PROFIL: Le syndicat malaisien du secteur manufacturier se bat pour changer la législation du travail et rendre la syndicalisation plus efficace

Syndicat: National Union of Transport Equipment and Allied workers in Malaysia (NUTEAIW)

Pays: Malaysia

Texte: Petra Brännmark

Les effectifs sont en hausse et le NUTEAIW, qui organise syndicalement les travailleurs et travailleuses des secteurs de l’automobile, est présent sur plus de 40 lieux de travail.

Le syndicat malaisien du secteur manufacturier se bat pour changer la législation du travail et rendre la syndicalisation plus efficace

Gopal Kishnam est le Secrétaire général du NUTEAIW (Syndicat national des travailleurs du matériel de transport et des secteurs connexes de Malaisie). Il indique que recruter syndicalement et changer la législation du travail du pays font partie des priorités de son syndicat.

Les effectifs sont en hausse et le NUTEAIW, qui organise syndicalement les travailleurs et travailleuses des secteurs de l’automobile, est présent sur plus de 40 lieux de travail.

“Les travailleurs et travailleuses veulent disposer d’un syndicat et c’est notre obligation d’être présents,” dit Gopal. “Là où nous pouvons recruter, plus de 95% des salariés éligibles sont adhérents.”

Gopal indique qu’organiser syndicalement les travailleurs et travailleuses n’est pas difficile d’un point de vue idéologique, mais que c’est le processus de reconnaissance qui est compliqué. D’abord le syndicat doit attester que le lieu de travail correspond à son domaine. Ensuite, il y a un fastidieux processus légal qui comprend un scrutin à bulletins secrets.

En vertu des dispositions actuelles, la Loi sur les relations sociales, un syndicat doit obtenir une majorité simple lors d’un scrutin à bulletins secrets sous l’égide du Ministère des Ressources humaines, de sorte à pouvoir représenter les salariés de tout lieu de travail.

Cependant, le vrai défi en vue d’obtenir une majorité est la formule utilisée par le ministère pour évaluer cette majorité. Si une personne n’est pas présente sur le lieu de travail pour valider son vote au moment du scrutin, le décompte le considère comme étant exprimé contre le syndicat.

“Une majorité simple devrait suffire,” dit Gopal.

Au mois de mai de cette année, la Malaisie a connu un changement vers un gouvernement plus ouvert aux syndicats. Le Ministre des Ressources humaine, M. Kulasegaran, a annoncé son intention de revoir toutes les législations concernant le travail, dont le processus de reconnaissance.

“Où il y a un syndicat, il y a une CCT”

Le NUTEAIW compte des conventions collectives dans tous les endroits où il est présent, qui sont normalement négociées pour une période minimale de trois ans.

“Au cours des deux dernières années, nous sommes parvenus à étendre la portée de la CCT de certaines entreprises à la famille des salariés.

“Durant cette période, nous sommes parvenus à inclure une assistance médicale pour les membres de la famille au premier degré comme le conjoint et les enfants. Environ 80% des CCT comprennent une telle clause.

“La Loi sur l’Emploi prévoit soixante jours de congé de maternité. Chez le constructeur automobile Volvo, nous sommes parvenus à obtenir quatre-vingt-dix jours et nous utilisons cette avancée pour pousser d’autres entreprises à offrir les mêmes prestations,” indique Gopal.

Viser 40% de femmes

Le NUTEAIW compte actuellement 20% de femmes dans ses structures dirigeantes, mais nous travaillons à atteindre le quota de 40% voulu par IndustriALL.

Actuellement, seuls trois des dix-sept membres du conseil exécutif du NUTEAIW sont des femmes, mais 40% de nos délégués sont des femmes.

Gopal précise qu’elles poussent au changement : dans une usine où les femmes sont en majorité, le syndicat devrait être dirigé par une femme.

Solidarité internationale

IndustriALL Global Union est en train de déménager son bureau régional de Singapour à la capitale de la Malaisie, Kuala Lumpur, une chose dont Gopal dit qu’elle aura un impact sur le statut des syndicats dans le pays.

“Nous sommes en train d’enregistrer le Conseil d’IndustriALL pour la Malaisie en tant qu’organe officiel, ce qui lui donnera une reconnaissance”, indique Kishnam. “Nous nous attendons à l’affiliation de davantage de syndicats à la suite de cela, pour en faire grossir le nombre, qui est actuellement de sept.”

Faire partie d’une fédération syndicale internationale est important pour le NUTEAIW, qui a été en mesure d’appeler ainsi à la solidarité des syndicats d’autres régions du monde sur des problématiques concernant des compagnies multinationales.

“Nous avons eu des problèmes chez Robot Bosch, mais après que le conseil d’entreprise allemand est intervenu et a contacté la direction, nous avons pu obtenir la reconnaissance syndicale que nous recherchions.

“Je crois fermement qu’un lien étroit avec d’autres syndicats à l’international est important pour pouvoir apprendre les uns des autres et pour échanger assistance et solidarité. Nous savons que lutter et maîtriser le pouvoir collectif des travailleurs et travailleuses dans la solidarité permet de vraiment démontrer combien nous sommes forts quand nous résistons ensemble.”

Les syndicats protestent contre le projet de Novartis de supprimer 2 550 emplois

Novartis prévoit de supprimer 2 150 emplois sur 13 000 en Suisse, dans ses sites de production implantés à Bâle, Stein, Locarno et Schweizerhalle, ainsi que 400 postes à Grimsby, en Angleterre. En Suisse, environ 1 500 emplois seront supprimés et 700 seront relocalisés en Irlande, en Inde, en Malaisie, au Mexique et en République tchèque.

Lors de la marche organisée à Bâle, le 24 novembre, sous le slogan de « Mensch vor Marge » (Les personnes avant les profits), les affiliés à IndustriALL Global Union, Unia et Syna, se sont dits scandalisés devant le tel manque de respect dont la compagnie, extrêmement rentable, fait preuve envers ses travailleurs loyaux.

« Il est ridicule et absurde que plus de 2 000 employés soient jetés à la rue avec une telle situation financière », a déclaré Unia dans un communiqué.

Unia n’a pas été informé à l’avance des suppressions d’emplois, en violation de la convention collective.

