Victoire syndicale sans précédent pour l'UWUA

Au Michigan, les techniciens assurant le fonctionnement et la maintenance des éoliennes Vestas ont voté massivement pour une représentation syndicale par l'Utility Workers Union of America (UWUA). Par cette décision inédite, les techniciens en éoliennes de Vestas sont les premiers à se syndiquer en Amérique du Nord.

"C'est une grande victoire pour ce groupe", a déclaré Deirdre Brill, la directrice en charge de l'organisation à l'UWUA, "De plus en plus de travailleurs des énergies renouvelables se rendent compte que les syndicats peuvent les aider à obtenir de meilleures conditions de travail et plus de sécurité."

Exaspérés par l'insécurité, par des postes de 16 heures de travail et de devoir travailler les jours fériés sans une rémunération adéquate, ces techniciens ont fait appel à l'UWUA. La sécurité et la formation seront les priorités du syndicat qui se prépare à négocier leur première convention pour que ceux qui assurent le fonctionnement des éoliennes soient bien protégés.

"Ces travailleurs ont fait un grand pas en avant pour regagner de l'influence,"

a déclaré le président de l'UWUA, James Slevin. "Ils devaient faire face à une campagne antisyndicale virulente. La direction a utilisé toutes les vieilles ficelles pour les convaincre de voter contre le projet de syndicalisation. Nous souhaitons la bienvenue à ces techniciens de Vestas et nous sommes impatients d'exprimer leurs préoccupations majeures lorsque nous négocierons leur première convention."

Les techniciens de Vestas assurent le fonctionnement et la maintenance de 128 éoliennes, avec le remplacement d'éléments vitaux.

"Nous avons été solidaires des techniciens de Vestas qui se sont courageusement organisés pour faire respecter leurs droits et améliorer leurs conditions de travail. Nous les félicitons pour leur détermination et les accueillons à bras ouverts dans la famille syndicale. Nous resterons résolument à leurs côtés lorsqu'ils négocieront leur première convention,"

a déclaré le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie.

L'an dernier, des affiliés d'IndustriALL du monde entier étaient réunis à Vienne pour discuter d'une campagne de syndicalisation dans le secteur de l'énergie éolienne. Cette conférence avait principalement pour but de discuter des dernières tendances dans le secteur, et les stratégies de syndicalisation du personnel et d'organisation dans des entreprises comme Vestas sont un pas dans la bonne direction.

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IndustriALL appelle le gouvernement provisoire du Bangladesh à respecter l'esprit de la feuille de route

La feuille de route donne la priorité à quatre domaines d'intervention, à savoir : (i) la réforme de la législation du travail, (ii) l'enregistrement des syndicats, (iii) l'inspection du travail et le contrôle de l'application des règles, (iv) la lutte contre les actes de discrimination antisyndicale, les pratiques déloyales en matière de travail et la violence à l'égard des travailleurs. Le gouvernement du Bangladesh est prié de faire rapport à l'OIT deux fois par an sur les progrès accomplis s'agissant de ces quatre piliers.

Le dernier rapport du gouvernement, daté du 17 février 2025, indique que les amendements à sa législation du travail seront finalisés pour le mois de mars 2025, ce qui semble toutefois improbable.  

Les affiliés d'IndustriALL n'ont eu cesse de souligner que bon nombre de leurs recommandations

 n'ont pas été prises en compte à ce jour. Le rapport du gouvernement mentionne aussi l'accord tripartite en 18 points conclu en septembre de l'an dernier pour répondre aux préoccupations des travailleurs et en lequel il voit une avancée majeure, tandis que les affiliés s'inquiètent de ce que son application ne soit été uniforme dans tous les secteurs de l'industrie.

S'agissant de l'engagement du gouvernement à faciliter l'enregistrement des syndicats, les affiliés d'IndustriALL indiquent que, contrairement aux prétentions du rapport du gouvernement, la procédure de demande d'enregistrement hors ligne n'est pas en rapport avec la procédure en ligne. Après avoir soumis la demande en ligne, il est impératif de déposer la demande sur papier dans les trois jours, faute de quoi la procédure en ligne doit être recommencée.

