Crise économique: manifestation de solidarité internationale avec les syndicats turcs

Au nombre des économies ayant connu le plus fort taux de croissance au cours de cette dernière décennie, la Turquie est tombée dans le piège de la croissance alimentée par la dette extérieure, qui a plongé le pays dans une crise économique profonde en creusant les comptes budgétaires et courants de façon alarmante. Le gouvernement turc s’est servi de crédits étrangers pour stimuler la croissance par des investissements en infrastructures et dans la construction, mais dont le rendement s’est avéré insuffisant pour assurer le service de la dette.

En raison du manque de réserves nationales en monnaie forte pour sauver l’économie, la livre turque a fortement chuté par rapport aux devises principales, perdant jusqu’à 4 pour cent en valeur depuis le mois d’août et 50 pour cent depuis le début de l’année. Conjuguées à la série de crises politiques, les conséquences économiques de la dévaluation pourraient déclencher une forte crise au niveau du système bancaire du pays et d’autres économies émergentes, voire en Europe, du fait des liens économiques étroits entre cette dernière et la Turquie.

Dans le même temps, l’Institut statistique de Turquie a annoncé une inflation annuelle des prix du détail de 24,52 pour cent, dont 6,3 pour cent durant le seul mois de septembre, ainsi qu’une inflation des prix de gros de 46,15 pour cent, révélant un écart considérable entre les prix de détail et de gros. Le taux d’inflation annuel devrait ainsi dépasser 30 pour cent.

Les principaux secteurs d’exportation de la Turquie sont les secteurs automobile et des pièces automobiles, les industries textiles et de l’habillement ainsi que le secteur de la pétrochimie; tous organisés par les affiliés à IndustriALL.

En outre, la Turquie souffre des droits de douane imposés par les USA, notamment dans les secteurs de l’acier et de l’aluminium, qui affectent les emplois industriels dans le secteur manufacturier.

La forte dévaluation de la livre a également conduit à une baisse drastique du pouvoir d’achat des travailleurs. Ainsi, la hausse de plus de 350 euros du salaire minimum légal – augmenté de 1 404 à 1 603 livre net – au début de l’année n’équivaut plus qu’à 200 euros aujourd’hui. Le salaire minimum de la Turquie est maintenant inférieur à celui de ses pays voisins.

Les syndicats turcs ont revendiqué à l’unisson une solution de fortune, à savoir une hausse du salaire minimum légal à 2 000 livres, une somme encore loin d’être suffisante pour survivre. 

Plusieurs entreprises auraient déjà déposé le bilan auprès des autorités, entraînant des pertes d’emplois massives sans le versement d’indemnités.

Les affiliés turcs doivent également lutter pour les droits syndicaux fondamentaux et les libertés des travailleurs garantis par les conventions internationales et la constitution nationale. Les travailleurs et les syndicats subissent des pressions et des intimidations permanentes, en particulier lorsqu’ils participent aux campagnes de syndicalisation et aux négociations collectives.

La visite d’IndustriALL a coïncidé avec un conflit du travail majeur relatif à la construction du troisième aéroport gigantesque d’Istanbul, qui emploie 32 000 travailleurs. Au moins 37 d’entre eux sont décédés depuis le début des travaux; sûrement plus selon les travailleurs. Ces derniers ont signalé l’existence de problèmes relatifs à la sécurité, à l’excessivité du nombre d’heures de travail, à la nourriture et au logement.

La grève entamée par les travailleurs pour protester contre l’augmentation du nombre de décès et les mauvaises conditions de travail sur le chantier a été réprimée par les forces de sécurité. Les responsables syndicaux et les syndiqués arrêtés lors de l’intervention se trouvent toujours en prison. IndustriALL Global Union et industriALL Europe se sont joints au mouvement syndical international pour protester contre la situation, en écrivant au Président du pays et au consortium IGA (Istanbul Grand Airport) de construction de l’aéroport.

Prenant la parole lors de la réunion, Valter Sanches et Luc Triangle, respectivement Secrétaires généraux d’IndustriALL Global Union et d’industriALL Europe, ont déclaré:

« Nous formons l’espoir et nous nous attendons sincèrement que la Turquie solutionnera les problèmes économiques difficiles auxquels elle fait face actuellement sans avoir à recourir aux agences financières internationales, en particulier le Fonds monétaire international, dont les politiques d’austérité hostiles aux travailleurs conduites par le passé sont encore présentes dans nos mémoires.

« IndustriALL Global Union et industriALL Europe sont totalement résolus à continuer d’appuyer sans réserve et à être solidaires de tous nos affiliés turcs dans leur lutte pour les droits syndicaux fondamentaux.

