Les pratiques abusives commises contre les travailleurs de Shell au Nigéria portées devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies

Dans une déclaration commune à l’Assemblée générale du Conseil des droits de l’homme, IndustriALL Global Union et l’organisation Suisse, le Centre Europe – Tiers Monde (CETIM), ont indiqué:

« Les travailleurs occupés en sous-traitance à Shell au Nigéria vivent dans la pauvreté, sans sécurité d’emploi et reçoivent des soins de santé médiocres qui leur coûtent la vie. Ils ne peuvent pas adhérer à un syndicat ou demander une augmentation de salaire sous peine d’être licenciés. Ils ne disposent pas d’équipements de protection et risquent leur vie sur le terrain ».

IndustriALL, par l’entremise de son affilié NUPENG, le syndicat du pétrole et du gaz, représente ces travailleurs.

Selon une récente mission d’IndustriALL à Port Harcourt (Nigéria), la majorité, sinon la totalité, des ouvriers de Shell dans le pays sont employés par un réseau complexe de cabinets de recrutement pour le compte de Shell, rendant extrêmement difficile la possibilité pour les travailleurs de se syndicaliser et de défendre leurs droits.

La déclaration écrite complète des violations des droits humains des travailleurs occupés en sous-traitance à Shell au Nigéria a été présentée à l’Assemblée générale du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et officiellement publiée la semaine dernière.

« Mon recruteur ne paie pas à temps », a indiqué, dans la déclaration, un travailleur occupé en sous-traitance à Shell. « Je n’ai pas été payé depuis six mois. Mon salaire est de seulement 50 000 naira (137 US$) par mois. Je vais rentrer à la maison et mendier de la nourriture à mon voisin. Cela fait six mois que mes enfants ne peuvent plus aller à l’école. J’ai travaillé pendant 11 ans à Shell mais je n’ai aucun tapis dans ma maison. Je n’ai pas de radio chez moi ».

IndustriALL a fait part à Shell des résultats de sa mission, mais le géant de l’énergie n’a accordé aucune considération au rapport et refusé d’entamer des discussions avec IndustriALL.

« Shell viole les droits humains et du travail des travailleurs nigérians en toute impunité, mettant en évidence la nécessité urgente d’adopter un instrument international juridiquement contraignant pour réglementer les activités des sociétés transnationales », poursuit la déclaration orale.

IndustriALL et CETIM demandent aux autorités nigérianes d’honorer leur engagement envers les droits de l’homme et les normes internationales du travail en prenant des mesures pour s’assurer que Shell respecte les droits des personnes travaillant pour la compagnie au Nigéria en termes de sécurité, de santé, de salaire décent et de liberté syndicale. Ils appellent également le Conseil des droits de l’homme à exhorter le gouvernement néerlandais d’amener Shell à s’expliquer pour ses actes commis sur le sol nigérian.

Outre les déclarations écrite et orale, CETIM et IndustriALL ont également organisé, le 7 mars, une manifestation parallèle à la 40e session du Conseil des droits de l’homme pour dénoncer les violations des droits de l’homme commises par Shell ainsi que les compagnies minières, BHP et Vale.

Brésil : protestations contre la fermeture d'une usine Ford

La décision de poursuivre la lutte a été prise le 7 mars après l'échec des négociations entre le PD-G de Ford, James Hackett, et les dirigeants du Syndicat des travailleurs de la métallurgie ABC, membre de la Confédération nationale des travailleurs de la métallurgie (CNM-CUT), qui est affiliée à IndustriALL Global Union.

Le 19 février, Ford a annoncé la fermeture de son site brésilien, en activité depuis 1967, sans en avoir discuté au préalable avec les représentants des travailleurs de la région. Pour Ford, cette fermeture s'inscrit dans sa réorganisation internationale et fait suite à sa décision d'arrêter la production et la vente de camions en Amérique du Sud.

Cette fermeture concerne 2.800 travailleurs permanents employés sur le site, ainsi que 1.700 temporaires. Le syndicat estime qu'elle pourrait impacter 10.000 personnes au total si on prend en compte l'ensemble de la chaîne de production.

Le leader syndical Wagner Santana a appelé ses membres à poursuivre le combat :

"Il ne faut pas abandonner. Nous devons continuer à nous battre et mettre la pression pour que Ford revienne sur sa décision. Chaque travailleur, chaque mère et chaque père a contribué à bâtir cette entreprise à partir de rien, et vous êtes sa ressource la plus précieuse."

