Métallurgistes italiens: « Les morts au travail, ça suffit »

« Basta Morti sul lavoro! » (Les morts au travail, ça suffit !) a été le principal message des syndicats qui tenaient un rassemblement de masse à Milan suite aux accidents industriels mortels évitables survenus récemment en raison des mauvaises conditions de travail.  

Dans un communiqué commun, FIOM-CGIL, FIM-CISL et UILM-UIL ont déclaré:

« Dans ces moments tragiques, nous sommes partagés entre angoisse, consternation et colère. Cela nous renforce à accroître notre lutte contre cette honte ».

« Trop souvent les accidents du travail ne résultent pas de la malchance mais du non-respect des procédures et des règles de sécurité de la part des entreprises. Trop souvent ces drames témoignent de l’insuffisance des systèmes et des mesures de prévention indispensables à la sûreté et à la sécurité des travailleurs. Trop souvent les conditions de travail sont mises au second plan par sous-estimation de la nécessité de prévention.

« Trop souvent non seulement les coûts font obstacles aux formations et aux actions de sensibilisation sur le sujet ainsi qu’à la sécurisation des lieux de travail, mais les personnes et leur avenir ne font l’objet d’aucun investissement ».

Le 17 janvier, trois travailleurs, Marco Santamaria (42 ans), Giuseppe Setzu (48 ans) et Arrigo Barbieri (57 ans) ont été mortellement intoxiqués au gaz (de l’azote) dans un four souterrain de l’aciérie Lamina spa, située à Rho, Milan.

Un autre accident mortel s’est produit à Elettronica LG, à Rovato, Brescia, où un jeune travailleur de 19 ans, Luca Lecci, a été happé dans un tour. Il est décédé le 19 janvier, c’est-à-dire le jour même de l’annonce par les syndicats d’une action contre l’insuffisance des conditions de santé et de sécurité.

Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL Global Union, a adressé ses condoléances aux trois affiliés et familles des travailleurs décédés. Sanches a déclaré:

« IndustriALL Global Union appuie sans réserves les actions communes menées par FIOM-CGIL, FIM-CISL et UILM pour attirer l’attention sur le nombre inacceptable d’accidents et de décès au travail évitables dans le secteur sidérurgique, et exiger des employeurs qu’ils respectent les droits fondamentaux des travailleurs, notamment les normes strictes de santé et de sécurité.

« Nous escomptons que les causes profondes de ces accidents feront l’objet d’une enquête approfondie, que les conclusions seront rendues publiques et que les mesures correctives seront adoptées immédiatement ».

Pakistan : la colère gronde devant le nombre de décès dans les mines

La PCMLF et le Conseil d'IndustriALL pour le Pakistan (IPC) ont organisé un défilé de protestation, le 15 janvier à Quetta.

Le 11 janvier, deux travailleurs, Abdul Bari et Muhammad Qaim Jan, ont perdu la vie dans le champ minier de Dukki, dans la province du Baloutchistan. Le même jour et dans la même province, au charbonnage de Sharigh exploité par la Société d'État pour le développement minéral du Pakistan, un autre mineur, Naseeb Ullah, a été tué et deux de ses collègues ont été gravement blessés dans l'effondrement d'une galerie.

Deux jours après, le 13 janvier, trois mineurs, Nazar, Gul Hassan et Wali Dad, ont perdu la vie et trois autres ont été intoxiqués à Zardalo (site minier de Sharigh) par une exposition au méthane.

La PCMLF et l'IPC ont à nouveau demandé au gouvernement pakistanais de ratifier d'urgence la convention 176 de l'OIT. Ils l'ont également appelé à appliquer de toute urgence le Recueil de directives pratiques de l'OIT sur la sécurité et la santé dans les mines de charbon souterraines qui énonce des recommandations spécifiques en la matière.

La manifestation a débouché sur l'adoption à l'unanimité d'une résolution réclamant des mesures immédiates pour récupérer les corps des mineurs décédés, l'ouverture d'une enquête par la justice et des sanctions rigoureuses pour ceux dont la négligence est à l'origine des accidents.

