Inditex et Next rejettent un accord sans précédent qui améliore les conditions des travailleurs cambodgiens de l'habillement

Les Accords cambodgiens comportent un mécanisme juridiquement contraignant par lequel les marques souscriraient à un modèle de convention collective (CC) normalisé conçu par les partenaires sociaux. Ce document-type préconise une amélioration des rémunérations et des conditions de travail et une stabilisation des chaînes d'approvisionnement. Deux grandes enseignes mondiales ont déjà signé et IndustriALL Global Union poursuit ses contacts avec d'autres entreprises se fournissant au Cambodge.

Fruit d'années de collaboration entre des grandes enseignes, des employeurs, IndustriALL et ses affiliés cambodgiens, cet accord prescrit une CC sans précédent dans le secteur du textile, de l'habillement, de la chaussure et du cuir. Il offre une solution viable aux défis que connaît depuis longtemps l'industrie, en particulier une difficulté persistante à augmenter les salaires sans compromettre la compétitivité.

Malgré le rôle-clé qu'ils ont joué dans la mise au point de l'accord, Inditex et Next ne se sont toujours pas engagés à le signer. IndustriALL n'a cessé de solliciter les deux marques et continue de les exhorter à soutenir cette initiative révolutionnaire.

À l'assemblée générale du 15 mai 2025, le directeur de campagne d'IndustriALL, Walton Pantland, s'est adressé aux actionnaires en remettant en question le refus de la direction :

"Les bas salaires restent un défi systémique dans l'industrie de l'habillement qu'aggrave une concurrence féroce. Aucune enseigne, aucun accord ne peut s'y attaquer seul. Une stratégie salariale durable et efficace doit associer toutes les parties prenantes : marques, employeurs et travailleurs."

Next n'a pas réagi sur le fond, se contentant de faire savoir qu'elle ne "pouvait pas s'engager" pour l'Accord cambodgien. Sa position a une nouvelle fois été remise en question lorsque, interrogé une autre fois par ses actionnaires sur les salaires de subsistance pratiqués dans ses magasins au Royaume-Uni, le P-DG de Next a affirmé que son personnel, en majorité féminin, "n'avait pas besoin d'un salaire de subsistance" puisque les maris étaient leurs soutiens de famille.

À l'assemblée générale d'Inditex, Yot Seang, s'exprimant au nom de la Coalition du syndicat démocratique des travailleurs cambodgiens du vêtement et du Comité syndical mondial d'Inditex, s'est dit lui aussi préoccupé :

"Plusieurs investisseurs ont exprimé leur intérêt pour l'accord contraignant ACT et demandé à IndustriALL pourquoi Inditex refuse de signer. Ils craignent qu'Inditex contribue à creuser les inégalités au Cambodge. Comment Inditex justifie-t-elle son refus de signer l'accord ACT alors qu'elle prône officiellement la liberté syndicale, la négociation collective et des salaires équitables et met en avant son accord-cadre mondial (ACM) avec IndustriALL ?"

Inditex a réitéré son soutien de principe à la négociation collective et a souligné l'importance des conventions sectorielles, mettant en avant sa participation à l'initiative ACT et son accord-cadre mondial avec IndustriALL. Or, l'accord ACT au Cambodge est précisément l'outil nécessaire pour que ces engagements soient suivis d'effets, ce qui vide la réponse de l'entreprise de toute substance.

Dans son intervention, Yot Seang a écrit :

"Du fait du refus d'Inditex de signer, les travailleurs de votre chaîne d'approvisionnement ne bénéficieront pas des avantages de l'accord contraignant. En ne signant pas, Inditex semble avoir décidé sciemment de priver ces travailleurs de salaires décents et de meilleures prestations."

La CC-type pour le Cambodge ne se limite pas à des revalorisations salariales; elle prévoit un allongement du congé maternel, introduit un congé paternel, préconise des mécanismes de règlement des litiges, promeut des relations de travail paisibles et favorise le perfectionnement des compétences.

