Au Mexique, la réforme du travail devrait apporter plus de démocratie syndicale

La Chambre des députés a adopté la réforme le 11 avril, puis le Sénat le 29.

Le nouveau texte de loi est une refonte totale des relations du travail qui donnera aux travailleurs un meilleur accès à la juridiction du travail et renforcera la liberté syndicale; il facilite aussi la constitution de syndicats démocratiques.

Aux termes de cette réforme, les travailleurs pourront choisir librement le syndicat auquel ils veulent adhérer, et ils pourront élire leurs dirigeants syndicaux dans un scrutin individuel, libre, secret et direct.

Pendant des années, les élections syndicales se sont faites au vote à main levée. Cela voulait dire que les travailleurs devaient souvent voter en présence d'hommes de main de syndicats corrompus et acquis à l'employeur. La pression était forte et cela empêchait les travailleurs de choisir librement leurs représentants.

Dorénavant, les travailleurs devront être consultés à la fois lors de l'élaboration des conventions collectives et de leur renégociation, c’est-à-dire tous les deux ans. Cela implique aussi un scrutin libre, à bulletin secret et individuel, ce qui contribuera aussi à éliminer ce qu'on appelle les contrats de protection des employeurs.

En outre, un service fédéral de conciliation et d'enregistrement syndical sera créé. Cet organisme public décentralisé tiendra un registre de toutes les conventions collectives et de toutes les organisations syndicales existant dans le pays.

Pendant des années, le gouvernement fédéral, les employeurs et des syndicats corrompus ont utilisé les mécanismes de conciliation et d'arbitrage pour choisir les syndicats qui figureraient dans ce registre. De ce fait, les intérêts politiques et économiques ont pris le pas sur les intérêts des travailleurs. Ces mécanismes vont maintenant être remplacés par des tribunaux du travail relevant du pouvoir judiciaire et les procédures devraient être raccourcies, plus ouvertes et plus efficaces.

Malgré ces progrès, la réforme du travail a fait l'objet d'intenses débats dans le monde syndical parce qu'elle ne tient pas compte de questions cruciales pour les travailleurs mexicains. On citera en particulier l'absence d'amendements au régime de l'externalisation, particulièrement problématique pour les travailleurs et leurs droits.

Selon le sénateur mexicain Napoleón Gómez Urrutia, président de l'affilié d'IndustriALL Los Mineros et coprésident de sa région, le Sénat compte réexaminer ces questions en suspens en concertation avec le patronat, les syndicats, des juristes et d'autres experts.

"Nous tenons à souligner à nos affiliés du monde entier qu'il y a là une occasion sans précédent d'apporter la démocratie au mouvement syndical au Mexique. Avec cette réforme, il sera pratiquement impossible aux employeurs d'encore imposer des contrats de protection, vu que toutes les conventions collectives devront être votées par les travailleurs,"

a déclaré le Secrétaire général d'IndustriALL Global Union, Valter Sanches. 

Los Mineros réclame une représentation syndicale chez LafargeHolcim Mexico

Au total, 12 travailleurs de la cimenterie Apasco de LafargeHolcim ont perdu leur emploi pour avoir exercé leur droit de s'affilier à un syndicat de leur choix en 2017 et, plus récemment, en avril 2019.

Los Mineros demande aux autorités en charge du travail d'autoriser un scrutin à bulletin secret qui permettrait aux travailleurs de voter pour un syndicat de leur choix.

Depuis des années, la CTM est l'unique agent de négociation de l'usine Apasco de LafargeHolcim par le jeu d'un contrat de protection signé avec la direction sans que les travailleurs aient été dûment consultés et qui empêche des syndicats indépendants tels que Los Mineros d'organiser les travailleurs de l'usine et d'exprimer leurs revendications.

Lassés d'une CTM qui ne les défend jamais et négocie toujours derrière leur dos, les travailleurs veulent que ce soit Los Mineros qui les représente plutôt et ils exigent que la direction respecte la convention 98 de l'OIT sur le droit d'organisation et de négociation collective et la convention 87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical.

Los Mineros pense que la récente approbation par le Sénat de la réforme du travail contribuera à abroger le contrat de protection qui régit actuellement la cimenterie Apasco. Elle sera aussi un test de la volonté de LafargeHolcim de commencer à respecter les droits des travailleurs :

"L'amendement à la législation fédérale du travail contient des clauses majeures sur le droit des travailleurs d'élire démocratiquement leurs dirigeants syndicaux. Le gouvernement jette les bases qui garantiront la démocratie syndicale et la liberté d'association. Nous exprimons notre soutien et notre totale solidarité avec tous les travailleurs de Holcim Apasco,"

a déclaré le porte-parole de Los Mineros, Luis Valdez.