Le Secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan a déclaré :

"IndustriALL Global Union adresse ses plus vives condoléances aux familles des travailleurs qui ont perdu la vie et souhaite un prompt rétablissement aux blessés.

"De nouveaux retards dans la ratification et la mise en application de la convention 176 de l'OIT sur la sécurité dans les mines seraient intolérables.

"Il est temps que le gouvernement pakistanais intervienne sérieusement parce que chaque jour qui passe coûte des vies humaines, les plus précieuses quel que soit le pays."

Les syndicats mondiaux obtiennent 2,3 millions $ d'une multinationale dans le cadre de l'Accord du Bangladesh

Cette marque, dont le nom ne peut être cité aux termes de l'accord, a accepté de payer 2 millions $ en travaux de réhabilitation dans plus de 150 ateliers de confection au Bangladesh.

La marque de prêt-à-porter versera en outre 300.000 $ au Fonds commun de soutien aux travailleurs des chaînes d'approvisionnement qu'IndustriALL et UNI ont constitué pour soutenir l'action des syndicats mondiaux pour l'amélioration des salaires et des conditions de travail des travailleuses et travailleurs des chaînes d'approvisionnement mondiales.

Les syndicats mondiaux avaient porté l'affaire devant la Cour permanente d'arbitrage en faisant valoir que cette marque n'obligeait pas les ateliers travaillant pour elle à éliminer les risques dans les délais voulus, continuant ainsi à exposer des milliers de travailleuses et travailleurs au danger. Ils l'accusaient aussi de ne pas donner à ces ateliers les moyens financiers de remédier aux risques pour la sécurité, comme l'exigeait l'Accord du Bangladesh.

Lorsque la requête a été déposée, en octobre 2016, aucun des fournisseurs connus de la marque n'avait procédé aux travaux obligatoires et tous leurs ateliers présentaient au moins un risque de sécurité grave pour lequel rien n'avait été fait. Cela allait de l'absence d'alarme incendie, de système de gicleurs, de portes coupe-feu à l'absence de séparation entre des matériaux inflammables et les chaudières des ateliers.

Le recours en arbitrage des syndicats a incité plusieurs sous-traitants de la marque à améliorer les choses, la cadence de réhabilitation passant chez l'un d'eux de 50 pour cent en octobre 2016 à plus de 90 pour cent en octobre 2017. En revanche, beaucoup d'autres continuaient à traîner avec des taux de réhabilitation ne dépassant pas les 50 pour cent sans qu'il soit remédié à des failles graves de structure et de sécurité contre l'incendie.

Toutes les améliorations qui s'imposent doivent être faites à l'expiration de l'Accord du Bangladesh, en mai 2018.

Le Secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré :

"Ce règlement montre que l'Accord du Bangladesh fonctionne. Il est la preuve que des mécanismes contraignants peuvent obliger des multinationales à rendre des comptes. Nous sommes heureux que la marque en question prenne maintenant au sérieux ses responsabilités vis-à-vis de la sécurité chez ses fournisseurs au Bangladesh. Son engagement financier doit servir d'exemple pour d'autres marques."

La Secrétaire générale adjointe d'UNI Global Union, Christy Hoffman, a déclaré :

"Aux termes de l'Accord du Bangladesh, les marques doivent supporter une part du coût de la remise en état des ateliers qui fabriquent leurs produits au Bangladesh et ce règlement à l'amiable montre que nous faisons bien appliquer les clauses de l'accord.

"Cet arrangement à l'amiable donne des moyens réels à plus de 150 ateliers qui pourront enfin effectuer les réparations qui s'imposaient depuis des années. Nous poursuivrons notre action pour veiller à ce que toutes les marques contribuent de manière équitable à rendre le travail plus sûr au Bangladesh."

En décembre 2017, IndustriALL et UNI avaient déjà obtenu de la Cour permanente d'arbitrage de La Haye une sentence arbitrale avec une autre marque mondiale. Le nombre total des ateliers visés par les deux règlements dépasse largement les 200.