« Nos deux organisations sont ici présentes pour manifester notre appui solide à nos affiliés turcs dans ces moments difficiles que les travailleurs traversent dans le pays ».

IndustriALL dépose une plainte à l’OCDE contre General Electric

IndustriALL et son affilié algérien, le Syndicat national autonome des travailleurs de l’électricité et du gaz (SNATEG), ont déposé la plainte après que GE a manqué de remédier à des violations des droits des travailleurs liées à son accord de partenariat avec la société d’État algérienne de l’énergie Sonelgaz, évalué à plusieurs milliards de dollars. 

Depuis 2013, Sonelgaz a harcelé, menacé, congédié ou réprimandé plus d’un millier de dirigeants et membres du SNATEG au motif de leurs activités syndicales, rendant impossible le fonctionnement effectif du syndicat.

Sonelgaz a eu et continue d’avoir recours aux tribunaux pour opprimer les membres et les dirigeants du SNATEG et a cité à comparaître devant la justice 1.114 membres du syndicat pour leur participation à une grève en 2017. 

« General Electric est directement liée à des violations graves des droits humains en Algérie et a manqué d’y remédier.GE a systématiquement fait fi de nos mises en garde concernant ces atteintes et nous avons donc demandé à l’OCDE d’intercéder », a déclaré le secrétaire général d’IndustriALL Global Union, Valter Sanches.

IndustriALL et au moins quatre de ses syndicats affiliés ayant des membres chez GE ont écrit à l’entreprise à maintes reprises depuis janvier 2018, appelant instamment GE à faire preuve de diligence raisonnable dans ses activités en Algérie, cependant GE n’a pas donné de réponse. 

Le partenariat de GE avec Sonelgaz inclut un contrat de maintenance et services de 20 ans estimé à plus de 3 milliards USD, ainsi qu’un accord de 2,7 milliards USD pour la fourniture de grandes turbines à gaz et de technologies connexes à neuf centrales électriques dans le pays. GE a diverses coentreprises avec Sonelgaz et fournit des programmes de formation en management aux cadres de Sonelgaz. 

Le président du SNATEG, Raouf Mellal, licencié par Sonelgaz en représailles de ses activités syndicales, a été condamné sur la base de fausses accusations à un total de 18 mois de prison et des amendes s’élevant à 10.000 euros ( 12.300 USD). Y compris une peine de six mois pour avoir exposé un scandale de surfacturation illicite durant une décennie qui met en cause Sonelgaz et a affecté huit millions de foyers en Algérie. M. Mellal s’est vu contraint de déménager à une adresse secrète pour se mettre à l’abri des harcèlements et des intimidations des autorités. 

Abdelkader Kawafi, secrétaire général du SNATEG, a été déclaré coupable et condamné à trois mois de prison suite à des déclarations à la presse où il a fait mention de travail précaire chez Sonelgaz. Autre dirigeant syndical licencié, Benzine Slimane, président du syndicat des personnels de sécurité et de protection de SNATEG, a lui aussi été condamné à des amendes et à une peine de prison et est poursuivi par Sonelgaz pour quatre chefs d’accusation arbitraires. D’après le syndicat, Sonelgaz l’accuserait de diffamation pour avoir demandé la fin du harcèlement sexuel contre les employés du sexe féminin.

Cette persécution a été documentée par l’Organisation internationale du travail, qui a fait part de sa vive préoccupation concernant la répression antisyndicale chez Sonelgaz, de même que de la part du gouvernement algérien. Une mission projetée de l’OIT dans le pays en février de cette année avait dû être abandonnée suite au refus du gouvernement d’autoriser des réunions avec le SNATEG et d’autres syndicats autonomes dans le pays.

La plainte contre GE a été soumise par IndustriALL et SNATEG au Point de contact national de l’OCDE aux États-Unis.

La justice indemnise des travailleurs de l'automobile licenciés en Malaisie

Bien que son verdict ait reconnu les travailleurs coupables de comportement répréhensible, le juge considère que le licenciement était une sanction excessive pour 18 ex-salariés des équipementiers automobiles Hicom Automotive Manufacturers et Isuzu Hicom, deux filiales du DRB-Hicom Group, spécialisé dans l'assemblage de véhicules en Malaisie pour Tata-Motors, Honda, Volkswagen, Mercedes-Benz et Isuzu.

Après leur licenciement en 2013, le NUTEAIW avait déposé plainte au nom de ses adhérents au département des relations professionnelles du ministère des Ressources humaines et engagé un avocat pour les représenter en justice.