De plus, le traitement des demandes prend souvent plus longtemps que les 55 jours requis par la loi. Le rapport du gouvernement affirme aussi qu'entre juillet 2020 et décembre 2024, 46.000 personnes, dont des travailleurs, ont suivi une formation sur la procédure d'enregistrement. Or, les affiliés d'IndustriALL, qui représentent plus de 80 pour cent des travailleurs de la confection dans le pays ignorent pour la plupart l'existence de telles formations.

Le rapport du gouvernement cite un total de 15.576 inspections effectuées de juillet à décembre 2024. Cela veut dire qu'environ 85 inspections auraient été réalisées chaque jour sur la période concernée, ce qui est très sujet à caution, sachant que le nombre d'inspecteurs du travail disponibles est de 441, comme l'indique le rapport, et compte tenu du travail que requièrent la préparation et le suivi d'une inspection. Concernant la résorption de l'arriéré des juridictions du travail, les affiliés d'IndustriALL font remarquer qu'elles souffrent toujours d'une pénurie de juges et de procureurs et qu'il ne sert à rien d'en ouvrir de nouvelles là où il y a moins d'usines que dans d'autres zones industrielles du pays.

S'agissant de la lutte contre la discrimination antisyndicale, les pratiques déloyales en matière de travail et la violence à l'égard des travailleurs, l'attention du gouvernement semble aller en totalité à des programmes de formation dont les résultats ne sont mentionnés nulle part dans le rapport. En outre, les syndicats n'ont pas été du tout consultés pour l'élaboration du cursus de ces programmes.

Atle Høie, le secrétaire général d'IndustriALL, déclare :

"IndustriALL exhorte le gouvernement provisoire du Bangladesh à appliquer tous les éléments de la feuille de route en concertation avec les affiliés d'IndustriALL."

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4ème Congrès d'IndustriALL à Sydney, 2025

Le Congrès servira de plateforme pour discuter et adopter le Plan d'action d'IndustriALL pour 2025-2029, qui arrêtera les objectifs et actions stratégiques pour combattre les inégalités croissantes, promouvoir les droits des travailleurs et renforcer le pouvoir syndical par l'organisation des chaînes d'approvisionnement mondiales. Ce plan étudiera aussi les moyens de faire contrepoids au monde du capital par le biais de campagnes et de modeler l'avenir avec une Transition juste en préconisant des politiques industrielles et une transition énergétique durables ainsi que l'égalité de genre dans les secteurs d'industrie.

Au centre des préoccupations seront la lutte contre le travail précaire, une croissance économique et un partage des profits équitables.

"L'organisation est au cœur même de notre action; elle est la clé de la pérennité du mouvement syndical. Notre 4ème Congrès sera à l'image de notre détermination à rendre les travailleurs maîtres de leur destin par une syndicalisation forte. Le Congrès se penchera sur les grands enjeux que sont l'impact de l'automation sur l'emploi, la nécessité d'une formation qualifiante générale et l'application de normes du travail équitables dans toutes les industries,"

a déclaré Atle Høie, le secrétaire général d'IndustriALL.

"Le choix de Sydney comme ville hôte de notre Congrès reflète notre conscience du rôle dynamique que jouent les syndicats australiens dans la défense des droits des travailleurs. Ce Congrès est rendu possible grâce au généreux soutien de nos affiliés d'Australie et de Nouvelle-Zélande. Nous voulons aussi exprimer notre gratitude au gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud pour son aide inestimable."

Nos affiliés qui nous accueilleront à Sydney :

Les délégués participeront à des sessions ayant pour but de promouvoir des stratégies collaboratives et d'échanger leurs meilleures pratiques. L'objectif du Congrès est de doter les participants des outils et des savoirs nécessaires pour s'orienter efficacement dans les complexités du monde du travail contemporain.

En outre, le Congrès sera l'occasion de célébrer les réalisations d'IndustriALL et du mouvement mondial du travail et d'honorer la résilience et la solidarité des travailleurs du monde entier.

"Alors que nous préparons nos retrouvailles à Sydney, nous réaffirmons notre détermination à construire un avenir qui perpétue les droits et la dignité des travailleurs et dans lequel le progrès économique est partagé de manière équitable grâce à des syndicats forts,"

a déclaré Atle Høie.

Pour plus d'informations sur le 4ème Congrès d'IndustriALL et pour vous y inscrire, veuillez consulter notre site officiel.

