Les travailleurs demandent à HeidelbergCement d’engager un véritable dialogue social
26 participants venus de 14 pays et représentant les travailleurs de HeidelbergCement à travers le monde se sont réunis à l'invitation d'IndustriALL Global Union et du syndicat Building and Wood Workers' International (BWI), au Centre de formation syndicale Steinbach, appartenant au syndicat allemand de la construction IG BAU. La réunion a été soutenue par la Fondation Friedrich Ebert.
Les délégués ont discuté de la situation générale au sein du groupe HeidelbergCement et du secteur de la production de ciment et de béton à travers le monde. L’industrie est confrontée à d'énormes surcapacités dans presque toutes les régions du globe, ce qui entraîne une concurrence intense. Les cimenteries travaillent beaucoup à la numérisation de leurs chaînes de production. HeidelbergCement développe et teste une grande variété d'outils numériques pour fournir des solutions sur mesure à ses clients.
Pour répondre au changement climatique, le groupe HeidelbergCement a publiquement promis de produire du béton carboneutre d'ici 2050. Sur le marché européen, les entreprises subissent une pression intense car le prix des certificats de CO2 qu'elles doivent acheter pour compenser leurs émissions de gaz à effet de serre devient de plus en plus cher.
Les syndicats indiquent que la santé et la sécurité demeurent un problème. 80 à 90% des décès touchent les travailleurs contractuels et les travailleurs tiers, démontrant clairement que ces travailleurs précaires ont besoin d'une meilleure protection de la part de l'entreprise. Les proportions de travailleuses (13 %) et de jeunes travailleurs (12 % de moins de 30 ans) sont faibles, et il faudrait que l'entreprise s’attaque de toute urgence à ce problème.
L’approche du groupe en matière des droits de l'homme et des travailleurs n'est pas satisfaisante voire parfois alarmante, comme au Kazakhstan. Les participants ont adopté une déclaration de solidarité avec les travailleurs de la cimenterie kazakhe Shymkentcement, détenue par HeidelbergCement. Par ailleurs, des litiges sont en cours en Egypte et au Maroc, et font actuellement l’objet de négociations avec les dirigeants de HeidelbergCement.
Les participants ont convenu à l'unanimité qu'une multinationale comme HeidelbergCement devrait mettre en adéquation sa présence mondiale et un dialogue institutionnalisé mondial avec IndustriALL et BWI, en collaboration avec le comité d'entreprise européen. Bien que le dialogue soit bon au niveau européen, ce n'est pas le cas dans d'autres pays.
Dans leur pétition ouverte à l’équipe dirigeante de l’entreprise au niveau mondial, les participants ont indiqué:
« Nous pensons qu'une entreprise comme HeidelbergCement, présente dans 60 pays à travers le monde, doit dépasser les frontières européennes et étendre le modèle européen du dialogue social à l'échelle mondiale. »
Les participants ont demandé à la direction de HeidelbergCement de contacter les fédérations syndicales mondiales pour organiser une réunion où les préoccupations pourraient être abordées dans un esprit de bonnes pratiques et de dialogue social.
Alexander Ivanou, responsable pour les questions concernant l'industrie des matériaux à IndustriALL, a déclaré :
« Cette réunion a été le lieu de nombreuses discussions ouvertes. Je regrette qu’aucun membre de l’équipe dirigeante de l’entreprise au niveau mondial n'ait assisté à cette conférence. Cela aurait été une occasion unique pour eux de s'adresser directement aux délégués de leurs travailleurs partout dans le monde. Notre porte reste ouverte. D’ailleurs, dans notre déclaration commune, nous invitons HeidelbergCement à entamer un véritable dialogue. »
Augmentation des salaires dans les centrales électriques géorgiennes après une grève
Environ 200 travailleurs et travailleuses de la tranche thermique de Gardabani de la centrale hydroélectrique de Tbilissi ont mis fin à une grève de six jours ce 11 novembre après que le syndicat a conclu un accord avec l’employeur en vue d’augmenter les salaires de 25% à partir du 1er janvier 2020 et d’introduire un treizième mois. L’employeur a également entamé un examen du projet de convention collective soumis par le syndicat.
Amiran Zenaishvili, le président du Syndicat géorgien des travailleurs de l’énergie, confie que les salariés avaient revendiqué une augmentation de 50%. Les salaires au sein de la tranche thermique de Gardabani n’ont plus augmenté depuis 2014. En outre, les travailleurs et travailleuses ont revendiqué une augmentation de 20% des primes pour travail de nuit. Cette disposition fera partie de la convention collective. Amiran Zenaishvili fait remarquer que le résultat positif de la grève a été acquis grâce à l’unité des grévistes.
Selon le syndicat, les 266 personnes qui travaillent à la centrale thermique de Gardabani gagnent entre 320 laris (environ 100 dollars) et 1.500 laris (environ 500 dollars) par mois. En mai 2019, l’employeur avait déjà fait la promesse orale d’augmenter les salaires de 20%, mais ne l’avait pas encore honorée.
Le Secrétaire régional d’IndustriALL Vadim Borisov a félicité les travailleurs et travailleuses ainsi que le syndicat pour cet accord et a déclaré :
“IndustriALL Global Union soutient les justes revendications des travailleurs et travailleuses pour une augmentation salariale. Les travailleurs ont un droit fondamental à gagner un salaire décent, à négocier collectivement et à évoluer dans des espaces de travail sûrs et sains.”
ENQUÊTE: En faveur de quoi nous battons-nous ?
TEXTE: Walton Pantland
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En août 2019, les travailleurs de Harland and Wolff à Belfast, en Irlande du Nord, ont occupé le chantier naval où le Titanic a été construit. Le propriétaire était ruiné ; le gouvernement britannique a refusé d’intervenir pour sauver le chantier naval. Il a été menacé de fermeture.
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They defended their jobs and their industrial heritage, but also looked to the future.
What was missing was a comprehensive Just Transition plan – a Green New Deal – to save their yard and create green jobs.
After a nine-week occupation, the yard was saved when a buyer was announced in October.
Les travailleurs ont occupé leur lieu de travail pour exiger la sauvegarde du chantier et ont construit des plates-formes destinées aux parcs éoliens offshore et aux installations marémotrices.
Ils ont défendu leurs emplois et leur patrimoine industriel, mais se sont également tournés vers l’avenir. Ce qui manquait, c’était un plan exhaustif vers une transition juste – un nouvel accord vert – pour sauver leur chantier et créer des emplois verts.
Après neuf semaines d’occupation, le chantier a été sauvé lorsqu’un acheteur a été annoncé en octobre.
Crane driver Gordon Brown. Photo: Bobbie Hanvey
170 millions d’adhérents syndicaux de par le monde sont affilés à la Confédération syndicale internationale (CSI). Il y a également des internationales concurrentes, comme la Fédération syndicale mondiale (FSM) et de petites organisations qui n’appartiennent pas à des fédérations. Au total, des centaines de millions de travailleurs et travailleuses sont affiliés à un syndicat ou à une organisation équivalente sur leur lieu de travail. Ceci fait du syndicalisme le plus grand mouvement démocratique participatif au monde. Ces syndicats défendent les droits au travail, négocient les rémunérations et les conditions d’emploi et développent des relations avec les partis politiques, les gouvernements et les entreprises.
Existe-t-il un fil commun qui nous unit tous ?
Tous pareils, mais tous différents
D’un pays à l’autre, les systèmes de relations sociales sont différents. L’Europe continentale favorise le dialogue social, avec des Conseils d’entreprise et des sièges pour les travailleurs dans les directoires des entreprises. Au sein de ces modèles aux pouvoirs équilibrés, les conditions d’emploi des travailleurs et travailleuses sont liées au succès de l’entreprise, du secteur industriel dans son ensemble, de l’économie nationale ainsi qu’à un environnement commercial international en bonne santé.
Le modèle anglo-saxon tend à être davantage fondé sur une opposition des parties, se résumant parfois à un jeu à somme nulle : ce qui est bon pour les travailleurs est considéré comme mauvais pour l’entreprise et vice-versa et dans les médias, les syndicats sont présentés comme des saboteurs néfastes au bien public qui conspirent pour protéger des privilèges.
D’un point de vue politique, les syndicats occidentaux soutiennent généralement la social-démocratie et sont étroitement alignés sur les partis de centre gauche qui promeuvent le dialogue social.