Ces travailleurs avaient été licenciés lorsque la direction de l'entreprise avait découvert sur YouTube une vidéo de mai 2013 dans laquelle ils remettaient à un représentant du Parti islamique de Malaisie un manifeste réclamant le respect des droits syndicaux et des prestations. Ce représentant était candidat à l'élection du parlement de l'État de Pahang en 2013.

La direction avait accusé les travailleurs de recourir à une source d'influence extérieure afin d'améliorer leurs salaires et leurs conditions de travail. Du fait que certains de ces travailleurs portaient leur uniforme arborant les logos de l'entreprise lors de la remise du manifeste, la direction avait invoqué une atteinte à la réputation de l'entreprise et, au terme de quelques mois d'enquête interne, elle avait licencié 18 travailleurs qui avaient participé à cette action, dont les organisateurs.

La cour a considéré que le comportement répréhensible ne constituait pas un délit. Elle a aussi noté que les travailleurs licenciés, dont la plupart travaillaient pour ce même employeur depuis 20 ans, n'avaient jamais commis de manquement grave dans le passé. Elle a jugé que le licenciement était "disproportionné par rapport au comportement" et obligé les entreprises à verser l'intégralité des salaires dus ainsi qu'une indemnisation à défaut de réintégration depuis leur licenciement. Chaque travailleur touchera entre 24.000 et 94.000 ringgits (5.800 à 22.635 $)

Finissez-en avec votre cupidité et réduisez le travail précaire, disent les syndicats à LafargeHolcim

Les participants ont eu des échanges détaillés sur les défis présents aux niveaux national et international chez LafargeHolcim et exprimé de graves préoccupations face à l’absence de réel dialogue social avec l’entreprise après les changements au sein de sa direction en 2017 et 2018.

Les relations syndicales avec LafargeHolcim sont allées à vau-l’eau fin 2017, lorsque le nouveau PDG a renié un Protocole d’entente qui prévoyait la signature d’un accord-cadre mondial avec IndustriALL Global Union et l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois.

Entretemps, le recours endémique au travail précaire, à savoir une externalisation allant jusqu’à 80% sur certains sites, constitue une énorme menace pour les droits des travailleurs et les conditions de travail. LafargeHolcim poursuit sa politique de réduction des activités par souci d’augmenter les dividendes versés aux actionnaires, aux dépens des travailleurs et travailleuses qui créent les richesses de l’entreprise. Les salariés sous-traitants chez LafargeHolcim sont moins qualifiés, n’ont pas accès à la formation et à des promotions et ne sont pas correctement formés à la santé et la sécurité. C’est ainsi que trois victimes sur quatre des accidents de travail mortels consignés sont des salariés en sous-traitance.

Le Conseil mondial syndical a publié une déclaration qui revendique de LafargeHolcim qu’elle en finisse avec sa cupidité et réduise de manière draconienne le travail précaire.

Tout en saluant la création d’un Conseil d’entreprise européen au sein du groupe, les travailleurs, au niveau européen, s’inquiètent que leurs préoccupations ne soient pas entendues par la haute direction. De plus, des participants ont rapporté une plus grande pression mise sur les militants syndicaux de la part des directions locales. Le dialogue social et la liberté syndicale sont en danger, ainsi que le montrent différents incidents, comme au Salvador par exemple.

Les participants ont pu poser ces questions et bien d’autres aux représentants de la direction, Vincent Giard, Responsable Relations Sociales et Politiques Sociales de LafargeHolcim et Yonca Atac, Responsable santé et sécurité en Europe, qui étaient présents lors de la seconde journée de réunion.

Pierre Cuppens, Vice-président de l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois, a déclaré :

“Il s’agissait d’une rencontre très utile, en particulier parce qu’elle a vu la participation de représentants de la direction. Il n’y pas de raison pour LafargeHolcim de se tenir à l’écart d’un accord-cadre mondial. Nous sommes sur la même ligne à bien des égards et je suis persuadé que nous devons poursuivre nos efforts en vue de la conclusion d’un tel accord. Nous avons la volonté de le négocier, mais si l’entreprise continue à le rejeter, nous devons être prêts à mettre la pression au nom du mouvement syndical international.”

Matthias Hartwich, Directeur pour les industries des matériaux d’IndustriALL Global Union, a déclaré :

“La stratégie économique du groupe est étrange : davantage de revenus avec moins d’actifs et des promesses d’augmentation des dividendes pour les actionnaires. La direction est en train de saper la base industrielle de LafargeHolcim. Dans le même temps, elle parle de déplacer le dialogue social au niveau national et local. Nous sommes en complet désaccord avec cette approche, car elle compromet tout dialogue fructueux et de bonne foi pour le futur.”

