"Nous voulons une Afrique industrialisée" disent les affiliés d'IndustriALL

"L'Afrique doit impulser son secteur manufacturier, qui est trop faible selon l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel", a déclaré Issa Aremu, le Vice-président d'IndustriALL représentant l'Afrique subsaharienne. "Il faut mettre en avant l'activité manufacturière et la valeur ajoutée qui est créatrice d'emplois décents."

"On ne peut pas parler d'industrialisation et de Industry 4.0 sans développement des infrastructures. Les politiques énergétiques sont importantes et l'accès à l'électricité essentiel," a-t-il ajouté.

Même après deux décennies de croissance économique, l'industrialisation n'a pas progressé sur le continent africain. Cette croissance a été le résultat d'une expansion des marchés intérieurs et de quelques évolutions macroéconomiques, de prix des matières de base favorables, de l'urbanisation et d'une hausse de l'investissement public et privé.

La conférence a mis en lumière le fait que le modèle de développement reposant sur l'extraction utilisant des technologies rudimentaires et l'exportation de matières premières telles que minerais, pétrole et gaz et produits agricoles ne fonctionne pas. L'industrie africaine génère à peine 700 $ de PIB par habitant, contre 2.500 $ en Amérique latine et 3.400 $ en Asie de l'est.

Elle a recommandé un modèle de développement alternatif ancré dans la production manufacturière, l'extraction minière responsable, des politiques industrielles durables, un commerce équitable, une transition juste et des salaires de survie, et qui soit synchronisé avec les Objectifs de développement durable des Nations unies, en particulier ceux concernant les emplois verts et décents.

Or, le succès d'un modèle alternatif ne va pas sans la volonté politique des gouvernants et des institutions nationales fortes, une réforme de la conception du développement imposée par les institutions financières internationales, des entreprises multinationales réceptives, des politiques environnementales durables et une indispensable implication des organisations et communautés de la société civile.

"Les Africains vivent dans la pauvreté, entourés par la richesse", a déclaré le Secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan. "Ce ne peut être le destin de nos camarades africaines et africains. L'industrialisation est la meilleure façon de faire bouger les choses et un moyen de promouvoir des politiques économiques et sociales qui profitent aux Africains."

Les participants ont reconnu la nécessité pour les syndicats d'avoir leur mot à dire dans l'élaboration des politiques économiques et sociales en tant qu'acteurs importants représentant les travailleurs. Une représentation équitable des jeunes travailleurs, l'éducation et l'apprentissage tout au long de la vie et l'innovation dans la négociation collective s'imposent pour que changent les lieux de travail.

La conférence a recommandé que les syndicats adoptent certaines des recommandations de la Vision du Régime minier de l'Afrique qui dessine les pistes à suivre pour que les ressources minérales soutiennent une industrialisation durable.

Les participants ont décidé d'agir vis-à-vis de l'Union africaine dans le cadre de l'actuelle campagne pour un développement industriel durable et d'élaborer des plans nationaux et des actions nationales par le biais des Conseils des affiliés nationaux d'IndustriALL.

"Notre campagne pour l'industrialisation de l'Afrique revêt une importance cruciale pour nos affiliés d'Afrique subsaharienne. IndustriALL Global Union poursuivra son soutien à ses affiliés" a déclaré le Secrétaire général adjoint Kemal Özkan.

Cette conférence, organisée par IndustriALL Global Union et ses affiliés d'Afrique subsaharienne, était parrainée par l'Organisation internationale du travail (OIT), la Fondation Friedrich Ebert (FES), des centrales syndicales nationales et des organisations de la société civile.

Une présence syndicale forte dans le secteur des énergies renouvelables est essentielle pour l’avenir

Les participants, en provenance d’Allemagne, d’Autriche, de Belgique, d’Espagne, d’Inde, du Japon, de Pologne, du Sri Lanka et de Suède, ont partagé leurs expériences. Le développement du secteur des énergies renouvelables est inégal à travers le monde, mais le sens de la marche est clair et de nombreux enseignements peuvent être appris des pays avancés dans ce domaine.

Lors de la séance d’ouverture, Rainer Wimmer, président de l’affilié autrichien Pro-Ge et coprésident du secteur, a indiqué:

« Tout comme les ingénieurs mécaniciens et les syndicalistes, la technologie est la plus importante contribution que nous puissions faire pour atténuer les effets du changement climatique. Nous avons besoin du vent, nous avons besoin de l’énergie solaire, nous avons besoin de la biomasse. Et nous avons besoin de syndicats puissants pour assurer une transition énergétique juste. »

Angelika Thomas, membre de l’affilié allemand IG Metall, a déclaré:

« J’étais déléguée à la COP24. Nous sommes très satisfaits de la Déclaration de Silésie sur la solidarité et la Transition juste, qui s’engage à s’attaquer aux dimensions sociales du changement climatique au moyen d’une Transition juste ».

La fabrication des équipements est une composante essentielle de la chaîne logistique des énergies renouvelables. Aussi, les affiliés à IndustriALL de la section du génie mécanique sont très soucieux d’organiser les travailleurs dans ce secteur en croissance. Les participants ont discuté des possibilités d’utiliser les accords-cadres mondiaux et les réseaux syndicaux  avec les entreprises de production d’énergie et de fabrication des équipements. 

Matthias Hartwich, directeur d’IndustriALL en charge du secteur de la construction mécanique, a indiqué:

« C’est un nouveau travail. Nous avons réuni des spécialistes du secteur de l’ingénierie mécanique qui travaillent dans les énergies renouvelables afin de discuter des emplois de demain. Cette réunion est un laboratoire, où nous organisons les expériences d’apprentissage de chacun pour connaître la direction que nos syndicats doivent prendre ».

Le secteur des énergies renouvelables en Suède est relativement mature, surtout en ce qui concerne l’énergie hydroélectrique. La présidente d’IF Metall, Marie Nilsson, a expliqué le potentiel de croissance en ces termes:

« Nous n’avons pas peur des nouvelles technologies mais nous avons peur de la vieille technologie. Göteborg est le pilier industriel de la Suède, et nous assistons à des investissements importants dans la région. La population s’accroît et Industrie 4.0 change la nature des emplois. Le taux de chômage est faible. Notre problème est que nous manquons de compétences ».   

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, qui s’est adressé aux participants par vidéo-conférence, a déclaré:

« Nous avons besoin d’un réseau dans le secteur des énergies renouvelables qui travaille en étroite collaboration avec les secteurs de l’énergie et de l’électronique.

