IndustriALL renouvelle son accord mondial avec Siemens Gamesa
Le nouvel accord, signé le 25 novembre, s’applique à 23 000 travailleurs de Siemens Gamesa dans le monde et consolide l'engagement de l'entreprise en faveur des droits de l'homme, de l'environnement et des emplois durables.
Markus Tacke, PDG de Siemens Gamesa, et Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL.
Le nouvel ACM comporte des améliorations importantes par rapport à l'accord initial signé avec Gamesa en 2015, notamment:
le respect de la nouvelle Convention n° 190 de l'OIT sur la violence et le harcèlement au travail
un engagement à favoriser l'emploi direct sur la base des contrats de travail permanents
le soutien au principe de la Transition juste vers des économies et des entreprises respectueuses de l'environnement, conformément aux principes directeurs de l'OIT
un engagement à assurer des programmes d'apprentissage permanent et de formation continue aux employés
des exigences plus contraignantes à l'égard des fournisseurs et des entrepreneurs concernant les droits des travailleurs dans leur chaîne d'approvisionnement, en particulier en matière de santé et de sécurité
un plan de diligence raisonnable basé sur les recommandations de l'OCDE
IndustriALL, les représentants syndicaux et la direction du groupe Siemens Gamesa superviseront conjointement la mise en œuvre effective de l'accord ; une série de comités locaux seront mis en place pour garantir la bonne marche de ce processus.
Le Secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré :
« Nous sommes heureux d’avoir signé, en ce jour même de la célébration de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, un accord renforcé avec Siemens Gamesa, qui inclut le respect de la Convention n° 190 de l'OIT concernant l’élimination de la violence et du harcèlement dans le monde du travail avant même sa ratification par l'Espagne », a déclaré Valter Sanches, Secrétaire général d'IndustriALL, avant d’ajouter :
« En guise de premier test de l'accord, nous escomptons que Siemens Gamesa procède à sa restructuration en cours en Europe de manière socialement responsable et en concertation avec les syndicats respectifs. »
En vertu de l’accord, Siemens Gamesa promet de respecter les droits fondamentaux de l'ONU en matière des droits de l'homme ainsi que les conventions fondamentales du travail concernant la liberté syndicale et de négociation collective, le travail forcé, le travail et l'exploitation des enfants, et la discrimination.
Le groupe traite également positivement les syndicats et s'engage à coopérer de manière constructive avec les travailleurs et leurs représentants.
Siemens Wind Power et Gamesa ont fusionné leurs activités en matière d'énergie éolienne en avril 2017, ce qui leur permet de fournir des services à terre et en mer. Le groupe Siemens Gamesa est basé à Zamudio, en Espagne, et est présent dans plus de 90 pays.
L’ACM 2019 a été signé par Markus Tacke, PDG de Siemens Gamesa, et Valter Sanches, Secrétaire général d'IndustriALL Global Union.
C190 : elle peut changer des vies !
La violence et le harcèlement fondés sur le genre au travail sont une réalité quotidienne pour des millions de travailleuses du monde entier.
En juin 2019, la Conférence internationale du Travail a dit STOP à la violence et au harcèlement dans le monde du travail en adoptant deux instruments internationaux novateurs : la Convention n° 190 (C190) et la Recommandation 206 (R206) de l'OIT.
Cette nouvelle convention de l'OIT est la première norme internationale qui vise à mettre fin à la violence et au harcèlement au travail, et qui reconnaît à chacun le droit d’être protégé contre toutes formes de violence et de harcèlement au cours de sa vie professionnelle.
C’est aussi un nouvel instrument essentiel pour remédier aux lacunes dans la législation et l’application au niveau national, et donc pour la protection de millions de travailleuses.
La C190 est un instrument significatif de lutte contre la discrimination et les inégalités dans le monde du travail. Elle prévoit l'adoption d'une législation garantissant le droit à l'égalité et à la non-discrimination en matière d’emploi et de profession, et s'attaque en particulier à la violence faite aux femmes.
La C190 est une grande victoire pour le mouvement syndical qui milite depuis des années pour obtenir un instrument international visant à éliminer la violence faite aux femmes. L'adoption de cette nouvelle Convention donne un élan à la lutte syndicale pour un monde du travail sans violence ni harcèlement.
Les syndicats devraient commencer à l'utiliser dès maintenant, y compris dans le cadre de leurs négociations collectives, ainsi que durant le processus de négociation des accords-cadres mondiaux avec les multinationales.
Par l'adoption de l'Engagement d'IndustriALL, le Comité exécutif et de nombreux affiliés à IndustriALL ont déjà reconnu l'importance des syndicats dans la lutte contre la violence faite aux femmes.
« La C190 représente une réelle opportunité pour les syndicats de lutter contre la violence faite aux femmes, et plus largement contre les inégalités et la discrimination de genre dans le monde du travail. Avec la C190, aucun travailleur ne sera laissé pour compte ! Nous devrions utiliser cet instrument pour changer la vie des travailleurs, et plus particulièrement des travailleuses », a déclaré Jenny Holdcroft, Secrétaire générale adjointe d'IndustriALL.
#C190 #ITCANCHANGELIVES #ALLWomen
Cambodge : les syndicats exhortent l’UE à ne pas retirer le bénéfice du TSA
L’UE a entamé la procédure de suspension de l’initiative TSA pour le Cambodge en février de cette année. Un rapport sera publié ce mois-ci et la décision finale sera annoncée en février 2020.
