Philippines: les travailleurs de Furukawa obtiennent la reconnaissance

Près de 1 500 travailleurs ont voté pour être représentés par un syndicat chez ce fabricant de composants automobiles. L’entreprise emploie 5 000 travailleurs, comprenant plus de 50 pour cent d’intérimaires recrutés par agence et de travailleurs non réguliers.

Le combat pour la reconnaissance syndicale à Furukawa est le fruit d’une lutte acharnée menée avec le soutien collectif des syndicats dirigés par l’Alliance des métallurgistes des Philippines, le Conseil des syndicats japonais des métallurgistes, les fédérations syndicales mondiales et d’autres organisations.

Un scrutin d’accréditation est un processus dans les relations du travail aux Philippines permettant de désigner, à vote secret, le seul et unique agent négociateur en matière de négociation collective dans une unité de négociation compétente.

Malgré les tentatives de la direction locale d’empêcher la formation d’un syndicat au sein de l’entreprise, les travailleurs de Furukawa sont demeurés déterminés et vigilants jusqu’à l’obtention de leur victoire. Grâce au soutien solidaire de diverses organisations syndicales et des organisateurs dévoués de l’Alliance des métallurgistes des Philippines, ils sont parvenus à continuer à faire pression.

Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL Global Union, a appelé Furukawa Automotive Systems à respecter les droits fondamentaux des travailleurs, notamment le droit à se syndicaliser et à négocier collectivement.

Dans un message de soutien aux responsables de l’Alliance des métallurgistes des Philippines, il a indiqué:

« Nous sommes solidaires de nos collègues du syndicat Furukawa Employees Welfare Union (syndicat pour la protection des employés de Furukawa), qui représente les travailleurs à Furukawa Automotive Systems Lima Philippines, dans le combat qu’ils mènent pour parvenir à la reconnaissance des syndicats et de la négociation collective ».

Furukawa Automotive Systems est une entreprise japonaise implantée dans une des zones économiques spéciales de Lipa City, située au sud de la mégapole de Manilles. L’entreprise fabrique des faisceaux de câblage, des raccords et des composants fonctionnels pour des grandes marques automobiles.

Finlande: 3 000 employés de bureaux sur le point d’entrer en grève

Pro refuse d’accepter la mise à mal des conditions sectorielles de travail. Depuis mardi 9 janvier, 3 000 membres répartis dans l’ensemble du secteur suivent l’interdiction illimitée d’effectuer des heures supplémentaires. Les employés de bureau entreront en grève durant une semaine entière, à partir de 6 heures du matin, le 17 janvier. La grève devrait fortement perturber la production.

Malgré de bons bénéfices et gains de productivité affichés par le secteur du papier en Finlande, l’association sectorielle des employés, les industries forestières finlandaises, propose de supprimer de nombreux avantages gagnés par les travailleurs depuis des décennies grâce à des relations du travail constructives.

Les employeurs tentent également de retirer leur pouvoir de décision aux partenaires de négociation locaux pour permettre à la direction de prendre des décisions unilatérales en matière de distribution des hausses salariales.

La proposition syndicale sur les salaires est composée de deux éléments: une augmentation salariale générale, applicable à l’ensemble des travailleurs du secteur, et une hausse salariale distincte, négociable localement, afin de permettre une répartition équitable des revenus des employés dont le salaire est demeuré inférieur à ce qu’il aurait dû être ces dernières années.

Le gouvernement finlandais arbitrera la prochaine session de négociations qui se déroulera ce dimanche 14 janvier et durant laquelle l’association des employeurs pourra retirer ses propositions déraisonnables. Jari Uschanov, attaché national de Pro, dirige le comité de négociation du syndicat.

Tom Grinter, spécialiste de la recherche et de l’industrie à IndustriALL Global Union, a déclaré:

« Comment ces compagnies osent-elles rompre l’esprit de collégialité et de confiance qui a été construit depuis autant d’années. Les réductions des avantages proposées auront une incidence négative directe sur le pouvoir d’achat des travailleurs alors que ceux-ci accroissent les bénéfices générés. Ceci est invraisemblable et inacceptable. IndustriALL Global Union soutient résolument la grève sectorielle qui démarre mercredi matin prochain ».