Pour les syndicats de l’hémisphère sud, l’anti-impérialisme est souvent un trait marquant des politiques syndicale, avec des appels à soutenir le capital local contre les exploiteurs étrangers. Certains syndicats en Turquie et dans d’autres pays, sont explicitement nationalistes. En Inde, en Afrique et en Amérique latine, les syndicats ont parfois recours à la rhétorique marxiste-léniniste dans leur critique du capital.
Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, des syndicats comme notre affilié SNATEGS sont engagés dans des luttes fondamentales pour des droits élémentaires comme la liberté d’association.
Et bien sûr, la main-d’œuvre la plus nombreuse du monde, en Chine, ne compte pas du tout de syndicats libres.
Au-delà de ces différences de vocabulaire et de style politique, les syndicats se battent-ils pour la même chose au plan mondial ?
La première grève reconnue dans l’histoire de l’humanité est celle des artisans qui construisaient un complexe funéraire pour Ramsès III à Deir el-Médineh en 1128 avant notre ère. Depuis lors, les travailleurs et travailleuses ont mené des actions collectives en de nombreuses occasions, généralement autour des mêmes problématiques : salaire vital, temps de travail, santé et sécurité, dignité et sécurité d’emploi.
Une démonstration à Detroit, USA, pour un Green New Deal, juillet 2019. Becker1999, Flickr
Depuis les tailleurs de pierre de l’Égypte antique jusqu’aux travailleurs des plateformes numériques des méga-cités d’aujourd’hui, la lutte est essentiellement la même : gagner suffisamment pour vivre, avoir du temps libre, un revenu fiable et ne pas avoir un emploi précaire. Mais nous vivons des temps intéressants : en fonction de l’ensemble de crises auquel le monde est confronté à l’heure actuelle, comment donner un cadre à ces revendications et leur accorder une place dans une voie à tracer vers l’avenir ?
Guerre psychologique
Ouvrez n’importe quel journal ou flux de média social et vous serez sans doute au désespoir. Le monde avance tel un somnambule dans une crise aux multiples facettes. Pour les travailleurs, il y a une crise mondiale de l’emploi, 60% d’entre eux évoluant dans l’économie informelle. Ce phénomène devrait croître à mesure que s’étend l’automatisation. Il y a une crise des salaires dans pratiquement tous les secteurs, une majorité des familles étant sur le fil du rasoir, la catastrophe les guettant au prochain revers. Nous connaissons une économie stagnante, des menaces de guerre entre les États-Unis et l’Iran et une guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Un Brexit sans accord, le Royaume-Uni quittant l’UE sans conclure d’accord, pourrait conduire à la perte de 700.000 emplois en Europe.
Ensuite, nous avons la crise du climat : des mesures urgentes sont nécessaires maintenant, dès aujourd’hui, pour éviter la catastrophe, mais l’Amazonie est en flamme et le dirigeant du plus puissant pays du monde est négationniste climatique .
Il y a une crise du multilatéralisme, les dirigeants du monde n’ayant aucune ambition à trouver des solutions collectives. Les programmes d’ajustements structurels du FMI ont déchiré le contrat social et la désindustrialisation et l’austérité détricotent les avancées de la social-démocratie.
La vie des gens est en péril et les perspectives sombres.
Le désespoir, toutefois, est une arme de la droite. Les gens qui ont perdu tout espoir, ou qui sont en colère, sont faciles à recruter au profit de politiques réactionnaires illogiques. La tâche qui incombe aux syndicats est de donner de l’espoir, une vision et un plan pour un avenir meilleur.
Alimenter le désespoir est une forme de guerre psychologique : certains intérêts en place veulent nous faire croire que toute résistance est vaine, que nous sommes impuissants, que nous n’avons aucun espoir de changer les choses. Des solutions crédibles, comme la Transition juste, le salaire vital ou la Green New Deal, sont ignorées ou tournées en ridicule dans les médias, alors que les foutaises de droite, comme l’austérité, y sont traitées comme l’évangile.
“Notre époque est faite de colère et le monde bouillonne. Mais nous sommes disciplinés. Nous ne nous laissons pas distraire par chaque crise,”
indique Sharan Burrow, Secrétaire générale de la CSI.
“Je suis optimiste pour le mouvement syndical, qui a toujours été aux avant-postes et peut maintenant prendre la direction des opérations.”
Dépasser les luttes défensives
Les syndicats ont souvent été considérés comme relevant du “luddisme rationnel”, la croyance justifiée que les évolutions dues aux nouvelles technologies menacent les emplois et les relations au niveau de la production. Cela n’a pas marché : depuis les origines des Luddites au 19e siècle, qui détruisaient les machines textiles, jusqu’à nos jours, nous n’avons jamais réussi à arrêter le progrès économique.
Notre espoir c’est de façonner le futur, pas de nous accrocher au passé. L’automatisation signifie que les postes qui sont faits de routines seront les premiers à être pris par les robots. La main-d’œuvre du futur sera hautement éduquée et évoluera aux côtés de robots sophistiqués. Le travail deviendra sans doute plus spécialisé et plus artisanal. Nous avons besoin de syndicats qui puissent toucher ces spécialistes autant que les travailleurs précaires des plateformes numériques, qui se démènent entre de multiples applis et sont définis légalement comme des indépendants.
Tout ce qui est sous les cieux est en chaos total ; la situation est excellente
Il existe une crise mondiale de la démocratie. Le succès du modèle chinois, une économie capitaliste sous contrôle autoritaire, suggère la fin du lien entre capitalisme et démocratie. Mais la démocratie, au mieux, n’a jamais fait que la moitié du chemin : tous les quatre ou cinq ans, on vote pour savoir qui va gérer le système économique, mais nous n’avons pas grand-chose à dire sur ce que le système met en péril. La démocratie s’arrête à la grille de l’entreprise et les besoinsdu capital définissent les priorités politiques.
C’est pourquoi les gens ont perdu leur foi en la démocratie parlementaire : elle n’améliore pas leur vie.
Un vieux proverbe chinois dit “tout ce qui est sous les cieux est en chaos total ; la situation est excellente.” Il voulait ainsi dire que le désordre et les bouleversements sont le meilleur moment pour amener un changement social et politique majeur. L’ordre politique et économique libéral s’écroule et la droite en tire avantage dans ce que Naomi Klein appelle “le capitalisme du désastre”, se servir du chaos pour imposer des changements politiques, comme la privatisation, qui seraient rejetés dans des périodes plus stables.
Au lieu de restaurer l’ordre libéral, nous pouvons aussi utiliser la rupture du système pour imposer un changement et apporter la démocratie également dans la vie économique. Il y a un espace à prendre dans l’espace politique pour des idées de justice, d’égalité, de dignité et de redistribution. Le monde est prêt pour des idées audacieuses pouvant faire face à l’inégalité, à la pauvreté et au changement climatique.
Une démonstration à Detroit, USA, pour un Green New Deal, juillet 2019. Becker1999, Flickr
L’ordre économique mondial a été rompu par la crise financière. Les partis de centre droite, les grands instigateurs d’un État réduit, du modèle de l’économie de marché, se sont tournés vers les guerres culturelles et le populisme pour détourner la vindicte populaire de l’échec des politiques économiques.
Ils ont utilisé le nationalisme de droite, le racisme, l’homophobie, la misogynie, le négationnisme climatique et un tas d’autre bigoteries de manière très efficace : les classes laborieuses, qui ont vu leur niveau de vie s’effondrer au cours de la dernière décennie, se sont saisies de manière parfois irrationnelle des cibles qu’on leur présentait.
Une des forces du syndicalisme est qu’il développe des politiques progressistes pour des raisons pratiques plutôt qu’idéologiques. Au lieu de convaincre les travailleurs et travailleuses que le racisme et l’homophobie sont moralement injustifiables, nous montrons comment les employeurs nous divisent en nous montant les uns contre les autres.
Vous n’avez pas à aimer personnellement les travailleurs d’autres pays ou de religions et cultures différentes pour reconnaître qu’il est de votre intérêt de travailler ensemble. Et lorsque nous commençons à travailler ensemble, nous bâtissons la confiance. La solidarité érode la bigoterie.
Cela met proprement de côté la guerre culturelle que la droite utilise.
La droite est arrivée en bout de course et n’a nulle part où aller : elle a dû devenir de plus en plus extrême et radicale pour détourner la vindicte populaire, conduisant à des crises politiques existentielles aux États-Unis, au Royaume-Uni et ailleurs. Ces crises menacent la démocratie et l’économie mondiale ainsi que les richesses qu’elle a cherché à protéger.