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Afrique du Sud : la conférence nationale des femmes du NUM promet de combattre le patriarcat et la violence fondée sur le genre au travail

Cette conférence, à laquelle participaient des fédérations syndicales, des syndicats mondiaux et des organisations de la société civile, se tenait sur le thème "Les femmes de la classe laborieuse font progresser la transformation socioéconomique". Les travailleuses étaient exhortées à combattre et déraciner les systèmes patriarcaux et leurs pratiques dans le monde du travail en Afrique du Sud. "Le NUM poursuit la promotion de l'égalité de genre, conteste les rôles de genre traditionnels et s'engage à accroître la participation des femmes" peut-on lire dans certaines résolutions. Les participantes ont appelé les organes chargés de l'application des lois à venir à bout des cas de violence fondée sur le genre et de féminicide (VFGF) qui se multiplient.

La Fondation pour l'éducation civique en Afrique (ACEP), qui collabore avec le NUM, affilié à IndustriALL Global Union, à un programme de lutte contre la VFGF, a présenté des statistiques lugubres sur le viol et le harcèlement sexuel. D'octobre à décembre 2024, on a recensé 11.803 cas de viol et 2.188 agressions sexuelles signalés à la police sud-africaine.

Pour les syndicats, bien que l'Afrique du Sud ait des lois et des politiques pour l'élimination de la VFGF, leur application est médiocre. Sur le plan législatif, ce sont la Loi de 2007 amendant la Loi pénale (délits sexuels et assimilés) et la Loi de procédure pénale de 1997. L'Afrique du Sud a aussi une politique nationale de prévention du féminicide, qui dit que "Le féminicide, le fait de tuer des femmes et des jeunes-filles est la forme la plus extrême et la plus grave de violence fondée sur le genre."

Cette conférence, organisée à l'initiative de la structure des femmes du NUM, qui représente les travailleuses des industries de la mine, de l'énergie, de la construction et du métal, coïncidait avec la Journée internationale de la femme, que les participantes ont célébrée.

À son agenda figuraient des appels en faveur de l'égalité de genre et de la diversité, de la fin de la discrimination de genre, des revendications portant sur des salaires équitables, de la protection contre les pratiques déloyales du travail, de la protection de la maternité, de conventions collectives reflétant les intérêts des travailleuses, du comblement de l'écart de rémunération entre hommes et femmes, de programmes de formation et de perfectionnement des compétences inclusifs, de formations des femmes aux postes de direction dans les syndicats, d'une meilleure application des lois sur l'équité dans l'emploi, la santé et la sécurité, la sécurité sociale et d'un renouveau de l'organisation syndicale et de la solidarité. Les dimensions de genre de l'avenir du travail, du changement climatique et de la Transition juste ont également été discutées.

Les participantes ont réclamé une représentation à 50 pour cent des femmes dans les structures syndicales et davantage de possibilités de formation pour les femmes ainsi qu'un réexamen et une mise à niveau des programmes de formation en cours.

Magrett Gabanelwe, qui a été élue présidente de la structure des femmes du NUM pendant la conférence, a déclaré :

"Nous restons déterminées et unies dans la défense des droits des femmes dans le syndicat et au travail. Les femmes sont toujours exposées à l'exploitation sexuelle et à la violence fondée sur le sexe et au harcèlement et il faut que cela s'arrête."

La secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin, a ajouté :

"Nous exhortons le gouvernement sud-africain à faire appliquer sa législation et à y intégrer la convention 190 pour mettre fin à la violence et au harcèlement dans le monde du travail. Que les crimes contre les femmes au travail et dans la société se multiplient sans que leurs auteurs soient jamais arrêtés est quelque chose d'effroyable."  

Victoire syndicale chez Nexperia Philippines Inc après trois jours de grève

La grève avait débuté le 6 mars dans le parc industriel de Nexperia et hors de la zone économique de Laguna. L'entreprise a immédiatement privé les travailleurs dans la zone de production d'accès à la nourriture et aux médicaments. Un accord a été conclu le 8 mars et la direction s'est engagée à ne pas exercer de représailles contre les grévistes. 

Avant la grève, le syndicat avait participé, sans succès, à 21 cycles de négociation et à 3 audiences de conciliation. Il avait organisé des séances d'information pour ses adhérents, mais la direction avait licencié quatre dirigeants, dont la présidente, l'accusant de bloquer l'entrée et la sortie de l'entreprise. 

