Les syndicats de Kimberly-Clark du monde entier en colère après l'annonce de suppressions de postes massives

L'annonce de ces suppressions de postes aura un effet dévastateur, et pas seulement pour les 5.000 femmes et hommes qui perdront leur emploi. On considère que cinq emplois indirects sont tributaires de chaque emploi dans une papeterie, ce qui veut dire que les répercussions économiques de cette mesure pourraient affecter des dizaines de milliers de familles.

Malgré un fort taux de syndicalisation du personnel de Kimberly-Clark et des liens formels avec le mouvement syndical international, les représentants des travailleurs n'ont pas été consultés avant la prise de la décision et son annonce.

Deux syndicats mondiaux, IndustriALL et UNI, ont des affiliés nationaux qui représentent les travailleurs de Kimberly-Clark  du monde entier. Lorsque la pression commerciale nécessite des réductions des coûts, les syndicats peuvent toujours contribuer à la recherche de solutions et de gains d'efficacité. Les destructions massives d'emplois sont délétères pour les travailleurs, pour leurs communautés, et pour la marque.

Les syndicats de Kimberly-Clark insistent à nouveau sur l'urgente nécessité d'une consultation sérieuse de ses partenaires, laquelle est essentielle pour le succès de l'opération. Les deux syndicats mondiaux et leurs affiliés appellent Kimberly-Clark à ménager une pause dans le processus de restructuration pour permettre cette consultation.

En plus de ce principe général, suivant la législation du travail de plusieurs pays concernés, Kimberly-Clark ne respecte pas ses obligations contractuelles et légales qui imposent cette consultation.

Les produits Kimberly-Clark, tels que les langes Huggies et les mouchoirs en papier Kleenex, sont utilisés par près d'un quart de la population mondiale. Comme ses concurrents, Kimberly-Clark est confrontée à la grande distribution qui pousse les prix à la baisse et aux consommateurs qui achètent de plus en plus sur Amazon. Ses bénéfices accusent une légère baisse; quoi qu'il en soit, son bénéfice d'exploitation pour 2017 était de 3,3 milliards $.

Le P-DG de Kimberly-Clark, Thomas J. Falk, aurait touché au total 13 millions $ en 2017. Le coût de cette restructuration de masse sera couvert en partie par les économies réalisées grâce aux réductions de l'impôt des sociétés de Donald Trump.

Le but de la restructuration est de faire plus d'un demi-milliard de dollars d'économies d'ici 2021. De grands réinvestissements sont prévus dans certaines usines, mais ils devraient porter essentiellement sur l'amélioration de la capacité de la production numérique, ce qui n'annonce rien de bon non plus pour les travailleurs.

Unité, résistance et détermination offrent une grande victoire aux métallos turcs

La grève devait débuter le 2 février 2018, les syndicats refusant de se soumettre à l'interdiction et déterminés à poursuivre la lutte. Ils ont ainsi obtenu des avancées remarquables, pour leurs salaires et leurs conditions de travail, par une nouvelle convention collective sectorielle couvrant 130.000 travailleurs dans 179 entreprises.

Cette convention d'une durée de deux ans, antidatée au 31 août 2017, a été signée par les trois syndicats représentant les travailleurs de la métallurgie, dont nos affiliés Birleşik Metal-İş et Çelik-İş, et par l'Association des employeurs de la métallurgie MESS.

L'association des employeurs a renoncé aux concessions qu'elle réclamait devant la détermination des travailleurs et a fortement revalorisé son offre finale aux syndicats.

La première offre de la MESS était une hausse de 3,2 pour cent correspondant à l'inflation observée. Elle a ensuite été portée à 6,4 pour cent pendant la deuxième négociation et à 13,2 pour cent dans la troisième. Mais en finale, les employeurs ont accepté 24,6 pour cent de hausse des salaires et 23 pour cent pour les prestations sociales. Les métallos turcs ont aussi obtenu une assurance de santé complémentaire conforme à leurs revendications.