Selon l’UE, des violations systématiques des droits des travailleurs, y compris le droit de grève, une répression politique et des opérations coup de poing sur des médias indépendants, sont à l’origine du lancement de cette procédure.
Cependant, les dirigeants syndicaux cambodgiens qui ont assisté à la formation d’IndustriALL Global Union sur le commerce et les droits des travailleurs ces 4 et 5 novembre à Phnom Penh ont exprimé leur grave préoccupation face à l’impact énorme d’une suspension du programme TSA, car des investisseurs étrangers ont déclaré qu’ils pourraient déplacer la production de vêtements dans d’autres pays, ce qui mettrait en danger des milliers de postes.
“Le secteur du vêtement et de la chaussure emploie 750.000 travailleurs et travailleuses et 20 % sont membres de syndicats affiliés à IndustriALL. Le retrait de l’initiative TSA serait un désastre pour les travailleurs cambodgiens de la confection,” a indiqué Pav Sina, qui préside le syndicat CUMW (Collective Union of Movement of Workers).
Le Vice-président de la Fédération des syndicats libres du Royaume du Cambodge (FTUWKC), Mann Senghak, a ajouté :
“Les syndicats cambodgiens doivent d’urgence mettre de côté toute divergence et s’unir pour envoyer un message fort à l’UE, à savoir que le régime de préférences commerciales est d’une importance capitale pour la survie des millions de Cambodgiens qui dépendent de l’industrie.”
“Une décision aussi critique que le retrait de l’initiative TSA doit tenir compte des droits sociaux et économiques des travailleurs, car les droits humains sont interdépendants et indivisibles,” a déclaré Annie Adviento, Secrétaire régionale d’IndustriALL auprès du bureau pour l’Asie du Sud-est.
Vers le troisième Congrès d'IndustriALL: « Amandla Awethu – Unis pour un avenir juste »
Le Comité exécutif d'IndustriALL Global Union, réuni à Genève les 21 et 22 novembre, s’est penché sur les préparatifs du troisième Congrès qui se tiendra au Cap, en 2020, et qui enverra un message fort au monde sur la force et l'unité du mouvement mondial.
Les délégués ont analysé les propositions pour le Congrès des deux groupes de travail préparatoires : d’une part, la proposition sur le plan d'action et la résolution politique et, d’autre part, celle sur les statuts, les finances et les structures durables. Au cours de la prochaine période, les affiliés seront invités à soumettre leurs suggestions concernant les points susmentionnés et les nominations aux positions de leader.
Le Comité exécutif a décidé de faire campagne en faveur de la ratification et de la mise en œuvre de la Convention n° 190 de l'OIT, suite à la recommandation de la puissante Conférence mondiale des femmes, qui s’est déroulée les 18 et 19 novembre.
La décision a été prise après les présentations de la Secrétaire générale adjointe, Jenny Holdcroft, et de la coprésidente du Comité des femmes, Eva Arcos. Arcos a résumé les points forts de la conférence stimulante des femmes, qui a vu plus de 200 femmes de 60 pays réclamer un programme transformatif pour lutter contre la discrimination, la violence et le harcèlement sur le lieu de travail et dans nos syndicats.
♀️La co-présidente du Comité des femmes à IndustriALL @monicalveloso:
« Nous devons faire de la place aux femmes dans nos syndicats, notamment aux jeunes femmes. Nous devons donner de la visibilité aux travailleuses, en particulier aux jeunes travailleuses. Qui allons-nous inspirer sinon les jeunes?
Holdcroft a évoqué la crise mondiale de la violence faite aux femmes actuelle, et du pouvoir de la Convention n° 190 de l'OIT en tant qu'instrument de lutte contre cette violence. Elle a appelé le Comité exécutif à faire campagne en faveur de la ratification de la Convention. La résolution a été adoptée à l'unanimité.
Le président d'IndustriALL, Jörg Hofmann, a rappelé aux délégués les défis du recul mondial des valeurs démocratiques, des guerres commerciales, de la transformation des modes de production dus à Industrie 4.0, ainsi que du changement climatique.
« Nous avons besoin d'organisations de travailleurs fortes et unies pour relever les défis devant nous. L'échec n'est pas une option. Nous devons être positifs, relever les défis, mettre en commun nos ressources et réunir toutes les forces des syndicats et de la société civile pour relever les défis de l'avenir », a-t-il déclaré.
Le Secrétaire général, Valter Sanches, a décrit le travail de l'organisation effectué dans un contexte difficile : la combinaison d'une faible croissance et d'inégalités croissantes est explosive. Des manifestations ont lieu dans les rues de Hong Kong, d'Algérie, d'Haïti, d'Égypte, d'Azerbaïdjan, d'Irak, du Liban, du Chili et d’ailleurs. Bien que chaque soulèvement ait une cause locale, les mouvements sont unis par la compréhension commune que la liberté, la démocratie, la protection sociale et l'environnement sont menacés.
Sanches a remercié les affiliés pour leur soutien indéfectible à Lula durant ses 580 jours de détention. Il est déclaré :
« Sa libération est la première étape pour restaurer la démocratie au Brésil. Votre solidarité a été cruciale ».