« Le réseau doit porter principalement ses efforts sur l’organisation des travailleurs et être capable de répondre à un conflit en lui apportant un soutien solidaire ».

La réunion comprenait une visite à l’usine de roulements SKF, qui s’est établie dans la ville en 1907. Les roulements SKF sont utilisés dans les éoliennes et les turbines marémotrices, les transports, la robotique, la transformation ainsi que dans tous les domaines industriels qui contiennent des pièces mobiles. Une légère amélioration de l’efficacité par roulement a conduit cumulativement à de très importantes économies d’énergie.

L’usine SKF, qui est hautement automatisée, voit ses effectifs passer des cols bleus (travailleurs manuels) aux cols blancs (travailleurs non manuels). Cependant, le syndicat des cols bleus qui est sur place, à savoir IF Metall, croit que le travail va changer plutôt que disparaître.

Le président de la section locale d’IF Metall, Zarko Djurovic, a signalé: « Pour paraphraser un vieux dicton du mouvement ouvrier, le travailleur du futur programmera une machine le matin, parlera aux clients dans l’après-midi et élaborera un nouveau processus de production dans la soirée. C’est l’évolution du travail. »

2017 a été une autre année record pour les énergies renouvelables, caractérisée par la plus grande hausse de la capacité de production d’énergie renouvelable jamais enregistrée, la chute des coûts, les augmentations des investissements et les innovations en technologies de base. Selon les rapports, 10,3 millions de personnes travaillaient dans les énergies renouvelables en 2017; l’Asie comptant 60 % des emplois. Parmi les emplois en énergie renouvelable, l’énergie solaire a été le plus gros employeur avec près de 3,4 millions d’emplois.

Tous les participants à la réunion ont convenu de poursuivre les travaux et de coopérer étroitement avec les secteurs voisins, comme l’énergie, la technologie de l’information et des communications (TIC), les systèmes électriques et électroniques, pour organiser les travailleurs et assurer une forte présence syndicale sur les lieux de travail prospectifs.

IndustriALL fait monter la pression sur Volkswagen pour un dialogue avec les syndicats américains

Il y a trois ans, le 4 décembre 2015, 70% de la main d’œuvre spécialisée de l’usine Volkswagen de Chattanooga, aux États-Unis, ont voté en faveur d’une représentation par l’UAW.

Mais au lieu d’ouvrir des négociations avec le syndicat, Volkswagen n’a eu de cesse que présenter des recours contre ce scrutin, y compris un appel à l’encontre de la décision de l’agence américaine qui régit les relations sociales (NLRB) datant d’août 2016 et qui penchait en faveur de l’UAW.

Le Secrétaire général d’IndustriALL Valter Sanches indique que ce comportement va à l’encontre des bonnes pratiques appliquées par Volkswagen partout ailleurs dans le monde en ce qui concerne les droits des travailleurs et le dialogue social :

“Il ne s’agit pas seulement d’une violation de la législation américaine, mais aussi de la « Déclaration relative aux droits sociaux et relations industrielles chez Volkswagen » signée en juin 2002.”

Le 30 novembre 2018, le Comité exécutif d’IndustriALL a adopté à l’unanimité une résolution exigeant que Volkswagen retire d’urgence toute forme d’action juridique à l’encontre des syndicats. Dans le cas contraire, IndustriALL Global Union ne voit pas d’autre option que de suspendre l’Accord-cadre mondial (ACM) avec Volkswagen (Déclaration relative aux droits sociaux et relations industrielles chez Volkswagen), s’agissant de la forme de désapprobation la plus forte à disposition.

Les relations de travail avec Volkswagen sont précieuses et ont prouvé leur efficacité et leurs bénéfices pour des millions de travailleurs et travailleuses qui sont occupés directement ou indirectement par Volkswagen de par le monde.

Dans une résolution adoptée par le Conseil d’entreprise mondial du groupe Volkswagen la semaine dernière, le 6 décembre, les syndicalistes de Volkswagen élus et venus du monde entier ont soutenu la revendication d’une reconnaissance syndicale immédiate de la main d’œuvre spécialisée de Chattanooga.

“Nous protestons contre le fait que Volkswagen n’a toujours pas accepté le vote de ses ouvriers et ouvrières de maintenance et ne se soit pas conformée aux droits de négociation afférents et essaie de ce fait d’utiliser l’environnement juridique antisyndical des États-Unis pour éviter de s’engager dans des négociations collectives.”

En présence d’autres exemples de droits syndicaux et du travail mis en question au sein d’autres usines manufacturières du sud des États-Unis, IndustriALL va continuer à observer les autres multinationales présentes dans la région et coordonner des actions appropriées pour garantir le respect des droits des travailleurs et travailleuses.

Les syndicats hongrois protestent contre une "loi d'esclavage"

Les travailleurs et les syndicats sont descendus dans les rues de la capitale le 8 décembre pour clamer leur opposition et protester contre la tentative du gouvernement d'allonger la durée du travail au détriment des travailleurs et en favorisant les intérêts des entreprises.

Le gouvernement hongrois veut apporter un amendement anti-salariés au Code du travail qui permettrait aux employeurs de porter le plafond d'heures supplémentaires autorisé de 250 à 400 heures par an et édulcorer d'autres règles sur le travail. S'ils sont adoptés, les amendements proposés par le gouvernement pourraient se traduire par un jour de travail en plus par semaine, tandis que la période de référence pour le calcul du temps de travail pourrait être portée de 12 à 36 mois.

L'argument avancé par le gouvernement de droite est celui d'une pénurie de main-d’œuvre en Hongrie, d'où la nécessité de travailler plus. Pour les syndicats hongrois, les salaires des Hongrois restent les plus bas d'Europe.

Le Secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré :

IndustriALL appelle le gouvernement hongrois à agir dans le respect le plus strict des normes fondamentales du travail nationales et internationales. L'amélioration de la compétitivité ne peut se faire sur le dos des travailleurs et en les privant de leurs droits.

À sa réunion des 29-30 novembre, le Comité exécutif d'IndustriALL a discuté de cet amendement anti-salariés du Code du travail hongrois et il a adopté à l'unanimité une résolution exprimant sa solidarité avec les travailleurs hongrois et leurs syndicats.

Le Parlement hongrois doit discuter de cette proposition le 12 décembre.