Wagner Santana avait aussi exhorté les travailleurs à rester chez eux et ne pas aller travailler, et à se réunir à nouveau le 13 mars pour décider de la suite des événements. Il a annoncé qu'il poursuivrait ses contacts avec les autorités pour contraindre Ford à revenir sur sa décision et continuer à négocier.

Afin de rassembler leurs soutiens, les dirigeants syndicaux ont déjà rencontré des hommes politiques parmi lesquels des parlementaires, le maire de la ville, des conseillers municipaux et le Vice-président brésilien.

Le Secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, a rencontré les travailleurs à São Bernardo do Campo, le 7 mars :

"Ford doit revoir sa stratégie et trouver de nouveaux investissements et de nouveaux produits pour rester compétitif. Les temps sont difficiles mais notre solidarité garantit notre unité. IndustriALL va faire tout son possible pour aider les travailleurs de Ford dont les emplois sont menacés, partout dans le monde."

En Turquie, les femmes d’IndustriALL défendent l’égalité et leurs droits

Cette activité s’inscrivait dans celles du Réseau des femmes d’IndustriALL pour la Turquie, fondé en 2015 avec un soutien politique et logistique de la part de la Fondation Friedrich Ebert (FES).

“L’égalité des genres reste problématique partout dans le monde en dépit des efforts déployés. Il faut de nouvelles approches,” a indiqué lors de la réunion la coordinatrice d’IndustriALL pour les questions de genres, Armelle Seby. “L’égalité des genres n’est pas une problématique limitée aux femmes, c’est une problématique syndicale fondamentale. Une perspective de genre est intégrée au sein de chacune de nos sections et aller vers une implication accrue des femmes est le but principal de cette réunion.”

Au cours de la rencontre, les participantes ont effectué une analyse détaillée des obstacles à l’accroissement de la participation des femmes aux activités de leurs syndicats et des secteurs d’IndustriALL en général. Les problématiques principales soulignées par les participantes étaient le chômage, la violence et le harcèlement à l’égard des femmes sur le lieu de travail, ainsi que le manque de participation et de représentation des femmes au niveau de leurs syndicats.

Les représentantes des femmes ont noté les difficultés plus importantes pour les femmes que pour les hommes d’accéder au marché de l’emploi en Turquie. Le taux de chômage, autour de 10 à 12% reste élevé dans le pays et ceci en dépit d’un haut pourcentage de femmes ayant un bon niveau d’éducation. Elles restent davantage affectées par le chômage que les hommes pour des raisons sociales et culturelles. Spécifiquement, les déléguées ont relevé ce qui suit :

La violence et le harcèlement à l’encontre des femmes sur le lieu de travail continue à être source de sérieuses préoccupations en Turquie. Le silence maintenu par les femmes elles-mêmes autour de ces problèmes n’aide pas à sortir de ce cercle vicieux. Une faible conscientisation au sujet de leurs droits sur de nombreux lieux de travail ne permet pas vraiment de diminuer cette violence et ce harcèlement. Les militantes syndicales ont relevé le besoin d’accroître la conscientisation sur ces questions au niveau de leurs lieux de travail.

Davantage de travail doit être fait pour améliorer et mettre en place des formulations concernant l’égalité des genres au sein des chartes constitutives ou des statuts des syndicats. Les syndicats devraient encourager leurs dirigeants masculins à s’engager sur la question de la représentation des femmes. De fait, cela devrait devenir une priorité. Les réunions au plan local doivent être organisées selon des horaires plus pratiques pour les femmes afin qu’elles puissent y assister. Il a également été mis en lumière que, pour pouvoir recruter davantage d’adhérentes féminines, les syndicats doivent vraiment former davantage de femmes pour le recrutement. L’expérience a montré, en particulier dans les secteurs où domine la présence féminine, que les syndicats parvenaient à attirer dans leurs rangs davantage de travailleuses lorsque le recrutement était effectué par des femmes.

Le consensus s’est fait pour poursuivre le travail du réseau. Les participantes se sont accordées sur le fait qu’il fallait se réunir de manière régulière, une ou deux fois par an. Il a encore été convenu que les syndicats pouvaient travailler de manière individuelle sur certaines questions courantes et clairement identifiées. Parmi celles-ci, il s’agirait de prendre à bras le corps la problématique de la violence faite aux femmes en tant que question prioritaire.

Accord conclu avec Yves Rocher après 297 jours de résistance héroïque

La branche Gebze et la direction nationale du syndicat du secteur des produits chimiques et du caoutchouc, Petrol-Is, affilié à IndustriALL, ont conclu un accord avec l’entreprise le 7 mars 2019.

L’entreprise a accepté de verser des indemnités de licenciement, des indemnités de préavis et des indemnités spéciales équivalentes à 16 mois de salaires à chacun des 132 travailleurs licenciés, sans attendre les résultats des procès en instance du syndicat.

