Afrique du Sud : le syndicat réclame justice pour la travailleuse assassinée à la sous-station électrique

On craint qu’un non-lieu soit prononcé dans l’affaire pour absence de preuve, sachant que des informations critiques provenant de caméras de surveillance ont disparu. La cour a appris l’an dernier qu’avant le meurtre, Yende voulait dénoncer une bande criminelle impliquée dans des vols de câbles dont le cuivre était destiné à être revendu à des récupérateurs de métaux.

L’affilié d’IndustriALL Global Union NUMSA, Syndicat national des métallurgistes, dont elle était membre, réclame justice et affirme qu’Eskom est complice en ne prêtant pas assistance pour mettre les preuves à la disposition des organismes chargés de faire respecter la loi. Dans un communiqué, le NUMSA déclare :

“Son corps a été retrouvé sur son lieu de travail. Il est virtuellement impossible pour des personnes extérieures d’avoir accès à la sous-station par leurs propres moyens. Elle ne s’est pas elle-même donnée la mort et enfermée dans le bureau. Dès lors, la seule conclusion logique est que ses assassins sont des salariés ou ont reçu l’assistance de salariés d’Eskom.”

Le syndicat veut que cette affaire soit traitée comme tout autre du même niveau de gravité et que les Services de police sud-africains ainsi que le Ministère public sud-africain “prennent la violence sexiste au sérieux en accordant à cette affaire la priorité qu’elle mérite.”

Dans un hommage à Yende, le NUMSA a indiqué qu’il ne trouverait pas la paix tant que la vérité ne serait pas connue.

“Elle était une jeune femme dévouée et pleine d’ambition dont la vie a pris fin de manière insensée dans la fleur de l’âge. Son jeune fils devra passer le reste de sa vie sans l’amour et l’attention de sa mère.”

Le NUMSA a signé l’Engagement d’IndustriALL par lequel les syndicats font le serment de combattre toute forme de violence à l’égard des femmes sur le lieu de travail et au niveau des syndicats.

Les lieux de travail en Afrique du Sud continuent à être dangereux, car les femmes y sont confrontées au harcèlement sexuel, au viol et au meurtre. Selon le rapport de l’Agence sud-africaine de la statistique Crimes à l’encontre des femmes en Afrique du Sud en 2018, le taux d’homicides de femmes dans le pays s’est accru de 117% entre 2015 et 2016/17 alors que le viol y était cinq fois plus répandu que la moyenne mondiale.

La nouvelle norme pour l’extraction minière responsable rendue public

Parmi les meilleures pratiques portées par la norme pour l’extraction minière responsable figurent la santé et la sécurité des travailleurs, les droits de l’homme, l’engagement communautaire, la lutte antipollution, l’extraction minière dans les zones touchées par les conflits, les droits des peuples autochtones, la transparence en matière de versements des recettes des compagnies aux gouvernements, et la remise en état des sols une fois l’exploitation achevée. 

Une carte de l’extraction minière responsable accessible en ligne a également été lancée aujourd’hui. Cette carte permettra aux producteurs et aux acheteurs de minéraux responsables de démontrer leur attachement à l’égard d’une chaîne de valeur de l’industrie des ressources minérales responsable, et d’entrer en relation au profit du développement des relations commerciales.

IndustriALL et son affilié, le Syndicat des métallos unis, ont étroitement participé à l’élaboration de la nouvelle norme, indépendante et basée sur un système de vérification par des tiers. Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a déclaré: 

« Il s’agit d’un moment important pour l’industrie minière. La norme vise à garantir le respect des droits des travailleurs, s’agissant en particulier de la neutralité et du droits des travailleurs à la négociation collective et à la liberté syndicale. Elle place la protection des travailleurs au premier plan et conduira à des améliorations dans l’industrie extractive partant de la base ».

La norme pour l’extraction minière responsable est le fruit d’une collaboration de dix ans entre le monde du travail, les compagnies minières, les entreprises en aval telles que les bijoutiers et les sociétés électroniques, la société civile et les communautés impactées. Elle a le soutien des principales compagnies du secteur comme Anglo American, ArcelorMittal, Microsoft et Tiffany & Co.

« L’intérêt croissant pour un approvisionnement responsable en métaux et en minéraux démontre l’importance de disposer de normes qui répondent aux besoins de la grande variété des clients de l’extraction minière, et aux attentes de la société dans son ensemble », a indiqué Jon Samuel, Chef de groupe de la performance sociale et de l’engagement social à Anglo American. « Nous nous réjouissons à la perspective de tester l’outil d’autoévaluation de l’IRMA et de continuer à contribuer au développement de cette initiative en tant qu’expression de notre engagement à l’égard d’une extraction minière responsable ».