C’est notre tour maintenant. Nous avons des idées pour contrecarrer les crises et nous devons les proclamer avec audace. La meilleure façon de parvenir à la démocratie économique et industrielle est de donner un réel pouvoir aux syndicats. Si les syndicats pouvaient faire une différence matérielle substantielle dans la vie des gens, davantage de personnes nous rejoindraient et seraient actives.
Nous devons être audacieux. La crise politique et climatique à laquelle nous sommes confrontés est trop importante pour des changements timides et progressifs. Notre rôle n’est pas de promouvoir une vision singulière du futur et tenter de rallier les gens autour d’elle, mais de développer un processus qui permette aux gens de s’impliquer en imaginant, concevant et bâtissant un avenir meilleur tous ensemble.
Le mouvement syndical n’est pas fait pour être le théâtre d’une guerre civile idéologique entre des visions rivales. Notre fonction première est de rassembler les travailleurs et travailleuses. Mais amener ces débats au sein du mouvement syndical donne à nos membres le pouvoir de participer à l’élaboration des solutions.
Nous pouvons utiliser la rupture du système pour imposer un changement et apporter la démocratie dans la vie économique.
Développer une vision
En occident, un consensus politique se fait autour d’un social-démocratie proposé par des figures comme Bernie Sanders aux États-Unis et Jeremy Corbyn au Royaume-Uni. Certains proposent la propriété publique des ressources essentielles, l’investissement de l’État dans le développement économique ainsi qu’un accès libre aux soins de santé et à l’éducation, entre autres, par le biais de taxes prélevées auprès des nantis.
C’est un hybride capitaliste-socialiste qui considère le capitalisme comme l’énergie nucléaire : puissante mais dangereuse, nécessitant des garde-fous pour l’empêcher de faire voler en éclats l’économie mondiale et de détruire la planète.
Que nous soyons d’accord ou pas avec cette vision, elle est très utile, car elle offre une alternative au discours néolibéral qui domine depuis 1994. Le capitalisme démocratique a échoué. La vision social-démocrate continue à se développer. Les syndicats doivent orienter le débat. Nombre sont ceux qui ont déjà commencé, tel notre affilié australien, le CFMEU, avec son rapport “Goodbye Neoliberalism”.
Il existe de nombreuses idées radicales par rapport à l’avenir qui méritent qu’on s’y attarde. Des contraintes d’espace nous limitent à un rapide tour d’horizon : vers l’une qui n’est pas réellement alignée sur le mouvement syndical et deux qui le sont.
Revenu de base
La notion de revenu de base présente une variante de l’économie keynésienne qui a reçu beaucoup d’attention ces dernières années et des expériences à l’échelle de villes ont suscité une attention significative de la part des médias. Cela vise à stimuler l’économie et gérer les pertes d’emploi en procurant à chacun une somme d’argent garantie, de quoi vivre, sans la nécessité de travailler.
Les syndicats sont réticents à cette idée, parce qu’elle brise le lien entre travail et revenu et qu’elle enlève de l’équation le travail en tant que source du pouvoir des travailleurs. Elle risque de rendre une grande partie de la population politiquement impuissante, bénéficiaire de fonds dont elle dépend sans avoir d’influence sur la production.
Une autre objection est que cela revient à un large subside public pour le secteur privé : au lieu de donner de l’argent aux gens pour acheter des biens au prix du marché, pourquoi ne pas utiliser ces fonds pour rendre gratuites des choses comme l’éducation, la santé et le transport public ?
Les Objectifs de développement durable de l’ONU
Les Objectifs de développement durable sont une tentative multilatérale visant à construire un monde meilleur d’ici à 2030. Ce plan vise à mettre un terme à la pauvreté, à réduire les inégalités, à promouvoir l’égalité des genres et à répondre au changement climatique, entre autres. Tous les États membres de l’ONU ont signé ces engagements, mais à défaut pour les pays de prendre des mesures, nous allons passer à côté de ces objectifs. Ceux-ci sont compatibles avec de nombreuses idées syndicales, comme la Transition juste. Nous devons tous faire pression sur nos gouvernements nationaux pour qu’ils prennent des mesures pour rencontrer ces objectifs.
Le Green New Deal
Le Green New Deal s’inspire du modèle du New Deal qui a tiré les États-Unis de la Grande Dépression grâce à des investissements publics massifs. Cette politique a été copiée dans d’autres pays et on bénéficie toujours aujourd’hui de barrages et projets hydroélectriques, de routes et d’infrastructures mis en place durant cette période.
Le Green New Deal vise à consacrer des milliers de milliards de dollars à la prise en compte du changement climatique, à la création de centaines de milliers d’emplois dans les énergies renouvelables, dans les transports publics, dans le nettoyage environnemental, dans la réintroduction de faunes et flores sauvages, etc.
Cela paraît politiquement impossible, mais cela a déjà été fait par le passé : avec le New Deal des années 30 et le Plan Marshall qui a servi à reconstruire l’Europe après la seconde guerre mondiale et permit l’âge d’or de la social-démocratie. Et bien plus récemment, dans le cadre de la crise financière. C’est une question de volonté politique : si nous pouvons sauver les banques, nous pouvons sauver la planète.
Nous devons nous unir, dans la solidarité, pour la défense des droits des travailleurs. Nous devons avoir un débat ouvert et respectueux sur le futur.
Lors de son congrès en septembre 2019, le parti travailliste britannique a adopté une politique de Green New Deal, avec le soutien de sept syndicats dont l’affilié d’IndustriALL, Unite. Cette politique appelle à zéro émission de carbone pour 2030, à des investissements massifs dans les énergies renouvelables, à une Transition juste vers des emplois verts et syndiqués, à la propriété publique des ressources naturelles et à une amélioration des transports publics.
"Le temps c'est la vie" Membres IG Metall manifest pour l'équilibre entre vie preofessionelle et vie privéé. Bodo Marks/IG Metall
Appliquer les solutions syndicales à l’échelle mondiale
Ces idées fonctionnent et les syndicats peuvent faire valoir des antécédents d’application au niveau local. En Allemagne, IG Metall a argumenté avec succès début 2018, lors de négociations collectives, en faveur des travailleurs pour qu’ils bénéficient des gains de productivité issus des nouvelles technologies et obtenu une convention collective qui leur donne le droit de réduire leur temps de travail à 28 heures par semaine pendant une durée pouvant aller jusqu’à deux ans.
En Espagne, les syndicats qui représentent les mineurs ont obtenu en 2018 un accord qui marque un jalon en matière de Transition juste, avec des investissements à grande échelle au sein des communautés minières, comprenant des remises à niveau professionnelles, la mise en place de nouvelles industries et plus encore.
Il nous faut davantage de victoires de cette sorte et en proportion des besoins.
Nous devons défendre la démocratie, dans nos syndicats et dans la société et créer un nouveau contrat social mondial. Il faut un multilatéralisme mondial, tel que celui qui est promu par les Objectifs de développement durable. Nous devons avoir des approches dirigées par les États, comme le Green New Deal, avec un élan vers la propriété publique et des investissements dans les secteurs durables. Mais tout le changement ne peut pas venir d’en haut : il faut également des initiatives venues de la base, comme des négociations collectives de la part des syndicats pour prendre ces préoccupations en compte.
Les besoins des travailleurs et travailleuses diffèrent selon les lieux et les époques, tout comme l’équilibre des pouvoirs entre l’État, le milieu des affaires et les autres acteurs peut changer. Les syndicats ont besoin de la liberté de répondre aux conditions locales. La solution ne réside pas dans une vision unique, mais dans un processus inclusif par lequel une vision émerge par la pratique.
Nous devons nous unir, dans la solidarité, pour la défense des droits des travailleurs. Nous devons avoir un débat ouvert et respectueux sur le futur. Avec l’espoir chevillé au corps ainsi que la solidarité et le respect mutuel comme guides, les syndicats d’aujourd’hui peuvent se frayer un chemin dans la période intéressante que nous vivons et ouvrir les portes à une participation de masse à l’élaboration d’un monde meilleur :
Un avenir qui fonctionne pour tous.
Une démonstration à Detroit, USA, pour un Green New Deal, juillet 2019. Becker1999, Flickr
PROFIL: LA LUTTE CONTINUE : le Syndicat des travailleuses à domicile du Pakistan
Syndicat
La Fédération des travailleuses à domicile (HBWWF)
Pays
Pakistan
Texte
G Manicandan
En raison de leur activité non-visible et non-réglementée, au Pakistan les travailleurs et travailleuses à domicile sont largement sans protection. La Fédération des travailleuses à domicile (HBWWF), qui s’est affiliée à IndustriALL en 2019, a joué un rôle critique dans la syndicalisation de ce groupe de personnes éparpillées et isolées, en formulant des droits pour ses membres et en engrangeant pour elles des victoires significatives.