Les bénéfices de la compagnie, qui ont augmenté de 15 pour cent, ont atteint 7,7 milliards de US$ l’an dernier. Novartis, très rentable, cherche à augmenter sa marge bénéficiaire à 35 pour cent. La compagnie soutient qu’elle passe d’une production à grande échelle à une production plus spécialisée, et que ses usines ne fonctionnent pas à plein régime. Le cours des actions a augmenté après l’annonce.

Environ 800 personnes ont participé au rassemblement. IndustriALL a envoyé un message de solidarité.

Le Directeur d’IndustriALL en charge du secteur pharmaceutique, Tom Grinter, a déclaré:

« Novartis est devenue l’entreprise rentable et efficace qu’on connaît aujourd'hui grâce au travail acharné et à l’engagement de ses employés. Les abandonner maintenant, juste pour améliorer les marges bénéficiaires, est indéfendable. Nous continuerons à soutenir fermement les travailleurs de Novartis ».

Novartis emploie 124 000 travailleurs dans le monde, mais ce nombre devrait diminuer sensiblement avec la dernière série de suppressions d’emplois et la proposition de vente de son unité d’ophtalmologie appartenant à Alcon.

Unia a rencontré une délégation de parlementaires grecs qui enquête sur des cas de fraude et de corruption par Novartis. La surfacturation par la compagnie aurait coûté environ 3 milliards d’euros au service de santé grec, à un moment où le pays connaissait une grave crise financière et sanitaire, limitant l’accès aux médicaments à un coût abordable pour de nombreux Grecs. Lors d’une enquête parlementaire réalisée l’an dernier, le Ministre de la justice grec, Stavros Kontonis, a indiqué que Novartis aurait vraisemblablement soudoyé des milliers de médecins.

Depuis l’an 2000, Novartis a payé plus d’1 milliard de dollars d’amendes aux Etats-Unis, en Chine et en Corée du Sud en règlement d’affaires de corruption.

Le Comité exécutif d’IndustriALL demande la fin des contrats de protection et défend la démocratie syndicale

Ce n’est pas un hasard si le Comité exécutif a tenu sa réunion à Mexico 48 heures seulement avant la prestation de serment du Président élu, Andrés Manuel Lopes Obrador.

« Ce nouveau gouvernement apportera une bouffée d’air frais face au nombre croissant de gouvernements néolibéraux oppressifs qui violent les droits des travailleurs dans le monde entier », a déclaré le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, dans l’allocution d’ouverture qu’il a prononcée devant 200 responsables syndicalistes en provenance des quatre coins de la planète.

Sanches et le Président d’IndustriALL, Jörg Hofmann, ont accueilli positivement le nouveau gouvernement du Mexique et salué les progrès réalisés en matière de renforcement de la démocratie syndicale. Ils ont également réservé un accueil chaleureux à Napoleón Gómez Urrutia, président de Los Mineros et membre du Comité exécutif, pour son retour au Mexique après 12 ans d’exil.

Les délégués ont organisé une campagne invitant le nouveau gouvernement progressiste du Mexique à s’efforcer de mettre un terme aux contrats de protection, qui freinent la liberté syndicale dans le pays.

Les membres du Comité ont manifesté leur soutien aux travailleurs licenciés à l’usine Goodyear implantée à San Luis Potosí (Mexique) pour avoir créé un syndicat libre et indépendant. Ils ont également convenu de lancer une campagne mondiale pour soutenir les travailleurs de la compagnie.

Les participants à la réunion ont également adopté plusieurs recommandations sur l’inclusion des femmes, appelant les secteurs et les réseaux à élaborer des stratégies visant à analyser les problèmes rencontrés par les femmes au travail et au sein des syndicats, ainsi qu’à développer des campagnes pour résoudre ces problèmes.

En outre, les membres du Comité ont appuyé les campagnes d’IndustriALL contre Shell et Glencore, appelant les deux multinationales à respecter les droits de chacun de leurs travailleurs partout dans le monde.

Des informations ont été également données sur les violations des droits des travailleurs par d’autres multinationales, comme Gold Fields et Stillwater, en Afrique du Sud, et Volkswagen (VW), aux États-Unis.

Les accords-cadres mondiaux ont été reconnus comme un outil important de protection des droits et des intérêts des travailleurs à tous les stades du processus de fabrication au sein des entreprises signataires. Néanmoins, il a été convenu que des mesures seraient prises pour contrôler la façon dont les accords sont mis en œuvre au sein des entreprises, compte tenu des informations divulguées par les affiliés sur les expériences diverses rencontrées au sein de différents pays.

Le Comité exécutif a aussi adopté un Plan d’action pour des politiques internationales manufacturières et commerciales équitables afin d’aider les affiliés à intervenir davantage dans les négociations sur les traités et les accords commerciaux multilatéraux. En outre, le Comité a approuvé les déclarations d’IndustriALL Global Union et industriALL Europe sur la nécessité d’une transition juste face aux changements climatiques afin de garantir la création d’emplois durables.

Enfin, le Comité exécutif a adopté les résolutions suivantes:

  • Le Comité condamne les perturbations du déroulement de l’élection de la représentation syndicale commises par CTM dans les usines Arneses y Accesorios de México appartenant au groupe PKC, à Ciudad Acuña (Coahuila), où Los Mineros conteste le contrôle de la convention collective par CTM.
  • Le Comité demande au gouvernement du Bangladesh de garantir le maintien de l’Accord du Bangladesh jusqu'à ce qu’un organisme de réglementation national compétent puisse reprendre ses fonctions.
  • Le Comité appelle le gouvernement de la Hongrie à agir dans le strict respect des normes nationales et internationales fondamentales du travail.
  • Le Comité avertit la direction de Volkswagen (VW) de l’intention d’IndustriALL de suspendre l’accord-cadre mondial à moins que la compagnie ne mette fin à la procédure judiciaire contestant les décisions de la Commission nationale des relations de travail.  

Le texte intégral des résolutions est disponible dans la colonne de droite

IndustriALL fait une déclaration commune qui revendique la Transition juste auprès de la COP 24

Les syndicats veulent que les gouvernements s’engagent à une Transition juste qui fasse des travailleurs et travailleuses des industries une partie à la solution destinée à rencontrer les objectifs d’émissions par rapport au changement climatique par le biais de politiques industrielles durables contenant des programmes créatifs d’ajustement pour la population active, fondées sur de fortes protections sociales.

La déclaration stipule :

“Les secteurs industriels qui emploient nos membres font face à d’énormes défis liés à l’objectif de décarbonisation profonde ; ce sont toutefois ces secteurs qui peuvent fournir les technologies et les solutions qui atténueront les effets du changement climatique tout en apportant les éléments essentiels du développement, de l’emploi durable et du progrès technologique.”

