La grève en faveur de salaires équitables se poursuit chez Electrolux

Un mois et demi après le lancement de la grève, la direction refuse toujours de changer de position et de négocier sur des salaires qui permettraient aux travailleurs et travailleuses ainsi qu’à leurs familles une vie décente. Au lieu de cela, Electrolux persiste à proposer une hausse de €1 par jour et une prime d’assiduité de €1 par jour qui pourrait être perdue si la personne concernée n’a pas une présence au travail de 100%, pour cause de maladie par exemple.

Toute tentative de médiation, de la part du Préfet du département (la plus haute autorité de la région) ou de la police, a été bloquée par la direction qui refuse toute forme de dialogue constructif avec la section syndicale.

La multinationale suédoise paie ses salariés roumains environ €360 par mois, plus un équivalent de €400 en titres repas. Cela se situe en dessous du salaire vital en Roumanie, qui est estimé à €537 pour une personne isolée et €1.410 pour une famille de deux adultes et deux enfants.

Kan Matsuzaki, Directeur d’IndustriALL pour l’électronique, déclare :
“Nous attendons d’Electrolux qu’elle traite ses travailleurs et travailleuses avec un respect identique partout, y compris en Roumanie. La direction devrait immédiatement entamer un dialogue constructif avec le syndicat pour assurer un salaire vital et des conditions de travail décentes.”

Manifestations mondiales pour libérer Lula – #FreeLula

Des rassemblements ont eu lieu dans plus de 30 villes à travers le monde, entre le 7 et le 10 avril, pour soutenir le mouvement de libération de Lula (Free Lula Movement). L’ancien président du Brésil a été emprisonné il y a tout juste un an à Curitiba après avoir été la cible de persécutions politiques et judiciaires sans précédent.

« Depuis un an exactement, j’ai été isolé dans une cellule de prison à Curitiba. Ils n’ont jamais produit un élément de preuve contre moi. Je suis un prisonnier politique, exilé à l’intérieur de mon propre pays et séparé du peuple brésilien, de ma famille et de mes très chers amis. On m’a interdit de donner des interviews, de parler et d’être entendu. Ils pensaient que l’imposition de ce long silence me calmerait définitivement. Mais cela n’a pas marché, et nous n’allons pas nous taire parce que nous sommes des millions de voix ».

Ce sont les mots que Lula a écrit dans une lettre publiée par les voies officielles le 7 avril.

Les dirigeants syndicaux de divers organismes mondiaux ont organisé un rassemblement à Genève, le 7 avril, pour afficher leur solidarité avec l’ancien président du Brésil, appelant à la justice et exigeant sa sortie immédiate de prison.

Lorsque Lula était au pouvoir de 2003 à 2010, son gouvernement a sorti de la pauvreté 40 millions de personnes, réduit le travail des enfants, permis l’autonomisation des femmes, augmenté le salaire minimum de 72 %, créé 15 millions d’emplois et 7 millions de places universitaires supplémentaires, et adopté le programme de protection sociale « Bolsa Familia ».

Lula a réalisé tout cela en réussissant en parallèle à parvenir à la croissance de l’économie du Brésil en permettant à des millions de brésiliens d’accéder au marché de consommation. Il a également veillé à ce que la richesse nouvellement créée soit équitablement distribuée.

Tous les sondages ont montré que Lula aurait remporté les élections de l’an dernier (même depuis sa cellule de prison) s’il n’avait pas été empêché de se présenter à l’élection et injustement emprisonné. Sa détention arbitraire porte atteinte à la démocratie et prive le peuple brésilien du droit d’élire leur leader préféré.

Depuis le coup d’État contre Dilma Rousseff, tant le gouvernement de Michel Temer, instigateur du coup d’État, que le gouvernement de l’actuel président, Jair Bolsonaro, ont cherché à détruire toutes les réformes sociales et les droits des travailleurs, des femmes, des autochtones et de la communauté LGBT.

Le Secrétaire général d’IndustriALL Global Union, Valter Sanches, a également participé à la manifestation à Genève:

« Nous sommes tous Lula et le projet qu’il représente. Nous soutenons sa cause et nous continuerons à revendiquer la justice, la liberté et le respect de ses droits politiques.

Son incarcération politique a également bridé la démocratie au Brésil. Nous continuerons à lutter pour rétablir la primauté du droit et la démocratie, et pour sauvegarder l’emploi, les politiques sociales et le développement durable dans le pays ».

Le réseau syndical ArcelorMittal vise un dialogue mondial plus solide

Cinquante dirigeants de syndicats d’ArcelorMittal de quinze pays réunis les 8 et 9 avril ont adopté un plan d’action et appelé IndustriALL Global Union à approcher la direction internationale d’ArcelorMittal pour entamer des discussions ayant pour objectif de conclure un Accord-cadre mondial.

Il s’agissait de la deuxième réunion du Réseau syndical mondial d’ArcelorMittal qui a été fondé à Luxembourg en juillet 2018.