Le gouvernement du Bangladesh s’efforce de paralyser l’Accord et de lui retirer son indépendance

Dans sa communication à la Cour dans le cadre du recours contre le jugement du tribunal stipulant l’arrêt du fonctionnement de l’Accord au Bangladesh dès le 30 novembre, le gouvernement a déclaré que celui-ci devrait uniquement être autorisé à opérer dans le pays en vertu d’un ensemble de conditions très prohibitives qui dépouillent l’initiative mondialement respectée en matière de sécurité de sa capacité à fonctionner indépendamment d’un contrôle exercé par le gouvernement et l’employeur. La communication indique également que ce sera la dernière prorogation accordée au maintien du bureau de l’Accord à Dhaka.

Si elles sont acceptées par la Cour suprême, les conditions du gouvernement détruiront l’indépendance de l’Accord en soumettant toutes ses décisions à l’aval d’un comité gouvernemental. Par exemple, une autre condition défend aux inspecteurs de l’Accord d’identifier toutes nouvelles infractions à la sécurité, exigeant d’eux d’ignorer délibérément les dangers mortels qu’ils détecteraient lors de leurs inspections, tels que les systèmes d’alerte défectueux, les issues de secours bloquées et les lézardes dans les colonnes structurales portantes. Une autre contrainte empêche l’Accord de prendre des mesures contre les propriétaires d’usine qui menacent ou licencient les travailleurs ayant des griefs en matière de sécurité.

Durant l’audience qui a eu lieu le 6 décembre, lors de laquelle a été présentée la réponse de l’Accord aux entraves à son fonctionnement, le gouvernement a sollicité la tenue d’une nouvelle audience le 10 décembre pour lui laisser le temps d’examiner la suite à donner. Aujourd’hui, il a demandé et obtenu un délai supplémentaire jusqu’au 17 décembre. Sans une direction claire, l’avenir de l’Accord est incertain.

Les syndicats mondiaux signataires de l’Accord, IndustriALL et UNI, ainsi que les quatre témoins signataires, Clean Clothes Campaign (Campagne pour des vêtements propres), International Labor Rights Forum (le Forum international des droits du travail), le réseau de solidarité Maquila, et le Worker Rights Consortium (le Consortium des droits des travailleurs), appellent les partenaires commerciaux du Bangladesh et les marques de vêtements mondiales à demander instamment au gouvernement du Bangladesh de ne pas imposer ces entraves intolérables à l’Accord pour qu’il puisse poursuive son travail salvateur.

L’Accord a contribué à améliorer fortement la sécurité dans les usines de confection au Bangladesh depuis sa mise en œuvre après l’effondrement de l’usine de Rana Plaza en 2013, qui a fait plus d’un millier de morts. L’Accord a permis d’identifier plus de 100 000 risques d’incendie, électriques et structuraux au niveau des bâtiments, dont il a été remédié en grande majorité. Plus de deux millions de travailleurs ont suivi la formation en sécurité dispensée dans plus de 1 000 usines.

Malgré ces avancées, des dangers demeurent et la vie des travailleurs reste menacée. Plus de 50 % des usines ne disposent toujours pas d’alarmes incendie adéquates et de systèmes de détection de fumée; 40 % n’ont toujours pas terminé les travaux de rénovation des structures des bâtiments nécessaires.

Les conditions du gouvernement ne permettront pas, en vertu de l’Accord, d’identifier et de notifier tous les nouveaux risques sécuritaires, d’aider les usines à effectuer les rénovations salvatrices, de répondre aux griefs des travailleurs en matière de sécurité, ainsi que de continuer de dispenser la formation indispensable en santé et en sécurité aux travailleurs et aux gestionnaires. Avoir une autorisation de fonctionner dans de telles conditions ou ne pas avoir d’autorisation équivalent.  

Si le gouvernement du Bangladesh ne lève pas d’urgence ces contraintes afin de préserver la qualité et l’indépendance des activités de l’Accord, ce dernier n’aura aucun autre choix que de continuer à opérer à partir de son siège à Amsterdam et donc, de transférer la gestion de ses programmes d’inspection, de rénovation et de formation, ainsi que de recourir à des sous-traitants pour la mise en œuvre. Cela aura nécessairement des répercussions sur sa capacité à soutenir la remise en état des usines, ce qui obligera certaines marques à mettre fin à leurs relations d’affaires avec davantage d’usines non sûres.

L’Accord s’est engagé depuis longtemps à céder ses fonctions à un organisme de réglementation national compétent. Néanmoins, la cellule de coordination des mesures correctives du Gouvernement est encore à un stade de développement peu avancé. Il existe un large consensus parmi les parties prenantes, y compris l’Organisation internationale du travail (OIT), les principaux partenaires commerciaux du Bangladesh et les marques, selon lequel la cellule n’est pas encore prête à réaliser les tâches d’inspection en vertu de l’Accord et n’a aucun résultat avéré en matière de respect des normes en matière de sécurité dans les usines relevant de sa compétence.

L’Accord s’est engagé à renforcer la capacité de la cellule et à coopérer avec le gouvernement et ses organismes d’inspection afin d’assurer une transition harmonieuse. Il a déjà présenté un plan d’actions possibles pour ce faire, qui n’a toutefois toujours pas fait l’objet de commentaires de la part du Gouvernement.

Pour fonctionner pleinement, un plan de transition valable en matière d’inspection des usines et de formation en sécurité, ainsi qu’un mécanisme de traitement des plaintes des travailleurs nécessiteront de disposer de beaucoup plus de temps et d’un réel engagement du gouvernement. Ce ne sera pas possible à moins que l’Accord puisse poursuivre ses activités librement. L’Accord est un contrat privé qui demeura contraignant pour les marques signataires jusqu’en 2021, ou jusqu'à ce que la cellule soit manifestement prête à prendre le relai.

L’Accord du Bangladesh est largement reconnu par les marques, les initiatives multipartites, les syndicats, les ONG, les investisseurs, les représentants gouvernementaux et les politiciens comme étant la seule garantie crédible à la sécurisation des usines au Bangladesh. La pression internationale s’est accrue durant la période de préparation de l’audience à la Cour pour que l’Accord soit autorisé à continuer de fonctionner au Bangladesh jusqu'à ce que le gouvernement puisse garantir la sécurité dans les usines.