La 24e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, qui se tient au cœur du pays noir de la Pologne, a été surnommée “La COP de la Transition juste.”

La Transition juste est présente dans un libellé clair au sein du préambule de l’Accord de Paris sur les changements climatiques signé à la COP 21 en 2015 et qui marque un jalon : “Tenant compte des impératifs d’une transition juste pour la population active et de la création d’emplois décents et de qualité conformément aux priorités de développement définies au niveau national”.

Ces termes n’apparaissent au sein de l’Accord de Paris qu’à la suite d’une pression forte appliquée par les syndicats à Paris aussi bien que lors des COP précédentes. Les nations signataires doivent maintenant accepter qu’elles ont pris un engagement politique en faveur de la Transition juste, revendiquent les syndicats.

“La transition pour la protection de l’environnement ne peut être injuste et laisser pour compte des millions de travailleurs. Nous ne pouvons pas non plus ignorer la nécessité de lutter contre le changement climatique – il n’existe pas d’emplois sur une planète morte,” affirme la déclaration.

“Nous espérons que la COP 24 définira les grandes lignes d’une transition juste vers un avenir optimiste – un avenir de plein emploi et de travail décent pour les travailleurs, leurs familles et les communautés qui dépendent d’eux. Toutes les parties prenantes doivent prendre part à cette discussion – une Transition juste ne peut être réalisée qu’avec nous.”

IndustriALL Global Union et industriAll Europe, aux côtés de la Confédération Syndicale Internationale et de la Confédération Européenne des Syndicats, insistent également pour que de manière urgente les Parties adoptent la Déclaration de Silésie sur la solidarité et la Transition juste, soumise par la Pologne.

Blog d’IndustriALL sur la COP 24 – Katowice, Pologne

15 décembre 2018

La 24e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, communément appelée COP 24, s’est conclue avec ses organisateurs la déclarant un succès et ses critiques qualifiant ses résultats d’échec.

Que s’y est-il réellement passé ?

Cette COP était censée produire un mode d’emploi (Rulebook) clair pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris de 2015, qui jusqu’ici est resté largement au stade des visées politiques. Pour qu’il soit suivi d’effets dans la réalité, une série de règles doit faire l’objet d’un accord. Ces règles devaient couvrir un éventail de problématiques allant du comptage et de la vérification des contributions nationales à la réduction des gaz à effet de serre, des finances, du transfert de technologie aux mesures adaptatives et aux réponses aux catastrophes en passant par une quantité d’autres problèmes.

Qu’y a-t-il de positif à propos du Mode d’Emploi de Katowice ?

Ce qui est bien : c’est qu’il existe. Il y avait une véritable possibilité que ce ne soit pas le cas. Il y a eu un déclin au plan mondial de la volonté d’affronter le changement climatique depuis que l’Accord de Paris a été conclu.

La question d’offrir une Transition juste pour les travailleurs et travailleuses affectés, leurs familles et les communautés qui en dépendent a enfin été pleinement intégrée. De nombreuses nations ont ratifié la “Déclaration de Silésie sur la solidarité et la Transition juste”, conçue par le mouvement syndical et mise en avant par la Présidence polonaise de la COP. Le concept fait maintenant fermement partie du vocabulaire usuel des pourparlers sur le climat. C’est un énorme pas en avant.

Qu’y a-t-il de moins bon à propos du Mode d’Emploi de Katowice ?

Ce qui est négatif, c’est qu’il n’est simplement pas suffisamment ambitieux. Alors que les climatologues les plus éminents de la planète avertissent que nous devons prendre des mesures draconiennes dans une fenêtre d’environ 12 ans, le mieux que la COP 24 se soit montrée capable de faire a été de saluer la publication du dernier rapport scientifique. Remarquez la formulation : la conférence n’a pas salué le contenu du rapport ou ses conclusions. De telles différences de formulation peuvent paraître triviales, mais elles ont de réelles conséquences politiques.

Des problèmes non-résolus subsistent également s’agissant du comptage de la réduction des émissions, entre autres domaines.

Cependant, on peut espérer qu’avec un mode d’emploi (rulebook) qui a fait l’objet d’un accord, on ait au moins une base d’action qui puisse être renforcée plus tard.

Quelle est notre tâche ?

Nous devons nous mettre en réseau les uns avec les autres ainsi qu’avec les décideurs aux plans local, régional, national et mondial. Nous devons afficher notre solidarité avec des groupes qui ont des opinions convergentes, en particulier ceux qui se préoccupent des droits humains et des populations marginalisées.

Nous devons comprendre que la réticence de nombreuses personnes à accepter l’urgence posée par les changements climatiques résulte de la peur, pas de l’ignorance. L’ordre économique mondial n’a pas seulement mis la planète en danger du point de vue environnemental, il l’a fait aussi du point de vue social en livrant la richesse à une couche de plus en plus réduite de l’humanité. Le soi-disant libre marché n’est pas capable de susciter un avenir durable. Seules des politiques publiques menées dans l’intérêt du public peuvent le faire. Les changements climatiques ne seront pas résolus sans aborder les inégalités et ils ne le seront pas sans politiques industrielles durables et sans programmes de Transition juste.

Les technologies vont jouer un rôle dans le contrôle et l’adaptation au changement climatique, mais nous devons nous montrer sceptiques quant aux technologies qui promettent un “remède miracle” alors qu’elles paraissent violer des règles bien connues de physique ou de chimie. Les technologies qui nous sauveront sont celles qui existent, d’ores et déjà. Même si une technologie dotée de pouvoirs quasi-magiques était inventée aujourd’hui, la fenêtre de temps disponible pour la mette en œuvre serait quasi à coup sûr trop étroite.

En bref, notre tâche pour aller de l’avant est simple : nous devons nous comporter en syndicalistes. Même avec la Déclaration de Silésie, aucun gouvernement ne va nous offrir une Transition juste, à moins que nous de la revendiquions. La dimension sociale de la durabilité, c’est à nous qu’il incombe de la défendre. Nous devons nous organiser nous-même, ainsi que d’autres, pour lutter pour un avenir dans lequel nous puissions croire.