Le syndicat avait déposé plusieurs préavis de grève et participé, au ministère de l'Emploi et du Travail (DOLE), à des séances de médiation qui n'ont donné aucun résultat concret. Il a aussi critiqué l'intervention stérile du ministre du Travail dans le litige. 

Julius Carandang, le secrétaire de l'Alliance des travailleurs de la métallurgie des Philippines (MWAP), qui représente les travailleurs de Nexperia Philippines, a déclaré : 

"La grève chez Nexperia est justifiable parce qu'ils se battent pour leur droit de négocier et pour la réintégration de quatre dirigeants syndicaux licenciés illégalement. La direction de Nexperia n'est pas raisonnable dans ses négociations, même face au DOLE, parce qu'elle ne cesse de revenir sur ses positions précédentes qui auraient pu amorcer une solution. C'est ce qui a incité les travailleurs à lancer une action collective unifiée et forte." 

Le secrétaire régional d'IndustriALL pour l'Asie du Sud-est, Ramon Certeza, a déclaré : 

"IndustriALL est solidaire des travailleurs de Nexperia Philippines en lutte contre l'antisyndicalisme et pour une convention collective décente. Nous demandons à Nexperia de réintégrer les deux derniers dirigeants syndicaux et de négocier la convention collective de bonne foi avec le syndicat."

Un nouvel outil pour les syndicats afin de lutter contre l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes

Basés sur la boîte à outils publiée par IndustriALL en 2022, les modules se concentrent sur trois stratégies essentielles pour mettre fin à l’inégalité salariale entre les hommes et les femmes :

En septembre dernier, IndustriALL a déjà formé des affiliés en Afrique sub-saharienne et plus récemment en Turquie, en utilisant ces nouveaux modules.

Suite à la formation en Afrique sub-saharienne, les syndicats ont mené des enquêtes dans plusieurs entreprises en Ouganda, au Ghana et au Kenya afin d’évaluer l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes. Ils ont inclus cette problématique dans les négociations collectives en cours et ont plaidé pour des politiques de ressources humaines sensibles au genre, des révisions et des critères de promotion transparents afin de garantir l’égalité des chances pour les femmes.

“Ces modules fournissent aux syndicats et aux membres de leurs équipes de négociation collective des outils pratiques pour négocier la fin de l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes. Je les encourage à utiliser ce nouvel outil. Il peut être facilement adapté à chaque contexte national,”

a indiqué Armelle Seby, Directrice d’IndustriALL pour les femmes travailleuses et les questions de genre.

La négociation collective est un outil important pour parvenir à l’équité salariale et à des systèmes de rémunération transparents. Des études montrent que lorsque les syndicats s’engagent dans des négociations collectives sur la question, l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes se réduit.

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Appel à un contrat social sexotransformateur à Beijing+30

Cinq exigences des syndicats mondiaux pour la Déclaration de Beijing+30 :

Égalité de genre pour la justice sociale, la démocratie et la paix

La démocratie est de plus en plus menacée par des régimes autoritaires tandis que la discrimination, fondée sur le sexe, la violence et la xénophobie progressent sans cesse. La déclaration doit constituer un engagement à protéger les droits fondamentaux, dont la liberté syndicale et la négociation collective, l'égalité de rémunération et l'accès des femmes aux postes de direction. En outre, elle doit s'attaquer aux défis particuliers que rencontrent les femmes dans les zones de conflits et préconiser qu'elles soient associées aux négociations de paix.

Les droits au travail des femmes sont des droits humains

Tous les gouvernements doivent défendre les principes fondamentaux de l'OIT, notamment en éliminant le travail forcé, en assurant des conditions de travail sûres et en éradiquant la discrimination fondée sur le genre dans l'emploi. Il est essentiel d'instaurer des systèmes de protection sociale universels, un congé parental rémunéré et des politiques qui reconnaissent les activités de soins non rémunérées si l'on veut instaurer la justice économique pour les femmes.

