Les syndicats de l'automobile de l'Asie-Pacifique renforcent leurs liens en prévision de la conférence mondiale de l'automobile

Sur toile de fond d'une industrie indienne de l'automobile en plein essor, des syndicats du Japon, de Corée, de Malaisie, d'Indonésie, des Philippines et de Thaïlande étaient réunis pour échanger leurs expériences et bâtir un mouvement plus fort et mieux coordonné. Le message était clair :

"Les multinationales sont plus organisées que jamais et les syndicats doivent faire de même pour défendre les droits des travailleurs dans une industrie en pleine mutation."

Les débats ont été ouverts par Gopal Kishnam, du syndicat du transport de Malaisie et membre du comité exécutif d'IndustriALL, qui a insisté sur l'urgente nécessité d'une unité régionale. Il a mis en garde contre le fait que les employeurs coordonnent stratégiquement leurs efforts tandis que les syndicats restent fragmentés, rendant la négociation plus difficile, tout comme l'amélioration des conditions tout au long de la chaîne d'approvisionnement. Au nom d'IndustriALL Global Union, il a remercié les affiliés d'être venus en Inde en soulignant que la collaboration est indispensable au renforcement du pouvoir de négociation.

Un message similaire est venu de Hideyuki Hirakawa, du Conseil japonais des syndicats de travailleurs de la métallurgie (JCM), qui a souligné la diversité sans pareil de la région Asie-Pacifique, qui est à la fois une force et un défi. 

"Les différences profondes entre les législations du travail, les structures économiques et les industries font qu'il est difficile d'appliquer des stratégies en commun; pourtant, les syndicats doivent trouver des moyens de coordonner leurs efforts pour la négociation collective et les droits des travailleurs."

Hyewon Chong, du Syndicat coréen des travailleurs du métal (KMWU), a attiré l'attention sur la présence croissante des constructeurs coréens en Inde, comme Hyundai, Kia et Renault Korea. Bien que cette expansion soit créatrice d'emplois, elle comporte aussi des enjeux parce que beaucoup de travailleurs connaissent les emplois précaires, les bas salaires et les mauvaises conditions, autant de situations que les syndicats coréens ont combattues dans leur pays.

Évoquant la réussite du KMWU, elle a expliqué qu'une stratégie au niveau de l'ensemble de l'industrie est essentielle pour réduire les inégalités salariales et améliorer les conditions. Les syndicats coréens ont remporté de grandes victoires, par exemple en éliminant le travail de nuit remplacé par un système de deux équipes de jour, en améliorant la santé des travailleurs et l'équilibre entre travail et vie privée. Elle a aussi mis en avant les conventions collectives conclues avec Hyundai, Kia et GM Korea assorties de salaires plus élevés, d'une participation aux bénéfices et d'une réduction du temps de travail.

Au-delà des salaires, Chong a alerté les participants sur le creusement des écarts de marge bénéficiaires entre les grands constructeurs automobiles et leurs fournisseurs, rendant plus difficile l'application de normes du travail équitables. Elle a appelé à une solidarité transfrontalière en exhortant les syndicats coréens et indiens à travailler ensemble pour demander des comptes aux multinationales et réclamer une Transition juste dans les domaines de l'automation et de l'électrification.

La question des salaires et du commerce équitable a aussi été évoquée par Tokuda Kazuhiro, de la Confédération des syndicats japonais des travailleurs de l'automobile (JAW), qui a mis en lumière les efforts du Japon pour combler les écarts salariaux entre les grands constructeurs et les petits fournisseurs. Avec ses 784.000 adhérents, la JAW est celle qui a le plus fait progresser les accords salariaux.

En 2024, la JAW a négocié des hausses de salaires sans précédent depuis 1992, en faisant valoir les hausses des prix et les pénuries de main-d’œuvre. L'Offensive de printemps 2025 réclame que les PME puissent répercuter les hausses des coûts et payer des salaires équitables. Tokuda Kazuhiro a aussi montré que les pratiques abusives utilisées dans les chaînes d'approvisionnement empêchent les petites entreprises d'augmenter les salaires et de mieux investir dans leurs travailleurs. Pour lutter contre cette situation, la JAW préconise un système de "passation de prix équitable" qui fasse en sorte que les hausses de salaires et l'investissement des entreprises profitent directement aux travailleurs.

La JAW a aussi expliqué sa vision pour 2030 dont le but est de renforcer les relations travailleurs-employeurs et de protéger les droits des travailleurs dans les pays de l'ANASE, au Mexique et au-delà, en particulier dans les chaînes d'approvisionnement des multinationales japonaises. Pour elle, une coopération plus étroite entre les syndicats du Japon, d'Inde et d'autres régions est essentielle si on veut améliorer les conditions dans l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement mondiale de l'industrie automobile.

En Asie du Sud-est, les enjeux sont différents pour les syndicats. Gopal Kishnam, du syndicat malaisien NUTEAIW, a évoqué le travail précaire, les bas salaires et les mauvaises conditions en Indonésie, en Malaisie, aux Philippines et en Thaïlande.