Les participants ont débattu de l’évolution de la situation depuis la première réunion du réseau. On relève ainsi une amélioration de l’approche de la direction d’ArcelorMittal par rapport aux relations sociales au Kazakhstan et en Ukraine, passant de la provocation de conflits au soutien de relations sociales positives.

Meschack Robertsons du NUMSA a donné des nouvelles concernant la grève chez ArcelorMittal en Afrique du Sud, où le syndicat revendique des emplois permanents pour les travailleurs en sous-traitance et un salaire égal pour un travail de valeur égale.

La réunion a été stupéfaite par le rapport livré par l’USW sur la résistance opposée aux travailleurs d’une coentreprise d’ArcelorMittal à Calvert, en Alabama, États-Unis, qui souhaitent s’organiser syndicalement auprès de l’USW.  Le réseau a voté à l’unanimité une résolution condamnant la campagne antisyndicale menée par la direction locale. Cette résolution exhorte la direction internationale d’ArcelorMittal à s’assurer que la direction locale respecte l’accord que l’entreprise a donné selon lequel elle resterait neutre lorsque ses travailleurs souhaitent s’organiser syndicalement auprès de l’USW.

Le réseau témoigne sa solidarité avec les travailleurs et travailleuses d’ArcelorMittal en Alabama

Le Directeur des Ressources humaines d’ArcelorMittal pour l’Amérique du Sud, Adriani Damazio s’est adressé à l’assemblée et a abordé des questions et commentaires des participants. M. Damazio a exprimé l’engagement de l’entreprise à collaborer avec les syndicats et a fait rapport sur les mesures prises par ArcelorMittal pour l’émancipation des femmes et d’autres groupes de personnes historiquement sous-représentés au sein de l’entreprise.

Les syndicats brésiliens ont exprimé leurs inquiétudes quant à l’absence de collaboration d’ArcelorMittal avec eux en vue de relever les défis posés par le récent affaiblissement de la législation du travail de la part du gouvernement brésilien et appelé l’entreprise à adopter un profil ambitieux en matière de relations sociales et de négociations collectives.

Le réseau a débattu des opportunités et défis posés par Industrie 4.0. Les participants ont conclu qu’ArcelorMittal devait impliquer davantage les syndicats dans ce processus de changement.

La réunion a également compris un débat en panel sur la participation des femmes au réseau. Celui-ci a décidé de porter la question de l’égalité des genres à l’ordre du jour de chacune de ses réunions, d’inclure les problématiques de genre à l’ordre du jour du dialogue avec l’entreprise et d’ambitionner une plus grande participation des femmes à ses réunions.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a fait cette déclaration :

“Nous saluons la participation d’ArcelorMittal et son soutien apporté à cette réunion. Également, nous rendons hommage à ArcelorMittal pour son rôle dans l’amélioration récente des relations sociales en Ukraine et au Kazakhstan. Cependant, des défis significatifs subsistent. Nous sommes convaincus qu’un dialogue social mondial est essentiel pour relever ces défis et la meilleure façon d’y parvenir est par le biais de la conclusion d’un Accord-cadre mondial d’ArcelorMittal avec IndustriALL Global Union.”

Syndicalisation des mineurs de diamants au Lesotho

Le terrain accidenté n’a pas découragé l’affilié à IndustriALL Global Union, le syndicat démocratique indépendant du Lesotho (IDUL), dont le nombre de membres s’accroît malgré tous les obstacles rencontrés. IDUL avait commencé à organiser les travailleurs employés dans les mines de diamants de la même manière l’année dernière. Le syndicat a pour but d’organiser plus de 50 pour cent des 659 travailleurs employés à Storm Mountain pour pouvoir négocier une convention collective avec la compagnie.

Les Monts Maluti au Lesotho. Photo: IndustriALL

Les Monts Maluti sont à l’origine de l’émergence du Lesotho en tant qu’un des nouveaux pays producteurs de diamants d’importance en Afrique, et hébergent les compagnies mondiales d’extraction minière de diamants. La compagnie Firestone Diamants basée au Royaume-Uni, qui détient la mine Liqhobong Diamond au Lesotho, emploie plus de 550 personnes et a récemment extrait une pierre de 72 carat complètement « façonnable », ce qui permettra de tailler un gros diamant.

Néanmoins, le syndicat se heurte à une forte résistance de la part de la direction de la mine de Liqhjobong, qui lui interdit de rencontrer ses membres. Bien que le Code du travail du pays permette aux syndicats de pouvoir se rendre dans les mines pour organiser, le droit sur l’exploitation minière et les ressources minérales renferme des dispositions autorisant des « exemptions ». Les syndicats se battent pour leur suppression.

Le Secrétaire général d’IDUL, Dan Theko, a déclaré:

« Nous ne nous laisserons pas intimidés par l’intransigeance de la direction et nous continuerons à revendiquer une législation du travail juste. Nous ne céderons pas face aux pratiques antisyndicales et condamnons le refus des employeurs de traiter les formulaires d’adhésion qui ont été signés. Nous avons également le droit de rencontrer et d’organiser les travailleurs. Il est illégal que les employeurs nous privent de ce droit ».

