redoubler d’efforts en matière de pratiques éthiques, nombre d’entre elles réagissent en réorientant leurs chaînes d’approvisionnement vers des juridictions où la législation du travail est moins stricte. Certaines remettent même en question leur capacité à répondre aux exigences de transparence, arguant que la pression économique rend la diligence raisonnable “irréaliste”.

Ce ne sont pas là des excuses que nous pouvons accepter. La HRDD n’est pas un luxe pour les périodes fastes, c’est une exigence précisément pour les périodes difficiles.

L’effet des taxes douanières

Les nouveaux droits de douane sur des produits tels que l’acier, les véhicules électriques et les technologies vertes perturbent déjà le commerce mondial. Alors que les entreprises s’efforcent de maintenir leurs marges et d’ajuster leurs stratégies d’approvisionnement, nous craignons qu’elles ne rognent sur la protection des droits. Dans leur course à la diversification, nombre d’entre elles risquent de délocaliser leur production dans des lieux où les cadres réglementaires sont plus faibles, ignorant les contrôles de base sur les conditions de travail et l’impact sur l’environnement.

Il s’agit là d’une menace directe pour la crédibilité de la HRDD. Plus la chaîne d’approvisionnement devient opaque, plus il sera difficile de contrôler et de faire respecter les normes en matière de droits de l’homme. Nous ne devons pas permettre que les pressions économiques ou géopolitiques deviennent les failles qui réduisent à néant les engagements de la HRDD.

Ce qu’il faut faire

Pour que la HRDD soit réellement efficace, une condition n’est pas négociable : l’implication totale des syndicats.

Ce sont les travailleurs et travailleuses qui sont confrontés aux violations des droits. Ce sont également elles et eux qui savent le mieux où se situent les risques et comment y remédier. La HRDD doit être ancrée dans le dialogue social et les relations sociales. Tout le reste n’est que poudre aux yeux.

Chez IndustriALL, notre stratégie concernant la diligence raisonnable en matière de droits de l’homme repose sur trois piliers :

  1. Plaidoyer et campagnes pour un cadre juridique fort qui rende obligatoire la diligence raisonnable et implique des conséquences en cas de non-respect.
  2. Outils et mécanismes de mise en œuvre, y compris les accords-cadres mondiaux et les modèles sectoriels novateurs tels que l’initiative ACT et l’Accord sur la sécurité incendie et la sécurité des bâtiments.
  3. Sensibilisation et renforcement des capacités pour éduquer les travailleurs et les travailleuses ainsi que leurs syndicats de tous les secteurs et de toutes les régions et leur donner les moyens de s’engager activement dans les processus de développement de la diligence raisonnable en matière de droits de l’homme.

Nous ne partons pas de zéro. Qu’il s’agisse de l’extension de l’Accord international au Pakistan, du rôle de l’initiative ACT dans l’amélioration des salaires dans l’industrie de la confection ou des progrès réalisés dans l’ensemble du secteur au Cambodge, notre mouvement est déjà en train de façonner ce à quoi ressemble une bonne diligence raisonnable. La prochaine étape consiste à faire en sorte que ces succès deviennent la norme et non l’exception.

Un message à notre mouvement

Aucune approche de HRDD ne peut être crédible sans les syndicats. Nous devons participer aux phases d’élaboration de la législation, à son application et au contrôle quotidien de son respect.

Nous ne pouvons pas rater le coche. Si elle est bien menée, la HRDD ne se contentera pas d’améliorer les conditions de travail des travailleurs et travailleuses des chaînes d’approvisionnement. Elle contribuera à rétablir la confiance, à renforcer la démocratie et à jeter les bases d’une économie mondiale plus juste.

La production internationale au travers des chaînes d’approvisionnement présente d’énormes défis. Mais la HRDD est la clé de la gestion de ces défis et de la garantie du respect des droits fondamentaux. Pour IndustriALL, ce n’est pas juste un élément de notre stratégie. C’est l’avenir.

Asie du Sud-est : Donner du pouvoir aux jeunes et multiplier leurs structures

Les participants ont abordé de nouveaux thèmes, comme le schéma des chaînes d'approvisionnement mondiales sur fond de théorie économique néolibérale, la manière dont les syndicats réagissent aux changements dans la chaîne d'approvisionnement et collaborent avec des syndicats du nord global, comment utiliser le devoir de diligence en matière de droits de l'homme et autres outils de réparation pour protéger les droits des travailleurs. Les jeunes des secteurs manufacturiers ont pu se rendre compte de la dureté du travail des mineurs après un exercice de dissection de la chaîne d'approvisionnement d'un Smartphone et d'une voiture.

