Comment les syndicats façonnent l’avenir du travail à l’ère de l’IA

L’IA à la table des négociations

Quelque 4,66 millions de robots industriels sont déjà opérationnels dans les usines du monde entier et 83 millions de postes sont menacés d’ici 2027. L’emploi dans le domaine de la construction mécanique régresse en Europe tandis que les secteurs des TIC et de l’électronique sont en plein essor en Asie. Alexander Ivanou, Directeur sectoriel d’IndustriALL, a cité des entreprises comme Tesla, actives à la fois dans la construction mécanique et les TIC, qui affichent une valeur boursière colossale et ne comptent aucun syndicat, comme symboles du défi de syndicalisation auquel nous faisons face aujourd’hui.

L’IA n’est plus une question de technologie, c’est une question qui relève du social. L’organisation du travail, l’emploi, les compétences, les salaires, la vie privée et la protection des données sont désormais tous affectés par les systèmes algorithmiques. Les délégués ont entendu Martin Peters, d’industriALL Europe, insister sur la nécessité de conventions collectives comportant des clauses d’adaptation intégrées. Représentant la FNV des Pays-Bas, Jacob Plat s’est exprimé sans détour : la numérisation doit être négociée, pas imposée. Les travailleuses et travailleurs doivent être associés aux décisions concernant l’IA et l’automatisation avant leur mise en œuvre et non pas à posteriori.

Le coût humain : surveillance, stress et risques psychosociaux

La Malaisienne Idawati Binti Idrus a décrit comment les données issues des tourniquets-compteurs sont exploitées pour identifier les erreurs du personnel, les relevés étant imprimés à des fins d’enquêtes menées par les ressources humaines, ce qui engendre des répercussions sur les salaires et les primes. Corinne Schewin, du syndicat des cols blancs CFE-CGC en France, a mis en exergue les risques psychosociaux auxquels les travailleuses et travailleurs sont confrontés : intensité du travail, exigences émotionnelles, manque d’autonomie, conflit de valeurs et précarité de l’emploi. Les données montrent que les jeunes et les femmes sont particulièrement exposés à ces risques. Eduard Pakhlevanyan, Représentant des organisations syndicales des mineurs, métallurgistes et bijoutiers de la République d’Arménie, a posé la question qui a donné le ton de l’après-midi : où se situe la frontière entre progrès numérique et pression numérique ?

Mobiliser les professionnels des filières STIM

Alors que les employés des disciplines STIM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques) et les travailleuses et travailleurs qualifiés occupent de plus en plus souvent des postes aux côtés des cols bleus, les syndicats doivent s’adapter à des attentes et à des modes de prise de contact différents. En Afrique du Sud, le NUMSA a adapté ses règles et ses cadres de négociation pour inclure cette catégorie de salariés. Malgré une faible sensibilisation, des doutes quant à la pertinence de cette démarche et les risques de répression syndicale, les affiliés d’IndustriALL trouvent de nouvelles façons d’entrer en contact tant avec les travailleuses et travailleurs des STIM qu’avec les cols blancs. La syndicalisation entre pairs, l’implication précoce auprès des universités et le fait de leur donner un véritable droit de regard sur l’organisation de leur lieu de travail s’avèrent être des outils efficaces.

« Si le défi est évident, l’opportunité l’est tout autant. La question est de savoir comment nous allons nous adapter, innover et créer des liens »

a déclaré Armelle Seby, Directrice en charge des cols blancs et de l’égalité des genres.

De la politique à l’action

Deux développements récents confèrent aux syndicats un levier d’action concret au niveau international. Les conclusions de l’OIT sur l’IA dans le secteur manufacturier établissent que l’IA doit être au service du travail décent, de la croissance de la productivité et d’une Transition juste. La Convention n° 193 de l’OIT sur le travail décent dans l’économie des plateformes, récemment adoptée, crée un précédent pour la réglementation de la gestion algorithmique partout où l’IA régit le travail.

Comme l’a souligné Diana Junquera Curiel, Directrice des affaires industrielles d’IndustriALL :

« Cette convention constitue l’un des exemples les plus frappants montrant que l’IA régit notre travail. Nous ne pouvons pas laisser cette technologie sans réglementation. C’est pourquoi elle revêt une telle importance. »

Le document d’orientation sur l’IA et le guide pratique sur la Transition juste d’IndustriALL traduisent ces normes en revendications syndicales concrètes. Mais les outils internationaux ne suffisent pas à eux seuls.

Les délégués reconnaissent que la coopération intersectorielle et la solidarité syndicale sont essentielles pour syndiquer les travailleuses et travailleurs et défendre le travail décent dans le domaine de l’IA. Ils se sont engagés à mener une action conjointe au cours des prochaines années :

Kan Matsuzaki, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

« La voie à suivre est toute tracée : syndiquer les travailleuses et travailleurs à la base pour renforcer leur pouvoir sur le lieu de travail, négocier des conventions collectives plus solides et créer les conditions nécessaires pour réglementer la technologie dans leur intérêt. »

L’UGT et les CCOO à nouveau en grève chez Iberdrola contre une « Transition juste » qui laisse les travailleurs au bord du chemin

Il s’agit de la deuxième grève générale au sein d’Iberdrola en un peu plus d’un an. La première a eu lieu le 6 juin 2025 lorsque plus de 9.000 salariés ont débrayé pour la toute première fois.

Seize mois, zéro progrès

Les négociations en vue d’une nouvelle convention collective ont débuté en janvier 2025. Seize mois plus tard, l’UGT et les CCOO soutiennent que les discussions n’ont pas avancé d’un iota, l’entreprise se montrant réticente à faire des concessions sur les augmentations salariales, le rétablissement du pouvoir d’achat ou encore les conditions de travail.

Selon les syndicats, depuis 2021, la main d’œuvre espagnole d’Iberdrola a perdu 19 % de son pouvoir d’achat, les salaires n’ayant augmenté que de 2,8 % face à une inflation bien plus élevée. Les syndicats qualifient l’offre salariale de l’entreprise de véritable « honte » pour une société qui se pose elle-même comme un leader mondial de l’énergie. L’ELA et la CIG appellent à la grève dans les régions où elles sont présentes (respectivement au Pays Basque et en Galicie), en soutien à la grève nationale.

Des bénéfices record, des salaires gelés

Iberdrola a enregistré un bénéfice net de 6,285 milliards d’euros en 2025. Depuis l’entrée en vigueur de la convention collective actuelle en 2021, le bénéfice net s’est accru  de 12 %, cumulant un bénéfice total de 24,924 milliards d’euros sur cette période. La capitalisation boursière de l’entreprise a atteint près de 135 milliards d’euros. Iberdrola, qui se présente comme le premier groupe électrique européen en termes de valeur boursière, s’apprête à distribuer plus de 4,5 milliards d’euros à ses actionnaires pour l’année 2025. Au cours de la même période, le Président-directeur général de l’entreprise, Ignacio Sánchez Galán, a augmenté sa propre rémunération de 6,45 % la portant à 14,11 millions d’euros.