En outre, selon cet accord, l’entreprise a convenu que dans le cas où le tribunal jugerait que Petrol-Is dispose d’une majorité suffisante en qualité de partenaire de négociation, elle reconnaîtra le syndicat comme l’agent de négociation collective. L’accord a été voté à la majorité des voix des travailleurs.

Le syndicat a tenu une conférence de presse à Gebze, le 8 mars, pour annoncer la conclusion de l’accord. Participaient à la réunion des travailleurs de Floramar, des dirigeants et des militants syndicaux, des partis politiques, des associations et des organisations pro-syndicales. Des représentants d’IndustriALL Global Union étaient également présents.

Armelle Seby, spécialiste à IndustriALL des questions de l’égalité femmes-hommes, a félicité Petrol-Is et ses membres pour leur lutte courageuse et exemplaire en faveur des droits des travailleurs: « Votre lutte a été une véritable source d’inspiration non seulement pour les travailleurs turcs, mais aussi pour les travailleurs du monde entier. Votre combat est inscrit en lettres d’or dans l’histoire du mouvement syndical ».

Le Comité exécutif de Petrol-Is a officiellement annoncé la victoire et la fin de la grève, et a remercié la famille d’IndustriALL pour son soutien et sa solidarité durant la lutte.

Comme indiqué dans la lettre de Petrol-Is: « Avec l’approbation de cette proposition par les parties, d’une part, tous les travailleurs licenciés ont obtenu leurs droits juridiques et, d’autre part, les parties (le syndicat et la direction de l’entreprise) attendront la décision judiciaire pour conclure une convention collective. En outre, durant ce processus, Petrol-Is poursuivra sa campagne de syndicalisation sur le lieu de travail ».

En mars 2018, suite à la campagne de recrutement de grande ampleur menée par Petrol-Is, un nombre suffisant de travailleurs ont exercé leur droit de se syndiquer à la filiale d’Yves Rocher en Turquie. Après avoir obtenu la preuve de la majorité, Petrol-Is a fait une offre à  l’entreprise en vue de discuter de la négociation collective. Néanmoins, cette dernière a rejeté l’offre et contesté l’accréditation syndicale délivrée par le ministère du Travail au tribunal. Malgré les pressions et les actes d’intimidation, les travailleurs ont refusé de renoncer à leur appartenance syndicale.

Les travailleurs d’Yves Rocher/Floramar ont reçu un appui solide tant en Turquie qu’à l’extérieur du pays. IndustriALL a organisé des actions de solidarité internationales à Genève (Suisse) et à Paris (France), où se trouve le siège d’Yves Rocher. Une autre action solidaire a été organisée par l’affilié à IndustriALL, la FCE-CFDT, et le mouvement social, ActionAid, à Rennes. Ces actions ont été accompagnées de campagnes médiatiques de grandes ampleurs.

Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré:

« Nous félicitons les travailleurs de Floramar pour cette victoire. Nous saluons votre détermination et votre engagement ferme durant les 297 jours de résistance héroïque de vos collègues à Floramar. Votre combat est notre combat. Nous exprimons également notre reconnaissance à nos partenaires, à savoir notre affilié, la Fédération Chimie Energie (FCE-CFDT), ainsi que les mouvements sociaux, SumOfUs et ActionAid. Grâce à leurs actions, cette affaire a dépassé le cadre de la Turquie et des milliers de personnes se sont mobilisées pour soutenir les travailleurs de Floramar ».

La marque de produits cosmétiques Floramar exporte ses produits dans plus de 60 pays au Moyen-Orient, en Afrique et en Europe de l’Est. Depuis 2012, la marque mondiale de produits de beauté et de cosmétiques Yves Rocher possède 51 % des parts de Floramar.

L'Algérie a besoin d'une vraie démocratie

L'annonce est tombée après que des milliers de travailleurs, dont des membres de notre affilié SNATEG, aient pris part à une grève générale organisée les 10 et 11 mars pour protester contre la tentative de ce vieillard de 82 ans à la santé chancelante de se maintenir au pouvoir.

L'élection présidentielle du 18 avril est suspendue mais personne ne sait quand Bouteflika se retirera.

Pour le Secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan,

"L'Algérie a un besoin de démocratie, avec des règles et des institutions qui répondent à l'attente de la population, et des travailleurs en particulier. Le peuple algérien a beaucoup enduré au cours des vingt dernières années de l'ère Bouteflika. La société civile, les institutions démocratiques et les syndicats libres ont été confrontés à de nombreux défis, ont subi la répression et l'intimidation. Nous sommes solidaires de notre affilié SNATEG, de ses alliés et du peuple algérien qui luttent pour la démocratie, la dignité et les droits fondamentaux."