L’IRMA a également travaillé avec des mines hôtes et des experts techniques pour réaliser deux essais de terrain et évaluer la norme à travers des audits miniers simulés aux Etats-Unis et au Zimbabwe. Le processus de certification international évalue les sites miniers individuels et non pas les compagnies dans leur ensemble. 

« La norme pour l’extraction minière responsable répond aux forces des marchés dans le but de créer une plus grande incitation et un effet de levier favorables à la protection de l’environnement et des communautés qui vivent à proximité des mines », a indiqué Aimee Boulanger, Coordinatrice à l’IRMA. « La norme pour l’extraction minière responsable permettra aux entreprises cherchant à faire des profits de partager des valeurs tout en offrant une chaîne de valeur éthique à leurs clients ».

Augmenter la présence de jeunes travailleurs et travailleuses au sein des syndicats philippins

Dans un pays où les jeunes (de la tranche des 15 à 24 ans) constituent 19% d’une population de 100 millions d’habitants, il existe un vaste potentiel pour les adhésions syndicales aux Philippines.

Sur les sept millions de jeunes qui sont à l’emploi, 9,4% sont occupés dans le secteur manufacturier, comme l’électronique, l’automobile au sens large et les vêtements destinés à l’exportation.

Le manque de connaissance à propos des syndicats et des droits des travailleurs font partie des obstacles principaux identifiés comme étant la raison pour laquelle les jeunes travailleurs et travailleuses ne s’affilient pas aux syndicats. D’autres raisons sont la peur de perdre son emploi et les menaces des directions de fermer les entreprises en cas de syndicalisation. Un besoin d’informer les jeunes travailleurs et travailleuses sur les lois et politiques existantes et pertinentes a été relevé.

La réunion s’est conclue par l’élaboration d’un plan d’action stratégique commun qui se focalise sur quatre domaines d’intérêt principaux : le recrutement et la syndicalisation des jeunes travailleurs et travailleuses, des recommandations en matière de politiques à mener, le renforcement des capacités et l’égalité des genres.

Annie Adviento, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est a déclaré :

Impliquer les jeunes travailleurs et travailleuses dans les syndicats est une obligation si nous voulons une vraie force syndicale. C’est un défi important que nous devons relever avec vigueur et par un engagement jamais démenti.

Le plan d’action élaboré par les jeunes travailleurs et travailleuses est un pas important pour concrétiser notre volonté et créer un avenir meilleur pour les travailleurs et leurs familles.

Cette réunion s’est tenue avec le soutien d’IndustriALL dans le cadre du projet de renforcement syndical.

En Irak, les syndicats participent à la reconstruction du pouvoir citoyen

 À Bagdad, Sairoon a remporté 23 % des suffrages, soit près de deux fois plus que tous ses rivaux.

Le programme de la coalition Sairoon appelle à l’abolition du système qui jusqu’ici divisait les fonctions politiques et le soutien gouvernemental sur des bases confessionnelles, un système imposé par les États-Unis suite à son occupation de l’Irak en 2011. Le fait de baser une structure gouvernementale sur des partis politiques sectaires a conduit à un système de parrainage, de partage du butin et, par-là même, à une corruption galopante. Pour reprendre les propos d’Al-Sadr dans une interview pour l’Arab Weekly :

Je vous dirais ceci en dépit de l’amama [turban] que je porte sur la tête. Nous avons essayé les islamistes et ils ont échoué lamentablement. Le moment est venu de tenter notre chance avec les technocrates indépendants.

Sairoon revendique aussi l’indépendance face à la domination étrangère des États-Unis et de l’Iran. À l’approche des élections, un politicien iranien vétéran, Ali Akbar Velayati, a brandi la menace de représailles si le choix des électeurs se portait sur Sairoon : 

Nous ne permettrons pas aux libéraux et aux communistes de gouverner en Irak,

a-t-il affirmé. De nombreux politiciens laïques ont condamné cette déclaration comme une ingérence dans les affaires intérieures irakiennes.

Dans la ville sainte shiite de Najaf, l’une des plus conservatrices du pays, les électeurs ont voté pour la candidate de l’ICP, Suhad al-Khateeb, une enseignante, activiste des droits des femmes et militante anti-pauvreté. À sa victoire, elle a déclaré :

Nous revendiquons la justice sociale et le pouvoir citoyen et sommes opposés au sectarisme, et c’est aussi ce que veulent les Irakiens.  La coalition s’est développée à partir d’un mouvement civique populaire né dans les rues irakiennes, dont les racines contestataires remontent à 2010, et s’est nourrie de la croissance et la popularité des syndicats nationaux.