Inde: grève de la faim à l’usine Volkswagen

La ronde de négociation actuelle a commencé fin 2016. Néanmoins, après 14 mois, aucune solution n’a encore été trouvée sur le principal point de désaccord concernant la façon de mettre en place la part salariale fondée sur les résultats. Peu fréquent dans l’industrie automobile indienne, ce système est déjà appliqué dans la majorité des usines Volkswagen à travers le monde.

Volkswagen veut appliquer une rémunération divisée entre une part fixe de 80 pour cent à laquelle vient s’ajouter une part de 20 pour cent basée sur les résultats. En outre, de nombreux travailleurs devront faire face à une baisse importante de leur salaire au cours de la période de mise en œuvre.

Les travailleurs sont entrés aujourd’hui dans leur cinquième jour de grève, dont les effets ne se sont pas fait attendre puisque deux d’entre eux ont déjà été hospitalisées. La direction n’a toujours pas réagi.  

Le syndicat des employés de Volkswagen, qui représente les travailleurs protestataires, a indiqué qu’ils avaient décidé de « jeûner jusqu’à la mort » en voyant que les négociations n’avaient rien donné.

« Nous avons eu recours à la grève de la faim, mais nous n’avons pas l’intention d’arrêter la production, et donc nos membres n’ont pas cessé de travailler », a souligné Mashe Tushar, Secrétaire général du syndicat des employés de Volkswagen.

Georg Leutert, Directeur d’IndustriALL pour le secteur de l’automobile, a déclaré:

« Nous exhortons Volkswagen à engager le dialogue et à trouver rapidement une solution équitable avant que la situation ne se détériore ».

Le syndicat allemand de la métallurgie lance de grandes grèves pour des hausses salariales et réductions du temps de travail

Cette action syndicale a commencé le lundi 8 janvier par une série de grèves d’avertissement, de courtes actions au cours desquelles les travailleurs et travailleuses se croisent les bras pendant quelques heures et descendent dans les rues pour manifester. Environ 160.000 travailleurs et travailleuses ont mené des actions dans plus de 80 entreprises, dont Volkswagen, Porsche, Mercedes Benz, Daimler, Siemens, Thyssenkrupp, Thales, Airbus, Honeywell, Bombardier et Atos.

Si aucun progrès n’est enregistré au niveau des négociations, le syndicat a l’intention d’étendre ses actions à des journées de grève entières ciblant des entreprises clés. Le premier round de négociation en vue d’une convention collective pour les 3,9 millions des travailleurs et travailleuses du secteur de la métallurgie et de l’électronique commence aujourd’hui, par la rencontre du syndicat avec l’association régionale des employeurs du Land de Bade-Wurtemberg, où sont installés un certain nombre de constructeurs automobiles.

Le syndicat recherche un accord fondamentalement nouveau pour les salariés de l’industrie en Allemagne, qui leur permette de bénéficier des hausses de productivité et d’atteindre un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Dans une période où l’économie est en plein essor et où le chômage est au plus bas, le syndicat appelle à une hausse des salaires de 6%.

Une autre revendication clé vise le droit à réduire son temps de travail à 28 heurs par semaine pour pouvoir s’occuper de ses enfants ou de parents âgés, avec le droit de reprendre le travail à plein temps au bout de deux ans. Le syndicat fait également campagne pour obtenir une allocation supplémentaire de €200 pour ces personnes aidantes. Le syndicat est d’avis que les rôles liés au genre sont en train de changer et que la réduction du temps de travail permettrait à davantage de femmes de rejoindre le monde du travail et à davantage d’hommes d’assumer des prises en charge familiales.

Par le passé, ce sont les entreprises qui ont exigé de la flexibilité de la part de leurs salariés. Le syndicat veut retourner la proposition de sorte que le travail flexible bénéficie aux travailleurs et travailleuses et leur permette de choisir un régime de travail qui corresponde à leur vie de famille.