Les syndicats font savoir que l’Espagne représente 23 % des effectifs mondiaux d’Iberdrola mais a contribué à hauteur de 46 % à son bénéfice net en 2025, tandis que les chiffres avancés par l’entreprise elle-même, relatifs à un salaire moyen de plus de 88.000 € par salarié, ne reflètent absolument pas ce que le personnel empoche réellement.

Une série de litiges

Les syndicats mettent en évidence les décisions répétées rendues contre Iberdrola par La Haute Cour nationale espagnole durant ces deux dernières années, notamment en ce qui concerne un système salarial illégal à deux vitesses, l’utilisation illicite du vote électronique lors des scrutins syndicaux et le non-alignement des prestations de retraite au  taux d’inflation.

Les représentants de l’UGT et des CCOO ont également mené une action de protestation de cinq jours, 24 heures sur 24 devant le siège d’Iberdrola à Bilbao, en amont de l’assemblée générale des actionnaires de l’entreprise qui s’est tenue plus tôt cette année,

Cette grève a lieu la semaine où Iberdrola, dont les origines remontent à la fondation de Hidroeléctrica Ibérica à Bilbao en 1901, célèbre son 125e anniversaire.

Une « Transition juste » mais pas pour les travailleurs

Iberdrola s’est positionnée à l’échelle mondiale comme un leader dans la mise en œuvre de ce qu’elle appelle une « Transition juste » vers les énergies propres, mettant en avant la fermeture de ses centrales à charbon et ses investissements dans les énergies renouvelables comme preuves de sa volonté de placer les travailleuses et travailleurs au cœur de cette transition. L’UGT et les CCOO affirment que cet engagement apparaît sous un autre jour vu de l’intérieur, accusant l’entreprise de faire exactement ce contre quoi les syndicats mettent en garde depuis des années : des bénéfices et des dividendes sans précédent au sommet, un pouvoir d’achat gelé à la base

« Nous apportons tout notre soutien à nos affiliés espagnols alors qu’ils se mettent en grève pour la deuxième fois en un an. Seize mois de tergiversations ce n’est pas une négociation, c’est un refus de dialoguer. Une entreprise qui bat chaque année ses propres records de bénéfices a les moyens de protéger le pouvoir d’achat de ses salariés. Une transition, qu’il s’agisse de la fermeture d’une centrale à charbon ou de la restructuration d’un secteur, n’est «juste» que si elle protège les emplois, les salaires et les conditions de travail des travailleuses et travailleurs concernés»

a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

Le Comité exécutif d’IndustriALL se réunit à Genève dans un contexte de troubles mondiaux

Un monde sous pression

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a évoqué le fait que le monde traverse l’une de ses périodes les plus dangereuses depuis la Seconde Guerre mondiale. Il a souligné la pression croissante et cité les guerres en Ukraine, à Gaza et en Iran comme s’inscrivant dans le contexte plus large de l’érosion du respect du droit international et des droits de l’homme.

En Ukraine, le gouvernement continue de faire avancer des réformes du droit du travail qui affaibliraient les protections, alors même que le pays cherche à adhérer à l’UE, une contradiction à laquelle celle-ci doit remédier.

L’OIT elle-même est en crise, les États-Unis n’ayant pas versé depuis 2023 leurs contributions, qui représentent 21 % de son budget ; selon certaines informations, la délégation américaine à la Conférence internationale du Travail de cette année aurait reçu pour instruction d’exclure toute référence au genre et à la transition juste.

En Argentine, l’affilié Unión Obrera Metalúrgica (UOM) a réélu ses dirigeants en mars avec 85 % des voix mais les tribunaux ont annulé ce résultat et suspendu la direction pour six mois.

IndustriALL est également en conflit avec Mercedes-Benz au sujet du rôle de l’entreprise dans l’échec d’un vote de syndicalisation prévu en 2024 au sein de son usine de l’Alabama et a annoncé qu’elle se retirait de l’accord-cadre mondial le temps que dureront les audiences devant le NLRB.

Une victoire au milieu de la tourmente : le droit de grève

Dans ce contexte, les participants ont salué l’avis consultatif de la CIJ du 21 mai 2026, confirmant que le droit de grève est protégé par la Convention n° 87 de l’OIT sur la liberté syndicale. Cette décision fait suite à des années de litiges au sein de l’OIT, où les représentants des employeurs ont contesté ce lien. La question avait été renvoyée devant la CIJ, le Groupe des Travailleurs ayant décidé qu’elle ne pouvait plus rester en suspens.

Commerce, Cambodge et responsabilisation des multinationales

Une discussion sur le commerce, présentée par Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a examiné l’impact des droits de douane américains sur l’industrie manufacturière mondiale et la montée du protectionnisme. Les intervenants sont convenus que, alors même que les droits de douane unilatéraux ont peu de chances de ramener à long terme les emplois perdus dans le secteur manufacturier, le commerce est devenu plus inéquitable, les industries européennes telles que la sidérurgie et l’automobile subissant la pression de la concurrence chinoise.

La Présidente d’IndustriALL, Christiane Benner, a plaidé en faveur d’exigences de « contenu local » comme réponse légitime et temporaire à la concurrence déloyale. Pour sa part, Atle Høie a déclaré que les droits de douane semaient également le chaos parmi les enseignes mondiales de prêt-à-porter qui tentent d’adapter leurs stratégies d’approvisionnement, sans qu’aucun signe n’indique que des emplois dans les secteurs du textile, de l’habillement, de la chaussure et du cuir reviennent aux États-Unis.

En clôture de session, Kemal Özkan a indiqué qu’IndustriALL continuerait à coordonner le travail sur le commerce aux niveaux mondial, régional et sectoriel.

Au Cambodge, huit années de travail portent leurs fruits : neuf conventions collectives ont désormais été signées dans le cadre de l’accord-type négocié dans le pays, améliorant ainsi les conditions de travail de 15.000 travailleuses et travailleurs.

Cette année a vu le lancement du Centre de compétence sur la diligence raisonnable en matière de droits de l’homme (DRDH), mené par sa Directrice exécutive Kelly Fay Rodriguez. Ce centre aide les syndicats à utiliser les lois relatives à la diligence raisonnable en matière de droits de l’homme pour renforcer le pouvoir des travailleurs, en soutenant la syndicalisation, la négociation collective et l’obtention de résultats contraignants pour la main d’œuvre des chaînes d’approvisionnement mondiales.

L’Afrique à la croisée des chemins sur le plan industriel

Rose Omamo, Vice-présidente d’IndustriALL et Secrétaire générale du Syndicat unifié des métallurgistes du Kenya, a déclaré que l’Afrique se trouvait à la croisée des chemins sur le plan industriel. Les droits de douane américains et l’incertitude entourant la Loi sur la croissance et les opportunités en Afrique (AGOA) ont déjà entraîné des pertes d’emplois, avec près de 40.000 postes perdus dans le secteur de l’habillement rien qu’au Lesotho, touchant principalement les femmes travailleuses.