Ces dispositions profitent directement à une main-d’œuvre de l'habillement majoritairement féminine au Cambodge et contribuent à des pratiques professionnelles durables.

Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a ajouté :

"Il faut que les entreprises rendent des comptes sur les engagements qu'elles ont pris, en particulier pour ce qui est des ACM. Le fait de participer à des négociations laborieuses pour s'en retirer à la fin va à l'encontre des ambitions qu'elles affichent.

Les actes en disent plus que les mots. Les investisseurs devraient s'intéresser de plus près à l'écart entre ce que ces entreprises disent et ce qu'elles font."

Malgré le refus d'Inditex et de Next, beaucoup de grandes marques ont signé l'Accord cambodgien, qui a déjà permis la syndicalisation de plusieurs usines et la signature de conventions collectives améliorant les salaires et les conditions.

IndustriALL et ses affiliés sont déterminés à étendre la couverture de l'accord et faire en sorte que les travailleurs cambodgiens de l'habillement obtiennent le traitement équitable qu'ils méritent.

Crédit photographique : CROYDON, UK – 30 janvier 2010 : Des clients entrent dans le centre commercial Centrale de North End Croydon, abritant Next, Zara et House of Fraser. Les bâtiments historiques situés en face se reflètent dans sa façade en verre. (Shutterstock: 1605042535)

 

Népal : augmentation de 13 % du salaire minimum

En vertu de la législation du travail népalaise, le salaire minimum est fixé tous les deux ans. Auparavant, le salaire mensuel minimum était de 17300 NPR (125 dollars), un montant fixé en 2023.

Contrairement au processus de fixation du salaire minimum qui s’était déroulé en 2023, les syndicats ont cette fois été associés dès le début aux négociations. Bien que la revendication commune des syndicats était de fixer le salaire minimum à 30443 NPR (220 dollars), le salaire révisé a été accepté par tous les membres du groupe tripartite, y compris les syndicats.

Le salaire minimum révisé s’applique à tous les travailleurs et travailleuses, à l’exception de ceux employés dans les exploitations et plantations de thé. Conformément à l’accord tripartite, le salaire minimum journalier a été fixé à 754 NPR (5 dollars) et le salaire minimum horaire à 101 NPR (0,7 dollar). Pour les travailleurs et travailleuses à temps partiel, le salaire minimum horaire sera de 107 NPR (0,8 dollar).

Anand Thami, Secrétaire du Conseil national pour le Népal, a déclaré :

“Nous sommes très heureux que cette fois-ci, le gouvernement ait respecté le tripartisme dans la fixation des salaires minimums et que les opinions syndicales aient été entendues. Les syndicats doivent maintenant se mobiliser pour veiller à ce que le salaire minimum révisé soit strictement appliqué.”

Le mois dernier, IndustriALL a organisé une réunion sur le salaire vital avec ses affiliés au Népal, au cours de laquelle divers sujets ont été abordés, notamment le concept même de salaire vital ainsi que les conclusions d’une étude menée par les syndicats du pays sur le salaire vital approprié pour le Népal.

Ashutosh Bhattacharya, Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud, a déclaré :

“Nous félicitons nos affiliés népalais pour avoir défendu les droits des travailleurs et travailleuses lors du processus de négociation du salaire minimum. IndustriALL est à vos côtés dans cette lutte et notre combat pour un salaire vital se poursuivra.”

Illustration : Shutterstock

En Asie du Sud-Est, les syndicats font pression pour mettre fin à l’écart salarial entre les sexes

Au cours d’une formation d’instructeurs sur l’égalité salariale, organisée par IndustriALL et la FES (Fondation Friedrich Ebert) les 10 et 11 juillet 2025 aux Philippines, des dirigeants syndicaux, des formateurs et des négociateurs du Cambodge, d’Indonésie, de Malaisie, des Philippines et de Thaïlande ont partagé les défis auxquels ils sont confrontés pour obtenir des données sur les salaires des hommes et des femmes et pour assurer le suivi des politiques d’égalité entre les sexes.