S’adressant à 2.000 travailleurs et travailleuses lors d’un meeting à Homburg dans la Sarre (sud-ouest), le président d’IG Metall Jörg Hoffman, également président d’IndustriALL Global Union, a déclaré :

“Pour IG Metall, il n’y aura de convention collective de travail qu’avec ces trois composantes : une augmentation de salaire décente, une possibilité de choisir un temps de travail réduit pour une période de temps limitée et des subventions qui rendent la réduction du temps de travail pour s’occuper d’un parent, d’enfants ou de malades possible pour chacun.”

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL Kemal Özkan a déclaré :

“L’économie allemande se porte bien et il n’est que juste que les travailleurs et travailleuses bénéficient également des gains de productivité et aient le droit à la flexibilité.

“Ce qui est réellement historique, c’est la revendication de la réduction du temps de travail à 28 heures par semaine. Il est important que les travailleurs et travailleuses bénéficient des changements qu’Industrie 4.0 entraîne pour le monde du travail. Cette revendication d’IG Metall montre des syndicats indiquant la voie de la construction d’une économie qui fonctionne en faveur de tous.”

Avec 2,3 millions de membres, IG Metall est l’un des plus grands et plus puissants syndicats au monde. La convention collective que le syndicat est en train de négocier concerne 3,9 millions de travailleurs et travailleuses.

Un conflit qui s'étire dans une mine australienne

La mine de Collie est en crise et les bailleurs de fonds de la compagnie ont entamé une procédure pour récupérer les sommes prêtées. Dans le même temps, la compagnie rejette la proposition de la juridiction australienne du travail, la Fair Work Commission (FWC), visant à protéger les intérêts des travailleurs.

Au contraire, Griffin Coal utilise tous les moyens hostiles aux travailleurs pour abaisser leurs conditions. Les taux de salaires ont été diminués de plus de 43 pour cent, les prestations légales cumulées telles que congés annuels et congés d'ancienneté ont été réduites de moitié et les travailleurs sont forcés d'accepter des horaires incompatibles avec la vie familiale, en travaillant plus pour moins.

Ce conflit a aussi un impact sur l'économie locale, les commerces subissant le contrecoup de la chute de la rémunération nette.

L'AMWU déclare :

Nous avons essayé de composer avec les exigences de Griffin Coal en matière de flexibilité. Chaque fois, la direction nous a répondu que nos propositions étaient insuffisantes; elle veut des salaires toujours plus bas et un temps de travail toujours plus long. Le nœud du problème est que le personnel de production aura près de 6.000 dollars australiens de plus par an que le personnel de maintenance qui est soumis aux mêmes horaires.

Nous réclamons au minimum la parité entre le personnel de production et celui de maintenance. Mais Griffin Coal refuse cette parité et continue de dresser les travailleurs les uns contre les autres.

La Fair Work Commission recommande de négocier une nouvelle convention à partir d'un accord de principe de novembre 2017 qui reconnaissait au personnel de maintenance les mêmes conditions que celles du personnel de production.

Le Secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, juge préoccupant le désintérêt manifeste de Griffin Coal devant cette exploitation de sa main-d’œuvre :

Griffin Coal doit donner suite à la recommandation de la Fair Work Commission et revenir immédiatement à la table des négociations.

Griffin Coal emploie actuellement quelque 270 travailleurs cols-bleus à la mine de Collie, pour la production et la maintenance. Le personnel de production est représenté par le CFMEU et l'AMWU représente le personnel de maintenance. Ces deux catégories de travailleurs sont couvertes par des conventions d'entreprise différentes.

Indignation des syndicats face au revirement soudain de LafargeHolcim de rompre ses engagements mondiaux

LafargeHolcim n’a pas justifié ce revirement radical alors que la signature de l’accord avait été annoncée et approuvée par l’Assemblée générale des actionnaires en 2017. L’entreprise a simplement évoqué un changement de sa stratégie d’entreprise avec l’arrivée du nouveau PDG, affirmant que ses arrangements internes actuels suffisent aux exigences de l’entreprise.

