Les travailleurs licenciés par Goodyear Mexico poursuivent leur combat

Le 9 juillet, le fabricant de pneus de portée multinationale a injustement licencié des dizaines de travailleurs employés à son usine de San Luis Potosí, au Mexique, pour avoir créé un syndicat indépendant, libre et démocratique. Deux mois plus tard, les travailleurs poursuivent leur combat pour que justice soit faite.

Chaque semaine, les travailleurs se rassemblent devant les portes de l’usine pour protester contre les mesures prises par la compagnie et gagner le soutien de leurs collègues. Ils ont également sollicité d’autres employés à établir un syndicat indépendant afin qu’un véritable accord collectif découlant de la convention collective pertinente puisse être mis en œuvre au sein de la compagnie.

Les anciens travailleurs ont récemment énoncé leurs revendications, parmi lesquelles celles de retrouver leurs emplois et de veiller à ce que les travailleurs de l’usine jouissent de tous les avantages fournis par la convention collective relevant de l’industrie du caoutchouc mexicaine.

Goodyear a essayé de ne pas mettre en œuvre la convention collective en imposant son propre contrat individuel: un « contrat de protection collectif patronal » signé avec le dirigeant de la Confédération corrompue et non indépendante des travailleurs mexicains (CTM), Tereso Medina.

Le conseiller politique aux anciens travailleurs, Francisco Retama, a indiqué:

« Ces dernières semaines, les travailleurs ont déposé une requête auprès du Congrès de l’Etat de San Luis Potosí requérant l’annulation du contrat de protection et demandant aux législateurs d’Etat de manifester leur solidarité avec les travailleurs »,

avant d’ajouter:

« Ils ont également exhorté les législateurs fédéraux des deux chambres du Congrès national de s’unir derrière les travailleurs et de tenir un débat sur la conduite de Goodyear, qui viole le droit du travail des travailleurs ».

Les autorités fédérales mexicaines nouvellement élues ont assuré qu’elles veilleront à ce que les travailleurs puissent élire librement leurs représentants, ce qui résultera à la suppression des contrats de protection patronaux. En outre, le jeudi 20 septembre, le Sénat débattra avant de voter sur la ratification de la Convention internationale du travail (n° 98) sur le droit d’organisation et de négociation collective.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a indiqué:

« IndustriALL Global Union et ses affiliés sont solidaires des travailleurs de Goodyear dans leur combat pour la justice et ont fait bloc derrière eux à de nombreuses occasions. Nous condamnons le comportement de l’équipe de direction à San Luis Potosí et l’absence claire de respect envers les droits fondamentaux des travailleurs. Nous prendrons d’autres mesures pour soutenir les travailleurs, notamment au siège de la compagnie aux Etats-Unis ».

Mongolie : IndustriALL et Rio Tinto mènent une mission conjointe à la mine d'Oyou Tolgoï

Cette mission conjointe s’est déroulée du 17 au 22 septembre 2018. Michael Gavin, Responsable des relations sociales pour le Groupe Rio Tinto, et Glen Mpufane, Directeur de la section des mines d’IndustriALL menaient les délégations respectives. La délégation d’IndustriALL comprenait des membres du personnel régional, des représentants des syndicats locaux et des journalistes de Dagens Arbete, le magazine de notre affilié suédois IF Metal.

Un objectif majeur de la mission était d’évaluer les stratégies environnementales, sociales et de gouvernance de Rio Tinto. Ce site d’activité n’a pas été exempt de controverses. Au cours de la mission, des consultations ont eu lieu avec la communauté des gardiens de troupeaux et leur conseil des anciens, les communautés locales, le gouverneur du sum (district) de Khanbogd, des salariés permanents et en sous-traitance ainsi qu’avec des ONG qui sont critiques par rapport aux activités du site.

La Mongolie est richement dotée en ressources naturelles et hautement dépendante de l’extraction minière pour ses perspectives économiques. Oyou Tolgoï est le joyau de la couronne de Rio Tinto, donnant à la compagnie une occasion de démontrer son engagement par rapport à une exploitation minière responsable. Rio Tinto a profité de l’occasion donnée par la publication des résultats du Responsible Mining Index (RMI) pour inviter IndustriALL à Oyou Tolgoï.