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL Global Union, a résumé les débats :

“Par le biais de discussions ouvertes, d’échanges francs et de plans d’action concrets, le Conseil syndical mondial de LafargeHolcim a souligné les importants défis au sein des activités de l’entreprise de par le monde, dont des violations de droits fondamentaux, l’absence d’un authentique dialogue social et le recours excessif au travail précaire. Nous avons soulevé toutes ces problématiques avec les représentants de la direction. Nous voulons résoudre les problèmes par le biais des mécanismes de relations sociales. Nous voulons espérer que la direction de LafargeHolcim nous reviendra avec une attitude similaire. Sans quoi nous allons continuer à mener notre campagne pour la justice et l’équité.”

Les syndicats africains réunis en Namibie pour préparer Industrie 4.0 et la durabilité

La quatrième révolution industrielle ou Industrie 4.0 progresse grâce à l’automatisation rapide rendue possible par les capteurs intelligents, l’apprentissage machine, la gestion de données, l’intelligence artificielle et les solutions Cloud. Au départ limités à quelques secteurs tels que l’automobile, l’aéronautique, le transport, le génie mécanique et la production industrielle, les robots seront bientôt présents dans tous les secteurs, dont celui du textile et de l’habillement.

Les affiliés à IndustriALL Global Union en provenance de 12 pays d’Afrique subsaharienne se sont réunis, avec le soutien financier de la Fondation Friedrich Ebert Stiftung, à Windhoek (Namibie), les 18 et 19 octobre, pour discuter des possibles stratégies, y compris la mise en place d’un réseau de recherche, que les syndicats doivent élaborer pour jouer un rôle dans Industrie 4.0. Les participants à la réunion ont également convenu que les syndicats devaient prendre les devants en matière d’élaboration des politiques publiques relatives au développement industriel durable en se penchant sur les dimensions économiques, environnementales et sociales.

Dans une région affectée par un taux de chômage élevé, notamment des jeunes, les participants à la réunion ont conclu que les syndicats devaient continuer à se battre pour la création d’emplois, la sécurité de l’emploi, l’apprentissage permanent afin de permettre aux travailleurs, y compris les femmes, d’acquérir de nouvelles compétences transférables, des salaires décents et de meilleurs conditions de travail. L’importance de la prise en compte des contextes locaux et mondiaux, en lien notamment avec l’Accord de Paris et les Objectifs de développement social des Nations Unies pour mettre fin à la pauvreté, créer du travail décent et des emplois écologiques, a également été soulignée; tout comme l’importance de la solidarité internationale et les accords-cadres mondiaux pour protéger les droits des travailleurs.

Les participants à la réunion ont discuté de la nécessité de préparer la Transition juste pour protéger les droits et le système de protection sociale des travailleurs du fait qu’Industrie 4.0 est liée au changement climatique. Devraient figurer parmi les plans de préparation, des programmes d’ajustement du marché du travail novateurs, la protection sociale et des politiques industrielles durables pour assurer la sécurité de l’emploi, ainsi que la justice sociale pour les communautés touchées. Les freins au progrès technologique, inégal sur le continent, dus aux coûts élevés des données, aux connexions à internet limitées et aux prix élevés de l’électricité, ont également été mentionnés.

Pour Jens Dyring, de l’OIT, l’Initiative sur l’avenir du travail reconnaît que le monde du travail est en train de changer et que les syndicats doivent s’y préparer.

Néanmoins, malgré la crainte de pertes d’emplois que fait peser l’utilisation des robots, des avantages existent pour la santé et la sécurité des travailleurs, à qui est ôté le travail éreintant et qui peuvent gagner davantage en occupant des emplois hautement qualifiés.

Brian Kohler, Directeur d’IndustriALL pour la santé, la sécurité et la durabilité, a déclaré:

« Lorsque la technologie améliore les emplois et supprime la pénibilité des tâches, les travailleurs peuvent en bénéficier. Les syndicats doivent lutter pour une Transition juste car c’est une passerelle vers le nouveau monde du travail durable. Néanmoins, il faut que les travailleurs jouent un rôle dans l’élaboration des politiques industrielles durables pour construire ce pont ».

Les travailleurs de Tenaris TuboCaribe protestent contre les violations de leurs droits

Les syndicats Sintratucar, Sinaltrametal et Sinaltratenaris ont organisé une manifestation le 19 octobre et prévoient d'autres actions, tous les vendredis, contre TuboCaribe, que contrôle la multinationale de l'acier Tenaris, qui refuse de négocier avec eux sur base de leur cahier de revendications.

