Inde : des millions de travailleurs en grève pour défendre leurs droits

Les syndicats indiens n'ont eu cesse d'exprimer leurs préoccupations devant les politiques hostiles aux travailleurs du gouvernement central et de ceux des États. Il y a peu, le gouvernement de l'État d'Andhra Pradesh a modifié sa législation pour porter la durée du travail à dix heures par jour. L'actuelle érosion des droits durement acquis par les travailleurs, des attaques plus nombreuses contre les droits démocratiques ainsi que la montée du chômage, la hausse du coût de la vie et la stagnation des salaires sont la cause d'un vif mécontentement dans les classes laborieuses.

Sanjay Vadhavkar, le secrétaire général de la Fédération des travailleurs de l'acier, du métal et de l'ingénierie d'Inde, qui aussi membre du comité exécutif d'IndustriALL, a déclaré :

"Le succès de la grève d'aujourd'hui prouve que la classe ouvrière indienne refuse totalement les politiques du gouvernement actuel, hostile aux travailleurs et aux gens. Les travailleurs poursuivront la lutte jusqu'à ce que le gouvernement retire le code du travail et stoppe sa mise en application. Les syndicats indiens sont unis et vont mener le combat pour la défense des droits des travailleurs."

Les syndicats ont mené une campagne virulente pour mobiliser les travailleurs avant la grève, surtout par une action de sensibilisation aux textes de loi hostiles aux travailleurs. Les principales revendications avancées par la Plateforme commune des Centrales syndicales portent sur :

Gautam Mody, le président d'Unions United et membre du comité exécutif d'IndustriALL, a déclaré :

"Lorsque le droit de grève est attaqué, la grève est la seule façon de montrer notre force à un gouvernement d'extrême-droite et un capitalisme insolent. C'est ce que nous avons fait aujourd'hui. Et si le gouvernement ne fait pas marche arrière sur le code du travail, nous ferons encore grève ! et encore !

Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a déclaré : 

"IndustriALL est absolument solidaire des travailleurs en grève en Inde. Nous saluons l'esprit combatif des syndicats indiens qui, confrontés à la répression et au recul des droits démocratiques, poursuivent la lutte pour faire progresser le mouvement des travailleurs et protéger les structures démocratiques dans le pays. L'unité affichée face aux amendements répressifs de la législation est une source d'inspiration pour le mouvement travailleur du monde entier."

Inde : plus de 40 morts dans l’explosion d’une usine

L’usine a été fermée pour 90 jours à la suite de l’incident et une plainte a été déposée auprès de la police. Un comité a également été formé pour enquêter sur les causes de l’incendie. Récemment, l’entreprise a nié qu’il y ait eu une explosion de réacteur dans l’usine et a déclaré que la cause de l’incendie pourrait être une surchauffe. Sigachi Industries a annoncé le versement d’une indemnité de l’équivalent d’environ 115 000 dollars aux familles des personnes décédées. Le gouvernement provincial fournira également une aide financière immédiate aux victimes.

Le Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud, Ashutosh Bhattacharya, a déclaré :

“Garantir la santé et la sécurité au travail n’est pas un choix mais une obligation constitutionnelle et internationale pour le gouvernement indien. La ratification des Conventions 155 et 187 de l’OIT réaffirmera l’engagement de l’Inde en faveur de lieux de travail sûrs, équitables et dignes pour tous. L’entreprise doit assumer l’entière responsabilité de l’accident et toute lacune ayant entraîné l’explosion doit être divulguée.”

Selon les données compilées par IndustriALL, depuis le début de l’année, plus de 60 incidents sur le lieu de travail se sont produits dans le secteur chimique et pharmaceutique du pays, qui ont tué plus de 100 travailleurs et travailleuses et fait plus de 170 blessés. Les incidents survenus sur le lieu de travail n’étant pas suffisamment signalés, les chiffres réels seraient bien plus élevés. L’année dernière, plus de 110 accidents du travail se sont produits dans ce secteur, tuant au moins 220 travailleurs et travailleuses et en blessant gravement plus de 550.

La centrale syndicale nationale indienne, le Congrès national des syndicats indiens (INTUC), dont font partie certains affiliés indiens d’IndustriALL, revendique :

  1. une enquête indépendante de haut niveau sur le fonctionnement du département responsables des usines,
  2. La suspension et la poursuite pénale de tout fonctionnaire reconnu complice de négligence, et
  3. la réorganisation du mécanisme d’inspection, y compris le respect strict de la Convention 81 de l’OIT.