Du travail décent pour les femmes

Pour concrétiser l'égalité de genre, il faut que les gouvernements investissent dans la création de 575 millions de nouveaux emplois décents d'ici 2030, en particulier dans le secteur des soins. Une approche propre à transformer la dynamique hommes-femmes dans l'emploi doit porter sur des salaires équitables, une formalisation du travail informel et fournir des protections au travail pour toutes les femmes. Il faut aussi réglementer la transition numérique pour empêcher que l'automation défavorise les femmes de manière disproportionnée.

Égalité de rémunération pour un travail de valeur égale

La persistance de l'écart salarial entre hommes et femmes est un facteur majeur de la féminisation de la pauvreté. Il faut des approches systémiques pour combler cet écart, notamment en mettant en application des lois sur l'équité de rémunération, en appliquant des politiques de transparence salariale et en appuyant la participation des femmes dans des domaines dominés par les hommes, comme la science, la technologie, l'ingénierie et les mathématiques (STIM).

Un lieu de travail exempt de violence et de harcèlement fondés sur le genre

La ratification et la mise en application de la convention 190 de l'OIT sur la violence et le harcèlement dans le monde du travail est une priorité. Il faut des politiques du lieu de travail robustes qui viennent en aide aux victimes de la violence domestique et rendent les auteurs comptables de leurs actes. Investir dans les programmes de prévention, dans les protections légales et dans des services publics qui luttent contre la violence est tout aussi nécessaire.

"Face à la montée des défis pour l'égalité de genre, nous insistons pour que la Déclaration de Beijing+30 comporte des engagements tangibles qui s'attaquent aux barrières structurelles et réaffirment les droits au travail des femmes. L'adoption d'un agenda porteur de transformations en matière de genre est pour les gouvernements l'occasion d'instaurer un monde du travail plus juste, inclusif et durable. La prochaine session de la CSW69 sera le moment crucial pour prendre des mesures décisives en vue d'un changement social et économique durable,"

a déclaré la secrétaire général adjointe d'IndustriALL Christine Olivier.

IndustriALL organisera parallèlement à la CSW une activité sur le thème des voies de recours qu'offrent aux travailleuses du textile et de l'habillement les accords contraignants. Pendant des décennies, les chaînes d'approvisionnement mondiales ont été la scène de violations systémiques des droits humains. Les régulations volontaires ont été incapables d'apporter un changement sérieux, laissant les travailleuses et les travailleurs sans recours. Une alternative robuste existe : des accords négociés entre entreprises et syndicats à l'échelon mondial. Ces accords, en particulier lorsqu'ils sont contraignants, garantissent la redevabilité, protègent les droits des travailleurs et promeuvent des solutions de nature à transformer la dynamique hommes-femmes.

 

Journée internationale de la femme 2025 : un mouvement, pas un moment figé

“Pour les femmes syndicalistes, ce combat ne se résume pas à une seule journée, mais à la réalité quotidienne de la revendication de l’égalité salariale, de la sécurité des lieux de travail et du droit de diriger dans nos syndicats. Il s’agit de briser les barrières, d’élever les autres en même temps que nous nous élevons et de veiller à ce que la prochaine génération de femmes syndicalistes n’ait pas à mener les mêmes batailles, encore et encore.

Notre lutte ne dure pas 24 heures. Elle dure toute une vie. Je le sais parce que je l’ai vécu.

J’ai commencé mon parcours dans le mouvement syndical en 1987 sur le terrain, dans une usine d’électronique en Afrique du Sud. Je suis devenue déléguée syndicale, dirigeante de section et, plus tard, la première femme Présidente régionale de la NUMSA pour le Cap-Occidental. J’ai vu de mes propres yeux ce que cela signifie pour les femmes d’accéder à des postes de direction et la résistance à laquelle nous sommes confrontées lorsque nous le faisons.

Je sais aussi que personne ne s’élève seul. Les progrès que nous avons accomplis ont été obtenus grâce au mentorat, à la solidarité et à l’action collective. C’est pourquoi nous devons continuer à aller de l’avant, pas seulement aujourd’hui, mais chaque jour.”

Mentorat : renforcer le leadership des femmes pour un changement durable

Chez IndustriALL, nous savons que le changement se produit au travers d’une action soutenue, de la solidarité et du développement du leadership. C’est pourquoi notre programme de mentorat est plus qu’une simple formation, c’est un mouvement visant à construire des femmes dirigeantes fortes qui pousseront au changement au sein de leurs syndicats et de leurs secteurs industriels.