IndustriALL a participé au RMI, qui définit l’exploitation minière responsable comme étant “…une exploitation minière qui respecte de manière quantifiable les intérêts des personnes et de l’environnement et contribue de manière perceptible et équitable au développement économique au sens large du pays producteur.” Rio Tinto a obtenu un des dix meilleurs résultats dans quatre domaines différents : développement économique, conduite des affaires, conditions de travail et responsabilité environnementale.

IndustriALL a tenu un atelier avec son affilié mongol, la Fédération des travailleurs de l’énergie, de la géologie et des mines, destiné aux dirigeants et à plus de 40 délégués.

16.117 travailleurs et travailleuses sont présents sur le site d’Oyou Tolgoï, répartis entre une main d’œuvre permanente d’environ 3.000 personnes et des sous-traitants expatriés et en grande partie mongols, concernés par le projet d’extension souterraine. Un important transfert de compétences des expatriés vers les Mongols est un trait caractéristique du développement des compétences et de la formation.

Une vaste proportion de la main d’œuvre mongole en sous-traitance est destinée à être engagée de manière permanente lorsque la production souterraine débutera. Une preuve du transfert de compétences est le fort pourcentage de femmes conduisant les énormes dumpers de la mine à ciel ouvert et les Mongols qui détiennent des postes critiques au sein de la haute direction.

Glen Mpufane fait le constat suivant :

“Le permis d’exploitation social ne va pas de soi, mais doit se mériter, par la transparence et la confiance née du dialogue. Une exploitation minière responsable est la voie à suivre pour obtenir ce permis moral.”

Les échanges avec Rio Tinto sur ses performances en matière de durabilité se poursuivent pour y inclure d’autre sites au plan mondial, par exemple QMM à Madagascar, RBM en Afrique du Sud et la mine d’uranium Rössing en Namibie.

Davantage de marques rejoignent l’initiative ACT, dont la progression continue

Réunis dans la ville cambodgienne de Phnom Penh, du 12 au 14 septembre, IndustriALL et les marques signataires de l’initiative ACT ont réservé un accueil chaleureux aux dernières entreprises à avoir rejoint cette initiative – un accord signé entre les marques mondiales, les détaillants et les syndicats visant à obtenir des salaires décents dans l’industrie textile et du vêtement par la négociation collective au niveau du secteur.

PVH, qui est la maison mère de Tommy Hilfiger, Calvin Klein et d’autres marques, a été la première entreprise américaine à devenir membre de l’initiative. La société zLabels est formée de marques allemandes vendues en ligne, comme Zalando. Les deux compagnies sont les dernières à avoir rejoint Bestseller et Cotton On, devenus membres de l’initiative ACT en mai 2018.

Les membres de l’initiative ACT se sont réunis avec les représentants des syndicats et des employeurs au Cambodge afin de connaître leurs progrès vers la négociation d’un accord collectif de branche. Les deux parties sont résolument engagées à parvenir à un accord et à veiller à ce que les marques signataires de l’initiative ACT respectent leur engagement à ce que leurs pratiques d’achat soient conformes à l’accord collectif.

En comptant les nouveaux membres, les marques signataires de l’initiative ACT s’approvisionnent désormais auprès d’usines employant collectivement 50 pour cent des travailleurs du vêtement au Cambodge.

Son Excellence, le Dr. Ith Samheng, Ministre du travail et de la formation professionnelle, est intervenu à la fin des réunions pour appuyer l’initiative, précisant que la participation des acheteurs était importante aux fins de garantir le maintien de leur coopération à long terme avec les fournisseurs du pays.

La délégation de l’initiative ACT s’est alors rendue à Myanmar où le Ministère du travail a accueilli, les 17 et 18 septembre, une réunion des employeurs et des syndicats de l’industrie du vêtement sur la façon de faire avancer le processus ACT.

U Myo Aung, Secrétaire permanent au Ministère du travail, de l’immigration et de la population, a donné un aperçu de la vision du gouvernement sur la modernisation industrielle et la valorisation sociale dans l’industrie de l’habillement à Myanmar. Puis, les représentants syndicaux et des marques liés à l’initiative ACT ont présenté l’apport potentiel de l’initiative ACT aux relations du travail et au développement du secteur. Les participants des usines, des syndicats et du gouvernement ont discuté conjointement des opportunités que pourrait apporter l’initiative ACT à Myanmar grâce à la création de relations du travail stables et prévisibles permise par la négociation collective, la modernisation industrielle, l’intégration dans l’économie mondiale et l’adéquation des compétences avec le travail demandé.