Le Secrétaire général adjoint, Kemal Özkan, a parlé de la participation d'IndustriALL à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques et souligné l'importance pour les syndicats de participer à ces discussions pour s'assurer qu’une Transition juste soit établie.
« Les entreprises ne mettrons pas en œuvre ce qui est nécessaire si nous ne faisons pas pression sur elles. »
La vice-présidente, Anna Fendley, a déclaré :
« Nous représentons des industries qui sont spécifiquement touchées par les changements à réaliser pour atteindre les objectifs climatiques en matière d'émissions de gaz à effet de serre. Nous avons le pouvoir ici. Nous pouvons agir sur la crise climatique.
« Nous devrons transformer entièrement nos économies pour respecter nos engagements climatiques », a déclaré Jorg Hofmann.
Özkan a ouvert le débat sur les instruments mondiaux contraignants visant à garantir la responsabilité sociale des entreprises. Les participants à la réunion ont discuté des accords-cadres mondiaux (ACM), qui doivent être des instruments vivants, et pas seulement des mots couchés sur le papier. L'engagement des syndicats du pays d'origine est essentiel.
Les ACM doivent être des instruments vivants, et pas seulement des mots couchés sur le papier. L'engagement des syndicats du pays d'origine est essentiel. Un ACM est un levier qui n'est efficace que si une structure est en place pour le soutenir. pic.twitter.com/O72jT3p0DX
IndustriALL se joindra à d'autres syndicats mondiaux pour dédier la Journée des droits de l'homme, qui sera célébrée le 10 décembre, aux Philippines, où la guerre du Président Duterte contre la drogue a fait 27 000 morts.
Au moins 43 syndicalistes ont été tués.
Les Philippines sont en crise. La guerre contre la drogue de Duterte a tué 27 000 personnes. 43 syndicalistes ont été tués.
« Ils tuent des corps et essaient de tuer notre esprit. Je suis sûr qu'ils seront vaincus à la fin. L'esprit d'espoir et de liberté survivra. » #ALLexcopic.twitter.com/95nK8zgrgM
Le Comité exécutif a approuvé l'affiliation des syndicats suivants :
Union algérienne des industries – UAI
Kenya Union of Hair & Beauty Workers – KUHABWO (le syndicat kenyan des travailleurs de la coiffure et de l’esthétique)
Union of Practical Engineers and Technicians Histadrut – UPET (le syndicat des ingénieurs d’exécution et des techniciens de l’Histadrut)
Industry Workers’ Union of Russia – IWU (le syndicat des travailleurs de l’industrie)
Union syndicale des travailleurs de Guinée – USTG
Les participants à la réunion ont également adopté une résolution de soutien aux membres de NUMSA en grève à la compagnie aérienne sud-africaine, South African Airways.
IndustriALL #ALLexco a adopté une résolution de soutien aux membres @Numsa_Media en grève à #SAA.
Les travailleurs luttent contre les licenciements pour motif économique et réclament un salaire décent. Ils ont une stratégie de redressement de la compagnie aérienne qui permettrait de rétablir sa viabilité financière.
Une réunion en marge de la réunion du Comité exécutif a eu lieu sur le thème de la syndicalisation des cols blancs; un nouveau guide a été également présenté.
Les syndicats thaïlandais appellent à une révision de la législation du travail
Selon le Représentant américain au commerce, le gouvernement thaïlandais n’a pas traité les questions relatives à des violations des droits des travailleurs relevées par la Centrale américaine des syndicats AFL-CIO en 2015, malgré des années d’implication de sa part auprès du gouvernement thaïlandais.
“Le gouvernement thaïlandais doit être tenu pleinement responsable de la suppression du SPG, car il a failli à lutter contre une discrimination antisyndicale généralisée et à protéger les droits des travailleurs.
“Le mouvement syndical thaïlandais a appelé le gouvernement à ratifier les conventions C87 et C98 de l’OIT afin de défendre le droit des travailleurs à se syndiquer. Il est grand temps que le gouvernement ratifie les deux conventions, afin de résoudre le problème de la suspension du SPG”, a déclaré Prasit Prasopsuk, Président de la Confédération des travailleurs de l’industrie de Thaïlande (CILT).
“Des représentants du gouvernement américain ont été envoyés pour négocier avec le gouvernement thaïlandais, mais ces efforts ont été vains. Des politiciens thaïlandais ont affirmé que la fin du SPG était due à l’interdiction par le gouvernement thaïlandais de trois produits chimiques controversés, mais cela montre à quel point ils sont peu préoccupés par le sort des travailleurs,” a déclaré Chalee Loysoong, Secrétaire de la Confédération thaïlandaise des travailleurs de l’électronique, de l’électroménager, de l’automobile et de la métallurgie (TEAM).
IndustriALL Global Union a déposé le 7 octobre 2015 une plainte contre le gouvernement thaïlandais auprès de l’Organisation Internationale du Travail. La plainte reprend 18 cas de violations flagrantes de droits des travailleurs.
Annie Adviento, Secrétaire régionale du bureau d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-est a déclaré :
“Nous soutenons pleinement nos affiliés thaïlandais dans leur lutte de longue haleine contre l’antisyndicalisme et l’intimidation constante des travailleurs. Nous exigeons que le gouvernement thaïlandais entreprenne une réforme du droit du travail pour s’attaquer à leurs causes profondes.”