La capitale, Alger, était à l'arrêt ce dimanche. Aucun tram, train, bus ou métro ne circulait dans la ville. Des centaines d'étudiants ont défilé dans les rues pour clamer leur mécontentement face à ce gouvernement.

Selon le SNATEG, qui représente les travailleurs de la compagnie publique de gaz et d'électricité SONELGAZ, ceux-ci étaient très nombreux à se joindre à la grève, tandis que les travailleurs des chemins de fer et de l'agroalimentaire ont également posé l'outil.

Le SNATEG fait l'objet d'attaques incessantes des autorités algériennes qui ont tenté d'écraser ce syndicat indépendant de l'énergie en licenciant ses adhérents et en persécutant ses dirigeants devant la justice.

La grève générale, prévue pour cinq jours, a été annulée mais les syndicats se joindront, vendredi 15 mars, aux groupes d'opposition et à la société civile dans un défilé organisé pour réclamer une rupture totale avec le système en place et une nouvelle République.

Bouteflika est rentré en Algérie dimanche 10 mars après avoir passé deux semaines dans un hôpital de Genève, en Suisse. Ses apparitions publiques ont été rares depuis son attaque cérébrale de 2013.

Plusieurs grandes figures de l'opposition algérienne ont averti que le report de l'élection viole l'article 110 de la Constitution qui n'autorise une prorogation de la présidence qu'en cas de guerre. Elles ont exprimé leur soutien à la manifestation du 15 mars.

IndustriALL plaide en faveur d’une convention forte de l’OIT sur la lutte contre la violence fondée sur le genre

Le deuxième débat de l’OIT sur la violence et le harcèlement dans le monde du travail se tiendra en juin 2019, à la Conférence internationale du Travail, à Genève, en Suisse. Ce débat sera une occasion historique d’adopter un instrument juridique ayant force obligatoire qui s’attaque à cette grave lacune dans les normes internationales du travail aux fins de protéger des millions de travailleurs, en particulier les femmes. Aussi, quel type de Convention voulons-nous?   

  1. Nous avons besoin d’un texte juridiquement contraignant

Les employeurs à l’OIT et certains gouvernements ont mis en cause la pertinence de l’adoption d’un instrument juridique ayant force obligatoire sur la violence et le harcèlement sur le lieu de travail. Cela ne saurait être.  

Tout le monde a le droit d’avoir accès à un monde du travail sans violence et sans harcèlement, y compris sans violence et sans harcèlement fondés sur le genre. Or, la violence à l’égard des femmes est répandue en milieu du travail. Elle a des conséquences dévastatrices sur la santé psychologique, physique et sexuelle, et des répercussions sur le milieu de travail et familial.

C’est pourquoi l’adoption sans délai d’une norme internationale sur la violence et le harcèlement sur le lieu de travail est nécessaire pour garantir des normes minimales pour TOUS.

  1. Nous avons besoin d’une convention qui accorde une attention particulière à la violence exercée à l’encontre des femmes

La violence à l’égard des femmes sur le lieu de travail demeure l’une des violations des droits humains des travailleurs la plus tolérée. Selon les Nations Unies, 35 % des femmes âgées de plus de 15 ans au niveau mondial (soit 818 millions de femmes) souffrent de sévices sexuels ou de violences physiques à leur domicile, au sein de leurs communautés ou sur leurs lieux de travail.

La violence à l’égard des femmes sur le lieu de travail porte atteinte à leur participation au marché du travail et peut les empêcher d’occuper des emplois dans des secteurs dominés par les hommes.

La nouvelle convention doit mettre en évidence la nécessité de lutter contre les causes sous-jacentes et les facteurs de risque de la violence dirigée contre les femmes, y compris les rapports de force inégaux fondés sur le genre, les nombreuses formes de discrimination  s’interpénétrant et les stéréotypes sexistes.

  1. Nous avons besoin d’une convention qui lutte contre toutes les formes de violence ET le harcèlement

Nous voulons une convention qui s’attaque à tous les types de « violence et de harcèlement », y compris les brimades et le harcèlement psychologique.

Une norme de l’OIT est l’occasion de convenir, pour la première fois, d’une définition internationale de la violence et du harcèlement dans le monde du travail, y compris le harcèlement sexuel.