Au terme de la consultation, un soutien s’est clairement dégagé en faveur de la continuation des discussions pour faire aboutir, grâce au processus ACT, les négociations en vue de la signature d’une convention collective sectorielle soutenue par les marques.

Les travailleurs et travailleuses d’Yves Rocher licenciés sont allés plaider leur cause à Genève et Paris

Au 128e jour de résistance, la délégation a manifesté devant une boutique Yves Rocher au centre de Genève, où elle a été rejointe par des représentants de syndicats locaux et mondiaux, d’ONG et de partis politiques turcs d’opposition. Après la manifestation, une réunion s’est tenue à l’OIT pour souligner la violation de la Convention 87 sur le droit à la liberté syndicale.

Le lendemain, la délégation s’est rendue au siège de l’entreprise à Paris, où elle a été rejointe pour une manifestation par l’affilié français d’IndustriALL Global Union, la FCE-CFDT. Elle y avait emporté une pétition SumOfUs signée par 124.256 personnes.

Après la manifestation, un représentant de l’entreprise a rencontré la délégation pour entendre la chronologie des événements et des violations de droits. La délégation s’inquiétait du fait que la filiale turque n’ait pas communiqué une version exacte des événements.

S’exprimant à l’OIT, le Secrétaire général de Petrol-İş Ahmet Kabaca a indiqué que l’usine Flormar emploie environ 400 salariés directs. Le syndicat a commencé à recruter début 2018 et avait, dès le mois de mars, atteint la majorité légalement requise pour solliciter la reconnaissance auprès du Ministère du Travail. Celle-ci a été octroyée le 3 avril, entérinant ainsi le rôle de Petrol-İş en tant que partenaire pour des négociations collectives.

Le ministère en a informé la direction de Flormar, qui a immédiatement licencié 18 personnes.

Süleyman Akyüz, président de la section de Gebze a indiqué que 132 travailleurs et travailleuses avaient maintenant été licenciés. Ils ont également été placés sur liste noire et ne peuvent pas retrouver d’emploi dans la région. Cependant, ces travailleurs et travailleuses perçoivent un salaire versé par la caisse de grève ainsi que des dons de leur voisinage.

“Ce conflit marque un précédent”, dit-il.

“Une victoire chez Flormar serait un succès pour la classe ouvrière. Un échec rendrait tout recrutement futur plus difficile.”

İlknur Arslan hands out leaflets

Une des travailleuses licenciées, l’opératrice de machine İlknur Arslan, explique :

“J’ai adhéré au syndicat parce qu’après huit années chez Flormar, mon revenu est toujours à peine au-dessus du salaire minimum. C’est mon droit, garanti par la constitution, d’adhérer à un syndicat.

“Lorsque la direction a licencié le premier groupe d’adhérents, d’autres les ont applaudis. Ils ont été mis dehors à leur tour. Je travaillais de nuit. Notre poste n’avait pas mené d’actions, mais à la fin de notre service, nous nous sommes rendus sur le piquet pour afficher notre solidarité.

“Nous avons été licenciés sans indemnités, parce que l’entreprise a estimé que nous nous étions ‘joints à une manifestation illégale’. Nous sommes restés sur le piquet depuis.”

Une autre travailleuse licenciée, Ayşe Güley Kahveci, qui fabrique du mascara, a indiqué que toute personne qui affiche son soutien pour le syndicat est sévèrement persécutée. La direction lui a dit :

“Nous n’accepterons jamais le syndicat. Vous devriez abandonner ce rêve.”

İsmail Balıkçı, contrôleur de fabrication, indique :

“Le directeur de l’usine m’a offert de doubler mon salaire si je quittais le syndicat. Il m’a dit que les propriétaires brûleraient l’usine pour déplacer la production en Bulgarie plutôt que d’accepter un syndicat.

“L’entreprise a recours à des jaunes. La santé et la sécurité ont décliné de manière spectaculaire, ainsi que la qualité de la production. Beaucoup de produits défectueux ont été détruits. Ils m’ont appelé et m’ont demandé comment résoudre les problèmes. J’ai dit que ma condition pour les aider était que nous puissions tous revenir et qu’ils reconnaissent le syndicat.”

Le Secrétaire général d’IndustriALL Valter Sanches a déclaré :

“La Turquie est l’un des pires pays en matière de violation des droits des travailleurs. Il est troublant de constater que des multinationales ayant de bonnes relations avec les syndicats dans leurs pays d’origine peuvent se comporter ainsi en Turquie.

