La compagnie pétrolière norvégienne va collaborer avec les syndicats ghanéens

Aker Energy, qui a une vaste expérience acquise sur le plateau continental norvégien, va travailler étroitement avec les syndicats pour définir le niveau d’exigence en matière de droit du travail avec les sous-traitants et tout au long de la chaîne de valeur. De plus, la compagnie va donner la priorité à des emplois pour les travailleurs et travailleuses ghanéens, à des conditions de travail équitables et à l’approvisionnement au niveau local.

Lors d’une récente réunion à Accra, Aker Energy, qui a signé un accord-cadre mondial (ACM) avec IndustriALL Global Union, a indiqué qu’elle allait étendre cet accord à ses activités au Ghana lorsque la production y débutera en 2012. L’entreprise, qui possède un accord avec la GNPC (Compagnie nationale des pétroles du Ghana), qui prend en compte les conditions d’investissement et de licence, souhaite travailler avec les syndicats ghanéens de la même façon qu’elle le fait avec les syndicats en Norvège.

Cette collaboration sera soutenue par Industri Energi, affilié d’IndustriALL Global Union en Norvège, qui offrira une formation aux délégués de son organisation sœur, le GTPCWU (Syndicat des travailleurs du transport et de la chimie du Ghana). Ce soutien s’étendra aux mécanismes de suivi et de rapport concernant l’ACM ainsi qu’aux visites d’échange et à la constitution de réseaux de solidarité entre les travailleurs et travailleuses du pétrole et du gaz au Ghana et en Norvège.

Tendai Makanza, Responsable régionale d’IndustriALL pour l’Afrique sub-saharienne, indique :

La réunion a jeté de solides fondations pour une collaboration entre IndustriALL et Aker Energy. De plus, la solidarité et le soutien entre le GTPCWU et Industri Energi constitue un modèle important de la manière dont les affiliés d’IndustriALL peuvent travailler ensemble au plan mondial, en utilisant les ACM comme outil aux fins de construire des syndicats forts et une solidarité directe entre syndicats.

L’industrie du pétrole et du gaz au Ghana est encore naissante, la production n’ayant débuté qu’en 2010 avec le gisement Jubilee et compte des réserves qu’on estime pouvoir atteindre le milliard de barils. Selon Aker Energy, Tano Cape pourrait produire, en fonction des estimations, 550 millions de barils de Brent et a le potentiel de fournir ensuite 400 millions de barils supplémentaires. Ces gisements vont produire à un prix de revient de 35 dollars. Actuellement, le Brent s’échange à 74,24 dollars le baril.

Zambie : le syndicat des mineurs en campagne de recrutement

Sinazongwe se situe à 685 km de Kitwe, où le MUZ, affilié d’IndustriALL Global Union, a son siège, et à environ 12 heures de route, mais ce n’est pas dissuasif s’agissant d’aller y recruter des adhérents. Le MUZ a syndiqué 127 travailleurs et travailleuses sur les 150 de Smech Engineering, qui est le sous-traitant chargé de la maintenance de la centrale au charbon  de Maamba, qui injecte 300 mégawatts d’électricité sur le réseau national zambien.

Ce recrutement s’inscrit dans le cadre des activités du projet de développement syndical d’IndustriALL en Zambie. Ce projet implique aussi le Burkina Faso, la République Démocratique du Congo, le Lesotho, Madagascar et le Zimbabwe.

Fondé en 1957, le MUZ fait partie des plus anciens syndicats de Zambie et il a récemment tenu son 14e congrès sous le thème : “Croissance, fidélisation, unité et qualité des services aux membres”. Il compte 15.343 adhérents dans le secteur des mines, dont 5.094 ont un statut précaire, sans contrat permanent. Au plan national, il est affilié au Congrès des Syndicats de Zambie.

Tendai Makanza, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique sub-saharienne, indique :

“La force de ce syndicat lui vient de ses membres et c’est pourquoi il est important de poursuivre les efforts en vue d’accroître les effectifs. Nous applaudissons les efforts du MUZ, qui ne ménage pas sa peine en termes de recrutement.”