Au cours de l’été 2010, alors même que la température dépassait 48 °C, les Irakiens ont commencé à descendre dans la rue pour protester contre les coupures d’électricité. Depuis le début de l’occupation en 2003, les autorités américaines et, subséquemment, le gouvernement irakien, ont été incapables de garantir l’approvisionnement électrique 24 h/24, a fortiori durant les périodes de forte demande. Alors que les mouvements contestataires du Printemps arabe battaient leur plein à travers le Moyen-Orient, les jeunes Irakiens ont commencé à organiser des rassemblements sur la Place Tahrir, à Bagdad, où leurs principales revendications portaient sur l’emploi et un meilleur approvisionnement électrique. Ils ont appelé leurs actions le « Printemps irakien ».

L’ancien Premier ministre irakien Nouri al-Maliki a taxé les jeunes militants d’ « insurgés et de terroristes ». Quarante-cinq personnes sont mortes au cours de la répression qui s’ensuivit, dont 29 au cours de la seule journée du 25 février 2011 (aussi connue comme la « journée de la colère »). Des centaines de personnes ont été arrêtées.

En 2015, les Irakiens ont commencé à manifester tous les vendredis, pour dénoncer la corruption des partis politiques sectaires. D’après le site web de l’Iraqi Civil Society Solidarity Initiative : « Les protestataires, majoritairement de jeunes activistes de la société civile, contestent le système politique dans son ensemble, revendiquent un État laïque par opposition à un État religieux, sont contre la division de la population entre Sunnites et Shiites, [et] pour les droits des femmes et les droits des travailleurs […]. Les organisations irakiennes des droits des femmes œuvrent sans relâche pour assurer que les femmes puissent participer aux manifestations sans être harcelées. »

Les jeunes manifestants brandissaient des calicots aux slogans les plus enflammés : « Le parlement et l’État islamique sont les deux faces de la même monnaie ! », « Daech est né de votre corruption ! », «  Les êtres humains ne survivent pas grâce à la religion mais avec du pain et de la dignité ! », « Ils brandissent le nom de la religion et se comportent comme des voleurs !  » ou encore « Non au sectarisme, non au nationalisme, oui à l’humanité !  »

L’année passée, le 11 février, des milliers de personnes ont pris part à un défilé non violent depuis la Place Tahrir jusqu’à la Zone Verte lourdement fortifiée. Ils étaient porteurs de trois demandes : la réforme du système politique, la lutte contre la corruption et le rétablissement de la prestation de services. Les forces spéciales du gouvernement ont ouvert le feu sur les manifestants alors qu’ils traversaient le pont Jumhuriyah. Neuf personnes ont été tuées et 281autres blessées.

Le rôle des syndicats

Les demandes anti-sectaires sont le reflet d’une longue tradition au sein du mouvement syndical irakien, qui n’a, lui-même, jamais été organisé selon des démarcations confessionnelles. Le mouvement syndical irakien est né dans les années 1920, dans l’industrie pétrolière et parmi les ouvriers des chemins de fer. Durant des décennies, le pays figurait parmi les plus industrialisés du Moyen-Orient. Ses syndicats, participant d’une forte culture politique progressiste, ont joué un rôle actif dans la destitution du monarque intronisé par la couronne britannique et l’établissement du gouvernement nationaliste et socialiste du Premier ministre Karim Qasim, dans les années 1950.

Le Premier ministre Qasim fut, à son tour, renversé et plus tard exécuté à l’issue d’un coup d’État orchestré par le parti nationaliste baassiste, en février 1963, et c’est à la tête du même parti que Saddam Hussein accéderait au pouvoir 16 ans plus tard, avec le soutien des agences de renseignement des États-Unis. Ce dernier s’est livré à une répression contre les partis de gauche et n’autorisait que des syndicats faibles contrôlés par le gouvernement. Sous la récente occupation américaine, les autorités ont maintenu à la marge les syndicats et la gauche, tout en accordant la priorité à la privatisation de l’industrie irakienne.

Jusqu’en 2015, l’Irak continuait d’appliquer une législation de l’ère de Saddam Hussein, qui interdisait les syndicats dans le secteur public.

Depuis le début de l’occupation, les travailleurs devaient s’organiser en bravant le statut illégal de leurs syndicats. En 2015, une nouvelle législation du travail accordait le droit de former des syndicats à tous les travailleurs, à l’exception des employés des services civils, comme les forces de sécurité et la police. Les syndicats ont ainsi conquis des droits de négociation collective, ainsi que le droit de grève. L’année dernière, toutefois, le gouvernement sortant du Premier ministre Haider al-Abadi a promulgué un projet de loi supplémentaire concernant les fédérations professionnelles et les syndicats. Les travailleurs s’y sont opposés, estimant que celui-ci manquait de pleinement garantir les droits des travailleurs.