Sigachi Industries est un important fabricant de cellulose microcristalline, utilisée dans les produits pharmaceutiques, cosmétiques et alimentaires. L’entreprise est présente dans le monde entier et plus de la moitié de ses produits sont exportés dans plus de 50 pays.

Illustration : Shutterstock

Les travailleurs d’Alang, le secteur et des alliés au plan mondial s’unissent en faveur de la Convention de Hong Kong

IndustriALL s’est jointe aux principales parties prenantes, notamment l’OIT (Organisation internationale du travail), le Directeur général des transports maritimes d’Inde, le GMB (Conseil maritime du Gujarat) et la SRIA (Association des industries de recyclage des navires).

La réunion de réflexion et d’échanges présidée par la Directrice de l’OIT en Inde, Michiko Miyamoto, a souligné l’importance du dialogue social et des conventions fondamentales de l’OIT. Elle a souligné que la CHK offre l’opportunité d’améliorer la sécurité et les normes de travail, garantissant un travail décent dans le recyclage des navires.

Le Directeur général des transports maritimes d’Inde, Shyam Jagannathan, s’est félicité de l’avènement de la convention, estimant qu’elle offre à l’Inde la possibilité de renforcer son leadership mondial dans le domaine du recyclage durable des navires. Il a insisté sur la nécessité d’une approche inclusive, centrée sur les travailleurs et travailleuses, et a appelé à une plus grande participation des femmes au sein du secteur.

Ajith Kumar Sukumaran, Directeur général adjoint de la marine marchande, a présenté les perspectives techniques et opérationnelles de la feuille de route de la Convention pour l’Inde. L’ingénieur en chef du GMB, M. Talawiya, a confirmé que son organisation était prête à fournir un soutien pratique au niveau des chantiers pour répondre aux normes de la CHK.

Tout en saluant la Convention, le Secrétaire de la SRIA, Haresh Parmar, a mis en garde contre une réglementation excessive, préconisant des politiques équilibrées qui protègent à la fois les travailleurs et les travailleuses et la viabilité des entreprises.

La Coordinatrice nationale de l’OIT en Inde, Pallavi Mansingh, a également appelé à des changements systémiques qui donnent la priorité aux attentes et aux besoins des travailleurs tout au long du processus.

Le Secrétaire général de l’ASSRGWA, Vidyadhar Rane, a revendiqué une approche inclusive, où les travailleurs et travailleuses sont respectés non seulement en tant que bénéficiaires, mais aussi en tant que partenaires égaux dans l’élaboration de l’avenir du recyclage des navires.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kan Matsuzaki, a réaffirmé que la transition vers la conformité à la CHK doit être juste et équitable.

“Les travailleurs et travailleuses doivent être placés au centre des réformes, en mettant l’accent sur leurs droits, leurs moyens de subsistance et leur représentation.”

Walton Pantland, Directeur pour la construction navale et de la démolition des navires auprès d’IndustriALL, a souligné que la CHK doit conduire à ce qu’Alang soit plus sûr et plus propre, avec davantage d’emplois qualifiés et décents. Il a souligné l’importance de comités de sécurité solides au niveau des chantiers, de conventions collectives et de protections pour les travailleurs et travailleuses en aval.

La journée s’est achevée par un important rassemblement de travailleurs et travailleuses, qui a réuni plus de 350 personnes, dont de nombreuses femmes, solidaires d’un recyclage des navires plus sûr et plus équitable.

La rencontre s’est conclue par un engagement collectif fort de continuer à travailler ensemble pour faire d’Alang un modèle mondial de recyclage de navires socialement responsable, sûr et respectueux de l’environnement.


 

Fureur syndicale devant les licenciements à la mine de Mothae

Ces licenciements temporaires, qui ont débuté en juin, ont eu pour effet de réduire de moitié les rémunérations du personnel, une mesure que la direction impute au ralentissement du marché diamantaire en Europe. Le syndicat IDUL, qui est affilié à IndustriALL, dénonce cette décision qu'il juge constituer une violation de la législation du travail et des conventions collectives.