Notre avenir, notre syndicat: les participantes à la Conférence des femmes d’IndustriALL réclament un programme transformatif
Plus de 200 femmes, membres de syndicats de 60 pays, se sont réunies à Genève, en Suisse, les 18 et 19 novembre, pour participer à la Conférence mondiale des femmes d’IndustriALL Global Union, et ont appelé à l’adoption d’un programme porteur de transformation pour parvenir à l'égalité des genres dans les syndicats et sur le lieu de travail.
Les femmes ont adopté à l’unanimité une résolution réclamant des changements radicaux dans le fonctionnement de leurs syndicats afin d'assurer l'égalité de représentation, de participation et de leadership des femmes.
« Nous voulons changer le statu quo. Nous avons fait des progrès, mais ce n'est pas suffisant. Si nous voulons transformer nos syndicats en syndicats durables capables de recruter et d’attirer les femmes parmi leurs membres ainsi que des adhérents de tous les groupes, nous devons changer notre façon de faire les choses »,
a déclaré la Secrétaire générale adjointe d'IndustriALL, Jenny Holdcroft, soulignant les objectifs de la conférence.
La conférence a eu lieu au cours d'une année de mobilisation historique en Suisse. Cinq cent mille femmes sont descendues dans la rue le 14 juin 2019 pour réclamer l'égalité des salaires, l'égalité des droits et la fin de la discrimination et de la violence à l’égard des femmes. Cette manifestation a conduit à l’adoption d’une nouvelle loi qui prévient la discrimination, ainsi qu’à un nombre record de 40 pour cent de femmes élues au Parlement.
Les participants à la Conference ont adopté une résolution appelant le Comité exécutif d'IndustriALL à soutenir la campagne syndicale mondiale conjointe en faveur de la promotion de la mise en œuvre et de la ratification de la nouvelle Convention n° 190 de l'OIT sur la violence et le harcèlement sur le lieu de travail.
La convention, adoptée en juin, est une très grande victoire pour les syndicats. Elle a donné une nouvelle impulsion à la campagne contre la violence faite aux femmes, notamment la violence fondée sur le genre et le harcèlement sexuel, a déclaré Armelle Seby, coordinatrice pour les questions de genre à IndustriALL.
IndustriALL inclut maintenant le respect de la convention dans ses accords-cadres mondiaux avec les multinationales.
"Vous frappez une femme, vous frappez un roc!" a scandé Ruth Ntlokotse, membre du syndicat sud-africain des métallurgistes, #NUMSA, en lançant la discussion sur la violence faite aux femmes à notre conférence #ALLwomen@Numsa_Media#StopVAWpic.twitter.com/i2dYc16pwA
Plus de 100 affiliés à IndustriALL ont pris l’Engagement statutaire à prendre des mesures pour mettre fin à la violence à l'égard des femmes dans les syndicats et au travail.
Ruth Ntlokotse, membre du syndicat national des métallos d’Afrique du Sud, Pledge signatory, a déclaré que le féminicide en Afrique du Sud augmente quotidiennement. Le syndicat fait campagne pour que les entreprises prennent davantage de mesures pour assurer la sécurité des femmes au travail, et offre une formation aux personnes qui s’occupent des affaires de harcèlement sexuel et de violence. Elle a indiqué:
« Les femmes ont peur de rapporter les faits par crainte de représailles. Aussi, la façon dont les cas sont traités est problématique. »
Les femmes et l'avenir du travail
Industrie 4.0 et les changements provoqués par l'automatisation, la numérisation et l'intelligence artificielle devraient avoir un impact particulier sur les femmes qui sont sous-représentées dans les emplois dans les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques (STIM).
Lina Andersson, membre du syndicat Unionen en Suède, a ajouté que les femmes employées dans les STIM sont plus susceptibles que les hommes de quitter le secteur en raison d'une culture machiste de « brogrammeur », de la non reconnaissance des compétences des femmes et des accusations d’émotivité dont elles sont victimes lorsqu’elles posent de questions techniques.
Lina Andersson, membre du syndicat Unionen en Suède, parle des femmes dans les #STIM. Les femmes sont moins enclines à rejoindre le secteur et plus susceptibles de le quitter à cause:
* de la culture machiste de « brogrammer »
* de la non reconnaissance de la compétence des femmes
Jane Ragoo, de Maurice, a indiqué que les caméras dans les usines ont un impact psychologique négatif sur les travailleurs, et a appelé à ce que davantage d’études soient réalisées sur les impacts de la surveillance exercée par les entreprises sur leurs employés.
Jane Ragoo, Secrétaire générale, CTSP, Maurice
Les participants ont appelé les syndicats à promouvoir la formation tout au long de la vie, le relèvement des compétences et le renforcement des capacités afin de protéger les emplois des femmes dans le monde du travail. Néanmoins, la flexibilité offerte par les nouvelles technologies peut aider les femmes à atteindre un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, et leur offrir de nouvelles perspectives.
C’est notre tour !
C'est notre tour !
Les jeunes femmes syndicalistes réclament une plus grande participation à leurs syndicats.
Les jeunes femmes à IndustriALL ont donné un témoignage enthousiaste et passionné, et ont présenté cinq demandes clés pour renforcer la participation des jeunes femmes et de la jeunesse à l'échelle mondiale.