  1. Tous les travailleurs, y compris les travailleurs précaires devraient être protégés par la convention

La nouvelle convention doit englober tous les travailleurs, afin que nul ne soit laissé pour compte. Selon l’OIT, les trois quarts des travailleurs dans le monde occupent des emplois informels, temporaires, indépendants ou non rémunérés. Le monde du travail évolue vers un statut d’emploi moins formel.

Bien que tous les travailleurs puissent être victimes de violence et de harcèlement, certains sont plus vulnérables que d’autres. Plusieurs études révèlent que les travailleurs temporaires et à temps partiel, ainsi que ceux occupant des emplois précaires, courent davantage de risques que les travailleurs permanents à temps plein de subir des violences et d’être victimes de harcèlement. Il existe un lien évident entre la violence et la vulnérabilité économique, la pauvreté et les salaires peu élevés des femmes.

Il est essentiel que la nouvelle convention adopte une définition large des travailleurs, indépendamment de leur situation d’emploi, et qui comprenne l’économie informelle.

  1. La convention ne doit pas être limitée aux milieux de travail physiques  

La convention devrait non seulement porter sur le lieu de travail mais aussi sur les situations professionnelles, telles que les formations, les déplacements professionnels ou pour se rendre au travail, les moyens de transport fournis par l’entreprise et les activités sociales. Selon une étude du Congrès syndical (TUC-Trade Union Congress) réalisée en 2016, une minorité importante de femmes (14 %) ont indiqué que le harcèlement avait eu lieu lors d’un événement social lié au travail, comme la fête de Noël.

Un rapport d’ACTRAV montre que les risques pour les travailleuses sont accrus dans les emplois où les chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment dans les secteurs de l’habillement et de l’électronique, sont impliquées en raison de la pression d’honorer les commandes, des longues heures de travail et de la nécessité de se déplacer tard dans la nuit. Les jeunes femmes qui travaillent dans les zones franches économiques sont particulièrement vulnérables à la violence et aux atteintes sexuelles dans les usines, les locaux des entreprises ou sur le chemin de leur travail.

Des recherches effectuées dans les mines sud-africaines dévoilent que les femmes qui travaillent dans les équipes du soir et du matin très tôt ont davantage de risques d’être agressées lorsqu’elles se rendent à la mine ou attendent l’autobus seules le soir.

  1. La convention devrait tenir compte de l’impact de la violence domestique

Les deux tiers des femmes du monde entier qui subissent la violence de la part de leur partenaire intime occupent un emploi. Cette violence et les efforts pour y échapper affectent la vie des travailleuses. Le manque ou l’absence d’indépendance économique peut également maintenir les femmes enfermées dans des relations marquées par la violence.

La nouvelle convention doit tenir compte du fait que le lieu de travail puisse réduire les conséquences de la violence domestique. Le soutien qui pourrait être apporté à une femme pour conserver son emploi pourrait lui permettre de sortir d’une relation violente où elle reste coincée pour des raisons financières.

  1. La convention devrait fournir un cadre de responsabilité solide

La convention devrait fournir un cadre aux gouvernements, aux employeurs, aux entreprises et aux syndicats pour lutter contre la violence et le harcèlement sur le lieu de travail.

Alors que la convention devrait s’adresser aux gouvernements, la responsabilité première de créer un environnement de travail dénué de harcèlement et de violence échoit aux employeurs. Ceux-ci devraient supporter la responsabilité de mettre en place, en consultation avec les syndicats, des politiques relatives au milieu du travail incluant des mesures de prévention, des procédures transparentes et confidentielles de traitement des plaintes, des peines à l’encontre des coupables, des information pour s’assurer que les travailleurs comprennent les politiques et les procédures en place, et un soutien aux victimes de la violence et du harcèlement sur le lieu de travail.

IndustriALL encourage nos affiliés et leurs centres nationaux à utiliser cette Journée internationale des femmes pour agir à l’appui d’une convention de l’OIT sur la violence fondée sur le genre dans le monde du travail.

Les travailleurs du Kirghizstan se retrouvent sans protection légale

Le gouvernement du Kirghizstan avait déjà tenté de modifier le Code du Travail en 2015, une tentative qui avait été accueillie par des manifestations syndicales soutenues par IndustriALL.

La nouvelle version du Code pénal du Kirghizstan ne contient plus d’articles prévoyant une responsabilité pénale pour les infractions à la législation du travail et aux réglementations concernant la protection du travail.

Ce n’est désormais plus un délit

Le 5 mars, le Ministère de la Justice a rencontré un groupe de travail comprenant des membres de la Fédération des Syndicats du Kirghizstan.