Les partenaires commerciaux du Bangladesh, y compris le Canada, les Etats-Unis et l’UE, veulent que leurs marques puissent se fonder sur l’Accord pour veiller à ce que les usines de leurs fournisseurs soient sûres; une position qui trouve une illustration dans une résolution du Parlement européen. En conséquence, les trois fondateurs de la cellule du Bangladesh, à savoir le Canada, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, doivent exhorter le gouvernement du Bangladesh à lever toutes les restrictions, à rendre compte publiquement des progrès de l’organisme de contrôle et à mettre l’accent sur la nécessité d’une volonté politique au Bangladesh pour que soit conçu un véritable plan de transition, incluant des formations en sécurité et un mécanisme de traitement des plaintes des travailleurs sur les dangers en matière de sécurité. Si le gouvernement du Bangladesh ne permet pas à l’Accord de fonctionner efficacement et de manière indépendante, les partenaires commerciaux devront tenir compte des conséquences de cette décision sur leurs politiques commerciales avec le Bangladesh en général. À moins que l’Association des fabricants et des exportateurs de vêtements au Bangladesh (BGMEA-Bangladesh Garment Manufacturers and Exporters Association) et que le gouvernement du Bangladesh négocient rapidement et avec réalisme avec l’Accord pour que la totalité des activités de ce dernier continuent, les perspectives d’avenir d’un régime tarifaire favorable aux exportations du Bangladesh seront beaucoup plus nuancées.

S’il veut éviter une dégradation irréparable de la réputation du Bangladesh en tant qu’exportateur de vêtements, le Gouvernement devrait se consacrer à instaurer un organisme de réglementation national compétent pouvant garantir la sécurité des usines de confection au Bangladesh dans l’avenir, plutôt que d’empêcher l’Accord de continuer son travail salvateur.

Égalité des genres : pas une problématique uniquement pour les femmes

Un par un, les mythes qui concernent les femmes travaillant dans des secteurs dominés par les hommes ont été abordés et mis en pièces lors d’une conférence tenue au Cap, en Afrique du Sud, en octobre 2018, qui a vu la participation d’hommes et de femmes en provenance d’affiliés d’IndustriALL du monde entier.

Chacun de ces mythes a été servi aux femmes présentes à la conférence au cours de leur parcours professionnel et syndical. “Les femmes sont trop frêles pour exercer un métier physique”, pouvait-on lire sur un bout de papier. Vida Brewu du Syndicat des mines du Ghana s’est avancée et l’a proprement déchiré en deux.

“Les femmes sont trop émotives pour faire des leaders syndicaux.” Rose Omamo, Secrétaire générale du Syndicat unique des métallurgistes du Kenya, s’est occupée de celui-là.

“Les femmes devraient rester à la maison avec les enfants.”

“Le cerveau des femmes ne peut comprendre les questions techniques.”

“Les femmes n’ont pas la coordination pour faire fonctionner des engins.”

“Les femmes portent malheur aux mineurs.”

“Il est trop cher de fournir des installations destinées aux femmes.”

“Les femmes sont moins flexibles et n’effectueront pas de déplacements professionnels.”

“Les femmes ne veulent pas de ces emplois.”

Tous ces mythes doivent être abordés et réfutés pour que les femmes soient traitées sur un pied d’égalité au travail et dans leurs syndicats.

“Nous devons être deux fois meilleures que les hommes pour être prises au sérieux”, a confié Lena Yuliana du Syndicat indonésien du ciment FSP ISI. Elle a partagé son expérience du relevé d’émissions à des hauteurs qui effraient beaucoup d’hommes. D’autres femmes ont partagé des expériences similaires : Rose Omamo était une des meilleures mécaniciennes de son entreprise avant de devenir une dirigeante syndicale. Claudia Blanco, qui préside une section locale de Sintracarbón en Colombie, est conductrice de train dans un terminal charbonnier. Nombre de femmes conduisent des camions, travaillent sous terre ou sont chargées de la maintenance du matériel au sein de compagnies de distribution.

Les industries des mines, des métaux de base, des matériaux et de l’énergie sont pourvoyeuses d’emplois qualifiés, bien payés et prestigieux, mais les meilleurs d’entre eux sont dominés par les hommes. Les femmes occupées dans ces secteurs ont tendance à n’avoir accès

qu’aux postes les plus subalternes et précaires, dotés des plus bas salaires et statuts. Les syndicats comptent peu de femmes à des postes dirigeants, en dépit de leur présence dans le secteur et ont, par conséquent, des difficultés à recruter des femmes parmi leurs effectifs.

“Les comités des femmes débattent de l’égalité des genres au niveau de l’emploi et des syndicats depuis des décennies”, indique la Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL Jenny Holdcroft.

“Nous ne l’atteindront pas tant que les hommes ne s’attacheront pas également à éliminer les barrières à la participation et à la représentation égalitaire des femmes.

“Au lieu d’attendre que les femmes s’intègrent aux structures existantes, nous devons changer la manière dont le travail est organisé, ainsi que la manière dont nous considérons les rôles dirigeants de nos syndicats, de sorte à ce que les femmes puissent y prendre leur place aux côtés des hommes. Ceci se fera au bénéfice de toutes et tous et conduira à de meilleurs emplois et des syndicats plus forts.”

Iran: des militants syndicaux torturés alors que la vague de grèves s’amplifie

Les travailleurs de l’aciérie nationale iranienne implantée à Ahvaz ont fait grève à plusieurs reprises l’an dernier dans le cadre d’un conflit en cours pour réclamer les arriérés de salaires et le retour à la nationalisation de leur usine. Ils ont noué des liens de solidarité avec les travailleurs du complexe industriel de canne à sucre Haft Tappeh, situé dans la ville de Shush, en grève depuis plus d’un mois pour protester contre les salaires impayés et la corruption présumée des gestionnaires.

Des grèves ont lieu également à la raffinerie de pétrole Abadan, dans le cadre du projet de métro de la municipalité d’Ahvaz et parmi les employés municipaux de Hamidiyeh.

Le dirigeant iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, affirme que les grèves sont dirigées par des ennemis étrangers dont le but est de détruire l’économie; ce à quoi les travailleurs répondent en décrivant l’Iran comme « la maison des voleurs, unique dans le monde entier », insistant sur le fait que « Notre ennemi est juste ici; ils mentent en disant que c’est l’Amérique ».

Le 18 novembre, 18 éminents dirigeants ouvriers ont été arrêtés durant la répression par les forces de l’ordre d’une manifestation, à Shush, de 4 000 travailleurs de Haft Tapeh. Le lendemain, des milliers de sidérurgistes d’Ahvaz se sont rassemblés dans un élan de solidarité avec les travailleurs du complexe de canne à sucre. Tous se sont regroupés devant le Bureau du gouverneur pour exiger la libération des militants.

Des étudiants de plusieurs universités ont également manifesté en soutien aux militants arrêtés.

Les autorités ont libéré 14 militants, mais Esmail Bakhshi, Mohamad Khanifar, Moslem Armand, Hosein Fazel et Sepideh Gholian, étudiant et militant, demeurent en prison.