L’économie zambienne est ancrée sur les mines, le commerce de gros et de détail, la construction et les produits manufacturés. Récemment, elle a été affectée par le faible cours du cuivre et des pénuries d’électricité. Les activités minières ont débordé de la Province de la Copperbelt, y compris en Province Nord-Occidentale où elles sont réputées se pratiquer à bas coût. Cependant, des plans existent pour augmenter la production au sein de mines anciennes dont celles de cuivre et de cobalt de Mopani, à Kitwe et Mufulira, où le MUZ a beaucoup recruté et est le syndicat majoritaire.

Le gouvernement zambien espère relancer l’économie par le biais du programme de redressement économique “Zambia Plus”, qui est destiné à améliorer la mobilisation des ressources intérieures, la gouvernance, la responsabilité et la transparence fiscale, à restaurer la crédibilité budgétaire et à accroître la confiance au sein du secteur privé. La Stratégie d’Industrialisation (2013) vise à créer davantage d’emplois et à diversifier l’économie, pour ainsi réduire les risques liés à une sur-dépendance au secteur minier.

Goodyear Mexique vire des travailleurs pour avoir mis sur pied leur propre syndicat

La multinationale, qui est spécialisée dans la fabrication de pneumatiques, a annoncé le licenciement collectif d’environ 50 personnes le 9 juillet. Les travailleurs affirment que l’acte posé par l’entreprise est un geste de vengeance pour les punir de leur décision de mettre sur pied un syndicat indépendant au sein de l’usine.

“Le conseiller juridique de l’entreprise, José María de la Garza, est venu chez moi et, d’un air autoritaire, m’a annoncé que j’allais être viré. Quand je lui ai demandé la raison, il m’a dit que c’était en représailles de mon action pour promouvoir un mouvement des travailleurs authentique,” a expliqué un travailleur de Goodyear à la presse.

Les travailleurs ont décidé de se croiser les bras pour protester contre les licenciements. Goodyear, avec le soutien de la Confédération des travailleurs mexicains (CTM), un syndicat jaune et corrompu présent dans l’entreprise, a autorisé l’entrée dans l’usine d’hommes de main pour intimider les travailleurs et surveiller leur comportement.

D’autres hommes de main ont déambulé dans l’usine, armé de bâtons et de pierres, pendant que l’entreprise faisait appel à d’importante forces de la police fédérale pour garder le périmètre extérieur de l’usine.

La CTM est dirigée par le Sénateur Tereso Medina, un dirigeant syndical connu pour sa propension à signer des “contrats de protection”, des conventions collectives bidon conclues sans l’accord ni même la connaissance des travailleurs et travailleuses.

Dans un courrier à Richard Kramer, PDG de la Goodyear Tire & Rubber Company, Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL Global Union a écrit :

En plus d’être une violation flagrante de l’éthique et de la législation syndicale, il s’agit également d’une violation d’un accord écrit, signé par Goodyear le 25 avril 2018, sous la médiation des autorités mexicaines du travail. Cet accord avait mis fin aux manifestations des travailleurs à l’usine et il stipulait clairement que l’entreprise n’exercerait aucune représaille à l’égard des grévistes.

Les travailleurs et travailleuses ont fondé le Syndicat indépendant des travailleurs de Goodyear Mexique pour s’assurer que l’entreprise respecte leurs droits fondamentaux et pour se débarrasser du contrat de protection signé par la CTM, qui a le soutien des employeurs.

“Nous ne recherchons pas de bataille ni de conflit, tout ce que nous demandons est d’avoir le droit de négocier directement avec l’entreprise,” a indiqué un des représentants du nouveau syndicat lors d’une conférence de presse qui s’est tenue en présence du Secrétaire au Travail à San Luis de Potosí le 10 juillet.

Les travailleurs affirment que la direction de l’usine les manipule depuis 2015 lorsqu’elle a signé un contrat de protection avec la CTM, à savoir deux ans avant que l’exploitation ne démarre à l’usine. À l’époque, il n’y avait en réalité pas encore un seul salarié employé par l’entreprise américaine. Ils affirment également qu’ils n’ont jamais eu l’opportunité de rencontrer les soi-disant dirigeants du syndicat qui a signé en leur nom avec l’employer une convention collective qui leur est très défavorable.

“En ce qui concerne IndustriALL, l’attitude de l’entreprise est totalement inacceptable et fait voler en éclat les espoirs de changement qui sont apparus lors des récentes élections présidentielles. Nous allons poursuivre notre soutien aux travailleurs et travailleuses de Goodyear et suivre la situation de très près,” a conclu Valter Sanches.