Le Secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, s'est exprimé en ces termes :

"Nous réclamons le respect, ce qui implique de parler aux syndicats qui représentent vraiment les travailleurs et d'abandonner le système des contrats de protection pour instaurer des relations du travail équitables et satisfaisantes.

"IndustriALL réitère son soutien à Los Mineros en tant que représentant légitime des travailleurs de LafargeHolcim au Mexique. Nous demandons à la direction de LafargeHolcim de respecter les conventions fondamentales de l'OIT, que ce soit en Suisse, au Mexique ou en quelque autre endroit du monde."

Les syndicats apportent progrès et stabilité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

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Tahar Berberi, Hashmeya Alsadawe et Abdelmajid Matoual

Réunissant 85 dirigeants syndicaux, la Conférence régionale statutaire a été ouverte par les coprésidents régionaux Hashmeya Alsadawe d’Irak et Tahar Berberi de Tunisie, et par le vice-président d'IndustriALL, Abdelmajid Matoual du Maroc. Ils ont souligné que la région vit les lendemains du printemps arabe, qui se poursuit au Soudan et en Algérie. Ce grand éveil politique a apporté des changements progressistes dans certains pays, mais des contrecoups attisent les conflits et la répression. 

Malgré ces défis, les syndicats de la région MENA sont très optimistes pour l'avenir. Les affiliés, unis par IndustriALL Global Union, sont une force stabilisatrice majeure, transformant les revendications sociales en une lutte pour obtenir plus de droits.

Le Secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, a souligné l'importance de la région pour l'économie mondiale en raison de ses réserves de pétrole et de gaz. Les travailleuses et travailleurs du monde entier sont confrontés aux défis des conflits, de la précarité, de l'ubérisation et de la quatrième révolution industrielle. Nous ne pourrons changer les choses qu'en restant unis.

Malgré la répression et les conflits, les syndicats apportent des changements dans les pays de la région.

Valter Sanches

Selon les données de l’indice CSI des droits dans le monde 2018, la région MENA est encore une fois la pire région au monde pour le traitement des travailleurs, et les conflits en Libye, en Palestine, en Syrie et au Yémen ont entraîné l'effondrement de la règle de droit et le déni des droits des travailleurs. Des manifestations pacifiques ont été violemment réprimées et des tentatives de formation d'un mouvement syndical indépendant ont été écrasées par les autorités de plusieurs pays.

L'Algérie est l'un des pays qui connaît une répression sévère, la vieille garde luttant pour s'accrocher au pouvoir. Un message de solidarité a été envoyé au président du SNATEG, Raouf Mellal, qui a été arrêté peu avant le début de la conférence.

Parmi les lueurs d’espoir inattendues figure l'Irak, qui était jusqu'à récemment enlisé dans le conflit avec de nombreuses zones occupées par l'État islamique. Les syndicats ont eu un effet progressiste sur la société en faisant campagne pour la ratification de la Convention no 87 de l’OIT sur la liberté syndicale, en obtenant des contrats permanents pour les travailleurs du secteur public, et en contribuant à bloquer la loi Jaafari rétrograde qui aurait permis à des filles aussi jeunes que huit ans de se marier. Les syndicats luttent contre le sectarisme, avec le réseau syndical irakien des syndicats du secteur pétrolier qui rassemble les travailleurs des régions sunnites, chiites et kurdes pour défendre la propriété publique des réserves énergétiques du pays.

Rihab Bahroom, de Palestine, était l'une des nombreuses femmes dirigeantes influentes présentes à la conférence

Le niveau de participation des femmes et l'émergence de femmes dirigeantes influentes dans la région sont d’autres signes encourageants. À l'issue de la réunion du réseau des femmes de la région MENA qui s'est achevée la veille, les femmes ont exprimé leur détermination à réaliser l'égalité des sexes et à accéder au pouvoir de décision.