La signature de l’accord-cadre mondial devait avoir lieu au siège de l’Organisation internationale du Travail (OIT), à Genève, en Suisse, le 10 janvier 2018, sous la présidence de son Directeur général. En juillet 2017, l’état-major de LafargeHolcim a signé, avec IndustriALL Global Union et l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB), un mémorandum d’accord engageant l’entreprise à signer l’accord mondial.

LafargeHolcim a néanmoins décidé, le 22 décembre, de ne plus le signer, bien que l’entreprise continue de connaître la pire performance du secteur en matière de santé et de sécurité.

IndustriALL Global Union et l’IBB, ainsi que la Fédération européenne des travailleurs du bâtiment et du bois (EFBWW), le Comité d’entreprise européen et les syndicats nationaux, réunis en session extraordinaire à Genève, le 9 janvier, ont fait une déclaration forte dans laquelle ils expriment leur indignation et leur colère face à la décision de LafargeHolcim de revenir unilatéralement sur la codécision visant à mettre en place une structure de dialogue social mondial dans le groupe.

Selon les syndicats nationaux, européens et mondiaux, LafargeHolcim doit reconsidérer sa position et:

Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré à propos de la dernière promesse non tenue de LafargeHolcim:

« Cette récente décision de rompre l’accord sur le développement d’un dialogue social continue de nuire à la crédibilité de l’entreprise. Nous croyons fermement que les actionnaires, le conseil d’administration et tous les décideurs de LafargeHolcim doivent réfléchir soigneusement à ce que l’avenir réserve à LafargeHolcim si cette approche destructive l’emporte. Ce serait un énorme obstacle au retour de l’entreprise sur la bonne voie ».

« LafargeHolcim doit modifier sa façon d’agir,

a indiqué Ambet Yuson, Secrétaire général de l’IBB.

L’industrie du ciment est dangereuse. Or, la prévention des accidents et des problèmes de santé est fortement compromise par le recours abusif à la sous-traitance dans l’entreprise et le refus de la direction d’assumer la responsabilité des mauvaises conditions de travail. Les syndicats ont la capacité d’aider LafargeHolcim pour autant que l’entreprise soit prête à changer ses politiques d’exploitation en matière d’emploi et ses pratiques de travail ».

Sam Hägglund, Secrétaire général de la EFBWW, a indiqué:

« Les syndicats européens sont scandalisés par la décision de la direction de LafargeHolcim de ne pas honorer sa parole. Après que nous ayons signé un accord fort du Comité d’entreprise européen, au printemps 2017, nous nous attendions à ce que LafargeHolcim devienne une référence en matière de dialogue social. Maintenant, nous nous rendons compte que cette approche est menacée. Ce n’est pas un bon signe pour l’avenir de tous les travailleurs et des autres partenaires de ce groupe ».

Corée du Sud : La dirigeante syndicale bien connue Lee Yeong-Ju détenue après une manifestation

La camarade Lee séjournait au siège de la KCTU depuis deux ans, quand un mandat d'arrêt avait été délivré contre elle pour ses activités en tant que Secrétaire générale de l'organisation, et en particulier pour son rôle dans l'organisation de la grande mobilisation populaire du 14 novembre 2015 contre la réforme du travail répressive du précédent gouvernement.

Au terme de son mandat de trois ans de Secrétaire générale, elle avait quitté le siège de la KCTU pour entamer une grève de la faim au siège du Parti démocratique au pouvoir afin de protester contre la réglementation du temps de travail.

Sa santé s'était dégradée tandis que le parti rejetait toutes ses demandes d'entrevue. L'exécutif du syndicat lui avait recommandé d'arrêter sa grève de la faim. Elle a été arrêtée le 27 décembre et internée dans un hôpital où elle a été interrogée par la police. Le 30 décembre, un juge d'instruction a délivré un mandat d'arrêt et elle a été transférée à la maison d'arrêts de Séoul.