L’équipe comprenait le directeur d’IndustriALL chargé du secteur de l’extraction minière et de la production de diamants, de pierres précieuses, d’ornements et de bijoux (DGOJP), Glen Mpufane, ainsi que l’administrateur de programme pour la région d’Afrique subsaharienne d’IndustriALL, Charles Kumbi. Le Lesotho fait partie du projet de renforcement des syndicats d’IndustriALL.

Dans le cadre de la résolution visant à appuyer les opérations d’organisation d’IDUL, adoptée à Johannesburg en 2018, à la réunion du réseau mondial Diamants d’IndustriALL (IGDN), trois affiliés sud-africains ont envoyé leurs organisateurs et formateurs. Lucky Mabiletsa, membre du Syndicat national des mineurs, Joseph Mosia, membre du Syndicat national des métallurgistes d’Afrique du Sud, et Thabo Mpete, membre de l’Association unie d’Afrique australe, ont présenté à 20 délégués syndicaux différentes méthodes de résolution des conflits et de négociation collective, et aidé à comprendre la législation du travail et à accroître les compétences en matière de santé et de sécurité, au cours d’un atelier de deux jours. Outre la formation, les affiliées soutiennent l’initiative d’IDUL visant à établir un bureau à Kao. Ils inviteront le syndicat à se rendre à leurs écoles internationales et contribueront à l’acquisition d’un véhicule tout-terrain.

Délégués du Syndicat démocratique indépendant du Lesotho. Photo: IndustriALL

Glen Mpufane, directeur d’IndustriALL chargé du secteur des mines, s’est félicité de cette solidarité:

« La solidarité régionale est cruciale et montre la force du pouvoir collectif des syndicats. C’est aussi un gage d’assurance pour les mineurs de diamant du Lesotho de voir qu’ils ne sont pas engagés dans un combat isolé mais qu’ils font partie d’une force de travail mondiale qui se bat pour les droits des travailleurs et de meilleures conditions de travail à travers le réseau mondial des diamants ».

Les syndicats organisent une manifestation mondiale contre Kimberly-Clark

Déclaration conjointe sur Kimberly-Clark d’IndustriALL Global Union et d’UNI Global Union

UNI et IndustriALL syndicats mondiaux condamnent fermement le plan de restructuration global de Kimberly-Clark et le mépris de l’entreprise envers les syndicats représentant les travailleurs du monde entier. – Les deux syndicats mondiaux lancent une campagne contre le comportement irresponsable de Kimberly-Clark, qui met en péril les moyens de subsistance de milliers de travailleurs et de leurs familles dans le monde.

Kimberly-Clark vient d'annoncer la fermeture d'une usine à Ingleburn, en Australie – où 220 travailleurs membres du CFMEU perdront leur emploi – et une restructuration majeure de leur usine de Northfleet au Royaume-Uni, qui obligera jusqu'à 130 travailleurs à perdre leur emploi.

Cette décision fait suite à la fermeture de 3 usines aux États-Unis, d'une usine au Brésil et d'une usine en République dominicaine en 2018. Ces 5 fermetures et les restructurations déjà mises en œuvre ont eu des conséquences catastrophiques sur la vie des travailleurs, leurs familles et leurs communautés.

Ces dernières décisions de Kimberly-Clark ont été prises dans le cadre d'un plan de restructuration global décidé début 2018, consistant à fermer 10 usines, sans préciser lesquelles, sur une période de 3 ans et à licencier 5 500 travailleurs. Ce plan a été élaboré sans consultation des représentants des travailleurs et a mis chaque site et chaque travailleur de Kimberly Clark du monde à l’incertitude, ne sachant jamais si leur usine ou leur emploi pourraient être les suivants sur la liste.

Au lieu d'impliquer les syndicats dans la prise de décision, Kimberly-Clark a pris des décisions seul, sans leur contribution essentielle, ce qui pourrait être catastrophique pour l'entreprise.

UNI et IndustriALL syndicats mondiaux, ainsi que leurs affiliés, ont adopté une résolution commune en juillet 2018 dénonçant le plan comme irresponsable mettant les employés de Kimberly Clark, leurs familles et leurs communautés dans une situation critique.

Il y a deux semaines, une réunion s'est tenue à Atlanta entre la direction de Kimberly Clark et une délégation syndicale composée d'UNI et d'IndustriALL syndicats mondiaux et certains de leurs affiliés provenant de différentes régions du monde. Lors de cette réunion, l’état de la mise en œuvre du plan de restructuration global a été examiné. Pendant la discussion, la direction de Kimberly Clark n'a pas informé la délégation syndicale des décisions de restructuration de l'usine de Northfleet ni de la fermeture de l'usine d'Ingleburn, même après que la délégation a proposé à la direction de mener des consultations avec un groupe restreint et sur base d’accords appropriés de confidentialité.