8 décembre 2018

Aujourd’hui, j’ai assisté à la Journée sur la stratégie syndicale, qui s’est tenue à l’écart du site principal. Les discussions, et ce n’était pas une surprise, se sont concentrées sur la Transition juste, ce que cela signifie pour les syndicats et comment y parvenir en pratique. Les syndicalistes présents avaient une très bonne compréhension et aussi très réaliste de ce qu’est la Transition juste. Ce n’a pas toujours été le cas au cours des années précédentes, alors que je m’efforçais toujours de faire passer cette notion au sein du mouvement syndical.

Cependant, il subsiste des problèmes concernant l’approche de la Transition juste. Trop souvent, les syndicalistes ne prononcent les mots Transition juste qu’en s’excusant ou en apparaissant sur la défensive. Nous devons parler de la Transition juste de manière positive. Une transition vers un avenir durable est un message positif qui reprend tout ce en quoi nous croyons en tant que syndicalistes et s’oppose au discours habituel de l’économie mondialisée du capitalisme-casino.

Nous devons définir un futur positif pour les travailleurs et travailleuses d’aujourd’hui et de demain. Personne ne va se battre pour un avenir glauque ou lugubre ! La Transition juste est une notion qui doit paraître douce aux oreilles de nos membres et si elle ne paraît pas douce, c’est alors qu’elle n’est pas réellement juste.

Il existe même une raison plus existentielle de se battre pour une Transition juste.

Pour l’instant, nous sommes confrontés à la croissance d’une idéologie politique néo-fasciste, alimentée par un bruyant discours de droite qui est sans cesse répercuté par des médias complaisants. Tout cela est conduit par une caste réduite de milliardaires qui ont imaginé de nouveaux outils pour manipuler les gens. Mais je pense qu’une partie du problème est que nous avons failli à nous approprier un discours convaincant pour contrer le leur.

Et si parler d’un avenir socialement, économiquement et écologiquement durable était ce discours ? Et si la Transition juste était la passerelle qui puisse nous y mener ? Pourquoi les bénéfices de nouvelles technologies devraient-ils profiter à une poignée de milliardaires et pas à nous ? Pourquoi le coût de ces transformations devrait-il nous incomber à nous uniquement ?

Cher(e)s camarades, cher(e)s collègues : je voudrais profiter de l’occasion en ce jour pour vous poser la question : croyons-nous toujours pouvoir engendrer un monde meilleur ? Un avenir durable, dont nous pourrions tous nous partager les bénéfices, est-il ce en quoi le mouvement syndical croit ?

Et si nous décidions de croire toujours pouvoir changer le monde ?

N.B. Ceci est la dernière publication sur ce blog jusqu’à ce que la conférence se termine le 14 décembre. Un résumé sera alors produit.

7 décembre 2018

Il continue à y avoir une certaine résistance, ou du moins réticence, de la part de certains pays s’agissant d’accepter le message des scientifiques sur le climat et de comprendre combien la situation est devenue urgente. La dernière évaluation du GIEC est claire. Des points essentiels ont été à nouveau passés en revue, qui indiquent que limiter le réchauffement mondial moyen à 1,5 degré Celsius au maximum au-delà des niveaux pré-industriels avait des bénéfices clairs, était techniquement et économiquement faisable, mais demanderait un effort tout aussi bien physique que technique et, par-dessus tout, politique.

De nombreux débats parallèles ont eu lieu dans des salles de réunions et dans les couloirs. Pour vous en donner des exemples, certains d’entre eux concernaient les points de vue des défenseurs de la biomasse, ou de l’énergie nucléaire, le financement, les transferts de technologie ou les règles pour le comptage des émissions, y compris s’agissant des échéances et de la transparence.

Ce qui ne semble pas encore totalement pris au sérieux dans l’esprit de beaucoup sont les questions de droits humains : les femmes, les populations indigènes et le potentiel d’une augmentation du nombre de réfugiés climatiques.

Les pourparlers continuent : la résolution de nombre des problèmes en suspens est toujours à venir. Il n’est pas inhabituel que la fin de la première semaine d’une COP soit remplie de messages contradictoires.

6 décembre 2018

Ce matin, j’ai présidé le caucus syndical quotidien. Une discussion particulière a tourné autour du besoin de clarifier que les questions d’équité sont une composante nécessaire d’un programme réussi de Transition juste, tout comme le sont des programmes de protection sociale forts. On rencontrera différents défis pour construire une Transition juste suivant les pays concernés, en fonction de leur contexte national.

Dans l’après-midi, je me suis exprimé lors d’une réunion annexe sur la capture de carbone. Il existe des technologies qui permettraient que le dioxyde de carbone soit capturé au point d’émission et stocké, piégé ou utilisé pour d’autres usages. L’acronyme anglais utilisé couramment est CCS (Carbon Capture and Storage : capture et stockage du carbone), bien que le piégeage ou la ré-utilisation fassent également partie de la pratique et pas seulement le stockage.

Le CCS est un ensemble de technologies sur lequel IndustriALL et les organisations qui sont à son origine ont placé des espoirs considérables et en faveur duquel elles ont fait pression, parce qu’il pourrait favoriser la transition la plus douce possible pour les mineurs de charbon et les travailleurs et travailleuses de l’énergie en rendant “plus verts” leurs emplois existants. Ainsi, la question du manque de compétences et des déplacements de population seraient très minimes et rendus faciles à gérer. Malheureusement, en dépit de nos plaidoyers, des investissements insuffisants ont été consacrés à la matérialisation de ces technologies. Il est vrai que certaines usines pilotes sont maintenant en fonctionnement, mais pour prétendre faire une différence, il faudrait un énorme effort au plan mondial pour construire des centrales et des industries avec CCS et il ne nous reste que quelque chose comme douze années devant nous pour y arriver.

Quoi qu’il en soit, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui regroupe les scientifiques spécialistes du climat, inclut la technique de CCS dans ses scénarios permettant de maintenir le réchauffement climatique à des niveaux sûrs. Leurs modèles reposent sur la mise en œuvre réussie de la technique de CCS. Il nous est indispensable à tous que ces technologies fonctionnent, et rapidement. C’est le message que j’ai livré au nom des travailleurs.

S’agissant de l’avancée de la COP en général, les négociations se sont poursuivies sans qu’il y ait de percées nouvelles à signaler.

5 décembre 2018

Davantage d’éléments scientifiques ont été présentés devant l’Organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique (SBSTA). Ces éléments sont à la fois irréfutables et terrifiants. Permettre à la température moyenne d’augmenter sur la planète de plus d’1,5 degré Celsius au-delà des niveaux pré-industriels aurait des effets réellement catastrophiques.