La direction de GEA consent à des pourparlers après la grève dans son usine italienne

Les travailleurs et travailleuses de l’usine, qui sont membres de l’affilié italien d’IndustriALL Global Union, FIOM-CGIL, sont partis en grève le 10 juillet pour protester contre le projet de revente. Le syndicat veut préserver les emplois et la production au sein de cette importante usine de GEA située en périphérie de la ville de Bologne, dans le nord du pays.

Le syndicat s’inquiète également du fait que les activités de réfrigération alimentaire, également basées à Castel Maggiore, pourraient être affectées par la vente.

Au cours des vingt-quatre heures d’arrêt de travail, les membres du syndicat ont manifesté devant le bâtiment du Conseil municipal de Bologne, où des discussions avaient lieu au sujet de la vente entre le gouvernement local, la direction italienne de GEA et des représentants du syndicat.

À la suite de l’action de grève, les parties sont convenues d’une autre réunion pour le 17 juillet, qui cette fois va impliquer une représentation de la direction de GEA venue d’Allemagne, de sorte à rédiger un protocole d’accord sur la façon dont la vente va se dérouler et sur la manière de maintenir l’emploi.

Stefano Maruca, Directeur du Département international de la FIOM-CGIL a indiqué :

“Ce résultat a été obtenu grâce aux luttes et mobilisations des travailleurs et travailleuses de GEA qui sont partis en grève et ont manifesté devant le Conseil municipal de Bologne, tout en enregistrant une solidarité marquée de la part des travailleurs et travailleuses de GEA Procomac à Sala Braganza, GEA Equipment à Parme et Ima Forni à Vérone, à qui nous adressons de vifs remerciements.”

L’histoire de la réfrigération à Castel Maggiore remonte à 1898, les activités prenant le nom de Technofrigo dans les années 1970. Elles ont été intégrées au groupe GEA en 1994.

Matthias Hartwich, Directeur d’IndustriALL en charge des industries des matériaux et de l’ingénierie mécanique, a déclaré :

“L’action décisive des travailleurs et travailleuses de GEA à Castel Maggiore est en train de payer. Nous soutenons notre affilié italien dans ses efforts en vue de préserver l’emploi et la production au sein de cette importante usine de réfrigération qui a une longue tradition d’employeur dans cette région.”

La multinationale allemande GEA est l’un des plus grands fournisseurs de l’industrie de la transformation alimentaire et d’un large éventail d’autres secteurs et a généré des revenus d’environ 4,6 milliards d’euros en 2017.

Turquie : les travailleurs en grève chez Mayr-Melnhof réclament des conditions dignes

Les membres de Selüloz-Is employés par MM Süperpak Ambalaj entament leur quatrième semaine de grève dans les usines d'Izmir, Karaman et Gaziantep depuis que la direction a rejeté les demandes du syndicat.

Avant le début de la grève, le 20 juin, la direction avait déposé une proposition dans laquelle les salaires restaient bloqués en échange de la sécurité d'emploi et qui comportait 24 articles relatifs aux salaires, aux prestations et aux procédures administratives avec lesquels le syndicat n'était pas d'accord. Quoi qu'il en soit, le syndicat reste attaché à la recherche d'une solution par la négociation avec l'employeur.

"Un des désaccords majeurs porte sur la méthode de paiement des salaires inscrite dans la convention collective. Nous voulons que tous les versements soient des paiements nets, or l'employeur propose des paiements bruts, en particulier pour les salaires," déclare Ergin Alsan, le Secrétaire général de Selüloz-Is.

L'entreprise refuse toute négociation pour sortir du conflit.

IndustriALL et des affiliés du monde entier ont manifesté leur solidarité en envoyant des lettres de soutien aux grévistes des trois usines de Turquie. Dans son message de solidarité, IndustriALL écrit :

"IndustriALL Global Union appuie totalement vos revendications et votre action collective, et nous attendons de la direction qu'elle revienne négocier avec votre syndicat pour trouver une issue juste au conflit."

Le Secrétaire général d'IndustriALL Kemal Özkan commente en ces termes :

"Il est honteux qu'une multinationale propose sans cesse à son homologue syndical de renoncer à toutes les avancées qu'il a obtenues. Ces travailleurs courageux et leur syndicat s'y refusent et ils ripostent. Nous sommes à leurs côtés et nos actions de solidarité se poursuivront jusqu'à ce qu'ils obtiennent une convention équitable.