"Alors que l'industrie gagne du terrain, beaucoup de travailleurs restent confinés dans des emplois instables avec peu de protections."

Il prône un réseau régional plus fort et une plateforme qui permette aux syndicats d'échanger leurs informations sur la négociation collective et les droits des travailleurs. Il a aussi évoqué les efforts déployés pour appliquer à l'Asie un accord-cadre mondial (ACM) qui imposerait des normes du travail minimales aux entreprises multinationales présentes dans la région.

Une autre problématique très préoccupante est celle de l'inégalité de genre. La domination masculine de l'industrie impose des barrières à l'accès des femmes, avec des salaires inférieurs et peu de possibilités d'avancement. Gopal Kishnam a invité les syndicats à agir pour améliorer la représentation des femmes et faire en sorte qu'elles soient associées aux processus décisionnels.

Cette question a été examinée plus en détail dans une session spéciale sur les femmes dans le secteur de l'automobile, dirigée par la directrice d'IndustriALL en charge des questions féminines, Armelle Seby. Les femmes sont très sous-représentées dans le secteur où elles ne constituent que 9 pour cent de la main-d’œuvre.

En Indonésie, 40 à 60 pour cent de femmes travaillent dans la production, le contrôle-qualité ou l'encadrement du personnel, tandis que les hommes dominent dans les emplois bien rémunérés et physiquement astreignants. Aux Philippines, les femmes sont assignées aux fonctions d'assemblage de précision et les hommes au travail de levage et d'activation.

Les syndicats réclament des politiques tenant compte des spécificités de genre telles que le congé menstruel, les prestations de maternité et les protections contre la violence fondée sur le genre. Ils s'efforcent aussi d'augmenter la proportion de femmes dans leurs directions pour faire en sorte que la voix des femmes soit entendue dans la négociation et les politiques du lieu de travail.

Lors de la séance de clôture de la conférence de la région Asie-Pacifique, Georg Leutert, le directeur d'IndustriALL en charge du secteur automobile, a souligné l'importance d'une coordination régionale en prévision de la conférence mondiale sur l'automobile. Il a rappelé aux participants que l'Inde a été choisie comme pays hôte de cette conférence en raison de sa place croissante dans l'industrie mondiale de l'automobile et que les stratégies discutées à Pune orienteront le débat général sur la syndicalisation, la Transition juste et la responsabilité dans les chaînes d'approvisionnement.

Le combat pour de meilleurs salaires, des conditions plus sûres et des réseaux syndicaux plus forts est un combat global, a-t-il dit en exhortant les participants à amplifier la dynamique entamée à Pune.

"Elle nous donne l'occasion d'écouter, d'apprendre et d'agir. Plus nous serons forts ensemble mieux nous pourrons lutter pour les travailleurs dans le monde."  

Malaisie : les femmes dirigeantes de syndicats dénoncent les conditions de travail dangereuses et insalubres

Les femmes syndicalistes malaisiennes ont indiqué que des produits chimiques inconnus étaient utilisés et que des équipements de protection individuelle n’étaient pas fournis dans certaines usines. Quelques travailleuses ont été diagnostiquées avec un cancer du sein, mais leurs employeurs ont déclaré qu’il ne s’agissait pas d’une maladie liée au travail. D’autres ont indiqué que la manipulation de lourdes charges sur les lieux de production leur provoquait des déplacements de cervicales.

Les participantes ont mis l’accent sur la discrimination sexuelle sur le lieu de travail, notant que les supérieurs exigeaient des preuves lorsque des femmes demandaient du temps pour changer de serviette hygiénique et utilisaient un système de scannage pour contrôler les pauses toilettes.

Ces dirigeantes, issues de huit syndicats malaisiens, s’engagent à prendre des mesures pour dénoncer les conditions de travail dangereuses et insalubres. Elles sont convenues que le Comité des femmes du Conseil d’IndustriALL pour la Malaisie doit jouer un rôle de premier plan en renforçant la prise de parole des travailleuses et en défendant leurs droits.

Idawati Idrus, Présidente du Comité des femmes du Conseil d’IndustriALL pour la Malaisie, a déclaré :

“Les réunions du Comité des femmes sont une plate-forme importante pour débattre des questions concernant les travailleuses. Nous avons le droit de dire ce que nous pensons et d’exprimer notre mécontentement sur toute une série de questions. Nous devons procurer davantage de formation pour favoriser un leadership féminin fort et former des jeunes femmes pour prendre la relève.”

La politique d’IndustriALL sur la violence et le harcèlement basés sur le genre, la misogynie et le sexisme ainsi que les points saillants des conventions 190 et 183 de l’OIT ont été partagés lors de la réunion. Des représentants du département malaisien de la sécurité et de la santé au travail et de l’organisation de la sécurité sociale étaient également présents et ont fourni des informations sur les procédures de plainte et les régimes de sécurité sociale.