Les travailleurs protestent aussi contre l'absence de hausses salariales en 2017 et 2018, contre des violations de leur droit à la liberté syndicale et contre les menaces adressées à des dirigeants syndicaux. Ils réclament aussi la réintégration de syndicalistes qui ont été licenciés et que la direction renonce à son exigence de suppression de la protection syndicale.

Qui plus est, le responsable des ressources humaines de l'entreprise et son directeur des relations professionnelles ont eu, avec des travailleurs non syndiqués, des réunions dans les ateliers pendant lesquelles ils leur ont donné de fausses informations et ont déformé la réalité. Ils leur ont dit que l'entreprise n'avait pas augmenté leurs salaires parce que les syndicats l'avaient refusé et, à la suite de cela, des syndicalistes ont reçu des menaces de mort anonymes.

En plus des actions de protestation, les travailleurs ont recherché d'autres voies pour sortir du conflit. Ils ont adressé une requête à la Commission spéciale de traitement des conflits déférés à l'Organisation internationale du travail (OIT) et au ministère colombien du Travail, puis ont porté plainte à l'OIT et à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Ce n'est pas qu'en Colombie que Tenaris fait montre d'une telle arrogance et d'une telle négligence envers ses travailleurs; des syndicats d'autres pays connaissent des problèmes similaires. Au Guatemala par exemple, IndustriALL Global Union a porté plainte à l'OCDE contre le sidérurgiste Ternium qui, comme Tenaris, fait partie du groupe Techint, après son refus de reconnaître un syndicat et de négocier avec lui dans le pays.

Récemment, IndustriALL a informé certains clients de Tenaris de la répression organisée par l'entreprise contre les syndicats en Colombie. Parmi ces clients figurent ENI et Equinor qui ont tous deux signé des accords-cadres mondiaux avec IndustriALL.

IndustriALL collabore avec le Conseil mondial des travailleurs de Tenaris Ternium afin de mettre sur pied une campagne mondiale permanente contre les violations des droits des travailleurs que ses entreprises commettent dans certains pays et pour obtenir qu'elles-mêmes et leur société de holding, Techint, reconnaissent le Conseil mondial et entament un dialogue avec IndustriALL. Ils organiseront une réunion internationale au Mexique les 26 et 27 novembre.

"IndustriALL et le Conseil mondial proposeront des stratégies pour faire en sorte que la campagne actuelle soit un succès et pour instaurer un dialogue puissant et accompli avec Tenaris et Ternium, afin de prévenir et de régler les conflits et de créer des conditions de travail dignes pour les travailleurs de Tenaris et de Ternium dans le monde entier," a déclaré le Secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches.

L’enquête d’IndustriALL révèle l’exploitation des travailleurs et travailleuses de Shell au Nigeria

Le rapport rend compte des salaires de misère, des abus par le biais de la sous-traitance, des violations de droits fondamentaux, des médiocres soins de santé, des risques en matière de santé et sécurité et des conditions de vie misérables des travailleurs et travailleuses de Shell au Nigeria.

Nous travaillons comme des éléphants et mangeons comme des fourmis,” déclare un travailleur de la Station de réception et traitement Umuebulu de Shell à Etche, dans la banlieue de Port Harcourt. “Notre salaire chez Plantgeria (un sous-traitant) est d’environ 95.000 nairas (257 dollars). Au Nigeria, de nos jours, on ne peut rien faire avec ça. Vous ne pouvez pas payer les frais de scolarité de vos enfants. Vous ne pouvez pas manger correctement. Vous ne pouvez pas améliorer votre quotidien.

Les salaires vont de US$137 à US$257 par mois, en travaillant douze heures par jours, six jours par semaine. Certains ont déclaré n’avoir pas été payés par les sous-traitants qui les emploient depuis plusieurs mois.

Les travailleurs et travailleuses déclarent que c’est Shell qui détermine ce que les sous-traitants leur paieront, mais leurs appels en direction de Shell en faveur de meilleurs salaires sont ignorés :

“Si vous réclamez une augmentation, vous serez escorté vers la sortie par la police. Et ensuite, s’en est fini de votre emploi. Vous n’aurez plus accès au chantier jusqu’à ce que vous signiez un papier qui dit que vous ne vous joindrez pas à un syndicat et ne réclamerez pas d’augmentation,” déclare un travailleur.

Shell est la plus grande compagnie pétrolière multinationale d’origine étrangère au Nigeria, avec des revenus estimés à 4 milliards de dollars dans ce qui était le plus gros pays producteur de pétrole d’Afrique en 2017.