Rose Omamo a déclaré :

« L’industrialisation sans droits est de l’exploitation. L’industrialisation sans syndicats forts n’est pas durable. L’industrialisation sans travail décent ne peut résister aux chocs économiques. »

Elle a mis en avant la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) en tant qu’opportunité pour la production régionale et le rôle de l’Afrique dans l’approvisionnement en minerais pour la transition écologique. Citant notamment le cobalt de la République démocratique du Congo, le lithium du Zimbabwe et le cuivre de Zambie, elle a donné des exemples de progrès déjà en cours dans la construction automobile sud-africaine, les bus électriques kényans et les motos électriques rwandaises.

Faire avancer le programme de transformation en matière de genre

Le Comité des femmes s’est réuni ce 10 juin et a élu de nouvelles coprésidentes issues d’Afrique subsaharienne et d’Amérique du Nord. Christina Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL, a indiqué que les conclusions relatives au genre, adoptées lors de la Conférence internationale du Travail de cette année, avaient été obtenues de haute lutte. Les Fédérations syndicales internationales ont contribué à faire adopter des dispositions sur la diligence raisonnable en matière de droits de l’homme en dépit de la résistance de certains gouvernements.

Présentant la feuille de route du Comité, la Coprésidente pour l’Afrique subsaharienne, Regina Nambahu, a déclaré que le programme de transformation en matière d’égalité des genres allait au-delà d’une simple approche sensible à cette problématique :

« Le féminisme s’adresse à tout le monde. Il vise l’égalité pour tous et n’est pas dirigé contre les hommes. »

La feuille de route couvre le care (travail caché concernant notamment les soins aux proches), l’équité salariale, la santé, la violence de genre, la diligence raisonnable en matière de droits humains et la Transition juste ; des feuilles de route régionales doivent être présentées lors des prochaines réunions des comités exécutifs régionaux.

Accueil du nouveau Comité mondial de la jeunesse

IndustriALL a salué la première réunion du Comité mondial de la jeunesse, créé le 28 mai 2026, qui a élu deux coprésidents ainsi que des coprésidents adjoints et un secrétariat. Ses priorités comprennent le renforcement de la représentation des jeunes au sein des structures d’IndustriALL, le développement de la solidarité entre les jeunes travailleuses et travailleurs et le suivi de la mise en œuvre des résolutions relatives à la jeunesse.

À l’heure de clôturer la session, la Présidente d’IndustriALL, Christiane Benner, a souligné l’importance du moment :

« Je me souviens de la discussion que nous avons eue à Sydney lors de la Conférence des jeunes, lorsque nous avons déclaré que le futur, c’est maintenant, qu’un autre avenir est déjà là. Nous vous souhaitons tout le meilleur, car vous influencez considérablement l’avenir des syndicats. »

Bangladesh : pression des travailleurs en faveur de réformes du droit du travail

L’Indice CSI des droits dans le monde 2026 fait état de progrès réels mais constate par ailleurs une répression persistante des droits des travailleurs sur le terrain. Dans le cadre des débats mondiaux sur le travail, les droits des travailleurs au Bangladesh restent au cœur des préoccupations de leurs défenseurs et des observateurs.

Les nouvelles normes du travail reflètent de réels progrès pour les travailleuses et travailleurs

Les avancées sont incontestables. Le Bangladesh a ratifié des conventions clés de l’OIT : la convention n° 155 sur la santé et la sécurité au travail, la convention n° 187 sur son cadre de promotion et la convention n° 190 sur la violence et le harcèlement. Ces mesures constituent des améliorations significatives en matière de droits du travail.

Les réformes ont réduit les obstacles à la création de syndicats. La réglementation du travail s’applique désormais au secteur de la démolition navale. Les travailleuses bénéficient de 120 jours de congé de maternité. La couverture en matière de sécurité sociale a été élargie.

Les nouvelles normes permettent à la main d’œuvre de refuser les tâches dangereuses. Un Fonds d’indemnisation des accidents du travail a été créé. La violence et le harcèlement, la violence fondée sur le genre et le harcèlement sexuel font désormais l’objet de définitions juridiques officielles. Il s’agit d’une mesure importante pour lutter contre les abus sur le lieu de travail. Dans des secteurs tels que le textile et la confection, des millions de femmes sont depuis longtemps confrontées au harcèlement sur leur lieu de travail. Ces avancées s’avèrent extrêmement positives pour elles en termes de progrès des droits du travail.

Ces réformes répondent à des années de pression exercée par les salariés. Pourtant, le Bangladesh occupe toujours la cinquième place du classement, sans garantie des droits. La liberté syndicale reste limitée par des réglementations alambiquées et par le respect insuffisant des employeurs quant à leurs obligations. Ce qui met en évidence les défis persistants en matière de droits du travail.

L’Accord du Bangladesh met l’accent sur la sécurité alors que des lacunes persistent

Des lacunes persistent dans l’application de la réglementation. IndustriALL a récemment fait état de décès survenus lors du démantèlement de navires qui pointent ces défaillances. Lors de récents webinaires organisés par IndustriALL, des représentants syndicaux ont souligné que les Comités de sécurité n’existent trop souvent que sur le papier. Leurs campagnes visent désormais à obtenir pour les travailleuses et travailleurs le droit d’élire leurs propres membres au sein de ces comités. Les défenseurs des droits du travail au Bangladesh suivent de près ces évolutions, parallèlement à des inspections effectives et à un véritable dialogue social sur les nouvelles normes.

L’Accord du Bangladesh est né de la catastrophe du Rana Plaza en 2013. Il constitue désormais un levier puissant pour les salariés. Cet accord juridiquement contraignant lie plus de 240 enseignes à UNI et IndustriALL et offre aux travailleuses et travailleurs un mécanisme pour soulever des questions de santé et de sécurité. Il vise désormais à élargir son champ d’application afin de couvrir toutes les plaintes liées au lieu de travail, en s’appuyant sur les principes et droits fondamentaux au travail de l’OIT. L’Accord actuel étant valable jusqu’à fin 2026, sa reconduction en termes fermes permettra de pérenniser ces acquis et de renforcer davantage les droits du travail dans le pays.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

« Ces réformes ont été durement acquises et méritent d’être saluées mais les réglementations ne protègent les travailleuses et travailleurs que lorsqu’elles sont appliquées. IndustriALL continuera à soutenir ses affiliés au Bangladesh pour veiller à ce que les progrès ne soient pas réduits à néant par une mise en œuvre insuffisante ou par de nouveaux obstacles à la syndicalisation. »

Conférence internationale du Travail 2026 : avancée des droits des travailleurs

La Convention n° 193 sur le travail décent dans l’économie de plateformes établit des protections mondiales pour les plus de 150 millions de salariés qui gagnent leur vie grâce aux plateformes de travail numériques. Son adoption signe l’aboutissement des négociations lancées lors de la CIT de l’année dernière et représente une victoire majeure pour les syndicats du monde entier.