Ces deux règlements ont pu être obtenus grâce à l'intervention de Marney Cheek et de son équipe du cabinet Covington & Burling, qui a représenté à titre gracieux les deux syndicats mondiaux.

L'Accord du Bangladesh, qui couvre 2,5 millions de travailleurs de la confection dans le pays, a été instauré par IndustriALL et UNI en 2013 à la suite de la catastrophe du Rana Plaza qui a tué plus de 1.100 travailleuses et travailleurs et en a blessé plus de 2.000. C'est le premier accord ayant force de loi qui impose à des marques de prêt-à-porter d'obliger leurs sous-traitants à éliminer les risques électriques, d'incendie et de structure.

À ce jour, ses inspecteurs ont vérifié plus de 1.800 ateliers produisant pour plus de 200 marques et ont relevé plus de 118.500 risques électriques, d'incendie et de structure.

83 pour cent des dangers identifiés pendant la première campagne d'inspection de l'Accord ont été éliminés et 500 ateliers concernés par l'Accord ont effectué 90 pour cent au moins des réparations nécessaires.

Un deuxième Accord a été signé en juin 2017. Il entrera en vigueur à l'expiration de l'accord de départ, en mai 2018, et proroge ses protections jusqu'au 31 mai 2021, à moins qu'un comité conjoint de surveillance (composé des marques et des syndicats signataires de l'Accord, de l'Association des fabricants et exportateurs de vêtements du Bangladesh (BGMEA), de l'Organisation internationale du travail (OIT) et du gouvernement bangladais) convienne à l'unanimité qu'une liste de conditions rigoureuses a été remplie pour qu'il soit transféré à un organe réglementaire national avant cette date.

IndustriALL, UNI et l’IBB signent un accord-cadre mondial avec Stora Enso

Par cet ACM, Stora Enso s’engage à collaborer avec les trois fédérations syndicales internationales en vue de promouvoir les droits fondamentaux des travailleurs au sein de l’ensemble de ses activités et filiales de par le monde. L’entreprise mettra tout en œuvre pour que soient appliqués les principes de l’ACM dans l’ensemble de sa chaîne d’approvisionnement.

L’ACM porte en particulier sur

Le Secrétaire général d’IndustriALL Global Union, Valter Sanches, a déclaré lors de la signature :

“Je félicite Stora Enso et salue notre nouvelle relation officielle qui nous donne les moyens de  promouvoir les droits des travailleurs au niveau de l’ensemble des activités de l’entreprise de par le monde. J’appelle les autres producteurs de pâte et papier à suivre cet exemple.”

Le PDG de Stora Enso, Karl-Henrik Sundström, a déclaré : 

“Nous nous appliquons à donner un environnement de travail où tous nos salariés soient traités avec respect et de manière équitable. Nous travaillons sans relâche pour nous assurer que toutes nos unités soient en conformité avec les prescriptions. En signant cet Accord-cadre mondial, nous montrons notre engagement et allons un cran plus loin dans cet important domaine."

Il existe un mécanisme de résolution des conflits mis en place par l’ACM. En vertu de ce mécanisme, les problèmes seront pris en compte au niveau local, mais si nécessaire, ils seront portés aux niveaux national et international et en bout de course à la médiation.

L’ACM rend formel un dialogue permanent entre les parties et les signataires se rencontreront tous les deux ans pour évaluer la mise en œuvre de l’ACM.

Cependant, l’esprit de l’accord-cadre mondial met en place un dialogue ouvert par lequel les parties vont œuvrer conjointement à résoudre préventivement les problèmes, le plus tôt possible.

Le Secrétaire général d’UNI, Philip Jennings, a déclaré :

“Cet accord constitue une excellente manière de commencer l’année au cours de laquelle nous célébrons le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Stora Enso fait un pas significatif dans la bonne direction en faveur des droits des travailleurs au sein de ses chaînes d’approvisionnement en signant cet accord.