Des femmes qui ont un jour douté de leur capacité à diriger accèdent aujourd’hui à des rôles de premier plan. Mildred Naa Adoley Addo, du Ghana, décrit comment le mentorat a transformé sa confiance en ses capacités de leadership :

“Ce programme de mentorat a fait passer mon niveau de confiance de 3 à 6,5 à ce jour ! Je continue d’apprendre, mais maintenant je vais de l’avant au lieu de me retenir. J’ai grandi en tant que leader : avant, j’aurais paniqué et évité les opportunités de leadership. Maintenant, je les saisis à bras-le-corps !”

Le mentorat ne se contente pas de former des individus, il crée un effet d’entraînement. Tracy Faustina Dadson (Ghana), qui a bénéficié d’un mentorat, encadre déjà une autre jeune femme sur son lieu de travail :

“Le programme de mentorat vaut chaque centime investi. Lorsque je vois mes collègues femmes ainsi encadrées, je vois des syndicats locaux et des familles qui ont été impactés. J’ai déjà commencé à encadrer une jeune femme au travail, en lui transmettant ce que j’ai appris. Nous avons besoin d’un plus grand nombre de programmes de ce type.”

Lorsque les femmes se voient en position de leadership, lorsqu’elles savent qu’elles bénéficient d’un soutien et lorsqu’on leur donne les outils nécessaires pour naviguer dans les structures du syndicat, elles changent le système de l’intérieur. C’est ainsi que nous brisons le cycle de l’exclusion et que nous poursuivons la lutte.

Rémunération équitable et justice économique : plus que des mots

Le mentorat ne suffit pas. Les femmes doivent également bénéficier d’une sécurité économique et d’une indépendance financière. L’équité salariale est l’un de nos plus grands combats, car dans tous les secteurs que nous représentons, les femmes sont toujours moins bien payées que les hommes pour un travail de valeur égale.

Comme Tracy Faustina Dadson l’a appris de sa mentore, il ne suffit pas de négocier, la mise en œuvre est essentielle.

“La négociation est une odyssée sans fin. Les politiques en faveur du bien-être des personnes doivent être bien documentées et nous devons être des chiens de garde qui veillent à ce que tous les travailleurs obtiennent ce qui leur est dû.”

Les syndicats doivent revendiquer et négocier l’équité salariale en tant qu’élément central de la négociation collective. Les gouvernements doivent être tenus responsables de l’application des lois qui garantissent l’égalité salariale. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser cette lutte se réduire à des rapports et à des promesses, nous avons besoin d’actes.

Mettre fin à la violence sexiste au travail : plus de silence, plus de peur

Les lieux de travail ne seront jamais vraiment égalitaires tant que la violence et le harcèlement basés sur le genre (VHBG) ne seront pas éradiqués. Les femmes ne peuvent pas être autonomes si elles se sentent en danger, non respectées ou réduites au silence par la peur.

IndustriALL se bat pour que la Convention 190 de l’OIT devienne une réalité sur les lieux de travail du monde entier. Nous avons élaboré une politique globale pour mettre fin à la VHBG parce que les syndicats doivent prendre l’initiative de revendiquer des lieux de travail plus sûrs.

Maria John Bange (Tanzanie) décrit comment le mentorat lui a donné la confiance nécessaire pour faire face aux défis :

“Ma mentore m’a appris que, quels que soient les défis auxquels je suis confrontée, je dois continuer à aller de l’avant. Elle m’a aidée à comprendre que le leadership ne consiste pas à attendre la permission, mais à agir.”

Les femmes ne devraient pas avoir à se battre seules pour des lieux de travail sûrs. Les syndicats doivent négocier des protections solides, réclamer des comptes aux employeurs et soutenir les survivantes. Chaque femme a le droit de travailler sans crainte.

Un mouvement qui ne s’arrête jamais

La lutte pour les droits des femmes sur le lieu de travail et dans les syndicats ne peut être réduite à une seule journée. Il n’est pas question de célébration, mais de résistance, de pouvoir et de progrès.

Du côté d’IndustriALL, nous ne nous contentons pas de célébrer la Journée internationale de la femme, nous l’utilisons pour nous mobiliser pour l’avenir. Le programme de mentorat, la lutte pour l’égalité salariale et la campagne pour mettre fin à la VHBG ne sont pas des initiatives du moment, elles sont le fondement d’un mouvement qui ne cessera de croître.