Les modèles scientifiques les plus crédibles estiment maintenant qu’il reste au monde approximativement 12 ans pour effectuer les changements nécessaires pour prévenir ce phénomène.

Pour autant, l’État des lieux concernant la mise en œuvre et le niveau d’ambition pour la période allant jusqu’à 2020 (“pre-2020 Stocktaking”, dans le jargon de la COP) montre que les engagements pris par les gouvernements sont inadaptés pour maintenir le réchauffement mondial à moins de 2 degrés Celsius, sans même parler de 1,5.

La bonne nouvelle, c’est que la science nous indique que l’objectif de 1,5 degré est à la fois techniquement et économiquement atteignable. La question est de savoir si c’est politiquement possible, au vu du basculement de différents gouvernements nationaux vers le nationalisme nombriliste et le déni.

La COP 24 a repris certains débats qui sont typiques de toutes les COP. Par exemple des discussions sur les règles de comptage et de transmission des données des émissions au plan national, les finances et les transferts de technologie. Pour qu’émerge à Katowice un recueil de règles d’application pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris 2015 (“Rule Book” dans le jargon de la COP), il faut qu’il y ait accord sur tous ces points. Une atmosphère générale d’optimisme prudent semble persister, jusqu’ici.

L’engagement ouvert qui se fait jour en faveur de la Transition juste est cependant la grande nouvelle. Alors que la plupart des syndicalistes l’ont salué et fêté, il persiste un scepticisme justifiable chez certains d’entre eux, né historiquement des promesses rompues que certains gouvernements avaient faites à leurs syndicats nationaux alors que des changements économiques ravageaient des secteurs ou des régions. L’échec à obtenir une Transition juste dans certaines régions par le passé ne constitue cependant pas un argument justifiant de se résigner. La revendication d’une Transition juste doit au contraire devenir une cause à laquelle se rallier et pour laquelle se battre, un prérequis absolu pour le changement pour lequel nous ne céderons pas. Une transition se profile. Sera-t-elle juste ou injuste ? Si un nombre suffisant de gouvernements signent la Déclaration de Silésie, un engagement vers la Transition juste émergeant de la COP de Katowice sera un pas en avant historique. Mais même ainsi, seule la détermination des syndicats et de leurs alliés permettra d’en faire une réalité et de l’appliquer.

4 décembre 2018

Spécial Déclaration de Silésie

Dès l’ouverture même de la COP 24, son Président a présenté la “Déclaration de Silésie sur la solidarité et la Transition juste”. Il s’agissait à n’en pas douter d’un moment historique, le point culminant de nombreuses années d’efforts pour faire admettre à la communauté internationale que la transformation vers un futur au climat sécurisé ne devait pas se faire sur le dos des travailleurs et travailleuses, de leurs familles et des communautés qui en dépendent.

Au moment où nous écrivons en fin de journée, la liste des Parties qui se rangent derrière la Déclaration comprend les pays suivants : Albanie, Autriche, Belgique, Bulgarie, Canada, République Tchèque, Danemark, Estonie, Eswatini, Commission Européenne, Fidji, Finlande, France, Gabon, Allemagne, Grèce, Saint-Siège, Honduras, Islande, Indonésie, Japon, Corée, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Macédoine, Madagascar, Monténégro, Namibie, Nauru, Népal, Pays-Bas, Nouvelle-Zélande, Nigeria, Norvège, Palestine, Pérou, Pologne, Saint-Marin, Serbie, République Slovaque, Slovénie, Espagne, Suède, Suisse, Thaïlande, Togo, Royaume-Uni et Uruguay.

Notre tâche pour les prochaines années est claire : faire en sorte qu’autant de nations que possible qui n’ont pas encore adopté la déclaration le fassent.

La COP de la Transition juste, assurément !

3 décembre 2018

La COP 24 est déjà devenue la “COP de la Transition juste”

Lors de l’ouverture officielle de la COP aujourd’hui, le Président sortant de la COP, le Premier Ministre des Fidji, Frank Bainimarama, a déclaré à l’assemblée que le choix face à nous est limpide : agir ou devenir la génération qui a trahi l’humanité. Il a appelé la Conférence à soutenir le thème de la Pologne d’une Transition juste pour tous.

Andrzej Duda, Président de la Pologne, a appelé à la création du “Katowice Rule Book”, un recueil de règles d’application pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris 2015. À cette fin, la Pologne présentera la “Déclaration de Silésie” sur la Solidarité et la Transition juste.

Le Secrétaire général des Nations Unies António Guterres a déclaré : “Nous sommes en grande difficulté, le changement climatique nous prend de vitesse et nous devons combler l’écart.” Il a ensuite appelé à une transition équitable pour les travailleurs et leurs communautés, par le biais d’une transformation qui présenterait des opportunités et pas seulement des coûts. Pour souligner son propos, il a promis de convoquer un Sommet sur le Climat en septembre 2019 à New York (en dehors du processus de la CCNUCC).

Kristalina Georgieva, Présidente de la Banque mondiale, a signalé que sous son autorité, elle assurerait que le financement de l’atténuation des changements climatiques ainsi que de la capacité de réaction et d’adaptation à leurs effets soit doublé et qu’elle aiderait à mobiliser des fonds supplémentaires en provenance du secteur privé. Chaque décision de la Banque mondiale sera examinée sous une “optique climatique” et une “valeur tutélaire du carbone” sera utilisée dans ses calculs.

Enfin, le Président de la Conférence des Parties, Michał Kurtyka, a appelé de manière répétée à “une Transition juste et profonde”. Il a demandé à ce que la Conférence offre au monde une vision et de l’espoir. Il a présenté la “Déclaration de Silésie sur la solidarité et la Transition juste” et appelé tous les gouvernements à l’adopter.

En adoptant la déclaration de Silésie, les pays s’engagent à prendre au sérieux l’impact des changements et des politiques climatiques sur les travailleurs, leurs familles et les communautés qui en dépendent lorsqu’ils préparent et mettent en œuvre leurs engagements, leurs plans d’adaptation et leurs stratégies industrielles par rapport au climat. Cela place également les travailleurs et leurs syndicats à la table où sont prises les décisions lorsque ces plans sont formulés. Déjà, un certain nombre de gouvernements ont promis leur soutien.