“Il représente une reconnaissance supplémentaire que les droits des travailleurs sont des droits humains. L’importance des accords-cadre mondiaux a été reconnue non seulement par des entreprises telles que Stora Enso, mais également par le G20 et d’autres organisations internationales de par le monde." 

Le Secrétaire général de l’IBB, Ambet Yuson, a déclaré :

“En signant cet accord, Stora Enso s’engage à garantir les droits fondamentaux du travail à ses salariés au sein de ses activités et filiales de par le monde. De notre côté, nous nous réjouissons de pouvoir travailler activement avec Stora Enso pour mettre en œuvre concrètement cet accord sur le terrain en vue d’améliorer la vie des travailleurs et travailleuses.”

Turquie: 130 000 métallurgistes déterminés à faire grève

L’industrie sidérurgique en Turquie est caractérisée par des salaires bas, des longues heures de travail, des taux élevés d’accidents du travail, d’énormes bénéfices et de très gros rendements. Or, selon l’étude réalisée par Birlesik Metal-Is, 85 pour cent des métallurgistes sont endettés en raison des bas salaires versés dans ce secteur.

Suite aux manifestations massives de mai et juin 2015, les trois syndicats: Birlesik Metal-Is, Celik-Is et Türk Metal, et MESS, l’association des employeurs de l’industrie sidérurgique, ont entamé, depuis octobre 2017, une négociation collective sectorielle dans l’industrie sidérurgique turque.

Les syndicats revendiquaient, à travers la conclusion d’une convention collective de deux ans, des hausses importantes des salaires, des prestations sociales, des indemnités de préavis et de licenciement, des heures supplémentaires et du travail de nuit, des congés payés, ainsi que l’amélioration des mesures de santé et de sécurité, et une assurance-santé complémentaire. MESS leur a offert en retour de faibles augmentations se situant même en dessous du taux d’inflation réalisé au cours d’un contrat de trois ans.

Les négociations ayant échoué au début du mois de décembre 2017, les trois syndicats ont notifié le conflit et ont entrepris des actions de mise en garde, notamment contre la réalisation d’heures supplémentaires. Conformément à la législation turque du travail, un médiateur officiel a été nommé, mais le conflit n’a pas pu être résolu. Le rapport des médiateurs devrait paraître sous peu.

La dernière offre de MESS a été rejetée par les trois syndicats le 11 janvier. Birleşik Metal-İş a qualifié l’offre des employeurs de « frivole » et d’« inacceptable », précisant que les employeurs n’avaient vraiment pas compris le message qui leur avait été envoyé. Pour sa part, Celik-Is a indiqué qu’« Avec cette offre, MESS avait insisté sur son erreur et envoyé une invitation à la crise et au chaos ».

Selon le droit turc, après réception du rapport du médiateur par les syndicats, « une décision d’appeler à la grève peut être prise dans les soixante jours suivant la date de notification du rapport sur le différend, et la date de la grève devrait être communiquée à la partie adverse dans un délai de six jours ouvrables ». Les trois syndicats ont déclaré publiquement leur intention de faire grève.

Avec les antécédents de la Turquie en matière d’interdiction des grèves, il est fortement à craindre que cette grève soit également interdite.

La législation syndicale permet l’« ajournement des grèves », à savoir qu’une grève légale peut être suspendue par le Conseil des Ministres pendant 60 jours par décret si elle nuit à la santé publique ou à la sécurité nationale. Et « si aucun accord n’est conclu avant la date d’échéance de la période de suspension, le Haut Conseil d’arbitrage règle le différend, sur demande de l’une des parties, dans un délai de six jours ouvrables ». Ainsi, les syndicats ne peuvent plus continuer de faire grève après un « ajournement », ce qui équivaut à une interdiction totale de faire grève.

