Blog: La Transition juste court le risque d’être détournée

Une “Transition juste” vers la justice économique, sociale et environnementale vise à minimiser les impacts sur les travailleurs et les communautés auxquelles ils appartiennent d’une transition rapide vers une économie à faibles rejets de carbone. Cependant, le concept court le risque d’être détourné par des régimes qui prônent l’accumulation.

Le capitalisme, système perclus de crises, cherche sans répit des moyens d’assurer du profit. Comme le philosophe américain Noam Chomsky le soutient, la classe que forme le milieu des affaires est hautement conscientisée avec une “idéologie marxiste de base” dont les engagements et valeurs fonctionneraient dans en sens inverse. La crise financière de 2008, qui a été laissée aux bons soins des gouvernements qui l’ont résolue en sauvant les grandes banques avec l’argent du contribuable pendant que les cadres de celles-ci cachaient leur butin, a été élevée au rang de seule crise mondiale importante, tout en ignorant les crises écologiques provoquées par les activités minières.

L’impulsion la plus efficace en vue de la réalisation de ce qu’a résolu et souhaite le mouvement syndical peut être donnée en mettant en œuvre les principes de la politique industrielle viable d’IndustriALL dont l’axe sont les trois dimensions mises en avant par le concept d’une Transition juste, à savoir économique, sociale et environnementale. Tout particulièrement, la dimension sociale exige que nous veillions aux intérêts des travailleurs et travailleuses (soit du monde du travail) et de leurs familles ainsi que des communautés qui en dépendent.

Le nombre croissant de stratégies de marketing écologique doit nous servir d’avertissement afin que nous nous assurions que toutes les campagnes soient exécutées avec une dimension accrue de Transition juste. Elles sont parvenues à nous rassembler tous pour participer à des initiatives en vue d’un redressement économique tout en passant à côté des crises écologiques.

Le nombre croissant de stratégies de marketing écologique doit servir de signal aux syndicats qui doivent être vigilants et empêcher les entreprises de mettre en œuvre des stratégies qui sont axées vers l’éco-blanchiment. Les syndicats, ensemble avec la société civile doivent travailler sur les modalités de sortie de la dépendance aux carburants fossiles de sorte à entrer dans une économie plus verte axée sur nos propres valeurs. Le soutien permanent au charbon en tant que « source de création d’emploi » continuera à avoir un bel avenir auprès des multinationales, qui ne sont pas intéressées à résoudre le problème des émissions de carbone mais à faire du profit avec une ressource en raréfaction, tant qu’elle dure, en continuant à polluer notre environnement. Elles ne sont pas non plus, il faut le dire, très intéressées à créer des emplois décents et stables, ou à protéger la santé et la sécurité des leurs travailleurs et travailleuses.

L’échec à traduire dans les faits le rapport d’IndustriALL sur la durabilité absoudrait les gouvernements de leur responsabilité à s’occuper du bien-être des travailleurs et des communautés auxquels ils appartiennent, alors que la nature est exploitée en vue de faire des bénéfices.

Grasberg : un accord est signé, mais le conflit perdure

La direction nationale de l’affilié d’IndustriALL, le CEMWU, a conclu cet accord le 21 décembre 2017 avec la filiale indonésienne de l’entreprise, PT Freeport. Quelque 4.220 travailleurs et travailleuses avaient été licenciés à la mine PT Freeport Grasberg en représailles à une grève lancée par le CEMWU en mai 2017. L’accord prévoit pour eux des compensations financières, dont un montant basé sur la durée de service, et stipule qu’ils peuvent postuler pour un emploi auprès de sous-traitants de Grasberg.

L’accord entérine l’argument principal de Freeport en vertu duquel les travailleurs et travailleuses sont réputés avoir démissionné en ne se présentant pas au travail et que dès lors l’entreprise n’est pas tenue de les réintégrer.

Cet accord contredit la position selon laquelle les 4.220 travailleurs et travailleuses ont été mis à pied pour fait de grève et doivent être réintégrés, ce qui constituait le fondement de la campagne mondiale d’IndustriALL.