Au moyen de jeux de rôles sur le basculement de la production du nord vers le sud global et inversement, les jeunes participants ont étudié les échanges de possibilités d'emplois et l'importance de la solidarité et de l'action collective.

Afin de renforcer l'organisation des jeunes, les participants ont convenu de plusieurs actions-clés : créer plus de comités des jeunes dans les fédérations et les lieux de travail, instituer des cercles d'études, accroître l'activité sur les questions intéressant les jeunes travailleurs dans les réseaux sociaux, créer des groupes WhatsApp pour la communication dans l'entreprise, poursuivre la formation sur la violence fondée sur le sexe, organiser des camps sur le leadership des jeunes au niveau des fédérations et collaborer à des réunions et activités avec les autres organisations de jeunesse.

La représentante de la FES aux Philippines, Marie Schröter, a déclaré :

"La connaissance des chaînes d'approvisionnement mondiales est essentielle parce qu'elle permet de comprendre où sont les centres de pouvoir, comment améliorer les droits des travailleurs et comment organiser les travailleurs plus efficacement. Il faut que les jeunes se familiarisent avec divers outils et leviers, mais aussi qu'ils sortent de la zone de confort du syndicat et constituent autour d'eux une équipe avec une rétroaction sincère."

Sarah Flores, en charge des jeunes chez IndustriALL, a déclaré :

"Vous êtes maintenant un solide réseau de jeunes activistes syndicaux dans toute la région. L'an dernier, vous avez aussi activé le réseau pour faire campagne contre un cas de menée antisyndicale dirigée contre un camarade de ce réseau. Restez actifs, communiquez et échangez entre vous. N'oubliez pas où vous voulez aller, votre vision et votre utopie; ensemble, nous construirons un mouvement collectif puissant."

Les syndicats du textile et de la confection en Asie-Pacifique font progresser l’agenda de la Transition juste

Dans son discours d’ouverture, Huynh Thanh Xuan, Vice-président de la VGCL, a souligné la nécessité pour les syndicats de soutenir les travailleurs et travailleuses dans le cadre de la transition écologique.

L’atelier a abordé les défis et les opportunités pour la protection des travailleurs et travailleuses dans le cadre du passage à des pratiques industrielles plus durables dans le secteur. La Directrice d’IndustriALL pour le secteur, Christina Hajagos-Clausen, a souligné l’importance d’une approche globale :

“La Transition juste est la voie vers un avenir durable, une condition préalable au progrès. Cela doit inclure une politique industrielle durable, avec des protections sociales fortes et des programmes créatifs d’ajustement pour la main-d’œuvre”.

Ingrid Christensen, Directrice pour l’OIT au Vietnam, a fait un exposé technique sur la Transition juste, soulignant l’engagement de l’OIT à promouvoir le travail décent et à faire progresser la justice sociale.

Les participants ont examiné les résultats de la réunion d’experts de l’OIT sur les opportunités et les défis du travail décent dans le recyclage, qui s’est tenue à Genève du 5 au 9 mai. Christina Hajagos-Clausen a partagé un projet de lignes directrices sur l’engagement du secteur THCC dans le recyclage. Jenny Kruschel, du syndicat australien CFMEU, a apporté sa contribution en tant que participante à la réunion de l’OIT. Les lignes directrices décrivent les politiques et les actions que les gouvernements, les employeurs, les travailleurs et travailleuses et les autres parties prenantes peuvent mener pour promouvoir le travail décent et relever les défis qui y sont liés dans le domaine du recyclage et des secteurs connexes.

D’autres discussions ont porté sur la pertinence de l’Accord de Paris pour le secteur THCC, UA Zensen donnant des exemples d’économie circulaire et de pratiques de recyclage au Japon.

Les exposés émanant du Bangladesh se sont concentrés sur des évolutions tels que le régime des accidents du travail et l’impact de l’Accord international sur la création d’une industrie plus sûre et plus juste. Du côté des Philippines, on a souligné le rôle d’une structure sectorielle tripartite pour faciliter le dialogue social et les politiques climatiques axées sur les travailleurs.

Kan Matsuzaki, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a abordé les implications de l’intelligence artificielle (IA) pour le secteur.

“Le secteur THCC est l’un des plus touchés par l’IA. Au Bangladesh, par exemple, environ 60 % des travailleurs et travailleuses de la confection sont confrontés au risque de perdre leur emploi en raison de l’automatisation et notamment de l’IA. Pour autant qu’elle soit guidée par la solidarité et une forte participation des travailleurs, l’IA peut en réalité devenir un catalyseur pour une économie industrielle inclusive, équitable et durable, une économie qui respecte la dignité humaine et ne laisse aucun travailleur de côté.”