Ce texte crée un précédent pour le débat plus large sur l’intelligence artificielle et l’avenir du monde du travail. Le travail sur les plateformes a constitué l’un des exemples les plus frappants de gestion algorithmique utilisée pour attribuer des tâches, contrôler des performances, déterminer des revenus et suspendre les accès des prestataires à leur compte. Trop souvent, cela s’est produit sans aucune transparence, sans contrôle humain ni recours efficaces. Il est clair que l’évolution technologique ne peut servir à invisibiliser les travailleuses et travailleurs ou à les placer en marge des protections en matière de travail.

La convention porte sur la gestion algorithmique, la rémunération équitable, la sécurité sociale ainsi que la santé et la sécurité au travail. Elle s’applique quel que soit le statut professionnel du salarié. L’une des plus grandes avancées de la convention réside dans l’exigence d’une classification correcte du personnel de plateformes, fondée sur la primauté des faits. Ceci s’attaque directement à la fausse autonomie et aux catégorisations erronées qui ont permis à ces employeurs de priver les travailleuses et travailleurs de leurs droits.

La CIT a adopté des conclusions fermes sur le dialogue social et le tripartisme. Le Groupe des Travailleurs a remporté des succès majeurs, notamment la reconnaissance de la négociation collective et de la liberté syndicale comme piliers fondamentaux ainsi qu’un engagement à convoquer une réunion d’experts sur l’intelligence artificielle et le dialogue social. Ces conclusions comprennent également des dispositions relatives au dialogue social sectoriel et transfrontalier.

Des décisions quant à un programme de transformation en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes au travail ont été prises malgré la résistance soutenue de la représentation patronale. La délégation américaine a cherché à remettre en cause et à redéfinir les concepts fondamentaux liés au genre, compliquant ainsi le processus tout au long des travaux. Les délégués du Groupe des Travailleurs ont réussi à défendre des formulations essentielles sur les risques psychosociaux, l’intersectionnalité et les préjugés de genre dans les systèmes algorithmiques et de l’IA. Les employeurs avaient fait valoir que la question des préjugés de genre liés à l’IA relevait exclusivement du débat sur l’économie de plateformes.

Exiger des comptes sur la situation au Myanmar

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, s’est exprimé lors de la séance extraordinaire de la CIT consacrée au Myanmar. L’OIT a convoqué cette session en vertu de la procédure prévue à l’article 33, invoquée l’année dernière à l’encontre de la junte militaire. Atle Høie a mis en avant la situation d’environ 450.000 travailleuses et travailleurs du secteur de l’habillement qui gagnent un salaire inférieur à 100 dollars par mois, travaillent dans des usines soumises à la loi martiale, sont confrontés à des postes de contrôle militaires, à des heures supplémentaires forcées et au risque de conscription. IndustriALL a invoqué la suppression de l’accès commercial préférentiel accordé au Myanmar, notamment dans le cadre du Système de préférences généralisées de l’UE et du régime « Tout sauf les armes ». IndustriALL a réitéré son appel aux enseignes de confection pour qu’elles s’engagent à se retirer du pays de manière responsable.

Biélorussie : la lutte continue

Des délégués syndicaux se sont rassemblés devant le Palais des Nations de l’ONU à Genève le 4 juin dernier en solidarité avec les syndicalistes biélorusses emprisonnés. Cet événement coïncidait avec la tenue d’une séance extraordinaire devant la Commission de l’application des normes de la CIT concernant la Biélorussie. Parmi les personnes présentes figurait Aliaksandr Yarashuk, Président du BKDP, libéré après trois ans et demi de prison. Des dizaines de dirigeants syndicaux restent emprisonnés sur la base d’accusations forgées de toutes pièces. Au sein de la Commission de vérification des pouvoirs de l’OIT, des questions ont été soulevées quant à la légitimité de la délégation officielle biélorusse.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

« La CIT a permis de remporter des victoires réelles et concrètes pour les travailleuses et travailleurs. La convention sur l’économie de plateformes constitue une avancée majeure ; la communauté internationale a reconnu que les plateformes de travail numériques doivent respecter les droits des travailleurs. Associée à des décisions résolues sur le dialogue social, la négociation collective et l’égalité entre les genres, cette conférence a démontré que le tripartisme peut aboutir à des résultats significatifs même lorsque des acteurs puissants s’y opposent. Les tentatives des États-Unis visant à affaiblir les dispositions relatives à l’égalité entre les genres et au dialogue social n’ont pas abouti. IndustriALL continuera à demander des comptes aux gouvernements et aux employeurs sur chaque engagement pris ici. »

Politique de lutte contre la corruption chez IndustriALL

Préface

IndustriALL s’oppose à toutes les formes de corruption. Chez IndustriALL, nous aspirons non seulement à respecter la réglementation financière, mais aussi à agir de manière socialement responsable.

La réglementation appliquée par IndustriALL en matière de lutte contre la corruption se présente sous la forme d’une politique à l’intention de tous les employé(e)s et autres personnes qui agissent au nom d’IndustriALL, y compris le personnel d’IndustriALL en dehors du siège de Genève dans les différentes régions du monde.

La présente politique passe en revue les différentes formes de corruption auxquelles IndustriALL pourrait être exposée dans le contexte des projets internationaux et de la coopération au développement, entre autres situations. Elle décrit également les dispositions de base et les normes anti-corruption à respecter.

Le but premier de cette réglementation est d’empêcher la corruption. Il n’en demeure pas moins important de souligner que toute infraction à la réglementation d’IndustriALL en matière de lutte contre la corruption ou à d’autres dispositions pertinentes est susceptible d’entraîner des mesures disciplinaires, y compris la résiliation du contrat de travail, le renvoi des employé(e)s, le gel d’une aide financière, et/ou la notification aux autorités compétentes. Toutefois, aucune de ces mesures punitives ne sera prise à l’encontre des membres du personnel sans consultation préalable des représentants du personnel.

1. Introduction

1.1. Corruption

La réglementation anti-corruption vise à accroître la sensibilisation et à expliquer aux employé(e)s d’IndustriALL ainsi qu’aux autres personnes qui agissent au nom d’IndustriALL, de même qu’aux partenaires d’IndustriALL, ce qu’est la corruption. Les normes appliquées dans la présente politique de lutte contre la corruption sont comparables à celles prévues par les législations anti-corruption au niveau national et international.

Un acte de corruption peut se définir comme le fait de donner / offrir (corruption active), ou demander / recevoir / accepter (corruption passive) un avantage indu, dans le cadre de l’exercice d’une fonction.