Avoir des écoles de formation des jeunes femmes (18-35 ans) dans toutes les régions du monde
Rendre les jeunes femmes plus visibles
Garantir et promouvoir des politiques de la jeunesse positives
Avoir une forte représentation des jeunes au Congrès
Avoir une représentation des jeunes dans les structures d’IndustriALL
Orientations pour l’avenir
En conclusion de la conférence, les participants ont adopté à l'unanimité une résolution demandant que le Plan d'action d'IndustriALL pour 2020-2024 incorpore l'égalité des genres, la diversité et l'avancement des droits des femmes dans toutes ses activités et actions.
« Nous sommes motivées à poursuivre notre lutte parce que ce que nous avons décidé au cours des deux derniers jours aidera toutes celles qui ne sont pas ici aujourd'hui », a déclaré Monica Veloso, coprésidente du Comité des femmes à IndustriALL.
Eva Marcos, coprésidente, a ajouté :
« Nous avons fourni aux femmes un environnement sûr pour faire part de leurs expériences et de leurs luttes, et cette conférence a été très productive. »
Lutte contre les stéréotypes !
Les participants à la conférence déchirent les slogans remplis de préjugés sur les femmes.
La Conférence mondiale des femmes d’IndustriALL telle qu’elle s’est déroulée
Des mises à jour en direct ont été effectuées, avec le hashtag#ALLWomen, sur Twitter, Instagram et Facebook, où tout le monde pouvait se joindre aux discussions.
La transmission en direct des séries de tweets des deux jours est enregistrée sur Facebook.
Un article détaillé sur la conférence, ainsi que le plan d'action et les résolutions adoptées sont accessibles ici.
Les photos vibrantes de toutes les femmes remarquables ayant participé à la réunion sont disponibles sur la page Flickr d’Industriall
Faisons campagne en faveur de la ratification de la Convention n° 190 de l'OIT!
La violence et le harcèlement dans le monde du travail peuvent se produire partout : en ligne, sur le lieu de travail physique, durant les trajets entre le domicile et le lieu de travail, là où les travailleurs prennent leurs pauses, leurs repas ou utilisent des installations sanitaires, ainsi que dans le cadre d’événements sociaux.
Pourquoi la Convention n° 190 est-elle importante?
La violence et le harcèlement dans le monde du travail ne peuvent pas être tolérés.
Il s'agit de la première norme internationale qui vise à mettre un terme à la violence et au harcèlement dans le monde du travail.
La Convention considère que toute personne a le droit d’évoluer dans un monde du travail exempt de violence et de harcèlement.
La Convention comblera les lacunes existantes dans les législations nationales.
La Convention n° 190 donne un élan supplémentaire aux syndicats et aux autres parties prenantes pour lutter contre la violence et le harcèlement dans le monde du travail. Les syndicats ont un rôle important à jouer pour veiller à ce que la Convention fasse partie intégrante des législations nationales.
Que peuvent faire les syndicats?
Sensibiliser et former leurs membres et la société en général.
Faire activement campagne en faveur de la ratification de la Convention n° 190 dans chaque pays.
Mobiliser autour de la question de la violence et du harcèlement dans le monde du travail.
Forger des alliances avec d'autres syndicats, des centres nationaux, des ONG et, en particulier, des groupes de défense des droits des femmes, pour aider à éliminer la violence et le harcèlement au travail.
Développer des structures de promotion de la ratification.
La Convention n° 190 et les syndicats: c'est notre instrument et nous devons l'utiliser!
Veuillez contacter Armelle Seby, Coordinatrice pour les questions de genre à IndustriALL, pour savoir ce que votre syndicat peut faire.
DOSSIER: La Zone de libre-échange continentale africaine : va-t-elle promouvoir le commerce équitable, le développement économique et le travail décent ?
Nous avons demandé l’avis des syndicats du continent.
“Nous sommes loin des idéaux du panafricanisme. La ZLECA (zone de libre-échange continentale africaine) ne réalisera pas nos rêves. On craint que de nombreuses grandes économies africaines en tirent des avantages disproportionnés, tandis que d’autres ne pourront pas sauver leurs industries nationales du dumping de marchandises importées.”
Reeaz Chutto, Ile Maurice
Dans le paysage de l’Afrique post-coloniale, les dictatures et une corruption endémique ont la part belle. Les pays sont sous-développés et hautement endettés. Les économies n’ont pas évolué après l’indépendance. La plupart des économies africaines restent des producteurs primaires de biens agricoles, de pétrole et de gaz ainsi que de ressources minières sans pratiquement de valeur ajoutée. Elles sont lourdement tributaires de l’aide étrangère. Le chômage est élevé, en particulier pour les jeunes et la plupart des gens gagnent leur vie dans le secteur informel. La pauvreté est courante, y compris chez les travailleurs et travailleuses.
La ZLECA est un projet de l’Union africaine (UA), conçu pour faciliter le commerce intra-africain. Lancée à l’origine en 2012, ses instruments ne sont pas encore pleinement d’application. Lorsqu’ils le seront, nombreux sont ceux qui estiment qu’ils ont le potentiel de transformer l’économie du continent.
Le soutien pour la ZLECA de la part des pays africains depuis son lancement et en particulier depuis le début des négociations en 2015, est massif, l’Érythrée étant le seul pays à ne pas l’avoir signé. Le Nigeria, la plus importante économie du continent, était réticent à l’origine, craignant d’être submergé par des importations bon marché, mais il a finalement signé.
