L'Inde vit la plus grande grève de son histoire

Dix centrales syndicales et plusieurs fédérations indépendantes ont uni leurs forces dans une grève générale historique, les 8 et 9 janvier 2019. Des travailleurs de l'industrie manufacturière, de la mine, de l'énergie, des transports, de la banque, des services publics, de la construction et de nombreux autres secteurs y participent, dont de nombreux affiliés d'IndustriALL Global Union. Pour la première fois, des travailleurs agricoles et des fermiers ont aussi mis l'Inde rurale à l'arrêt dans un mouvement de solidarité.

Les syndicats envoient ainsi un message très fort à l'Alliance démocratique nationale du Premier ministre Narendra Modi à l'approche des élections législatives de mai 2019.

Leur principale revendication est l'ouverture d'une véritable concertation avec les syndicats sur la réforme de la législation du travail, y compris la Loi sur les syndicats de 1926. Les syndicats veulent que le gouvernement ratifie les conventions 87 et 98 de l'OIT et cesse d'amender la législation du travail dans un sens favorable aux employeurs.

Le Secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, a envoyé une lettre de soutien dans laquelle il écrit :

"Des millions de travailleurs sont descendus dans la rue en Inde pour attirer l'attention sur la grave détérioration de leurs conditions de travail et pour réclamer l'adoption de mesures d'urgence pour contenir les hausses des prix par une universalisation des systèmes de distribution publics et une interdiction de la spéculation sur le marché des produits de première nécessité, pour réduire le chômage par des mesures concrètes de créations d'emplois et pour faire appliquer strictement les lois fondamentales du travail.

"Nous réitérons notre solidarité et notre soutien à vos revendications."

Les syndicats réclament aussi :

Désespérées, des travailleuses d’une mine d’Ukraine recourent à la grève de la faim

Ces travailleuses, Iryna Strykalova, Natalia Mednikova et Maya Lewandowska, ont été rejointes quelques jours plus tard par une autre salariée, Larisa Malik.

Selon le président adjoint de la section locale de Selydovo et Novogrodivka du Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine, Sergii Pavlov, tous les salariés cols blancs de Selydivvugillya protestent contre le non-paiement des salaires. Ils se présentent au bureau, mais n’exécutent aucune tâche.

Ces travailleurs et travailleuses sont désespérés, n’ayant pas reçu leurs salaires de septembre, octobre, novembre et décembre et seulement un versement partiel pour juin.

Selon le président de la Confédération des syndicats libres d’Ukraine et du Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine, affilié d’IndustriALL, Mykhailo Volynets, les cols blancs de Selydivvugillya ont entamé leurs protestations le 17 décembre. En l’absence de toute réaction, quatre salariées ont décidé de partir en grève de la faim.

“L’administration de l’entreprise, en concertation avec des responsables du Ministère de l’énergie et de l’industrie charbonnière, s’est débrouillée pour verser des bribes de salaire. Par exemple, l’une des protestataires, Natalia Mednikova, a perçu 2400 UAH (US$87), alors que les salaires mensuels des employées qui mènent l’action sont de 3000-3200 UAH (US$109-116).”

Certaines travailleuses sont des mères célibataires et dans certains cas, tous les adultes d’une même famille travaillent pour la compagnie. Ainsi, pour certaines d’entre elles, ce sont des familles entières de travailleurs qui restent sans revenus pendant des mois.

Les quatre femmes ont poursuivi leur action de protestation même lors de la veillée de Noël (en Ukraine, la plupart des chrétiens célèbrent Noël le 7 janvier) et ont passé la nuit sur des matelas dans une pièce où il fait froid.

Dans la région de Donetsk, le climat est froid, avec des températures extérieures qui descendent jusqu’à -6° C. Selon le syndicat, il fait froid dans la pièce où l’action des protestataires se tient. L’une d’entre elles, Iryna Strykalova, est tombée malade. Les médecins disent qu’elle pourrait avoir la grippe et ont insisté pour qu’elle mette un terme à sa grève de la faim. D’autres participantes ont également des problèmes de santé. Maya Lewandowska a une tension élevée et une angine de poitrine. Elle a reçu des soins médicaux.

“Il y a quelque 1.600 travailleurs et travailleuses concernés par les retards de salaire”, explique Vladimir Babich, président de la section locale de Selidov du Syndicat des mineurs de charbon d’Ukraine, également affilié à IndustriALL Global Union. “Pour la plupart, il s’agit de personnes qui ne travaillent pas dans les tailles, des non-manuels, des employés des bureaux et des services annexes. Le Ministère a décidé que leurs salaires ne seraient payés qu’au départ des bénéfices réalisés par la compagnie. Cependant, en l’absence d’investissements adéquats, le coût de production du charbon produit par la mine reste élevé et la rentabilité basse. Nous avons essayé de traiter cette situation à de nombreuses reprises. On pourrait repaver la route de Selidov à Kiev avec les courriers que nous avons déjà envoyés au Ministère de l’énergie.”