Au Pakistan, les conditions de travail des travailleurs et travailleuses à domicile sont très médiocres et impliquent du travail répétitif et dangereux. Le temps de travail est généralement étendu, atteignant parfois 16 heures par jour, et les salaires sont bas. Situés tout au fond de la chaîne de production, ces travailleurs et travailleuses n’ont pas accès au marché et le connaissent mal.
Au départ, sept coopératives pour les travailleuses fabriquant des vêtements et des bracelets ont vu le jour dans la province de Sind. Celles-ci ont donné à ces travailleuses une plateforme où partager leurs problèmes, bâtir une solidarité et prendre des mesures pour aborder leurs problématiques.
Un problème fondamental qui en est ressorti est la revendication que le gouvernement reconnaisse formellement le travail à domicile, fixe des salaires minimums légaux et étende la portée des législations de sécurité sociale pour qu’elles s’appliquent aux travailleuses à domicile. Celles-ci souhaitaient également que leurs préoccupations soient considérées comme des problématiques de travail plutôt que comme des questions de genre.
Les travailleuses à domicile ont décidé de former un syndicat pour en tirer une force collective et négocier avec les donneurs d’ordre et les investisseurs pour de meilleurs salaires et un meilleur environnement de travail ainsi que pour solliciter le gouvernement afin de rencontrer leurs revendications. Les travailleuses à domicile ont également décidé de jouer un rôle actif auprès du gouvernement du Pakistan au niveau de la ratification de la Convention de l’OIT sur le travail à domicile.
Pour recruter, des contacts ont été établis avec les travailleuses à domicile dans l’ensemble du pays, les recruteurs les ont rencontrées et ont débattu avec elles afin de comprendre les problèmes auxquels elles sont confrontées. Des cercles d’étude ont été organisés pour les conscientiser à leurs droits et des groupements de travailleuses à domicile ont été créés dans différentes villes des provinces de Sind, du Pendjab et du Baloutchistan.
Durant ce processus, les travailleuses à domicile ont rencontré des responsables du département du travail, l’Institut pour la sécurité sociale et le Conseil pour le bien-être des travailleurs, pour y soulever leurs préoccupations dans le cadre d’une série de réunions
“Ces rencontres ont souligné le besoin d’avoir une organisation efficace pour porter les préoccupations des travailleuses,”
indique Zehra Khan, Secrétaire générale de la HBWWF.
Les adhérentes ont été recrutées sur base du fait qu’elles effectuaient un travail à domicile, qu’elles étaient rémunérées à la pièce et étaient des indépendantes. Tout le monde peut rejoindre le syndicat, peu importe la religion, la couleur ou la caste.
Après une série de réunions d’orientation, un noyau de dix travailleuses a été constitué. Elles ont reçu une formation sur la législation du travail et sur les pratiques syndicales de la part de l’équipe juridique de la NTUF, Fédération nationale des syndicats, affiliée à IndustriALL.
En 2009, le premier syndicat de travailleuses à domicile, exclusivement féminin, a été enregistré, constitué de brodeuses de Quetta. Un autre syndicat de fabricantes de bracelets a été enregistré à Hyderabad. La HBWWF a été enregistrée la même année avec des effectifs d’environ 1.000 membres. La HBWWF compte actuellement 4.500 adhérentes dans les provinces de Sind, du Pendjab et du Baloutchistan.
La Fédération peut légalement négocier au nom de ces travailleuses. Ensemble avec les autorités compétentes, la HBWWF travaille sur des solutions pour qu’elles soient couvertes par les régimes officiels de sécurité sociale.
Les coopératives de travailleuses à domicile sont devenues des noyaux d’activité, ainsi qu’un lieu de ralliement où les travailleuses de différents quartiers de la ville peuvent rencontrer les représentantes syndicales. Dans certains endroits les travailleuses obtiennent de meilleures rémunérations grâce aux négociations des représentantes syndicales.
De nombreuses femmes ont suivi des formations pour développer leurs compétences, ce qui leur a permis de discuter de leurs problèmes et de négocier avec leurs donneurs d’ordre et investisseurs sur les salaires.
“Cette année, la province de Sind a annoncé des salaires minimums pour les travailleuses qui fabriquent des bracelets en verre, les reconnaissant ainsi formellement pour la première fois en tant que travailleuses à domicile. Ce salaire minimum représente une augmentation significative par rapport aux salaires existants. Mais l’effet d’annonce n’est pas suffisant : nous travaillons pour conscientiser les travailleuses et menons des actions pour l’application de la mesure,”
ajoute Zehra Khan.
Un acquis crucial de la HBWWF et de ses membres est la pression exercée avec succès pour obtenir la loi sur le travail à domicile, votée en mai 2018, qui reconnaît formellement les travailleuses à domicile de Sind. La HBWWF travaille à l’étendre également à d’autres provinces.
“À présent, la HBWWF fait pression sur le gouvernement et les parlementaires, tant au niveau provincial que fédéral, pour la protection sociale des travailleuses à domicile, ainsi que pour la ratification de la Convention de l’OIT sur le Travail à domicile, la C 177,”
indique Zehra Khan.
DOSSIER: “Ce n’est pas une transformation, c’est un massacre”
Texte : Georg Leutert
Ce titre spectaculaire cite les propos d’un syndicaliste français tentant de décrire le processus actuel de profonde restructuration au sein de l’industrie automobile.
D’autres comparent les évolutions actuelles avec le replacement des calèches tirées par des chevaux par les automobiles au début du siècle dernier.
Peu importe la manière dont nous qualifions une époque de changement, d’acte inhumain ou de simple évolution technologique, il est peu probable que nous puissions l’arrêter.
Nous devons plutôt nous concentrer sur les ressources à disposition pour gérer ce changement et nous assurer qu’il se produise selon nos règles : en se reposant sur une approche centrée sur l’humain et dans un esprit de solidarité et donc de manière collective
Lorsque les syndicats revendiquent que l’être humain soit au centre des préoccupations, c’est pour éviter ce massacre. En pratique, cela signifie que la première mesure à prendre ensemble avec les employeurs, les politiques, les scientifiques et autres doit être d’analyser de quelle manière tout changement basé sur la numérisation affecte les gens. En tant que syndicalistes, nous avons une responsabilité face à nos adhérents actuels aussi bien que face aux générations futures, et en particulier face aux non-syndiqués. En outre, en plus de notre objectif principal qui est que les salariés d’aujourd’hui soient aussi les salariés de demain, nous devons également être pertinents pour les nouvelles générations et pour tous ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas être membre d’un syndicat. Notre positionnement de syndicats qui ont la faculté de faire bouger les masses doit rester intacte. Deux convictions importantes nous guident :
les meilleures solutions sont à trouver dans la négociation collective et dans le dialogue social
l’apprentissage continu doit devenir une réalité pour tous les salariés, peu importe où ils travaillent ou le poste qu’ils occupent
Ces deux aspects sont essentiels au sein d’accords mondiaux récemment signés par IndustriALL Global Union et le constructeur automobile français Renault et repris sous le titre Construire ensemble le monde du travail.
S’agissant de la requalification et du relèvement des compétences, les deux accords donnent le droit à tous les salariés d’avoir un entretien annuel avec leur hiérarchie afin d’identifier des déficits de compétence et d’élaborer des plans de formation adéquats.
En tant que syndicats, nous devons prêter une attention particulière à ceux qui présentent des difficultés à s’adapter aux changements que la numérisation implique, dont les capacités à apprendre et à relever leurs compétences sont moins développées. Ces collègues ne peuvent pas simplement être abandonnés à leur sort, même avec une indemnité décente ; aucune société ne peut se permettre davantage de citoyens qui ne sont pas pleinement intégrés.
Une attention particulière a également été accordée aux chefs de département et aux superviseurs. Dans de nombreux cas, ces personnes possèdent les compétences techniques pour gérer la transformation mais leurs capacités à traiter le changement d’un point de vue des ressources humaines sont souvent insuffisantes. S’assurer que le personnel qui occupe des postes dirigeants est formé de manière adéquate est crucial, faute de quoi tout le processus pourrait échouer.
La fin des définitions des cols bleus et des cols blancs ?