Il y a un an, 3 000 travailleurs intérimaires (ou contractuels) dans l’industrie de production et de transmission électrique ont formé un syndicat après que le gouvernement a manqué de leur verser leurs salaires durant cinq mois. Ils ont ensuite rejoint les rangs du syndicat des salariés permanents de l’industrie pour former le Syndicat général irakien des employés du secteur de l’électricité. Suite au licenciement par le gouvernement de 100 dirigeants du syndicat en mars, des milliers de travailleurs ont organisé des sit-in dans des centrales électriques aux quatre coins du pays. Leurs demandes incluaient la réintégration des travailleurs licenciés, des emplois permanents et l’inclusion dans le système de sécurité sociale irakien, ainsi qu’un salaire mensuel minimum de 300 US dollars.

Sous la pression de la Banque mondiale, l’année dernière, le cabinet irakien a approuvé un projet de loi sur la sécurité sociale qui prévoit l’augmentation des contributions des travailleurs à la sécurité sociale, ainsi qu’une hausse de l’âge de la retraite de 63 à 65 ans.

L’adoption de ce projet de loi est susceptible de provoquer l’appauvrissement des Irakiens, et ce alors qu’ils vivent dans un des pays les plus riches du monde en termes de réserves pétrolières,

a lancé Hashmeya Alsaadawe, présidente de la Basra Trade Union Federation et du syndicat des travailleurs de l’électricité. Madame Alsaadawe est aussi la première femme à diriger un syndicat national en Irak.

Le 18 mai 2018, immédiatement à la suite des élections, le gouvernement irakien a annoncé non seulement qu’il inclurait la totalité des 30.000 travailleurs contractuels de l’industrie électrique dans le système de sécurité sociale mais qu’il garantirait les mêmes droits à l’ensemble des 150.000 travailleurs contractuels du secteur public.

Prenant la parole à la réunion du Comité exécutif d’IndustriALL Global Union en avril, Mme Alsaadawe a indiqué que les résultats de l’élection avaient galvanisé les gens :

Les travailleurs nourrissent de grandes attentes. Ils se sont montrés très actifs à l’heure de revendiquer leurs droits dans les manifestations et sur les réseaux sociaux. 

En décembre, les travailleurs du gaz et de l’électricité, des secteurs critiques, ont finalement formé un réseau national réunissant huit syndicats jusque-là rivaux. D’après Hassan Juma’a, Secrétaire général de la Fédération irakienne des employés du pétrole :

L’unité du mouvement syndical en Irak constitue une priorité-clé. Nous avons franchi le premier pas dans le secteur le plus important qu’est le gaz et l’électricité.

Les objectifs du réseau incluent la protection des droits des travailleurs contractuels et migrants, qui représentent une part considérable de la main-d’œuvre de cette industrie. Son esprit nationaliste apparait clairement dans son engagement à « protéger la richesse nationale pour les générations futures, contre les sociétés capitalistes qui bafouent les droits et les opinions des citoyens » et « à presser les entreprises étrangères d’assumer leur part de responsabilité pour la maintenance des infrastructures dans les zones situées à proximité des gisements pétroliers et exposées aux émissions toxiques ».

Dhiaa al-Asadi, directeur du bureau politique de Muqtada al-Sadr, a récemment déclaré dans un entretien publié sur le site d’information Al-Monitor que la liste Sairoon est « un programme de réforme qui articule les espoirs et les attentes des secteurs pauvres et défavorisés. Ce projet de Sairoon marque un changement de paradigme et tourne la page des normes établies qui ont caractérisé le processus politique depuis 2003. 

Pour Wesam Chaseb du Solidarity Center, lui-même lié à la confédération américaine AFL-CIO : « Ils [Les syndicats] sont le vrai visage de l’Irak. Il n’y a pas de discrimination entre les travailleurs.

Cette combinaison de manifestations populaires, d’activisme électoral et de renforcement du pouvoir syndical constitue désormais l’une des caractéristiques les plus importantes du paysage politique en Irak, à l’heure où les Irakiens cherchent à reconstruire leur pays après quatre décennies de guerres et une décennie cruelle d’occupation et de domination étrangère.

Cette article a été publié dans Equal Times

IndustriALL milite pour les droits des travailleurs dans le secteur du diamant

Ce processus a été établi en 2000, à Kimberley, en Afrique du Sud, par les représentants des gouvernements des 23 principaux pays producteurs, importateurs et exportateurs de diamants, de l’industrie mondiale du diamant et d’organisations de la société civile. Il est le résultat de la pression internationale exercée pour mettre fin au commerce des diamants de sang ainsi que de l’adoption, par le Conseil de sécurité des Nations Unies, de plusieurs résolutions relatives aux sanctions appliquées aux diamants. Deux ans après son établissement était lancé le système de certification du processus de Kimberley fixant les exigences de contrôle de la production et du commerce des diamants bruts.