Leurs demandes ayant été acceptées dans une large mesure par les employeurs, ils ont exprimé leur joie et leur satisfaction devant cette victoire en répétant leur slogan : "nous avons dit que ce combat ne cesserait que lorsque nous dirions qu'il est fini".

Dans son communiqué, notre affilié Birleşik Metal-İş a déclaré : "La signature de cette convention collective est un succès pour les travailleurs de la métallurgie qui ont refusé l'interdiction de la grève. Nous remercions tous ceux qui nous ont épaulés pour leurs efforts."

Les Secrétaires généraux d'IndustriALL Global Union et d'IndustriALL Europe, Valter Sanches et Luc Triangle, ont écrit à leurs affiliés turcs de la métallurgie :

"Nous félicitons tous les travailleurs de la métallurgie turcs pour la détermination dont ils ont fait preuve dans ces difficiles négociations. Votre unité, votre combat et votre détermination ont permis cette grande victoire.

"Vous avez démontré au monde entier que, quand on reste unis, tout est possible. Nous voulons croire que cette unité se poursuivra."

Les mouvements syndicaux international et russe s'opposent à la dissolution de l'AIST

Le 25 janvier, huit membres de la FNPR affiliés à IndustriALL ont publié une déclaration commune relative au récent jugement d'un tribunal de Saint-Pétersbourg ordonnant la liquidation de l'AIST, accusée d'avoir des activités politiques et de recevoir des fonds de l'étranger. L'AIST est affiliée à IndustriALL ainsi qu'à la KTR.

Dans leur communiqué, les syndicats relèvent que l'AIST n'est pas affiliée à la FNPR et que leurs structures sont en concurrence au niveau des entreprises. Malgré cela, ils déclaraient :

"Pour nous, le jugement du tribunal de Saint-Pétersbourg, ne fait pas que violer de manière flagrante les droits des travailleurs et des syndicats qui représentent leurs intérêts, il soustrait aussi la réglementation des activités syndicales en Russie au cadre juridique national et international".

"Nous appelons tous les départements de l'appareil d'État du pays à rétablir la justice, et nous comptons que la Cour suprême de la Fédération de Russie annulera le jugement du tribunal de Saint-Pétersbourg afin de préserver véritablement la liberté d'action du mouvement syndical inscrite dans la constitution de la Russie".

La lettre a été envoyée à la Douma d'État, au Procureur général, au Président de la Cour suprême et au Président russe.

De leur côté, les centrales syndicales nationales FNPR et KTR et la Confédération syndicale internationale ont publié des communiqués officiels sur leurs sites web. Elles estiment que cette décision peut constituer un précédent dangereux et affecter le mouvement syndical russe, ainsi que les droits et garanties des travailleurs. En outre, la KTR a déposé plainte contre la Fédération de Russie auprès du Comité de la liberté syndicale de l'OIT.

Des affiliés d'IndustriALL des pays de la CSI ont aussi exprimé leur soutien et leur solidarité avec l'AIST.

Tamaz Dolaberidze, le Président du Syndicat des travailleurs de la métallurgie, la mine et la chimie de Géorgie, écrit dans la lettre qu'il adresse à Alexey Etmanov, le Président de l'AIST,

"En prenant cette décision, le tribunal a prononcé la condamnation à mort de l'indépendance syndicale. Il est incontestable qu'elle sert à la désinformation de l'opinion publique".

Mychaïlo Volynets, le Président du Syndicat indépendant des mineurs d'Ukraine, a déclaré :

"Le plus inquiétant est que le tribunal de Saint-Pétersbourg a donné satisfaction au Procureur général qui réclamait la dissolution de l'AIST le 10 janvier. Il s'agit d'une violation flagrante de la liberté d'association des travailleurs que garantissent les normes internationales, et notamment la convention n° 87 de l'OIT sur la liberté syndicale.

Gennady Fedynich, le Président du Syndicat bélarussien des travailleurs de la radio et de l'électronique (REPAM), constate que :

"Notre syndicat est pratiquement dans la même situation. Les régimes autoritaires de Russie et du Bélarus veulent liquider les organisations syndicales qui protègent réellement les droits des travailleurs et ne dépendent pas des organes de l'État.