Pour déterminer s’il y a corruption, il convient d’examiner en premier lieu s’il existe un « avantage », puis si ce dernier est de nature « indue ». En règle générale, l’avantage présente une valeur pécuniaire, comme de l’argent, des objets ou des services. Mais un avantage peut aussi exister en l’absence de valeur pécuniaire.

On parle d’avantage « indu » lorsque celui-ci résulte d’un comportement manifestement blâmable. Pour déterminer le caractère indu, une évaluation concrète s’impose au cas par cas. Les éléments à prendre en compte dans une telle évaluation incluent la valeur pécuniaire et le type d’avantage, le but de l’avantage, la position qu’occupent les parties concernées et le constat d’une éventuelle infraction au règlement intérieur, à un contrat, etc.

L’avantage indu doit être lié au fait que le bénéficiaire agisse dans l’exercice de ses fonctions.

D’autres formes d’irrégularités peuvent également se produire, sans impliquer de corruption. Dans l’ensemble, il peut être difficile de déterminer si une situation relève de la corruption (violation intentionnelle de la réglementation anti-corruption) ou du manque de compétence (violation non intentionnelle).

1.2. Approche basée sur le risque

IndustriALL est une organisation syndicale qui coopère et travaille avec d’autres organisations sur la base de processus impliquant les autorités politiques, les entreprises et l’industrie. Dans ce paysage politique, des problèmes particuliers peuvent se poser en matière de transparence et de documentation des processus de prise de décision. Pour être efficace, la prévention de la corruption exige d’accorder la priorité à des domaines, des situations et des questions en fonction du risque induit.

1.3. À qui la règlementation anti-corruption s’applique-t-elle ?

La règlementation anti-corruption s’applique à tous les employé(e)s, représentant(e)s élu(e)s et autres personnes agissant au nom d’IndustriALL. Sont inclus ici les représentant(e)s élu(e)s, tous les employé(e)s, le personnel sous contrat et les autres personnes chargées de représenter IndustriALL au sein des délégations, au cours des déplacements et lors des réunions. Il incombe à tous les employé(e)s de se conformer à la politique de lutte contre la corruption.

2. Cas typiques et risque particulier de corruption

2.1. Corruption, cas typiques

Un acte de corruption peut être commis par les employé(e)s d’IndustriALL eux-mêmes/elles mêmes ou par des tiers agissant au nom d’IndustriALL (on parle ici de corruption par un intermédiaire).

a. Le versement de pots-de-vin constitue la forme de corruption la plus communément rencontrée, en cherchant à amener quelqu’un faire quelque chose d’illégal ou d’inapproprié en lui accordant ou en lui offrant un avantage indu dans le cadre de l’exercice de ses fonctions.

b. Le pot-de-vin peut prendre la forme d’une récompense offerte par le fournisseur à l’acheteur qui choisira de traiter avec lui plutôt qu’avec un concurrent, ou s’il opte pour une quantité ou une qualité distincte de celle demandée par l’employeur.

c. Le fait de favoriser les amis et la famille peut relever de la corruption si quelqu’un obtient un avantage (travail ou autre) pour des raisons subjectives, en échange d’un avantage indu.

d. Les paiements de facilitation sont des paiements destinés à promouvoir ou assurer la mise en œuvre de services dont une personne est déjà en droit de bénéficier. Les petites sommes demandées par des agents publics afin d’autoriser des voyageurs à entrer ou sortir d’un pays, pour assurer le dessaisissement de marchandises détenues par les douanes ou encore pour autoriser le lancement d’une activité, comme la formation, offrent des exemples types à cet égard.

e. On parle de trafic d’influence lorsqu’une personne offre à quelqu’un (généralement un intermédiaire) un avantage indu dans le but d’influencer un tiers (le décideur) dans l’exercice de ses fonctions. Le trafic d’influence peut exister même lorsque le décideur n’a pas conscience de l’avantage ou des pressions exercées, et même si les tentatives d’influence n’aboutissent pas. Les pressions dissimulées peuvent être assimilées à du trafic d’influence.

2.2. Corruption aggravée

Outre les relations évoquées plus haut avec des agents publics, d’autres éléments entrent également en ligne de compte afin de déterminer s’il s’agit de corruption « simple » ou aggravée : il est important de savoir si l’acte a ou pourrait avoir entraîné un avantage financier important ou s’il existe un risque de préjudice important, et si la situation implique également des informations comptables erronées.

2.3. Situations augmentant le risque de corruption

a. Cadeaux, divertissements et couverture des dépenses (privées) augmentent le risque de corruption, puisqu’il n’est pas opportun d’instaurer ou de développer une relation entre les parties si le souhait de coopérer ne repose pas nécessairement sur des facteurs ou des besoins professionnels.

b. Les dons politiques et autres commandites peuvent eux aussi augmenter le risque de corruption puisqu’ils tendent à conduire à la corruption, en effet des avantages indus sont accordés sans aucune contrepartie immédiate, mais le donneur attend généralement cette contrepartie à une date ultérieure.

c. Le processus d’embauche peut accroître le risque de corruption, en particulier dans les pays gangrénés par la corruption.

d. Le fait de manipuler des liquidités et l’inadéquation de la documentation destinée à comptabiliser les dépenses engendre une économie informelle (clandestine) opérant parallèlement à l’économie officielle d’un projet.

e. Les passations de marchés doivent être régies par un accord-cadre ou au meilleur cours possible sur le marché.

2.4. Conflits d’intérêts

Les employé(e)s / représentant(e)s élu(e)s doivent éviter les conflits entre leurs propres intérêts et les intérêts de l’organisation. Ainsi au sein d’IndustriALL, ils ne doivent en aucun cas chercher à obtenir des avantages qui sont inappropriés ou qui pourraient nuire à l’intérêt d’IndustriALL.

En cas de survenue ou de suspicion d’un conflit d’intérêts, tout(e) employé(e) / représentant(e) élu(e) doit le signaler sans délai à son supérieur direct. Lorsque cela est impossible ou inapproprié, et lorsqu’une situation préoccupante émane d’une région dans laquelle IndustriALL dispose d’un bureau régional, les signalements doivent être adressés au Secrétaire régional d’IndustriALL, avec copie au Secrétaire général adjoint d’IndustriALL responsable de la région. Dans une région dépourvue de bureau régional, les signalements sont à adresser à la direction mondiale d’IndustriALL. Si le signalement par ces voies n’est pas possible en raison d’un conflit d’intérêts, l’affaire peut être portée à l’attention du Président d’IndustriALL.

Dans le contexte de décisions particulièrement importantes, il doit être démontré que le risque de conflits d’intérêts potentiels a été considéré.