Lors de cette réunion annuelle, la délégation syndicale a de nouveau insisté auprès de la direction du besoin urgent d’informer et de consulter de manière adéquate les représentants des travailleurs avant les décisions de la direction. Par le biais de cette information et cette consultation, les représentants syndicaux devraient pouvoir être en mesure d’exercer leur droit fondamental de proposer des solutions alternatives ou d’essayer d’influencer les décisions de la direction. Cependant, bien que la direction se soit engagée à réexaminer sa manière de consulter les représentants des travailleurs et de communiquer avec UNI et IndustriALL, elle a simplement annoncé la fermeture d'Ingleburn et la restructuration de Northfleet, sans information ni consultation préalable. Notre demande a simplement été rejetée, la direction ayant répondu qu’elle se conformerait uniquement à la législation nationale. Cela signifie réellement que Kimberly-Clark a l'intention de faire le minimum nécessaire pour être dans la légalité et éviter les poursuites.

En effet, dans l'affaire Ingleburn, Kimberly-Clark ne s'est même pas conformée à la loi en vigueur en alertant le syndicat par SMS deux minutes avant d'informer les travailleurs, ceci en violation flagrante de leurs obligations de consultation avec le syndicat en vertu de la convention collective.

Pour une entreprise qui se veut socialement responsable, nous affirmons haut et fort qu'il s'agit là d'une attititude déplorable qui constitue une attaque contre les relations de travail modernes.

Kimberly-Clark, qui s’est toujours présentée comme une entreprise familiale, est en train de se forger une réputation d'employeur anti-syndical et anti-travailleur.

UNI et IndustriALL syndicats mondiaux appellent une nouvelle fois à un dialogue social ouvert et constructif fondé sur une relation saine et transparente entre employeur et employés. Nous proposons à nouveau de faire en sorte qu'un groupe syndical restreint rencontre la société de manière confidentielle pour donner son avis sur les décisions avant qu'elles ne soient prises.

En effet, nous constatons que la direction de Kimberly Clark détient des informations vitales sur les employés et leurs représentants syndicaux. Nous ne pouvons pas non plus accepter que des consultations aient lieu uniquement lorsque la société a officiellement pris ses décisions, un timing que nous considérons comme stratégiquement hostile aux relations syndicales.

Tenant compte du manque d’information et de consultation, nous décidons par la présente d’être solidaires avec nos collègues britanniques et australiens et de les soutenir dans leur lutte contre les décisions de la direction de Kimberly-Clark.

Face à de telles actions téméraires et au refus de répondre à nos préoccupations, UNI et IndustriALL syndicats globaux lancent une campagne mondiale qui débutera par une première journée d’action le jeudi 11 avril.

De plus, nous continuerons à lutter contre la menace de fermeture d'usines ou de licenciements massifs telle que pratiquée par Kimberly Clark, afin d’obtenir de fortes concessions lors des négociations, et nous renouvelons notre volonté de développer un dialogue ouvert et constructif avec Kimberly-Clark sur ces questions qui bénéficieront aux travailleurs, à leurs communautés et à l'entreprise.

Sous la menace des barrages miniers

Située dans la région connue sous le nom de Quadrilatère ferrifère, au centre du Brésil, Itabira est le lieu de naissance d’un des plus célèbres poètes du pays, Carlos Drummond de Andrade, mais aussi celui de la compagnie minière Vale do Rio Doce, aujourd’hui simplement appelée Vale. « De 1942 à aujourd’hui, à travers les générations, Itabira et Vale ont fini par ne former plus qu’un ; 90 % des revenus municipaux proviennent de l’exploitation minière et toute notre économie tourne autour de Vale », explique la secrétaire à l’Environnement de la municipalité, l’ingénieure Priscila Martins.

Cette multinationale brésilienne est impliquée dans les deux graves accidents de novembre 2015, près de la ville historique de Mariana, et celui qui a touché la région de Brumadinho, il y a tout juste deux mois. Dans les deux cas, une coulée de boue constituée de déchets miniers, provoquée par la rupture de barrages de rétention appartenant directement ou indirectement à cette entreprise, a emporté plusieurs centaines de vies, sans compter sur l’impact environnemental à grande échelle. L’histoire de cet État se mêle à celle de l’exploration des richesses minières – au point d’en porter le nom : « Mines générales ».

Aux XVIe et XVIIe siècles, ce fut l’or, puis à la fin du XIXe siècle, le fer. Aujourd’hui, le Minas Gerais produit 60 % du fer extrait au Brésil. Une richesse qui génère emplois et revenus, mais qui est de plus en plus critiquée pour son impact. En 2015, la rupture du barrage de Fundão, a déversé 40 milliards de litres de déchets dans le fleuve Rio Doce et tué 19 personnes.

Aussi, la peur fait partie du quotidien de la population de toute la région. À Itabira, pas moins de 11 barrages entourent la ville. Parmi eux, se trouve celui de Pontal, le plus grand barrage minier du pays, avec un volume de 227 milliards de litres de résidus issus du traitement minier [soit plus de 5 fois le volume de la première catastrophe].

« Après Mariana, nous n’étions pas aussi préoccupés, mais Brumadinho nous a fait peur. Aujourd’hui, je dors mal, je ferme à peine les yeux que je me réveille aussitôt », raconte Rosa Fortunato, retraitée et habitante de Rio do Peixe, voisine du barrage de Itabiruçu, qui contient aujourd’hui 130 milliards de litres de déchets miniers.