Eldat Tadjibayev, le Président du Syndicat de la mine et de la métallurgie du Kirghizistan (SMMK), a déclaré :

"Le SMMK appuie sans réserve la position de l'AIST, considérant que ce syndicat est un représentant des plus indépendants, puissants, rigoureux et influents des salariés".

À son tour, l'AIST a lancé une campagne pour la liberté syndicale et contre l'interdiction des activités syndicales. Des militants de l'AIST, des ouvriers et des employés de Saint-Pétersbourg, de Vsevolozhsk, de Moscou, Kaluga, Togliatti, Omsk et d'autres villes ont exprimé leur soutien au syndicat dans de nombreuses vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

L'AIST va déposer un recours devant la Cour suprême de Russie cette semaine et elle se prépare à d'autres procès.

Le Secrétaire régional d'IndustriALL, Vadim Borisov, a commenté en ces termes :

"IndustriALL Global Union s'inquiète de la tournure que prennent les événements et exprime son soutien à toutes les actions légitimes que prendront les syndicats pour la défense de leurs droits. Nous nous félicitons de l'unité affichée par nos affiliés de la région sur la question de la liberté d'association et des droits syndicaux."

Encore un travailleur tué chez LafargeHolcim en Inde

Un travailleur contractuel a perdu la vie dans un accident, le 27 janvier dans le district de Chandrapur, à l'usine Maratha Cement Works de la firme Ambuja Cement Ltd, que détient le géant du ciment LafargeHolcim. Cette entreprise doit encore publier ses statistiques de mortalité pour 2017 mais, en 2016, 86 travailleurs ont été tués dans l'ensemble des sites de LafargeHolcim dans le monde.

Dans la matinée du 27 janvier, ce qui semble être une défaillance du système électrique de la machine de chargement des wagons de l'usine Maratha Cement Works a provoqué un accident qui a causé la mort du travailleur sous contrat Arun Singh, âgé de 32 ans, marié avec deux enfants de huit et dix ans.

Ce problème technique avait été signalé quelques jours auparavant et, après des réparations effectuées le 25 janvier, elle avait été déclarée bonne pour le service. Les travailleurs ont alors reçu l'ordre de reprendre le travail avec la machine. Or, dans la matinée du 27 janvier, d'énormes vibrations ont secoué la machine sous l'effet de la défaillance électrique, causant l'accident qui a coûté la vie à Arun Singh, écrasé entre la machine et le wagon.

Immédiatement après, des travailleurs ont protesté devant les grilles de l'usine, exigeant que la direction punisse les responsables de l'accident et indemnise convenablement la famille de M. Singh.

Dans cette usine, les travailleurs font l'objet de brimades, de menaces et d'intimidation. L'un d'eux confie qu'ils "sont contraints de travailler dans des conditions dangereuses et mettent leur vie en danger. Lorsqu'un travailleur décède, quelques centaines de milliers de roupies sont versées à titre d'indemnisation et on est prié de ne pas parler de ce qu'on a reçu. Les familles des travailleurs vivent des situations terribles. L'argent peut-il compenser la perte d'un proche ? Un jour, nous connaîtrons tous la même situation."

Vijay Thakre, un représentant du syndicat Maratha Cement Works Kamgar Sanghatana affilié à IndustriALL Global Union par le biais de la Fédération nationale indienne des travailleurs du ciment, déclare :

"Nous sommes extrêmement peinés par cet accident. Il dénote l'échec des politiques de sécurité et la négligence d'Ambuja Cement Ltd. D'une certaine manière, les tentatives de l'entreprise pour réduire le personnel augmentent la charge de travail dans tous les départements. La direction doit revoir sa politique et suivre des normes de sécurité strictes."