Les mineurs ukrainiens manifestent pour être payés

Des membres des affiliés d’IndustriALL Global Union, le Syndicat des mineurs de charbon d’Ukraine et le Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine (NGPU), venus de tout le pays se sont réunis dans la capitale Kiev devant le parlement, que l’on appelle communément la Rada, en arborant des pancartes proclamant ’’Arrêtez de détruire l’industrie du charbon’’ et ’’Le mineur affamé est une honte pour l’Ukraine’’.

Les salaires n’ont pas été versés depuis deux mois et demi, ce qui représente un total de 1,2 milliards de hryvnias (41,7 millions de dollars). Les familles des mineurs sont au désespoir et nombre de travailleurs sont forcés d’acheter de la nourriture à crédit, dont les montants sont repris dans des livres de comptes spéciaux.

Ce 4 juillet, le Ministre de l’énergie et de l’industrie du charbon d’Ukraine a ré-alloué 324 millions de hryvnias (12,3 millions de dollars), prévus pour la restructuration, dont des indemnités de fermetures de mines, au versement des salaires des mineurs. Cependant, ces montants seront juste suffisants pour verser un mois de salaire.

À côté du versement des salaires, les mineurs revendiquent que le parlement adopte le projet de loi № 8362 qui alloue un soutien financier à l’industrie charbonnière étatisée. Cette assistance financière empêcherait la fermeture des mines et la déchéance des cités minières.

Viktor Turmanov, président du Syndicat des travailleurs de l’industrie du charbon d’Ukraine a déclaré :

“Il nous faut 226 voix au parlement pour que le projet de loi soit adopté et que le secteur reçoive 2,8 milliards de hryvnias (106 millions de dollars). Ce montant serait suffisant pour verser les salaires jusqu’à la fin de l’année. Nous poursuivrons nos manifestations en soutien du projet de loi jusqu’à ce que nous réussissions.”.

Mychailo Volynets, président du NPGU, a indiqué :

“Les mineurs ont été témoins d’une réduction systémique de la production de charbon et d’une augmentation significative des importations. Ils ne comprennent pas pourquoi il n’y a pas de programme clair et efficace en faveur du développement de l’industrie du charbon en Ukraine. Un autre problème est la nomination de personnes incompétentes, ainsi que de superviseurs, à des postes clé au sein des entreprises étatisées au niveau de l’industrie ukrainienne du charbon.”

Le NPGU a établit les revendications des mineurs comme suit :

Le 2 juillet, les mineurs ont entamé un mouvement de protestation sous terre au sein de la mine №10 de Novovolynskа dans la région de la Volhynie. Les mineurs revendiquent le versement des salaires et la mise à disposition de fonds pour finaliser ce projet d’exploitation minière.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, indique :

“Les mineurs ukrainiens mènent un dur combat pour faire valoir leurs droits. Le mois dernier encore, ils ont tenu un grand rassemblement devant la Rada, et les voilà à nouveau forcés de manifester. Nous soutenons les revendications de nos affiliés et appelons le gouvernement ukrainien à résoudre cette situation critique le plus rapidement possible.”

Les syndicats zambiens adressent une requête à Dangote pour violation des droits des travailleurs

Ce faisant, cette dernière prive les syndicats de leur liberté syndicale. L’intervention du ministère du Travail, des actuels et anciens ministres et commissaires du travail n’a pas suffi à faire changer d’avis la cimenterie. L’attitude de Dangote envers les syndicats est bien reflétée dans le contrat conclu avec l’un de ses courtiers en main d’œuvre, Silondwa Engineering, qui stipule que « le sous-traitant veillera à ce que ses employés ne participent pas à des activités syndicales et à des grèves conduisant à la cessation du travail ».

Lors d’une réunion, tenue à Ndola, le 5 juillet, trois affiliés à IndustriALL Global Union, à savoir le syndicat des métallurgistes de Zambie, le syndicat national des travailleurs du commerce et de l’industrie ainsi que le syndicat national des travailleurs de la construction, des travailleurs de l’ingénierie et des travailleurs généraux, ont rencontré les représentants de Dangote à qui ils ont adressé une requête pour que la compagnie arrête de violer les droits des travailleurs. Ils ont rappelé à la compagnie sa violation de la Constitution zambienne, du chapitre 269 de la loi sur les relations de travail et les relations sociales, ainsi que des conventions de l’OIT. 