Le sentiment d’angoisse est aggravé par le manque de formation de sécurité. Malgré le volume de matériaux accumulés, le Plano de Ação Emergencial em Barragens de Mineração (Plan d’action d’urgence sur les barrages miniers) des barrages de Vale à Itabira n’a été élaboré qu’en mai 2018, et est encore en phase d’implantation. « Il n’y a jamais eu de formation d’urgence ici », commente Geraldo Pereira, 77 ans et voisin du barrage de Pontal. Selon le secrétariat de l’Environnement, l’entreprise minière commence ce mois-ci seulement à visiter chaque maison dans la zone de danger pour orienter les habitants. Une action de ce genre a été effectuée à Brumadinho en décembre 2018 et janvier 2019, ce qui éveille la suspicion des habitants.

Massacre ou accident ?

Le 25 janvier dernier, le barrage n°1 de la mine Córrego do Feijão s’est rompu pour une raison encore inconnue et a déversé ses 13 milliards de litres de boue, ensevelissant près de 300 personnes [selon le dernier bilan : 212 décès confirmés par la Défense civile et 93 disparus]. « Il y avait de nombreux indices montrant que le barrage pouvait rompre sous peu », affirme la militante du Movimento dos Atingidos por Barragens (MAB – Mouvement des personnes atteintes par les barrages), Eloá Magalhães, présente sur la mine Córrego do Feijão, dès le lendemain de la catastrophe. « C’était une tragédie annoncée, et c’est pourquoi nous traitons cette rupture comme un massacre de Vale », dit la jeune femme de 24 ans. Le mouvement défend depuis 30 ans la nationalisation de toute l’activité minière au Brésil, afin de rendre la richesse à la population brésilienne.

Un de ces indices serait une toile bleue qui couvrait partiellement la partie inférieure du barrage, depuis environ quatre mois. Elle aurait maintenu secrets des travaux de renforcement, dont même les employés de l’entreprise n’avaient pas tous connaissance. Ces derniers ont fait d’ailleurs partie de la majorité des victimes, au moment où le tsunami de boue a atteint le réfectoire de l’entreprise construit au pied du barrage.

Le parquet de l’État de Minas Gerais, qui soupçonne également la gestion du barrage de négligence criminelle, a sollicité le 15 février la prison préventive de huit ingénieurs de Vale, responsables de la sécurité du barrage [ndlr : par la suite, cinq autres employés de Vale et de Tüv Sud ont été arrêtés et libérés ensuite sur décision de la Cour suprême], ainsi que l’appréhension d’ordinateurs et de documents de quatre fonctionnaires de l’entreprise allemande Tüv Sud, auteurs du rapport ayant témoigné de la sécurité du barrage.

« Les représentants de Vale insistent sur le fait qu’il s’agit d’un accident, mais le parquet et la police sont aujourd’hui convaincus qu’un crime d’homicide volontaire a été commis, au cours duquel diverses entités ont assumé le risque de provoquer la mort de centaines de personnes », a affirmé le procureur chargé de l’affaire, William Coelho.

En plus des pertes humaines, la boue a détruit une partie des localités/arrondissements municipaux de Córrego do Feijão et Parque das Cachoeiras, renversé un pont ferroviaire de 50 mètres de haut et contaminé le fleuve Paraopeba, qui fait partie de l’approvisionnement de la métropole de Belo Horizonte, avec des métaux lourds tels que le plomb, le mercure et le cadmium, tuant des milliers de poissons.

Alerte générale dans les mines

La localité de Socorro, dans la ville de Barão de Cocais, à 60 km de Córrego do Feijão est une ville fantôme. Depuis le 8 février, 453 habitants de quatre quartiers ont été évacués de leurs maisons à 2 heures du matin et n’ont pas été autorisés à y retourner depuis, même pour y récupérer biens personnels et documents. « Ce qui dérange le plus est qu’ils savaient depuis la veille que le barrage représentait un risque et que nous devrions évacuer ; pourquoi n’ont-ils pas appeler les habitants pour les avertir et les laisser se retirer dans le calme ? », réclame la coiffeuse Maria Aparecida Batista, 39 ans, qui partage depuis deux semaines une chambre d’hôtel avec son mari et leurs deux fils. « Nous voulons rentrer à la maison ; l’hôtel, c’est sympa en vacances », souligne-t-elle.

Dès le lendemain de l’évacuation, des employés de Vale sont venus alimenter les animaux domestiques qui ont été abandonnés après l’évacuation. Equal Times a réussi à accéder en exclusivité à la zone à risque isolée, pour accompagner le retrait des animaux d’élevage – porcs, chevaux, vaches, etc – demandé par la justice. Et être témoin de chiens égarés, d’autres errant sur la voie d’accès, d’autres encore aux abords des maisons dans l’attente du retour de leurs maîtres, qui eux se refusent de retourner à Socorro, même si Vale garantit désormais la stabilité du barrage.

« Je n’y retournerai peut-être pas, car ça laisse des marques et aujourd’hui nous ne croyons plus à ce que dit l’entreprise », dit Isabel Batista, 45 ans, vice-présidente de l’association des habitants de Socorro.