Valter Sanches, le Secrétaire général d'IndustriALL Global Union, déclare :

"Il est douloureux de voir que le mépris des procédures de sécurité dans les cimenteries d'Ambuja fait encore des victimes chez les travailleurs. Dans un message que nous adressait récemment la direction mondiale à propos de la santé et la sécurité dans ses sites d'exploitation, elle était qualifiée de "question de la plus absolue priorité pour l'entreprise". Pourtant, auparavant, en septembre 2017, deux travailleurs avaient été tués dans un autre accident horrible à l'usine de Chhattisgarh. LafargeHolcim devrait prendre la sécurité au sérieux et agir de manière coordonnée avec les travailleurs, y compris les travailleurs contractuels, pour améliorer les pratiques de sécurité dans ses usines.

"Dans le passé, nous avons contacté la direction de LafargeHolcim et convenu avec elle de collaborer à l'échelon mondial et local dans le cadre d'un Accord-cadre mondial négocié, dont un chapitre devait traiter des questions de santé et de sécurité. Or, au tout dernier moment, LafargeHolcim a rompu sa promesse et refusé cet ACM avec IndustriALL Global Union et l'Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB), ce que nous interprétons comme le symptôme d'une réticence à agir ensemble pour éliminer les problèmes de sécurité."

200 jours: le lock-out des travailleurs imposé par Glencore se poursuit à Oaky North en Australie

Dans ce qui est considéré comme le plus long lock-out dans l’histoire de l’industrie australienne, les membres de l’affilié à IndustriALL Global Union, le syndicat de la construction, de la sylviculture, des mines et de l’énergie (CFMEU), viennent d’entamer aujourd’hui leur deux centième jour de lock-out.

Le lock-out de six mois et demi continue après que les travailleurs aient rejeté, le 24 janvier, l’accord d’entreprise de la compagnie par 164 votes contre 11. Cet accord, facilité par l’arbitre gouvernemental Fair Work Australia, constitue la troisième offre de Glencore que les travailleurs refusent.

Ce refus repose sur le fait que Glencore fait de plus en plus appel aux travailleurs occasionnels et amenuise la représentation syndicale. Le syndicat pense que la compagnie prévoit de remplacer les travailleurs par des sous-traitants avant de réduire progressivement ses activités et de fermer la mine, afin de diminuer sa responsabilité vis-à-vis du paiement des indemnités de licenciement.

« Le message très clair de nos militants de base est que cet accord favorise la compagnie au détriment des travailleurs », a indiqué Stephen Smyth, président de la division Mine et Energie du Queensland du CFMEU.

« Cela n’a jamais été une question d’argent pour nos membres puisqu’au début du conflit, ils ont proposé la reconduite de leur précédent accord sans revendiquer aucune augmentation salariale. L’offre a été rejetée par Glencore.

« Il a toujours été question de fixer la limite gagnée de haute lutte en matière de conditions de travail – conditions négociées à travers les accords d’entreprise précédents.

« Il est décevant de voir que ce conflit dur et long continuera ».

Glencore utilise des sous-traitants pour maintenir la production, alors que les travailleurs reçoivent un salaire de solidarité de la part de leur syndicat. De nombreuses autres sections syndicales ont fait des dons pour soutenir les travailleurs lock-outés. Ceux-ci ont dit être prêts à se tenir sur le piquet de grève durant encore six mois.

Les travailleurs ont été mis en lock-out le jour même de la divulgation des Paradise Papers, qui révèlent que Glencore n’a quasiment pas payé d’impôts ou de redevances en Australie pendant plusieurs années.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a déclaré:

« Les travailleurs à Oaky North ont fait preuve de beaucoup de courage et de ténacité en ayant campé, durant 200 jours, sur leurs positions face aux intimidations de Glencore. Ils ne renoncerons pas. IndustriALL continuera de les soutenir et de faire campagne jusqu’à ce que Glencore traite sa main-d’œuvre avec respect ».

Algérie : les Syndicats mondiaux condamnent la détention de 1.000 manifestants

Le 20 janvier, la police algérienne a appréhendé plus d'un millier de personnes dans une opération visant à empêcher la tenue d'une manifestation pacifique organisée par notre affilié du secteur pétrolier et gazier, SNATEGS, dans la capitale, Alger.