À toutes les femmes de nos syndicats : votre combat compte, votre leadership est nécessaire et vous n’êtes pas seules.

À toutes les femmes dirigeantes : élevez les autres en même temps que vous vous élevez. Encadrez, soutenez et défendez celles qui vous succéderont.

À la prochaine génération : avancez, revendiquez votre espace et sachez que nous sommes à vos côtés.

Ce n’est pas juste une journée, c’est un véritable mouvement. Et nous ne nous arrêterons jamais !

 

Défendre les droits des travailleurs en temps de guerre : la résilience d'Atomprofspilka

"Avant que la guerre détruise notre monde, Atomprofspilka était un rempart pour les travailleurs ukrainiens. Notre mission, comme pour tous les syndicats, était de protéger, renforcer et militer. Nous nous sommes battus pour de meilleurs salaires, de meilleures conditions de travail et de meilleures protections légales tout en mettant en avant la réadaptation, la formation et l'engagement des jeunes dans nos industries,"

déclare Lesia Semeniaka, responsable internationale d'Atomprofspilka.

La guerre a transformé radicalement leur travail et leurs mondes. La dévastation industrielle, la destruction d'entreprises et les pertes d'emplois massives ont ravagé l'économie. Des milliers de travailleurs ont été forcés de fuir, de se battre ou de subir la brutalité de l'occupation. Beaucoup ont perdu leur foyer, leurs moyens de subsistance et la vie.

"Les attaques massives de missiles balistiques, les bombardements d'artillerie et les frappes de drones ont fait des usines des amas de débris. Des industries se sont totalement effondrées, que ce soit dans l'énergie ou la métallurgie, laissant leurs travailleurs sans salaires, sans sécurité et sans avenir. Beaucoup ont été incorporés, ce qui a encore affaibli les rangs du syndicat, réduit ses ressources et limité notre capacité à soutenir ceux qui restaient,"

explique Lesia Semeniaka.

Or, malgré cette adversité, Atomprofspilka a refusé de baisser les bras.

"La guerre nous a mis en face d'une cruelle réalité. Soudain, la lutte pour la survie remplaçait les négociations salariales au centre de nos préoccupations. Des questions vitales se posaient d'urgence : Comment protéger les travailleurs et les lieux de travail contre d'incessants bombardements ? Comment fonctionner sans électricité, sans Internet et sans communications ? Où réimplanter les industries ? Comment transformer des caves en abris ? Comment protéger les travailleurs dans les territoires occupés ? Où trouver une aide financière pour les adhérents qui ont tout perdu, y compris leurs documents d'identité ?

ajoute Lesia Semeniaka.

Il n'était pas question de préoccupations logiques, mais de menaces existentielles. Le fardeau consistant à protéger, guider et soutenir des milliers de travailleurs au milieu d'une guerre devenait la nouvelle et urgente réalité.

Elle fut lourde de conséquences pour les travailleurs. Les centrales nucléaires sous contrôle ukrainien continuent de fonctionner dans une relative stabilité. Mais ailleurs, la situation est désastreuse. La production d'énergie thermique est détruite à 90 pour cent. Les conditions des travailleurs de l'énergie, des secteurs pétrolier et gazier, de la chimie, des mines et des personnels d'intervention sont pénibles et dangereuses. Beaucoup d'heures de travail, un environnement dangereux et la menace constante des attaques sont leur réalité quotidienne.

Malgré ces dévastations, Atomprofspilka refuse de se laisser abattre. Le syndicat s'est adapté, se fixant des priorités d'urgence, comme le soutien aux forces armées ukrainiennes, la solidarité avec les concitoyens dans la défense de la patrie, l'apport d'une aide directe aux travailleurs victimes de la guerre par l'obtention d'une aide financière et humanitaire et en adaptant toutes les activités syndicales aux réalités de la guerre, en continuant de promouvoir, protéger les droits des travailleurs et lutter pour ces droits de toutes les façons possibles.