“La solidarité tant attendue entre les pays africains se concrétise enfin. Il est temps que les pays africains concluent des accords commerciaux stratégiques réunissant les ressources et la main-d’œuvre qui font la richesse du continent et atteignent un développement industriel fort et durable.”
Rose Omamo, Kenya
Les pays africains commercent davantage avec l’Asie, la Chine, l’Europe et les États-Unis qu’entre eux. Les syndicats africains, qui promeuvent l’industrialisation du continent, considèrent qu’il s’agit d’une opportunité gâchée. Les pays africains se font concurrence pour les mêmes marchés internationaux et leurs efforts font double emploi au lieu de se spécialiser, de mettre leur expérience en commun et de commercer les uns avec les autres. Cependant, les syndicats craignent que cette hausse du commerce ne bénéficie pas automatiquement aux gens si les droits des travailleurs ne font pas l’objet d’une priorité.
Hausse du commerce ne bénéficie pas automatiquement aux gens si les droits des travailleurs ne font pas l’objet d’une priorité.
Usine Ayka Addis, à Addis Ababa, Éthiopie
Lorsqu’elle sera pleinement d’application, nombreux sont ceux qui sont convaincus que la ZLECA pourra constituer une percée cruciale pour améliorer le commerce inter-régional, trans-frontalier et l’intégration économique, créer des emplois et contribuer à une industrialisation durable du continent.
Bien que les syndicats reconnaissent ce potentiel, ils ont le sentiment d’avoir été exclus des consultations qui ont mené à la signature et la ratification de l’accord. Les syndicats, les organisations de la société civile et les communautés qui seront directement affectées n’ont pas eu l’occasion de représenter leurs intérêts. Ils estiment que cette exclusion va à l’encontre de l’approche centrée sur l’humain et la transparence de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et les principes de commerce équitable qui promeuvent un partenariat fondé sur le dialogue, la transparence et le respect mutuel.
Qu’est-ce que la ZLECA ?
La ZLECA est un accord de grande envergure qui concerne le commerce des biens et des services, les investissements, la propriété intellectuelle et la politique de concurrence. La ZLECA vise à “promouvoir et réaliser le développement socio-économique inclusif et durable, l’égalité de genres et la transformation structurelle des États parties.” En outre, l’accord à l’ambition de “promouvoir le développement industriel à travers la diversification et le développement des chaînes de valeur régionales, le développement agricole et la sécurité alimentaire.”
Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, en 2017, le commerce intérieur de l’Afrique comptait à peine pour 16% du total des exportations. Le plus important partenaire commercial est l’Afrique du Sud qui importe des produits pétroliers et exporte du maïs ainsi que d’autre biens. Elle est suive par le Nigeria et l’Égypte qui exportent du pétrole brut et du gaz de pétrole ainsi que du textile et des vêtements tout en important d’autres produits.
Au plan mondial, le commerce africain ne représente que 2,6% des échanges et concerne principalement l’Europe. Le commerce avec l’Inde et la Chine est de son côté à la hausse.
La ZLECA a pour but d’arriver à une transformation par la mise en œuvre d’initiatives continentales existantes, parmi lesquelles Industrial Development Africa, le Programme de Développement des Infrastructures en Afrique, le Plan d’action pour stimuler le commerce intra-africain et le Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine. On y retrouve encore d’autres projets comme le Marché unique du transport aérien africain et celui de libre circulation des personnes.
Mine de diamant Cullinan en Afrique du Sud
Avec le soutien de l’UA et de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) des Nations unies, la ZLECA est placée sous la direction des ministres, chefs d’État et de gouvernement. L’accord compte un secrétariat qui sera basé au Ghana.
La ZLECA va créer un marché unique pour les biens et services à destination d’une population d’1,2 milliards de personnes avec un produit intérieur brut combiné de 3,4 billions de dollars. Ce marché unique va créer une libre circulation des personnes, du commerce et des investissements menant à la mise en place d’une union douanière. Selon la CEA, la ZLECA va devenir l’une des plus grandes Zone de libre-échange du monde depuis la fondation de l’Organisation internationale du commerce (OMC).
Lorsqu’elle sera pleinement fonctionnelle, la ZLECA vise à faire bondir le commerce intra-africain de plus de 50% par le développement et la promotion de chaînes de valeur régionales et continentales. L’accord, qui fait partie des stratégies de l’UA pour le programme de transformation et de développement de son Agenda 2063, mènera à la réalisation de certains des Objectifs de développement durable de l’Agenda 2030.
Les bénéfices escomptés de l’accord visent à avoir davantage d’industries manufacturières et une diversification dans les économies émergentes, dont l’Éthiopie, le Maroc et le Rwanda qui mettent en place des politiques qui promeuvent les secteurs manufacturiers et l’industrialisation. Cela signifie que de petits pays tireront avantage des économies d’échelle et de l’immense marché offert par la ZLECA.
L’accord comprend aussi des dispositions qui ont permis aux économies en difficulté de Djibouti, de l’Éthiopie, de Madagascar, du Malawi, du Soudan, de Zambie et du Zimbabwe de bénéficier de droits de douane réduits. Selon le Global Manufacturing Competitive Index l’Indice de compétitivité mondiale de la fabrication la plus grosse part de l’industrie manufacturière du continent se situe actuellement en Afrique du Sud, en Égypte et au Nigeria.