Eldar Tadzhibaev, président du Syndicat des mines et de la métallurgie du Kirghizstan, a déclaré :

“Nous avons montré aux représentants des organismes d’État que la nouvelle législation ne prévoit pas de responsabilité pour les infractions au Code du Travail. Nous allons proposer des mesures pour combler ce vide.”

De plus, un moratoire sur les inspections du travail est en place depuis le Nouvel An. Au cours des deux prochaines années, des inspections du travail ne seront plus menées qu’en cas d’urgence, lorsque la vie ou la santé de salariés seront menacées. Les inspections périodiques ont été supprimées.

Almabubu Zharkynbaeva, présidente du Comité national des syndicats du textile, de l’électricité, du papier et des secteurs connexes de la République du Kirghizstan a indiqué :

“Les syndicats peuvent organiser des inspections d’entreprise où il y a une présence syndicale, ce qui n’est le cas que dans 30% des entreprises. Les inspecteurs du travail doivent être autorisés à organiser à nouveau des inspections périodiques.”

Vadim Borisov, Secrétaire régional d’IndustriALL a déclaré :

“Les nouvelles dispositions anéantissent les fondations du système existant de relations sociales et sont contraires à la Convention de l’OIT sur la sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, ainsi que d’autres normes du travail fondamentales. IndustriALL affirme sa solidarité avec ses affiliés et leur offre son soutien.”

Pourquoi tant d'usines de construction automobile ferment-elles ?

Les constructeurs profitent d'une transformation en profondeur qui gagne du terrain dans tout le secteur pour fermer ou regrouper des usines de montage peu ou pas rentables. Le recul de la demande chez les jeunes, conjugué aux restrictions aux solutions de mobilité individuelles et à la montée de nouvelles formes de déplacement fait que tous les constructeurs automobiles repensent leurs modèles industriels.

General Motors est l'exemple le plus emblématique. Le groupe a fermé une usine en Australie, vendu ses sites d'exploitation en Europe, en Russie et en Afrique, et va fermer quatre usines aux États-Unis et une autre au Canada; tout cela pour un coût de 6.000 emplois.

Honda a annoncé la fermeture de son usine de Swindon, au Royaume-Uni, et le licenciement de ses 3.500 salariés. Elle va aussi arrêter la production de son modèle Civic à Gebze, en Turquie, qui emploie 1.000 personnes.

Jaguar Land Rover va supprimer 4.500 emplois dans le monde et Nissan a annulé le projet de construction de sa nouvelle usine de SUV au Royaume-Uni. Ford repense ses activités en Europe et a annoncé la fermeture de l'usine de São Bernardo au Brésil, avec la perte de 3.000 emplois.

Quelle est la cause de ces bouleversements ? Des facteurs locaux, comme le Brexit dans le cas de la Grande-Bretagne, influencent les décisions, mais on est devant une restructuration de grande ampleur à l'échelle mondiale. Cette industrie est en quête d'investissements massifs pour passer à l'étape suivante. Nous devons être associés aux discussions sur la gestion de ce changement.

Quels sont les grands moteurs du changement ?

Une demande qui stagne

Les régimes de propriété ainsi que les modes d'utilisation des véhicules changent et la plupart des observateurs estiment que la demande a atteint un plafond. Les plus jeunes voient de moins en moins la nécessité de posséder une voiture. Celle-ci est principalement considérée comme un moyen de transport et beaucoup jugent la voiture partagée ou les applications de covoiturage telles qu'Uber plus pratiques. On voit aussi les deux-roues gagner du terrain, avec l'utilisation du vélo électrique, du vélomoteur et d'autres formes de transport individuel.

Pic pétrolier et changement climatique

Les gens sont de plus en plus conscients de la nécessité de se détourner du modèle d'une économie carbonée. Des gouvernements ont déjà annoncé leur intention d'interdire à l'avenir les véhicules à essence et au diesel. Mais les formules de remplacement telles que les voitures électriques, et les infrastructures nécessaires à leur fonctionnement, n'existent pas encore pour une utilisation massive.

Véhicules électrifiés

Tout le monde sait que l'avenir est aux véhicules électrifiés et la plupart des constructeurs automobiles développent leurs propres modèles. Toutefois, ils restent onéreux et ne sont pas encore rentables, ce qui explique que leur développement relève de la spéculation. Les voitures électriques comptent moins de pièces en mouvement que celles à moteur à explosion, et nécessitent donc moins de main-d’œuvre. En Allemagne, IG Metall estime à 160.000 les pertes d'emplois que causeront les véhicules électriques.

Véhicules autonomes

La question de savoir quelle place les véhicules autonomes occuperont dans le futur suscite un vaste débat, cependant la plupart des constructeurs équipent leurs véhicules d'éléments destinés à les rendre plus autonomes, ce qui renchérit considérablement le développement. Avec son projet Waymo, Google investit lourdement dans les taxis sans chauffeur.