Tous les pays ont ratifié la Convention n° 100 de l’OIT sur l’égalité de rémunération et ont adopté des lois nationales interdisant la discrimination fondée sur le genre ou le sexe. Cependant, seules les Philippines disposent de politiques nationales cohérentes évaluant l’égalité salariale, telles que le plan 2019-2025 pour l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes, des indicateurs de genre et de développement et des données ventilées par sexe sur les salaires et l’emploi.

Les syndicats cambodgiens doivent se reposer sur l’inspection du travail pour le traitement des plaintes pour discrimination salariale ; l’absence d’un tribunal du travail spécialisé se traduit par un manque de moyens pour faire respecter la loi. Comme le droit du travail indonésien ne contient pas de clause anti-discrimination, les autorités et les entreprises ne sont pas tenues de fournir des données salariales ventilées par sexe.

Le ministère des Ressources humaines de Malaisie a lancé des programmes visant à réduire les écarts salariaux ; en moyenne, les femmes malaisiennes gagnent 17,8 % de moins que les hommes pour un travail similaire. Il est intéressant de noter que les femmes thaïlandaises gagnent un salaire de base moyen plus élevé que celui des hommes, mais que leur revenu total leur reste inférieur si l’on tient compte des primes. Ce phénomène montre que le système de primes est inégalitaire et sexiste.

Les participants ont exprimé leur gratitude d’avoir pu en apprendre davantage sur l’intégration des principes de l’égalité salariale entre les sexes, notamment l’évaluation neutre du point de vue du genre, la réalisation d’un rapport sur l’écart salarial entre les sexes, certains termes utilisés pour évaluer les emplois et la formule de calcul de l’égalité salariale entre les sexes.

Les participants ont élaboré un plan d’action pour réduire l’écart de rémunération entre les sexes dans la région :

La Sénatrice philippine Risa Hontiveros a déclaré :

“J’ai toujours pensé que les politiques devaient améliorer la situation des plus vulnérables, en particulier des travailleuses et travailleurs se trouvant des conditions informelles et précaires. Cette conviction a façonné mon travail au Sénat et continue de guider notre lutte pour des lois inclusives et sensibles au genre. Travaillons ensemble pour que les travailleuses et travailleurs soient autonomes, respectés et rémunérés à leur juste valeur.”

Ramon Certeza, Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, a déclaré :

“Les syndicats d’Asie du Sud-Est, ont un rôle central à jouer dans la réduction de l’écart salarial entre les sexes. La clé réside dans la syndicalisation et le militantisme, en faisant pression pour l’égalité salariale, en plaidant pour des négociations collectives inclusives et en tenant les employeurs responsables de l’égalité des sexes sur le lieu de travail. Nous avons pour objectif de travailler dans cette voie et nous y engageons. Renforcer la compréhension et les capacités de nos affiliés dans la région sur la question de l’écart salarial entre les sexes est un pas en avant courageux dans cette direction, pour mener à l’égalité salariale sur tous les lieux de travail.”

Un tribunal kényan empêche les licenciements abusifs de Springtech

Cette décision provient du licenciement de six travailleurs et de la suspension d'onze autres à l'usine de Mombasa de l'entreprise, des mesures que le tribunal a jugées illégales et contraires à la législation du travail et à la constitution qui garantit la liberté d'association.

Le conflit a éclaté avec l'adhésion de six travailleurs au Syndicat fusionné des travailleurs de la métallurgie du Kenya (AUKMW), affilié à IndustriALL. Ces licenciements se sont faits subrepticement, ce qui a incité onze collègues à organiser une occupation des locaux pour réclamer des explications. Plutôt que de répondre favorablement, la direction a accusé ces travailleurs de "causer des troubles", les a suspendus et signalés à la police. L'AUKMW a réagi par un recours d'urgence devant la justice, contestant les licenciements et les suspensions, taxés de manœuvres antisyndicales illégales.