Le processus de Kimberley est toutefois fortement critiqué pour sa définition des diamants de la guerre qui ne s’applique pas aux diamants extraits ou commercés dans des circonstances violant les droits humains.

Le réseau mondial Diamants d’IndustriALL regroupe les syndicats de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement de l’industrie du diamant, de l’extraction à la vente au détail. Lors de sa réunion inaugurale,  à Windhoek, en Namibie, du 3 au 5 juillet 2017, le réseau a reconnu les défis majeurs auxquels font face l’industrie mondiale du diamant et sa chaîne de valeur.

Pour la première fois, le réseau d’IndustriALL a participé,  en tant que porte-parole des travailleurs du secteur du diamant, à la réunion intersessions du processus de Kimberley, tenue du 18 au 22 juin, à Anvers, en Belgique, aux fins de militer pour la mise en place de réformes visant à protéger les droits des travailleurs. La réunion a été présidée par l’Union européenne et accueillie par le Centre mondial du diamant d’Anvers; Anvers étant la capitale mondiale du commerce et du polissage des diamants.

IndustriALL a organisé, avec le concours de ses affiliés belges, ACV-Transcom et ABVV, une manifestation parallèle à la réunion. L’événement a réuni des représentants du gouvernement d’Afrique du Sud, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Liban, de la Sierra Leone, du Swaziland et du Togo, ainsi qu’Yves Toutenel, administrateur général pour le secteur du diamant  d’ACV-Transcom, et Myriam Dillen, conseillère d’ACV-Transcom.

L’événement a mis en exergue les préoccupations des travailleurs, appelant à la réforme du processus de Kimberley pour mettre fin aux violations des droits humains. En effet, le processus n’a pas actuellement pour mission de traiter les violations et les risques relatifs aux droits humains dans la chaîne d’approvisionnement de diamants, nuisant à la pertinence de la certification et du devoir de diligence du système de certification du processus de Kimberley. En outre, des appels ont été lancés pour réviser l’architecture de gouvernance du processus de Kimberley afin qu’il soit donné un poids plus important à la participation de la société civile.

Yves Toutenel, président du réseau mondial Diamants, a déclaré:

« Bien que l’industrie mondiale du diamant subisse une pression croissante pour améliorer ses performances sociales et environnementales, les travailleurs sont confrontés à des problèmes de sécurité de l’emploi, de respect des droits syndicaux et de l’application du programme pour le travail décent ».

Glen Mpufane, Directeur d’IndustriALL pour le secteur de l’extraction minière et la production de diamants, de pierres précieuses, d’ornements et de bijoux, a déclaré:

« Comme le réseau mondial examine une candidature officielle d’IndustriALL Gobal Union au processus de Kimberley, il demeure engagé à travailler avec les ONG locales et mondiales, les organisations communautaires, les entreprises de la chaîne d’approvisionnement des diamants et les gouvernements, pour se faire le défenseur du programme de réforme du processus de Kimberley et veiller à ce que les droits des travailleurs soient défendus ».

Kenya : victoire syndicale dans un secteur de l'habillement et du textile en plein essor

Ces marques qui se fournissent au Kenya sont notamment Arrow, Calvin Klein, H&M, Arrow, Izod, Cherokee et VF Corporation.

L'usine United Aryan, située dans la zone franche d'exportation de Nairobi, approvisionne H&M et confectionne des blue jeans pour Levi's. Elle occupe 2.800 travailleurs, tous membres du Syndicat des tailleurs et des travailleurs du textile (TTWU), affilié à IndustriALL Global Union, qui a conclu avec la direction un accord de monopole syndical qui implique que tous les travailleurs embauchés par cette entreprise deviennent automatiquement membres du syndicat.

Une des conséquences de cet accord est que la plupart des problèmes de relations professionnelles qui se posent sont traités dans l'usine même. United Aryan projetant d'ouvrir une plus grande usine qui pourrait employer jusqu'à 10.000 personnes, cet accord de monopole syndical est très prometteur pour les stratégies d'organisation et de recrutement du TTWU.

Comme dans la plupart des entreprises de confection, 80 pour cent du personnel de l'usine sont des femmes et le TTWU met en place un programme qui s'adresse en particulier aux travailleuses.

Le salaire minimum payé par United Aryan est de 13.000 shillings (127 $) par mois, ce qui est plus que dans le reste de l'Afrique subsaharienne. Cette situation devrait permettre d'amener ces autres pays au niveau d'un minimum vital.