Les nombreuses rumeurs selon lesquelles les militants seraient torturés ont été récemment confirmées par les familles de Bakhshi et Gholian qui leur ont rendu visite en prison. Les familles ont déclaré que les deux militants avaient subi des passages à tabac et avaient été placés en isolement. Bakhshi souffrait de sévères contusions au niveau de la tête et avait subi des pressions pour appeler à la fin de  la grève.

L’affiliée iranien d’IndustriALL Global Union, le syndicat des métallurgistes et des mécaniciens d’Iran, a déclaré:

« Nous condamnons les très mauvaises conditions physiques et psychologiques imposées à Esmail Bakhshi et Sepideh Gholian, et exigeons leur libération immédiate et inconditionnelle.

« La responsabilité de leurs souffrances incombe directement à l’Etat iranien. Nous sommes de plus en plus profondément inquiets pour leurs vies.

« Nous appelons les travailleurs en Iran et dans le monde entier à faire campagne pour la libération de toutes les personnes arrêtées. »

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a souligné:

« La tentative de briser la grève par la violence et l’intimidation jette l’opprobre sur le régime iranien. Les travailleurs font grève pour obtenir les salaires qu’ils ont gagné et leurs dirigeants souffrent courageusement le martyre pour les défendre.

« L’Iran doit respecter les droits des syndicats et les conventions fondamentales de l’OIT, en particulier les conventions nos 87 et 98.  Les syndicalistes doivent être en mesure de faire leur travail sans subir des intimidations et du harcèlement. Ils ont le droit d’établir des syndicats indépendants ».

L’aciérie et le complexe de canne à sucre ont été privatisés dans des circonstances douteuses. Les propriétaires privés ont acheté les usines à bas prix et, fréquemment, ne versent pas les salaires. Les entreprises ne reconnaissent pas les syndicats indépendants, qui parfois réussissent à obtenir le paiement des salaires dus suite à des grèves sauvages.

Face cachée honteuse de Shell – travailleurs en sous-traitance au seuil de pauvreté au Nigeria

Les salaires de misère sont la règle pour des milliers de travailleurs et travailleuses sous-traitants de l’industrie du pétrole et du gaz au Nigeria. En septembre 2018, IndustriALL Global Union a mené une mission à Port Harcourt pour rencontrer des sous-traitants dans le cadre de sa campagne mondiale pour dire stop au travail précaire chez Shell.

Malgré 28 années de service dans la sous-traitance pour Shell, Oscar Tamuno n’en a pas tiré grand-chose. Lui, sa femme et leurs quatre enfants vivent dans un minuscule deux pièces sans étage dans la ville de Port Harcourt. À l’arrière, il y a une petite cour où eux et quatre autres familles partagent des sanitaires rudimentaires. On cuisine dehors, sur un réchaud ouvert.

Le travail précaire est devenu un axe de campagne d’IndustriALL, qui exhorte également Shell à s’embarquer dans un dialogue à échelle mondiale avec elle et ses affiliés. Les salariés sous-traitants sont deux fois plus nombreux que les permanents chez Shell et effectuent les tâches les plus dangereuses.

En mai 2018, les affiliés d’IndustriALL de cinq pays, dont le Nigeria, ont fait connaître leurs doléances à Shell à l’occasion de son assemblée générale annuelle à La Haye. Ensuite, IndustriALL a mis en lumière des cas d’antisyndicalisme et de violations de la liberté syndicale concernant les salariés sous-traitants de Shell au Nigeria lors de la Conférence internationale du Travail de l’OIT à Genève, en juin. Shell a cependant constamment refusé d’entamer un dialogue digne de ce nom avec IndustriALL pour prendre en compte ces préoccupations.

Affiliés d’IndustriALL du secteur du pétrole et du gaz au Nigeria : 

NUPENG (Syndicat national des travailleurs du pétrole et du gaz naturel du Nigeria), qui représente les cols bleus et PENGASSAN (Association du personnel de direction du pétrole et du gaz du Nigeria), qui représente les cols blancs.

Shell au Nigeria 

La présence de Shell au Nigeria est ternie par la corruption, la destruction de l’environnement et des atrocités au plan des droits de l’homme. Elle est la plus grande multinationale du pétrole dans le pays, a été pionnière de l’exploration pétrolière dans le pays en 1936 et y a produit sa première cargaison de pétrole en 1958. Le Nigeria est devenu depuis le plus gros producteur de pétrole brut d’Afrique, les plus grandes compagnies pétrolières du monde, dont Total, Eni et Chevron y développant des activités.

Treize ans après l’indépendance du Nigeria du joug colonial britannique en 1960, le gouvernement nigérian a pris une participation dans les activités de Shell dans le pays. En 1979, la Shell Petroleum Development Company (SPDC) a été mise en place et appartient maintenant à la Compagnie nationale nigériane des pétroles, qui y détient 55% des parts, Shell en a 30%, Total 10% et Eni 5 %. Shell en reste cependant l’opérateur.

En 1990, frustré par l’exploitation des ressources naturelles et les dommages à l’environnement causés par les compagnies pétrolières, le MOSOP (Mouvement pour la survie du peuple des Ogonis), dirigé par le militant et dramaturge Ken Saro-Wiwa, a revendiqué la fin de la pollution pétrolière et une part plus équitable des bénéfices. En dépit du fait que le pétrole ait été extrait de leurs terres dans le Delta du Niger depuis 1958, ils n’ont jamais rien obtenu en retour.

Activités de Shell au Nigeria: 

En janvier 1993, le MOSOP a mobilisé environ 300.000 personnes pour protester contre la pollution et Shell, qui est l’opérateur le plus important sur le territoire des Ogonis. C’est ce qui a poussé les militaires nigérians à intervenir. Saro-Wiwa et huit autres militants du MOSOP ont été pendus en 1995 par le régime militaire de Sani-Abacha, causant l’indignation de la communauté internationale. Shell Royal Dutch Petroleum a été poursuivie par le Centre américain pour les droits constitutionnels pour complicité dans la répression du peuple des Ogonis et les exécutions des Neuf d’Ogoni. En 2006, à la veille du procès, Shell a négocié un arrangement hors tribunal qui a mené au versement de 15,5 millions de dollars au peuple des Ogonis.

Bien que Shell a quitté le territoire des Ogonis en 1993, sa myriade de réseaux d’oléoducs dans le Delta du Niger est restée en place. En 2008 et 2009, deux énormes fuites sur ses oléoducs ont frappé la communauté de Bodo sur ce territoire. Elles ont causé des dommages catastrophiques à l’environnement et saccagé les moyens d’existence des communautés locales, qui étaient largement dépendantes de la pêche et de l’agriculture.