Ramon Certeza, Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, a déclaré :

“Les femmes dans le leadership syndical est le thème de la journée des femmes d’IndustriALL pour 2025. Le bureau régional fournira le soutien nécessaire en matière de formation pour permettre aux femmes d’accéder à des postes de direction. Nous travaillerons en étroite collaboration avec les affiliés malaisiens pour aborder les questions de santé et sécurité et faire campagne en faveur des normes internationales du travail.”

Les syndicats indiens de l'automobile s'unissent pour renforcer les droits et les conditions des travailleurs

Ce séminaire national, organisé par IndustriALL Global Union et Union to Union, rassemblait 13 syndicats d'usine et 4 affiliés d'IndustriALL – INSMM&EEF (INTUC), WPTUC, SMEFI (HMS) et SEM – ainsi que des syndicats en formation dans différentes multinationales, afin de mettre en place un comité de coordination et élaborer un plan précis pour lutter contre le travail précaire, améliorer les salaires et réclamer des lieux de travail plus sûrs.

"L'industrie indienne de l'automobile est florissante, mais cette réussite repose sur le travail précaire et la dangerosité du travail. Les travailleurs en paient le prix tandis que les entreprises en profitent. Nos syndicats se battent pour que cela change,"

dit Ashutosh Bhattacharya, le secrétaire régional d'IndustriALL.

L'Inde est le quatrième marché mondial en taille pour l'industrie de l'automobile et il devrait croître de 20 pour cent chaque année, avec un marché des véhicules électriques estimé à 150 milliards $ d'ici 2023. Malgré de tels gains économiques, les conditions de travail demeurent précaires :

Le comité de coordination qui a été mis en place a arrêté des priorités d'action claires :

Les syndicats participants, présents dans des entreprises telles que Maruti Suzuki, Toyota, Volvo, Renault-Nissan, Yamaha et Bosch, se sont engagés à accroître leurs efforts de syndicalisation et à lutter contre la crise des relations professionnelles dans le secteur.

"Les syndicats indiens de l'automobile font preuve d'une détermination incroyable. Des femmes et des jeunes ont des emplois de clos-blancs précaires, contraints de travailler dans des conditions précaires avec très peu de droits en matière de SST. Il n'est pas seulement question d'avoir plus d'emplois, mais de dignité, de salaires équitables et d'un avenir pour les travailleurs du secteur,"

déclare Ashutosh Bhattacharya.

"En nous unissant, nous pouvons faire reculer le travail précaire et réclamer des emplois plus sûrs, plus stables pour tous."

Pour la suite, les syndicats vont dresser une carte du secteur pour le mois de septembre, en se servant des données recueillies pour affiner leur stratégie de syndicalisation et promouvoir les droits des travailleurs. Fort d'une expérience de plus de dix ans dans le soutien au secteur de l'automobile en Inde, IndustriALL veut contribuer à la constitution d'un réseau national puissant, qui permettra aux travailleurs indiens de l'automobile d'avoir leur mot à dire dans l'avenir de leur industrie. 

Gagner est important : nos victoires syndicales en 2024 nous donnent de l’espoir pour l’avenir

By Atle Høie, IndustriALL Global Union general secretary

Et lorsque nous gagnons, cela change des vies.

Si l’on se penche sur 2024, nos affiliés du monde entier ont mené et remporté des batailles importantes. Ces victoires ne nous ont pas été octroyées : elles ont été obtenues grâce à la détermination inlassable de travailleurs et travailleuses qui ont refusé de reculer. Chacune de ces victoires est la preuve que l’action collective fonctionne, que la solidarité est notre plus grande force et que, même dans les moments les plus difficiles, les travailleurs et travailleuses peuvent l’emporter et l’emportent effectivement.

Les victoires qui ont façonné 2024

L’une des victoires les plus importantes et les plus attendues de l’année est venue d’Indonésie en novembre, où les syndicats se sont battus avec succès contre la loi Omnibus, une loi très dure et injuste. Pendant des années, cette loi a érodé les droits des travailleurs et affaibli les protections, mais grâce aux efforts de nos affiliés en Indonésie, la Cour constitutionnelle a tranché en leur faveur, obligeant le gouvernement à promulguer une nouvelle loi. Il s’agit d’une victoire cruciale, non seulement pour les travailleurs et travailleuses indonésiens, mais aussi pour nous tous, car lorsque nous nous opposons à l’exploitation, nous créons un précédent que d’autres peuvent suivre.

Qu’est-ce que la loi Omnibus ?

En Indonésie, la loi dite Omnibus, officiellement appelée loi sur la création d’emplois, a été introduite en 2020 pour attirer les investissements en réduisant les réglementations. Cependant, elle a considérablement affaibli le droit du travail, permettant aux entreprises d’embaucher et de licencier plus facilement, de réduire les indemnités de licenciement et de recourir à l’externalisation. Elle a également réduit les protections environnementales. Les syndicats se sont fortement opposés à la loi, ce qui a donné lieu à des contestations judiciaires et à des manifestations de masse. En 2024, la Cour constitutionnelle d’Indonésie a tranché en faveur des syndicats, obligeant le gouvernement à réviser la loi.