Ces licenciements surviennent dans une phase de transfert de la propriété de la mine de Mothae. Lucapa explique que son désinvestissement au profit de Lephema Executive Transport en 2024 s'inscrit dans un repli stratégique lui permettant de se concentrer sur ses actifs en Angola et en Australie. Cette vente, réalisée en septembre 2024, avait suscité des questions quant à la stabilité à long terme de la mine. 

Les objections de l'IDUL portent sur le caractère unilatéral des licenciements. Pour son secrétaire général, May Rathakane :

“Mothae Diamond Mine doit respecter la négociation collective, qui est un droit syndical, et s'abstenir d'agir unilatéralement lorsque les droits des travailleurs et des syndicats sont en jeu.”

Il estime que la direction bafoue ses obligations légales en ne consultant pas le syndicat, comme l'y obligent le code du travail du Lesotho et l'acte de reconnaissance qu'elle a signé. Par ailleurs, l'IDUL s'inquiète de l'érosion des droits au travail dans le secteur minier au Lesotho, où ce sont souvent les travailleurs qui paient le prix de la volatilité du marché. Il ajoute que le gouvernement du Lesotho, qui est actionnaire de la mine et souhaiterait racheter la part de Lucapa, doit intervenir pour préserver l'emploi et garantir le respect des normes du travail.

Le directeur d'IndustriALL en charge des mines et du diamant, Glen Mpufane, critique cette façon de prétexter les aléas du marché pour réduire les salaires:

“La volatilité du marché n'est pas une excuse pour amputer les salaires. Les compagnies minières diamantaires doivent planifier les fluctuations à la hausse comme à la baisse plutôt que de sacrifier les salaires des travailleurs.”

La mine de Mothae, située à Mokhotlong, dans les monts Maluti du district de Butha-Buthe, contribue largement à l'économie du pays depuis que sa production a démarré en 2019. Ouverte par la Lucara Diamond Corporation, la mine a été rachetée en 2017 par l'australien Lucapa Diamond Company, qui détenait 70 pour cent de son capital jusqu'à ce qu'il la revende, en 2024, à l'entreprise minière et de construction locale Lephema Executive Transport.

Le gouvernement du Lesotho conserve une participation de 30 pour cent, preuve de l'importance stratégique de la mine pour l'économie du pays, laquelle est largement tributaire des exportations de diamants, qui représentent 6 à 10 pour cent de son PIB. Dans le passé, on a extrait à Mothae des kimberlites diamantifères, dont un diamant de 215 carats.

 
 

Argentine : les syndicats de l’industrie manufacturière mettent en garde contre la désindustrialisation et critiquent sévèrement le gouvernement de Milei

Selon la déclaration de la CSIRA, en 2024, le secteur manufacturier s’est contracté de 9,4 %, la construction a chuté de 27 % et d’autres secteurs clés, tels que l’exploitation minière, ont également enregistré des baisses. Depuis 2023, plus de 1.000 entreprises ont dû fermer leurs portes et près de 100.000 emplois formels ont été perdus.

Selon la CSIRA, les principales raisons de ce déclin sont l’entrée indiscriminée des importations, le manque de financement, la devise non compétitive du pays et la paralysie du marché intérieur. Elle prévient que si l’Argentine continue sur cette voie, les PME seront affaiblies, la capacité de production du pays sera détruite et sa dépendance à l’égard du commerce extérieur s’accroîtra.

Le CSIRA remet également en question la déréglementation du marché national du cabotage, qui permettra aux navires étrangers de fournir des services de transport en Argentine. Les syndicats affirment que cela affectera l’emploi et générera des sorties de devises. En ce qui concerne les questions liées au travail, la CSIRA réclame la liberté syndicale et condamne l’augmentation du coût de la vie, les conditions de travail précaires et les réformes en cours qui affaibliront les droits des travailleuses et travailleurs. La CSIRA condamne également la “mise hors-la-loi” de Cristina Fernández de Kirchner, avertissant que “sans justice indépendante, il ne peut y avoir de véritable démocratie”.

La déclaration comprend un appel au changement :

“L’Argentine dispose des ressources, des infrastructures, des talents humains et des connaissances scientifiques nécessaires à l’avènement d’une nouvelle phase de développement industriel. Ce qui manque, c’est la volonté politique et la conviction que sans industrie, nous n’aurons pas de Nation et sans Nation, il n’y a pas d’avenir décent”.