Les détenus ont été emmenés en autobus vers des régions éloignées et privés de nourriture et d'eau de 11 heures du matin à 21 heures. Les forces de sécurité ont confisqué leurs téléphones dont ils ont effacé les photos de la manifestation ainsi que tout élément attestant de la répression policière. D'après le SNATEGS, des femmes ont été harcelées sexuellement et d'autres syndicalistes ont subi des agressions physiques.

Les Syndicats mondiaux IndustriALL, UITA, ISP et CSI ont écrit au ministre algérien du Travail, M. Mourad Zemali, pour condamner le traitement des manifestants composés de syndicalistes, de représentants de la société civile et d'anciens militaires ayant subi des blessures.

Près de 10.000 policiers ont participé à cette opération visant à empêcher la manifestation du SNATEGS du 20 janvier, organisée pour réclamer du gouvernement qu'il arrête la privatisation des entreprises d'État, qu'il respecte la liberté syndicale et réintègre les travailleurs et dirigeants syndicaux licenciée par la compagnie publique d'énergie Sonelgaz.

Les forces de sécurité ont bloqué avec des barrières tous les accès à la capitale et contrôlé toutes les personnes pénétrant dans la ville. De nombreux autocars transportant des manifestants ont dû faire demi-tour. D'après le SNATEGS, 30.000 personnes voulaient participer à la manifestation, mais seules six à sept cents ont pu rejoindre le rassemblement devant la grand-poste d'Alger.

"Ces actions de la police constituent des violations flagrantes du droit à la liberté de réunion et des droits civils des citoyens algériens. Nous condamnons en outre la répression croissante des syndicats et des dirigeants syndicaux en Algérie", peut-on lire dans la lettre adressée par les dirigeants des Syndicats mondiaux au ministre du Travail algérien.

Depuis son enregistrement en 2013, le SNATEGS et ses dirigeants sont soumis à une oppression croissante et une persécution judiciaire. Le Président du SNATEGS, Raouf Mellal, qui avait dénoncé une surfacturation délibérée et à grande échelle des abonnés de la Sonelgaz pendant une dizaine d'années, a été condamné à 17 mois de prison et à une amende de 10.000 euros (12.300 $). Il n'est plus détenu et a fait appel du jugement.

En outre, le Secrétaire général du SNATEGS, Abdelkader Kawafi, doit passer en justice le 6 février pour des chefs d'accusation de "diffamation".

"Nous déplorons ce traitement inhumain de citoyens pacifiques qui ont parfaitement le droit de manifester pacifiquement sans subir de représailles. Nous appelons le gouvernement algérien à arrêter d'agresser les syndicats dans son pays et à mettre fin à la persécution judiciaire de dirigeants syndicaux", a déclaré Valter Sanches, le Secrétaire général d'IndustriALL.

Cependant, malgré ces condamnations, la justice a également reconnu Raouf Mellal comme le président légitime du SNATEGS, en dépit des tentatives du gouvernement et de la Sonelgaz pour le destituer et dissoudre le syndicat. Un tribunal de Guelma a aussi annulé la décision de la Sonelgaz de licencier Raouf Mellal en 2014, en appliquant la loi qui protège les dirigeants syndicaux contre le licenciement arbitraire.

Souscrivez à la campagne de LabourStart et exigez que le gouvernement algérien arrête de s'attaquer au syndicat indépendant de l'énergie SNATEGS.

Turquie: le gouvernement interdit une grève dans l’industrie métallurgique

La grève a été annoncée par suite du conflit découlant de l’échec des négociations sectorielles entre les trois syndicats représentant les métallurgistes, dont les affiliés à IndustriALL, Birleşik Metal-İş et Çelik-İş, et l’Association des employeurs de l’industrie métallurgique (MESS).

La grève a été interdite par un décret gouvernemental publié dans la Gazette officielle le 26 janvier 2018, après avoir été signé, le 24 janvier, par le Président, le Premier ministre et l’ensemble des ministres siégeant au cabinet. Le décret énumère les 179 sites où la grève est interdite, dont ceux détenus par des multinationales telles que Thyssenkrupp, Bosch, Ford, Mercedes Benz, Renault et Siemens.