Au Mexique, notre affilié Los Mineros a prouvé une fois de plus que l’union fait la force. En juillet, après deux mois de grève persistante, les travailleurs et travailleuses d’ArcelorMittal ont obtenu de meilleures conditions de travail et de salaire. La bataille a été rude, mais elle a démontré le pouvoir de la grève en tant qu’outil pour forcer les entreprises à respecter leur main-d’œuvre.

Pendant ce temps, au Nigeria, les syndicats se sont battus et ont obtenu une augmentation salariale attendue depuis longtemps, en faisant passer le salaire minimum de 30.000 naïras (19 dollars) à 70.000 naïras (43 dollars). Dans un pays où l’inflation monte en flèche, cette victoire permet aux travailleurs et travailleuses de conserver leurs moyens de subsistance et de lutter contre l’injustice économique.

Et il ne s’agissait pas seulement de salaires, mais aussi de dignité. En Turquie, nos affiliés de la métallurgie ont obtenu un accord historique malgré une inflation record. En Tunisie, les travailleurs et travailleuses du textile ont obtenu une augmentation de salaire de 20 %, ce qui montre que les syndicats des pays du Sud continuent à aller de l’avant en dépit d’une pression immense.

Dans le secteur automobile, nous avons assisté à un événement historique aux États-Unis, où les travailleurs et travailleuses de Volkswagen (à Chattanooga, dans le Tennessee) ont voté massivement en faveur de l’adhésion à l’UAW. Il s’agit d’une victoire monumentale dans une région historiquement hostile aux syndicats, qui prouve que le vent tourne pour les travailleurs et travailleuses américains, qui réclament leur droit de se syndiquer.

En Italie, les travailleurs et travailleuses d’Enel ont lutté contre les menaces pesant sur la sécurité de l’emploi, obtenant un accord crucial pour protéger des milliers de postes. Au Sri Lanka, les syndicats ont obtenu un accord très attendu qui réaffirme les droits des travailleurs et travailleuses dans une économie en pleine mutation.

Le pouvoir de la victoire

Ces victoires sont importantes, car elles nous rappellent une chose fondamentale : le combat en vaut toujours la peine.

En période de lutte, il est facile de ne voir que ce qui ne va pas, de se concentrer sur les crises, les revers et les attaques des entreprises contre nos droits. Mais chaque victoire, quelle que soit son ampleur, est un pas en avant. Gagner, ce n’est pas seulement obtenir de meilleurs salaires ou de meilleures conditions de travail ; c’est aussi prouver que le changement est possible. Il s’agit de montrer aux travailleurs et travailleuses du monde entier qu’ils ne sont pas seuls.

Bien que nous ayons remporté de nombreuses victoires dont nous pouvons être fiers en 2024, le combat est loin d’être terminé. Les défis auxquels nous sommes confrontés sont de plus en plus nombreux, l’automatisation, l’impunité des entreprises ou les législations antisyndicales, mais notre force l’est tout autant. Alors que nous nous tournons vers l’avenir, portons ces victoires avec nous comme preuve de ce que nous pouvons accomplir ensemble.

À nos affiliés, aux travailleurs et travailleuses qui ont tenu bon sur les piquets de grève, à ceux qui ont négocié sans relâche à la table des négociations : merci. Vos combats inspirent les travailleurs et travailleuses du monde entier et vos victoires ouvrent la voie à un monde plus juste.

J’ai hâte de vous présenter mon rapport lors de notre Congrès à Sydney en novembre 2025, où nous célébrerons les victoires inspirantes qui sont encore à venir.

Continuons à gagner !

Où en sont les travailleurs, trois ans après l’invasion de l’Ukraine par la Russie ?

Volodymyr, un mineur de Toretsk, a passé des années sous terre à la mine de Toretska, à extraire du charbon pour chauffer les maisons et faire fonctionner les industries de son pays. C’était un travail éreintant et dangereux, mais il était fier de son métier, sachant que ses mains construisaient l’avenir du pays. La mine, comme beaucoup d’autres à Donetsk et Louhansk, était plus qu’un simple lieu de travail, c’était une communauté, une ligne de vie, un héritage transmis de génération en génération.

Puis la guerre est arrivée. Les bombardements ont ravagé la ville, réduisant les maisons en ruines. La mine a été bombardée jusqu’au silence. Volodymyr, comme tant d’autres mineurs, a dû faire un choix impossible : rester et risquer sa vie ou laisser derrière lui tout ce qu’il avait connu. Il s’est enfuit avec sa femme Olena et leurs deux enfants, Max et Kateryna, pour se réfugier à Lviv.