Le Secrétaire général adjoint Kemal Özkan et Ahmed Kemal ont rendu compte des progrès réalisés dans la région, louant les exemples concrets du travail accompli dans le cadre du programme de renforcement du pouvoir syndical pour recruter et conserver des membres, renforcer les réseaux et utiliser les mécanismes internationaux dans les stratégies syndicales nationales. Les participants ont convenu que le travail d'IndustriALL dans la région contribue à stimuler les femmes et les jeunes, et la société en général.

La conférence a accueilli des représentants syndicaux de France, d'Italie, d'Espagne et de Norvège pour renforcer la solidarité entre les deux rives de la Méditerranée. Les dirigeants syndicaux de la région MENA et d'Europe se sont engagés à coopérer, notamment en renforçant la coordination des réseaux régionaux d'entreprises avec les conseils d'entreprise européens, les accords-cadres mondiaux et d'autres mécanismes pour établir un véritable dialogue social. 

A la fin de la réunion, les délégués ont chanté « Et moi je marche » du chanteur libanais Marcel Khalife:

 

« Le corps droit je marche,
tête haute je marche! »

Photos

  • Des photos de la conférence sont disponibles ici.

IndustriALL condamne le lock-out de l’USW par DowDuPont au Texas

Les membres de la Section 13-1 de l’affilié d’IndustriALL, Les Métallos USW, sont lock-outés depuis le 22 avril après que l’entreprise a brutalement mis fin aux négociations en vue d’une nouvelle convention collective.

Les adhérents de l’USW avait voté par deux fois pour rejeter la maigre offre de l’entreprise. Les trois problématiques principales pour la Section 13-1 sont les salaires, la répartition des heures supplémentaires et les dispositions en matière d’arbitrage. Les propositions de l’entreprise ont été rejetées par les travailleurs une première fois par 96% des votants et la seconde par 98% d’entre eux.

Cependant, plutôt que de négocier de bonne foi avec le syndicat en vue d’obtenir une convention équitable, l’entreprise a impitoyablement lock-outé les travailleurs. L’USW a introduit une plainte auprès de l’organe officiel américain qui régit les relations sociales, le NLRB, qualifiant le conflit de pratique frauduleuse dans le domaine du droit du travail. Rohm & Haas Texas Inc est une filiale à 100% de DowDuPont, le conglomérat géant qui domine le marché de la chimie.

“La décision de l’entreprise de maintenir hors de ses murs ces syndiqués habitués à travailler durement est téméraire et irresponsable,” déclare Ruben Garza, Directeur du District 13 de l’USW, qui comprend le Texas et trois États voisins. “Ces travailleurs et travailleuses ont négocié avec l’entreprise de bonne foi pour obtenir un accord et maintenant, à leur corps défendant, ils se retrouvent sur un piquet de grève.”

La Section 13-1 de l’USW et la direction de l’usine de Deer Park se sont rencontrés le 30 avril en présence d’un médiateur fédéral. Cependant, selon l’USW, aucun geste significatif n’a été fait par l’entreprise en direction d’un accord. Les deux parties sont convenues de se rencontrer à nouveau la semaine prochaine pour poursuivre le dialogue. L’USW a constamment redit son engagement à négocier de bonne foi en vue d’atteindre un accord.

Les membres de la Section 13-1 de l’USW s’opposent à la proposition de l’entreprise d’augmentation de 1,8% par an des salaires pendant cinq ans, qui n’est pas dans la lignée de se qui se pratique dans le secteur au plan local et n’est probablement pas susceptible de contrebalancer les hausses du coût de la vie.

Ils ont également rejeté un nouveau système d’heures supplémentaires censé prendre en compte des préoccupations en matière de sécurité et de fatigue. Le syndicat oppose à l’entreprise qu’elle devrait résoudre le problème des sous-effectifs plutôt que de remplacer un système d’heures supplémentaires qui fonctionne.

IIndustriALL est membre de longue date du Conseil syndical nord-américain de DowDuPont, qui s’est ouvert à des syndicats du monde entier

De plus, le syndicat est opposé à un nouveau système d’arbitrage qui donnerait à la direction la liberté de prendre des sanctions par rapport aux salariés, allant jusqu’à la mise à pied, sans mécanisme de recours pour eux.

Dans un courrier adressé ce 29 avril à Leo Gerard, Président international des Métallos USW, le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, écrit :

“Nous appelons DowDuPont à négocier de bonne foi pour arriver à un accord avec la Section 13-1 afin que le travail puisse reprendre dans le cadre d’une convention équitable. IndustriALL Global Union affirme chaleureusement toute sa solidarité et son soutien à la Section 13-1 en lutte ainsi qu’au siège syndical de Pasadena. Soyez forts, vous n’êtes pas seuls !”