Le jour où ce décret a été pris, l’organisation patronale MESS a invité les trois syndicats à une nouvelle session de négociation avant la date de la grève. Néanmoins, le décret interdit toutes nouvelles discussions entre le syndicat et les employeurs.

Les syndicats ont fait part d’un conflit par suite de l’échec des négociations survenu au début du mois de décembre 2017. Bien qu’un médiateur du gouvernement ait été nommé, le conflit n’a pas pu être résolu. L’offre finale de MESS a été rejetée par les trois syndicats les 11 et 12 janvier. Les salaires versés dans l’industrie métallurgique sont bas et les conditions de travail sont difficiles et dangereuses. Les syndicats réclament de nombreuses améliorations.

Le droit turc de 2012 sur les syndicats et la convention collective du travail, la loi N° 6356, renferme un article stipulant que « Tout appel à une grève légale, ou un lock-out, qui a été déclaré ou a commencé, peut être suspendu par un décret du Conseil des ministres pour une période de 60 jours s’il porte préjudice à la santé publique ou à la sécurité nationale ».

Le gouvernement turc, qui fait une utilisation abusive et régulière de cette loi, interdit souvent les grèves en violation de la Convention N° 87 sur le droit à la liberté syndicale. Les syndicats turcs ont fréquemment bravé ces interdictions et entrepris illégalement de faire grève. Il leur est arrivé de remporter des victoires importantes dans cette situation.

Birleşik Metal-İş a publié un communiqué de défiance indiquant:

« Nous ne reconnaissons pas l’interdiction de faire grève! Nous ferons grève le 2 février. Aujourd’hui, en tant que métallurgistes, nous répondrons à ceux qui interdisent notre grève en usant de notre capacité d’arrêter la production dans les lieux de travail ».

En réponse, les Secrétaires généraux d’IndustriALL Global Union IndustriAll Europe, Valter Sanches et Luc Triangle, ont écrit au gouvernement turc pour condamner l’interdiction de la grève, déclarant:

« Plusieurs grèves qui auraient dû avoir lieu dans différents secteurs ont été interdites 14 fois durant les conseils des ministres de l’actuel parti au pouvoir. Nous avons encore fraîchement en mémoire l’interdiction des grèves dans l’industrie métallurgique en janvier 2017.

« Comme nous avons déjà plusieurs fois critiqué explicitement cette politique, nous sommes obligés une fois encore d’exprimer notre profonde désapprobation à propos de la violation flagrante, par le Gouvernement turc, du droit fondamental des travailleurs de faire grève garanti par la Constitution de la Turquie ainsi que les conventions internationales du travail, et la jurisprudence de l’Organisation internationale du travail ».

Les Secrétaires généraux ont également envoyé une lettre de solidarité aux métallurgistes turcs par l’entremise des syndicats affiliés, indiquant:

« Nous réitérons l’engagement de nos organisations de demeurer solidaire avec vous tous. Vous n’êtes pas seuls. Votre combat est notre combat. Et nous continuerons à le soutenir jusqu’à ce que la justice règne dans les lieux de travail et la société ».

Mexique: IndustriALL rejette la proposition de réforme du droit du travail

En décembre, le gouvernement mexicain et deux centres syndicaux corporatifs ont soumis leur proposition d’amendements à la Loi fédérale du travail (LFT). La nouvelle session du Congrès débutera le 1er février, au moment où les sénateurs débattront du projet de loi.

Le Secrétaire général d’IndustriALL Global Union, Valter Sanches, a écrit aux sénateurs le 24 janvier pour leur demander de ne pas voter en faveur de ce projet de loi qui attaque les droits des travailleurs.

« Ces nouvelles propositions renferment des articles extrêmement préjudiciables, qui non seulement faciliteront un modèle de sous-traitance extrême et la précarisation des conditions de travail qui en résultera, mais encourageront également le recours aux contrats de protection odieux plutôt que de les supprimer », a déclaré Sanches.