Selon d’agence de presse ukrainienne UNN, les arriérés de salaire des travailleurs et travailleuses des mines de charbon étatisées avaient atteint plus de 196.000.000 UAH (6.930.000 US$) début décembre 2018.

Des protestations concernant les salaires impayés ont déjà eu lieu à la mine G Kapustin, ainsi qu’à celle, étatisée, de Myrnohradvugillia.

Alarmé par cette situation préoccupante, le Secrétaire général d’IndustriALL Global Union Valter Sanches a adressé une lettre au Président du pays Petro Poroshenko. Dans son courrier,  Valter Sanches exige que “le gouvernement d’Ukraine traite de manière urgente les revendications légitimes soulevées par les travailleurs et travailleuses des mines étatisées concernant le non-paiement de leurs salaires et leurs préoccupations en matière de santé et sécurité.”

Les syndicats marocains lancent « Le mois de la colère »

Les fédérations syndicales marocaines, à savoir la Confédération démocratique du travail (CDT) et le Syndicat marocain du travail (UMT), ont suspendu tout dialogue social et lancé des campagnes visant à forcer le gouvernement à respecter les droits syndicaux. Les deux fédérations ont parmi leurs membres plusieurs syndicats affiliés à IndustriALL.

L’UMT conduira une série de manifestations de protestations, englobant des marches, des grèves et des manifestations, du 10 au 20 janvier, tandis que la CDT prévoit d’organiser une manifestation de protestation et un convoi automobile à la ville de Tanger, le 11 janvier.

Il est principalement demandé au gouvernement d’institutionnaliser un dialogue social tripartite, de respecter les droits syndicaux et de se conformer aux Conventions de l’OIT, comme convenu avec les syndicats le 26 avril 2011. Malgré cet accord, les droits syndicaux sont fréquemment bafoués au Maroc.

Les syndicats sont également irrités par les nombreux problèmes sociaux que le gouvernement ne s’emploie pas à résoudre, comme le coût élevé de la vie, la détérioration des services sociaux, le manque de possibilités d’emplois pour les jeunes, la violation des droits des retraités et une hausse importante du taux de chômage.

Les efforts déployés par les syndicats pour défendre les travailleurs sont amenuisés par les violations généralisées des droits des travailleurs et des droits syndicaux par les employeurs, que les autorités ignorent. Dans plusieurs cas, les dirigeants des syndicats affiliés à IndustriALL ont été licenciés pour activités syndicales. Par exemple, les multinationales fabricant des pièces automobiles, APTIV (anciennement Delphi), YAZAKI et SEBN-MA, ont renvoyé des dizaines de membres et des dirigeants membres des syndicats affiliés, la CDT et l’UMT, ces derniers mois.

Le vice-secrétaire général de la CDT, Khaled Alami Haouair, a déclaré:

« Nous faisons face à une crise sociale caractérisée par la détérioration du pouvoir d’achat, la violation des libertés syndicales et des acquis sociaux. La CDT continuera sa lutte jusqu’à ce que le gouvernement s’engage à entamer un dialogue social tripartite qui réponde aux normes de l’OIT ».

Abdelmajid Matoual, s’exprimant au nom de l’UMT, a indiqué:

« Le Secrétaire général de notre Fédération a formulé des observations sur la situation économique et sociale marquée par la hausse du coût de la vie, la dégradation des services socioéconomiques et l’offre du gouvernement qui ne répond pas aux attentes de la classe ouvrière.

« Le 27 décembre, le Conseil national de l’UMT a soutenu la décision du Secrétaire général de reporter les négociations jusqu’à ce que le gouvernement fasse des propositions qui répondent aux attentes des travailleurs, et déclare la période du 10 au 20 janvier comme jours de protestations et de militantisme sous toutes les formes, notamment les grèves et les manifestations contre les violations des libertés syndicales ».

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a envoyé des lettres de solidarité à ces deux fédérations.

Les revendications syndicales principales sont:

  1. Le respect de la liberté syndicale,
  2. L’application de l’Accord du 26 avril 2011,
  3. Une hausse de 600 dirhams (63 US$) des salaires des fonctionnaires,
  4. Une augmentation de 10 pour cent du salaire minimum,
  5. Une hausse des allocations familiales,
  6. Une taxation plus faible et la non-imposition des pensions,
  7. Un dialogue social tripartite institutionnalisé,
  8. L’annulation des licenciements des syndicalistes et des affaires juridiques contre les responsables syndicaux.