La ZLECA vise à améliorer la coordination et la facilitation du commerce entre les blocs économiques régionaux. L’intégration comprendra l’association de communautés économiques régionales : l’Union du Maghreb arabe, le Marché commun de l’Afrique orientale et australe, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la Communauté d’Afrique de l’Est, la Communauté des États sahélo-sahariens, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, l’Autorité intergouvernementale pour le développement ainsi que la Communauté de développement de l’Afrique australe. Entre autres choses, la ZLECA veut mettre fin à la concurrence entre les communautés économiques régionales et la remplacer par la coopération.
La ZLECA vient en complément d’autres stratégies de l’UA, dont la Vision minière africaine (VMA). La VMA identifie des corridors de développement durable en tant qu’outils pour la promotion du commerce et des investissements, l’optimisation de l’utilisation des infrastructures, l’encouragement à la valeur ajoutée et l’amélioration de la compétitivité des économies africaines.
Ces corridors sont des zones géographiques où les ressources sont mises en commun pour avoir un impact maximum.
“Le Programme africain de développement territorial offre le moyen de proposer des plateformes de développement économique intégrées sur base d’investissements d’ancrage clés et de grande échelle (généralement pour la valorisation des ressources minières) et des investissements connexes dans l’amont et l’aval. Cela offre également une stratégie pour stimuler des secteurs durables (agriculture, tourisme et valorisation des ressources) et ce faisant, fournir un outil pour introduire une dimension territoriale pour la planification des infrastructures et du développement économique de l’Afrique.”
La VMA soutient également la reconnaissance de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle par les gouvernements par le biais de politiques et de réglementations ainsi que pour son officialisation. Dans la plupart des pays, les creuseurs des mines artisanales sont criminalisés et peu d’efforts sont entrepris pour reconnaître et officialiser leurs activités. Comment faire entrer les ressources exploitées par les mineurs des exploitations minières artisanales et à petite échelle dans la chaîne de valeur minière est également important pour la ZLECA.
Les instruments opérationnels de la ZLECA sont ses règles d’origine, le forum de négociation en ligne, le contrôle et l’élimination des barrières tarifaires et non-tarifaires, un système de paiement numérique et l’Observatoire africain du commerce, une plateforme permettant au législateur et au secteur privé de prendre des décisions et de formuler des politiques liées au commerce qui soient basées sur des données et des formules éprouvées.
Est-ce que ça va marcher ?
Est-ce que la ZLECA va définir une nouvelle voie ?
L’Afrique n’a jamais manqué de documents économiques et politiques. Le paysage africain du commerce et de l’investissement est jonché de plans grandioses et de politiques ambitieuses qui ont échoué à y introduire une dimension commerciale tant nécessaire. L’Organisation de l’Unité africaine, qui est devenue l’Union africaine en 2002, a été fondée en 1963 à Addis-Abeba, en Éthiopie, avec un grand accent mis sur la coopération économique. On estimait que l’Afrique ne devait pas dépendre de l’aide de l’hémisphère nord, mais devait se développer par le biais du commerce et des investissements. De là sont venues les idées d’États développementistes. En dépit de tout cela, les choses ont peu évolué sur le terrain.
La ZLECA reconnaît les accords commerciaux existants, ce qui leur permet de venir s’ajouter à elle plutôt que d’être en concurrence. On peut citer la Loi en faveur de la croissance de l’Afrique et son accès aux marchés (AGOA), les Accords de partenariat économique ainsi que des accords avec l’OMC. Cependant, les politiques commerciales existantes ont échoué à donner l’élan nécessaire pour que l’industrialisation et le développement économique de l’Afrique décollent.
De plus, les politiques économiques prônées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale n’ont pas mené à une croissance durable, leurs programmes d’ajustements structurels donnant les pires résultats. La libéralisation du commerce a vu l’effondrement de la plupart des industries locales, leurs produits ne pouvant pas concurrencer ceux importés d’autres pays. La privatisation des entités publiques a rendu les produits et services publics chers pour les pauvres du continent.
Il reste à voir si la ZLECA pourra libérer les économies du continent de leur dépendance aux exportations de matière premières. Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), cette dépendance rend les économies africaines vulnérables aux prix instables du marché international. Par exemple, les basses cotations internationales du pétrole ont affecté négativement l’économie nigériane tandis que la baisse des prix spot de l’uranium ont conduit à la mise en veille de la mine de Langer Heinrich en Namibie, ce qui a entraîné la perte de centaines d’emplois.
Qu’en disent les syndicats ?
Rose Omamo, Secrétaire générale du Syndicat uni du métal du Kenya, un affilié d’IndustriALL Global Union, livre cette réflexion :
“La solidarité tant attendue entre les pays africains se dessine enfin. Il est temps pour eux de disposer d’accords commerciaux stratégiques pour mettre en commun leurs ressources et leur potentiel humain, dont le continent est riche, pour viser un développement industriel solide et durable. “La ZLECA est très prometteuse. Si les conditions sont propices, je pense alors que le transfert des compétences, la classification du travail et la rémunération des travailleurs et travailleuses d’Afrique seront garantis. Cependant, je ne suis pas sûre qu’il y ait des politiques claires pour rencontrer les problématiques liées au travail.”