Dans le cadre des efforts visant à s’assurer que personne ne soit laissé pour compte dans la transition verte, les affiliés d’IndustriALL sont en train de rédiger un manifeste sur la Transition juste. Ce manifeste présentera les principales revendications et sera accompagné d’un plan d’action stratégique.

Les participants sont convenus de l’importance de la sensibilisation au niveau des délégués syndicaux et se sont engagés à construire une politique industrielle durable et juste, usine par usine. Ces efforts se poursuivront dans la perspective du 4e Congrès d’IndustriALL qui se tiendra à Sydney en novembre et qui aura pour thème “Organiser pour un avenir juste”.

Les travailleurs au cœur de la transition énergétique : IndustriALL à un atelier de l'AIE sur les compétences

IndustriALL a participé activement aux côtés de syndicats du Danemark et d'Indonésie, pour faire entendre la voix des travailleurs pendant les deux journées de discussions. Le thème de l'atelier était la promotion d'une approche de la transition énergétique centrée sur l'individu, qui garantisse la création d'emplois décents, investisse dans le développement des compétences et concrétise la promesse d'une Transition juste pour tous les travailleurs.

"Les travailleurs ne doivent pas être vus comme des spectateurs passifs du changement, mais comme des acteurs et des facilitateurs essentiels de la transition. Leur rôle, leurs compétences, leur bien-être et leur inclusion sont des piliers fondamentaux d'une transformation énergétique durable, équitable et effective,"

a déclaré Diana Junquera Curiel, la directrice d'IndustriALL en charge de l'énergie et de la Transition juste.

L'atelier s'est intéressé à des enjeux déterminants comme l'inadéquation des compétences, le besoin de données plus précises pour informer la planification de la main-d’œuvre et la fragmentation des systèmes d'éducation et de formation. Des orateurs du Brésil, des Philippines et du Danemark ont donné des exemples d'initiatives locales rapprochant la formation professionnelle et de réelles perspectives d'emplois. Les organisations syndicales ont souligné la nécessité d'associer les travailleurs à la conception de systèmes de formation conformes aux réalités du marché du travail et soutenus par un investissement public important.

Lors de sessions consacrées à la Transition juste, les participants ont constaté que beaucoup de régions dépendantes des combustibles fossiles subissent des pertes d'emplois en l'absence d'un soutien adéquat au recyclage ou à la revitalisation communautaire. Pour IndustriALL, il est important que les transitions soient négociées, pas imposées, et qu'elles garantissent la protection des droits au travail et le travail décent tout au long de la chaîne d'approvisionnement.

La session finale de l'atelier a mis en avant des approches multipartites du gouvernement chilien, d'un syndicat indonésien, de la compagnie d'électricité Electricidade de Portugal (EdP) et de l'European Skills Alliance. Ces études de cas témoignaient à la fois des progrès accomplis et des écarts restant à combler. Le représentant du syndicat indonésien a souligné l'urgente nécessité de protéger les 6 millions de travailleurs menacés de déplacement du fait du basculement des énergies, tandis que le représentant du gouvernement chilien a tiré les enseignements de sa stratégie pour une Transition juste entérinée dans la loi.

Casper Edmonds, chef de l'unité des secteurs minier, manufacturier et énergétique au BIT, a insisté sur le fait que la transition énergétique doit s'ancrer dans la vision sociétale globale de chaque pays, en combinant l'investissement dans les personnes et les systèmes résilients et en veillant à ce que ceux qui ont fait fonctionner nos sociétés pendant des décennies ne soient pas laissés sur le côté – et en rappelant que la Transition juste reste la bonne stratégie, mais qu'il faut encore la mener à bien.

L'AIE a clos cet atelier sur l'engagement d'intégrer ses conclusions dans le prochain Rapport sur l'emploi dans l'énergie dans le monde et de continuer à bâtir une communauté de pratique mondiale centrée sur le perfectionnement d'une main-d’œuvre inclusive dans l'énergie.

"Les transitions vers l'énergie propre sont censées améliorer l'existence des gens, en créant des emplois décents, des parcours professionnels, des compétences et des possibilités de développement pour tous et partout. Il ne s'agit pas d'une question secondaire, elle est vitale. Nous avons besoin de meilleures données, d'une action plus précoce et d'une approche réellement multipartite pour s'assurer que le travail décent ne vient pas par hasard, mais que tout a été pensé,"

a déclaré Brian Motherway, en charge de l'efficacité énergétique et des transitions inclusives à l'AIE.