“L’adaptation a été brutale. À Toretsk, j’étais un travailleur respecté. À Lviv, je ne suis qu’un déplacé parmi d’autres à la recherche d’un emploi. Mes mains couvertes de charbon m’assuraient autrefois un revenu stable ; aujourd’hui, je me contente de petits boulots dans le bâtiment ou à la ferme, tout ce qui me permet de nourrir ma famille,”

confie Volodymyr.

Sa femme Olena, à la santé déjà fragile, a dû faire face au stress et à l’incertitude du déplacement. Max et Kateryna, arrachés à leur école et à leurs amis, ont été confrontés à un monde qu’ils ne reconnaissaient plus.

Malgré la dévastation dans l’industrie du charbon, Ukrvugleprofspilka refuse d’abandonner ses mineurs. Elle fournit aux travailleurs et travailleuses déplacés une aide humanitaire, une assistance juridique et un soutien psychologique. Elle se bat pour que les mineurs comme Volodymyr ne soient pas oubliés, en plaidant pour des politiques qui les aideront un jour à rentrer chez eux.

Plus de 3.000 mineurs du syndicat ont rejoint les forces armées ukrainiennes, troquant leurs outils contre des armes dans la lutte pour leur patrie. Tragiquement, plus de 350 d’entre eux ont payé le prix ultime. Des centaines d’autres ont été blessés. Chaque nom rappelle que cette guerre n’est pas qu’une question de territoire, mais qu’elle concerne la vie de ceux qui ont construit l’Ukraine de leurs mains.

Aujourd’hui, seuls 23.420 mineurs font encore partie du syndicat et moins de 8.000 ont les moyens de payer leurs cotisations. Mais être mineur, c’est bien plus qu’une contribution financière, c’est une question de fraternité, c’est refuser d’être brisé.

“Je m’accroche à l’espoir qu’un jour, nous reviendrons à Toretsk. Je rêve du jour où les mines reprendront vie, où mes enfants joueront dans les mêmes rues que moi je l’ai fait, où la communauté que j’aimais renaîtra de ses cendres. En attendant, je travaille, je me bats et je prends sur moi,”

déclare Volodymyr.

“La lutte des mineurs d’Ukraine n’est pas seulement une question d’emploi, c’est une question de justice, de survie et de droit à la reconstruction. Malgré les difficultés, ils restent forts. Malgré les pertes, ils prennent sur eux et, malgré la guerre, ils restent inébranlables dans leur conviction qu’ils reprendront un jour ce qui leur appartient. Nous sommes solidaires avec eux,”

a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

Illustration : Shutterstock

Mobilisez-vous pour l'égalité de genre

Alors que nous commémorons la Déclaration de Beijing, partout dans le monde, les droits des femmes subissent des attaques sans précédent, alimentées par la montée de la haine et de la rhétorique machiste, souvent avec l'aval des gouvernements. Cela sur toile de fond d'une progression de l'insécurité et de crises multiples, qui ont entraîné une augmentation effrayante de 50 pour cent du nombre de femmes et de jeunes-filles exposées aux terribles réalités des conflits armés ces dix dernières années.

Pour Atle Høie, le secrétaire général d'IndustriALL,

"La défense de l'égalité de genre et des droits des femmes doit être, plus que jamais au cœur de notre mission de la recherche de la justice sociale, de l'égalité et de l'équité, avec un niveau de vie décent pour tous."

La Journée internationale des femmes doit être le cri de ralliement appelant à l'action dans le monde du travail et dans nos syndicats pour :

Impliquez-vous ! Rejoignez le groupe Facebook des femmes d'IndustriALL et racontez ce que vous avez fait pour la Journée internationale des femmes. Taguez IndustriALL lorsque vous postez des messages dans les médias sociaux et utilisez les hashtags #ALLWomen et #NOExcuse.  

Les travailleurs et travailleuses de Holcim sont en grève depuis plus de 70 jours au Pérou

Sitramac, le syndicat des travailleurs de Comacsa, affilié à la FETRIMAP-CGTP, qui est lui-même affilié à IndustriALL au Pérou, a entamé une grève totale le 6 décembre 2024, après que cette action a été approuvée par le ministère du travail. Le syndicat avait appelé le ministère du travail et d’autres autorités à intervenir, Holcim n’ayant pas proposé d’augmentation salariale.

L’entreprise suisse Holcim, leader mondial des solutions de construction, a acquis toutes les actions et activités de l’entreprise péruvienne Comacsa en août 2024. Cependant, l’entreprise a refusé d’améliorer les conditions financières des travailleurs, ces derniers affirmant qu’Holcim n’a encore accepté aucune des conditions financières énoncées dans leur proposition de convention collective.

“Les travailleuses et travailleurs condamnent le fait que, malgré la solide position financière d’Holcim à l’échelle mondiale, Comacsa n’a pas encore répondu à leurs revendications en matière d’augmentation des salaires ou d’amélioration des conditions de travail. Notre lutte ne fait que commencer, chers collègues, et nous la mènerons jusqu’au bout,”

a déclaré Gilmer Ibañez Melendrez, Ssecrétaire général de la FETRIMAP-CGTP.