Isabel s’est cassé le pied, en tentant désespérément cette nuit-là d’avertir ses voisins de la rupture du barrage. « À ce moment-là, personne ne savait que c’était une fausse alerte ; je savais seulement que j’avais trois minutes pour atteindre la zone de sécurité. Que fait-on en trois minutes ? », commente-elle.

Depuis le 25 janvier, au moins 850 personnes ont ainsi dû abandonner leurs affaires au risque d’une nouvelle rupture de barrage. La majorité d’entre eux continue sans pouvoir retourner chez eux, dans les villes de Itatiaiuçu, Barão de Cocais et Nova Lima. Dans cette dernière, 200 habitants ont reçu, mi-février, des appels d’employés de Vale les alertant sur la fragilité du barrage de la mine Mar Azul. Certains habitants ont refusé de fuir, même sous la menace de rupture. « J’ai un sac à dos avec des habits et mes documents, et la voiture prête. Si j’entends du bruit, je sortirai en courant, mais je ne vais pas abandonner tout ce que j’ai acquis comme ça. Si quelque chose se passe ou disparaît, qui va payer ? », questionne le maçon Gilmar Pereira, 55 ans, qui vit au bord du ruisseau de Macacos et dont la maison serait atteinte, se trouvant dans la zone appelée Zona de autossalvamento (zone d’auto-sauvetage) – un euphémisme pour les régions où les autorités sont incapables d’arriver avant un éventuel tsunami de boue.

Dans tout l’État, au moins huit autres mines sont paralysées, font l’objet d’enquête ou sont interdites de traitement de résidus. Le danger omniprésent limite les alternatives de la population de cet État. « Il faudrait partir », commente Celso Oliveira, 20 ans, habitant de Córrego do Feijão et qui vient d’enterrer son cousin, emporté par la coulée de boue et dont le corps a été retrouvé deux semaines après. « Partir où, mon fils, si partout nous courrons un risque », commente sa mère, Luiza Oliveira. Ce à quoi il rétorque : « La seule solution est : partir du Minas Gerais ; ici le cycle de l’or a laissé place au cycle des tragédies. »

Cette article a été publié à l'origine sur Equal Times

Les syndicats cambodgiens appellent les enseignes à passer à l’ACT

Dans des courriers adressés à Gap, Puma, Nike, Adidas, Uniqlo, Levi’s et VF, les syndicats indiquent à ces compagnies que l’absence de leur signature au bas des engagements d’ACT et de leur poids en termes d’approvisionnement aux côtés de celui des autres enseignes d’ACT avait maintenant un impact néfaste sur l’ensemble des travailleurs et travailleuses cambodgiens de la confection. Ceci découle du retrait le 11 mars de l’association des employeurs de la confection GMAC des négociations avec les syndicats au sujet d’une convention sectorielle dans la confection qui devait permettre d’améliorer les salaires et les conditions de travail dans tout le secteur. La GMAC a déclaré qu’en l’absence de davantage de signatures d’enseignes et de détaillants de plan mondial auprès d’ACT, elle ne serait pas en mesure de poursuivre ces négociations.

Les syndicats font clairement remarquer aux enseignes que si leur objectif est d’arriver à un salaire vital pour les travailleurs et travailleuses de la confection, le processus d’ACT offre une occasion unique de renforcer le secteur et d’améliorer les salaires pour les travailleurs et travailleuses par le biais de la négociation collective sectorielle. En ne prenant pas le même engagement que les enseignes membres d’ACT en vue de soutenir une convention sectorielle par le truchement de leur pratiques d’achat, fondamentalement, ces enseignes contribuent à la décision de leurs fournisseurs cambodgiens de se retirer des négociations.

Nos affiliés cambodgiens exhortent Gap, Puma, Nike, Adidas, Uniqlo, Levi’s et VF à ne pas continuer à jouer un rôle passif quant à savoir si des salaires vitaux peuvent être alloués aux travailleurs et travailleuses de la confection, mais de plutôt rejoindre les autres enseignes et détaillants de plan mondial qui, par le biais d’ACT, lient collectivement leur pratiques d’achat internationales à l’élaboration de conventions collectives sectorielles.

"Les syndicats cambodgiens se sentent légitiment frustrés de voir leurs efforts visant à négocier une convention collective sectorielle qui améliore les salaires des travailleurs et travailleuses de la confection ainsi mis à mal par des enseignes qui clament leur soutien à des salaires vitaux tout en n’ayant pas encore pris les engagements nécessaires pour les obtenir.
“Il est largement admis qu’ACT représente la meilleure chance de pouvoir marquer une réelle différence par rapport aux salaires dans la confection, mais ceci requière le soutient de toutes les enseignes de premier plan.”