Lors de l’AG en mai, le PDG de Shell Ben van Beurden a indiqué qu’il n’était pas financièrement viable de donner aux travailleurs en sous-traitance des contrats permanents, parce qu’ils ne sont pas requis tout le temps. Mais ceci est démenti par ce que les travailleurs ont rapporté à IndustriALL :

“On continue à nous répertorier comme des travailleurs ponctuels, mais nous avons presté de manière continue pendant parfois 20 ans tout en étant payés moins de 150 dollars par mois,” se lamente l’un d’entre eux.

De nombreux salariés en sous-traitance se sont plaints que leur couverture de soins de santé était inadéquate :

“Nous sommes exposés à tous les risques. Nous travaillons sur le terrain. Même avec notre assurance santé, ça ne va pas. Nous risquons notre vie pour la gagner. Si vous êtes malades et vous rendez au dispensaire, on ne vous traite pas correctement parce que les montants que notre employeur (sous-traitant) verse à l’assurance sont trop maigres.”

Port Harcourt et le Delta du Niger connaissent ces dernières années un niveau de violence croissant, les enlèvements et les vols à main armée n’étant pas rares. “Un de nos collègues, un chauffeur, a récemment été tué par balles sur le terrain. Au bout du compte, Shell n’a rien fait du tout. Le maximum qu’ils font est une minute de silence. Personne n’en a rien à faire de vous et de votre famille. Si quoi que ce soit vous arrivait aujourd’hui, on (Shell) ne vous connaît pas, c’est l’affaire du sous-traitant.”

Dans son code de conduite, Shell déclare : “Nous nous efforçons de travailler avec des contractants et des fournisseurs qui contribuent au développement durable et qui sont responsables sur le plan économique, environnemental et social.”

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a indiqué :

“Il est grand temps que Shell se montre à la hauteur de son propre code de conduite et s’assure que les milliers de travailleurs et travailleuses qui peinent à la tâche sur ses chantiers au Nigeria soient traités humainement. Shell doit cesser d’être aveugle aux violations de droits de l’homme dont sont victimes les travailleurs en sous-traitance de ses activités au Nigeria. Nous exhortons l’entreprise à entamer le dialogue avec IndustriALL et ses affiliés du Nigeria afin de porter remède à la situation, qui au stade actuel ne relève pas d’une attitude responsable, ni durable.”

IndustriALL mène une campagne mondiale pour dire stop au travail précaire chez Shell, où les salariés en sous-traitance sont dans un rapport de plus de deux pour un permanent et effectuent les tâches les plus dangereuses. Les syndicats estiment que le ratio de Shell est même supérieur au niveau du Nigeria, mais l’entreprise ne dévoile pas les chiffres par pays.

Le mois dernier, Shell a annoncé avoir joint ses forces à celles d’autres entreprises du domaine de l’énergie pour créer une approche collaborative de l’évaluation des droits de l’homme au niveau des fournisseurs de l’industrie de l’énergie. Les entreprises participantes disent reconnaître l’importance de travailler avec des fournisseurs qui respectent les droits de l’homme, dont les conventions fondamentales de l’Organisation Internationale du Travail. Cependant, Shell a refusé l’offre d’IndustriALL de collaborer avec elle pour enquêter sur ces mêmes préoccupations.

Parvenir à l’égalité des genres dans les secteurs à prédominance masculine

Ces secteurs, aux emplois souvent qualifiés, bien rémunérés et prestigieux, sont dominés par les hommes. Les femmes qui y travaillent ont tendance à effectuer les tâches les plus ingrates et précaires, et bénéficier des salaires et des statuts les plus bas. En outre, elles occupent très rarement des positions d’autorité dans leurs syndicats.

Dans son discours d’ouverture de la réunion, la Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL, Jenny Holdcroft, a déclaré:

« L’égalité des genres n’est pas une affaire féminine, c’est une question syndicale fondamentale. Tout comme nous faisons tous campagne contre le travail précaire et que nous ne nous attendons pas à ce que les travailleurs précaires s’organisent eux-mêmes, nous devons faire participer les hommes aux discussions sur l’égalité des genres et cesser de vouloir que ce problème soit résolu par les femmes ».

Les participants à la réunion se sont intéressés à plusieurs stéréotypes utilisés par les gens, y compris par les responsables syndicaux, pour expliquer la faible participation des femmes. Ainsi, on entend souvent dire que les femmes ne sont pas intéressées ou sont incapables d’occuper des emplois techniques ou physiquement exigeants, ou bien encore qu’elles doivent rester à la maison pour s’occuper des enfants ou manquent de stabilité émotionnelle pour être des dirigeants syndicaux efficaces.