Un travailleur de la confection tué et 50 autres blessés dans des affrontements au Bangladesh

Le lendemain, la police a utilisé des canons à eau pour disperser une foule d'une dizaine de milliers de grévistes du secteur du vêtement qui bloquaient un des grands axes de Savar, à la périphérie de Dhaka.

On estime à 50.000 le nombre des travailleuses et travailleurs, dont beaucoup confectionnent des vêtements pour des enseignes internationales telles que Zara, H&M, Tesco et Walmart, qui ont arrêté le travail pour réclamer de meilleurs salaires.

La colère des travailleurs de l'habillement vient de ce que la récente hausse de 51 pour cent du salaire minimum accordée par le gouvernement, qui passe à 8.000 takas (94 $), ne profite pas à tous, en particulier aux travailleurs âgés. En outre, pour les manifestants, cette augmentation est trop faible et ne compense même pas les hausses des prix des dernières années.

Les troubles ont éclaté le 9 décembre à Naraynaganj, peu après l'entrée en vigueur du nouveau salaire minimum et, depuis, des affrontements entre travailleurs et policiers se produisent de manière sporadique dans tout le district de Dhaka.

"Nous condamnons fermement l'utilisation de la force létale contre des travailleurs grévistes au Bangladesh", déclare la Secrétaire générale adjointe d'IndustriALL Global Union Jenny Holdcroft. "La colère des travailleurs de la confection devant les disparités salariales souligne l'urgente nécessité de permettre aux syndicats de négocier des salaires équitables pour tous les travailleurs."

Le Bangladesh est le plus grand producteur mondial de vêtements derrière la Chine, avec des exportations totalisant plus de 30 milliards $ au cours du dernier exercice.

IndustriALL compte 16 affiliés du textile et de l'habillement dans le pays.

Le lock-out chez National Grid prend fin avec une nouvelle convention de six ans

Les membres de l’affilié d’IndustriALL Global Union, les Métallos USW, ont marqué par un vote ce 7 janvier leur acceptation d’un accord nouvellement conclu avec la compagnie d’origine britannique.

Un communiqué conjoint de John Buonopane, président de la section locale USW 12012 et Joe Kirylo, président de la section locale USW 12003 indique :

“Aujourd’hui, nos membres ont voté à une majorité écrasante en faveur de la ratification d’une nouvelle convention de six ans avec National Grid. Cet accord prévoit une hausse salariale significative ainsi qu’un certain nombre de protections cruciales pour les travailleurs et travailleuses. De façon tout aussi importante, cette convention donne des garanties pour les futurs engagés et comporte une série de clauses qui vont améliorer la sécurité de nos communautés, parmi lesquelles la création de dizaines d’emplois liés à la sûreté publique.

“De manière plus spécifique, la convention comprend des postes de baliseurs et d’inspecteurs, ainsi que des emplois liés à l’instrumentation et à la régulation, tous étant vitaux pour la sûreté publique. La convention prévoit aussi des protections significatives en termes de congé maladie, d’indemnisation ainsi que d’assurance maladie et vie pour les salariés nouvellement recrutés.”

Ces travailleurs et travailleuses du gaz avaient vu leurs salaires bloqués et leurs soins de santé rognés après leur lock-out du 25 juin 2018 lorsque leur convention existante était venue à expiration.

Ces travailleurs et travailleuses expérimentés, qui ont la tâche de protéger et entretenir des infrastructures essentielles dans l’État du Massachusetts, n’ont pas accepté de la part de l’entreprise une convention comprenant des dispositions à la baisse.

Leur détermination leur a attiré un soutien considérable tout au long du lock-out de la part d’autres syndicats et de figures politiques de l’État, ainsi qu’une solidarité internationale de nombreuses organisations syndicales parmi lesquelles Unite au Royaume-Uni et en Irlande ainsi qu’IndustriALL Global Union. Environ 70 syndicats affiliés provenant de 50 pays ont exprimé leur solidarité à l’égard des sections locales 12003 et 12012 de l’USW lors de la Conférence de l’Énergie d’IndustriALL à Saint-Pétersbourg en juillet 2018. 

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré :

“Ces 1.250 adhérents qui avaient été lock-outés ont montré une remarquable endurance et leur détermination à lutter pour de meilleures conditions de travail a payé. Nous transmettons nos félicitations à l’USW pour avoir obtenu cette victoire significative, qui est une véritable démonstration de la puissance d’un syndicat.”

Pérou : les syndicats du secteur manufacturier à la hauteur du défi

FETRIMAP, une jeune organisation à la croissance rapide

Le dernier en date des affiliés d’IndustriALL au Pérou est la Fédération des syndicats de l’industrie manufacturière FETRIMAP. Elle a connu une croissance rapide, passant de deux syndicats d’entreprise en 2015 à vingt-deux aujourd’hui. Cette fédération regroupe des syndicats de différents secteurs manufacturiers dont le verre, le papier, les instruments d’écriture, la nourriture ainsi que des services de contrôles et d’inspection.