En 2015, Shell a admis sa responsabilité dans ces fuites, que l’ONU a décrites comme un “désastre écologique”, et accepté de verser 83 millions de dollars pour la réhabilitation, dont on s’attend à ce qu’elle prenne des décennies.

De nos jours, un haut niveau de pauvreté, le chômage et l’échec lamentable à faire en sorte que les revenus du pétrole bénéficient aux populations locales ont mené à davantage d’insurrections et Shell est gangrenée par des attaques de militants, des fuites et sabotages sur ses oléoducs. En 2017, le SPDC a fait état de pertes de l’ordre de 9.000 barils par jour du fait de vols, soit une perte d’environ 180 millions de dollars par an. Ce chiffre, en hausse, était de 6.000 barils en 2016.

4 milliards de dollars, c’est la somme engrangée par Shell au départ de la production de pétrole et de gaz au Nigeria en 2017. Source : Reuters

Au moment où la compagnie cherche à se départir de sa dépendance vis-à-vis du pétrole brut, elle se concentre sur les énormes réserves inexploitées de gaz du Nigeria, qui sont considérées par Shell comme une alternative plus propre au pétrole au moment où elle cherche à rencontrer les objectifs en matière de gaz à effet de serre.

Travail précaire

Le Président du NUPENG, Williams Akporeha, appelle le Nigeria “le quartier général du travail précaire”. Shell a au fil du temps, fait passer à la sous-traitance pratiquement l’ensemble des tâches de production, avec des bas salaires, un minimum de prestations sociales et sans sécurité d’emploi. Selon les syndicats, il y a chez Shell très peu de personnel permanent au niveau de la logistique ou des cadres moyens. Cette prédominance des salariés en sous-traitance n’est pas unique à Shell, mais indicative de la situation dans la plupart, voire toutes les compagnies pétrolières internationales au Nigeria.

Rencontre avec les salariés en sous-traitance de Shell

Le NUPENG a emmené la mission d’IndustriALL en visite à la Station de réception et traitement Umuebulu de Shell à Etche, dans la banlieue de Port Harcourt. Les travailleurs en sous-traitance, portant des uniformes Shell, étaient impatients de nous livrer leurs récits. Nombre d’entre eux ont déclaré qu’ils étaient employés par le biais d’un contrat de communauté, qui est un contrat organisé entre la compagnie pétrolière et un responsable de la communauté locale, dans ce cas, le chef ou roi local. À la suite du décès du roi et ensuite de son fils, les travailleurs ont déclaré n’avoir plus été payés depuis plusieurs mois. Bien que Shell soit intervenue pour couvrir une partie des pertes de revenu, de nombreux travailleurs ont déclaré que certains salaires leur étaient toujours dus.

Un travailleur de la station, employé sous un tel régime, a déclaré à la mission :

“L’entrepreneur pour qui je travaille ne me paie pas à temps. Je n’ai plus été payé depuis six mois. Mon salaire est d’à peine 50.000 nairas (137 dollars) par mois. Quand je rentre chez moi, je dois aller mendier de la nourriture à mon voisin. Voilà six mois que mes enfants ne peuvent plus aller à l’école. Je travaille pour Shell depuis 11 ans, mais je n’ai même pas un tapis dans ma maison. Je n’ai pas non plus de radio.

“Si vous ouvrez la bouche pour dire quoi que ce soit, ils vous mettent dehors. Le lendemain, ils (Shell) vont appeler l’entrepreneur et il va vous mettre dehors et vous remplacer par quelqu’un d’autre. C’est à cela que nous sommes confrontés dans cette unité de Shell.”

“Notre salaire chez Plantgeria est d’environ 95.000,” déclare un autre travailleur mis au service de Shell par son employeur. “De nos jours, au Nigeria, vous ne vous en tirez pas avec ça. Vous ne pouvez pas payer les frais de scolarité de vos enfants. Vous ne mangez pas bien. Vous ne pouvez pas améliorer votre quotidien. Nous faisons le sale boulot. Nous travaillons comme des éléphants et nous mangeons comme des fourmis.”

Tous les travailleurs ont parlé du sous-traitant comme de leur “payeur” et considèrent travailler chez Shell, sachant qu’ils sont directement sous les ordres de la direction de Shell. Ils déclarent que c’est Shell qui détermine ce que les sous-traitants les paient. Cependant, leurs appels à Shell pour obtenir de meilleurs salaires sont ignorés :

“Si vous sollicitez une augmentation, vous serez escorté dehors par la police. Et s’en sera fini de votre emploi. Plus d’accès au chantier jusqu’à ce que vous signiez un papier qui dit que vous ne vous joindrez pas à un syndicat et ne réclamerez pas d’augmentation,” dit un autre.

Shell affirme qu’il ne serait pas financièrement viable de donner des postes permanents aux salariés sous-traitants, parce qu’ils ne sont pas nécessaires tout le temps. Mais cela contredit ce que des travailleurs ont déclaré à IndustriALL :

“Ils continuent à nous considérer comme des travailleurs à la tâche, mais nous avons été occupés ici de manière continue depuis parfois 20 ans, tout en étant payés moins de 150 dollars par mois,” se lamente un ouvrier. “J’ai un courrier qui m’informe que je n’ai droit à aucune prestation sociale. Ces deux derniers mois, nous nous sommes rassemblés pour rejoindre le NUPENG. Maintenant, s’ils nous menacent, “mettez-nous dehors” est ce que nous leur dirons simplement.”

Les travailleurs indiquent qu’ils reçoivent à l’origine un contrat de deux ans, mais qu’après cela l’entrepreneur va ajouter des avenants de trois ou six mois, valables pour des années. “C’est pour cela que nos salaires stagnent. Il n’y a pas de modification dans ces avenants. Parfois, on réduit même le salaire,” déclare un autre.

Les perspectives pour les travailleurs en sous-traitance de Shell sont nulles : “Nous ne bénéficions pas de promotions. Nous sommes au même salaire depuis ces dix dernières années. Nous avons provoqué de l’agitation pour obtenir une revalorisation salariale, mais rien ne s’est passé.”

Vassey Lartson qui travaille comme technicien de laboratoire pour Shell à Houston, aux États-Unis, faisait partie de la mission au Nigeria en tant qu’adhérent de l’affilié d’IndustriALL, les Métallos USW. Il a été choqué par les conditions de vies des travailleurs. “Je suis honteux que nous travaillions avec le même logo Shell dans notre dos. Il n’y a aucune raison pour qu’il y ait autant de disparités entre ces travailleurs et moi. Ça me touche personnellement que ces travailleurs et travailleuses, mes camarades, soient exploités de cette manière. Si une compagnie est internationale, pourquoi ne peut-elle pas avoir partout la même attitude et les mêmes salaires ?”