Les femmes qui entrent dans ces secteurs font face à des obstacles importants. Parmi eux, le harcèlement sexuel et la violence sexiste ne sont souvent pas pris au sérieux et sont assimilés à la culture organisationnelle.

Les entreprises refusent d’aménager des locaux, comme la mise en place de vestiaires où les femmes pourraient se changer en toute sécurité, et d’équipements sanitaires. En outre, les équipements de protection individuelle ne sont pas adaptés. Les femmes sont censées s’occuper des enfants et des tâches domestiques en plus de leur travail. Les jeunes femmes voient très peu de modèles positifs dans ces secteurs, et le système éducatif les dirige vers des travaux de soin et de service.

Il arrive que certains de leurs collègues masculins qui les jugent faibles surprotègent les femmes employées dans ces secteurs en les privant de la possibilité de se surpasser et de développer leurs compétences.

Les participants aux réunions ont entendu parler des femmes travaillant comme mécaniciennes hautement qualifiées, effectuant des travaux d’entretien en hauteur dans une cimenterie, conduisant des poids lourds et des trains dans une mine ou aux commandes de machines dans des compagnies de services collectifs. Beaucoup ont dû se dépasser d’une façon non attendue de leurs collègues masculins.

Plusieurs délégués masculins assistant à la réunion se sont livrés à une éloge de la manière dont leurs collègues féminines exerçaient leurs fonctions professionnelles et syndicales aussi bien que les hommes voire mieux qu’eux. L’égalité entre les sexes profite aussi bien aux hommes qu’aux femmes en ébranlant les structures du pouvoir qui sont seulement bénéfiques à un petit groupe d’hommes dominants.

Les délégués ont élaboré une série de recommandations, qui seront présentées au Comité exécutif d’IndustriALL qui doit avoir lieu au Mexique en novembre. Il s’agit notamment de sortir la question de l’égalité des sexes des comités des femmes pour en faire un point permanent à l’ordre du jour des réunions dans le secteur et des rencontres des membres du réseau. Par ailleurs, les structures d’entreprise devraient être développées et être chargées de rendre compte d’un plan pour accroître la participation des femmes. De leur côté, les syndicats devraient utiliser les accords-cadres mondiaux pour influencer le comportement des entreprises.

Les syndicats affrontent BHP à son AG

Le Secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan a contesté les prétentions de la plus grande compagnie minière du monde en matière de durabilité qui, pour lui, n'est pas uniquement une question de résultats économiques, mais concerne aussi l’environnement, la société et le monde du travail.

Parce qu'elle est une entreprise multinationale, BHP devrait se conformer aux normes internationales et offrir du travail sûr, décent, tout en respectant le dialogue social, la protection sociale et les droits des travailleurs, a déclaré Kemal Özkan.

 

BHP a licencié 22.000 travailleurs en deux ans alors qu'elle distribuait le chiffre record de 6,3 milliards de dollars de dividendes aux actionnaires en 2018. Actuellement, BHP emploie 26.000 salariés permanents alors que ses travailleurs contractuels sont au nombre de 34.500.

Jeff  Drayton, du syndicat australien CFMEU, a interrogé BHP sur le rapport existant entre la montée de l'emploi contractuel au charbonnage BHP de Mount Arthur, en Nouvelle-Galles du Sud, et une multiplication des incidents de sécurité. En quelques années à peine, la main-d’œuvre contractuelle est passée de 10 à 50 pour cent sur un effectif total de 1.600 personnes, et elle est payée environ 40 pour cent de moins que le personnel statutaire.

Steve Smyth du CFMEU du Queensland, a demandé pourquoi les travailleurs de BHP atteints d'affections causées par la poussière de charbon ne sont répertoriés en tant que "absences causées par des blessures" même s'ils sont en inactivité pendant des mois. Au début de l'année, le mineur Tyrone Buckton est décédé de silicose et de pneumoconiose imputables aux poussières de charbon après avoir travaillé pendant des décennies chez BHP.

Alors que deux décès sont survenus dans les mines de BHP l'an dernier, Aldo Amaya, de notre affilié Sintracarbón a demandé pourquoi le rapport annuel ne mentionne pas le décès de Carlos Roberto Urbina, survenu à la mine Cerrejón en Colombie, alors que BHP détient 30 pour cent de la mine. Il a également accusé BHP d'utiliser dans les cabines une technologie qui permet de pénaliser les chauffeurs s'ils sont fatigués.

En Amérique latine toujours, Lucineide Varjão, coprésidente du secteur des mines d'IndustriALL et membre de son affilié brésilien CNQ/CUT, a demandé ce que BHP comptait faire des 2.000 travailleurs qui ont perdu leur emploi des suites de la tragique rupture du barrage de Fundão qui a tué 19 personnes, dont 14 travailleurs, en 2015.