Le tribunal de Mombasa a statué en faveur du syndicat, dans une injonction disant que "aucune cessation de relation d'emploi ne sera autorisée" chez Springtech dans l'attente d'un examen juridique approfondi. Cette décision est conforme à celle du ministère public qui a refusé de poursuivre les onze travailleurs suspendus. Citant un précédent, le procureur a jugé qu'un "trouble" doit manifestement menacer la paix publique pour justifier une inculpation. Or, l'occupation pacifique des travailleurs n'a constitué aucune infraction ni perturbé les activités des citoyens.

La secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin, a déclaré :

"L'affaire Amalgamated contre Springtech Kenya Limited est le symptôme de tensions plus généralisées dans le secteur industriel du Kenya où des entreprises s'opposent souvent à la syndicalisation pour pouvoir payer des salaires inférieurs et violer les droits des travailleurs à la négociation collective, et nous félicitons l'AUKMW pour sa détermination à défendre les droits des travailleurs."

La vice-présidente d'IndustriALL et secrétaire générale de l'AUKMW, Rose Omamo, a qualifié les licenciements de "cas flagrant d'intimidation et de harcèlement" visant à dissuader les travailleurs de se syndiquer. "Cela viole les droits des travailleurs à la liberté syndicale au sens du droit kényan", a-t-elle ajouté, promettant d'autres actions en justice pour protéger les adhérents.

L'Indice CSI des droits dans le monde (2025) considère le Kenya comme un des pays d'Afrique où les droits des travailleurs sont systématiquement violés (classement 4), ce qui veut dire que "Les pouvoirs publics et/ou les entreprises s'efforcent vigoureusement de faire taire la voix collective de la main-d’œuvre, menaçant constamment les droits fondamentaux." Ce classement n'est pas éloigné de la pire catégorie, 5+, dans laquelle "Les droits ne sont pas garantis du fait de l'effondrement de l'état de droit."

Springtech fabrique des ressorts à lames, des boulons, des plaquettes et garnitures de freins, ainsi que des pièces pour remorques et autres accessoires pour l'industrie automobile. 

Lithium du Cône Sud : tensions et opportunités dans la chaîne d’approvisionnement mondiale

Lors de sa présentation, un débat a eu lieu sur la situation dans les secteurs de l’extraction du lithium en Argentine et au Chili, pays qui font partie du Triangle du lithium, une région clé pour les riches réserves de ce minerai, essentiel à la fabrication des batteries utilisées dans les véhicules électriques et les technologies propres. Le document examine les relations entre les travailleurs et travailleuses, les entreprises et les gouvernements, en vue de renforcer la coopération syndicale et d’améliorer les normes sociales et environnementales.

L’étude souligne une augmentation de la production de lithium dans les deux pays, malgré une perte de parts de marché mondial au profit de l’Australie et de la Chine, constituant également leur principale destination d’exportation, tandis que les processus d’industrialisation en aval en sont encore à leurs balbutiements. En Argentine, le cadre de gouvernance est fragmenté et fédéral, tandis qu’au Chili, il s’oriente vers un modèle plus centralisé avec une présence accrue de l’État.

En termes d’emploi, l’intensité de main-d’œuvre est faible et les niveaux d’externalisation et d’inégalité salariale élevés, même si l’emploi total et la participation des femmes ont augmenté. La représentation syndicale est forte, mais entravée par les difficultés liées à des contrats de plus en plus précaires et fragmentés.

La mise en œuvre des politiques de diligence raisonnable en matière de droits humains est limitée et repose en grande partie sur des normes volontaires. L’introduction de réglementations plus strictes en Europe est toutefois considérée comme une occasion d’accroître la pression sur les entreprises et d’améliorer le respect des normes tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

L’étude a été menée par quatre chercheurs d’Argentine et du Chili afin de fournir aux affiliés d’IndustriALL des outils pour identifier les acteurs clés et les points de pression dans un secteur en pleine croissance mais confronté à d’importants défis en matière de travail et d’environnement.