"Pendant tout ce temps, nous n'étions pas seuls. IndustriALL Global Union et ses affiliés ont manifesté une solidarité indéfectible, nous apportant une aide essentielle pendant ces heures sombres que vit l'Ukraine. Leur attachement à la justice, aux droits des travailleurs et à la dignité humaine nous inspire dans la poursuite de la lutte,"

déclare Lesia Semeniaka.

"La guerre est loin d'être terminée. Aujourd'hui plus que jamais nous devons nous unir pour arrêter l'agression de la Russie et lui demander des comptes pour les crimes et le génocide contre la population ukrainienne. Nous reconstruirons, nous protégerons nos travailleurs. Nous ne céderons jamais dans notre combat pour la justice, la dignité et la paix," explique Lesia Semeniaka.

"Nous devons faire que l'Ukraine reste présente dans nos esprits et dans nos programmes, que les sacrifices de la population ukrainienne ne soient pas oubliés et qu'elle ne soit pas seule dans son combat pour la liberté. La bravoure, la résilience des travailleurs ukrainiens et de leurs syndicats relèvent de l'extraordinaire et leur combat est de ceux qui méritent notre soutien,"

a déclaré le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie.

Photos : Atomprofspilka


 
 

Afrique : les syndicats élaborent une stratégie sur la transformation économique et la justice sociale

Plus de 150 délégués de plus de 37 pays africains, ainsi que certains pay européens, ont participé à au forum dont le thème était : Employabilité, Salaire Vital, Paix et Transformation Économique pour la Justice Sociale en Afrique. Les discussions, tenues à la fois sur place et en ligne, se sont concentrées sur l’agenda du travail décent, en mettant l’accent sur le dialogue social.

Des syndicalistes, des universitaires et des fonctionnaires ont présenté des exposés sur diverses questions, notamment l’industrialisation basée sur les ressources naturelles, les politiques énergétiques durables, l’emploi des jeunes, le développement des compétences, notamment les compétences numériques et le travail via les plateformes. L’emploi des jeunes a été mis en avant, car plus de 60 % de la population du continent est âgée de moins de 25 ans.

Toutefois, sur les 15 millions de jeunes Africains qui entrent chaque année sur le marché du travail, la plupart travaillent dans l’économie informelle. L’annulation de la dette, l’inclusion de dispositions relatives au travail dans l’accord sur la zone de libre-échange continentale africaine et l’économie féminisée, qui garantit que le travail des femmes est rémunéré de manière égale, sont quelques-unes des questions qui ont été abordées.

Les intervenants de l’Organisation internationale du travail (OIT) se sont concentrés sur la recommandation 205 (sur l’emploi et le travail décent pour la paix et la résilience) qui traite des crises résultant des conflits et des catastrophes. En outre, ils ont exhorté les syndicats africains à rejoindre la Coalition mondiale pour la justice sociale.

Robert Beugré Mambé, Premier ministre de Côte d’ivoire, a indiqué que le gouvernement du pays s’est engagé avec les syndicats et les employeurs dans le dialogue social, ce qui a permis d’instaurer la confiance et d’augmenter les salaires minimums.

Au cours de la marche pour la justice sociale, Joel Odigie, Secrétaire général de la CSI Afrique, a déclaré que la dette l’Afrique devait être annulée.

“Nous demandons à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international d’annuler ces dettes et d’affecter les fonds au développement du continent.

Nous voulons une Afrique résiliente, durable et prospère qui promeut l’égalité entre les hommes et les femmes et l’emploi des jeunes,”

a ajouté Rose Omamo, Vice-présidente d’IndustriALL et Vice-présidente de la CSI-Afrique.

Paule-France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, a déclaré :

“Les minerais de transition peuvent jouer un rôle dans la Transition juste vers des économies à faibles émissions de carbone, mais pour cela, il faut un dialogue social, une protection sociale, une répartition équitable des ressources et du pouvoir et un travail décent ainsi que le développement des compétences.”

Cependant, elle a ajouté que certains pays possédant des minerais essentiels avaient des politiques de valorisation médiocres qui empêchaient l’utilisation de ces minerais pour le développement économique. Par exemple, l’exploitation du cobalt en République démocratique du Congo est confrontée à des conflits et l’exploitation du lithium au Zimbabwe est entachée de corruption. Elle a également indiqué que la croissance des industries de fabrication de batteries qui favorisent les chaînes d’approvisionnement locales est importante pour la création d’emplois décents.