Le Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Amérique latine et les Caraïbes, Marino Vani, a félicité la CSIRA pour son initiative, pour avoir suscité le débat et pour avoir présenté des propositions visant à rendre l’industrie argentine viable.

“Nous regrettons que le gouvernement Milei ne prenne pas de mesures pour préserver les emplois dans le secteur, car ces emplois sont importants pour la reprise et le développement de l’Amérique latine. Nous soutenons la position de la CSIRA et nous serons aux côtés de nos collègues dans les discussions sur l’avenir de l’industrie du continent.”

Les affiliés d’IndustriALL appartenant à la CSIRA

La lutte pour l’équité salariale : Des syndicalistes sud-africains formés par IndustriALL

L’atelier a débuté par une réaffirmation de la politique "NO EXCUSE" d'IndustriALL sur la violence fondée sur le genre, la misogynie et le sexisme. Les participants ont pris part à des sessions interactives, dont une séance de marche rapide, afin d'explorer la dynamique des rapports de force intersectionnels. La formation s'est centrée sur la promotion de l'égalité salariale pour un salaire d'égale valeur, le comblement des écarts salariaux entre hommes et femmes et la promotion des pratiques inclusives de négociation collective.

Les modules-clés discutés pendant l'atelier étaient :

Pendant l'atelier, les participants ont étudié comment les structures de pouvoir sur le lieu de travail affectent les femmes ainsi que divers groupes et contribuent à l'iniquité salariale. Les définitions et concepts tels que l'équité salariale, le salaire égal pour un travail égal, le salaire égal pour un travail d'égale valeur et l'écart salarial entre hommes et femmes ont été explorés à l'occasion de discussions et d'activités de groupe. Des exposés sur les législations nationales relatives à l'égalité de rémunération en Asie du Sud ont aidé les participants à comprendre leurs cadres juridiques et leurs failles. Des activités pratiques ont montré comment les évaluations traditionnelles des postes sous-évaluent les rôles des femmes et souligné la nécessité de promouvoir des systèmes d'évaluation plus équitables et exempts de préjugés. Les participants ont appris de quelle manière la transparence salariale peut faire apparaître l'écart salarial entre hommes et femmes et y remédier.

Les discussions ont aussi porté sur les stratégies utilisées dans les campagnes pour de meilleurs salaires, en particulier dans les emplois où les femmes sont majoritaires. Les participants ont élaboré des plans d'action destinés à promouvoir l'équité de rémunération dans leurs secteurs, notamment par la réalisation d'audits d'inégalité salariale dans des lieux de travail où les femmes sont majoritaires et par le signalement des cas, par la promotion de l'inclusion des femmes dans les processus décisionnels et leur négociation, et par l'imposition d'une négociation collective centrée sur l'équité sur le lieu de travail.

Armelle Seby, la directrice d'IndustriALL en charge des questions de genre, a déclaré :

"Cette formation était destinée à doter nos syndicats d'outils et de stratégies pour plaider en faveur de l'équité salariale dans leurs organisations et lieux de travail et pour susciter un changement réel à la table des négociations. Les engagements pris par IndustriALL consistent notamment à promouvoir l'égalité hommes-femmes ainsi que l'inclusion sur les lieux de travail et chez les affiliés."

Le secrétaire régional d'IndustriALL pour l'Asie du Sud, Ashutosh Bhattacharya, a déclaré :

"L'équité de rémunération n'est pas seulement un problème pour les femmes, c'est une priorité syndicale. Notre stratégie consiste à faire en sorte que les syndicats aient une meilleure compréhension de l'écart salarial entre hommes et femmes et à les doter d'outils pratiques pour plaider efficacement pour l'égalité salariale sur le lieu de travail. Nous devons agir de manière à renforcer concrètement les stratégies de nos affiliés et à faire en sorte qu'ils soient préparés afin d'apporter un changement réel et durable à la table des négociations."

Les travailleurs et travailleuses ont besoin de lois contraignantes pour les entreprises en matière de HRDD

Les organisations syndicales sont profondément préoccupées par les débats et déclarations actuels en Europe concernant les paquets de directives omnibus I et II, qui risquent d’affaiblir sérieusement des lois clés sur le développement durable des entreprises, à savoir la Directive  sur les rapports de développement durable des entreprises (CSRD, pour l’acronyme anglais couramment utilisé) et la Directive sur le devoir de diligence en matière de développement durable des entreprises (CS3D, pour l’acronyme dérivé de l’anglais, couramment utilisé).