“Nous avons veillé à fournir à nos membres un soutien au niveau de la négociation collective et de la défense en justice,” indique le Secrétaire général Gilmer Ibañez Melendrez.

De plus, de nombreux syndicats membres mobilisent toujours davantage pour la défense de leur droit à recruter syndicalement et à négocier collectivement, ce qui aide à renforcer la présence de la FETRIMAP.

“Notre vision est de promouvoir le dialogue social par le biais de syndicats forts et de relations sociales solides. Un de nos problèmes majeurs est le recours répandu à des contrats à court terme, qui empêchent la stabilité de l’emploi et sapent tous les autres droits, dont celui de former un syndicat. Nous nous concentrons sur les recours en justice en faveur des travailleurs qui ont été licenciés abusivement ainsi sur le passage des travailleurs de contrats temporaires à permanents. Nous y sommes parvenus pour des centaines de travailleurs et travailleuses et ce succès aide à alimenter notre croissance.”

“Avec le soutien de réseaux syndicaux mondiaux organisés par IndustriALL et l’Internationale des Travailleurs du Bâtiment et du Bois, la FETRIMAP fait des progrès dans sa gestion des relations avec les multinationales,” confie le Secrétaire d’organisation Daniel Alburquerque. “Les employeurs nationaux, cependant, sont plus rétifs.” 

FNTTP : développer de nouvelles stratégies et forger des alliances avec la société civile

Un syndicat qui connaît bien l’attitude rétrograde des employeurs péruviens est la Fédération nationale des travailleurs du textile du Pérou, la FNTTP.

Une loi de 1978 régissant les exportations non-traditionnelles permet le recours illimité à des contrats à court terme au sein de l’industrie de la confection. Les contrats peuvent aller de deux semaines à six mois, ce qui signifie qu’un travailleur ou une travailleuse peut travailler pendant trente ans pour la même entreprise et avoir à signer durant cette période des centaines de contrats de travail.

Vu cette situation, il n’est pas surprenant que l’affilié du textile d’IndustriALL, la FNTTP, reste une organisation relativement petite avec 2.500 membres. Cependant, par de nombreux aspects, cette organisation joue dans une division supérieure.

“Nous avons élaboré un plan pour agrandir notre base, nous développons également d’autres stratégies pour soutenir notre recrutement syndical,” indique Amed Albujar, Secrétaire général de la FNTTP.

“Nous utilisons les mécanismes du commerce pour tenter de forcer le changement,” dit Amed. La FNTTP a été partie à la plainte déposée auprès du Département américain du travail contre le gouvernement du Pérou pour violations des dispositions en matière de droits du travail de l’Accord États-Unis-Pérou de promotion du commerce, ce qui a conduit à diverses améliorations dans l’application du droit du travail. Elle a également été partie à la plainte contre le gouvernement pour son échec à remplir ses engagements en matière de travail et d’environnement en vertu de l’accord commercial entre le Pérou et l’Union Européenne.

Comme la FETRIMAP, la FNTTP est devenue un adepte du recours aux cours et tribunaux pour repousser les limites de la jurisprudence, de sorte à défendre les droits des travailleurs et travailleuses du textile.

“Les tribunaux, bien sûr, ne présentent pas toujours des règles du jeu favorables, mais nous avons tout de même un taux de réussite d’environ 90%. Nous combinons actions en justice et mouvements des travailleurs, mobilisant souvent nos adhérents pour constituer des piquets devant les tribunaux ou le ministère du travail,” indique Amed.

La FNTTP revendique également un retour à la négociation collective sectorielle. Un premier pas consiste à se profiler en tant que partenaire de négociation au nom des adhérents qui ont rejoint la fédération par le biais d’une affiliation directe, une stratégie qui minimise l’impact des mesures antisyndicales sur le terrain. Elle entame également des actions en justice pour empêcher les employeurs d’étendre de manière unilatérale les avancées des négociations collectives aux salariés non-syndiqués, parce que cela revient à saper le rôle des syndicats.

Il y a quelques années, la FNTTP s’est jointe à des organisations de jeunesse et aidé à déclencher une vague de protestation massive qui, en moins de six semaines, est parvenue à renverser la Loi Pulpín qui visait à réduire drastiquement les droits des jeunes travailleurs et travailleuses. Cette expérience a permis de mettre en place des relations durables avec des groupements de jeunes et de femmes qui contribuent aujourd’hui à soutenir la FNTTP dans ses luttes.