Nouveaux concurrents

Les constructeurs de voitures ne subissent pas uniquement la concurrence de nouveaux constructeurs comme Tesla, mais aussi de Google, d'Uber et d'autres firmes de technologie qui proposent des solutions alternatives au transport individuel. La technologie prend une part de plus en plus en grande dans la valeur d'une voiture et le danger est, pour les constructeurs, de devenir de simples fournisseurs de matériel. Pour lutter contre cette tendance, ils doivent dépenser beaucoup pour acquérir un savoir-faire technologique et des logiciels.

Industrie 4.0 et l'avenir du travail

La construction automobile est déjà fortement automatisée, une bonne part du travail étant effectuée par des robots. Une nouvelle génération de véhicules électriques et autonomes s'accompagnera de la conception de nouveaux systèmes totalement intégrés qui exécuteront tous les processus tout au long de la chaîne d'approvisionnement. Il faudra toujours des travailleurs très qualifiés pour le montage et la maintenance des machines, mais beaucoup de tâches auxiliaires vont disparaître.

Quelles sont les solutions ?

Si rien ne change, les usines de construction automobile emploieront beaucoup moins de personnel que maintenant. Les principes de la gestion du changement dans l'industrie étant bien connus, les syndicats doivent s'atteler avec sérieux à l'élaboration de plans crédibles.

Travailler dès maintenant avec les entreprises

IndustriALL a des accords-cadres mondiaux avec plusieurs constructeurs automobiles. Cela facilite les discussions de haut niveau sur l'avenir de l'industrie et donne l'occasion de négocier la transition vers de nouvelles formes de production.

Faire pression sur les gouvernements et les pouvoirs locaux

Il faut que les syndicats collaborent avec les pouvoirs publics afin d'élaborer une politique industrielle durable plutôt que d'attendre que les entreprises créent des emplois. Les infrastructures, la politique du transport et l'urbanisme jouent un rôle crucial. La manière dont les villes sont planifiées a des implications majeures pour l'avenir du transport.

Réaffecter les usines de construction automobile

Compte tenu des défis précités, les syndicats doivent se préparer au nouveau monde du travail. Les compétences de travailleurs de l'automobile hautement qualifiés doivent être préservées et développées pour répondre aux besoins de l'industrie automobile de demain, mais aussi, lorsque les fermetures sont inévitables, à ceux des nouvelles industries qui prendront leur place. Ce travail devra se faire en collaboration avec les entreprises, les gouvernements et les pouvoirs locaux.

Au bout du compte, syndicats, entreprises, pouvoirs publics et urbanistes devront travailler ensemble sur des projets de redéploiement industriel à grande échelle.

Élaborer un plan d'action

Dans le courant de l'année, IndustriALL va organiser une série de réunions en vue d'élaborer un recueil de bonnes pratiques obtenues auprès d'affiliés qui ont déjà eu l'expérience de ces changements.

Nous organiserons aussi une série de réunions de réseaux d'entreprise et une réunion d'experts sur les changements dans cette industrie. En décembre, le point d'orgue sera une réunion consacrée à l'industrie automobile où seront discutées des recommandations sur l'attitude à adopter face aux changements dans cette industrie.

Les travailleurs américains de la production de locomotives en grève pour défendre la convention collective après la fusion de leur entreprise

La compagnie GE Transportation, filiale de General Electric, a été vendue à Wabtec, le 25 février. Le syndicat souhaite que le nouveau propriétaire respecte la convention collective en vigueur jusqu’à ce qu’un nouvel accord puisse être négocié.

Wabtec, un manufacturier américain de locomotives et matériel ferroviaire roulant, établi à Pittsburgh et opérant dans 50 pays, a imposé de nouvelles conditions générales, dont l’obligation d’effectuer des heures supplémentaires et le versement de salaires jusqu’à 38% inférieurs aux nouveaux employés. La multinationale prévoit également de remplacer jusqu’à 20% de ses effectifs par des travailleurs temporaires mal rémunérés.

La compagnie fabrique du matériel de transport, notamment des locomotives, pour l’industrie ferroviaire, maritime, minière, du forage et de la production énergétique. C’est la première grève que connaît cette usine depuis 1969. Environ 23 000 locomotives sont en service, dont 70 pour cent en vertu de conventions de service à long terme. Wabtec projette de développer de nouvelles technologies numériques pour contrôler la vitesse, la commutation et d’autres aspects relatifs aux commandes des locomotives.