Cette campagne d’IndustriALL en faveur de la réintégration des salariés licenciés a comporté de nombreuses lettres de protestation adressées à Freeport et au gouvernement indonésien, une mission d’enquête de haut rang en Indonésie, un programme de sensibilisation des investisseurs de Freeport, des demandes d’intervention de l’OIT et du Rapporteur spécial de l’ONU, une rencontre avec la Commission nationale des Droits de l’Homme d’Indonésie, la production d’un court métrage mettant en relief la souffrance des travailleurs et travailleuses licenciés, une pression mise sur Rio Tinto pour utiliser sa qualité d’actionnaire de Grasberg pour soutenir les grévistes mis à pied et des pétitions en ligne.

La direction nationale du CEMWU rapporte qu’elle a conclu l’accord après en être venue à la conclusion qu’elle ne parviendrait pas à convaincre l’entreprise de réintégrer les grévistes, ni de convaincre le gouvernement d’intervenir en leur faveur. Elle indique que l’accord prévoit des interventions financières pour les grévistes licenciés, nombre d’entre eux étant aux abois après huit mois de grève sans revenu, et offre une certaine perspective aux travailleurs et travailleuses de pouvoir aller de l’avant plutôt que de continuer à attendre leur réintégration.

On rapportait en février 2018 que seize grévistes seraient décédés faute de n’avoir pas eu accès à une assistance médicale, PT Freeport leur ayant retiré leur assurance santé en représailles à la grève.

L’accord donne aux travailleurs et travailleuses le droit de l’accepter ou non et, dans ce cas, de se réserver le droit d’aller individuellement en justice contre l’entreprise. Début mars, seuls 300 grévistes mis à pied avaient choisi d’accepter l’accord, selon la direction nationale du CEMWU. Le nombre de travailleurs et travailleuses qui va se pourvoir en justice contre l’entreprise n’est pas encore clairement établi.

Le cabinet d’avocats indonésien spécialisé dans les droits de l’homme, Lokataru, rejette l’accord avec PT Freeport et continue à défendre la cause des grévistes mis à pied. Dans un rapport sur la grève daté de février, Lokataru met en cause Freeport pour avoir enfreint la loi au cours de la grève et critique le gouvernement indonésien pour avoir failli à protéger les droits des travailleurs et travailleuses licenciés.

Lokataru appelle au respect des droits fondamentaux des travailleurs et travailleuses licenciés, à la réactivation de leur assurance santé et à la tenue d’une enquête pour pratiques illicites de la part des banques, des services de santé et de la police à l’égard des travailleurs et travailleuses.

Dans un récent courrier adressé au Président de l’Indonésie, le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, déclarait :

“Freeport incarne ce qui se fait absolument de pire au niveau mondial dans le secteur des mines et des métaux. L’entreprise a provoqué une grève en refusant de négocier avec le CEMWU et ensuite conduit certains grévistes à la mort en leur ayant retiré leur assurance santé. Le Gouvernement d’Indonésie doit défendre les droits fondamentaux des travailleurs et travailleurs indonésiens contre ce type d’abus. Nous vous exhortons à vous assurer que la couverture santé des grévistes mis à pied soit immédiatement rétablie, que Freeport soit tenu responsable de ses actes illégaux et immoraux et que les grévistes n’en fassent plus les frais.”

Les marques de l'habillement doivent faire leur part en Haïti

En mai dernier, dans la foulée d'une hausse des prix des carburants qui provoqua une augmentation considérable du coût de la vie, des milliers de travailleuses et travailleurs de la confection étaient descendus dans la rue pour réclamer un salaire minimum qui leur permette de nourrir leur famille.

Dix mois plus tard, et malgré des demandes répétées, 48 adhérents et leaders syndicaux n'ont toujours pas retrouvé leur emploi, dont 13 de notre affilié GOSTTRA.

IndustriALL a appelé Gildan Activewear, Hunt Wilson International et Edwards Garment à insister auprès de leurs fournisseurs, Sewing International SA (SISA) et Interamerican Wovens (IW), dans lesquels GOSTTRA a des intérêts, pour qu'ils réintègrent les travailleurs licenciés avec arriérés de salaire.

Dans sa lettre, le Secrétaire général d'IndustriALL Valter Sanches mentionne les conclusions d'une enquête diligentée dans le cadre du programme Better Work de l'OIT sur les circonstances des licenciements survenus dans quatre ateliers. Entre autres recommandations, le rapport préconise la réintégration de travailleurs de SISA et IW qui ont été licenciés en lien direct avec la grève qui a eu lieu.