“Nous préférons résoudre les choses de manière pacifique. L’entreprise ne souhaite pas qu’il en soit ainsi, nous allons donc nous battre. Vous avez toute la force d’IndustriALL derrière vous.”

Agissez

Asie-Pacifique: les syndicats du papier se mobilisent à propos de la sécurité et de Kimberly-Clark

Les femmes représentaient la moitié des 46 syndicalistes. Les délégués de dix pays ont participé à la réunion de deux jours, tenue les 17 et 18 septembre, et durant laquelle ils ont appris les uns des autres et développé une plateforme d’action commune.

Un des syndicats participant à la réunion, Pappers, non originaire de la région Asie-Pacifique mais de Suède, préside le secteur mondial en collaboration avec USW. Les Suédois disposent d’une longue histoire de soutien aux syndicats du papier en Asie du Sud-Est. Quatre responsables de Pappers ont participé à la réunion de Jakarta ainsi qu’à une séance lors de laquelle ils ont partagé leur expérience en matière de renforcement de la puissance des syndicats dans le secteur, tant au niveau national qu’à l’étranger.

Les participants à la réunion ont posé de nombreuses questions au vice-président de Pappers, Mikael Lilja. « Notre expérience nous apprend qu’il faut beaucoup de temps pour construire un syndicat puissant. Soyez patients, vous avez des milliers de membres et vous en organiserez des milliers d’autres. Progressivement et grâce à un dialogue permanent ».

La région constitue une priorité pour le secteur mondial et l’Indonésie est un pays clé. Cinq affiliés à IndustriALL ont participé à la réunion, représentant plus de 70 000 membres de l’industrie du papier et de la pâte à papier. L’Indonésie compte 2,7 millions de syndiqués sur un total de 70 millions d’actifs. Le président du Conseil national d’Indonésie d’IndustriALL, Iwan Kusmawan, s’est également félicité du réseau à Jakarta.

L’industrie du papier et de la pâte à papier représente une partie importante de l’économie indonésienne. L’Indonésie est le sixième plus grand pays fabricant de papier et le dixième plus grand producteur de pâte à papier dans le monde. Les deux plus grands employeurs dans le secteur au niveau du pays sont APP et April. Les affiliés indonésiens se battent contre les violations répétées de la législation du travail dans de nombreuses entreprises du secteur, ainsi que l’utilisation croissante de contrats de travail précaires.

Le président du réseau régional, Alex Millar, membre du syndicat CFMEU Australie, a dirigé la réunion. Alex s’est félicité de la forte participation des femmes dans le réseau, et a indiqué:

« Un fois encore, nous voyons que les travailleurs du papier affrontent partout les mêmes difficultés: le travail précaire, des conditions de travail dangereuses et les attaques aux libertés syndicales. Seuls des syndicats puissants et la solidarité peuvent nous aider à lutter contre ces problèmes. »

Denise Campbell-Burns, membre du CFMEU, a informé les membres du réseau sur la campagne inspirante du mouvement syndical australien visant à « Changer les règles » pour obtenir la formation d’un nouveau gouvernement.

Les dirigeants des travailleurs du papier du Japon, de la Malaisie, des Philippines, de la Thaïlande et du Vietnam ont également partagé leurs difficultés et leurs succès, et examiné différentes stratégies en matière de développement d’un réseau.

Les travailleurs de Kimberly-Clark avaient des représentants d’Indonésie, de la Malaisie, de la Thaïlande et de l’Australie. Tous les membres du réseau ont affiché leur solidarité avec l’appel mondial adressé à l’entreprise et visant au traitement respectueux des travailleurs et à l’initialisation d’un véritable dialogue sur le plan de restructuration.

Les membres du réseau ont examiné la façon d’officialiser son mécanisme de solidarité pour soutenir leurs collègues en lutte. Le combat actuel mené par FSP2KI pour faire réintégrer 12 grévistes dans les compagnies prestataires de maintenance des larges installations de fabrication du papier et de la pâte à papier de PT. Tanjungenim Lestari, situées dans le sud de Sumatra, constitue l’affaire urgente que le réseau soutiendra. La grève suivie par le syndicat du 13 au 15 juin a été soutenue par IndustriALL et ses principaux affiliés, et s’est achevée par un bon accord, dans lequel l’entreprise s’engage à ne punir aucun gréviste.

La réunion s’est terminée par l’adoption d’un plan d’action et l’engagement de tous les syndicats à renforcer le réseau.