Ces paquets, qui s’inscrivent dans le cadre d’un programme de “compétitivité”, visent à réviser ou à supprimer des éléments clés de la durabilité des entreprises et des obligations en matière de rapports. Ils découragent considérablement les processus déjà engagés dans les entreprises et sur les lieux de travail par le biais du dialogue social et d’autres instruments développés. De nombreuses entreprises reconnaissent la valeur de la CS3D et de la CSRD et s’emploient déjà activement à les concrétiser sur le terrain.

L’affaiblissement de ces outils constituerait un sérieux revers pour ces entreprises pionnières.

“L’affaiblissement des lois sur la diligence raisonnable en matière de droits de l’homme (HRDD, pour l’acronyme anglais couramment utilisé) laissera les travailleuses et travailleurs exposés et sans protection. Des droits de l’homme solides et juridiquement contraignants sont essentiels pour rétablir la confiance, renforcer la démocratie et garantir le respect des droits fondamentaux dans une économie mondiale plus juste,”

a déclaré le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan.

Le groupe de travail des Nations unies sur les entreprises et les droits de l’homme avertit que ces paquets ne sont pas conformes aux Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme (UNGP, pour l’acronyme anglais couramment utilisé) et qu’ils risquent de compromettre d’importantes avancées dans le domaine des entreprises et des droits de l’homme.

Une enquête menée auprès de 1350 décideurs allemands montre que les règles de diligence raisonnable bénéficient d’un large soutien, 69 % d’entre eux les jugeant importantes et nombre d’entre eux faisant état d’avantages concurrentiels. Pourtant, plus de la moitié d’entre eux signalent également que les changements proposés par les directives Omnibus introduisent de la confusion et retardent les investissements.

“Il s’agit d’un mauvais signal envoyé aux travailleurs et aux entreprises dans le contexte mondial actuel. Nous condamnons ces propositions, car elles constituent une attaque directe contre les droits des travailleurs et la responsabilité des entreprises. Et envoient un message très inquiétant aux travailleuses et travailleurs,”

a indiqué Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d’industriAll Europe.

Selon l’Indice CSI des droits de l’homme dans le monde 2025, les droits des travailleuses et travailleurs se détériorent dans le monde entier, l’Europe et les Amériques affichant les pires scores jamais enregistrés.

industriAll Europe et IndustriALL Global Union défendent les droits et la dignité de millions de travailleurs et travailleuses de l’industrie manufacturière, de l’énergie et des mines dans des secteurs vitaux pour nos économies et nos sociétés.

Les décideurs politiques européens ne doivent pas affaiblir la CSRD et la CS3D. Ces lois doivent être renforcées pour garantir la protection des travailleuses et travailleurs et des communautés partout dans le monde.

Jalon important pour les travailleurs de la démolition des navires avec l’entrée en vigueur de la convention mondiale

Adoptée par l’Organisation maritime internationale en 2009, la CHK fixe des normes mondiales pour la démolition des navires en fin de vie, en imposant des règles de sécurité, de protection de l’environnement et de respect des droits des travailleurs. Les chantiers non conformes ne seront plus autorisés à exercer leurs activités.

“C’est une grande victoire ! L’entrée en vigueur de la CHK est le résultat d’une campagne longue et déterminée d’IndustriALL et de ses affiliés. La convention fournit un cadre pour un recyclage des navires sûr et respectueux de l’environnement. Il appartient à toutes les parties prenantes, employeurs, syndicats, gouvernements, acheteurs au comptant et armateurs, de lui donner corps et d’en faire un instrument vivant qui protège les travailleurs et l’environnement, tout en créant des emplois de qualité et en contribuant à l’économie locale”,

a déclaré Walton Pantland, Directeur d’IndustriALL pour la construction navale et la démolition des navires.

À Karachi, au Pakistan, une table ronde a été organisée ce 26 juin pour marquer l’entrée en vigueur de la convention. Organisée par la NTUF (Fédération nationale des syndicats), affiliée à IndustriALL, la rencontre a rassemblé des syndicats, des responsables gouvernementaux et des représentants du secteur de la démolition des navires. Le Pakistan a ratifié la CHK en décembre 2023, devenant ainsi le 23e pays à le faire. Toutes les grandes nations du recyclage de navires ont désormais ratifié la convention.