Le Président de la KCTU, Han Sang-gyun est détenu dans le même centre depuis décembre 2015 pour des mêmes chefs d'accusation quasi identiques en rapport avec l'organisation de la manifestation. Lorsque l'ancienne Présidente coréenne Park Geun-hye a été destituée en 2017 après des protestations massives, 6.444 personnes ont été amnistiées. Or, les charges retenues contre Han et Lee ont été maintenues.

IndustriALL a rendu visite à Han et Lee à plusieurs reprises depuis 2015 dans le cadre de son action mondiale de solidarité avec le mouvement syndical sud-coréen.

En avril 2017, le Groupe de travail sur la détention arbitraire de l'ONU a examiné les cas de Han et Lee et rappelé au gouvernement coréen "la responsabilité, y compris dans le contexte des manifestations pacifiques, de prévenir les arrestations et détentions arbitraires, et a engagé les États à éviter en tout temps d’abuser de procédures pénales."

Dans une lettre au Président coréen Moon Jae-in, le Secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, écrit :

"Nous voulons croire que vous honorerez votre engagement de respecter les normes nationales et internationales du travail et que, de la sorte, vous mettrez un terme à la persécution de dirigeants syndicaux, libérerez tous les syndicalistes emprisonnés et garantirez le respect des droits fondamentaux des travailleurs."

Les syndicats coréens contestent l'interprétation que donne le gouvernement de la réglementation du temps de travail. Suivant la Loi de normalisation du travail en vigueur, la durée de la journée de travail est 8 heures et celle de la semaine, 40 heures. Les salariés peuvent travailler 12 heures de plus contre une prime d'heures supplémentaires. Or, le gouvernement interprète celle loi en disant que la semaine de travail va du lundi au vendredi, plus 12 heures supplémentaires, et aussi 8 heures par jour le samedi et le dimanche pour l'obtention d'une prime.

Cette interprétation porte la semaine de travail à 68 heures, la plus longue au monde. Suivant l'article 59, certaines catégories de travail sont exemptées de la réglementation du temps de travail. Le gouvernement actuel veut supprimer la prime du travail de week-end. Les syndicats se battent principalement pour l'abandon de cette interprétation de la loi et des dérogations à l'article 59, qui sont la cause de lésions au travail et de décès.

La campagne des syndicats a pour objectifs principaux de :

1.   Concrétiser les droits fondamentaux au travail pour tous par la ratification des conventions fondamentales de l'OIT et la mise en conformité de la législation nationale du travail avec les normes internationales;

2.   Réduire les inégalités en renforçant la solidarité sociale, en relevant le salaire minimum et en abolissant le travail précaire;

3.   Réformer le système économique fondé sur les Chaebols qui confie à des conglomérats tels que Samsung et Hyundai la responsabilité des relations du travail, de la santé et la sécurité, etc.

Iran : les travailleurs et travailleuses revendiquent la démocratie et la liberté face à la pauvreté, la corruption et la répression

Au total, 22 personnes ont été tuées et jusqu’à un millier de personnes auraient été arrêtées, accusées de terrorisme, d’espionnage et d’“inimitié à l’égard de Dieu”, un crime passible de la peine de mort. Le régime prétend que ces manifestations sont fomentées de l’étranger par ses ennemis et a organisé des contre-manifestations.

La Révolution verte, comme on l’a appelée, qui a été réprimée par le régime iranien en 2009, était pour une vaste part menée par des Iraniens éduqués, issus de la classe moyenne. A contrario, les manifestations de masses qui ont maintenant lieu dans plus de 50 villes sont des soulèvements spontanés de la part de gens pauvres et issus des classes laborieuses qui forment traditionnellement la base du régime.

L’économie de l’Iran connaît une croissance depuis la signature du Plan global d’action conjoint, “l’accord sur le nucléaire”. La majeure partie de la croissance économique est due à la reprise des exportations de pétrole et de gaz, mais les travailleurs et travailleuses du secteur, représentés par l’affilié d’IndustriALL, le Syndicat des métallurgistes et des mécaniciens d’Iran (UMMI), n’en ont pas bénéficié et font parfois des mois sans être payés.