Pour Paule France Ndessomin, la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne :

“Nous continuerons à soutenir le recrutement des travailleurs et travailleuses de l'habillement par le TTWU au Kenya parce qu'il contribue à l'emploi de jeunes femmes et à la reprise tant attendue d'un secteur manufacturier en déclin sur le continent.”

Le secteur de l'habillement et du textile kényan a tout à gagner d'un élargissement de son marché dans les zones de libre-échange dont il est membre, à savoir la Zone de libre-échange continentale africaine, la Communauté d'Afrique de l'Est et le Marché commun d'Afrique orientale et australe. Le pays a aussi signé des accords de partenariat économique comme l'Accord de Cotonou conclu entre l'Union européenne et les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, et l'African Growth and Opportunity Act (AGOA) qui régit les ventes de vêtements du Kenya aux États-Unis qui absorbent près de 92 pour cent de sa production.

Le programme Vision du gouvernement kényan fait du secteur de l'habillement et du textile un moteur de son industrialisation. Il représente actuellement 7 pour cent de ses recettes d'exportation.

Les mineurs ukrainiens manifestent pour protester contre les salaires impayés

Des centaines de mineurs ont convergé vers Kiev et participé à l’action de protestation. Au sein du secteur des mines de charbon étatiques, les travailleurs ukrainiens sont contraints de déclencher des grèves sauvages pour être payés. Parmi les manifestants de Selidivvugillya, certains n’ont pas perçu de salaire depuis 2015.

Selon la déclaration conjointe des affiliés d’IndustriALL, Le Syndicat des mineurs de charbon d’Ukraine et le Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine, au 14 juin les arriérés de salaire atteignaient 761 millions de hryvnias (30 millions de dollars). La moitié de ce montant est due à des mineurs du Donbass et de Selidivvugillya.

Au niveau du budget de l’État, 2,5 milliards de hryvnias (95 millions de dollars) sont alloués pour soutenir les entreprises d’extraction du charbon et de tourbe ainsi que leur modernisation au plan technique. Selon des calculs du Ministère ukrainien de l’énergie, le secteur du charbon à lui seul a besoin d’au moins trois fois ce montant. En raison d’un manque de financement, le secteur n’est plus auto-suffisant et en conséquence, la production de charbon en Ukraine décline rapidement, de 83 millions de tonnes en 2013 à 34,9 millions de tonnes en 2017. Au cours du premier semestre de cette année, le déclin du secteur de l’extraction du charbon en Ukraine s’est encore accentué de 14%.

Dans le même temps, selon les déclarations des syndicats, le gouvernement ukrainien importe toujours davantage de charbon de l’étranger. Entre janvier et mai de cette année, les importations de houille et d’anthracite ont augmenté de 42,9% et coûté 1,25 milliards de dollars.

Les syndicats se sont fait entendre et ont revendiqué des parlementaires qu’ils soutiennent une proposition de loi qui prévoit l’allocation de 2,8 milliards de hryvnias (105 millions de dollars) pour le secteur des charbonnages de sorte à maintenir et reformer l’industrie charbonnière nationale. Les syndicats sont convaincus que l’adoption de cette loi sauverait les mines étatiques et sauvegarderait la stabilité sociale dans les villes et familles ukrainiennes. Grâce à l’action de protestation, la proposition de loi a été mise à l’agenda, mais le vote à son sujet n’interviendra probablement que plus tard dans l’année.

À la suite des mouvements de protestation, le Ministre de l’Énergie a rencontré les mineurs et leur a promis de débloquer l’argent nécessaire pour couvrir les arriérés ; à ce stade, seuls 10 millions de hryvnias (380.000 dollars) ont été promis pour les mineurs de Selidivvugillya en tant que première tranche d’apurement des arriérés. Les mineurs et leurs syndicats ont décidé de suspendre leur mouvement de protestation, mais ont déclaré qu’ils le reprendraient si les arriérés de salaires n’étaient pas versés dans les dix jours.

L’absence de financement du secteur et encore plus le manque d’inspections en matière de sécurité, ont débouché sur un nombre croissant d’accidents, faisant des mines le secteur le plus dangereux en Ukraine. Lors de la récente Conférence internationale du Travail qui s’est tenue à Genève IndustriALL a soulevé cette question et exigé que le gouvernement ukrainien se préoccupe urgemment de la situation relative à la sécurité au travail, aussi bien que des arriérés de salaires et des faibles rémunérations.