Selon les règles de la CHK, les chantiers navals doivent soumettre des plans de recyclage détaillés et respecter des normes strictes avant le début du démantèlement. Les matériaux dangereux doivent être enlevés en toute sécurité, des certificats de travail à chaud doivent être délivrés et les blocs doivent être découpés sur des sols imperméables plutôt que directement sur les plages. Les travailleurs et travailleuses doivent également recevoir une formation adéquate et bénéficier d’un équipement de protection individuelle.

Les participants se sont inquiétés du déclin du secteur au Pakistan, en raison des taxes élevées et de la contrebande incontrôlée. Seuls deux ou trois des 63 chantiers de démolition de navires de Gadani sont actuellement en activité. Bien que des améliorations soient en cours dans une dizaine de chantiers, aucun ne répond encore aux normes de la CHK. Des appels urgents ont été lancés en faveur d’une politique nationale alignée sur la convention.

IndustriALL et ses affiliés se sont engagés à surveiller la mise en œuvre de la CHK et à faire pression pour renforcer la sécurité et la protection de l’environnement dans l’ensemble du secteur.

“Le recyclage des navires peut être source d’emplois de qualité et de développement régional. Mais il nécessite du leadership de la part du gouvernement, l’investissement des employeurs et la collaboration des syndicats. La CHK n’est qu’un squelette, notre action collective lui donnera vie”, a indiqué Walton Pantland.

Illustration : Chantier de démolition navale d’Alang, en Inde

 

Comment Next abandonne ses travailleurs

L'an dernier au Cambodge, des fabricants, des marques et des syndicats ont conclu les premières conventions collectives applicables aux chaînes d'approvisionnement (ACT for Cambodia). Ensemble, ils ont mis en place un modèle de relations du travail dans les chaînes d'approvisionnement dans le but d'améliorer les salaires, de renforcer les relations professionnelles et de stimuler la stabilité et la compétitivité de l'industrie. Alors que des marques britanniques telles que Asos, Tesco, New Look et Primark ont toutes signé cet accord juridiquement contraignant, Next, qui est membre d'ACT, a refusé, en dépit des appels lancés par les travailleurs cambodgiens et leurs syndicats.

En ne signant pas, Next choisit de priver ces travailleuses, en majorité des femmes, de plus de 50 fournisseurs, de salaires décents et de meilleures prestations. Aussi, Next refuse de verser un salaire vital à ses 40.000 vendeurs du Royaume-Uni, son P-DG, Lord Simon Wolfson, prétextant à l'AG de Next du 15 mai que la "démographie" de son personnel, composé essentiellement de femmes et de jeunes, fait que leurs emplois constituent seulement des "revenus d'appoint" puisqu'il ne s'agit pas de soutiens de famille.

On peut lire dans le dernier rapport sur la responsabilité de l'entreprise de Next que "la protection de la sécurité, des droits de l'homme et du bien-être des travailleurs dans notre chaîne d'approvisionnement est fondamentale." Pourtant, ses agissements au Myanmar, au Cambodge et au Sri Lanka prouvent qu'elle trahit gravement les milliers de travailleurs de sa chaîne d'approvisionnement.

En mai dernier, Next a fermé une usine dans une zone franche d'exportation au Sri Lanka, une filiale à cent pour cent, et a révélé son total mépris pour les travailleurs. Plus de 1.400 d'entre eux ont été informés de leur licenciement par texto et interdits de retourner sur leur lieu de travail. Ces gens, dont certains furent des employés loyaux pendant plus de trente années, ont été écartés sans la moindre négociation avec leur syndicat, FTZ.

En novembre 2024, IndustriALL a porté plainte auprès de l'OCDE contre Next en raison de sa décision de continuer à s'approvisionner au Myanmar malgré les conclusions d'une Commission d'enquête de l'OIT faisant état de recours au travail forcé et de violations de la liberté syndicale dans le pays et de mêmes violations avérées dans des usines fournissant Next. L'affaire est actuellement à l'examen devant le PAN du Royaume-Uni.