Le projet de loi abroge les articles et les règles régissant actuellement la sous-traitance, et entrave la liberté syndicale et la négociation collective.

« L’initiative prise par les sénateurs de la CTM et de la CROC est une aberration contre les droits des travailleurs […]. Par exemple, la liberté absolue offerte aux entreprises de recruter les travailleurs aux termes des nouvelles règles en matière de sous-traitance, qui promeuvent l’utilisation des contrats de protection au lieu de les éliminer et encouragent l’exploitation des travailleurs, conduira à davantage d’inégalité au Mexique. En outre, le projet de loi limite, fait obstacle et conditionne la négociation collective, le droit de grève et la liberté syndicale, et renferme de nombreux autres points négatifs », a expliqué Napoleón Gómez Urrutia, président de l’affilié à IndustriALL, Los Mineros.  

La proposition répond aux intérêts des entreprises et des syndicats corporatifs. Si le projet de loi est approuvé, les entreprises disposeront d’une main d’œuvre bon marché et de travailleurs non protégés qu’ils pourront licencier facilement.

Les syndicats corporatifs en bénéficieront parce que le projet de loi promeut l’utilisation des contrats de protection patronaux, et créé une agence gouvernementale responsable de l’enregistrement des syndicats et des conventions collectives qui sera contrôlée par les syndicats subventionnés par le gouvernement et les syndicats corporatifs.

Dans les courriers qu’il a adressés aux sénateurs mexicains, Sanches leur rappelle que la démocratisation des relations du travail, la mise en œuvre de la liberté syndicale et l’arrêt de l’utilisation des contrats de protection au Mexique constituent des revendications centrales des syndicats démocratiques mexicains et du mouvement syndical international depuis plusieurs années. Ces revendications fondent l’essentiel de la plainte no. 2694 portée devant le Comité de la liberté syndicale de l’Organisation internationale du travail (OIT) par IndustriALL et la Confédération syndicale internationale (CSI).

Chaque année, les représentants du gouvernement mexicain et les centres corporatifs nationaux promettent à la Conférence de l’OIT que la nouvelle réforme du droit du travail mettra un terme à l’utilisation des contrats de protection et garantira la liberté syndicale et la négociation collective. Le projet de loi déposé en décembre par les deux sénateurs du Parti révolutionnaire institutionnel-PRI (membres de la Confédération des travailleurs du Mexique-CTM et de la Confédération révolutionnaire des ouvriers et des paysans-CROC) propose exactement le contraire.

Sanches exhorte les membres du Sénat à rejeter les dernières propositions visant à amender la loi fédérale du travail, et à approuver à la place la législation secondaire respectueuse des conventions internationales et des réformes constitutionnelles ayant été déjà unanimement adoptées.

Des travailleurs en lock-out d'une aluminerie canadienne après la rupture des négociations

Le lock-out a été imposé aux 1.030 travailleurs syndiqués le 11 janvier à 3 heures du matin, lorsque leur convention collective est arrivée à expiration. Cette mesure fait suite au retrait unilatéral des négociations de l'employeur qui avait présenté au syndicat une offre finale qui a été rejetée par 80 pour cent des membres.

La direction avait tenté de tronquer la négociation en mettant à l'arrêt les cuves d'électrolyse (utilisées pour fondre l'aluminium) avant la réunion entre le syndicat et la direction convoquée par le médiateur du gouvernement.

ABI est contrôlée à 75 pour cent par le géant américain de l'aluminium Alcoa, et à 25 pour cent par la multinationale minière anglo-australienne Rio Tinto.

Les points de désaccord de la négociation de la convention portent sur des changements au régime de retraite et sur la prise en compte de l'ancienneté. La direction veut passer d'un régime de retraite à prestations définies à une retraite par capitalisation dans laquelle ce sont les salariés qui supporteraient le risque.

L'USW a déclaré que, sans renoncer à défendre le droit de ses membres à une retraite équitable et à leur ancienneté, il est prêt à reprendre la négociation.

"Nous sommes prêts et disposés à poursuivre la négociation de bonne foi et à assurer le bon fonctionnement de cette usine", a fait savoir le Président de la section 9700 de l'USW, Clément Masse.