Jenny Holdcroft, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL

Jordanie: les travailleurs migrants élisent leurs responsables syndicaux dans les fabriques de vêtements

L’élection, qui a eu lieu le 22 mars, est l’aboutissement d’un projet mené par le syndicat général des travailleurs des industries textiles et de l’habillement en Jordanie (JTGCU). Soutenue par IndustriALL Global Union, cette initiative vise à établir des structures de représentation des travailleurs migrants. Le projet, qui a été lancé en novembre 2017, est particulièrement important du fait de la non-représentation des travailleurs migrants au niveau national; leur représentation se limitant aux comités syndicaux en place dans les usines.

L’industrie du vêtement en Jordanie emploie environ 69 000 travailleurs, dont 75 % sont des femmes. Sur cette main-d’œuvre, environ 16 000 sont originaires de Jordanie; les 53 000 autres travailleurs étant constitués de travailleurs migrants originaires du Bangladesh, du Cambodge, de la Chine, de l’Inde, de Madagascar, du Myanmar, du Népal, du Pakistan, du Sri Lanka et de la Syrie.

Les usines fabriquent pour des marques internationales, en particulier américaines. Parvenir à l’union des travailleurs migrants au sein de syndicats et à l’établissement de leur représentation au niveau national est essentiel afin de résoudre les problèmes relatifs aux salaires, à la sécurité sociale, à la santé et à la sécurité, ainsi qu’au logement.

L’industrie est principalement implantée dans les régions d’Irbid, d’Al-Dulayl et de Sahab. Le projet a été lancé à Al-Dulayl pour sensibiliser les travailleurs à l’importance des syndicats et leur présenter la convention collective sectorielle que le JTGCU a réussi à signer grâce à ses nombreux efforts. La convention concerne uniquement les travailleurs migrants. Les conventions sectorielles sont encore rares dans le secteur.

Une série d’ateliers ont été organisés en 2018, auxquels ont participé 168 membres du Comité syndical. La formation a porté principalement sur les questions du droit du travail jordanien, de la convention collective, du rôle des comités d’usine, de l’importance de la participation active aux syndicats pour assurer la protection sur le lieux de travail, ainsi que sur IndustriALL et le mouvement syndical mondial.

À l’issue de la formation à Al-Dulayl, des élections démocratiques ont eu lieu en présence des représentants du JTGCU et de l’OIT. IndustriALL était représenté par Ahmed Kamel et Christina Hajagos-Claussen. Vingt-six travailleurs, principalement des femmes, ont été élus, proportionnellement au nombre de travailleurs en provenance du Bangladesh, de l’Inde, du Népal, du Pakistan et du Sri Lanka.

Fathallah Emrani, président du JTGCU, a déclaré:

« Depuis le début de l’afflux de travailleurs migrants en Jordanie venus travailler dans le secteur du vêtement, le syndicat les a sensibilisé sur leurs droits, leur expliquant également qu’ils ne sont pas seuls, à savoir que nous les soutenons, les représentons et les défendons.

« Nous avions besoin d’établir des comités syndicaux dans les usines pour représenter les travailleurs de toutes les nationalités, afin que leurs voix parviennent aux oreilles des décideurs. Nous leur donnerons également un rôle dans le processus décisionnel du syndicat.

« Après l’élection réussie d’Al-Dulayl, nous nous réjouissons à la perspective de terminer le processus à Irbid et Sahab ».

Ahmed Kamel a indiqué:

« La forte mobilisation et l’enthousiasme des travailleurs migrants durant le processus électoral et la formation ont été notoires. Ce sont des facteurs clés pour instaurer une durabilité et renforcer la voix des travailleurs migrants ».

Christina Hajagos-Claussen a précisé:

« Outre la convention sectorielle, la représentation syndicale des travailleurs migrants au niveau de l’usine constitue une nouvelle étape vers l’amélioration des conditions de vie et de travail. Les résultats, qui donnent la majorité des sièges aux femmes, reflètent clairement leur prédominance dans l’industrie ».

Les syndicats se mettent en réseau au sein de la multinationale des matériaux de construction CRH

Ce réseau syndical va viser à améliorer le travail et le statut du Conseil d’Entreprise européen (CEE) de CHR, connu sous l’appellation “Euroforum”, et à augmenter la communication entre les syndicats. Cette compagnie irlandaise est maintenant l’un des acteurs majeurs au sein des industries du ciment et des matériaux de construction.

L’affilié irlandais d’IndustriALL SIPTU était l’hôte de la réunion, qui était organisée par la Fédération européenne des travailleurs du bâtiment et du bois (FETBB). Les participants ont défini un certain nombre de problématiques au sein de l’entreprise, mais en particulier d’Euroforum. Les participants souhaitent corriger ces carences.

Les participants ont adopté une déclaration commune en anglais, français, polonais, roumain, néerlandais et allemand qui détaille leurs propositions et revendications auprès de la direction de CRH ainsi que les activités futures du réseau.

Dans leur déclaration, les syndicats européens indiquent :

“La FETBB requière du groupe CRH qu’il respecte la législation européenne et prenne des mesures appropriées pour restaurer la confiance mutuelle et le dialogue social. La FETBB invite la direction à débattre d’un renouveau du partenariat social. Un important premier pas serait de clarifier le processus d’élection ou de désignation des membres actuels et futurs des pays impliqués dans le CEE. La FETBB attire l’attention sur le fait que ceci devrait se faire en vertu de la transposition des législations nationales.”