Birlesik Metal-Is a organisé une conférence sur le droit de grève le 13 janvier à Istanbul, et le comité exécutif du syndicat a décidé de demander à tous les autres syndicats de l’industrie sidérurgique en Turquie de faire grève ensemble, et de résister si le gouvernement interdit de faire grève. Le syndicat a également décidé d’appeler tous les autres syndicats représentant les travailleurs dans l’industrie sidérurgique à entamer une grève collective et à faire front si le gouvernement interdit la grève.

Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL Global Union, a déclaré lors de la conférence:

Notre famille syndicale mondiale continuera à apporter son plein soutien aux métallurgistes turcs dans leur combat. Le droit de grève est un droit du travail fondamental dont tout travailleur doit pouvoir user.

Le gouvernement turc doit reconnaître ce droit et ne doit en aucune façon l’entraver.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré:

Bien que les métallurgistes en Turquie battent des records de production au sein d’une industrie très rentable, les employeurs ne veulent pas partager ne serait-ce qu’une faible part de cette richesse avec les travailleurs.

L’offre de MESS se moque des métallurgistes. IndustriALL se tiendra à leur côté jusqu’à ce qu’ils obtiennent une meilleure offre.

Trinité-et-Tobago : L'OTWU proteste contre de possibles suppressions de postes chez Petrotrin

Le plan d'action du syndicat prévoit des défilés mensuels contre la possibilité de suppressions de postes et d'une privatisation de l'entreprise.

Le dirigeant de l'OWTU Ancel Roget a dit qu'il ferait appel à la solidarité et au soutien des travailleurs de tout le pays dans son combat contre le gouvernement actuel qui favorise l'injustice, l'inégalité et l'incompétence.

Chacun de nous, y compris les travailleurs temporaires et ceux qui ont travaillé des années pour cette entreprise, pourrait devenir victime et perdre son emploi,

a déclaré Ancel Roget dans une conférence de presse.

L'OWTU précise qu'il ne refuse pas l'idée d'une restructuration, mais il est persuadé qu'une réduction de l'effectif n'est pas la solution aux problèmes financiers de Petrotrin.

Le syndicat a déposé des recommandations pour une restructuration équitable en 2017 et a proposé son soutien si les travailleurs étaient associés au processus. La direction n'a pas répondu.

Le responsable d'IndustriALL pour l'Amérique latine et les Caraïbes, Mario Vani, apporte son soutien au combat des travailleurs : 

Nous assurons de notre solidarité les travailleurs de Petrotrin ainsi que notre affilié OWTU. Nous nous opposons aux gouvernements qui font cadeau de notre patrimoine à des grandes multinationales sous le prétexte de la modernisation.

Privatiser les compagnies de l'énergie revient à abandonner notre souveraineté, à creuser les inégalités et à accroître le chômage et l'injustice sociale dans nos pays. Le combat des travailleurs de l'OWTU a tout notre soutien !

Petrotrin dépend directement du ministère des Finances; ses activités sont l'exploration, la valorisation et la production d'hydrocarbures, ainsi que la fabrication et la commercialisation de produits pétroliers. Petrotrin exploite l'unique raffinerie du pays et vend ses produits sur le marché local, dans les Caraïbes, en Amérique latine et aux États-Unis.

370 mineurs kirghizes réintégrés après des licenciements massifs

Le 8 janvier, les représentants du syndicat, de la direction du comité national de Full Gold Mining et du Comité national kirghize pour l’industrie, l’énergie et l’utilisation du sous-sol, qui surveille le secteur, se sont réunis autour d’une table ronde pour régler le conflit. Les contrats antérieurs des employés de Full Gold Mining ont expiré le 31 décembre 2017.

Evoquant des difficultés financières, la direction a unilatéralement décidé de changer les conditions de travail. En violation de la législation nationale, les amendements comprenaient une réduction salariale de 30 pour cent ainsi que la suppression de prestations, telles que l’indemnité de repas, l’aide financière pour le perfectionnement professionnel, et les indemnités pour la nature du travail effectué et le travail en équipes. Ayant refusé cette baisse des conditions de travail, les mineurs ont été licenciés.