Lorsque l’on se penche sur les détails des schémas qui concernent l’avenir du travail, il faut être attentif à ne pas condamner toute évolution. Il y a là à la fois du bon et du mauvais, des défis et des opportunités.
La numérisation pourrait conduire à un meilleur équilibre entre vie privée et professionnelle, à des lieux de travail moins dangereux, à moins de hiérarchie (et peut-être à des lieux de travail plus démocratiques) et possiblement à une réduction du temps de travail pour tout le monde. Dans le même temps, les syndicats doivent protéger les travailleurs et l’ordre du jour des négociations devrait entre autres choses refléter :
de nouvelles dispositions au niveau du temps de travail qui semblent plus adaptées aux besoins des salariés et des entreprises peuvent facilement mener à des heures supplémentaires incontrôlées, conduisant à du stress, etc. À l’avenir, les dispositions négociées collectivement et/ou prévues par la loi devront être respectées et protégées.
un environnement de travail numérisé permet un accès en ligne à son travail à tout moment. Un droit à la déconnexion est donc indispensable.
la protection des données est cruciale, parce que la création et l’usage d’immense réserves de données est le principe clé de tout futur modèle d’entreprise et de système de production et cela ne doit pas être utilisé à l’encontre les travailleurs.
Refondation des systèmes de primes. Aujourd’hui, des primes sont versées pour les heures supplémentaires, le travail de nuit, les environnements de travail bruyant, etc. De nouvelles primes devrait donner un espace à tous ceux et toutes celles qui ne peuvent pas bénéficier des horaires de travail réformés, du travail à distance, etc, parce qu’ils ou elles, par exemple, doivent opérer au sein d’un modèle de travail posté traditionnel sur une ligne d’assemblage.
Lorsqu’IndustriALL a débuté les négociations avec Renault sur le nouvel accord, l’entreprise était moins focalisée sur les aspects qui viennent d’être évoqués. Sa préoccupation principale était de maintenir son attractivité en tant qu’employeur pour les jeunes générations, ce qui est la raison pour laquelle l’introduction de structures de gestion et de direction plus participatives sont une priorité principale pour elle. Sachant que maintenir une industrie manufacturière de grande échelle est également dans l’intérêt des syndicats, ceux-ci doivent aussi prendre en compte la manière dont les jeunes gens réfléchissent et fixent leurs priorités.
La démarcation traditionnelle entre un emploi de col bleu et de col blanc a déjà commencé à s’estomper et cela va se poursuivre jusqu’à un point où il sera impossible de faire cette distinction. Les syndicats qui fonctionnent toujours selon cette différenciation vont être confrontés à de sérieux défis à l’avenir.
La numérisation, les nouveaux concepts de mobilité, les technologies vertes, etc, vont également créer énormément de nouveaux emplois, nombre d’entre eux dans les domaines de l’informatique et des services. Comment les syndicats peuvent-ils assurer que ces nouveaux emplois fournissent des salaires, conditions de travail et soins de santé décents ? Comment allons-nous arrêter la tendance à toujours davantage d’emplois précaires ? Comment syndiquer les travailleurs et travailleuses des plateformes numériques ?
Ces questions requièrent un ordre du jour de négociation, mais, chose plus importante encore, demandent de nouvelles stratégies syndicales pour s’assurer que ces salariés choisissent des syndicats pour les représenter parce qu’ils parlent le même langage qu’eux et connaissent les problématiques qui sont les leurs et parce que nous savons comment les défendre efficacement.
Nous voyons une transformation profonde dans le monde du travail, qui nécessite un soutien pro-actif de la part des gouvernements. Les États qui n’ont pas commencé à élaborer des politiques industrielles adéquates se comportent de manière irresponsable, vont faire augmenter les taux de chômage à l’avenir et risquent de se retrouver sur le bord du chemin avec toutes les conséquences négatives que cela implique.
IndustriALL signe l'accord avec Renault, en présence de l'OIT
Construire ensemble le monde du travail au sein du Groupe Renault
En juillet 2019, le Groupe Renault, son Conseil d’entreprise de groupe et IndustriALL Global Union ont signé un accord mondial sur la qualité de vie au travail. Cet accord, signé par les dix fédérations syndicales ou syndicats représentés au sein du Conseil d’entreprise de groupe, fournit la base d’un dialogue social structuré, tant au niveau local que du Groupe. Il ouvre la porte au lancement de nouvelles initiatives et les encourage, tout en trouvant des solutions pragmatiques adaptées pour améliorer la vie au travail des salariés, par le biais de la négociation de conventions locales.
Par une approche durable, le nouvel accord prend en compte de nombreux aspects de la vie au travail et en particulier ceux qui permettent aux salariés de combiner performance et bien-être.
Cette approche, qui engage l’ensemble des salarié(e)s du Groupe, s’appuie sur cinq leviers fondamentaux :
un dialogue sur l’évolution du monde du travail
un système de management collaboratif
un engagement durable pour l’inclusion
un équilibre entre vie professionnelle et vie privée
l’adaptation du cadre de travail
IndustriALL et Inditex créent un comité syndical mondial
Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, et le Président exécutif d’Inditex, Pablo Isla, ont renouvelé ce jour l’accord-cadre mondial (ACM) dans les locaux de l’Organisation internationale du travail à Genève, en Suisse. La cérémonie de signature a eu lieu en présence du Directeur général adjoint pour les opérations de terrain et les partenariats de l’OIT, Moussa Oumarou.
Ce nouvel accord prévoit dans ses clauses un comité syndical mondial pour échanger les meilleures pratiques de promotion de la liberté syndicale et du droit à la négociation collective.
Ce comité sera composé de représentants syndicaux des six principaux pôles de production d’Inditex dans le monde et de représentants des affiliés espagnols d’IndustriALL, les Commissions ouvrières et l’UGT.
Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL, indique :
“Cet accord améliore les conditions préalables à un réel changement des conditions de travail, en tant qu’instrument pour habiliter nos syndicats affiliés en leur fournissant un nouvel outil pour obtenir un pouvoir de négociation.”
Par le biais du comité syndical mondial, les délégués syndicaux sur le terrain participeront de manière plus directe à la façon dont l’ACM est mis en œuvre et auront l’occasion de recevoir des conseils de la part d’expert syndicaux, tel qu’il était stipulé dans l’extension de l’accord conclue en 2016.
Un des aspects clé de l’accord est la mise en place de politiques communes de formation et de programmes qui impliquent les travailleurs et travailleuses des usines d’Inditex et de ses fournisseurs, de sorte à progresser sur la promotion du dialogue social et de l’égalité sur le lieu de travail, entre autres choses.
“Cet accord renforce la ferme conviction d’Inditex que le travail conjoint des différentes parties prenantes de l’industrie de la confection est un élément clé pour la diffusion de meilleures pratiques sociales et environnementales tout au long de la chaîne de valeur,”
a déclaré Pablo Isla.
IndustriALL condamne le coup d’État en Bolivie
Depuis les élections présidentielles d’octobre, les forces d’opposition en Bolivie ont commis de nombreux actes de violence : elles ont pillé et incendié des maisons, humilié des responsables gouvernementaux démocratiquement élus, kidnappé et menacé les familles de ces personnes, mis le feu à la maison de la sœur du président et pris d’assaut le propre domicile d’Evo Morales. Tout ceci a été fait pour forcer Evo Morales, son Vice-président Álvaro García Linera et beaucoup d’autres dirigeants du parti présidentiel, le Mouvement pour le Socialisme (MAS), à démissionner. Ces attaques ont été alimentées par le racisme et le fondamentalisme religieux, ce qui est extrêmement préoccupant, car cela va à l’encontre de l’esprit de l’État plurinational de Bolivie. Le Président Morales est maintenant en exil au Mexique, où il a reçu l’asile politique.
Le Président Morales avait accepté un audit de la part de l’Organisation des États américains (OEA) et avait indiqué qu’il convoquerait de nouvelles élections, remplacerait tous les membres du conseil électoral et autoriserait d’autres candidats à se présenter. En dépit de cela, l’opposition a quand même choisi d’être intransigeante et de faire abstraction de la démocratie.
Qui plus est, aussi bien la police que les forces armées se sont immiscées dans le processus démocratique : des membres des forces de police se sont mutinés et leur usage intempestif de la force a suscité des troubles importants, alors que le commandant en chef des forces armées faisait des déclarations au pays dans lesquelles il appelait clairement le président à démissionner. Nous avons également été informés qu’il y aurait de la résistance dans différentes parties du pays et il y a de plus en plus de craintes d’affrontements de grande ampleur s’apparentant à une guerre civile.