Ceci est ni plus ni moins historique. En 2015, les syndicats étaient parvenus à faire reconnaître la Transition juste au sein de l’Accord de Paris, mais la Déclaration de Silésie fait de la Transition juste la pièce centrale de ses règles d’application.

L’objectif de la Déclaration n’est pas de se suffire à elle-même, mais d’inspirer des actes aux niveaux international, national, régional et local. Ceci se traduit par l’exigence de politiques publiques visant l’intérêt général par le biais de politiques industrielles durables et de protections sociales fortes.

Des financements et des programmes de Transition juste existent ou sont créés dans des pays allant de l’Espagne à l’Afrique du Sud ou du Canada à l’Australie. Et la 24e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 24) passera à la postérité comme étant la “COP de la Transition juste”.

Il est extrêmement gratifiant de la voir devenir une politique mondiale de première importance. Espérons qu’elle ne vient pas trop tard.

2 décembre 2018

Ces débats annuels sur la manière dont le monde doit répondre aux changements climatiques mondiaux se sont ouverts avec l’élection de M. Michał Kurtyka, Secrétaire d’État polonais au Ministère de l’Énergie, comme Président de la COP 24. Le choix de Katowice, un centre sidérurgique, charbonnier et industriel, comme lieu de rencontre est un signal bienvenu donné par la Présidence polonaise que les impacts des mesures concernant les changements climatiques sur les travailleurs et les communautés auxquelles ils appartiennent ne doivent pas être oubliés.

Pour sa séance d’ouverture, la plénière a été assez formelle et s’est occupée des décisions administratives nécessaires à l’entame des travaux pour la COP et ses organes subsidiaires. Les déclarations visionnaires sur toute ambition ou détermination ont fait défaut lors de cette séance d’ouverture. Peut-être en entendrons-nous davantage de ce genre lors des cérémonies d’ouverture officielle, ce lundi.

La COP 24 a pour mission d’établir un cadastre pour l’application de l’Accord de Paris et on s’attend à ce que la question de la Transition juste joue un rôle important au niveau des discussions de la COP 24.

Cette conférence s’ouvre dans le contexte des avertissements issus des récentes révélations scientifiques selon lesquelles la trajectoire du changement climatique est pire que ce qui avait été estimé auparavant. Les meilleures données scientifiques dont nous disposons estiment qu’il ne nous reste qu’environ 12 ans si le monde veut limiter le réchauffement climatique moyen à 1,5 degré Celsius au-dessus des niveaux pré-industriels. Ceci, il faut le noter, est un niveau de réchauffement climatique qui aura déjà de nombreuses conséquences graves, mais qui est considéré comme pouvant être géré.

Le besoin d’agir est clair et urgent. La bonne nouvelle, c’est qu’effectuer les changements nécessaires est possible à la fois technologiquement et économiquement, si les nations du monde en font une priorité. C’est également faisable socialement, si et seulement si les travailleurs et travailleuses affectés par ces transformations sont pleinement protégés. IndustriALL, tout comme d’autres organisations syndicales internationales, ne peut pas permettre que la dimension sociale de ces changements soit ignorée. Avec des délais aussi pressants, le monde a besoin que tous ses citoyens soient embarqués dans le processus. Cela ne peut se faire que si la cohésion des travailleurs et travailleuses affectés, de leurs familles et des communautés qui dépendent d’eux est maintenue. C’est le sens d’une Transition juste. Nous allons marteler ce point, sans relâche, tout au long de cette COP.

Les syndicats du monde entier expriment leur soutien aux travailleurs et travailleuses de Goodyear Mexico

Deux des cinquante-huit travailleurs et travailleuses qui ont été renvoyés par Goodyear Mexico se sont réunis avec une délégation internationale de travailleurs syndicalistes à Mexico ce 28 novembre.

Ils ont expliqué que Goodyear avait violé un accord qui prévoyait de ne pas prendre de mesures de représailles en licenciant des travailleurs et travailleuses qui étaient partis en grève en avril. L’action de grève appuyait une revendication en vue de meilleures conditions de santé et sécurité et protestait contre le contrat de protection imposé par Goodyear par le biais de la Confédération des travailleurs du Mexique (CTM), dirigée par Tereso Medina.

“Goodyear a violé son engagement lorsque nous avons été licenciés le 9 juillet,” a indiqué Pablo, l’un des travailleurs concernés. “Nous voulons qu’ils motivent leur décision. On a dit à de nombreuses personnes que leurs emplois avaient été perdus en raison d’une réorganisation, mais ils m’ont dit à moi, ainsi qu’à d’autres leaders syndicaux, que c’était parce qu’ils voulaient se débarrasser du mouvement syndical démocratique et indépendant qui était en train de se constituer chez Goodyear.”

Le conseiller politique auprès des salariés licenciés, Francisco Retama, a indiqué que les travailleurs et travailleuses voulaient toujours constituer un syndicat démocratique et indépendant chez Goodyear Mexico. À cette fin, ils visent à obtenir le droit exclusif de négocier une convention syndicale avec l’entreprise.

“Il n’est pas simple d’obtenir une authentique convention collective au Mexique. Nous espérons que les travailleurs seront en mesure de déposer leur requête en vue d’obtenir le droit exclusif de négocier avec Goodyear dans la première moitié de l’année prochaine. Le nouveau gouvernement entre en fonction le 1er décembre, les conditions sont donc réunies pour que cette procédure légale soit couronnée de succès. Des millions de travailleurs et travailleuses de par le pays fondent tous leurs espoirs sur le prochain président Andrés Manuel López Obrador et son gouvernement. Le cas de Goodyear pourrait marquer un jalon pour le Mexique et c’est pourquoi cette campagne est si importante.”

Tom Grinter, Directeur de secteur chez IndustriALL, a ajouté :

“Du côté d’IndustriALL, nous avons suivi la campagne syndicale et les événements de Potosí de près. Goodyear a violé son engagement à ne pas licencier de travailleurs dans ces conditions lorsque qu’il a mis dehors des salariés partis en grève. Nous leur avons adressé un courrier qu’ils ont ignoré. Nous devons tous ici afficher notre soutien et notre solidarité envers les travailleurs de Goodyear Mexico, dès lors que leurs droits syndicaux sont clairement visés.”