La Convention 176 de l’OIT est essentielle pour l’industrie minière

Différents événements catastrophiques, répartis géographiquement aux quatre coins de la planète et ayant touché l’industrie minière, ont focalisé l’attention du monde sur la santé et la sécurité au sein de ce secteur au plan international. Le sauvetage spectaculaire des 33 mineurs emprisonnés dans les profondeurs d’une mine de cuivre au Chili, la mort effroyable de 29 mineurs à la mine de charbon de Pike River en Nouvelle-Zélande, celle de 29 autres à la mine Upper Big Branch en Virginie-Occidentale, au Mexique, en Turquie, au Pakistan, en Chine, en Afghanistan, etc. viennent à l’esprit.

En dehors de ces événements tragiques, et pratiquement cachés du monde, des mineurs continuent à mourir, de par l’exercice de leur métier, d’une mort pénible et inéluctable des suites de maladies professionnelles. Le retour récent de l’asthme des mineurs, une maladie fièrement présentée par l’industrie minière comme faisant partie du passé et complètement éradiquée de la face du monde, sonne comme un réquisitoire contre le secteur, confirmant la vacuité de ses commentaires à la radio et de ses communiqués de presse.

Bien que l’adoption de la Convention sur la sécurité et la santé dans les mines (n° 176) de 1995 par l’Organisation Internationale du Travail (OIT) a constitué une avancée bienvenue, accompagnée d’une diminution du taux et de la fréquence des décès dans l’industrie minière, une tendance inquiétante à la remontée des décès se fait jour, le Pakistan et la Chine en constituant l’épicentre. L’Afrique du Sud, un autre important pays minier, indicateur des performances en matière de santé et sécurité, a connu dans un passé récent une trajectoire à la baisse de ses performances en matière de décès dans les mines.

La Convention sur la sécurité et la santé dans les mines (n° 176) de 1995 est fondamentale pour atteindre l’agenda pour le travail décent de l’OIT ainsi qu’un avenir du travail décent et la clé pour relever le défi de la santé et de la sécurité professionnelles dans l’industrie minière. Les stratégies des Fédérations syndicales internationales sur la santé et la sécurité professionnelles ont contribué efficacement à l’obtention de l’agenda pour le travail décent de l’OIT et elles sont prêtes à apporter leur contribution à la définition de l’avenir du travail. Les Fédérations syndicales internationales ont démontré que “Les syndicats sauvent des vies” grâce à leur approche stratégique de la santé et sécurité professionnelles dans l’industrie minière. Ces stratégies syndicales mondiales sont la meilleure garantie pour l’agenda de l’avenir du travail grâce à leur insistance sur le lien entre la santé et la sécurité professionnelles et la durabilité, souligné dans le concept de “Transition juste”.

La résolution des tensions inhérentes engendrées par les impératifs de l’avenir du travail, comme l’accélération des avancées technologiques, tels que Industrie 4.0 ou l’Internet des objets (IdO), qui décrivent bien l’avenir du travail, doit, par nécessité, passer par la prise en compte de l’impact de l’avenir du travail sur les travailleurs et travailleuses, leurs familles et les communautés qui dépendent de leur emploi. Il existe une proposition syndicale qui prend en compte les implications des nouvelles technologies sur le monde ouvrier : le concept de Transition juste. Il doit être au centre des préoccupations au moment où les gouvernements adoptent leurs options de politique sur la question de la mise en œuvre des nouvelles technologies et de l’atténuation de leurs impacts sociaux, en particulier s’agissant de l’industrie minière.

Les syndicats ont une relation organique avec les travailleurs et travailleuses qui sont en grande partie aliénés du processus de production dans un environnement de travail mondialisé, une aliénation qui devrait encore s’intensifier à mesure que les transformations d’Industrie 4.0 entreront en jeu. La relation intime que les travailleurs et travailleuses ont avec les syndicats facilite le rôle critique qu’ils jouent au niveau de la santé et de la sécurité sur le lieu de travail, de l’agenda pour un travail décent et de l’avenir du travail.

Voyez l’article complet sur le site de l’OIT.