Colombie: la persécution syndicale continue à Tenaris

Dans la plainte déposée auprès de l’Organisation internationale du travail (OIT) au début du mois, et lors des manifestations, les travailleurs colombiens dénoncent les attaques répétées commises par Tenaris, depuis octobre 2017, contre le droit à la liberté syndicale et à la négociation collective.

La persécution de Sintratucar a commencé après que la compagnie ait sanctionné le président de syndicat, Walberto Marrugo, pour avoir créé un groupe WhatsApp invitant les jeunes travailleurs employés à temps partiel à faire part de leurs conditions de travail.

Ceux-ci ayant révélé qu’ils n’étaient pas formés aux questions de sécurité et effectuaient des tâches qui les exposaient à des risques d’accidents au travail, la compagnie leur a laissé le choix entre quitter le syndicat ou perdre leur emploi.

Contraint par le Ministère du travail, sollicité par Sintratucar, Tenaris a entamé des négociations qu’elle avait jusqu’alors refusées.

La négociation n’a toutefois pas donné de bons résultats, la compagnie ayant fait une proposition inacceptable comprenant une clause indiquant qu’il n’y aurait aucune augmentation salariale et plus de stabilité de l’emploi.

Par ailleurs, la compagnie a suspendu sans solde durant sept jours sept dirigeants syndicaux pour avoir distribué une brochure sur la négociation collective.

De même, 31 autres responsables et affiliés ont été sanctionnés sans pouvoir toucher de salaire durant 210 jours.

La compagnie sanctionne également les travailleurs syndiqués qui refusent de faire des heures supplémentaires durant leurs jours de repos, leur supprimant jusqu’à trois jours de salaire.

En septembre 2017, IndustriALL Global Union a déposé une plainte contre Ternium (qui, comme Tenaris, fait partie du groupe Techint) auprès du Point de contact national de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) au Luxembourg, pour des violations des droits syndicaux au Guatemala. 

Dans la lettre qu’il a adressée, le 20 juin, à Paolo Rocca, PDG du groupe Techint, le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré:

« Nous vous exhortons à intervenir immédiatement et à proposer une solution juste aux conflits se déroulant aux aciéries de Tenaris TuboCaribe, en Colombie, et Ternium, au Guatemala. IndustriALL est pleinement engagé, avec le Comité d’entreprise mondial Tenaris Ternium, à soutenir les travailleurs. IndustriALL réitère son attachement à établir un dialogue social solide et mûr avec Tenaris et Ternium, permettant aussi bien de prévenir que de résoudre les conflits, en plus que de créer des conditions de travail dignes au niveau mondial ».

Algérie : envolée de menaces à l’encontre des syndicats démocratiques après la CIT

L’ultimatum de Zemali visant à quitter l’OIT intervient après que le cas de l’Algérie a été examiné pour des violations de la liberté syndicale pendant la Conférence internationale du Travail (CIT), qui s’est tenue du 28 mai au 8 juin.

Zemali a dit que “l’Algérie est prête à quitter l’Organisation internationale du Travail pour préserver sa souveraineté nationale.”

C’est la quatrième fois en cinq ans que l’Algérie fait l’objet d’un examen de la part de la Commission de l’application des normes (CAN) lors de la CIT. Les conclusions de la Commission recommandaient une mission de haut niveau en Algérie, sans restriction et sans délai, après qu’une mission de contacts directs a été annulée en février parce qu’aucune garantie ne pouvait être donnée à l’OIT de pouvoir rencontrer des syndicats indépendants.

S’exprimant lors d’une conférence de presse le 12 juin, Zemali a également épinglé dans ses attaques les leaders des syndicats indépendants Raouf Mellal, Président du syndicat de l’énergie SNATEG, affilié d’IndustriALL Global Union, et Rachid Maalaoui du syndicat du secteur public SNAPAP, affirmant qu’ils étaient derrière la « stigmatisation » de l’Algérie par l’OIT. Les deux hommes s’étaient exprimés clairement contre la répression syndicale lors de la CAN en juin.

Le SNATEG a fermement condamné la sortie virulente du ministre et dénoncé ses accusations selon lesquelles les leaders des syndicats démocratiques ne représenteraient qu’eux-mêmes et tenteraient de déstabiliser le pays.

“Le peuple algérien a le droit de savoir que, contrairement au ministre du travail, qui n’a pas été élu par le peuple, le président du Syndicat national des travailleurs de l’électricité et du gaz, M. Mellal Raouf, a été élu par une majorité des participants conformément aux lois en vigueur.”

Selon le SNATEG, le Ministère a ordonné à la compagnie d’électricité étatique, Sonelgaz, de ne pas se conformer à un jugement imposant la réintégration de Mellal comme délégué syndical, ni de le reconnaître comme président du SNATEG. De plus, le Ministère du Travail a tenté par deux fois de dissoudre de manière illégale le syndicat.