Il existe chez Shell un contraste marqué avec les expatriés, qui peuvent gagner jusqu’à 20.000 dollars par mois. Les cols-blancs nigérians sont payés par Shell environ 2.000 dollars par mois. Shell possède un quartier résidentiel hautement sécurisé de 224 hectares à Port Harcourt où le personnel local et expatrié de Shell ainsi que leurs familles vivent et se fréquentent.

Soins de santé inadaptés

Nombre de salariés sous-traitants se plaignent que leur assurance soins de santé est inadaptée :

“Nous sommes exposés à tous les risques. Nous travaillons sur le terrain. Même avec notre assurance santé, ça ne va pas. Nous risquons notre vie pour la gagner. Si vous êtes malades et vous rendez au dispensaire, on ne vous traite pas correctement parce que les montants que notre employeur verse à l’assurance sont maigres et c’est pour ça que nous n’obtenons pas les bons traitements. Ils vous donnent juste quelques cachets. Ensuite le médecin vous dira qu’il ne peut pas aller plus loin avec la couverture que vous avez. Alors, vous devez vous servir du peu d’argent que vous avez pour payer davantage.”

Un travailleur avec quatre enfants nous a dit qu’il ne pouvait se faire rembourser que 40.000 nairas (100 dollars) par an pour sa famille. Certains travailleurs ont déclaré n’avoir aucune assurance santé et dépendre uniquement de leur contrat de travail.

La mission a rendu visite aux enfants endeuillés de M. Kalu Ngozi, un électricien en sous-traitance qui a travaillé plus de 20 ans pour Shell. M. Ngozi était décédé trois jours plus tôt en laissant ses quatre fils orphelins. Leur mère est décédée il y a deux ans et un de leurs frères est mort il y a deux mois. Ses enfants, âgés de 12 à 22 ans, vivent maintenant seuls dans un logement d’une pièce dans les bas quartiers de Port Harcourt. M. Ngozi, qui souffrait d’un ulcère à l’estomac ne pouvait pas se permettre les soins médicaux dont il avait besoin et l’hôpital a indiqué que la typhoïde avait contribué à son décès.

Dangers

Port Harcourt et le Delta du Niger connaissent depuis ces dernières années un niveau de violence croissant, les enlèvements et les vols à main armée n’étant pas rares. “Un de nos collègues, un chauffeur, a récemment été tué par balles sur le terrain. Au bout du compte, Shell n’a rien fait du tout. Le maximum qu’ils font est une minute de silence. Personne n’en a rien à faire de vous et de votre famille. Si quoi que ce soit vous arrivait aujourd’hui, on (Shell) ne vous connaît pas, c’est l’affaire du sous-traitant.”

Les travailleurs ont fait part du fait qu’ils sont exposés sur le terrain à des dangers tels que des produits chimiques, la pollution, des groupes armés et les serpents.

Ils disent également se sentir mal équipés pour gérer les situations dangereuses :“Shell se débrouille bien avec la paperasse de santé et sécurité, mais c’est différent lorsqu’il s’agit de l’appliquer. On vous envoie en formation en disant “c’est ainsi que vous devez faire” mais parfois lorsque vous arrivez sur le terrain, ça (le matériel) n’est pas sur place.”

Un chauffeur sous-traitant pour Shell a récemment été tué par balles durant une tentative d’enlèvement d’un expatrié dans la région d’Umuebulu, entraînant d’immenses souffrances pour sa famille.

La Directrice d’IndustriALL pour l’énergie, Diana Junquera Curiel, confie :

“Notre mission au Nigeria nous a permis de nous rendre compte par des contacts directs de la souffrance des travailleurs et travailleuses en sous-traitance de Shell. Nous allons confronter Shell à nos constatations. Nous allons leur demander des comptes. Shell dit vouloir agir de manière responsable par rapport aux travailleurs et travailleuses de sa chaîne d’approvisionnement. Ça peut commencer ici, au Nigeria.”

Utiliser les accords-cadres mondiaux pour améliorer les normes

Alors que Shell refuse d’entamer un dialogue au plan mondial avec les syndicats, le géant de l’énergie français Total a signé un accord-cadre mondial avec IndustriALL dès 2015. Cet accord a permis de résoudre des problèmes de santé et sécurité au Nigeria en établissant un lien entre les travailleurs et travailleuses sur le terrain et la direction générale à Paris. En vertu de l’accord, Total exige également de ses sous-traitants qu’ils rencontrent les normes internationales en matière de droits collectifs du travail. De plus, IndustriALL compte un accord-cadre mondial avec la compagnie italienne Eni, qui développe également des activités au Nigeria.

Le torchage du gaz et ses effets sur les travailleurs

Le torchage est le résultat de la combustion de gaz remontant à la surface durant l’extraction de pétrole brut. Selon le Partenariat mondial pour la réduction du torchage, trop peu est fait par les compagnies pétrolières au Nigeria, en particulier dans le Delta du Niger, pour capturer ce gaz qui est un des plus gros contributeurs aux émissions de gaz à effet de serre de par le monde. Il est moins coûteux de brûler ce gaz que de tenter de trouver des méthodes onéreuses pour le capturer.

Les chiffres les plus récents du gouvernement indiquent, bien que le torchage qui représentait de plus de cinquante millions de mètres cube par jour il a dix ans a diminué, qu’en se situant toujours à un peu moins de 20 millions de mètres cube par jour, il aurait de quoi générer 3.000 mégawatts d’électricité. Cette réduction n’aide pas vraiment les travailleurs et les communautés locales qui restent durement affectés par le torchage.

Des informations parues dans les médias nigérians indiquent que des villageois de Polaku, dans l’État de Bayelsa, qui vivent près de l’unité de stockage de gaz SPDC Intergared Gbarian/Ubie, disent ne pas pouvoir dormir la nuit et voir leurs habitations tomber en ruine en raison des vibrations causées par le torchage. Cela provoque aussi des pluies acides qui polluent les récoltes et les eaux de surfaces et les villageois indiquent que leurs enfants tombent malades. Ils disent que si le torchage s’effectue la nuit, c’est pour éviter un tollé général.