Le Directeur d’IndustriALL pour l’industrie, Tom Grinter, a déclaré:

« Ce réseau déborde d’énergie et de détermination en matière de renforcement de l’influence  des travailleurs du papier dans la région. Ces responsables galvanisent l’ensemble du secteur en luttant dans des conditions difficiles ».

Les syndicats de l’eSwatini condamnent la violence à l’encontre de grévistes

Le 19 septembre, la police a arrêté et passé à tabac des recruteurs syndicaux de la fédération syndicale ATUSWA, affiliée à IndustriALL Global Union, pour les empêcher de manifester. Plus de 10.000 travailleurs et travailleuses issus de cinq usines d’habillement et de textile ont entamé des protestations il y a deux semaines de cela, après que les négociations sont entrées dans l’impasse au sein de la Commission de Conciliation, Médiation et Arbitrage. Il y a de la frustration devant le refus des employeurs de s’engager honnêtement dans des négociations collectives en vue d’améliorer les salaires et les conditions de travail.

L’action de protestation de trois jours à laquelle appelle l’ATUSWA concerne Mbabane et Manzini, entre autres, et se déroule conformément à la législation nationale. Selon le syndicat, les recruteurs Sbonelo Tsabedze et Nhlanhla Tsabedze ont été arrêtés à Nhlangano lors d’une mobilisation des travailleurs et travailleuses en vue d’un rassemblement devant les grilles de l’usine Zheng Yong destiné à promouvoir leurs revendications.

Les dirigeants de l’ATUSWA indiquent que la police a cherché la confrontation avec des travailleurs et travailleuses bien organisés qui manifestaient pacifiquement :

“La police, sans avoir été provoquée, en est venue à disperser les manifestants à coup de gaz lacrymogènes et à poursuivre les syndicalistes pour les passer à tabac. On nous informe que nombre de nos membres ont été blessés et ont dû s’enfuir pour échapper à la police. Nous appelons dès lors nos membres à rester unis en dépit de tentatives flagrantes de les désolidariser. S’agissant d’un conflit de travail, nous appelons le gouvernement et la police à cesser de harceler et victimiser les travailleurs et travailleuses pour leur volonté d’exercer leur droit à manifester. Nous demandons par ailleurs la libération de nos recruteurs.”

Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique sub-saharienne, précise :

“Pour bâtir la paix sociale, il est important pour les autorités de l’eSwatini de respecter le droit des travailleurs et travailleuses à manifester. Ces droits sont protégés par la législation du travail et les Conventions de l’OIT. Nous condamnons dès lors fermement l’usage de l’intimidation et de la violence à l’encontre des manifestants et soutenons l’ATUSWA dans sa lutte pour de meilleurs salaires et conditions de travail.”

Les sidérurgistes italiens valident l’accord avec ArcelorMittal

Au cours de la semaine dernière, des assemblées ont été organisées avec tous les groupes de travailleurs pour les informer sur le contenu de l’accord. Dans une large mesure, en votant en faveur de sa ratification, ces derniers ont voté en faveur d’un accord avec la compagnie qui, s’il est accepté, pourrait ouvrir la porte à l’acquisition et au fonctionnement immédiat de l’usine.

Fim-Cisl, Fiom-Cgil et Uilm-Uil, qui représentent quelque 14 000 travailleurs du groupe Ilva en Italie, ont organisé 44 assemblées au total dans l’ensemble des sites, soit: 32 à Taranto, 3 à Gênes, 4 à Novi Ligure, et un dans chacun des sites de Marghera, Salerne, Padoue, Milan et Racconigi.

Dans leur déclaration commune, les syndicats ont indiqué:

« Nous sommes très satisfaits du résultat obtenu, et les travailleurs ont approuvé l’accord. Six ans après la saisie de la zone chaude, l’adoption de 12 décrets visant à sauver Ilva et l’organisation de dizaines de grèves, un des litiges les plus complexes que notre pays ait connu s’achève avec le vote des travailleurs en faveur de la ratification de l’accord ».                                                                                

Selon l’accord obtenu, 4,2 milliards d’euros devraient être investis dans la relance de l’industrie sidérurgique: 1,25 milliard d’euros à des fins industrielles, 1,15 milliard d’euros affecté à l’environnement et 1,8 milliard d’euros alloué à l’acquisition. En outre, le 1,2 milliard d’euros confisqué au groupe Riva, l’ancien propriétaire, devrait être investi par le Gouvernement dans un programme de décontamination et dans des travaux d’amélioration de l’environnement au site de Tarente. Le groupe Ilva et, en particulier, le site de Tarente étaient menacés depuis juillet 2012 en raison des problèmes environnementaux et de l’annonce de la saisie des ressources.