Les syndicats revendiquent également des salaires décents d’un montant de 4 000 kwacha zambien (408 US$), devant, par exemple, les trop bas salaires actuels de 1 800 kwacha zambien (184 US$) des travailleurs généraux. Ils réclament également de meilleures conditions de santé et de sécurité grâce à l’installation d’une clinique dans la cimenterie. 

Les syndicats sont également préoccupés par le fait que Dangote emploie seulement 15 travailleurs permanents et sous-traite plus de 1 000 travailleurs par l’entremise de différents sous-traitants. Conformément à la législation du travail, les travailleurs employés par le biais de sous-traitants qui exercent des fonctions de base doivent bénéficier de contrats à durée indéterminée. Aussi, la compagnie, qui fait appel à des sous-traitants, promeut le travail précaire en offrant des contrats à court terme, aucune prestation sociale, y compris pension de retraite et assurance médicale, et des bas salaires.

Après la réunion, les syndicats se sont rendus jusqu’à l’usine de Masaiti où ils ont fait grève. Les travailleurs ayant participé au piquet ont témoigné sur les mauvais salaires et conditions de travail.

Kenny Mogane, Responsable régional d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, a déclaré:

« En tant que multinationale, Dangote devrait respecter les droits des travailleurs, verser des salaires décents et garantir la santé et la sécurité des travailleurs. Il est inacceptable que la compagnie viole ouvertement la législation zambienne en ne signant pas les accords de reconnaissance avec les syndicats ».

Pour la justice belge, le droit de grève est un délit

Un autre militant syndical a été lavé de toute accusation.

Ce jugement prononcé contre le président de la section d'Anvers de l'affilié belge d'IndustriALL Global Union, FGTB-ABVV, fait suite à une action de protestation, pourtant pacifique, le 24 juin 2016, avec des piquets de grève sur certaines voies d'accès au port.

Dans un communiqué réagissant au prononcé du jugement, la FGTB-ABVV a écrit :

"Pour nous, syndicats, cette condamnation est une vraie gifle car, à l’avenir, de telles actions deviendront quasi impossibles, étant entendu qu’elles seraient menacées de poursuites au pénal. La défense des intérêts des travailleurs doit apparemment céder le pas à la liberté absolue des automobilistes de circuler sans entraves et en toutes circonstances."

Le Secrétaire général d'IndustriALL Kemal Özkan a déclaré :

"Ce jugement est totalement inacceptable et constitue un dangereux précédent. Le droit de grève est sacrosaint pour les syndicats, et si ce droit leur est enlevé en Belgique, au cœur même de l'Europe, cela peut se répéter n'importe où."

Ce jugement s'inscrit dans une répression du droit de grève qui ne dit pas son nom en Europe, comme on a pu le constater en Espagne (chez Airbus où huit syndicalistes ont été incarcérés pour avoir fait grève), en France et en Grèce.

La FGTB-ABVV prévoit de faire appel de ce jugement.

Colombie: la lutte continue à Tenaris malgré l’arrêt de la grève de la faim

Le dirigeant syndical de Sintratucar a entamé une grève de la faim le 26 juin pour protester contre la persécution exercée contre le syndicat à Tenaris. Le 1er juillet, de nombreux membres du syndicat ont, en parallèle, manifesté à l’extérieur de l’usine de la compagnie.

Après plus d’une semaine sans s’alimenter, del Río a été transporté à l’hôpital tôt le matin du 4 juillet, en raison de douleurs aiguës à la poitrine, de sa très basse pression artérielle et de la forte baisse de son taux de glucose dans le sang. Autorisé à sortir de l’hôpital, il a arrêté sa grève de la faim et reçoit des soins à domicile. Le syndicat a néanmoins confirmé la poursuite du combat visant à ce que Tenaris-TuboCaribe reconnaisse Sintratucar.

« La grève a eu un impact positif au vue de la solidarité internationale que nous avons reçue et de l’intérêt que commencent à porter certains sénateurs au différend. Nous demandons à ce que notre droit à représenter les travailleurs soit rétabli sans que nous soyons mis à pied. Nous continuerons à manifester jusqu’à ce que la compagnie s’engage à travailler avec nous ou jusqu’à ce que quelqu’un puisse nous fournir une garantie selon laquelle nous pouvons représenter les travailleurs », a déclaré le Président de Sintratucar, Walberto Marrugo.