Des représentants de l’AOMA (Argentine) et d’Industrial Chile Constramet ont participé à sa présentation, aux côtés des représentants d’IndustriALL, Laura Carter, Secrétaire régionale adjointe pour l’Amérique latine, Georg Leutert, Directeur pour l’industrie automobile et Diana Junquera, Directrice pour l’énergie et la transition juste, qui ont déclaré :

“Grâce à cette étude, nos affiliés ont accès à des informations et à des outils essentiels qui leur permettront de syndiquer davantage de travailleurs et travailleuses tout au long de la chaîne d’approvisionnement des batteries et en particulier dans l’extraction du lithium. Il est essentiel de comprendre les défis auxquels ils sont confrontés pour pouvoir les soutenir et ce sont eux qui s’approprieront ces informations et pourront les utiliser de manière stratégique dans leur travail syndical.”

Des dirigeants syndicaux d'Amérique latine réunis pour renforcer le secteur du papier

Des débats essentiels ont eu lieu avec la participation de responsables régionaux et mondiaux de premier plan du secteur. Auparavant, la fédération argentine des travailleurs du papier et son secrétaire général, Ramón Luque, avaient accueilli les participants à leur siège et présenté un exposé sur l'historique et l'action de la fédération et du mouvement syndical argentin.

Une des grandes questions abordées pendant cette manifestation portait sur les attaques incessantes du gouvernement national contre les droits et les acquis du mouvement syndical argentin. La situation globale a aussi été examinée sous les angles politique, économique et sectoriel, à partir des exposés de Luca Baldan, de l'ACV-CSC BIE, et de Tom Grinter, le directeur d'IndustriALL en charge de ce secteur.

S'agissant des politiques de genre, la vice-présidente d'IndustriALL Lucineide Varjão a présenté un rapport sur les progrès accomplis dans le secteur. Elle a relaté la constitution du Réseau régional des travailleuses du papier, qui s'est réuni pour la première fois en avril 2025 et a dressé un plan d'action avec la participation d'une quarantaine au moins de dirigeantes, un fait qu'a souligné l'OIT.

Chaque pays a ensuite présenté son rapport. Plusieurs points communs se sont dégagés, comme les actions menées par les grandes multinationales du secteur, leurs pratiques antisyndicales et leurs attaques contre les conventions collectives, et aussi la manière dont les travailleurs s'organisent pour s'y opposer, politiquement et syndicalement par le biais de leurs organisations.

Entre autres activités, les dirigeants ont participé à un rassemblement devant les grilles d'une usine pour soutenir l'effort de négociation des travailleurs du papier argentins.

La réunion s'est achevée sur l'approbation d'un plan d'action comportant des stratégies notamment pour le renforcement de l'attention portée aux chaînes d'approvisionnement, la poursuite du développement du groupe des femmes et la consolidation des réseaux syndicaux dans les entreprises du secteur.

Les persécutions judiciaires de Cristina Fernández de Kirchner ont également été dénoncées.

Cristian Alejandro Valerio, le secrétaire régional adjoint d'IndustriALL pour l'Amérique latine et les Caraïbes, a déclaré :

"Dans le contexte d'une situation régionale et mondiale très difficile pour le monde du travail comme sur la scène politique, je tiens à souligner l'engagement de tous nos affiliés régionaux du secteur qui participent à cette réunion régionale essentielle pour contribuer au renforcement de la puissance syndicale et pour coordonner des politiques et actions communes à la fois dans les réseaux sectoriels et ceux des entreprises, afin de s'opposer aux attaques du capital mondial contre les droits et les acquis des travailleurs du papier en Amérique latine et dans le monde."

Les travailleurs et travailleuses continuent de se battre après la fermeture de l’usine Next au Sri Lanka

En réponse, le syndicat a mis en place une cuisine solidaire dans ses locaux de Katunayake, où il distribue des rations afin que les travailleurs et travailleuses concernés puissent se nourrir. Des sections syndicales ont contribué à soutenir cette initiative depuis près de deux mois, faisant preuve d’une forte solidarité en cette période de crise.