“Le Ministre du Travail, dans ses déclarations, considère que la liberté d’exercer ses droits en tant que syndicaliste est un coup porté à la stabilité du pays,” a indiqué le SNATEG dans un communiqué du 14 juin, ajoutant que les libertés syndicales sont devenues ni plus ni moins que des « chimères » en Algérie.

Depuis que les conclusions de la Commission de l’application des normes sont connues, l’Algérie a augmenté la pression sur les syndicats indépendants. En plus des attaques contre les leaders des syndicats démocratiques dans la presse, Raouf Mellal, qui a déjà été condamné à 18 mois de prison pour son rôle de lanceur d’alerte et pour ses activités syndicales, a reçu trois convocations devant des tribunaux d’ici à la fin juillet de cette année sur base de nouvelles allégations fallacieuses.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a déclaré :

“L’Algérie montre son mépris pour l’OIT et les normes internationales du travail. Il n’est pas ici question d’empiéter sur la souveraineté nationale mais de défendre des libertés syndicales fondamentales, consacrées au sein de conventions internationales du travail qui ont été ratifiées par l’Algérie elle-même. Nous appelons instamment le gouvernement algérien à cesser sa répression à l’égard des syndicats indépendants, à accepter une mission de haut niveau de l’OIT et à ouvrir les portes du dialogue avec ses partenaires sociaux.”

Victoire pour les travailleurs indonésiens de la pâte et du papier

D'après la FSP2KI, c'est la première fois que les travailleurs de cinq sous-traitants de main-d’œuvre se sont mis en grève simultanément dans deux sites en Indonésie. Ces cinq firmes, basées dans les provinces de Sumatra du Sud et de Lampung, fournissent du personnel aux sites de production de la Tanjungenim Lestari Pulp and Paper Company.

Cinq heures après la grève, la société Kaliguma Transindo, qui externalise le personnel des installations portuaires de la Tanjungenim Lestari dans la province de Lampung, a accédé aux revendications des travailleurs qui demandaient que les hausses de salaires prennent effet au 1er janvier 2018. Pourtant, Ahmad Hafids, le dirigeant du syndicat du port de Lampung, a annoncé qu'il n'arrêterait pas la grève tant que les revendications des travailleurs de Sumatra du Sud ne seraient pas également satisfaites. La grève de ces dockers était particulièrement préjudiciable pour Tanjungenim Lestari, parce que la pâte ne pouvait plus être exportée, avec pour conséquence que les entrepôts se remplissaient et la production devrait être ralentie en amont, dans la province de Sumatra du Sud.

Le 14 juin, après dix heures de négociations avec les syndicats, les firmes d'externalisation et la direction de Tanjungenim Lestari, les parties ont conclu un accord qui fera date et garantit le maintien des emplois permanents en cas de changement de sous-traitant.

En outre, les travailleurs temporaires employés depuis plus d'un an par Wira Putra Perkasa, une firme de service qui charge et décharge les matières premières à l'usine, et Mayapada Clinic Pratama, qui assure les soins de santé du personnel et de leurs familles, auront dorénavant des emplois permanents, comme l'exige la législation indonésienne.

La FSP2KI a aussi obtenu des garanties sur la durée du travail, la sécurité des opérations, la sécurité sociale et la liberté syndicale.

On retiendra aussi que c'est Tanjungenim Lestari Pulp and Paper qui, en tant qu'entreprise principale, sera responsable de la mise en œuvre des résultats des négociations.

Les grévistes ont été stimulés par la solidarité et le soutien d'IndustriALL, du syndicat australien CFMEU, du Conseil d'IndustriALL pour l'Indonésie, d'affiliés d'IndustriALL du secteur de la pâte et du papier, ainsi que d'autres syndicats représentés dans ces entreprises.

Tanjungenim Lestari Pulp and Paper emploie près de 2.500 personnes, dont plus de 1.700 par l'intermédiaire de sous-traitants.

Le Secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan a déclaré :

"Nous félicitons la FSP2KI pour sa grande victoire qui améliorera les conditions de vie et la sécurité d'emploi de centaines de travailleurs externalisés qui fournissent des services essentiels à Tanjungenim Lestari Pulp and Paper. En unissant leurs forces dans cinq entreprises différentes, ces travailleurs ont montré de quoi un syndicat est capable.

Le camarade Irman, responsable de section de la FSP2KI à Sumatra du Sud, a déclaré : "Le combat ne fait que commencer parce que beaucoup de travailleurs externalisés sont encore réduits à l'état d'esclaves et ne sont pas syndiqués. Mais nous avons montré que nous sommes forts et que nous ne sommes pas seuls."