Les syndicats indépendants ne sont pas en mesure de fonctionner ouvertement, car les travailleurs et travailleuses suspectés d’en être membres sont renvoyés et arrêtés. Les militants syndicaux sont souvent arrêtés et torturés et les grèves sont réprimées. Les leaders des syndicats indépendants Reza Shahabi, Esmail Abdi, Ebrahim Madadi, et bien d’autres, sont confrontés à des emprisonnements sur base de charges sans fondement.

Depuis la signature de l’accord sur le nucléaire, l’économie a été libéralisée et les investissements étrangers ont commencé à arriver dans le pays. Ils ont bénéficié à l’élite, mais pas aux actifs. Le chômage est passé de 1,4% l’année dernière à 12,4% et le coût de la vie a augmenté. Le chômage des jeunes, dans un pays où la moitié de la population a moins de 30 ans, se situe à 40%.

Comme Maziyar Gilaninejhad, de l’UMMI, l’a dit :

“Les autorités du pays ont promis que l’économie serait revigorée par la levée des sanctions et le retour de milliards de dollars de revenus du pétrole et du gaz. Ces promesses n’ont pas été tenues. Pour attirer les investissements étrangers, le gouvernement a intensifié son programme de privatisation et de réduction des coûts du travail. Partout dans le secteur, vous rencontrez des travailleurs et travailleuses qui n’ont pas perçu de salaire depuis des mois.”

Dans le même temps, l’Iran accroît son influence en cherchant à concurrencer l’Arabie Saoudite pour la domination de la région. L’Iran a massivement investi dans le soutien du Hezbollah au Liban, d’Assad en Syrie et des rebelles houthistes au Yémen. Les gens ordinaires se plaignent que les taxes soient utilisées pour financer des conflits régionaux plutôt que de développer les infrastructures au sein de l’Iran.

Dans une déclaration, la CSI a indiqué que seules des réformes fondamentales pourraient mettre un terme à la crise.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL Kemal Özkan a déclaré :

“Les classes laborieuses d’Iran se sont soulevées parce que leurs conditions de vie étaient devenues intolérables. Elles n’ont pas bénéficié des retombées de l’accord sur le nucléaire et le régime dilapide l’argent dans la corruption et les conflits régionaux.

“L’Iran a besoin d’un mouvement syndical indépendant fort pour représenter les intérêts des masses laborieuses. Le gouvernement de l’Iran a pu mesurer l’ampleur du mécontentement. La solution est de cesser la répression des militants syndicaux, de ratifier les conventions fondamentales de l’OIT et de permettre aux travailleurs et travailleuses de se syndiquer et de négocier de meilleures conditions de vie et de travail.”

Les travailleurs du pétrole albanais obtiennent leurs arriérés de salaire après une action de grève

La raffinerie emploie 1.000 des 7.600 habitants de Ballsh, et le fait qu'ils n'aient pas reçu leur salaire de novembre a sérieusement posé problème dans la localité à l'approche de la Noël. Des membres de notre affiliée, la Fédération syndicale des travailleurs de l'industrie d'Albanie (FSTIA), avaient manifesté devant la raffinerie, le 21 décembre, pour réclamer leurs salaires.

La raffinerie de Ballsh a été partiellement privatisée en 2008 et est gérée, pour le compte de la compagnie pétrolière nationale (ARMO), par la coentreprise américano-albanaise Ionian Refinery & Trading Company (IRTC). Sa production a été stoppée à plusieurs reprises par manque d'approvisionnement en pétrole brut et les travailleurs n'ont pas été payés. Ses fournisseurs disent avoir interrompu leurs livraisons pour défaut de paiement du client.