La fédération a également été activement impliquée dans des mouvements comme Keiko No Va (pour protester contre la candidature de Keiko Fujimori à la présidence), Ni Una Menos (pour protester contre la violence faite aux femmes) et, plus récemment, dans une coalition visant à lutter contre la corruption.

La fédération est devenue un lieu de rencontre bien connu et on en parle comme du « Bunker », 

en référence au centre des opérations de Batman. La première réunion du mouvement Ni Una Menos au siège de la fédération a été tellement courue qu’il a fallu la déplacer vers une place publique toute proche.

La Loi Pulpín

La FNTTP s’est jointe à une série de mobilisations de la jeunesse qui ont profondément influencé le pays en 2015. En l’espace de cinq semaines, des milliers de jeunes ont participé à cinq manifestations de masse pour forcer le gouvernement à révoquer une loi sur l’emploi des jeunes, connue sous l’appellation populaire de Loi Pulpín (du nom d’un jus de fruit pour enfants), qui aurait porté largement atteinte aux droits et prestations en faveur des jeunes travailleurs et travailleuses de 18 à 24 ans.

Ce qui se sait moins, c’est le rôle joué par la fédération du textile. Lorena Chavera Caceres, Secrétaire des jeunes de la FNTTP nous explique :

“Lorsque le projet de loi a été annoncé pour la première fois en novembre 2014, la fédération du textile a été parmi les premiers à réagir. Cette nouvelle législation aurait rendu notre situation bien pire et nous avons dès lors commencé à nous organiser. Nos adhérents se présentaient directement au sortir de leur poste de nuit et, ensemble avec notre centrale nationale CGTP, nous pouvions constituer devant le Parlement des piquets regroupant 20 ou 30 personnes à la fois. Le 9 décembre, entre le premier et le second vote, nous avons mis sur pied une manifestation avec d’autres syndicats et différents collectifs de jeunes. Environ 500 personnes y ont pris part. Bien que cette première manifestation a été snobée par les médias, elle a été le point de départ de quelque chose de beaucoup plus grand.

“Lorsque le projet de loi a été adopté, notre groupe a eu une confrontation animée avec un des membres clés du Parlement et cet échange a été repris par les médias et a reçu une grande couverture. Nous avons commencé à organiser une autre manifestation, et les réunions ne faisaient que prendre de l’ampleur. Malgré tout, rien ne m’avait préparée à l’importance de l’assistance : plus de 20.000 personnes sont venues à la Plaza San Martín le 18 décembre ! Il y a eu une descente de police et la manifestation a fini par devenir un peu chaotique, après quoi nous avons commencé à mieux nous organiser.

“Après le 18 décembre, il y a eu le 22 et le 29 décembre ainsi que le 15 janvier, avec à chaque fois entre 10.000 et 25.000 manifestants rien que dans les rues de Lima. Il y avait énormément d’énergie et nous étions déterminés à nous faire entendre. Lorsque la police nous a interdit de défiler en direction du parlement tout proche, nous avons alors entrepris une série de marches, parcourant près de 10 kilomètres vers le quartier des affaires et retour, en nous arrêtant en cours de route pour un sit-in à chaque gros croisement.

“Le 26 janvier, le Parlement s’est à nouveau réuni et a révoqué la loi. Imaginez ! Un projet de loi arraché avec le soutien des grandes entreprises et une collusion avec la presse généraliste a été renversé en moins de six semaines grâce au pouvoir de la mobilisation de la jeunesse.”

FNTTP: www.facebook.com/FederacionTextil/

FETRIMAP: www.facebook.com/Federacion.Industria.Manufacturera.del.Peru/

Union to Union – a Swedish donor organization: www.uniontounion.org

Algérie: des syndicalistes arrêtés lors d’une manifestation de protestation

La police a arrêté plus de 15 syndicalistes, dont Abdelkader Kawafi, Secrétaire général de l’affilié à IndustriALL Global Union, SNATEG, le syndicat des travailleurs de  l’électricité et du gaz; ainsi que Zakaria Ben Haddad, Secrétaire général du syndicat des travailleurs de l’énergie, SNT ÉNERGIE; et Mezayani Moussa, membre du syndicat SNSI.

Les manifestants réclamaient la réintégration des onze dirigeants de SNATEG ayant été licenciés en raison de leurs activités syndicales à la compagnie publique de gaz et d’électricité, Sonelgaz.

Certains se trouvent sans emploi depuis plus de 26 mois, leur causant de grandes souffrances ainsi qu’à leurs familles.

Les manifestants réclamaient également la mise en œuvre des recommandations faites par la Commission sur l’application des normes de l’Organisation internationale du travail (OIT) en juin 2018. 

Parmi ces recommandations, la Commission demande au Gouvernement algérien de:

Les manifestants demandaient également la fin de la criminalisation des activités des défenseurs des droits syndicaux et des droits de l’homme, y compris pour les journalistes et les blogueurs.