Les opérateurs de production employés dans les usines situées à Erie sont représentés par la section locale 506 de United Electrical et les employés de bureau, par la section locale 618 du syndicat. United Electrical est affilié à IndustriALL Global Union.

« Nous sommes extrêmement déçus par le fait que la compagnie n’ait pas vu la nécessité de continuer de respecter les conditions générales sous lesquelles nous avons travaillé durant des décennies. Leur refus ne nous laisse pas d’autres choix que de faire grève pour protéger l’avenir de nos membres et de nos enfants », a déclaré Scott Slawson, président de la section locale 506 de United Electrical.

Les travailleurs ont reçu l’appui solidaire de la communauté locale, d’autres sections locales, et du monde entier. Le candidat à la présidentielle américaine, Bernie Sanders, a envoyé un message de soutien.

Karlene Torrance, présidente de la section locale 618 de United Electrical, a déclaré: « Nous exprimons notre gratitude devant les nombreuses marques de soutien que nous avons reçues de nos amis, voisins et de la communauté établie à Erie. »

Dans une lettre au PDG de Wabtec, Raymond Betler, Valter Sanches et Luc Triangle, respectivement Secrétaires généraux d’IndustriALL Global Union et industriAll Europe, ont indiqué:

« La fusion de Wabtec avec GE Transportation ne devrait pas servir de tentative de supprimer quel qu’acquis que ce soit si âprement gagné par nos collègues de United Electrical au cours de ces décennies. Leurs qualifications et leur expérience en matière de construction de locomotives sont inégalées, et ils devraient être rémunérés à ce titre ».

600 mineurs burkinabais sans emploi depuis la fermeture de leur mine réclament une indemnisation équitable

Cette fermeture a coûté leur emploi à un millier de travailleurs, y compris des travailleurs en sous-traitance.

La SMB est une compagnie minière privée qui a été vendue à Avocet Mining, une société cotée à la bourse de Londres. Avocet l'a ensuite revendue au groupe Balaji. Les travailleurs auraient dû percevoir une indemnisation lors du transfert de propriété. Ce sont d'anciens salariés de la SMB et d'Avocet, maintenant employés par le groupe Balaji, suivant des contrats en bonne et due forme.

"Les efforts consentis par les travailleurs pour négocier se heurtent à l'inertie ou à la mauvaise foi du groupe Balaji, alors que le ministère des Mines brille par son absence," déclare Saïd Kiba Aidane avec d'autres travailleurs.

Pour appuyer leurs revendications, plus de 200 travailleurs ont organisé des piquets de grève à Ouagadougou, avec des pancartes dénonçant une collusion entre le gouvernement et le groupe Balaji. Ils rejettent la proposition de l'employeur qui voudrait réduire les prestations de 40 pour cent.

Après avoir racheté la mine d'or d'Inata en 2018, le groupe Balaji n'a ni relancé la production ni payé aux travailleurs ce qui leur est dû. Bien qu'ils soient sans emploi depuis la fermeture de la mine, ceux-ci ne baissent pas les bras. Leur sort a incité la Fédération des industries diverses (FID), affiliée à IndustriALL Global Union, à lancer une campagne pour exiger du groupe Balaji, qui a son siège à Accra, au Ghana, qu'il paie son personnel.

Les travailleurs veulent une réunion tripartite dans laquelle leurs droits à une juste indemnisation soient respectés ainsi que le versement de leurs salaires avec effet rétroactif à novembre 2017. Ils veulent aussi que ceux qui ont cotisé reçoivent des pensions; de même pour ceux qui étaient à cinq ans du départ à la retraite. Le versement de prestations médicales s'impose aussi.

Selon Charlotte Nguessan, coordinatrice de projet pour IndustriALL : "Ce qu'endurent les travailleurs de la SMB montre jusqu'où certaines compagnies minières nomades sont prêtes à aller pour ne pas verser des indemnités. Dans le cadre de notre projet de renforcement syndical, nous sommes toujours prêts à nous élever contre ces injustices envers les travailleurs."

Pour Glen Mpufane, Directeur d'IndustriALL en charge des mines :

"Il faut que les compagnies minières respectent les droits des travailleurs. Lorsqu'une mine est vendue, le nouvel employeur doit assumer ses responsabilités. On ne peut accepter que des multinationales ferment des mines et abandonnent les travailleurs, les laissent sans emploi et aillent jusqu'à les déposséder de leurs prestations."

Le groupe Balaji est présent en Inde, en Irak, au Koweït, en Malaisie, aux Philippines, au Qatar et dans les Émirats arabes unis. En Inde, il exploite des gisements de silice, de grenat et de minerai de fer.