Lors d’une réunion le 13 juillet dernier, les membres du syndicat ont rendu hommage à ceux qui mènent la lutte contre Next, malgré leur position vulnérable. Ils ont décrit l’objectif de leur campagne comme étant d’empêcher que d’autres ne deviennent “comme un travailleur de Next” ; elle constitue un appel aux enseignes, aux employeurs et au gouvernement pour qu’ils mettent fin aux fermetures illégales et garantissent la sécurité d’emploi dans les zones franches du Sri Lanka.

Le syndicat, affilié à IndustriALL, le FTZ&GSEU (Syndicat des salariés des zones franches et des services généraux), affirme que la décision de Next viole la loi sri-lankaise et enfreint la convention collective que l’entreprise a signée en 2021 et renouvelée en 2023. Selon le syndicat, il s’agit de la seule convention collective actuellement en vigueur dans l’ensemble du secteur de l’habillement du pays. Les dirigeants syndicaux affirment que Next doit être tenu responsable de ses actes, d’autant plus que le Sri Lanka est confrontée à une grave crise socio-économique et aux conséquences des modifications douanières américaines qui touchent le secteur de l’habillement.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

“Ces travailleurs et travailleuses font preuve d’un courage et d’une solidarité extraordinaires face à l’exploitation. Next doit honorer ses engagements et respecter les droits des travailleurs, notamment les conventions collectives. Nous appelons Next à remédier immédiatement à cette injustice et à garantir un emploi décent et sûr pour tous.”

Les syndicats d'Afrique subsaharienne lancent une plateforme d'éducation des travailleurs en ligne

Cette plateforme met à profit les avancées technologiques de l'apprentissage en ligne et des applications de messagerie en accès libre pour offrir une éducation des travailleurs d'un bon rapport coût-efficacité afin de renforcer les capacités syndicales et d'améliorer les conditions sur les lieux de travail dans des industries telles que l'automobile, la production de batteries, les métaux de base, la chimie, l'ingénierie, l'exploitation minière, le pétrole et le gaz et le textile et l'habillement.

Ce forum répond à la transformation numérique qui reconditionne les lieux de travail et il souligne la nécessité d'un engagement syndical pour l'apprentissage en ligne, l'accessibilité linguistique et des ressources pédagogiques adaptées correspondant à la diversité des secteurs manufacturiers. Son but est de faire progresser l'autonomisation des travailleurs et la résilience syndicale dans les industries de la région.

Les travailleurs n'ont besoin que d'un smartphone et d'un accès à l'Internet pour participer, échanger des expériences et accéder à la formation. Le forum repose sur une démarche participative, avec une étude définissant les thèmes préférés, suivie d'un programme flexible conçu en fonction des emplois du temps des participants.

“Ce forum s'adresse à tout qui participe à des actions destinées à faire connaître leurs droits aux travailleurs, à améliorer leurs conditions de travail et leurs conditions sociales et à s'organiser pour le changement. Que ce soit par le biais de programmes d'éducation syndicale, en tant que dirigeant syndical, de délégué d'atelier ou de membre actif soutenant d'autres de manière informelle, votre contribution est importante !” peut-on lire sur la brochure du forum. 

Cette initiative cherche à relever les défis auxquels se heurtent les syndicats d'Afrique subsaharienne, notamment le peu de solidarité extérieure avec les partenaires du Nord global, par un renforcement des stratégies de formation et d'organisation innovantes. Le perfectionnement des compétences est jugé essentiel pour permettre aux syndicats de retenir leurs adhérents dans cette ère de basculement technologique et démographique.

Melanie Jules, gestionnaire de programme à l'IFWEA pour le compte de la Online Labour Academy, qualifie le forum de “effort global de promotion de l'unité des travailleurs et de la formation de la base au moyen d'outils numériques, l'accent étant mis sur la flexibilité et la solidarité.” À ses yeux, la démarche du forum n'est pas académique mais pratique dans la mesure où elle inclut des approches syndicales de l'apprentissage tout au long de la vie et est en mesure de toucher des milliers de travailleurs dans des usines où les discussions se feront en petits groupes du genre des cercles d'étude. Les jeunes travailleurs et les femmes devraient aussi en tirer profit, ainsi que d'autres travailleurs marginalisés dépendant des économies informelles pour leur subsistance.