Valter Sanches a aussi rappelé à ces acheteurs que, suivant les normes de l'OCDE, ils ont le devoir de promouvoir un emploi responsable en identifiant, prévenant et atténuant les risques liés aux droits au travail dans leurs chaînes d'approvisionnement et, selon le cas, en agissant ou coopérant pour remédier à la situation. Ils doivent aussi associer les travailleurs à toutes les étapes de ce processus.

Les grandes marques internationales ont besoin des travailleurs de leurs chaînes d'approvisionnement pour confectionner leurs marchandises et ils ont une responsabilité quant à la façon dont ils sont traités,

conclut Valter Sanches

Zambie : Dangote convaincu de pratiques antisyndicales

Aucun travailleur n'est syndiqué à l'usine de Masaiti, à 9 kilomètres de Ndola, qui emploie plus de 1.000 personnes, parce que l'entreprise empêche toute activité syndicale et licencie ceux qui se syndiquent.

Dangote, qui a externalisé la plupart de ses activités de base, a signé avec Silondwa Engineering un contrat décrivant ses actions antisyndicales : "Le sous-traitant veillera à ce que ses salariés ne participent pas à des activités syndicales et à des grèves entraînant un arrêt de travail". En outre, un travailleur peut recevoir un dernier avertissement pour "incitation à la grève".

Sans augmentation de salaire depuis quatre ans, les travailleurs transférés à Silondwa Engineering et maintenant précarisés, décrivent Dangote comme un des pires employeurs. "Il n'y a aucune sécurité d'emploi. On peut être congédié à tout moment. Récemment, un travailleur renvoyé pour raisons médicales n'a perçu que 3.000 kwachas (312 $) pour trois années d'ancienneté."

Une autre travailleuse, qui subissait le harcèlement sexuel d'un cadre, n'a pas reçu de promotion depuis 2014. Elle est sous-payée, avec à peine 1.100 kwachas (114 $) comme simple ouvrière, alors que ses qualifications lui permettent de prétendre à d'autres fonctions. Des techniciens sont mal payés, avec un salaire de base de 2.100 kwachas (218 $), et les expatriés gagnent plus que les Zambiens.

Alors que le sous-traitant a la charge des prestations et doit veiller à la sécurité au travail, il ne le fait pas toujours, vu l'insuffisance de l'offre de vêtements de protection, de transport, de logement, et d'aide médicale.

La santé et la sécurité des travailleurs est menacée; il n'y a pas de clinique ni d'ambulance à Masaiti. La route de terre battue qui mène à l'usine est criblée de nids de poule, ce qui veut dire que, même s'il y avait une ambulance, elle ne serait pas d'un grand secours en cas d'urgence. Aucun test de dépistage de la silicose n'est prévu, comme cela devrait être le cas.

De plus, Dangote n'est pas responsable des "lésions ou maladies, troubles de santé ou de tout décès de toute personne employée par l'entreprise ou engagée pour son compte".

Les efforts déployés par la ministre du Travail et de la Protection sociale Joyce Nonde-Simukoko pour contraindre Dangote à reconnaître les droits des travailleurs n'ont pas abouti, mais les syndicats n'abandonnent pas la lutte.

Pour la Secrétaire régionale pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin :

Les violations des droits des travailleurs commises par Dangote sont choquantes. Nous appelons cette entreprise à mettre un terme à ces abus.

Les syndicats géorgiens critiquent la nouvelle législation sur la sécurité au travail

La plupart des dispositions de cette nouvelle législation sur la sécurité professionnelle sont entrées en vigueur le 17 mars après que le document a été signé par le Président de Géorgie. Les dispositions concernant l’assurance obligatoire des salariés contre les accidents entrera en vigueur à partir du 1er janvier 2019.

En février, environ 2.000 travailleurs avaient manifesté dans différentes régions de Géorgie, y compris devant le Parlement à Tbilissi pour revendiquer de meilleures conditions de santé et sécurité au travail.

Tamaz Dolaberidze, président de l’affilié d’IndustriALL, le Syndicat de la métallurgie, des mines et de la chimie de Géorgie, est d’avis que la législation devrait concerner toutes les entreprises. À l’heure actuelle, elle est rédigée de sorte à avantager le monde des affaires et ne s’applique qu’aux installations hautement dangereuses.