3. Exposition et suivi

3.1. Exprimer des préoccupations

Si un(e) employé(e) / représentant(e) élu(e) soupçonne un acte de corruption, elle ou il est tenu(e) de se manifester par les voies appropriées, de façon à pouvoir opérer un suivi de la situation. Si l’employé(e) ne sait pas précisément comment s’y prendre pour faire part de ses doutes, elle ou il peut entrer en contact avec le Responsable des finances d’IndustriALL, de même qu’avec les secrétaires régionaux et/ou le Secrétaire général d’IndustriALL. Si une prise de contact par ces voies n’est pas possible en raison d’un conflit d’intérêts, l’affaire peut être portée à l’attention de la Présidente d’IndustriALL.

IndustriALL fera tout son possible pour protéger le(s) lanceur(s) d’alerte face à d’éventuelles retombées négatives. IndustriALL ne tolère aucune forme de représailles contre les lanceurs d’alerte qui soulèvent une question en lien avec la lutte contre la corruption. Toute plainte devra être traitée de manière confidentielle, en garantissant l’anonymat si nécessaire.

3.2. Responsabilité eu égard à la réglementation anti-corruption

Tous les employé(e)s sont tenu(e)s de se conformer à la politique de lutte contre la corruption, et chaque dirigeant(e) doit veiller à son bon respect dans le cadre de sa sphère de responsabilité.

La responsabilité de l’action menée en matière lutte contre la corruption au niveau d’IndustriALL incombe au Responsable des finances. Les questions d’interprétation et les demandes de conseils peuvent également lui être adressées, et il déléguera les questions, si besoin.

3.3. Suivi et contrôle

3.3.1. Les procédures de lutte contre la corruption en général

IndustriALL donnera suite aux préoccupations soulevées de même qu’aux situations qui semblent être des incidents non souhaités. Ces procédures exigent que les différents cas fassent l’objet d’un suivi en vue de superviser les faits, identifier les aspects légitimes concernant les personnes impliquées, identifier les aspects pertinents pour IndustriALL et les autres intervenants, assurer une progression raisonnable, de même qu’évaluer et décider raisonnablement du suivi à donner une fois que les faits auront été présentés.

En plus d’inciter les individus à faire part de leurs préoccupations, IndustriALL réalise des audits de tous ses projets. Ces dispositifs de contrôle ou d’audit peuvent permettre aux personnes concernées de faire part de leurs soupçons. Dans pareils cas, l’affaire sera suivie de la même manière que si elle avait été mise au jour par le biais d’une notification ou des voies officielles.

3.3.2. Violation de la réglementation anti-corruption

Toute infraction à la présente politique de lutte contre la corruption peut s’accompagner de mesures disciplinaires pour les employé(e)s d’IndustriALL. Face à une infraction, la personne concernée peut faire l’objet d’un avertissement, d’une perte de responsabilités ou de poste, être licenciée ou congédiée, selon la gravité de l’acte.

Pour ceux qui représentent ou agissent, d’une façon ou d’une autre, au nom d’IndustriALL dans le cadre d’une mission, d’un projet ou d’un voyage d’affaires, etc., toute infraction à la présente politique pourrait conduire à d’autres sanctions, telles que des demandes de compensation financière et des retombées pour la poursuite de la collaboration (y compris résiliation et remboursement), ainsi que le « gel » d’un éventuel financement.

En cas de violation grave ou de violations répétées, des sanctions peuvent également être adoptées à l’encontre de l’affilié concerné, à condition que l’organisation ait sciemment manqué de respecter les principes et les dispositions de la présente politique d’une manière susceptible de porter atteinte à IndustriALL et d’affecter l’intégrité de l’organisation.

En cas de suspicion de violation non intentionnelle de la politique, il peut s’avérer pertinent de suivre une formation plus approfondie.

4. Révision

La présente politique fera l’objet d’une révision régulière chaque fois que les organes institutionnels d’IndustriALL le jugeront nécessaire.

Le féminisme : bien plus qu’une simple question de femmes

Il y a une énergie particulière qui envahit une pièce lorsque les gens comprennent qu’ils sont témoins d’un moment historique. Celle-ci était bien palpable à Genève. Le nouveau Comité s’est réuni pour la première fois depuis le Congrès de Sydney, prêt à agir, pas seulement à discuter.

Il y a six mois, IndustriALL a prononcé haut et fort le mot « féminisme ». Non pas comme une parole lancée au vent. Non pas comme un objectif secondaire. Mais comme le cadre politique pivot de toute l’organisation. C’est à Genève que la promesse de Sydney s’est concrétisée en feuille de route pour sa mise en œuvre.

« Ce que nous avons adopté à Sydney ne restera pas lettre morte »

a déclaré Christine Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL.

« Cela doit se voir et se ressentir dans nos syndicats, sur nos lieux de travail et dans la vie de nos femmes. Nous avons un mandat, une résolution forte, une feuille de route claire et nous devons maintenant tenir nos engagements. »

Le Comité a élu deux nouvelles coprésidentes.

Regina Nambahu, du Syndicat des mineurs de Namibie, est syndiquée depuis l’âge de 21 ans et compte 17 ans d’expérience dans l’industrie minière.

« Lorsque les femmes dirigent, les syndicats se renforcent. En tant que Coprésidente, je rassemblerai les femmes dirigeantes autour d’un programme féministe, afin que chaque travailleuse soit entendue, respectée et autonomisée. Ensemble, nous apportons le changement. »

Nicole Fears, Directrice des droits de l’homme au sein de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale en Amérique du Nord et membre du syndicat depuis 32 ans, a ajouté :

« Je prends l’Humain comme point de départ. Pour construire des lieux de travail et des syndicats plus forts, nous devons comprendre ce qui nous divise et ce qui nous rassemble. Mon travail consiste à tisser des liens au-delà des différences et à créer des cultures d’appartenance où chacun a sa dignité, sa libre expression et sa valeur. »

Leur élection constitue bien plus qu’une simple formalité. Elle prend la forme d’une déclaration.

Un programme de transformation des relations entre les genres qui appartient à tous

Les femmes ne porteront pas seules cette transformation. La résolution féministe est non facultative, elle appartient à chaque affilié, à chaque structure et à chaque dirigeant, dans toutes les régions du monde.

Pour garantir que les structures dédiées aux femmes ne portent seules cette mise en œuvre, le Comité a proposé des feuilles de route régionales approuvées par les Comités exécutifs régionaux. Tant le Secrétariat que les affiliés doivent prendre des mesures franches.

La feuille de route place l’équité salariale au cœur de ses priorités, reconnaissant l’écart salarial entre les genres non pas comme une statistique mais comme le reflet d’une inégalité structurelle profondément enracinée.

Elle inscrit résolument le care (« travail du soin ») à l’ordre du jour syndical, exigeant sa reconnaissance en tant que droit humain universel.