Les représentants des travailleurs ont également désigné un comité de pilotage pour le réseau syndical qui coordonnera ses activités et servira de lien entre lui, les syndicats non-européens et les Fédérations syndicales internationales.

Le Directeur d’IndustriALL pour l’ingénierie mécanique et les industries des matériaux, Matthias Hartwich, a fait ce commentaire :

“J’ai été très heureux de constater combien les syndicats européens et le conseil d’entreprise sont engagés par rapport à l’amélioration du dialogue avec CRH. Je promets qu’IndustriALL Global Union fera de son mieux pour impliquer les syndicats non-européens. Dès la semaine prochaine, nous aurons l’occasion d’informer le Réseau nord-américain pour le ciment des progrès accomplis ici. Je suis convaincu que nous aurons une bonne collaboration entre les syndicats européens et ceux des pays en dehors de l’Europe où CRH développe des activités.”

Le groupe CRH est né en 1970 de la fusion de deux grandes entreprises irlandaises, Cement Limited (fondée en 1936) et Roadstone Limited (1949). Pendant longtemps, le groupe a été le seul producteur de ciment et le principal producteur de granulats, de produits dérivés du ciment et d’asphalte, avec 95% de ses ventes en Irlande. CRH est maintenant dans le top 10 mondial des entreprises de matériaux de construction avec des activités dans 32 pays qui emploient plus de 90.000 travailleurs et travailleuses sur environ 3.700 sites de par le monde.

Les ventes de l’entreprise ont atteint 26,8 milliards d’euros en 2018. Les principaux marchés du groupe se situent en Europe et en Amérique du Nord, mais sa présence est en hausse en Asie et en Amérique du Sud.

Mexique: LafargeHolcim licencie des travailleurs pour activités syndicales

Douze travailleurs employés à la cimenterie Apasco à Hermosillo, détenue par LafargeHolcim, ont payé de leur travail l’exercice de leur droit d’organiser et d’adhérer à un syndicat de leur choix.

La compagnie pratiquant une forme extrême d’externalisation, environ 500 travailleurs sur une main-d’œuvre forte de 600 personnes sont des travailleurs externalisés, mal rémunérés et ne bénéficiant d’aucune protection sociale. La compagnie a tenté de justifier les six derniers licenciements comme faisant partie d’une restructuration. Ces travailleurs seront très probablement remplacés par des travailleurs externalisés, moins bien payés et moins bien protégés.

Fin 2016, un groupe de six travailleurs permanents sur 70 avaient décidé de devenir membres de Los Mineros. Mécontents de leurs conditions de travail et en l’absence de reconnaissance de leurs droits, les travailleurs considéraient leur adhésion à Los Mineros comme étant le seul moyen d’améliorer leur situation.

Le syndicat contrôlé par la direction, membre de la Confédération des travailleurs mexicains (CTM) qui, à l’époque, comptait quelque 30 autres travailleurs permanents comme membres obligatoires, a eu vent de ces efforts d’organisation et en a informé la compagnie, qui a alors renvoyé six militants en février 2017. Tous étaient des travailleurs expérimentés, qui occupaient leur poste depuis 7 à 10 ans.

La CTM est connue depuis des années pour sa pratique tristement célèbre consistant à conclure des conventions collectives de protection avec les employeurs qui empêchent les autres syndicats d’organiser dans les usines, de participer effectivement aux négociations collectives et d’exprimer leurs revendications. En outre, de nombreux travailleurs sont employés par des prestataires extérieurs, qui seraient selon toute vraisemblance des sociétés détenues par les gestionnaires et les administrateurs de la compagnie.

Les militants possèdent des enregistrements audio de la procédure de licenciement au cours de laquelle ils ont été informés de leur dernier jour de travail pour avoir recueilli des cartes d’affiliation.

Les travailleurs licenciés en 2017 ont tenté d’attaquer en justice la compagnie pour violation de leurs droits et licenciements abusifs, mais celle-ci leur a répondu que leur absentéisme, et donc l’abandon de leur poste, avait été l’unique déclencheur de leur renvoi. Les travailleurs ont incriminé les autorités locales et les relations des tribunaux avec la CTM, qui traditionnellement bénéficiaient du soutien fort de l’ancien parti au pouvoir, le PRI.

Selon les informations disponibles, la situation à l’usine s’est détériorée après les licenciements. D’après les enregistrements audio, les travailleurs se plaignent de menaces constantes de licenciement de la part de la CTM, qui les effraie de partager le sort des six travailleurs licenciés s’ils venaient à s’élever contre elle. Les travailleurs signalent également des violations des règles de sécurité provoquant différents accidents, y compris la perte de doigts.

Selon les données disponibles, les travailleurs ne seraient pas autorisés à déclarer ces accidents aux services d’assurance pour que leur lieu de travail continue d’apparaître comme étant « sans accident ». Bien qu’ils soient alors enjoints à se concentrer sur leur travail, ils ont dans le même temps pour ordre de faire des travaux de bureau.