La loi définit onze types de métiers à risque et exposés au danger avec des amendes variant de 100 à 50.000 GEL (US$40 à US$20.000) en cas de violation des normes de sécurité. Les syndicats sont d’avis que ces amendes sont modestes et qu’elles ne vont pas encourager les employeurs à améliorer la sécurité professionnelle.

Aussi, les inspecteurs du travail ne vont mener que des visites programmées, une fois l’an. Ils publieront une liste des entreprises à visiter au début de chaque année. Ainsi, une entreprise en contravention critique des certaines dispositions aura l’occasion de continuer à fonctionner jusqu’à ce qu’elle soit reprise sur cette liste.

Amiran Zenaishvili, président du Syndicat géorgien de l’énergie, déclare :

“Les problématiques de santé et sécurité ne seront pas résolues s’il n’y a pas de possibilité de libre accès aux entreprises pour les inspecteurs afin d’identifier les violations et les problèmes sur le lieu de travail. Au stade actuel, les inspecteurs doivent suivre une procédure de coordination avec les employeurs qui les empêche d’effectuer des visites de sites qui ne soient pas annoncées”.

Le parlement géorgien a commencé à examiner le projet de loi en juin 2017, après la tragédie de la mine Tkibuli Elizbar Mindeli qui a conduit à la mort de quatre mineurs. Selon les statistiques du Ministère des Affaires intérieures, 359 travailleurs et travailleuses ont été tués et 947 autres blessés au cours des 11 dernières années en Géorgie. Très récemment, ce 12 mars, à l’usine Zestafoni Ferroalloy, Davit Dzabiradze, âgé de 55 ans, a fait une chute de 40 mètres d’un toit et est mort sur le coup.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, fait ce commentaire :

“IndustriALL Global Union soutient les revendications de ses affiliés géorgiens qui réclament l’adoption d’une législation réellement efficace sur l’inspection du travail, conformément aux normes internationales du travail. Il est essentiel pour les travailleurs et travailleuses que le gouvernement de Géorgie ratifie la Convention 176 de l’OIT sur la Santé et la Sécurité dans les Mines, ainsi que la Convention 81 de l’OIT sur l’Inspection du Travail”.

Grève des travailleurs employés dans les centrales solaires sud-africaines

Selon l’affilié à IndustriALL Global Union, NUMSA, les travailleurs se voient refuser l’aide médicale, l’allocation logement, la caisse de prévoyance et d’autres avantages sociaux qu’ils recevraient normalement s’ils étaient employés par le fournisseur d’électricité public Eskom. La totalité de leurs bas salaires est consacrée au règlement de ces dépenses.

La grève a de l’importance dans la mesure où l’Afrique du Sud passe à une production d’énergie renouvelable pour abaisser les émissions de carbone en tant que signataire de l’Accord de Paris sur les changements climatiques. La majorité de l’électricité est actuellement produite par les centrales électriques alimentées au charbon qui emploient des dizaines de milliers de travailleurs dans l’industrie houillère.

Néanmoins, NUMSA craint que la transition vers les énergies renouvelables ne renferme aucune disposition relative aux travailleurs susceptibles de perdre leurs emplois dans l’industrie houillère, ou à la génération de bénéfices plus élevés pour la collectivité:

« Le ministre de l’énergie a fait valoir que ces entreprises (d’énergie renouvelable) créeraient des "débouchés entrepreneuriaux" au profit de nos collectivités rurales ». Nos membres peuvent confirmer que ce sont des foutaises. Il y a très peu de développement économique et certainement pas de débouchés pour l’entrepreneuriat dans les alentours de l’entreprise », a indiqué NUMSA dans un communiqué.

Le 12 mars, NUMSA et Transform SA ont introduit avec succès une demande en vue d’obtenir une requête d’interdiction à la cour pour empêcher Eskom de signer 27 contrats en matière d’énergies renouvelables connus sous le nom de Projets indépendants de production d’électricité (IPP).

NUMSA a indiqué n’être pas opposé aux énergies renouvelables mais être vivement préoccupé par les propositions faites par le gouvernement de mettre la totalité de la production d’énergies renouvelables entre les mains d’intérêts privés par le biais des projets indépendants de production d’électricité. Tout comme mettre la population sud-africaine à la merci des entreprises privées dans la fixation des prix de l’énergie. La privatisation des énergies renouvelables ne laisse aucune place pour une Transition juste pour les travailleurs qui perdent leur emploi dans l’industrie houillère.