IRTC exploite aussi une raffinerie dans la ville de Fier, à 25 kilomètres de là. Le 27 décembre, 1.200 travailleurs ont manifesté devant l'administration locale de la ville. Deux cents membres de la FSTIA ont ensuite marché 100 kilomètres, pendant toute la journée et la nuit, jusqu'à la capitale, Tirana. À leur arrivée dans la matinée du 28 décembre, ils ont manifesté devant les ministères de l'Énergie et des Finances et devant le siège du Premier ministre.

Le ministre de l'Énergie, Damian Gjiknur, a accepté de rencontrer des représentants des travailleurs et a convoqué une réunion de fonctionnaires de l'administration, du ministre des Finances, de l'employeur et des syndicats.

Après cette réunion, les 200 grévistes ont perçu leurs arriérés de salaire et une procédure judiciaire est en cours pour ce qui est des revendications des 1.000 autres travailleurs.

Le Secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan a déclaré :

"Cette impressionnante démonstration d'unité dans l'action a apporté une victoire rapide aux travailleurs de la raffinerie de Ballsh, mais cette situation ne peut durer; le gouvernement albanais est en partie propriétaire de la raffinerie et il doit veiller à son bon fonctionnement et à ce que les travailleurs soient payés à temps."

Alors qu'elle n'est pas en mesure de payer son personnel, IRTC a récemment trouvé 1,3 million € pour investir dans une société de prospection pétrolière.

Les travailleurs déterminés de Posco Assan se battent pour défendre leurs droits

La direction locale de cette coentreprise entre le holding turc Kibar et la firme Posco, basée en Corée, suit la politique de rejet des syndicats de Posco et a au cours de ces derniers mois mis à pied 80 adhérents syndicaux.

L’affilié d’IndustriALL Global Union Birlesik Metal a fait la demande au Ministère du Travail du certificat attestant qu’il détient une majorité dans l’entreprise et qui lui donnerait légalement le droit de représenter ses 420 travailleurs et travailleuses.

Alors qu’elles se rassemblaient ce 26 décembre pour marcher de Izmit à Ankara et le Ministère du Travail pour exiger le certificat, environ 40 personnes, dont le Président général de Birlesik, Adnan Serdaroglu, son Secrétaire général Ozkan Atar, ainsi que d’autres dirigeants, ont été arrêtés.

Après avoir été matraqués par les forces de sécurité, les marcheurs ont été emmenés à l’hôpital et finalement au Département de la Sécurité du Gouvernorat de Kocaeli. Tous ont été libérés plus tard dans la soirée.

Affichant leur détermination à se battre pour défendre leurs droits, les travailleurs ont repris leur marche le matin suivant. Comme le Ministère du Travail et de la Sécurité sociale a alors promis de délivrer le certificat pour le 29 décembre, le syndicat a temporairement suspendu la marche, mais maintient sa revendication.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL Kemal Özkan condamne fermement le traitement infligé aux travailleurs et syndicalistes :

Ce comportement honteux montre que des manifestations pacifiques ne sont plus possibles en Turquie. Mais le syndicat et les travailleurs affichent leur force et leur détermination à se battre pour défendre leurs droits.

IndustriALL va continuer à soutenir cette lutte jusqu’à ce que les droits des travailleurs soient reconnus et respectés. Ce sera un pas important mais pas la fin du combat : nous le maintiendrons et le poursuivrons jusqu’à la victoire.

Kemal Özkan avait rendu visite aux salariés mis à pied plus tôt dans le mois et participé à une conférence de presse tenue devant l’usine d’Izmit pour y livrer un message de solidarité internationale.

Les travailleurs et travailleuses de Posco Assan en lutte reçoivent beaucoup de soutien de la part de la société civile, d’organisations à vocation civique et de partis politiques. Le dirigeant du CHP, principal parti d’opposition en Turquie, Kemal Kilicadroglu, a rendu visite aux travailleurs et travailleuses et les a assurés de sa totale solidarité. Cela s’ajoutait au soutien exprimé par des membres du Parlement de la province de Kocaeli.

Posco est le cinquième plus gros producteur mondial d’acier.