28 avril : une journée de lutte pour les vivants et de deuil pour les morts

Le 28 avril a été choisi au plan mondial par les syndicats comme date annuelle pour marquer leur tristesse, leur colère et pour porter publiquement le deuil de tous ceux et toutes celles qui sont morts des conséquences de leur travail, que ce soit du fait d’un accident soudain et violent, d’une lente maladie dégénérative ou même d’un suicide suscité par le stress généré par le lieu de travail.

En 2018, le Comité exécutif d’IndustriALL a réaffirmé son engagement à célébrer et à revigorer l’esprit du 28 avril en tant que journée mondiale syndicale de deuil pour les travailleurs et travailleuses tués, blessés ou souffrants de maladie du fait de leur travail.

Nous ne ferons jamais de compromis ni ne cesserons nos revendications concernant le droit des travailleurs à :

• être pleinement informés des dangers sur leur lieu de travail
• refuser ou faire cesser une tâche dangereuse sans crainte de représailles
• participer pleinement à toute décision concernant la santé et la sécurité

Nous appelons tous nos secteurs et toutes nos régions à commémorer le 28 avril. Donnez-nous s’il vous plaît à connaître toutes les actions que vous aurez menées ! L’article qui accompagne cette déclaration et qui a trait à la campagne menée actuellement par IndustriALL en faveur de la ratification de la Convention 176 sur la sécurité et la santé dans les mines n’est qu’un exemple parmi d’autres de nos activités.

Les syndicats mondiaux lancent une campagne d’une année sur la sécurité au travail dans les secteurs de la pâte à papier, du papier, graphique et de l’emballage

1) le droit d’être informé: les travailleurs doivent connaître les dangers et les risques existant sur leur lieu de travail,

2) le droit d’agir (communément appelé le droit du travailleur de refuser d’accomplir un travail dangereux sans qu’aucune faute ne puisse lui être reproché)

3) le droit de participer aux programmes et aux structures qui gèrent la sécurité au travail. Chacun de ces droits sera mis en exergue par des actions des travailleurs dans ces quatre secteurs.

En mai et en juin 2019, l’accent sera mis sur le droit à l’information du travailleur. Actuellement, le droit d’être informé sur la législation porte généralement sur le droit du travailleur de connaître les substances et produits chimiques dangereux avec lesquels il travaille, mais les travailleurs ont droit à beaucoup plus d’informations sur les dangers au travail. Les travailleurs ont besoin:

« Nous invitons les secteurs mondiaux de la pâte à papier, du papier et de l’emballage à travailler avec les travailleurs et leurs représentants pour faciliter pleinement le droit à l’information et, ce faisant, pour construire des lieux de travail plus sûrs et plus sains », a indiqué Joaquina Rodriguez, président, secteurs graphique et de l’emballage à UNI.

« Toutes les normes de santé et de sécurité existantes sont le fait de l’action syndicale. Nous invitons les industries de la pâte à papier, du papier, graphique et de l’emballage à partager les informations et à élaborer des programmes de sécurité en collaboration avec les travailleurs qui connaissent le travail et ses risques mieux que toute autre personne », a souligné Leeann Foster, coprésident du groupe de travail d’IndustriALL sur la pâte à papier et le papier.

Des mobilisations internationales semblables se dérouleront aux mois de septembre/octobre 2019 autour du droit d’agir (communément appelé le droit du travailleur de refuser d’accomplir un travail dangereux sans qu’aucune faute ne puisse lui être reprochée); puis mettront l’accent sur le droit de participer aux mois de mars/avril 2020, pour culminer avec la Journée internationale de commémoration des travailleurs de 2020.

La Journée internationale de commémoration des travailleurs observée par les syndicats à travers le monde le 28 avril de chaque année est une journée consacrée au souvenir de ceux qui ont souffert et sont morts au travail, et au renouvèlement de la lutte pour des emplois sûrs.  Chaque année, dans le monde entier, plus de 380 000 travailleurs meurent tragiquement au travail et 2,4 millions de travailleurs supplémentaires meurent de maladies professionnelles.

Les secteurs de la pâte à papier, du papier, graphique et de l’emballage sont extrêmement dangereux, avec la survenance de morts et d’un nombre encore plus élevé de blessures affectant la vie des travailleurs dans le monde entier chaque année.

L’échange en toute transparence avec les travailleurs des informations relatives à leur santé et sécurité, ainsi que le dialogue des employeurs avec les travailleurs et leurs syndicats est fondamental pour stopper les décès et la perte de l’intégrité physique dans l’industrie.