Le syndicat est persuadé que la rupture des négociations serait une tactique de la direction qui relèverait d'une stratégie visant à faire baisser le prix de l'électricité du fournisseur public, ou à réduire ses stocks excédentaires d'aluminium en faisant monter les prix.

La consigne de lock-out est venue du siège de l'entreprise, la direction locale déclarant ne pas "être mandatée" pour poursuivre la négociation avec le syndicat.

"Pourquoi provoquer un conflit du travail qui, en finale, coûtera plus cher que toutes les propositions avancées par le syndicat ? Il y a anguille sous roche. Les actionnaires devraient exiger des réponses d'Alcoa", pense Clément Masse.

IndustriALL Global Union a envoyé un message de solidarité à la section locale du syndicat et une lettre de protestation au P-DG d'Alcoa, Roy Harvey.

Le Secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, a écrit :

"IndustriALL Global Union appuie sans réserve les revendications légitimes de la section 9700 de l'USW à propos, notamment, de l'ancienneté professionnelle et de prestations de retraite décentes. C'est pourquoi nous prions instamment Alcoa d'intervenir auprès de l'Aluminerie de Bécancour Inc (ABI) pour que le lock-out cesse immédiatement et que reprennent des négociations qui devraient déboucher sur une convention équitable."

Il existe un réseau mondial des syndicats d'Alcoa. IndustriALL va le mobiliser pour soutenir le combat chez Bécancour.

Un syndicat du ciment se bat en Inde pour les salaires des travailleurs en sous-traitance

D’interminables négociations menées par le CCWEU (Syndicat des salariés de Chanda Cement Works) ont abouti à la signature d’un protocole d’entente avec un sous-traitant de ACC Ltd, une usine de Lafarge Holcim située dans le district de Chandrapur, en Inde. Cette usine emploie environ 223 salariés permanents et environ 1.100 en sous-traitance,

En avril 2017, le syndicat avait soumis un cahier de revendications à la direction au nom des travailleurs en sous-traitance occupés au sein de divers établissements de ACC Ltd. Une série de rencontres dans le cadre d’une procédure de conciliation tripartite ont eu lieu dans les bureaux du Commissaire régional au travail, à Nagpur.

Après des discussions longues et intenses suivies d’une procédure finale de conciliation, le CCWEU a conclu une convention tripartite le 21 janvier, qui porte sur une période de trois ans. Le sous-traitant d’ACC Ltd a accepté de payer des salaires majorés aux salariés concernés avec effet rétro-actif au 1er avril 2017. Il a également été convenu que les arriérés consécutifs à cette majoration de salaire seront versés avant le 26 janvier 2018.

En cas de résiliation du contrat de sous-traitance pendant la période de validité de la convention, la direction d’ACC Ltd est convenue d’appliquer les clauses de cet accord au sous-traitant à qui reviendrait le contrat.

Les termes de l’accord imposent en outre au sous-traitant de verser 50% des cotisations des travailleurs concernés auprès des régimes de sécurité sociale mis en place par les autorités publiques.

Devendra Ghalod, Secrétaire général du CCEWU a déclaré :

C’est une importante responsabilité pour les syndicats des salariés permanents que de faire preuve de solidarité avec les travailleurs en sous-traitance. Même si ce processus a traîné en longueur, nous avons obtenu avec la présente convention bien plus que les salaires minima prescrits statutairement par les autorités du Maharashtra. Nous allons continuer à veiller aux intérêts des travailleurs en sous-traitance.

Apoorva Kaiwar, Secrétaire régionale d’IndustriALL, ajoute :

La solidarité entre les syndicats qui représentent les salariés permanents et les travailleurs et travailleuses précaires est très importante. Elle permet d’obtenir de meilleures normes dans l’industrie et nous félicitons notre affilié d’avoir porté avec succès les revendications des travailleurs sous-traitants.

Le CCWEU fait partie de la Fédération nationale indienne des travailleurs du ciment, un affilié d’IndustriALL.