L’entreprise emploie quelque 600 personnes, dont 200 sur une base saisonnière, s’étendant d’avril à novembre, en raison des caractéristiques techniques du travail. Environ 30 personnes font partie du personnel d’encadrement et de sécurité. Quasiment tous les travailleurs de Full Gold Mining ont donc été touchés par la décision de la compagnie.

Les travailleurs ont fait appel à MMTUK pour qu’il protège leurs droits et évite leurs mises à pied. Suite à la campagne d’information menée par le syndicat et le soutien des autorités, de l’opinion publique et des médias, la compagnie est apparue maladroite aux yeux des autorités nationales et des dirigeants de l’entreprise en Chine. Le MMTUK a également demandé au gouvernement national d’intervenir dans le conflit.

Après des négociations difficiles, la direction a été obligée de prolonger les contrats de travail à partir du 1er janvier 2018 sans opérer des réductions. Elle a également conclu une nouvelle convention collective pour la période 2018-2020 avec le comité syndical. 

Les travailleurs ont repris le travail le 15 janvier. Ils ne seront pas payés pour les deux semaines correspondant au temps d’arrêt; leurs contrats ne seront toutefois pas interrompus.

Full Gold Mining a obtenu, depuis 2011 et pour 20 ans, une licence d’exploitation du gisement d’Ishtamberdy, situé dans le sud du Kirghizistan. Le syndicat s’efforce actuellement de conclure des contrats de travail de durée illimitée pour les employés de la compagnie.

Eldar Tadjibayev, Président du MMTUK, a déclaré:

« Je pense que les négociations ont été très fructueuses. Tous les employés ont été réintégrés. Le niveau salarial a été maintenu; certains employés ont même reçu une légère augmentation. Nous avons également convenu d’examiner une hausse salariale dès que l’entreprise commencera à faire des profits ».

Vadim Borisov, Secrétaire régional d’IndustriALL Global Union, a indiqué:

« Nous félicitons notre affilié, MMTUK, qui grâce à sa victoire due à son expérience en matière de négociation, permet aux travailleurs de connaître un règlement fructueux de ce conflit ».

Taïwan : les syndicats condamnent une législation du travail, la “pire de tous les temps”

Le mercredi 10 janvier, le Yuan législatif de Taïwan a approuvé des changements à la Loi sur les normes du travail qui donnent aux employeurs le pouvoir de forcer les travailleurs et travailleuses à prester 12 jours consécutivement, avec une pause de seulement 8 heures entre les postes. Actuellement, les travailleurs et travailleuses peuvent être appelés à prester 7 jours consécutivement avec des pauses obligatoires de 11 heures. L’amendement est censé prendre effet au 1er mars.

Chueh An Chuang, qui est président de l’affilié d’IndustriALL Global Union, le Syndicat des travailleurs du pétrole de Taïwan (TPWU), ainsi que président de la Confédération des syndicats de Taïwan (TCTU), a déclaré :

“Nous, syndicats, devons nous positionner et prendre à bras le corps les problèmes et les impacts de l’adoption de la nouvelle réglementation. De plus, nous avons besoin de davantage de négociations avec le gouvernement sur les futurs amendements de notre Loi sur les normes du travail.” 

Les membres de la Commission des droits de l’homme de Taïwan appellent à une enquête sur cet amendement, dont ils estiment qu’il pourrait avoir violé la Charte internationale des Droits de l’Homme adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1976.

Le président Chuang a ajouté :

“Ce projet d’amendement est fortement en faveur des employeurs et pas des travailleurs. Je suis très préoccupé par la question du surmenage par le travail à Taïwan, qui ne fera qu’empirer lorsque cette nouvelle législation sera mise en œuvre.”

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré :

“Ce nouvel amendement à la Loi sur les normes du travail est une insulte aux travailleurs et travailleuses de Taïwan. Les mettre sur les genoux ne conduira pas à une plus grande prospérité mais à une population active fonctionnant dans des conditions qui sont complètement intenables. Nous soutenons notre affilié dans ses efforts visant à combattre cette loi.”