Elle aborde également la santé et la sécurité au travail, la diligence raisonnable en matière de droits humains et la Transition juste. Sans s’attaquer aux normes discriminatoires et aux relations de pouvoir inégales, les transformations qui redessinent le monde du travail excluront les femmes. Derrière tout cela se cache la lutte urgente contre la montée du masculinisme

Ce que signifie une approche de transformation de genre

Le mouvement est confronté à l’un de ses combats les plus pressants : ne laisser aucune femme de côté. Une étude conjointe menée par IndustriALL et industriAll Europe dresse un tableau plutôt sombre. Dans le cadre des transitions verte et numérique, les chiffres indiquent que les femmes obtiendront 23 millions d’emplois de moins que les hommes.

Dans le secteur de l’habillement au Bangladesh, la part des femmes dans la main-d’œuvre est passée de 80 à 56 % en trois décennies, en partie sous l’effet des nouvelles technologies. Partout en Asie, des stéréotypes discriminatoires écartent les femmes des postes créés par l’automatisation.

Le manque de confiance et les normes culturelles qui attribuent le travail technique aux hommes empêchent de nombreuses travailleuses de se perfectionner.

Une diligence raisonnable en matière de droits humains axée sur la transformation des relations entre les sexes est essentielle pour combler les écarts de genre dans les chaînes d’approvisionnement. Les exploitants miniers au Botswana ne conçoivent pas de vêtements de protection adaptés aux femmes enceintes. Les voix des femmes restent absentes des tables de négociation. IndustriALL élabore actuellement des lignes directrices pour intégrer l’égalité des sexes dans son travail avec les multinationales.

Alors que le Comité des femmes fait avancer son programme, les négociations de l’OIT à Genève ont été longues et difficiles, les États-Unis et l’Argentine rejetant même les termes « genre » et « question liée au genre ». La nécessité d’un leadership syndical n’a jamais été aussi évidente.

Les jeunes femmes font la leçon à l’assemblée

S’il y a eu un moment qui a cristallisé l’essence de cette journée, c’est bien celui où les jeunes femmes ont pris la parole. Des mentorées issues des projets de mentorat d’IndustriALL en Afrique subsaharienne et en Asie se sont levées et ont accompli quelque chose de discrètement révolutionnaire. Elles ont enseigné et dirigé. Ces mentorées ont formulé des revendications devant une salle remplie de dirigeants syndicaux expérimentés et l’assemblée les a écoutées.

Elles ont illustré leur propos sans hésitation : être invitées dans les espaces pour la photo officielle mais exclues des décisions ; être freinées par le syndrome de l’imposteur ; voir les syndicats inscrire leurs engagements en matière de genre dans des documents politiques et nulle part ailleurs.

« Les décisions sont prises par ceux qui sont assis à la table de discussion », a déclaré une mentorée. « Lorsque les femmes ne sont pas présentes dans les structures de direction, nos priorités sont ignorées. Ce n’est pas une question de femmes. C’est une question de négociation collective. Si nous voulons des syndicats plus forts, nous avons besoin d’une participation plus forte des femmes. »

Impliquer les hommes

La journée s’est terminée par l’une de ses conversations majeures. Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, s’est exprimé avec une honnêteté que l’auditoire n’oubliera pas.

« Il y a dix ans, je n’avais aucune idée de ce qu’était un programme de transformation en matière de genre »

a-t-il déclaré.

« Finalement, il s’agit d’une évolution tout à fait logique. Si vous ne vous attaquez pas aux causes profondes, vous ne résoudrez jamais le problème. »

Le changement nécessite plus que de la passion. Il nécessite une orientation, une prise de responsabilité et le courage d’exiger que tout le monde, et pas seulement les femmes, porte le poids du changement. La feuille de route existe. Le mandat est limpide. À présent, chaque affilié, chaque structure et chaque dirigeant doit décider s’il va le mettre en œuvre

Namibie : le syndicat se mobilise pour recruter les travailleurs de l’automobile

Le MANWU, affilié à IndustriALL, souhaite accroître ses effectifs dans ce domaine d’activité.

Le secteur automobile namibien est en plein essor. Le gouvernement a soutenu les équipementiers, plus précisément Peugeot, en tant que piliers d’une industrie nationale. Mais le projet Peugeot se trouve au point mort : le constructeur automobile peine à maintenir ses ventes localement et n’a pas réussi à percer sur le marché de l’exportation. Peu d’emplois ont été créés en conséquence.

De nouveaux acteurs, parmi lesquels des constructeurs chinois, devraient faire leur entrée sur le marché namibien, encore modeste. Parallèlement, le gouvernement pose les bases d’une industrie de véhicules électriques (VE). Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’une politique de Transition juste qui vise à garantir que le passage à des transports propres ne se fasse au détriment des travailleuses et travailleurs.

Apprendre les bases

L’atelier, soutenu par le bureau régional d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, a porté sur la santé et la sécurité au travail (SST), la gestion de conflits sur le lieu de travail, les stratégies de syndicalisation et la Transition juste.

Les comités de SST ont été présentés comme un élément capital de la formation. Les travailleuses et travailleurs ont appris comment les mettre en place et en assurer la gestion. Lorsqu’ils fonctionnent correctement, ces comités comptent parmi les mécanismes les plus efficaces qui soient. Ils réduisent le nombre d’accidents, font respecter les protections légales et donnent aux salariés un mot à dire quant à leurs conditions de travail. Dans un secteur où les risques sécuritaires sont monnaie courante et où l’application de la réglementation se révèle inégale, la santé et la sécurité s’avèrent essentielles.

« Nous sommes venus pour apprendre à gérer les conflits sur le lieu de travail, pour connaître nos droits et découvrir ce que le syndicat peut faire pour nous »

a déclaré Stephanie Kapuka, ouvrière chez Gobabis Toyota.

La gestion de conflits, notamment en matière de procédures disciplinaires, de réclamations et de litiges, a été abordée. Pour les membres du personnel sans formation juridique spécialisée, les conflits sur le lieu de travail peuvent sembler insurmontables. L’atelier visait à modifier cette perception en renforçant la confiance tout en développant les compétences.

Les participantes et participants ont parlé sans détours des défis liés à la syndicalisation. La négociation collective ne s’améliore que lorsque le nombre d’adhérents augmente. Les travailleuses et travailleurs doivent avoir confiance dans la capacité du syndicat à répondre aux attentes. Et le syndicat doit, quant à lui, disposer d’effectifs suffisants pour s’asseoir à la table des négociations.

Transition juste

En Namibie, où les secteurs minier et manufacturier constituent le socle des moyens de subsistance et sont soumis à la pression de la décarbonisation, la signification de la « Transition juste » est contestée. Pour les membres du MANWU, la Transition juste signifie que le secteur automobile va se transformer. La tendance mondiale en faveur des véhicules électriques est en train de remodeler l’industrie, même si leur adoption reste faible en Namibie. Si les travailleuses et travailleurs ne siègent pas à la table des négociations, les coûts engendrés retomberont sur les plus vulnérables. Tel est le message limpide délivré par les délégués syndicaux. Le MANWU participe aux discussions nationales sur la Transition juste et souhaite s’assurer que les délégués syndicaux puissent traduire le langage politique en termes compréhensibles pour les salariés sur le terrain.