Steve Hunt, coprésident du secteur des mines d'IndustriALL et membre de l'United Steelworkers canadien, a exhorté l'entreprise à coopérer avec les syndicats et à procéder à des audits communs de ses mines.

 

Entretemps, le Président de BHP, Ken MacKenzie, a refusé de discuter de la légalité de la constitution de plusieurs mines en une société distincte, South32. Notre affilié d'Afrique du Sud, le National Union of Mineworkers, a fortement souffert des réductions d'effectifs dans l'entreprise.

"BHP proclame que la sécurité est sa priorité, mais l'expérience nous montre que c'est faux. Les réponses que nous avons obtenues à cette assemblée annuelle sont totalement insuffisantes. Si BHP se veut sûre et durable, la première chose à faire est d'associer les travailleurs et les syndicats à chaque étape," a déclaré Kemal Özkan.

En même temps que l'AG de BHP qui se tenait à Londres, le réseau mondial s'est réuni du 16 au 18 octobre et a convenu de concentrer ses activités sur la sous-traitance, la santé et la sécurité et le recrutement des travailleuses dans l'entreprise. BHP prévoit d'employer 50 pour cent de femmes d'ici 2025.

En Indonésie, le syndicat de la pâte et du papier FSP2KI répond par des actions à des licenciements illégaux

Herli Sanopa, Secrétaire du SPK, Syndicat qui représente les travailleurs et travailleuses externalisés de PT. Tanjungenim Lestari Pulp and Paper, et affilié à IndustriALL Global Union par le biais de FSP2KI, la Fédération des travailleurs et travailleuses de la pâte et du papier, indique :

“Les syndicats ont essayé d’ouvrir le dialogue avec les entreprises externalisées et PT. Tanjungenim Lestari, mais nous avons été confrontés à une impasse. En conséquence, les manifestations vont se poursuivre jusqu’à ce que l’ensemble des travailleurs et travailleuses soient réintégrés.”

Le dirigeant syndical a également ajouté que des actions avaient déjà eu lieu les 8 et 16 octobre et que d’autres étaient prévues pour les 25 et 29 octobre. La manifestation et le piquet du 16 octobre avaient été suspendus dès lors que l’entreprise avait accepté de négocier avec le syndicat. Cependant, malgré quatre heures de pourparlers, aucun accord n’a été conclu. Les rassemblements vont dès lors se poursuivre selon le programme établi.

L’ensemble des travailleurs et travailleuses concernés ont été licenciés par deux entreprises : PT. Mayapada Clinic Pratama et Fajar Muara Indah PT., toutes deux prestataires de services pour PT. Tanjungenim Lestari Pulp and Paper. Les mises à pied sont une punition pour leur participation à une grève réussie en juin qui a été fermement soutenue par IndustriALL. Ces 12 licenciements opérés en représailles sont une violation sans détour de l’accord qui mettait fin à la grève qui comprend une clause de non-représailles à l’encontre des travailleurs et travailleuses qui ont pris part à la grève des 13 et 14 juin plus tôt cette année.

Cette grève dans l’une des plus grandes usines de pâte et papier d’Indonésie a vu cinq cents travailleurs et travailleuses externalisés cesser le travail pendant deux jours sur deux sites dans les provinces de Sumatra du Sud et de Lampung. Les personnes concernées étaient employées par cinq entreprises externes différentes qui fournissent de la main d’œuvre pour les activités de PT. Tanjungenim Lestari Pulp and Paper. Tanjungenim Lestari Pulp and Paper emploie environ 2.500 travailleurs et travailleuses, dont plus de 1.700 le sont par le biais de firmes externes.

Après ces deux journées de grève, les syndicats d’un côté, les entreprises externes et la direction de Tanjungenim Lestari de l’autre, ont conclu le 14 juin un accord garantissant de meilleures conditions de travail et la continuité d’un emploi permanent, entre autres. La clause de non-représailles en faisait également partie.

Valter Sanches, dans sa lettre au Président-Directeur de PT. Tanjungenim Lestari Pulp and Paper du 16 octobre, écrit :

“IndustriALL Global Union exhorte PT.Tanjungenim Lestari Pulp and Paper, en tant qu’entreprise principale, à garantir l’application intégrale de l’accord du 14 juin et, en conséquence, à assurer la réintégration des 12 salariés de PT. Mayapada Clinic Pratama et Fajar Muara Indah.”

Valter Sanches a également appelé l’entreprise à “agir sans délai pour résoudre ces graves violations de droits fondamentaux des travailleurs.”