Leo Gerard, Président de l’USW, a résumé les débats :

“Il ne s’agit pas que d’une attaque envers les travailleurs de Goodyear au Mexique, mais envers tous les travailleurs de Goodyear de par le monde. Il leur faut travailler dans des conditions pénibles et ce que Goodyear les paie est honteux. Nous sommes prêts à soutenir ces travailleurs et travailleuses en leur fournissant des experts qui peuvent dispenser une formation et en faisant campagne pour de meilleures conditions de santé et sécurité, ainsi que pour des salaires équitables. Nous appelons IndustriALL à nous aider à transposer cette campagne au plan mondial.”

Pour conclure, les travailleurs et travailleuses ont répété leur engagement à aider les salariés de Goodyear et ont signé une banderole comme symbole de leur solidarité.

Les travailleurs d’Yves Rocher maintiennent leur position après 200 jours de résistance

En début d’année, 132 travailleurs ont été renvoyés pour avoir adhérés au syndicat Petrol-İş. Néanmoins, les travailleurs licenciés se rendent au travail tous les matins où ils restent sur la ligne de piquetage jusqu’à la fin du deuxième quart de travail.

Des politiciens, des journalistes, des syndicalistes, des membres de la communauté et des artistes leur ont rendu visite sur leur lieu de grève, et leur détermination à résister est forte. Les travailleurs passent le temps à lire les livres qui leurs sont offerts et qui viennent alimenter une bibliothèque de résistance.

Une campagne mondiale a été réalisée, y compris une visite au siège de la compagnie à Paris.

Le conflit a reçu une couverture médiatique importante de la part de la télévision et de la radio. En outre, en octobre, une délégation de travailleurs a fait une déclaration au Parlement turc à l’invitation du Parti républicain du Peuple (CHP), qui fait partie de l’opposition.

Le 23 octobre, une importante manifestation de solidarité a réuni des centaines de personnes venues exprimer leur soutien.

L’hiver arrive. Il fait froid sur la ligne de piquetage et les travailleurs ont besoin de chaleur et d’un abri. Ils ont allumé un feu dans un brasero et monté une tente pour s’abriter de la pluie, du froid et de la neige, prochainement attendue. Mais le 19 novembre, le gouverneur de district a interdit le feu, la tente et l’utilisation des mégaphones. Par ailleurs, la zone de piquetage a fait l’objet de contrôles par la police anti-émeute au cours des dernières mois.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL Global Union, Kemal Özkan, a déclaré:

« L’esprit et la résistance de ces travailleurs est une source d’inspiration pour chacun de nous. Ils n’abandonnerons pas et nous continuerons de les soutenir.

« Yves Rocher, vous avez vu leur force et leur détermination. Ils ne seront pas vaincus. Il est temps que vous les réintégriez et reconnaissiez le syndicat ».

Plusieurs actions en soutien des travailleurs turcs sont en cours de préparation par l’affilié français à IndustriALL, la FCE-CFDT.

Flormar est une marque de cosmétiques turque, détenue majoritairement par Yves Rocher et dont le marché primaire se trouve au Moyen-Orient et en Asie.

L’intégration des femmes est la priorité pour le Comité des femmes d’IndustriALL

Le Comité a souligné l’importance d’accomplir davantage de progrès en vu d’atteindre l’objectif d’une participation de 40% de femmes, tel que prévu par les statuts d’IndustriALL. Des oratrices ont souligné que la participation ne se limitait pas à simplement être présentes aux réunions, que cela signifiait avoir un véritable mot à dire et prendre part aux décisions.

La participation des femmes au travail sectoriel d’IndustriALL est toujours trop faible et ne s’améliore pas de manière significative. Le Comité des femmes a débattu et adopté une série de recommandations en vue de nouvelles stratégies pour prendre en compte le déséquilibre des genres dans les secteurs qui comptent une représentation des femmes la plus faible.

Ces recommandations sont issues d’une réunion tenue au Cap, en Afrique du Sud, en octobre, qui a réuni des hommes et des femmes qui jouent des rôles en vue au sein des secteurs relevant d’IndustriALL.

Parmi ces recommandations, on prévoit que :

“Chaque secteur et réseau doit fixer ses propres stratégies sur la façon d’augmenter la participation active des femmes,” a déclaré Monica Veloso, coprésidente du Comité des femmes.

2018 a vu de remarquables progrès au niveau de la participation des femmes aux projets d’IndustriALL, nombre d’entre eux atteignant l’objectif des 40% de présence de femmes. Le projet de construction syndicale en Afrique sub-saharienne a atteint un taux de 49,3% de participation des femmes et les projets en Asie du Sud-est ont atteint presque 44%. S’agissant des activités destinées aux jeunes au plan mondial, la participation des femmes oscille entre 40 et 50%.

La région Amérique latine a fait rapport auprès du Comité sur une réunion tenue en août de cette année qui a rassemblé 25 déléguées d’Argentine, du Brésil, du Chili, de Colombie, du Salvador, du Mexique, du Pérou, de République Dominicaine, de Trinité-et-Tobago et d’Uruguay en vue de construire un réseau de femmes dirigeantes syndicales.

Les syndicats de la région MENA sont confrontés au défi d’augmenter la participation des femmes parce qu’il n’y a pas d’espace suffisant au sein des structures existantes. Les membres du Comité des femmes se sont entendues dire que le besoin persistait de recruter davantage et de se battre pour le droit de s’organiser syndicalement.

Le Comité des femmes d’IndustriALL pour les Philippines s’est trouvé aux avant-postes d’une campagne pour l’allongement du congé de maternité couronnée de succès dans le pays, obtenant pour les femmes 105 jours de congé payé.

La campagne d’IndustriALL appelant les syndicats affiliés à adopter l’Engagement pour mettre un terme à la violence à l’égard des femmes sur les lieux de travail a été lancée il y a un an et, à ce jour, 100 syndicats ont adopté l’Engagement. Sa promotion continue avec des plans en vue d’élaborer des modules de formation pour les syndicats.

Le Comité des femmes a décidé :

“Nous allons continuer le travail consistant à augmenter la participation et la représentation des femmes au sein d’IndustriALL et de ses affiliés,” a déclaré Jenny Holdcroft, Secrétaire générale adjointe. “Mais nous devons toutes et tous reconnaître qu’il ne s’agit pas d’une problématique limitée aux femmes : c’est une problématique fondamentale pour les syndicats.”