Les syndicats ont promis « de suivre de près l’avancée des travaux pour améliorer l’environnement et la sécurité des sites, en commençant par Tarente, ainsi que le rythme d’application du plan visant à parvenir au plein emploi aussi vite que possible ».

L’entreprise sidérurgique s’est engagée à employer initialement 10 700 travailleurs. Les syndicats ont expliqué que l’accord ne prévoyait aucune suppression de postes. Les travailleurs qui ne seront pas immédiatement employés et ceux qui auront consenti à partir volontairement ou à bénéficier des programmes de relocalisation, se verraient offrir un emploi avant 2023, c’est-à-dire au moment où le programme de décontamination devrait s’achever. Le quelque millier de travailleurs excédentaires restants seront employés à travers le programme de décontamination.

Tous les problèmes ne sont cependant pas résolus par l’accord. Sur la base de la législation européenne antimonopoles, ArcelorMittal vendra plusieurs de ses sites européens plus petits situés à Galati (Roumanie), Ostrava (République tchèque), Skopje (Macédoine), Piombino (Italie), Dudelange (Luxembourg) et Liège (Belgique).

Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL, a indiqué :

« Nous félicitons nos collègues italiens pour être parvenus à une solution favorable à ce différend de longue date. Il s’agit d’une victoire pour nous tous. Nous sommes également heureux d’accueillir tous les sidérurgistes du groupe Ilva qui rejoignent le réseau syndical mondial à ArcelorMittal. Cela leur permettra de disposer de meilleurs conseils et d’informations, et de plus de possibilités d’influer sur la politique de leur entreprise. Par ailleurs, nous exhortons ArcelorMittal et la Commission européenne à nouer le dialogue avec les syndicats respectifs afin que les droits et les intérêts des travailleurs affectés par la vente des installations soient intégralement protégés ».

Comité de l’acier de l’OCDE : les conflits commerciaux et la surcapacité dominent les débats

C’était une des conclusions du Comité de l’acier de l’OCDE, qui a rassemblé plus de 100 représentants de gouvernements, d’entreprises et de syndicats à l’occasion de la réunion semestrielle qui s’est tenue les 17 et 18 septembre à Paris. Aux côtés d’IndustriALL Global Union, on retrouvait notamment pour les syndicats : IndustriAll Europe, le TUAC de l’OCDE (Commission syndicale consultative), la CFE-CGC (France) et Unite (Royaume-Uni).

La capacité mondiale en acier devrait s’accroître en 2018 pour la première fois depuis 2015. L’augmentation de capacité au cours des prochaines années devrait être concentrée au Moyen-Orient et en Inde.

La Chine a été soumise à de fortes critiques lors de la réunion de la part des gouvernements, des associations patronales et d’IndustriALL Global Union pour sa contribution aux surcapacités. La production chinoise d’acier, qui est soutenue par l’État, a été multipliée par cinq en moins de deux décennies, une partie importante de celle-ci étant bradée à l’étranger sous les prix du marché.

Les représentants chinois du secteur aussi bien que du gouvernement ont nié lors de la réunion l’existence de surcapacités en Chine. Ils ont fait remarquer que la Chine avait déjà réduit sa capacité de 120 millions de tonnes et qu’il y avait maintenant dans le pays une règle stricte en vertu de laquelle aucune nouvelle capacité ne peut être ajoutée sans que son équivalent au moins ne soit éliminé par ailleurs. La China représente actuellement la moitié de la production mondiale d’acier.

La récente imposition unilatérale de droits de douane sur l’acier par les États-Unis a également été sévèrement critiquée par les participants à la réunion. Le représentant du gouvernement américain a répondu que ces taxes étaient conformes aux règles commerciales internationales et avaient été imposées en réaction à des menaces pour la sécurité nationale.

Les participants se sont accordés à dire qu’il fallait que les initiatives multilatérales comme le Comité et le Forum mondial sur les surcapacités sidérurgiques commencent à porter leurs fruits quant à leur promesse de réduire les excédents de capacités d’acier.