Les travailleurs affirment que Tenaris TuboCaribe n’a ni négocié de bonne foi ni signé de convention collective. La compagnie a suspendu sept responsables syndicaux durant 15 jours pour avoir distribué des tracts expliquant la position de la compagnie et du syndicat au cours des négociations. Marrugo a également été suspendu pendant 42 jours pour avoir fait partie du groupe ayant distribué les dépliants.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a écrit à Paolo Rocca, PDG du groupe Techint (auquel appartiennent Ternium et Tenaris), pour lui demander d’intervenir et de trouver une solution juste mettant fin au conflit aux aciéries de Tenaris TuboCaribe, en Colombie, et de Ternium, au Guatemala.

Le Conseil mondial des travailleurs de Tenaris Ternium a envoyé une lettre au Président colombien, Juan Manuel Santos; également, les syndicats basés au Canada, au Guatemala, en Italie, au Mexique et aux USA ont envoyé des lettres de solidarité.

« Nous souhaitons dire que nous sommes totalement solidaires des travailleurs de Sintratucar, en particulier de son Vice-Président, Jairo del Río, pour le courage dont il a fait preuve en menant une grève de la faim. Nous exhortons Tenaris TuboCaribe à mettre un terme à sa persécution antisyndicale et à promouvoir un dialogue fort et solide nous permettant de défendre les revendications des travailleurs ».

Monter en puissance pour faire la différence

Les syndicats de la région Asie-Pacifique ont fait de grandes choses, notamment en se servant des accords-cadres mondiaux sur le terrain pour garantir les droits des travailleurs et de l'Accord sur la sécurité incendie et la sécurité des bâtiments au Bangladesh.

Mais ces réalisations doivent s'ancrer dans notre action de syndicalisation,

a déclaré la co-présidente Michele O'Neil, du syndicat australien CFMEU, lors de la séance inaugurale.

Avoir mis en place un processus est une bonne chose, mais encore faut-il qu'il fasse bouger les choses tout de suite et concrètement pour les travailleurs. La région et IndustriALL doivent unir leurs forces pour faire pression ensemble en faveur du changement.

Les délégués ont relaté les grands combats et les victoires remportées dans la région, soulignant l'importance d'une solidarité mondiale agissante.

Anne Donnellan, du Syndicat australien des travailleurs du secteur manufacturier, a parlé des 180 jours d'action syndicale et des 200 jours de négociation chez Griffin Coal qui se sont achevés sur une victoire au début de l'année.

PT Smelting, propriété de Freeport Indonesia et Mitsubishi, extrait plus de 40 pour cent de la production mondiale de cuivre. En 2017, 8.100 travailleurs ont été licenciés et Saïd Iqbal, le Président du syndicat indonésien FSPMI, a expliqué comment la solidarité internationale a permis de riposter.

Il faut donner une leçon aux capitalistes voraces. Il faut agir ensemble, nous n'y arriverons pas seuls.

La conférence régionale a adopté une résolution de solidarité exprimant son soutien aux membres du CFMEU au site de Kimberly Clarke de Millicent, en Australie.

Dans une région où de nombreuses industries fonctionnent avec des chaînes d'approvisionnement très complexes, avec une industrie minière dangereuse au Pakistan, la question de la durée du travail en Indonésie, le démantèlement des navires en Asie du Sud   – souvent considéré comme l'activité la plus dangereuse au monde – et le gouvernement philippin qui veut réduire le droit de négociation, les défis à surmonter sont nombreux.

En Malaisie, la syndicalisation suscite peu d'enthousiasme, surtout chez les jeunes. Les syndicats réclament un allègement de la procédure d'enregistrement pour y remédier; ils demandent aussi que cesse l'exploitation des travailleurs étrangers.

Le déménagement du bureau régional d'IndustriALL à Kuala Lumpur montrera aux employeurs que les syndicats mondiaux les ont à l'œil,

a déclaré Gopal Khrisnan, le Secrétaire général du NUTEIAW.

Les délégués ont été invités à exprimer leur solidarité avec les travailleurs de Samsung en Corée du Sud auxquels il est interdit de se syndiquer.