Ethiopie: les femmes travaillant dans le secteur textile et de l’habillement formées au droit du travail

Un atelier de cinq jours tenu à Addis-Abeba, du 26 au 30 novembre, qui a attiré 19 membres des Comités des femmes rattachés aux usines textiles, de confection et de fabrication de chaussures, a reconnu le rôle central du droit dans les contrats de travail et l’importance des contrats écrits. Les conventions collectives protègent également les droits des travailleurs, améliorent les conditions de travail et aident à mieux déterminer les salaires.

Parmi les sujets discutés en détail figuraient le contenu de la législation sur les droits fondamentaux et les obligations des travailleurs et des employeurs, la liberté syndicale, les dispositions de la Proclamation relative au travail, le traitement des griefs et la résolution des conflits sur les lieux de travail. La ratification par l’Ethiopie des Conventions de l’OIT sur la liberté syndicale, la protection du doit syndical et la négociation collective a également été mentionnée.

Les exemples donnés ont été tirés de la jurisprudence éthiopienne et portaient sur les licenciements, les congés maladie et maternité, ainsi que la santé et la sécurité au travail. S’agissant de ce dernier point, le droit stipule que l’employeur doit, entre autres dispositions, donner des instructions claires aux travailleurs, engager un spécialiste de la santé et de la sécurité, fournir des équipements de protection et déclarer les accidents.

Organisé par la Fédération industrielle des syndicats des travailleurs du textile, du cuir et de la confection (IFTLGWU), avec le soutien du Bureau régional d’IndustriALL Global Union pour l’Afrique subsaharienne et FNV Mondiaal, l’atelier a fait ressortir certaines sections du droit, notamment celle sur les licenciements abusifs, que les syndicats souhaiteraient voir changer. Par ailleurs, les syndicats voulaient l’inclusion des salaires minimums dans le droit du travail modifié, et la reconnaissance des droits des travailleurs dans les zones industrielles.

Les syndicats ont indiqué qu’ils continueront à lutter contre la sous-traitance qui, dans la majorité des cas, remplace les emplois permanents par des emplois précaires.

L’atelier a été animé par Alem Abraha, un expert juridique de l’Université de Mekelle.

Sisay Tulu, Coordinateur d’IndustriALL pour l’Ethiopie, a noté:

« Il est important de comprendre le droit du travail pour s’opposer aux situations où les employeurs exploitent les travailleurs n’ayant pas une pleine et entière compréhension de la législation, ce qui conduit généralement à leur exploitation dans les usines. La situation change souvent quand les travailleurs comprennent mieux les règlements et sont capables de défendre leurs droits ».

Tenaris/Ternium : Les syndicats intensifient la lutte alors que le président est inculpé pour corruption

Les syndicats d’Argentine, du Brésil, du Canada, de Colombie, du Guatemala, d’Indonésie, d’Italie, du Mexique, de Roumanie et des États-Unis, qui font partie du Conseil mondial des travailleurs de Tenaris-Ternium, se sont rencontrés dans la banlieue de Mexico ces 26 et 27 novembre. Il s’agissait du dixième anniversaire du Conseil.

Le Président de SINTRATUCAR Walberto Marrugo a livré au Conseil les dernières nouvelles concernant les attaques de Tenaris à l’encontre des travailleurs et travailleuses en Colombie. Tenaris a fait régner la terreur auprès des dirigeants de SINTRATUCAR et filmé de manière illégale des activités syndicales, mettant potentiellement la vie d’adhérents syndicaux en danger au sein du pays le plus dangereux au monde pour les syndicalistes.

Sitraternium a décrit les lents progrès réalisés au niveau des discussions avec Ternium au Guatemala. Ternium a licencié des dizaines de dirigeants de Sitraternium et a refusé de négocier depuis que le syndicat a obtenu son enregistrement officiel en 2012. IndustriALL, ensemble avec l’USW et Sitraternium, a déposé une plainte auprès de l’OCDE contre Ternium en septembre 2017. L’entreprise a débuté des pourparlers avec Sitraternium en mars 2018.

METAROM a rapporté que Tenaris avait récemment accru la pression sur le syndicat en Roumanie. METAROM a organisé une série de manifestations qui ont retenu l’attention des médias au niveau national après que Tenaris a refusé de faire une proposition équitable au niveau des salaires. Le syndicat a finalement conclu un accord sur les salaires, mais de nombreux contentieux subsistent.

Tenaris et Ternium, qui sont tous deux détenus par Techint, contreviennent aux droits des travailleurs, provoquant des conflits salariaux et menaçant de délocaliser des usines vers des pays à plus bas salaires nonobstant des bénéfices de plus d’un milliard et demi de dollars en 2017.

Dans le courant de la deuxième journée de réunion, le président de Tenaris et Ternium et actionnaire majoritaire Paolo Rocca a été inculpé dans le cadre d’une affaire de corruption en Argentine. Le juge en charge de l’affaire l’a inculpé après que Rocca a confié dans un témoignage qu’un directeur de son entreprise avait remis de l’argent à des responsables gouvernementaux entre 2009 et 2012 afin d’accélérer les indemnisations pour une unité nationalisée par le Venezuela. Rocca clame qu’il n’était pas impliqué dans ces versements.

Techint a également été impliquée dans l’énorme scandale de corruption Lava Jato au Brésil et est connue de longue date pour pratiquer l’évasion fiscale par le biais du déplacement de son siège et de la mise en place de sociétés offshore.

“Les entreprises qui bafouent les droits des travailleurs sont souvent irresponsables dans tous les domaines. Tenaris et Ternium ne font pas exception,” a indiqué le Directeur d’IndustriALL Global Union pour les métaux de base, Adam Lee. “Le Conseil mondial des travailleurs et travailleuses de Tenaris-Ternium exige que l’entreprise change de cap et ouvre un dialogue social avec les syndicats au plan mondial.”

Les syndicats se sont engagés à soulever les préoccupations concernant les pratiques antisyndicales de Tenaris et Ternium auprès de leurs actionnaires et clients afin de mettre la pression sur ces entreprises pour qu’elles se montrent à la hauteur de leur prétention d’être socialement responsables.

Le Conseil a dédié la réunion, dont l’hôte était l’affilié d’IndustriALL, Los Mineros, au membre de l’UOM Gabriel Palermo, qui a été mortellement blessé à l’usine Ternium de Rosario, en Argentine, la semaine dernière. Les syndicats ont débattu des problèmes de santé et sécurité constants au niveau des activités de ces entreprises et ont résolu de faire de l’amélioration de la santé et de la sécurité une priorité clé du Conseil mondial.