Depuis que le gouvernement de Taïwan a proposé ces amendements controversés en octobre de l’année dernière, le TCTU a rejoint d’autres syndicats, des militants de la cause sociale, des groupements étudiants et des universitaires pour former l’Alliance d’Action du Premier Mai afin de protester contre ces changements.

Alors que les parlementaires débutaient leurs deuxième et troisième lectures des amendements le 8 janvier dernier, près de 300 membres de l’Alliance d’Action du Premier Mai ont campé devant le Yuan législatif et y ont passé la nuit.

Une marche organisée le 23 décembre dernier a attiré près de 10.000 personnes et a conduit à l’arrestation de dix leaders syndicalistes et étudiants après que les manifestants ont bloqué un carrefour clé près la principale gare de chemin de fer de Taipei.

Russie : la justice ordonne la dissolution de l'AIST

Le 10 janvier, un tribunal de Saint-Pétersbourg a ordonné la liquidation de l'AIST, considérant qu'elle aurait des activités politiques et recevrait des fonds de l'étranger.

D'après le ministère public, le syndicat a réclamé des changements à la législation nationale sur le travail, comme le montrerait sa pétition en ligne de soutien à une modification du code du travail. En réalité, la pétition portait sur l'indexation des salaires dans les entreprises privées pour suivre l'inflation. Pour IndustriALL, il est clair que c'est là une façon de défendre les intérêts de ses adhérents et elle ne peut que rejeter l'accusation du procureur.

En outre, la cour considère que l'AIST s'ingère dans la vie politique, après que celle-ci ait critiqué la politique socio-économique des autorités sur son site web. Le juge estime aussi que la solidarité exprimée par l'AIST avec les camionneurs russes qui protestent contre les hausses des taxes est un exemple d'activités incompatibles avec son statut de syndicat. IndustriALL est persuadé que ce jugement constitue un précédent extrêmement dangereux qui empêchera les adhérents de l'AIST et d'autres syndicats d'exprimer ouvertement leur solidarité à l'intérieur du syndicat et avec d'autres syndicats, ce qui constitue une violation des principes de la liberté syndicale internationalement reconnus.

La cour a aussi remis en cause le caractère multisectoriel de l'AIST en Russie, affirmant que le syndicat n'a pas défini clairement les limites de ses secteurs et ses implantations géographiques. Selon la convention n° 87 de l'OIT, chaque syndicat a le droit de choisir librement la structure de son organisation et, une fois encore, la décision du tribunal fait obstacle à l'application de cette convention de l'OIT sur le territoire de la Fédération de Russie.

En 2015 et 2016, le syndicat a organisé plusieurs ateliers de formation avec le soutien d'IndustriALL Global Union. Le juge y voit une incompatibilité avec les activités énoncées dans les statuts de l'AIST et considère par conséquent qu'elle ne doit pas être traitée comme un syndicat au sens de la législation nationale, mais comme une organisation non-gouvernementale menant une action politique en Russie avec l'aide de l'étranger. Une telle organisation est considérée comme un "agent étranger" et doit faire l'objet d'un enregistrement particulier. C'est un des arguments sur lesquels le juge s'est appuyé pour ordonner la dissolution de l'AIST.

Tout comme l'AIST et sa centrale nationale KTR, affiliée à la CSI, IndustriALL s'inquiète de ce jugement sans précédent. C'est la première fois qu'un syndicat, parce qu'il reçoit un financement de l'étranger, est déclaré relever de la loi sur les agents étrangers qui, en Russie, s'applique aux organisations sans but lucratif mais n'a jamais été appliquée aux organisations syndicales.

Pour IndustriALL, ce verdict est annonciateur d'un examen de l'ensemble des activités des syndicats et fait planer une menace sur leur existence même dans le pays.

Le conflit a éclaté à l'été 2017 lorsque, enfreignant la législation nationale, le procureur de Saint-Pétersbourg a demandé la liste des membres du syndicat et a procédé à plusieurs enquêtes qui ont finalement amené à une procédure judiciaire.