Selon le dirigeant du syndicat, le conflit n’est pas encore résolu, bien que le syndicat ait demandé au ministère du travail du Pérou d’intervenir.

Alexander Ivanou, Directeur d’IndustriALL pour le verre, le ciment, la céramique et les industries associées, a déclaré :

“IndustriALL est pleinement solidaire des travailleurs et travailleuses de Comacsa dans le cadre de leur courageuse lutte pour des conditions de travail équitables. Il est inacceptable qu’après plus de 70 jours de grève, Holcim refuse toujours de répondre aux revendications légitimes du syndicat.

Holcim doit respecter le droit de ses salariés à une négociation collective équitable et répondre immédiatement à leurs revendications en matière d’augmentation de salaire et d’amélioration des conditions de travail. Nous demandons également au ministère du travail péruvien de prendre des mesures urgentes pour garantir un règlement juste et équitable.

Ces travailleurs et travailleuses ne sont pas seuls, IndustriALL et ses affiliés continueront à soutenir leur lutte jusqu’à ce que justice soit faite. Nous nous tiendrons à leurs côtés et nous nous battrons jusqu’à ce que la victoire soit remportée !”

Trois années de guerre : le moral indestructible de l'Ukraine

IndustriALL Global Union et IndustriALL European Trade Union n'ont cessé de réclamer l'arrêt de cette guerre. Les deux organisations ont appelé les décideurs internationaux, en Ukraine, en Russie, dans l'Union européenne et aux États-Unis, à rechercher des solutions politiques, la paix et la justice. Les syndicats mondiaux et européens ont condamné l'invasion qui constitue une violation flagrante du droit international ainsi qu'une attaque contre la souveraineté et la dignité humaine.

L'an dernier, les Global Unions se sont rendus dans le pays pour réaffirmer le soutien du mouvement syndical mondial aux travailleurs d'Ukraine et à leurs syndicats.

"Mon voyage en Ukraine a été un triste rappel du lourd coût humain de ce conflit, mais il m'a surtout renforcé dans la conviction que la guerre ne compte que des perdants et doit être évitée,"

a déclaré à son retour le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie.

Le projet d'adhésion à l'Union européenne, inauguré par la candidature de l'Ukraine en juin 2022, est à la fois une décision politique et une déclaration d'espoir; elle assurera aux travailleurs ukrainiens une voix dans le mouvement syndical européen.

En avril 2023, des représentants de syndicats ukrainiens se sont réunis en Pologne pour élaborer une stratégie de soutien aux travailleurs victimes de l'occupation et de violations systématiques de leurs droits. Malgré l'énormité des défis, ils ont parlé d'espoir, de reconstruction des infrastructures, de vies, de droits et de libertés. Les travailleurs ukrainiens se maintiennent aux avant-postes de la résilience. Avec près de la moitié des infrastructures énergétiques de leur pays détruites, ils risquent leurs vies pour assurer la fourniture d'énergie dans leur pays.

Parmi ces innombrables histoires de vies de courage, citons celle de Lidiya Galkina, une femme mineur de fond et responsable du Syndicat indépendant des mineurs d'Ukraine (NPGU) dans la région de Lougansk actuellement occupée. Lidiya a tout perdu lorsque les forces russes ont détruit sa ville natale de Tochkivka. Forcée de s'enfuir, elle a refusé de céder et a transformé sa rancœur en action en créant, avec d'autres, l'initiative humanitaire Step to Victory, qui confectionne des filets de camouflage et des équipements de protection pour les défenseurs de l'Ukraine. Sa détermination est aussi celle de millions d'autres qui combattent, non seulement pour leur survie mais aussi pour un avenir libre et juste.

"Si, au moins, nous pouvions chasser les occupants de notre pays, alors, ensemble, nous pourrions tout rebâtir, surmonter la douleur et atteindre nos objectifs,"

déclare Lidiya Galkina.

IndustriALL Global et IndustriALL Europe continuent de solliciter l'Organisation internationale du travail (OIT)  pour qu'elle intervienne auprès du gouvernement russe pour qu'il cesse ses destructions des établissements civils, la production d'énergie en particulier, et ses attaques contre les infrastructures civiles et les lieux de travail.

"Nous réitérons, de concert avec d'autres agences et programmes des Nations unies, notre appel à l'OIT pour qu'elle appuie une initiative visant à fournir au gouvernement ukrainien des équipements thermodynamiques tels que des turbines à gaz, des turbogénérateurs, avec leurs systèmes de contrôle et des transformateurs. Le soutien international est vital pour la résilience du complexe énergétique de l'Ukraine, pour assurer la fourniture d'énergie aux citoyens et aux entreprises d'Ukraine, empêcher un effondrement humanitaire et économique et sauver les lieux de travail en Ukraine,"

a déclaré Atle Høie.