Les syndicalistes ont été placés en garde à vue à la préfecture de police d’Alger pendant six heures et contraints de signer un document dénonçant leur propre comportement avant de pouvoir s’en aller.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a déclaré:

« Nous condamnons ce harcèlement et cette détention illégale de syndicalistes, qui exerçaient seulement leur droit légitime à manifester pacifiquement. Les droits syndicaux disparaissent en Algérie et le monde doit se rendre compte de l’action illicite du gouvernement ».

Nouvel an tragique pour les mineurs pakistanais

D'après certaines sources, ces hommes travaillaient à plusieurs centaines de mètres sous la surface dans un charbonnage du champ minier de Chamalang lorsque l'explosion s'est produite. Les mineurs ont dû aller récupérer eux-mêmes les corps de leurs camarades.

Toutes les victimes de l'explosion de mercredi, parmi lesquelles deux frères, faisaient partie d'une même famille originaire de l'Afghanistan voisin.

Cette tragédie survient quelques jours à peine après les décès, dans le même secteur, de trois autres mineurs dans l'effondrement d'une galerie où ils travaillaient à grande profondeur le 27 décembre. Un autre mineur a été blessé et ramené à la surface par ses collègues.

Le dernier accident en date survient tout juste deux jours après la manifestation organisée la veille du Nouvel an par des affiliés d'IndustriALL pour réclamer plus de sécurité dans les mines du Pakistan qui ont coûté la vie à 120 mineurs pour la seule année 2018.

La Pakistan Central Mine Labour Federation et la All Pakistan Labour Federation avaient organisé cette action de protestation devant le Quetta Press Club avec des pancartes et des banderoles énonçant leurs revendications ce 31 décembre.

"En 2018, les accidents signalés à Chamalang, Shahrag, Harnai, Marwar, Sur Inj et Digari ont fait 120 martyrs et des centaines de blessés, ce qui a accru le sentiment d'insécurité des travailleurs pauvres de la mine," peut-on lire dans une déclaration de ces syndicats.

Les dirigeants des syndicats de mineurs se sont adressés aux manifestants pour dénoncer la négligence criminelle du gouvernement s'agissant de la sécurité des mineurs, mais aussi les sous-traitants locaux auxquels ils imputent la responsabilité de ces accidents.

"Malgré plusieurs accidents mortels consécutifs, aucune licence d'exploitation n'a été annulée et rien n'a été fait," ont-ils déclaré avant de demander que le gouvernement s'intéresse à la question de la sécurité dans les charbonnages.

IndustriALL exhorte le gouvernement pakistanais à ratifier d'urgence la convention n° 176 de l'Organisation internationale du travail sur la sécurité et la santé dans les mines afin d'améliorer les conditions dans les mines meurtrières du pays. Pour le Secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan :

"Trop, c'est trop. Combien de mineurs vont encore devoir perdre la vie avant que la sécurité soit améliorée ? Le gouvernement doit agir immédiatement et nous sommes prêts à apporter notre aide et notre savoir-faire pour éviter que d'autres vies soient encore sacrifiées dans l'industrie charbonnière du Pakistan."

IndustriALL dénonce la politique antisyndicale d’une entreprise belge en Turquie

Les travailleurs employés à l’usine de Recticel située à Tuzla, à Istanbul, en Turquie, sont devenus membres de l’affilié turc à IndustriALL, Petrol-İş (le syndicat des travailleurs des secteurs du pétrole, de la chimie et du caoutchouc), en 2015, après que le ministère turc du Travail ait décidé que le syndicat avait le droit légal de représenter les travailleurs dans l’entreprise.

Recticel, qui emploie environ 8 400 travailleurs dans 28 pays, produit de la mousse de polyuréthanne souple pour l’isolation, la literie et les sièges automobiles.

Cependant, Recticel a utilisé un article découlant de la Loi sur les syndicats et les conventions collectives pour faire appel de la décision du ministère du Travail devant le tribunal local, affirmant que la société opère dans l’industrie métallurgique et non pas dans le secteur chimique. Le recours contre une décision est une tactique commune de lutte antisyndicale en Turquie utilisée par les employeurs pour retarder le processus de négociation collective.

Bien que le tribunal local ait confirmé que les activités de Recticel sont liées à l’industrie chimique, la direction de l’entreprise a porté l’affaire devant une juridiction supérieure, violant le propre code éthique de Recticel, qui non seulement reconnaît le droit des travailleurs à se syndiquer mais aussi s’engage à respecter les lois de tous les pays où la compagnie opère.

Paradoxalement, en Belgique, les travailleurs sont libres d’adhérer à n’importe quel syndicat de leur choix, et le domaine d’activité n’est pas un obstacle à la représentation syndicale.