Le syndicat a maintenant un mois pour faire appel du jugement. Les militants de l'AIST réclament justice et sont prêts à aller jusqu'à la Cour suprême.

Le Président de l'AIST, Alexeï Etmanov, déclare :

"La dissolution de l'AIST n'affectera pas l'action syndicale parce que ses organisations de premier échelon sont des personnes morales distinctes pouvant créer une nouvelle organisation. Nous comptons sur le soutien des affiliés des syndicats mondiaux, plus particulièrement en Russie et dans la CSI, et sur celui des centrales syndicales russes et de la communauté internationale."

Valter Sanches, le Secrétaire général d'IndustriALL, a commenté en ces termes :

"Nous sommes choqués par cette décision sans précédent des autorités russes. Ce jugement viole incontestablement la convention n° 87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical que la Fédération de Russie a ratifiée."

"Nous sommes solidaires avec l'AIST et demandons à tous nos affiliés de la région, en particulier ceux de Russie, de se joindre à nous."

"Nous attendons de la Cour suprême qu'elle examine et abroge le jugement de ce tribunal ordonnant la dissolution de l'AIST. Entretemps, nous soutiendrons toutes les actions légitimes de l'AIST visant à ramener la situation à la normale et à assurer la poursuite de l'action syndicale."

Namibie : le syndicat proteste contre l’absence de rigueur en matière de sécurité à la mine de Skorpion Zinc

Les travailleurs et travailleuses revendiquent l’amélioration de la communication sur les questions de sécurité au sein de la mine, qui est la propriété de Vedanta Zinc International. La revendication vise l’amélioration de la sécurité par une meilleure information auprès des travailleurs sur la situation au sein de cette mine à ciel ouvert, dont les mouvements de terrain, l’intégrité des parois, la formation aux procédures d’évacuation d’urgence et par des mesures disciplinaires à l’égard des membres du personnel d’encadrement qui se présentent saouls au travail.

Le MUN soutient que la négligence permanente des mesures de précaution en matière de sécurité met en danger la vie des travailleurs. Par exemple, lors d’un mouvement de terrain le 18 décembre, la direction a paru désorientée. Ceci s’est produit en dépit de conseils reçus de la part d’experts sur la manière de gérer les mouvements de terrain et de stabiliser les parois de l’exploitation minière.

De plus, les travailleurs et travailleuses n’ont pas été formés quant aux procédures d’évacuation nécessaires en cas d’urgence. Selon le MUN, les normes de sécurité sont défaillantes, car “il est devenu de règle que des procédures et dispositions soient ignorées pour augmenter la production et des normes de sécurité laissées de côté, ce qui conduit à des conditions de travail dangereuses”.

Une autre menace pour la sécurité au sein de la mine est l’abus d’alcool. Le MUN soupçonne que des membres du personnel d’encadrement qui refusent les tests de dépistage se rendent régulièrement au travail sous influence, en contravention avec la politique de la mine s’agissant de l’abus d’alcool et de drogue. Un membre du personnel d’encadrement a depuis été suspendu après que des travailleurs l’ont contraint à subir un test de dépistage qui a prouvé qu’il s’était effectivement rendu au travail en étant alcoolisé.

En outre, le syndicat veut que Skorpion améliore les compétences des salariés par la formation et que le sous-traitant Basil Read recrute davantage de personnel du cru au niveau de l’encadrement et fournisse des équipements de protection individuelle. Le personnel qualifié devrait également recevoir une reconnaissance par le biais de certifications, en particulier après avoir suivi des cours sur la conduite de machines.

Paule-France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique sub-saharienne indique :

“La sécurité au sein des mines est non-négociable et les compagnies minières doivent toujours s’assurer que les normes sont respectées. Il n’est dès lors pas acceptable pour elles de sacrifier la sécurité des travailleurs et travailleuses pour améliorer les objectifs de production et les bénéfices.”