« Je veux comprendre ce que la Transition juste implique pour nos emplois, pas seulement entendre l’expression mais savoir ce qu’elle signifie réellement pour des travailleuses et travailleurs comme nous »

a déclaré Andreas Hochobes, de Drydock and Ship Repair.

« Alors que la transition touche l’industrie automobile en raison de la mobilité électrique, les syndicats doivent poursuivre leurs campagnes de recrutement et s’engager dans la négociation collective. Le dialogue social avec les partenaires clés reste primordial pour protéger les conditions de travail des travailleuses et travailleurs »,

a indiqué Paule-France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne

Argentine : L’UOM riposte contre l’intervention judiciaire

Le 22 mai dernier, Víctor Pesino et María Dora González, les mêmes juges du tribunal du travail qui avaient approuvé la réforme du travail introduite par le Président argentin Javier Milei, ont rendu un jugement contre l’UOM, affilié à IndustriALL, Ils ont déclaré invalides les élections tenues à la section de Zárate-Campana, ont annulé la réélection nationale du Secrétaire général Abel Furlán et ont ordonné une période d’intervention de 180 jours.

« Cette intervention judiciaire n’est pas le fruit d’une décision prise du jour au lendemain. Elle est l’aboutissement d’une opération politique, judiciaire et patronale que nous dénonçons depuis des mois et qui n’a toujours eu qu’un seul objectif : mettre l’UOM au pas, affaiblir notre capacité à lutter pour nos droits, garantir que les employeurs puissent verser des salaires de misère et que les travailleurs soient dans l’impossibilité de se syndiquer »

a déclaré l’UOM dans un communiqué officiel.

La décision de justice est intervenue alors que l’UOM était en pleine négociation collective avec les principaux employeurs du secteur pour défendre les salaires des métallurgistes, en baisse depuis deux ans.

L’UOM s’est engagé à riposter contre cette attaque et à faire échouer

« cette tentative d’intervention politique déguisée en décision de justice. (…) Nous répondrons par la démocratie syndicale, la participation, la syndicalisation et la lutte. Nous déjouerons cette intervention tout comme le mouvement syndical argentin a déjoué toutes les tentatives historiques visant à le réduire au silence. »

Le 26 mai dernier, le Comité exécutif de l’UOM a rejeté cette mesure. Le syndicat a lancé un processus visant à rétablir la conformité statutaire et a déclaré l’état d’alerte et de mobilisation. Conformément à ses statuts, il a nommé des responsables pour assurer le bon déroulement des activités en attendant le retour complet à la normale.

Le même jour, des syndicats, dont des affiliés d’IndustriALL, ont organisé un « rassemblement d’accolades » devant le siège de l’UOM. Cette action constituait une protestation directe contre la décision de justice qui a destitué Abel Furlán et placé le syndicat sous intervention judiciaire.

Dans un courrier adressé à Abel Furlán, le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a exprimé sa solidarité à l’égard des travailleuses et travailleurs argentins. Il a condamné la décision du tribunal et a exhorté les autorités à garantir le plein respect de la liberté syndicale et à se conformer aux conventions internationales.

« Cette décision constitue une grave ingérence dans l’autonomie syndicale et crée un dangereux précédent pour la liberté syndicale et la démocratie en Argentine.»

« IndustriALL constate avec inquiétude que le recours à des procédures judiciaires pour évincer des dirigeants syndicaux légitimement élus constitue un moyen de réprimer les structures qui défendent les salaires, la négociation collective, la production nationale et les droits du travail. Nous exprimons notre entière solidarité envers les métallurgistes argentins, notre collègue Abel Furlán et la direction légitimement élue de l’UOMRA. »

Session de l’OIT sur le Myanmar : IndustriALL réclame des sanctions et un retrait responsable

La séance extraordinaire de la Commission de l’application des normes a porté sur les violations de la Convention n° 87 sur la liberté syndicale et de la Convention n° 29 sur le travail forcé à la suite de l’invocation de l’article 33 de la Constitution de l’OIT l’année dernière.

Lors de sa prise de parole à la CIT, le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a mis en lumière la situation des quelque 450.000 travailleuses et travailleurs du secteur de l’habillement au Myanmar qui gagnent moins de 100 dollars par mois, soit environ la moitié du minimum vital.

Durant son intervention, il a précisé comment les usines de confection situées dans les zones industrielles fonctionnent sous la loi martiale : les salariés sont soumis à des contrôles militaires, à des fouilles intrusives, téléphones portables compris, et à du harcèlement sexuel. Ils sont également exposés à des heures supplémentaires imposées et non rémunérées ainsi qu’au risque de conscription militaire, les usines partageant leurs données personnelles avec l’armée.

Atle Høie a averti que des organisations soutenues par l’armée prétendent à tort représenter la Fédération des travailleurs de l’industrie du Myanmar (IWFM), affiliée d’IndustriALL, et a appelé à ce que ces structures parallèles ne soient pas reconnues comme représentantes légitimes des travailleuses et travailleurs.

Le secteur de l’habillement joue un rôle essentiel en tant que source de devises étrangères pour la junte en raison d’une loi du régime exigeant que toutes les devises étrangères entrantes soient converties à un taux préférentiel dans les 24 heures.

Le Myanmar bénéficie d’un accès préférentiel au marché de l’Union européenne dans le cadre du Système de préférences généralisées et du régime « Tout sauf les armes ». Cinquante-quatre pour cent de ses exportations de vêtements sont destinées à l’UE, le reste étant en grande partie distribué au Royaume-Uni et au Japon.

Bien que la Commission internationale du travail (CIT) ait invoqué l’article 33 l’année dernière, en soi la sanction la plus sévère de l’OIT, l’UE maintient son système de préférences. Elle finance également un programme intitulé MADE in Myanmar pour soutenir l’industrie manufacturière dans le pays. Les syndicats nationaux ont dénoncé ce programme comme une imposture conçue pour blanchir les violations des droits du travail et fournir une couverture politique aux enseignes de prêt-à-porter. Ces dernières continuent de s’approvisionner au Myanmar, attirées par une main-d’œuvre bon marché et des conditions de production avantageuses.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

« IndustriALL souhaite voir disparaître les régimes commerciaux préférentiels, y compris dans le cadre du Système de préférences généralisées de l’UE et du régime « Tout sauf les armes. »

Nous appelons les enseignes de prêt-à-porter à s’engager en faveur d’un retrait responsable du Myanmar. »

La session a donné lieu à de vives interventions de la part de représentants syndicaux du Myanmar et de délégués de groupes de travailleuses et travailleurs de toutes les régions. Le gouvernement du Myanmar n’était pas accrédité et n’a pas réagi bien que la Russie et certains autres gouvernements aient fait part de leur désaccord avec la procédure prévue à l’article 33.