“L'éducation des travailleurs compte beaucoup dans une région qui se caractérise par un recul de l'espace civique, par des fossés numériques et des ressources limitées. Les syndicats ont besoin de savoir comment faire face aux pertes d'emplois, aux bas salaires, à la dangerosité des lieux de travail et à la violence et au harcèlement fondés sur le sexe,” 

a déclaré la vice-présidente d'IndustriALL Rose Omamo.

La secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin, a salué cette plateforme qui constitue à ses yeux une étape essentielle dans l'adaptation de l'éducation ouvrière à l'ère numérique.

“Le travail évolue et il faut qu'il en aille de même pour nos approches de l'éducation afin de répondre aux défis montants pour renforcer la puissance syndicale,”

a-t-elle déclaré. 

Photo : Shutterstock 

Manifeste pour une transition juste : les travailleurs et travailleuses de la confection revendiquent une mutation équitable et menée par les travailleurs

Cet atelier, qui s’inscrit dans le cadre d’un projet triennal soutenu par la Fondation Laudes, vise à renforcer les stratégies syndicales pour une transition juste et inclusive dans les industries de la confection et du textile. Dans un secteur qui est confronté à des défis très particuliers, en raison des pratiques d’achat déloyales des enseignes, du travail précaire et informel et des niveaux très variables de dialogue social dans les différents pays, il est très problématique que la transition pour les travailleurs et travailleuses ne soit pas l’objet d’une réflexion dans le cadre des stratégies de transition.

Cela coïncide avec la nécessité de prendre des mesures urgentes pour mettre en place des stratégies d’adaptation face aux effets accélérés du changement climatique sur les travailleurs, notamment le stress thermique et les inondations. Dans ce contexte, les syndicats revendiquent que les préoccupations des travailleurs et travailleuses soit au cœur de la construction d’un avenir juste et durable.

Cette session s’est concentrée sur l’élaboration du manifeste pour une transition juste dans le secteur du textile et de la confection, qui énoncera les revendications claires et collectives des syndicats et servira de cadre à la participation des travailleurs et travailleuses à la transition verte. Prévu pour être lancé en octobre, le manifeste est élaboré dans le cadre d’un large processus de consultation avec les syndicats affiliés.

Rahki Sehgal, de la CSI, a présenté les principales revendications du manifeste. Elle a souligné qu’une transition juste doit être démocratique, transparente et menée par les travailleurs, avec un dialogue social à tous les niveaux.

Parmi les revendications clés figurent :

Amalia Hammarlund, Responsable de projet à la CSI, a déclaré :

“Un avenir durable pour le secteur passe par l’amélioration des conditions de travail, la création de nouveaux emplois dans le recyclage et l’économie circulaire ainsi que la garantie que les travailleurs et travailleuses, en particulier les femmes, sont protégés, autonomisés et inclus dans la prise de décision.”

Les affiliés syndicaux ont fait écho à ces préoccupations, avertissant que la transition climatique aggrave déjà les défis existants dans le secteur.

Ils ont souligné que la transition ne doit pas se faire au détriment des droits ou des moyens de subsistance des travailleurs et travailleuses. Les affiliés ont appelé à :

Ils ont également souligné la nécessité pour le manifeste de reconnaître les réalités variables des différentes régions, telles que les différentes sources d’énergie, les intensités carbone et les stades de développement industriel.

Les participants sont fermement convenus que les travailleurs et travailleuses doivent jouer un rôle central dans la mise en œuvre de la Transition juste. Comme l’a déclaré un affilié, “Rien sur nous sans nous”. Ils ont appelé à un engagement régional plus fort, à une attention politique accrue et à une solidarité renforcée afin de garantir que la transition verte profite à tous et pas seulement aux entreprises et aux gouvernements.