Ronald Janssen du TUAC a fait remarquer (PowerPoint), lors d’un atelier qui précédait la réunion du Comité, que des institutions ciblant le marché de l’emploi et qui soutiennent les droits des travailleurs, comme les conseils suédois sur la sécurité de l’emploi, pouvaient activer des réductions de capacités et d’autres changements au sein du secteur pour le rendre plus équitable.

“Les statistiques de suicide peuvent augmenter lors de fermetures d’usines sidérurgiques. Le Comité a-t-il pris en compte la santé mentale des salariés déplacés et l’assistance nécessaire en matière de santé mentale en relation avec les fermetures d’usines ?”

a demandé le membre de l’Exécutif de Unite directement issu de la base, Tony Pearson, au cours de l’atelier.

Le Forum mondial sur les surcapacités sidérurgiques s’est réuni au cours des deux journées qui ont suivi le Comité. Ce Forum mondial a été constitué par le G20 en 2016 pour collaborer avec le Comité de l’acier de l’OCDE en vue de faire front à la crise générée par les capacités excendentaires.

Le Comité et le Forum mondial encouragent les différents pays à collaborer pour élaborer ensemble une vision commune des subsides étatiques pour le secteur de la sidérurgie, qui sont une cause clé des surcapacités mondiales. Dans les conclusions de la Présidence, le Comité a redit la nécessité de supprimer rapidement les subsides ainsi que les autres mesures de soutien des autorités qui provoquent des distortions de marché et contribuent aux excédents de capacité, ceci bien qu’il n’y ait pas eu de consensus sur la question de savoir quelles étaient les mesures de soutien qui provoquent ces distortions de marché.

Le Comité a également élaboré un projet de directives concernant les aides d’État et met au point une banque de donnée des subsides. Ce travail progresse lentement et il n’apparaît pas comme évident que le Comité et le Forum mondial se coordonnent bien à cet égard. Le TUAC et IndustriALL ont fait des propositions communes (PDF) concernant ce projet de directives.

IndustriALL a de nouveau protesté lors de la réunion du Comité à propos de l’exclusion des syndicats du Forum mondial.

“Les sidérurgistes sont une importante partie prenante dans ce débat et un excès de capacité a un grand impact sur eux et leurs communautés. Ils devraient avoir une place à cette table,”

a déclaré le Directeur d’IndustriALL pour les métaux de base, Adam Lee.

Brésil: l’espoir de la population active anéanti par une justice déficiente

Le 11 septembre, Luiz Inácio Lula da Silva, dirigeant métallurgiste et fondateur du Parti des travailleurs, élu à la plus haute fonction de l’Etat pour deux mandats consécutifs (de 2003 à 2011), a dû retirer sa candidature aux élections, malgré des sondages lui accordant un très fort soutien populaire.

Les réformes réalisées sous sa Présidence ont permis aux pauvres d’accéder massivement aux études universitaires, tandis que les programmes de protection sociale, Bolsa Família et Fome Zero, ont contribué à lutter contre la faim et la pauvreté extrême tout en permettant à la vaste majorité des pauvres au Brésil d’espérer en l’avenir. La hausse réelle du salaire minimum, à 73 pour cent au-dessus de l’inflation, et l’augmentation générale des salaires, ont stimulé la croissance, générant plus de 20 millions d’emplois et abaissant le chômage à un niveau historiquement bas de 4,3 pour cent. Lula est devenu la figure des travailleurs au Brésil, en Amérique latine et dans le monde entier.

Le gouvernement illégitime, au pouvoir depuis deux ans maintenant, a détruit la majeure partie de ces avancées en attaquant les droits des travailleurs et en provoquant un chaos économique. Le pays connaît actuellement un taux de chômage d’environ 14 pour cent.

Après avoir examiné le cas de Lula, le Comité des droits de l’homme des Nations Unis, un groupe d’experts indépendants, a demandé, en août, au gouvernement brésilien de permettre à Lula d’exercer ses droits politiques et ainsi de présenter sa candidature à la présidentielle.

Alors que la date des élections du 7 octobre approche, Lula, 72 ans, condamné pour corruption, purge toujours une peine de prison. Bien que le processus d’appel soit encore en cours, les autorités privent ainsi l’ancien Président de son droit à voter ou à être élu, en violation de la Constitution nationale et des normes internationales.

Selon les juristes internationaux, cette condamnation s’apparente à un coup monté pour rejeter la candidature de Lula et l’empêcher de briguer un nouveau mandat. Selon les sondages, il bénéficierait d’un vaste soutien populaire, malgré les allégations proférées contre lui et la campagne de diffamation menée à son encontre.