Les deux syndicats internationaux, IndustriALL Global Union et UNI, réunissent les syndicats de ces quatre industries sur tous les continents. Pour de plus amples informations, rendez-vous sur leurs sites: www.industriall-union.org et www.uniglobalunion.org.

Russie : les syndicats prêts pour un conflit salarial chez Volkswagen

Lors d'un atelier d'IndustriALL qui s'est tenu les 19 et 20 avril, des représentants de l'Association syndicale interrégionale des travailleurs (ITUWA) et du Syndicat des travailleurs de l'automobile et du matériel agricole de Russie (AFW) de l'usine Volkswagen de Kaluga ont discuté des moyens de conclure à leur avantage la convention collective actuellement négociée avec l'employeur.

Les syndicats réclament une hausse des salaires de 20 pour cent, parce que le pouvoir d'achat des travailleurs de Volkswagen a diminué de 22 pour cent ces dernières années du fait de l'inflation, alors que la charge de travail a augmenté de 30 pour cent au moins. À titre d'exemple, le volume de production assuré par trois équipes il y a trois ans est maintenant obtenu par deux équipes. Or, Volkswagen propose une augmentation d'à peine 2,9 pour cent.

Les parties n'arriveront pas à s'entendre sur des questions fondamentales avant l'échéance du 11 mai, lorsque expirera le délai de trois mois que prévoit la législation russe pour la négociation collective. Après cela, les paragraphes de la convention collective en suspens seront repris dans un mémorandum de désaccord et sera alors entamée une procédure de conflit collectif du travail aux termes de laquelle les salariés sont autorisés à lancer une action collective pour appuyer les revendications des négociateurs.

Le Président de l'organisation primaire de l'AFW du groupe Volkswagen Rus, Alexander Abrosimov, explique :

"Nous avons prévu plusieurs scénarios d'action collective dans un conflit du travail, allant de la grève du zèle à une grève pure et dure. Nous avons aussi mis au point une campagne d'information consistant en une stratégie de communication au sein de l'usine ainsi qu'en un plan de communication externe qui cible les consommateurs."

Les syndicats ont mis de côté leurs dissensions et on maintenant une campagne de syndicalisation commune. C'est ainsi que les deux affiliés ont doublé leurs effectifs et représentent maintenant plus de la moitié des travailleurs et travailleuses de l'usine de Kaluga, ce qui leur a permis d'entamer la négociation collective.

Le Président de l'ITUWA, Dmitri Trudovoj, déclare :

"Nous avons réussi à combler le fossé entre nos deux organisations syndicales. Cet atelier a montré qu'il n'existe pas de divergence fondamentale dans l'idéologie des syndicats de Volkswagen et nous a permis de rapprocher nos positions."

Pour Vadim Borisov, le Secrétaire régional d'IndustriALL,

"C'est un excellent exemple de la façon dont deux organisations syndicales, en conflit depuis longtemps, ont réussi à s'exprimer d'une même voix et sont passées de la confrontation à une réelle solidarité. Nous sommes persuadés que des actions communes coordonnées aideront l'ITUWA et l'AFW à défendre les revendications justes des travailleurs."

Les syndicats kirghiz s’opposent à la législation antisyndicale

Ce projet de loi a été soumis au débat public le 12 avril sur le site du parlement kirghiz. Cependant, il a été préparé sans la participation de représentants syndicaux et ne comporte aucune de leurs propositions.

Si elle est adoptée, cette loi va gravement restreindre le droit des syndicats à déterminer de manière indépendante leur structure organisationnelle, leur type d’association, la portée de leurs effectifs ainsi que le droit de mettre en place des organes dirigeants, de décider de la fréquence de leurs élections et poser d’autres contraintes. Toutes ces problématiques ont jusqu’ici été réglementées avec succès par les statuts syndicaux.

De plus, en vertu de cette loi, tous les syndicats seraient subordonnés à la Fédération des Syndicats du Kirghizistan, qui serait la seule instance syndicale reconnue en tant que partenaire social au niveau national par les autorités de la République kirghize. Ainsi, toutes les organisations syndicales régionales et sectorielles seraient des structures de cette Fédération et aucun autre syndicat n’aurait la possibilité de fonctionner dans le pays.