Diana Junquera-Curiel, Directrice du département Énergie et Transition juste d’IndustriALL, a déclaré :

“Les travailleurs et travailleuses ne doivent pas payer pour la transition verte. Trop souvent, les enseignes et les employeurs répercutent les coûts de l’action climatique sur les travailleurs, par le biais de pertes d’emplois, de salaires plus bas ou de conditions de travail dangereuses. C’est inacceptable. La responsabilité d’une économie plus verte doit être partagée équitablement entre les gouvernements, les employeurs et les enseignes et non pas placée sur les épaules de ceux qui sont déjà les plus vulnérables. Nous avons besoin d’une transformation industrielle démocratique, qui place les travailleurs et travailleuses au centre, avec un dialogue social fort, des négociations collectives et des protections pour tous, y compris les travailleurs et travailleuses informels et migrants.”

Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d’industriAll Europe, a déclaré :

“Les politiques de transition sont souvent conçues sans tenir compte de leur impact sur les travailleurs. Les stratégies de durabilité et de circularité visant à rendre les textiles plus durables, réutilisables, réparables et recyclables sont souvent élaborées sans tenir compte de leur impact sur les travailleurs et les conditions de travail. Plus grave encore, les législations essentielles sur la diligence raisonnable des entreprises en matière de durabilité et sur l’évaluation de la durabilité des entreprises, pour lesquelles les syndicats se sont battus, ont été la cible de la campagne de simplification de l’UE. Les travailleurs et travailleuses sont extrêmement préoccupés par ces évolutions et appellent les gouvernements et les enseignes à empêcher un nivellement par le bas et à offrir aux syndicats une place à la table des négociations pour une transition juste et durable dans la chaîne d’approvisionnement textile.”

Le Manifeste pour une transition juste sera un outil essentiel pour promouvoir une action climatique et environnementale équitable et centrée sur les travailleurs dans l’industrie textile et de la confection, garantissant que les travailleurs et travailleuses soient protégés, autonomisés et entendus à chaque étape de la transition verte.

Des menaces visent des responsables syndicaux colombiens du secteur minier

La Colombie figure depuis longtemps parmi les pays les plus dangereux au monde pour les syndicalistes. Selon des organisations internationales, des dizaines de dirigeants syndicaux ont été victimes de menaces, de persécutions et d’assassinats au cours des dernières décennies. Bien que des programmes de protection gouvernementaux aient été mis en place ces dernières années, des risques importants subsistent, en particulier dans des secteurs stratégiques tels que les mines et l’énergie.

Selon des sources syndicales, le Président de la section de La Jagua du Sintracarbón, Germán Aranzales, est victime de menaces et de tentatives d’extorsion depuis le 8 juin dernier. Le syndicat a également dénoncé la surveillance et l’intimidation dont font l’objet d’autres membres, notamment le syndicaliste Silvio Mendoza ainsi que Rocío Torres Bobadilla, une avocate qui conseille le syndicat dans des procédures judiciaires liées au travail.

Les menaces ont débuté après que Sintracarbón et Sintraminergética ont déposé une requête auprès du Ministère du Travail pour demander la suspension du licenciement collectif de quelque 300 employés de Prodeco et Carbones de La Jagua (CDJ), soulignant la nécessité de déclarer les neuf filiales du groupe Glencore en Colombie comme étant une seule et même entité économique.

Dans sa lettre envoyée au gouvernement colombien, IndustriALL exprime son inquiétude face aux récentes menaces et harcèlement et demande que des mesures urgentes soient prises pour garantir la sécurité des dirigeants syndicaux et des conseillers concernés. Ce courrier appelle également le ministère public à poursuivre les enquêtes correspondantes.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

“Nous sommes extrêmement préoccupés et consternés par cette nouvelle violation flagrante des droits humains fondamentaux et des droits syndicaux. Compte tenu du long historique de violence à l’encontre des dirigeants syndicaux et du mouvement social en Colombie, nous appréhendons ces menaces avec le plus grand sérieux et la plus grande inquiétude.”