Lula a été incarcéré en violation flagrante des procédures légales. Ses téléphones et ceux de ses avocats ont été illégalement mis sous écoute. L’acte d’accusation a été délivré après 23 audiences, au cours desquelles aucun des 70 témoins n’a fait de déclarations apportant de preuves venant corroborer le motif d’inculpation.

Se cachant derrière la rhétorique de la souveraineté nationale et en violation de toutes les lois nationales et internationales, les forces de droite ont néanmoins dénié toute justice à Lula, y compris sa participation dans les élections.

Afin de continuer le combat en faveur de la cause des travailleurs, le Parti des travailleurs a annoncé un nouveau candidat, Fernando Haddad. Profitant du soutien public dont bénéficie encore Lula, Haddad, universitaire et ancien maire de la ville de São Paulo, est actuellement en tête des sondages préélectoraux.

Le mouvement syndical international, notamment IndustriALL Global Union et ses affiliés, a donné son appui total à Lula et à la population du Brésil. A sa réunion la plus récente (en mai dernier), le Comité exécutif d’IndustriALL a adopté une résolution spéciale visant à soutenir l’ancien Président Luiz Inácio Lula da Silva.

Les résultats des élections détermineront l’avenir du pays, à savoir si celui-ci servira démocratiquement les intérêts de sa très grande population ou s’il tombera entre les mains des forces de droite soutenant une nouvelle oligarchie dont l’unique objectif sera de s’enrichir à n’importe quel prix.

Les jeunes travailleurs et travailleuses du Zimbabwe s’impliquent dans l’avenir des syndicats

Comment les jeunes travailleurs et travailleuses peuvent devenir les catalyseurs du changement au niveau des syndicats était le thème central des débats d’une récente semaine d’étude pour militants organisée à Harare par IndustriALL Global Union avec le soutien de la Fondation Friedrich Ebert.

Ces cinq journées d’étude pour les militants, au cours desquelles des experts des matières constitutionnelles et syndicales ont fait des exposés sur les scénarios envisageables pour le pays, ont permis de débattre des thèmes de la gouvernance et des droits de l’homme, du développement social et économique, des syndicats et du militantisme ainsi que du recrutement et de la mobilisation au plan syndical. L’accent a été mis sur la compréhension du contexte des récentes élections ainsi que sur les stratégies de développement économique national. Des sessions ont également été consacrées à la gestion de projets ainsi qu’aux médias et à la communication.

Étant donné la crise actuelle au Zimbabwe, incarnée par les élections contestées du 30 juillet, l’effondrement de l’économie, les prix élevés et le manque de liquidités, le taux de chômage élevé et une crise de santé publique au cours de laquelle 25 personnes sont mortes d’une épidémie de choléra au sein de lotissements qui sont le lieu de vie typique de la plupart des travailleurs, ces sujets sont importants. Les administrations municipales, y compris celle de Harare, faillissent à fournir de l’eau potable aux résidents et même des services basiques comme la collecte régulière des immondices.

La fermeture des usines et le ralentissement des activités dans la plupart des secteurs de l’économie a entraîné un déclin des effectifs syndicaux tandis que la population active ne perçoit que de bas salaires. La plupart des travailleurs et travailleuses étant actuellement occupés au sein du secteur informel, les syndicats doivent trouver des manières innovantes de les recruter. À cet égard, les stratégies de mobilisation suggérées comprennent des campagnes, des manifestations, des piquets et des grèves.

Dix-neuf jeunes travailleurs, dont huit femmes, issus de huit affiliés d’IndustriALL dans le cadre du Projet de renforcement syndical ont participé à cette semaine d’étude. Ils et elles sont convenus de mettre sur pied un réseau destiné à défendre les droits des travailleurs, à développer les compétences en matière de leadership, à promouvoir l’apprentissage et le partage des informations et de la connaissance ainsi qu’à renforcer la solidarité et la collaboration sur les lieux de travail et au sein des communautés. Des affiliés en provenance du Congrès des Syndicats du Zimbabwe ont également assisté aux ateliers.

Tendai Makanza, Responsable régionale d’IndustriALL pour l’Afrique sub-saharienne, confie :

Les jeunes travailleurs et travailleuses représentent un potentiel immense pour pouvoir faire revivre les syndicats au Zimbabwe. Cet atelier met en marche le processus permettant de renforcer le potentiel des jeunes en matière de travail syndical.