Eldar Tadzhibaev, président du Syndicat des Mines et de la Métallurgie du Kirghizstan, a déclaré :

“La législation du travail au Kirghizistan a été soumise à des attaques au cours des sept ou huit dernières années. Des tentatives ont été faites pour abolir la loi sur la protection du travail, changer le code du travail, etc. Ce processus est influencé par le FMI et d’autres structures internationales qui font pression pour la libéralisation de la législation dans l’intérêt du monde des affaires. Le but de la nouvelle loi est donc de rendre les syndicats obéissants et de pouvoir ainsi changer la législation du travail. Nous sommes attaqués sur différents fronts et il est important pour nous de résister.”

Ce projet de loi est clairement en contravention avec les Conventions de l’OIT n° 87 sur la liberté syndicale, n° 98 sur le droit d’organisation et de négociation collective et n° 144 sur les consultations tripartites relatives aux normes internationales du travail ainsi qu’avec la Constitution et le Code du Travail de la République kirghize.

Eldar Tadzhibaev est membre du groupe de travail créé pour étudier la législation syndicale et faire des suggestions pour son amélioration. Ce groupe de travail a été mis officiellement sur pied le 20 mars 2019 sur ordre du Premier Ministre du Kirghizistan, mais n’a pas encore entamé ses travaux.

Almabubu Zharkynbaeva, Présidente du syndicat du textile, de l’électricité, du papier et des secteurs connexes de la République kirghize, a déclaré :

“Environ 70% des travailleurs et travailleuses kirghiz évoluent dans le secteur informel. Les parlementaires représentent les intérêts du milieu des affaires, ils ne sont pas intéressés à légaliser les emplois et essaient d’affaiblir les syndicats.”

Vadim Borisov, Secrétaire régional d’IndustriALL, a indiqué :

“IndustriALL Global Union va utiliser les instruments internationaux pour aider ses affiliés à faire retirer ce projet de loi, qui est nuisible aux travailleurs et travailleuses ainsi qu’aux syndicats. Le but de cette loi est de mettre sous contrôle strict les syndicats indépendants du Kirghizistan, de les centraliser et de les priver de toute indépendance au niveau des entreprises et des secteurs.”

IndustriALL condamne l’arrestation brutale d’un dirigeant syndical algérien

Raouf Mellal, président du syndicat algérien des travailleurs du gaz et de l’électricité, SNATEG, a été arrêté brutalement par la police le mardi 23 avril au cours d’une manifestation étudiante pacifique à Alger.

Lors de sa détention, Mellal a été menotté à une chaise en fer et interrogé par la police avant de subir une fouille corporelle et d’être harcelé sexuellement.

« Ils m’ont emmené au poste de police et m’ont demandé de fournir le code de mon téléphone afin de vérifier mon courrier et mes informations personnelles. J’ai refusé d’obtempérer en l’absence de décision judiciaire m’ordonnant de le donner à la police. Ils ont alors commencé à me torturer psychologiquement », a indiqué Mellal.

« J’ai été menotté à une chaise en fer fixée au sol et ils ont commencé à m’interroger en fabricant plusieurs chefs d’inculpation, tels que ‘j’ai volé mon téléphone’, que ‘j’ai abusé de mon pouvoir et de mon influence’, et de nombreuses autres accusations. Quand ils ont réalisé que j’étais prêt à aller en prison, ils m’ont fouillé et ont enlevé mes vêtements d’une manière très humiliante. J’ai été harcelé sexuellement par un des agents qui a essayé de me faire des attouchements sous prétexte de me fouiller.

« Ce qui m’est arrivé hier était horrible et terrifiant ».

Raouf Mellal, président, SNATE

Mellal a été libéré plus tard dans la soirée mais encourt désormais une peine de prison aux motifs de s’être fait passer pour un syndicaliste et d’avoir calomnier un directeur du fournisseur public d’électricité et de gaz, Sonelgaz. Il doit comparaître devant le tribunal dimanche 28 avril.

« Il est très probable que je serai emprisonné sur des chefs d’inculpation inventés de toutes pièces, peut-être en raison de mes activités syndicales et de nos appels répétés à faire grève et à manifester, qui ont alarmé le régime » a indiqué Mellal. « Il est évident que nous vivons une contre-révolution menée par l’armée et ses partisans ».

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré:

« Nous condamnons avec véhémence le traitement brutal infligé à Raouf Mellal qui, en tant que président de notre affilié indépendant algérien, SNATEG, a été intrépide dans la défense des droits des travailleurs, dénonçant la corruption de l’Etat et appelant à un changement de régime. Les faits retenus contre lui sont indiscutablement fabriqués et doivent être abandonnées immédiatement. Le gouvernement algérien doit respecter le droit de ses citoyens à manifester pacifiquement et à former des syndicats démocratiques ».