Le 5 juin, à la Conférence internationale du travail, l'OIT a adopté une résolution au titre de l'article 33 de sa Constitution qui constitue la sanction la plus forte de l'OIT et n'a été invoqué qu'à trois reprises dans l'histoire de l'organisation.

Cette résolution appelle les représentants des employeurs, des gouvernements et des travailleurs à "éliminer tous les moyens ayant encouragé ou permis la perpétuation des graves violations susmentionnées" par l'arrêt des flux financiers, des relations commerciales, l'imposition de sanctions et d'autres moyens. La gravité de la situation au Myanmar est reconnue mondialement, tout comme la nécessité d'une action coordonnée pour isoler le régime, financièrement et politiquement.

Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

"Les agissements de Next pour se soustraire à ses obligations en matière de normes internationales du travail et de devoir de diligence au Sri Lanka, au Myanmar et au Cambodge font de ses rapports sur la RSE une pure mascarade. Participer aux négociations de l'ACT pendant huit ans pour finalement refuser les responsabilités qui vont de pair est inacceptable."

Photo : atelier textile et de confection au Myanmar, mars 2018

Canada : la loi fédérale anti-briseurs de grève marque une victoire historique pour les droits des travailleurs

Après des années de travail syndical et de pression politique inlassables, les travailleurs des secteurs réglementés par le gouvernement fédéral sont désormais protégés par une loi qui interdit aux employeurs d’embaucher des travailleurs de remplacement pendant les grèves et les lock-out légaux. La nouvelle loi aligne les protections fédérales sur celles déjà en place au Québec et en Colombie-Britannique et impose des sanctions strictes pouvant aller jusqu’à 100.000 dollars canadiens (environ 72.500 dollars américains) par jour en cas d’infraction.

La Présidente nationale d’Unifor, Lana Payne, a qualifié la loi de “victoire historique obtenue de haute lutte” :

“Unifor et ses alliés syndicaux se sont mobilisés, organisés et ont revendiqué ce changement et aujourd’hui, nous voyons que le pouvoir de l’action collective permet d’obtenir des progrès réels et durables. Aucun employeur ne devrait être autorisé à saper les négociations avec des briseurs de grève.”

Grâce à ces nouvelles protections, les travailleurs et travailleuses de secteurs tels que le transport ferroviaire, les télécommunications et le secteur bancaire peuvent désormais faire grève sans craindre que leur emploi soit délocalisé du jour au lendemain, ce qui marque un changement crucial dans le pouvoir de négociation.

Marty Warren, Directeur national des Métallos USW, a souligné l’importance de ces nouvelles protections :

“Il s’agit d’un tournant majeur pour les droits des travailleurs au Canada. Pendant des décennies, les métallurgistes se sont battus pour interdire le travail des briseurs de grève et rétablir l’équité à la table des négociations. Grâce à cette loi, les travailleurs et travailleuses sous réglementation fédérale bénéficient enfin de la protection qu’ils méritent. Il s’agit d’une étape cruciale pour l’équité et le respect sur le piquet de grève.”

Les deux syndicats ont joué un rôle essentiel dans la mise en place d’un soutien populaire, en faisant pression sur les parlementaires et en veillant à ce que la question reste une priorité nationale. La législation, qui a reçu le soutien unanime du Parlement, exige que toute exception liée aux services essentiels soit réglée par la négociation et non imposée unilatéralement par les employeurs.

Tout en se réjouissant de cette victoire, Unifor et les Métallos USW ont appelé à rester vigilants. Les employeurs cherchent déjà des moyens d’exploiter les failles potentielles de la loi. Lana Payne met en garde :

“Nous devons rester vigilants pour défendre notre droit de grève, protéger nos acquis et étendre ces protections à tous les travailleurs et travailleuses dans toutes les juridictions.”

L’USW a également noté que si la loi constitue un pas en avant, son plein impact dépendra d’une application rigoureuse et de la suppression des lacunes restantes qui pourraient en affaiblir l’effet.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, s’est félicité de cette réussite :

“Cette victoire au Canada est un exemple fort de ce que les travailleurs et travailleuses peuvent obtenir grâce à l’unité et à la détermination. Nous félicitons nos affiliés canadiens et l’ensemble du mouvement syndical du pays pour cette victoire et nous nous tenons à leurs côtés dans la lutte pour étendre ces protections à tous les travailleurs et travailleuses.”