Brian Kohler, directeur d’IndustriALL pour la santé, la sécurité et la durabilité, a déclaré:

« L’Afrique du Sud ne doit pas renoncer à sa responsabilité envers l’énergie du futur, ni tourner le dos aux dizaines de milliers de travailleurs dans l’industrie houillère. Une Juste transition exige une protection sociale solide et intégrale, une politique industrielle durable et des programmes d’ajustement du marché du travail novateurs ».

« Il n’existe rien d’inhérent aux emplois plus verts qui garantisse l’équité – ils suivront tous la logique du capitalisme si l’Etat n’impose pas de conditions et de limites à leur comportement », a ajouté Kohler.

Construire des syndicats forts pour affronter des employeurs hostiles

Ces syndicats ont une tradition riche de plusieurs décennies d'organisation des travailleurs. Le Syndicat national des travailleurs du génie en bâtiment et des industries diverses (NUBEGW) par exemple se targue d'avoir eu des dirigeants qui sont ensuite devenus présidents de la Zambie : Frederick Chiluba (1991-2002) et Michael Sata (2011-2014).

Les affiliés d'IndustriALL Global Union, NUBEGW, le Syndicat national des travailleurs du commerce et de l'industrie (NUCIW) et le Syndicat des mineurs de Zambie (MUZ), soutenus par l'organisation de solidarité syndicale Union to Union, se sont rencontrés lors d'une réunion d'un projet de renforcement syndical, les 13 et 14 mars à Lusaka.

Les participants ont discuté de l'attitude à tenir face aux manœuvres d'intimidation de certains employeurs qui se montrent de plus en plus arrogants et vont jusqu'à refuser de signer des accords de reconnaissance avec les syndicats. Parmi les priorités qu'ils ont identifiées figurent le renforcement des capacités syndicales en matière de négociation collective et de compréhension de la législation du travail, le renforcement de la santé et la sécurité sur le lieu de travail et la participation des travailleuses aux activités syndicales et leur présence dans les fonctions dirigeantes. Le recrutement et la syndicalisation sont indispensables pour inverser la tendance à la baisse des effectifs.

Les syndicats ont également convenu de travailler ensemble, d'agir solidairement sur des problèmes communs et d'organiser des actions conjointes pour défendre leurs droits.

Tendaï Makanza, le coordinateur du projet de renforcement syndical pour l'Afrique subsaharienne, déclare :

Ce projet de renforcement syndical est l'occasion pour les syndicats d'identifier et de résoudre les problèmes auxquels ils sont confrontés, notamment le déclin de l'influence syndicale qui s'aggrave en raison d'un contexte de plus en plus hostile suscité par les entreprises et le gouvernement.

La hausse des cours du cuivre pourrait amener les compagnies minières à embaucher plus de travailleurs, et ainsi permettre au MUZ de recruter plus d'adhérents dans le secteur. Les grandes compagnies minières sont Barrick Lumwana, FQM Kansanchi, Mopani et Konkola, qui extraient 80 pour cent du cuivre du pays, le reste étant produit par de plus petites entreprises. Le gouvernement zambien a des participations dans ces compagnies par le biais de l'entreprise d'État ZCCM-IH.

Dans le secteur de la production de ciment, les syndicats se battent pour être autorisés à organiser les travailleurs de l'usine Dangote, à Ndola. Le MUZ a entamé une action en justice après avoir été empêché de contacter les travailleurs de l'entreprise.

IndustriALL lance une campagne pour la santé et la sécurité dans les mines au Pakistan

Cette campagne vise à assurer une solution durable à la dépendance du Pakistan au charbon au prix de la santé, de la sécurité et de la vie des mineurs. IndustriALL appelle le gouvernement à ratifier la convention de l’OIT et à s’engager à en appliquer le cadre réglementaire et législatif conformément aux normes internationales.

Le lancement de la campagne lors d’une conférence de presse à Islamabad le 13 mars est intervenu un jour à peine après un nouveau décès dans un charbonnage du Baluchistan, qui est venu souligner la crise au niveau de la sécurité dans les mines du pays. Le mineur Afzal Khan  a trouvé la mort lors d’un éboulement au charbonnage de Sharigh.

Selon des sources dignes de confiance, depuis janvier 2010, au moins 275 mineurs ont été tués sans qu’on connaisse le nombre de blessés, pour lesquels les données sont limitées.