Lors d’une mission à l’usine organisée le 27 décembre 2018, le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Ôzkan, a exhorté Recticel à respecter les droits syndicaux fondamentaux dans son usine en Turquie et à reconnaître Petrol-İş comme le partenaire de dialogue social et de négociation légitime en mettant fin aux procédures judiciaires.

S’exprimant lors d’une réunion organisée à l’extérieur de l’usine, Kemal Özkan a déclaré:

« Ce que fait la direction de Recticel ici, en Turquie, depuis ces trois dernières années est scandaleux. Ils ne pourraient jamais agir de cette façon en Belgique. Recticel profite honteusement des lois antidémocratiques pour empêcher les travailleurs à adhérer à un syndicat ».

Les affiliés belges à IndustriALL, CSC-BIE et CG-FBTB, ont également reproché à Recticel :

« Avec notre tradition de dialogue social en Belgique… nous sommes choqués par la conduite de votre groupe envers nos homologues turcs de Petrol-İş. Par la présente, nous vous demandons de respecter les règles fondamentales du droit international ainsi que votre propre code de conduite. »

Dans sa réponse, la direction de l’entreprise a indiqué « le groupe Recticel et toutes les usines qu’il possède dans le monde entier respectent pleinement les droits juridiques des syndicats et des employés à tous les niveaux; et nous tenons à souligner que le recours aux tribunaux relativement au secteur d’activité est le droit légal de Recticel ».

Kemal Özkan a ajouté: 

« Il est de notre mission globale que chaque travailleur puisse librement adhérer à un syndicat et être protégé par une convention collective. Cela doit aussi être le cas pour les travailleurs de Recticel. Nous continuerons d’apporter notre solidarité internationale, en collaboration avec nos affiliés belges, jusqu’à ce que ce problème ait été résolu en Turquie ».

INTERVIEW: Luisa María Alcalde

Ministre du travail et de la sécurité sociale

Pays: Mexique

Texte: Kimber Meyer

Comment êtes-vous arrivée en politique ?

J’ai commencé à davantage m’impliquer en politique en 2006. Les élections cette année-là ont été plutôt controversées et j’ai pris progressivement davantage d’intérêt pour ce qui se passait dans la vie publique.

Quand j’ai quitté la faculté de droit à l’âge de 23 ans, le parti du Mouvement de Régénération nationale (Morena) débutait en tant qu’association de terrain et j’ai été désignée comme coordinatrice nationale pour les étudiants et la jeunesse. Nous avons commencé à travailler avec les cercles de jeunesse, à amener les jeunes à participer au mouvement, qui existait déjà depuis quelques années mais se muait alors en une organisation plus officielle.

Ensuite, en 2012, j’ai été élue lors de la 62e Législature du Congrès du Mexique en tant que députée du parti du Mouvement des Citoyens, prestant un mandat de députée fédérale jusqu’en 2015.

Pensez-vous qu’il est important d’avoir une parité des genres au sein du nouveau cabinet et du Parlement ?

Je pense que c’est vraiment important. Le fait que le cabinet soit constitué d’un nombre égal d’hommes et de femmes envoie un message fort qui devrait encourager davantage de femmes à s’investir dans la vie politique et dans la vie publique au sens large. Je pense que c’est une bonne chose que les membres féminines du gouvernement aient reçu un vaste éventail de responsabilités. Non seulement il y aura des femmes au sein de différents ministères, mais elles recevront également des postes importants, de haut rang.

Notre équipe présente une diversité des genres et comprend également des personnes de tous âges, nous représentons ainsi réellement la diversité des points de vue de notre société.

Par le passé, vous avez souvent dit combien il était important d’éradiquer la discrimination et le harcèlement que connaissent les femmes sur le lieu de travail. Comment allez-vous vous y prendre ?

Nous voulons travailler sur différents fronts, par le biais des procureurs généraux, des procureurs de la République ainsi que du ministère de la sécurité sociale. Nous allons chercher à intégrer les femmes dans la population active et mettre sur pied des crèches sur les lieux de travail. Nous allons également nous associer avec l’ombudsman du travail pour aborder la discrimination et le harcèlement auxquels sont confrontées les femmes sur leur lieu de travail. Le problème est que ces incidents sont souvent passés sous silence. Nous voulons nous assurer que les femmes sentent qu’elles peuvent se diriger vers les autorités et faire état de la violence à laquelle elles sont confrontées.

L’initiative “les jeunes construisent leur avenir” est considérée comme l’un des programmes clés du gouvernement pour améliorer les compétences des jeunes.

Pensez-vous que le gouvernement va pouvoir solutionner la question du chômage des jeunes au Mexique ?