La Bolivie voit sa démocratie se détricoter au moment où ont eu lieu un certain nombre de soulèvements contre des gouvernements conservateurs en Amérique latine, dont la victoire d’Alberto Fernández aux élections en Argentine. Au contraire des récents coups d’État au Honduras, au Paraguay et au Brésil, qui prétendaient au moins respecter l’ordre constitutionnel, celui en Bolivie fait penser aux coups d’État militaires sanglants qui ont lieu dans les années 60 et 70.
Il est dès lors extrêmement important d’avoir un maximum de pays qui condamnent catégoriquement le coup d’État en Bolivie, de sorte à empêcher que ce mépris pour la démocratie ne s’empare à nouveau de l’Amérique latine.
Nous sommes solidaires avec le peuple de Bolivie et Evo Morales et nous appelons au respect des droits humains des Boliviens en toute circonstance. Cela comprend l’intégrité physique du président, de son équipe et de leurs familles. Nous soutenons l’appel d’Evo Morales à ceux qui sont derrière ce coup d’État à assurer un retour pacifique à la normalité et pour que le Sénat convoque immédiatement des élections de sorte à restaurer la démocratie en Bolivie.
La Conférence des femmes d’IndustriALL débat de la transformation des syndicats à réaliser pour parvenir à l’égalité des genres
Sous le thème « Notre avenir, notre syndicat », le programme de la Conférence des femmes a pour objectif de remettre en question le statu quo et la façon dont nous voyons les syndicats aujourd'hui, ainsi qu’à proposer des stratégies visant à accélérer les progrès en matière d’égalité des genres en s'attaquant aux obstacles systémiques à l'égalité des femmes.
La Secrétaire générale adjointe d'IndustriALL, Jenny Holdcroft, a déclaré :
« Bien que nous ayons constaté des progrès dans la représentation des femmes et l'égalité hommes-femmes dans les syndicats et au travail, le rythme du changement est trop lent. Il ne suffit pas de s'attendre à ce que les femmes s'intègrent dans les structures et les cultures syndicales qui ont été façonnées sans elles. Alors que les syndicats sont confrontés aux défis de l'organisation des femmes et des jeunes travailleurs dans un monde du travail en mutation, le moment est venu d’appliquer pleinement l'égalité. »
Plus de 200 femmes, membres des affiliés à IndustriALL issus de toutes les régions du monde, se réuniront à Genève, en Suisse, les 18 et 19 novembre, pour participer à la conférence.
Il leur sera demandé d’oublier leurs idées préconçues sur les syndicats – basées sur les modèles que nous connaissons aujourd'hui -, et d'imaginer à quoi pourraient ressembler des syndicats plus inclusifs.
La conférence est l'occasion d'entendre les femmes dirigeantes faire état de la situation de l'égalité hommes-femmes dans nos syndicats et nos industries, ainsi que des mesures prises par les syndicats pour l'améliorer. Un accent particulier sera mis sur les résultats de la nouvelle Convention (n° 190) de l'OIT sur la violence et le harcèlement dans le monde du travail, et sur les prochaines mesures à prendre pour faire campagne en faveur de sa ratification.
Les discussions porteront également sur la façon dont les syndicats doivent répondre aux challenges tels qu’Industrie 4.0 et son impact sur les femmes au travail, ainsi qu’au défi d'organiser les travailleurs dans les nouvelles formes d'emploi et au sein d’une population active en évolution, tout en prêtant attention aux préoccupations et aux attentes des jeunes travailleuses.
Pour finir, la conférence élaborera des recommandations sur la façon dont IndustriALL peut conduire un programme de transformation dans ses statuts et son plan d'action, ainsi que sur la manière d'engager pleinement les syndicalistes et les dirigeants masculins dans la lutte pour l'égalité des genres.
La Conférence mondiale des femmes sera diffusée en direct sur Facebook pour permettre aux femmes du monde entier de suivre les débats et d’y participer.
DOSSIER SPÉCIAL: BHP doit MONTRER LE RESPECT pour les droits des travailleurs
Texte: Kim Meyer, Laura Carter
BHP se trouve dans l’œil du cyclone depuis cinq ans, en raison d’une des pires catastrophes environnementales de l’histoire du Brésil, le bassin de stockage des résidus de Samarco s’étant rompu le 5 novembre 2015 à Mariana, Minas Gerais. Ce barrage minier appartenait à Samarco Mineração, une coentreprise entre deux des plus grandes compagnies minières du monde, BHP, originaire d’Australie et Vale SA, du Brésil.
Dix-neuf personnes sont décédées lors de cette tragédie, 700 familles ont perdu leur maison et plus de 2.000 travailleurs et travailleuses des secteurs des mines, de la construction, du commerce, de l’électricité et de l’agriculture ont perdu leur emploi.
La rupture du bassin de rétention a déchaîné un déluge de boues toxiques, qui se sont déversées dans le fleuve Dolce, qui constitue une source d’eau potable pour le sud du Brésil, touchant lourdement les villes situées sur le trajet de la vague de boue qui a parcouru des kilomètres en aval jusqu’à l’Océan Atlantique.
Les conséquences de la défaillance du barrage de Samarco au Brésil
Raisons pour lesquelles vous devez connaître les bassins de stockage des résidus
Personne n’entend jamais parler des bassins de stockage des résidus jusqu’à ce qu’ils connaissent des défaillances. Néanmoins en se rompant, ils peuvent avoir des conséquences catastrophiques. Devant leur nombre croissant, il est par conséquent utile de savoir ce que sont ces barrages et pourquoi il faut s’en préoccuper.
En 2018, l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB) et IndustriALL Global Union ont déposé une plainte contre BHP et Vale S.A., en vertu des Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales. La plainte, spécifiquement, cherche à établir les circonstances qui ont contribué à l’effondrement de la retenue, en particulier par l’usage intensif de main d’œuvre externalisée, l’absence de respect de la convention collective, des infractions aux droits syndicaux et des mesures de santé et sécurité inadéquates.
Des représentants syndicaux du Réseau syndical mondial d’IndustriALL pour BHP issus d’Australie, du Brésil, du Canada et de la Colombie se sont réunis en octobre 2018, avec le London Mining Network, pour débattre de ces infractions effrénées aux droits syndicaux et humains ainsi qu’aux règles d’environnement. Le Réseau a porté ces problématiques à l’Assemblée générale de BHP, exigeant des comptes de la part des actionnaires et justice pour les victimes de la catastrophe de Samarco, ainsi que des mesures de réhabilitation de l’environnement.
IndustriALL lance une campagne mondiale contre BHP
À l'Assemblée générale annuelle de BHP à Londres, octobre 2019
Marcelo Franco en face de la BHP à l'Assemblée générale annuelle à Londres en octobre 2019
À la suite de la catastrophe du bassin de stockage des résidus de Samarco en 2015 et des tentatives avortées d’établir un dialogue au niveau mondial avec BHP, le Comité exécutif d’IndustriALL a décidé en 2018 de lancer une campagne contre BHP.
“Pourquoi une campagne mondiale ? Parce que les mêmes pratiques sont présentes au niveau de toutes les activités de BHP : une politique d’externalisation pour diminuer les coûts du travail et un irrespect pour les droits fondamentaux de ses travailleurs et travailleuses ainsi que des communautés riveraines.
"Des crimes ont été commis à l’encontre de l’environnement et le risque existe que d’autres se produisent. Nous poursuivons notre campagne pour la dignité des travailleurs et travailleuses de BHP et ceux et celles qui sont décédés dans des accidents miniers,”
a indiqué le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL Kemal Özkan, au cours de la réunion du Réseau pour BHP à Santiago, au Chili, en septembre 2019.
Externalisation et perte de droits
BHP est la plus grande compagnie minière du monde en termes de capitalisation boursière, avec une valeur d’un peu moins de 100 milliards de dollars. Ses effectifs ont grandement subi l’impact de l’un des principaux éléments de la stratégie de BHP pour augmenter sa productivité : l’externalisation des emplois. Il en résulte une grande proportion d’emplois temporaires avec contrats précaires.
En 2018, BHP a réduit ses coûts de main-d’œuvre de 23% tout en enregistrant une augmentation de 29% des matières prises en charge par salariés. Entre 2000 et 2014, l’externalisation a augmenté de manière exponentielle. Des chiffres du Rapport de durabilité 2019 de l’entreprise montrent que les sous-traitants constituent 60% de la main-d’œuvre de BHP au plan mondial.