S’exprimant lors de la conférence de presse, le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a déclaré :

Nous sommes extrêmement préoccupés par la suite ininterrompue d’accidents mortels dans les mines pakistanaises.

Le Pakistan n’est pas un acteur majeur en termes de volume et d’exportation de produits miniers, mais détient des records mondiaux de décès et d’invalidité. Nous ne pouvons l’accepter. Nous devons nous battre pour le changement et une protection des mineurs du pays.

Le gouvernement du Pakistan devrait immédiatement ratifier et mettre en œuvre les conventions et pratiques internationales concernant les mines. D’authentiques initiatives tripartites devraient être prises avec la participation du gouvernement, des employeurs et des mineurs pour fournir des informations, des formations et des consultations en matière de santé et sécurité et impliquer les travailleurs dans la prise en charge des risques miniers.

Richement doté en ressources naturelles, le Pakistan, comme de nombreux pays dans le cas au sein de l’hémisphère sud, se débat pour trouver des moyens à consacrer à un développement équitable.

L’absence de réglementation de l’industrie minière au Pakistan, avec une structure d’actionnariat fragmentée, la détention illégale d’exploitations minières, l’absence d’application des législations nationales et de réglementation sur la santé et la sécurité, un inspectorat des mines surchargé et une très faible densité syndicale sont de possibles raisons de la détérioration de la situation au plan de la santé et de la sécurité.

IndustriALL a rencontré le ministre du travail du Pakistan et Secrétaire fédéral du département des Pakistanais d’outre-mer et du développement des ressources humaines, pour exhorter le gouvernement pakistanais à ratifier et mettre en œuvre la Convention.

Le Dr Popalzai a reconnu le problème en matière de santé et sécurité et a pris l’engagement au nom de son ministère de soutenir la ratification. La législation concernant la sécurité et le droit du travail sont du ressort des provinces et les dispositions de la C176 devront être incorporées dans la législation provinciale. Selon le Dr Popalzai, le problème du Pakistan n’est pas un manque de législations adéquates, mais une faiblesse au niveau des inspections, de la mise en œuvre et de l’éducation.

IndustriALL a également rencontré la directrice de l’OIT pour le pays, Ingrid Christensen, pour demander un soutien concernant la conscientisation et la formation au sein des régions minières.

IndustriALL a rencontré des responsables de l’entreprise étatique Pakistan Minerals Development Corporation (PMDC), qui contrôle environ 20% des mines de sel et de charbon du Pakistan. Cette proportion s’est réduite de manière spectaculaire depuis le début de la privatisation en 1997. Les syndicats locaux s’opposent aux privatisations et considèrent la PMDC comme un étalon en matière de sécurité. Cependant, la PMDC est confrontée à la concurrence d’un secteur minier privé fragmenté qui ne respecte pas la loi et à un recours croissant à des sous-traitants plutôt que des salariés permanents.

La campagne est soutenue par tous les syndicats affiliés des différents secteurs, qui voient la contribution à une culture de la sécurité qu’aura la ratification de la C176. Des évaluations des dispositions existantes en matière de santé et sécurité et leur mise en œuvre se poursuivent, et les affiliés vont élaborer une stratégie pour optimiser le soutien et minimiser l’opposition à la ratification de la C176 en faisant pression sur le gouvernement et les organes législatifs. Des actions de conscientisation, de renforcement des capacités, de communication et de mobilisation des travailleurs et travailleuses auront lieu.

Fort-Dauphin, Madagascar: les travailleurs de chez Rio Tinto-QMM remportent la victoire suite à leur grève

La convention collective prévoit une hausse salariale annuelle à la fois indexée sur l’inflation et basée sur la performance dans le but de compenser la perte du pouvoir d’achat. Le syndicat affirme que la politique suivie par la compagnie est défavorable aux travailleurs dont les salaires sont classés en bas de l’échelle salariale et qui, dès lors, ne bénéficient jamais de la parité du pouvoir d’achat prévue par la convention collective, alors qu’elle profite aux cadres et aux dirigeants en violation des termes de la convention collective. Selon le syndicat, les travailleurs de chez QMM perçoivent de très bas salaires, s’élevant en moyenne à 45 US$ par mois environ. 