Les travailleurs auxquels IndustriALL a parlé à Etche en ont une expérience similaire :

“Il y a beaucoup de torchage. Si vous garez un véhicule blanc pour la nuit, vous le retrouverez couvert de pétrole brut jaunâtre et de suie le lendemain. Quand vous vous éveillez, votre nez est bouché par la suie. Cela touche vos yeux également.”

L’unité qu’IndustriALL a visitée à Etche n’est qu’à un jet de pierre de nombreuses écoles du coin. “Ce qui se passe ici concerne le monde entier. Shell nous demande de moins utiliser nos moteurs, mais ils polluent la planète entière !” dit un ouvrier.

Bienvenue dans global worker

Ce numéro de Global Worker livre un éventail de récits qui montrent comment, précisément, notre mouvement s’y prend. Alors que nous apprenons de terribles nouvelles du Brésil, avec l’élection comme Président du fasciste Jair Bolsonaro, après le coup d’État et l’emprisonnement de Lula, il nous vient de meilleures nouvelles du Mexique : un nouveau mouvement politique de gauche, le Mouvement de régénération nationale (Morena), a remporté les élections de cette année.

À l’issue de 12 années d’exil pour avoir dénoncé le carnage de la mine de charbon de Pasta de Conchos, le membre du Comité exécutif d’IndustriALL Napoleón Gómez Urrutia a fait son retour au pays et a prêté serment comme Sénateur. Le pays a ratifié la Convention 98 de l’OIT sur le droit de s’organiser syndicalement, ce qui crée les conditions pour se débarrasser des contrats de protection, dommageables, et mettre en place un authentique mouvement syndical indépendant, à l’instar de la nouvelle fédération créée dans le secteur automobile. Le Mexique compte maintenant un gouvernement équilibré du point de vue des genres. Voyez l’entrevue avec la nouvelle Ministre du Travail, Luisa María Alcalde en pages 10 et 11, qui livre sa vision d’un nouveau contrat social pour les travailleurs et travailleuses du Mexique.

Le pouvoir des entreprises est croissant et ne peut plus être contenu par les gouvernements nationaux, même là où la volonté existe. Comment, dès lors, pouvons-nous obtenir la justice pour les travailleurs et travailleuses de chaînes d’approvisionnement de plus en plus complexes ? En pages 12 à 15, notre Secrétaire générale adjointe Jenny Holdcroft montre qu’IndustriALL ouvre la voie à l’élaboration de relations sociales internationales qui obligent les entreprises à rendre des comptes. Mais il nous faut des mécanismes internationaux pour résoudre les conflits, comme un traité contraignant de l’ONU et une Convention de l’OIT sur les chaînes d’approvisionnement.

La technologie des chaînes de blocs a été vantée comme étant une solution possible à des chaînes d’approvisionnement opaques et complexes. Notre réflexion en pages 5 à 8 montre qu’il n’existe pas de solution miracle à un problème économique et social. Bien que les chaînes de blocs présentent un potentiel intéressant, leur fiabilité dépend de celle des données qui y sont stockées.

Poursuivant sur notre thématique de confrontation avec le pouvoir des multinationales, nous présentons en pages 18 à 21 un exposé de l’exploitation par Shell du travail en sous-traitance au Nigeria. Shell est responsable de décennies de dégradations environnementales et de complicité au niveau de la régression politique du Nigeria et a déjà versé des dizaines de millions en dédommagements. Mais le modèle économique de Shell, fondé sur l’exploitation, s’étend à ses salariés, la plupart en sous-traitance et tributaires de bas salaires. Les salariés ayant un contrat de longue durée avec Shell survivent à peine, à la limite du seuil de pauvreté, et font face à la perspective d’être virés s’ils s’expriment. À présent, leurs syndicats ont sonné la contre-offensive.

En page 4, voyez comment les femmes dirigeantes mettent en pièces les mythes et les stéréotypes des secteurs dominés par les hommes.

Enfin, faites connaissance de nos affiliés aux avant-postes de la défense des droits des travailleurs : découvrez en pages 22 et 23, le syndicat biélorusse REP, qui vient de subir un procès punitif dont la motivation était politique et destinée à l’écraser. En page 9, prenez connaissance des formidables progrès accomplis par le NUTEAIW en Malaisie, au moment où IndustriALL déménage son bureau régional dans ce pays. En pages 16 et 17, découvrez comment nos affiliés du Pérou ont constitué un conseil national pour lutter ensemble.

Cette crise n’est qu’un aspect des choses :il y a aussi les travailleurs et travailleuses qui s’y confrontent en réalisant qu’ensemble, on est plus fort. Nous avons besoin les uns des autres, plus que jamais.

Valter Sanches

Secrétaire général

Les syndicats à travers le monde affichent leur soutien à l’Accord du Bangladesh

Le Comité exécutif a adopté une résolution invitant le gouvernement du Bangladesh à « garantir que l’Accord est en mesure de poursuivre son travail au Bangladesh jusqu’à ce qu’un organisme de réglementation national compétent ait la capacité de reprendre ses fonctions. »

La Haute Cour du Bangladesh prescrit que l’Accord cesse de s’appliquer au Bangladesh à partir du 30 novembre. La décision a été suspendue en attendant l’audition, le 6 décembre, de l’appel contre le jugement de l’Accord.

L’Accord sur la sécurité incendie et la sécurité des bâtiments a contribué à améliorer fortement la sécurité des usines de confection au Bangladesh, suite à sa mise en place après l’effondrement de l’usine de Rana Plaza, en 2013, qui a fait plus d’un millier de morts.

L’Accord a permis d’identifier plus de 100 000 risques d’incendie, électriques et dans la structure des bâtiments, dont il a été remédié à 89 pour cent. Plus de deux millions de travailleurs ont suivi la formation en sécurité dispensée dans plus de 1 000 usines.

La résolution poursuit en précisant:

« Le gouvernement du Bangladesh a mis en place une cellule de coordination des mesures correctives pour réglementer la sécurité dans les usines de confection. Néanmoins, cette cellule n’a pas encore la capacité d’assumer le rôle de l’Accord, en dépit des affirmations contraires du gouvernement du Bangladesh ».

Dans une lettre adressée à la Première ministre du Bangladesh, Sheikh Hasina, le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré que le travail de l’Accord doit continuer sans condition. Il a ajouté:

« Nous espérons que le gouvernement du Bangladesh peut bientôt mettre en place un système public solide d’inspection sanitaire et de sécurité. Néanmoins, jusqu’à ce qu’il y parvienne, l’Accord doit continuer à jouer un rôle fondamental pour protéger la vie de millions de travailleurs. »

IndustriALL a 20 syndicats affiliés dans le pays, parmi lesquels des syndicats du secteur de la confection.