Le programme vise à aider les jeunes qui souhaitent travailler mais manquent d’opportunités pour le faire. Ils recevront formation et soutien pour accéder à l’emploi et cela nous aidera à soulager les tensions qui traversent le pays. Le but est de s’assurer que les jeunes aient les outils et l’expérience dont ils ont besoin pour augmenter leur employabilité et le programme prévoit une année de formation continue. Parmi les entités impliquées dans le programme, 70% sont issues du privé, 20% sont gérées par l’État et 10% concernent des actions de proximité.

Nous mettons sur pied un réseau de mentors et jusqu’ici le retour est bon. Chacun d’entre eux a une brique à apporter à l’édifice.

Souvent, vous avez dit qu’une de vos priorités était de promouvoir des emplois équitables et de haute qualité. Comment prévoyez-vous d’y parvenir ?

Nous allons faire cela de diverses manières. D’abord, nous voulons favoriser un dialogue social. Nous voulons ramener une véritable négociation collective pour ouvrir la voie à la démocratie et la transparence. Cela nous permettra de créer un système plus équilibré et d’améliorer les salaires.

Dans le même temps, nous allons changer la façon de procéder pour assurer que les droits des salariés soient respectés. Nous allons travailler avec les ministères de l’emploi de différents états de la fédération pour mener des campagnes avec des objectifs clairs de sorte à augmenter la conscientisation des travailleurs et travailleuses à leurs droits.

Nous allons par exemple faire campagne contre les pratiques abusives en matière de sous-traitance et inciter à davantage de contrats de travail en bonne et due forme. Beaucoup de gens ne sont pas inscrits à la sécurité sociale, ce qui peut les désavantager lorsqu’ils veulent prendre leur retraite ou trouver un logement, nous allons donc nous occuper de cela également. Nous allons appeler les organisations de la société civile à promouvoir le respect de la loi. Au lieu d’avoir de l’inspection, nous allons fixer des priorités claires avec des campagnes qui impliquent toujours les diverses parties.

Au bout du compte, c’est le plan national de politique sociale qui occupe une place centrale, reposant sur le principe que de meilleurs salaires apporterons la stabilité. Si nous arrivons à limiter les coûts inutiles, comme certains salaires excessivement élevés, des formules de déplacement professionnels onéreuses et autres dépenses évitables, et que nous éradiquons la corruption, nous serons en mesure de donner un coup de fouet au développement et améliorer l’éducation et les soins de santé.

L’une de vos propositions est d’en finir avec un salaire minimum dans le pays qui, à 88 pesos (4,6 dollars) par jour, est tellement bas qu’il rime avec précarité. Comment, en fait, prévoyez-vous d’augmenter ce salaire minimum ?

La politique était de maintenir les salaires bas pour générer des investissements. Ce modèle encourageant le travail précaire a échoué. Nous voulons que les travailleurs et travailleuses retrouvent le sens de leur propre valeur, afin qu’ils puissent vivre bien et avec dignité. Nous en sommes encore pour l’instant fort éloignés.

Nous avons collaboré de près avec des experts analystes qui ont recours à des informations objectives. Nous avons parlé avec le nouveau Ministre des Finances et la Banque du Mexique pour trouver les moyens d’augmenter graduellement le salaire minimum. On nous dit qu’il est possible d’augmenter les salaires sans déclencher une hausse de l’inflation, c’est donc une option à notre portée.

Pensez-vous qu’une réforme constitutionnelle majeure en matière de droit du travail sera nécessaire pour empêcher les violations des droits des travailleurs et travailleuses ?

Oui, c’est fondamental. La Constitution permet de changer de paradigme. Nous avons l’intention de nous servir de la législation secondaire pour nous assurer que la justice soit présente sur le lieu de travail, sachant que ce seront dorénavant des juges impartiaux qui vont résoudre les conflits du travail. Il y aura également un nouvel institut indépendant pour l’enregistrement des syndicats et des conventions collectives. Et, pour mettre un terme aux contrats de protection des employeurs, des scrutins libres et secrets seront nécessaires pour élire les dirigeant syndicaux chargés de signer les conventions collectives. Nous allons aussi nous assurer qu’il y ait une représentation et un dialogue authentiques.

Pensez-vous que les dispositions en matière d’emploi du nouvel accord commercial conclu entre les gouvernements du Mexique, du Canada et des États-Unis sont compatibles avec la Constitution du Mexique ?

Les dispositions en matière de travail du nouvel AEUMC, la ratification de la Convention n° 98 de l’OIT, la réforme constitutionnelle de la législation du travail, la loi sur la transparence et la législation secondaire qui en découle sont les pièces d’un même puzzle. Elles ont toutes le même objectif et sont compatibles avec la politique mise en avant par le nouveau gouvernement d’AMLO, qui est de promouvoir la démocratie, la liberté et la transparence au Mexique.