Le Secrétaire général d'IndustriALL Valter Sanches a rappelé aux participants la Charte de solidarité d'IndustriALL, et il a ajouté :

Un des rôles majeurs d'IndustriALL consiste à mobiliser ses membres pour la solidarité internationale; c'est comme ça que nous gagnons. Et les syndicats des pays où une entreprise a son siège social ont un rôle tout particulier.

L'union fait la force

Les affiliés de la région montrent la voie en élaborant des stratégies axées sur les chaînes d'approvisionnement afin d'organiser les travailleurs et de demander des comptes aux firmes qui violent les droits des travailleurs sans lesquels elles ne pourraient faire des profits,

a déclaré Jenny Holdcroft, la Secrétaire générale adjointe d'IndustriALL.

L'unité des syndicats affiliés à IndustriALL est essentielle à son renforcement. Les délégués ont échangé des exemples dans lesquels, partout dans la région, ils se rassemblent dans des conseils nationaux, parfois en laissant de côté leurs désaccords politiques.

Le Conseil de liaison du Japon a constaté une amélioration des activités grâce au conseil national.

IndustriALL compte 20 affiliés au Bangladesh, 16 dans le secteur de la confection, ce qui serait de nature à susciter une concurrence entre eux. Or, le Conseil du Bangladesh d'IndustriALL a réussi à dégager un consensus sur la revendication pour un nouveau salaire minimum national. Tous réclament maintenant d'une seule voix 16.000 takas (189 $) par mois.

Avant la conférence régionale s'est tenue une conférence des femmes qui s'est demandé comment améliorer la représentation des femmes à la fois chez IndustriALL et dans les syndicats. Les discussions sur les façons de ménager un espace pour les questions intéressant les femmes dans les divers syndicats se sont poursuivies pendant la conférence régionale.

Les syndicats des Philippines ont indiqué qu'il est parfois difficile de faire appliquer les lois et les résolutions traitant de la participation et la représentation des femmes. Il faut ajouter à cela la nécessité de changer les perceptions et de faire que des directions majoritairement masculines considèrent les femmes comme des partenaires à part entière, égales en droit. 

Les affiliés de Singapour ont fait remarquer que le problème de la faible représentation des femmes vient aussi des employeurs qui doivent commencer par considérer les femmes comme une source de force.

Les syndicats japonais membres d'IndustriALL ont adopté l'Agenda 2000 pour promouvoir l'équilibre entre travail et vie privée avec des objectifs chiffrés.

Nous en avons besoin si nous voulons pouvoir atteindre un jour l'objectif d'IndustriALL d'une représentation de 40 pour cent de femmes dans le syndicat,

a déclaré Mikkiko Yasuhara, de JEC-RENGO.

Pour faire monter les syndicats en puissance, nous devons impérativement recruter chez les jeunes travailleurs qui ne voient pas toujours les avantages qu'ils peuvent retirer d'une syndicalisation. De jeunes syndicalistes de la région ont donné une présentation animée des questions les plus pressantes et ont énoncé leurs revendications pour le Congrès d'IndustriALL de 2020.

La conférence régionale nous fournit une plateforme pour discuter et échanger des informations sur nos priorités sous divers points de vue,

a déclaré Akira Takakura, le co-président régional.

Nous devons continuer à recruter pour renforcer l'organisation, et nous devons développer des activités dans nos syndicats et nos industries.

Politique commerciale et industrielle

Devant la montée du capitalisme néolibéral, il faut s'assurer que le commerce et l'investissement mondial bénéficient aux travailleurs et à la société. Pour cela, IndustriALL doit faire campagne contre les accords commerciaux et d'investissement qui ne respectent pas des normes minimums, et en faveur de la mise en place d'une politique commerciale alternative et transparente.

Un projet de document d'orientation sur des questions d'importance pour les syndicats mondiaux est en préparation et il sera soumis au Comité exécutif en novembre de cette année.

L'Asie-Pacifique est la région où IndustriALL compte le plus grand nombre d'affiliés, représente le plus grand nombre de travailleurs, mais c'est là aussi qu'on constate les pires excès en matière de cupidité des entreprises et de violations des droits des travailleurs.

Cette conférence régionale a été la démonstration de la force conjuguée de syndicats bouillonnant de vitalité déterminés à faire changer les choses,

a conclu Valter Sanches.