Alors que l'Ukraine subit d'incessantes attaques contre ses infrastructures et sa population, le combat pour la survie s'accompagne d'un combat pour les droits des travailleurs, pour s'assurer que la reconstruction repose sur la justice, la dignité et l'équité.

Dans un récent courrier au président ukrainien Volodymyr Zelensky, IndustriALL condamnait le mépris affiché par le ministère de l'Économie pour plus de 90 pour cent des propositions déposées par les syndicats en vue de modifier le projet de code du travail d'août 2024. Une version révisée, augmentée de 15 articles, a été déposée sans que les syndicats aient été consultés.

Ce projet, qui sera discuté prochainement devant la Verkhovna Rada, viole les normes internationales du travail, affaiblit la protection des travailleurs et tente de perpétuer les restrictions de temps de guerre. Il omet aussi des dispositions essentielles en matière de relations entre employeurs et syndicats et de participation des travailleurs.

IndustriALL Global et IndustriALL Europe veulent que l'Union européenne rappelle clairement au gouvernement ukrainien ses critères d'adhésion. Une évolution négative de la législation du travail n'est pas compatible avec l'appartenance à l'Union européenne.

"IndustriALL exhorte le gouvernement ukrainien à entamer un dialogue digne de ce nom pour garantir la conformité des réformes de la législation du travail avec les normes internationales. Les syndicats sont essentiels pour la reconstruction de l'Ukraine; ils sont une garantie de justice, d'équité et de dignité dès le lancement du processus de reconstruction. En cette date anniversaire, nous nous souvenons non seulement des disparus, mais de la force indomptable des travailleurs ukrainiens. Ils ne se battent pas seulement pour leur patrie, mais pour les principes mêmes de paix, de justice et de démocratie qui nous unissent tous. Le mouvement syndical international sera aux côtés de l'Ukraine aussi longtemps que nécessaire,"

a dit Atle Høie.

Photos : Confédération des syndicats libres 

Condamnation injuste de syndicalistes coréens de Hanwha Ocean

Le Président de la section locale du Syndicat coréen des métallurgistes (KMWU), le syndicat des sous-traitants des chantiers navals de Geoje, Tongyeong et Goseong, Kim Hyoung-su, a été condamné à trois ans de prison et à une amende d’un million de wons (équivalent de 670 dollars). L’ancien Vice-président du syndicat, Yoo Choi-Ahn, a été condamné à deux ans de prison, tandis que le Secrétaire général de la section locale, Lee-Kim Chun-Taek, a été condamné à un an de prison.

Neuf autres militants syndicaux ont également été condamnés à des peines de prison, tandis que les 17 personnes restantes se sont vu infliger des sanctions financières.

Le juge a accordé un sursis à l’exécution de toutes les peines d’emprisonnement, citant la nature d’intérêt public de la grève.

Au cours de l’été 2022, la section locale des sous-traitants de la construction navale de Geoje, Tongyeong et Goseong a organisé une grève au dock 1 du chantier naval d’Okpo. Les travailleuses et travailleurs revendiquaient des négociations collectives avec Daewoo Shipbuilding and Marine Engineering (DSME) pour revenir sur une réduction unilatérale de 30 % des salaires, améliorer les conditions de santé et de sécurité, garantir les droits syndicaux et s’attaquer à ce qu’ils considéraient sur le chantier naval comme des accords de sous-traitance à plusieurs niveaux, assimilables à de l’exploitation.

DSME, rachetée par la suite par le groupe Hanwha et rebaptisée Hanwha Ocean en 2023, a justifié les baisses de salaire en invoquant le ralentissement économique causé par la pandémie de Covid-19.

Les travailleuses et travailleuses en grève ont fait l’objet d’intimidations de la part de l’entreprise et des autorités. DSME a refusé la négociation collective et a mobilisé des employés de son département des ressources humaines, des sous-traitants et des cols blancs pour attaquer les travailleurs et travailleuses en grève. L’administration de Yoon Suk Yeol a fait monter la tension en envisageant de lancer un raid sur la grève, en déployant des commandos et des forces spéciales pour mener des exercices de répression à proximité des manifestations contre le corset imposé aux travailleurs, avec des hélicoptères survolant les lieux.

Malgré la fin de la grève, l’entreprise a poursuivi le syndicat et ses dirigeants en justice et leur a réclamé 37 millions de dollars de dommages et intérêts au titre des objectifs de production non atteints.

En octobre 2023, IndustriALL et la CSI, ainsi que des organisations de la société civile, se sont réunies à Genève pour soutenir la société civile coréenne. Ils ont fait part de leurs préoccupations concernant la répression de la liberté syndicale par le gouvernement coréen lors de l’examen par le Comité des droits de l’homme des Nations unies du respect par la Corée de ses obligations au titre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP).

Le Président du syndicat coréen des métallurgistes (KMWU), Jang Chang-year, a fustigé la décision du tribunal en déclarant :

“Les tentatives d’emprisonner nos membres et de leur imposer des demandes de dommages et intérêts astronomiques simplement parce qu’ils revendiquent un traitement équitable et la dignité humaine sont la preuve évidente que le système est fondamentalement défaillant. Hanwha Ocean doit retirer sa plainte civile et la justice doit rendre un verdict de non-culpabilité dans le procès en appel.”