Les affiliés à IndustriALL au Moyen Orient et en Afrique du Nord, qui sont actuellement réunis à Beyrouth, ont fait part de leur soutien vis-à-vis du leader SNATEG, et des syndicats libres et démocratiques en Algérie.

Les femmes de la région MENA progressent dans des sociétés patriarcales

 

Cette réunion du réseau des femmes de la région MENA d'IndustriALL a débuté par des discussions animées qui ont examiné le chemin parcouru depuis son lancement en 2015 et envisagé les pistes à suivre à l'avenir.

"Nous avons un objectif de 40 pour cent de représentation des femmes dans IndustriALL et nos organisations affiliées. Mais cela ne peut fonctionner qu'avec un engagement véritable des femmes, pas avec une participation symbolique. Les femmes ont besoin d'un pouvoir de décision réel,"

a dit Armelle Seby, la Coordinatrice des questions de genre d'IndustriALL.

L'accroissement de la participation des femmes dans les syndicats et de leur présence dans les fonctions dirigeantes a été évoqué par toutes les participantes lorsqu'elles ont dressé le bilan du chemin parcouru pendant ces années de travail, au niveau de la région mais aussi dans leurs pays respectifs.

Hashemeya Alsadawe

"Malgré les défis que nous devons relever au Moyen-Orient, notamment l'immobilisme d'hommes qui agissent en patriarches, je suis devenue en 2003 la présidente d'un comité syndical et, en 2004, la présidente de mon syndicat. Mais les hommes m'ont soutenue pour accéder à ces postes après que j'aie montré ce que je valais. Il ne faut pas voir l'homme comme l'ennemi,"

a déclaré Hashemeya Alsadawe, la coprésidente de la région MENA d'IndustriALL.

Bien que les choses changent, les femmes ne sont toujours pas totalement intégrées à la vie économique et politique. Elles vivent dans des sociétés patriarcales aux traditions et normes dépassées qui les freinent. C'est cette région qui a le plus faible taux de participation des femmes au marché du travail. Moins de 30 pour cent des femmes y accèdent, contre 48,5 pour cent au niveau mondial. Leur taux de chômage atteint les 20 pour cent, le double de celui des hommes. Il faut que les syndicats donnent la priorité à la participation des femmes.

"Une société durable sans participation des femmes est irréalisable. Nous devons promouvoir l'emploi des femmes, quel que soit le secteur. Nous devons créer des opportunités ouvertes aux femmes,"

a déclaré le Secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan.

Les participantes ont discuté des excuses mille fois répétées, y compris par des femmes, pour expliquer leur faible taux de participation et d'engagement dans les syndicats. Un mythe répandu est que les femmes se concurrencent entre elles, ce qui les empêche d'accéder aux postes de direction.

"Les syndicats doivent étudier les matières qui sont communes à l'ensemble des travailleurs et travailleuses, mais ils doivent aussi se soucier des cas particuliers. Certaines revendications sont spécifiques aux femmes. Si les femmes ne sont pas à la table des négociations et dans des postes de direction, ces matières seront mises de côté,"

a ajouté Valter Sanches, le Secrétaire général d'IndustriALL.

Les participantes se sont efforcées d'élaborer et de mettre en œuvre un plan d'action pour 2019. Afin de poursuivre sur la lancée, elles ont cerné des thèmes de fond avec lesquels les participantes devront interpeler leurs réseaux nationaux. Les thèmes retenus sont : faire pression en faveur d'une perspective genrée de la santé et la sécurité, améliorer la protection de la maternité, organiser et assurer une réelle participation des femmes, militer pour l'arrêt de la violence contre les femmes en invoquant l'engagement pris par IndustriALL et en soutenant la campagne internationale pour l'adoption d'une convention de l'OIT sur la violence fondée sur le sexe.

En conclusion, Armelle Seby a déclaré que :

"le combat pour l'égalité hommes-femmes est au cœur de notre action en tant que syndicats. Les réseaux régionaux et nationaux de femmes de la région MENA sont des plateformes précieuses pour discuter de la question et arrêter des stratégies syndicales. Mais il est essentiel que les questions de genre soient intégrées à l'activité principale des syndicats de la région et reprises en tant que thèmes prioritaires par les directions syndicales."

IndustriALL MENA Women's Network