Si l’on considère les actifs exploités de BHP, les chiffres du Rapport de durabilité 2018 indiquent qu’en Australie, elle compte 16.504 salariés permanents et 21.267 sous-traitants, ce qui signifie que 56,30% de sa main d’œuvre y est externalisée.
"Nous avons des exemples en Australie où aucun salarié permanent n’a été engagé … depuis plus de sept ans.”
Graham Kelly
Grahame Kelly, Secrétaire national Mines et Énergie de l’affilié australien d’IndustriALL CFMEU, indique :
“On compte 450 salariés permanents à la mine de BHP du Queensland, dont 95% sont syndiqués. En outre, il y a 6.300 travailleurs engagés sur base temporaire qui gagnent 30 à 40% de moins que les permanents.
"Du point de vue des syndiqués, il est très difficile de mener des négociations collectives pour obtenir des améliorations parce qu’il y a déjà une main d’œuvre qui se situe hors de l’équation. De plus, nous avons des exemples en Australie où aucun salarié permanent n’a été engagé dans une mine de BHP depuis plus de sept ans.”
Au Chili, BHP compte 6.729 salariés permanents et 12.521 sous-traitants, c’est-à-dire que 65% de ses ouvriers sont externalisés. BHP à une rotation des effectifs extrêmement élevée, parce que ses sous-traitants sont considérés comme une main d’œuvre de seconde zone. Il est également impossible pour ces salariés de constituer un syndicat parce qu’ils relèvent d’entreprises différentes et il est donc difficile pour eux d’exercer leurs droits syndicaux.
Le président du syndicat Patricio Tapia de la mine Escondida de BHP au Chilie indique :
“La législation chilienne empêche malheureusement les travailleurs en sous-traitance de faire usage de leur droit de grève, parce qu’elle prévoit que dans ce cas, l’entreprise peut les remplacer.”
Dans le cas de la mine d’El Cerrejón en Colombie, qui est en partie la propriété de BHP, les travailleurs externalisés dépassent de loin ceux qui ont un contrat permanent.
“Sur un total de 12.000 travailleurs, seuls 5.000 ont des contrats permanents."
Igor Díaz
“Sur un total de 12.000 travailleurs, seuls 5.000 ont des contrats permanents, le reste est externalisé. La main d’œuvre externalisée est sujette à des conditions de travail précaires et elle ne gagne pas de gros salaires. Mais nous sommes parvenus à les recruter et à améliorer leurs conditions de travail et leur situation sociale,”
Igor Díaz, président de l’affilié d’IndustriALL Sintracarbón
Au Chili, les travailleurs de BHP de la mine Escondida ont été en grève pendant 44 jours en 2017 après que l’entreprise a refusé de négocier de bonne foi avec eux. Le syndicat demandait à l’entreprise d’abandonner ses plans qui prévoyaient de réduire les salaires, d’augmenter le temps de travail et d’établir des discriminations entre les salariés de longue date et les nouveaux.
“Nous sommes fiers de cette grève."
Jorge Schumacher
“Nous sommes fiers de cette grève contre BHP parce qu’elle nous a prouvé que nous étions un syndicat fort, prêt à se battre. Nous avons l’une des meilleures conventions collectives de tous les mineurs du Chili,”
confie Jorge Schumacher du syndicat de la mine Escondida.
Les syndicats présents chez BHP rapportent que l’entreprise a souvent une attitude antisyndicale et refuse de mener des négociations collectives. Le CFMEU en Australie affirme que l’entreprise utilise avec les syndicats une “stratégie de l’île”, à savoir éviter les syndicats et faire de leurs membres une “île” au milieu d’un océan de non-syndiqués. BHP préfère souvent faire usage de “ses prérogatives de direction” (je suis le chef, donc je décide) aux dépens de consultations et négociations avec les syndicats.
Santé et sécurité médiocres
La santé et la sécurité continuent à poser problème chez BHP. Le Comité de coordination des syndicats BHP du Chili a indiqué que le temps de travail était supérieur à ce que prévoit la loi et qu’il y a un manque de transparence au niveau du calcul des primes. Aussi, à Cerro Colorado, les médecins sont mis sous pression pour ne pas reconnaître comme telles des affections liées au travail.
Marcelo Franco, du syndicat 1 CMCC de Cerro Colorado, confie :
“Les conditions de santé et sécurité sont vraiment médiocres. Les travailleurs et travailleuses ont des problèmes aux épaules, aux bras, aux mains et à la colonne vertébrale. Une collègue s’est blessée aux bras et le médecin lui a octroyé un congé médical pour une affection liée au travail. Mais après avoir reçu un coup de téléphone de la compagnie, il a immédiatement annulé le certificat, en expliquant que le problème était consécutif à une malformation congénitale.”
Dans le même temps, les travailleurs du site de Minera Spence, propriété de BHP au Chili, font état de problèmes de santé consécutifs à des émissions de gaz toxiques produits par l’entreprise.
"Les travailleurs souffrent d’empoisonnement gastrique en raison des émissions d’acide chlorhydrique.”
Nidia Johnson Esquivel
“Pour accélérer le processus d’obtention du cuivre au départ des bassins de lixiviation, du chlorure de sodium est ajouté. Quand on combine cela à de l’acide sulfurique, on obtient de fortes émissions d’acide chlorhydrique. Notre syndicat a dû s’adresser au secrétariat régional du Ministère de la santé (Seremi) pour une inspection au niveau des émissions de gaz.
“Le Seremi a indiqué à BHP qu’en l’absence d’un équipement approprié pour limiter ces émissions, elle devrait arrêter ses activités jusqu’à ce qu’une amélioration de la situation puisse être constatée. Le Seremi a également demandé des rapports environnementaux et nutritionnels parce que les travailleurs souffrent d’empoisonnement gastrique en raison des émissions d’acide chlorhydrique,”
a précisé Nidia Johnson Esquivel de Minera Spence.
En 2017, une enquête parlementaire en Australie a conclu à des défaillances à pratiquement tous les niveaux du système réglementaire destiné à protéger les travailleurs. La Commission a identifié de graves défaillances au niveau des examens de santé menés par le secteur, allant de mauvaises interprétations de radiographies à des examens des poumons mal exécutés et au recours à du personnel non-qualifié.
"Des travailleurs atteints d’asthme des mineurs se sont vus refuser une entrevue avec la compagnie.”
Laura Carter
“Un travailleur a rapporté qu’il avait fallu deux ans et demi, trois spécialistes et plusieurs médecins pour obtenir un diagnostic officiel. Les médecins lui ont appris qu’il souffrait de bronchite mais il avait continué à travailler sous terre, en milieu poussiéreux, lorsque son état n’était pas identifié. En mars de cette année, des travailleurs atteints d’asthme des mineurs (pneumoconiose) se sont vus refuser une entrevue avec la compagnie,”
indique Laura Carter, Secrétaire régionale adjointe d’IndustriALL.
Industrie 4.0 et le besoin d’une Transition juste
BHP souhaite transformer ses activités par l’introduction de différentes technologies d’ici à 2025, en mettant en œuvre des technologies minières permettant d’accroître la productivité, de ne pas faire de dégâts et de diminuer les coûts structurels de ses activités. Le but de BHP est de réduire le travail humain à un minimum.
Sur certains sites, elle a déjà commencé à faire des innovations technologiques. À Pilbara, en Australie, par exemple, des opérations sont exécutées au départ de Perth. Des activités de Spence, qui se situent dans le désert d’Atacama, au Chili, sont conduites au départ de Santiago. Les travailleurs disent que dans le cas de Spence, BHP a négligé de mentionner au cours des négociations que l’entreprise avait l’intention de déplacer le centre de contrôle à Santiago.
BHP a un plan d’ensemble pour investir trois milliards de dollars pour réduire ses coûts en Australie par le recours à la technologie, ayant annoncé son intention de dépenser pratiquement 800 millions de dollars pour ajouter 500 camions autonomes à sa flotte de Pilbara. Si BHP le fait, ils seront déployés au cours des trois prochaines années et ces nouveaux camions seront attribués aux mines de fer d’Autralie-Occidentale et ensuite aux mines de charbon du Queensland. BHP refuse dans une large mesure de tenir des consultation ou négociations sur ces sujets.
"IndustriALL va se battre pour que le résultat de ces transformations soit équitable."
Kemal Özkan
“En ce qui nous concerne, IndustriALL va se battre pour que le résultat de ces transformations soit équitable. Nous avons besoin de stratégies et d’actions, en particulier face aux multinationales comme BHP qui ne respectent pas les droits des travailleurs,”
dit Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL.