Les membres des affiliés à IndustriALL, Sendika Kristanina Malagasy (Sekrima) et Syndicalisme et Vie des Sociétés (SVS), ont suspendu la grève dans l’après-midi du jeudi 8 mars après que la direction locale ait promis de mettre en place dès le lendemain une médiation dirigée par l’inspection du travail.

« Nous avons suspendu la grève de jeudi, mais la compagnie a proféré en représailles des menaces de licenciements, de pertes des avantages et d’intimidation quand nos membres ont pris leur service vendredi », a indiqué un représentant du syndicat Sekrima.

Les négociations entre la compagnie et les syndicats, Sekrima et SVS, étaient dans l’impasse vendredi, et la grève a continué le lundi 12 mars. Néanmoins, en raison des menaces d’intimidation, seuls 200 travailleurs l’ont suivie.

La grève a été annulée le lendemain matin, 13 mars, après qu’un accord ait été atteint. Celui-ci comprend:

« La grève finie, la prochaine étape pour le syndicat et la direction locale est de réviser la convention collective actuelle devant entrer en vigueur en avril 2018. Nous espérons que cela se fera dans le même respect que celui ayant prévalu durant les négociations visant à mettre fin à la grève, à l’image de ce que nous avons fait au cours du processus de dialogue mondial mené avec Rio Tinto », a indiqué Kemal Ozkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL.

« La fin de la grève mais surtout le contenu de la convention légitiment la demande équitable et juste des travailleurs d’une hausse générale indexée sur l’inflation qui permette de maintenir le pouvoir d’achat de la majorité des travailleurs », a déclaré Anthony Randrianandrasana, président de Sekrima, Fort-Dauphin, QMM.

Steve Hunt, directeur du District 3 du syndicat des métallos et coprésident de la section des mines et production de diamants, pierres précieuses, objets ornementaux et bijoux d’IndustriALL, qui a suivi les négociations de près, de Vancouver, en Colombie britannique, au Canada, a indiqué: « Nous sommes fiers du rôle moteur joué par Sekrima qui a, dans des conditions extrêmement difficiles, réussi à mener à bien le mandat qui lui a été confié par ses membres ».

Les syndicats ont également demandé que la compagnie assume ses responsabilités en veillant à l’application du code de conduite des fournisseurs, présenté durant la mission conjointe mondiale de haut niveau qu’IndustriALL/Rio Tinto ont effectué à QMM, en février, et fasse preuve de diligence raisonnable à l’égard de ses sous-traitants. Les employés en sous-traitance ont peur d’adhérer à un syndicat en raison des menaces d’intimidation proférées par les sous-traitants, qui violent les dispositions du code de conduite des fournisseurs garantissant la liberté syndicale et le droit des travailleurs à adhérer à un syndicat de leur choix.

Sae a Tecnotex Nicaragua licencie illégalement des délégués de santé et sécurité

Ces huit travailleurs sont membres du comité paritaire de santé et de sécurité de l'entreprise, située dans la zone franche d'exportation de Tipitapa, à Managua. Ils ont été licenciés abusivement en février, alors que leur mandat court jusqu'au mois de mai.

Le 1er mars, le syndicat de l'usine, affilié à la FESITEX, elle-même affiliée à IndustriALL Global Union, a protesté devant le ministère du Travail contre le harcèlement antisyndical et la négation de la liberté d'association.

Il a introduit un recours devant la juridiction du travail pour réclamer une protection légale spéciale contre ces licenciements et d'autres violations des droits fondamentaux. Une audition est prévue le 22 mars.

Les travailleurs licenciés ont aussi remis au directeur de la Direction générale de la santé et la sécurité une lettre dénonçant une violation de la loi régissant la santé et la sécurité ainsi que d'autres infractions commises par Sae a Tecnotex. Son texte considère ces licenciements injustifiés parce que l'entreprise n'a pas informé l'administration du travail, comme l'exige la loi.

Selon le syndicat, depuis mai 2016, la direction refuse de rencontrer les représentants du syndicat pour discuter de questions importantes telles que les objectifs de production, et elle refuse d'entamer des négociations pour le renouvellement de la convention collective.

Le Secrétaire régional d'IndustriALL, Marino Vani, déclare :

Sae a Tecnotex continue de violer les droits de travailleurs et de recourir à des pratiques antisyndicales. Nous soutenons sans réserve notre affilié FESITEX et exhortons la direction à entamer un dialogue avec le syndicat et à réintégrer les travailleurs qu'elle a licenciés.