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

“IndustriALL s’attendait à un verdict équitable qui respecte pleinement les droits des travailleuses et travailleurs à la liberté syndicale, y compris le droit illimité de grève et de négociation collective. Cette attente découle de l’engagement de la République de Corée à protéger les droits civiques et politiques de ses travailleurs et travailleuses et de ses citoyens ainsi que de sa ratification des Conventions 87 et 98 de l’OIT. Cela n’a pas été le cas, de sorte que la Corée a encore un long chemin à parcourir. En attendant, ces verdicts doivent être annulés”.

Illustrations : 1-3. Grève de 2022 ; 4. Devant le tribunal, le 19 février 2025. Crédit photo : KMWU

Les accords contraignants sont la clé du progrès

Dans un des panels, Etienne Vlok, de notre affilié sud-africain SACTWU, a souligné le potentiel des accords commerciaux pour promouvoir les pratiques commerciales responsables sur les marchés domestiques, en particulier dans les régions où les normes de fonctionnement éthique ne sont pas aussi bien ancrées qu'en Europe. Le respect des normes internationales doit être une obligation, pas une option.

Les discussions se sont centrées sur l'efficacité des accords juridiquement contraignants pour ce qui est de l'observance des règles et de la promotion de meilleures conditions de travail. Des orateurs ont insisté sur le succès d'accords tels que l'Accord du Bangladesh, qui a démontré que des cadres contraignants peuvent amener des améliorations tangibles des conditions de travail et de la sécurité des travailleurs. Toutefois, nombre d'accords échappant à ces cadres sont sans effet, ce qui montre le défi que constitue l'exécution forcée.

Le forum a aussi fait apparaître un intérêt croissant des investisseurs pour des accords contraignants susceptibles d'atténuer le risque financier. Du point de vue des investisseurs, les entreprises qui ne respectent pas la réglementation sur les droits au travail sont très dangereuses, tant du point de vue de la réputation qu'en matière financière. Pendant le forum, IndustriALL et le Labour Rights Investor Network (LRIN) ont distribué un document intitulé Orientations et attentes des investisseurs : Devoir de diligence dans les chaînes d'approvisionnement et accords contraignants, qui expose ce que les investisseurs attendent des entreprises s'agissant du respect des droits des travailleurs dans les chaînes d'approvisionnement mondiales. Plus précisément, il explique comment des accords contraignants passés entre des organisations syndicales ou des représentants des travailleurs et des entreprises peuvent promouvoir les droits fondamentaux au travail et atténuer les risques qu'ils comportent pour les entreprises et leurs investisseurs.

La participation des syndicats a été un autre sujet au centre des discussions. Avec un taux de syndicalisation d'à peine 39 pour cent dans le secteur et des conventions collectives couvrant environ 30 pour cent de la main-d’œuvre – plus élevé que la moyenne générale mais encore très insuffisant – le besoin d'une représentation syndicale élargie reste déterminant.

Les affiliés d'IndustriALL du Bangladesh, du Cambodge et de Turquie ont décrit les défis que rencontrent les syndicats, comme la résistance des gouvernements et des employeurs, ainsi qu'une criminalisation pure et simple des défenseurs des travailleurs dans certains pays. En dépit de ces obstacles, la première convention collective appuyée par des marques a été signée au Cambodge et constitue une grande victoire qui prouve que l'engagement des marques est essentiel pour faire bouger les choses.

Athit Kong, le président du syndicat cambodgien CCADWU, a insisté sur la nécessité d'associer directement les marques aux négociations plutôt que de compter uniquement sur des accords avec leurs fournisseurs.

"Nous devons associer les marques, et pas seulement travailler avec les fournisseurs et les travailleurs. Notre syndicat, le CCADWU, a signé le premier ACM dérivant de l'accord du Cambodge. Nous invitons les autres marques se fournissant au Cambodge à leur emboîter le pas dès que possible."

Une question tout aussi complexe qu'essentielle discutée pendant le forum fut celle du désengagement responsable. Si tant est que les marques doivent réagir avec fermeté devant les violations des droits de l'homme, la rupture soudaine avec des entreprises ou le départ précipité de régions peuvent faire plonger des travailleurs dans la précarité.

"Nous voulons que les travailleurs travaillent. Nous voulons dialoguer avec les entreprises et les marques sur ces questions. Le désengagement doit être géré prudemment, avec des stratégies de départ responsables qui pénalisent le moins possible les travailleurs. Une telle démarche nécessite une planification à long terme, la participation des parties prenantes et une responsabilisation des marques qui fasse que des travailleurs vulnérables ne soient pas privés de leur moyen de subsistance,"

a déclaré Christina Hajagos-Clausen, la directrice d'IndustriALL en charge de l'industrie du textile et du vêtement.