En Colombie, la licence d’exploitation d’El Cerrejón expire en 2034. Selon les syndicats, BHP doit toujours dévoiler son plan pour la fermeture, ce qui crée de grandes incertitudes pour les travailleurs et la population de La Guajira, dont l’économie dépend d’El Cerrejón.
Igor Díaz, de Sintracarbón, précise :
“Selon la législation colombienne, un projet de déclassement doit être défini 20 ans avant la fermeture de la mine, ce qui n’est pas encore le cas. Le gouvernement doit proposer des emplois alternatifs pour les 12.000 travailleurs qui seront concernés, ainsi que pour la région qui est dépendante des activités minières.
“Avec le soutien d’IndustriALL, de la FNV des Pays-Bas et d’IGBCE d’Allemagne, nous avons tenu des forums sur la transition énergétique pour expliquer comment ces pays avaient entrepris la transition vers l’abandon du charbon. Des syndicats, des entreprises et des gouvernements ont pris part à ces débats.
“La situation est complexe pour tous les travailleurs, mais en particulier pour ceux qui sont externalisés et non-syndiqués. Nous voulons une Transition juste pour eux également.”
Bien que BHP prétende être engagée à apporter une “contribution positive à la société”, en menant “des affaires responsables et éthiques” et qu’elle souhaite “collaborer avec la société pour créer un avenir durable”, il apparaît qu’elle pourrait mieux faire.
La mine d’El Cerrejón en Colombie se situe dans une région sèche qui ne compte qu’un seul fleuve, appelé Ranchería, qui traverse la mine en son centre. BHP voulait détourner son cours parce qu’il y a 500 millions de tonnes de charbon de grande qualité en dessous. Sintracarbón et les communautés riveraines s’y sont opposés.
“Face à cette opposition, le détournement du lit de la rivière a été suspendu. Mais le projet, appelé P500, avait déjà été conçu et d’énormes investissements consentis et c’est plutôt un important affluent, appelé Bruno, qui a été détourné,"
indique Igor Díaz de Sintracarbón, Colombie.
Au Brésil, après l’effondrement du barrage minier de Mariana en 2015, les communautés riveraines indiquent que BHP a encore énormément de pain sur la planche pour remédier à tous les dommages causés.
“Quatre communautés ont été entièrement détruites par la boue et pas une seule maison n’a été reconstruite."
Tchenna Maso
Tchenna Maso, membre du Mouvement des personnes affectées par les barrages (Movimento dos Atingidos por Barragens, MAB), rapporte :
“Quatre communautés ont été entièrement détruites par la boue et pas une seule maison n’a été reconstruite depuis la tragédie qui a eu lieu il y a quatre ans. Les dégâts environnementaux sont énormes et nous sommes engagés dans une bataille judiciaire pour obtenir une reconnaissance des pollutions.
“De plus, les femmes ne sont pas reconnues comme ayant été affectées par le désastre. Les contributions sociales sont souvent du chef des hommes, qui sont soutiens de famille alors que les femmes ont des emplois informels. Il n’y a donc pas moyen de prouver qu’elles ont perdu leur emploi. Seuls 15% des femmes sont reconnues en tant que soutien de famille. Les entreprises ont, dans les faits, enlevé aux femmes leur autonomie financière.”
Égalité des genres d’ici 2025 :
réalité ou utopie ?
BHP veut atteindre l’égalité des genres d’ici à 2025. À l’heure actuelle, 80,19% des salariés de BHP sont des hommes et 19,81% des femmes.
Les femmes disposant de contrats de travail permanents représentent en proportion une fraction exagérément faible de la main d’œuvre de BHP en Amérique du Sud et en Australie. En Amérique du Sud, 85,34% sont des hommes et seulement 14,66% des femmes. En Australie, 80,30% sont des hommes et 19,70% des femmes.
Les femmes ne représentent qu’un faible pourcentage des personnes affectées à la conduite de machine ou au sein des services généraux et représentent un pourcentage exagérément faible des salariés à temps plein. Les femmes gagnent moins que les hommes à tous les niveaux chez BHP et les différences sont particulièrement notoires au niveau de la conduite de machine et des services généraux.
C’est pour lutter en faveur d’une Transition juste pour les travailleurs permanents et en sous-traitance de BHP, pour défendre des pratiques de travail plus sûres et plus équitables sur tous les sites de l’entreprise qu’IndustriALL réaffirme sa campagne contre BHP en insistant sur ce qui suit :
1. BHP doit engager un dialogue digne de ce nom avec les syndicats au plan mondial 2. L’entreprise doit prendre ses responsabilités au plan mondial pour la façon dont les travailleurs et travailleuses sont traités au plan local 3. L’entreprise doit adopter une approche moins antagoniste et moins oppressive par rapport aux salariés et aux relations sociales 4. Que l’entreprise ne s’oppose pas à la formation et à la croissance des syndicats
Le dialogue mondial gagne du terrain à Berlin
Dans son allocution d'ouverture, le Secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré:
« Nous avons décidé d'organiser cette conférence ici, à Berlin, parce que l'Allemagne, qui est la quatrième plus grande puissance économique mondiale, réussit grâce à son système de cogestion et à son respect des relations du travail. Elle est un modèle pour tous les autres pays. »
Prenant la parole lors de la conférence, le Secrétaire d'État au Ministère fédéral du travail et des affaires sociales, M. Björn Böhning, a indiqué qu'un dialogue social fort a besoin de syndicats forts, et ce d'autant plus que le monde est confronté à de nouveaux défis liés à la numérisation et au changement climatique. M. Böhning a appelé au respect des institutions internationales pour réaliser des progrès.
La conférence, qui est la première du genre, a abordé des thèmes majeurs, notamment les relations du travail constructives, les accords-cadres mondiaux et la gestion des chaînes d'approvisionnement mondiales.
Mirko Herberg, de la Fondation allemande Friedrich Ebert Stiftung (FES) qui a soutenu la conférence, a déclaré:
« Nous voulons voir les travailleurs non pas comme des facteurs de coût, mais comme des citoyens ayant des droits de l'homme inaliénables dont ils ont le droit de jouir au travail. Les entreprises les plus avisées font participer les travailleurs à la prise de décisions, en particulier lorsque nous considérons les défis actuels auxquels nous devons faire face en termes de transformation numérique. »
Les représentants des entreprises Eni, H&M, Inditex, Renault et Solvay ont participé aux tables rondes qui ont été retransmises en direct sur la page Facebook d'IndustriALL.
Le groupe Renault, qui emploie 183 000 personnes dans le monde, a conclu un accord-cadre mondial avec IndustriALL en 2013. Miguel Valcarcel, responsable des relations du travail du groupe, a indiqué que la conclusion d’un accord-cadre mondial se justifiait naturellement par le fait que l'entreprise devenait moins européenne et moins franco-française:
« Nous réalisons que la législation locale, les conditions de travail et les pratiques de dialogue social dans les autres pays et les autres régions sont très différentes. L'entreprise a besoin d'un environnement stable pour faire des affaires… Un accord-cadre mondial crée les conditions de partage des meilleures pratiques. Cela nous permet d'anticiper quand nous devons intervenir lorsque nous avons des problèmes ou des conflits. »
Tracy Romero, membre du syndicat des travailleurs de l’automobile (UAW) en Amérique du Nord, a brossé un tableau différent. Elle a déclaré que les entreprises engagées pour faire de l’antisyndicalisme par certaines entreprises, telles que Volkswagen et Nissan aux États-Unis, ont agressivement décrédibilisé leurs efforts d’organisation des travailleurs, qui, combiné avec l'intrusion du gouvernement, altère la liberté syndicale, les droits de l'homme et les normes du travail.
La conférence a réuni des multinationales et des syndicats à Berlin.
Les participants ont été informés sur la manière dont les accords-cadres mondiaux avec les marques de mode, H&M et Inditex, contribuent dans d’autres parties du monde à améliorer la liberté syndicale, la syndicalisation et les droits du travail dans leurs chaînes d'approvisionnement.
Le Secrétaire général adjoint, Kemal Özkan, a déclaré :
« Cette conférence sans précédent a montré l'avantage de relations du travail constructives pour assurer la viabilité des entreprises, et améliorer les conditions de travail et les droits fondamentaux des travailleurs. Nous avons approfondi notre compréhension mutuelle et restons engagés dans le dialogue social pour améliorer la vie des travailleurs. »