Elle poursuit :
“Une politique doit être développée pour encadrer la migration des travailleurs. La question de savoir qui investit dans quel pays doit être prise en compte pour guider l’investissement étranger direct. Les mouvements de travailleurs et travailleuses doivent s’accompagner d’une protection sociale trans-frontalière. En cas d’accident du travail, des indemnités doivent être clairement établies au sein d’une politique de santé et sécurité bien structurée.”
Reeaz Chutto, président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé de Maurice, également affiliée à IndustriALL, exhorte à une approche prudente : “La création de la ZLECA va inévitablement donner un coup d’accélérateur au commerce sur le continent africain, mais il amènera aussi bien son lot d’opportunités que son lot de menaces.
“Nous ne devrions pas nous laisser submerger par la sensation qu’une augmentation du commerce va entraîner davantage de prospérité pour une large majorité d’Africains dans tous les pays qui ont signé l’accord. Seuls le capital, les biens et les services auront la liberté de se déplacer d’un pays à l’autre, pas les êtres humains.”
“Nous sommes loin des idéaux de pan-africanisme. La ZLECA ne va pas réaliser tous nos rêves. On peut craindre que nombre des plus grandes économies africaines en bénéficient de manière disproportionnée alors que d’autres ne seront pas en mesure de sauver leurs industries face au dumping des biens importés.
“La création de la ZLECA ne peut se positionner en termes absolus pour éliminer les barrières commerciales. La raison principale en est que les pays ne seront pas sur un pied d’égalité. Certaines économies plus importantes possèdent les infrastructures et les ressources pour produire des biens de bonne qualité à des coûts de production faibles parce qu’elles ont accès aux dernières technologies numériques. Malheureusement, d’autres pays n’ont pas une infrastructure adéquate propre pour assurer une connectivité, même à l’intérieur du pays.”
Jane Ragoo, la Secrétaire générale de la CTSP affirme que les accords commerciaux devraient veiller aux besoins sociaux :
“Devons-nous fermer nos frontières ou les ouvrir en fonction de l’offre et de la demande dictées par les forces du marché ? Nous devons opérer un commerce qui place l’humain en premier et non la cupidité du système capitaliste. Le commerce ne peut être libéralisé sans prendre en considération nos contextes sociaux, culturels et traditionnels.”
“Nous devons protéger et valoriser nos produits traditionnels et artisanaux. L’exportation de produits alimentaires et agricoles ne devrait s’opérer qu’après avoir satisfait la demande locale. Les prix devraient être abordables pour tous.”
“Il est important de porter une attention particulière aux liaisons entre pays africains pour favoriser des systèmes de transports plus écologiques et plus abordables pour les personnes et les biens. Cela permettra à de petits et moyens producteurs de bénéficier également de la ZLECA. Des meilleures liaisons entre pays africains favoriseront une migration régulière. De plus, il est important pour la ZLECA de promouvoir un commerce équitable qui garantisse des moyens d’existence équitables aux petits agriculteurs par le biais d’une distribution des revenus au sein de la chaîne d’approvisionnement.”
Les syndicats sont d’avis que la plupart des documents signés jusqu’ici, l’accord qui met en place la ZLECA, la Déclaration de Kigali et le protocole pour l’établissement de la communauté économique africaine, relative à la libre circulation des personnes, le droit de résidence et le droit d’établissement, devraient comprendre des droits pour les travailleurs et prévoir le travail décent, tels que protégés par les conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT), en particulier les Convention 87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical et Convention 98 sur le droit d’organisation et de négociation collective. La plupart des pays africains ont ratifié ces conventions et les ont intégrées à leurs législations nationales du travail.
Il reste une fenêtre d’opportunité pour que la voix des syndicats soit entendue dans le cadre de la phase opérationnelle de la ZLECA, qui a été lancée le 7 juillet lors du sommet de l’Union africaine au Niger. Lors de la phase opérationnelle, au cours de laquelle les pays devront élaborer leurs plans de mise en œuvre, des sujets importants comme l’avenir du travail et Industrie 4.0 pourront être intégrés.
En décembre 2018, lors de la réunion du Comité exécutif à Mexico, IndustriALL a adopté un plan d’action sur le commerce international et les politiques de fabrication afin d’aider les affiliés à s’impliquer davantage dans les négociations relatives aux accords et traités commerciaux multilatéraux.
La Zone de libre-échange continentale africaine doit intégrer le travail décent
La ZLECA, c’est un marché d’une taille d’1,2 milliards d’individus, un PIB de 3,4 billions de dollars et elle a le un potentiel de gonfler de commerce de 50% à l'intérieur du continent. L’accord a pris effet au 30 mai lorsque 22 pays ont remis leurs documents de ratification et la seconde phase a débuté lors de la réunion de l’Union africaine (UA) à Niamey, au Niger. Ses bureaux se situeront ultérieurement à Accra, au Ghana. Les instruments de la ZLECA sont ses règles de base, le forum de négociation en ligne, le contrôle et l’élimination des barrières non-tarifaires, un système de paiement numérique ainsi que l’Observatoire africain du commerce. Le début des échanges commerciaux est prévu pour juillet 2020.
La ZLECA est l’une des politiques industrielles de l’UA qui s’ajoute à la Vision minière africaine et à la Troisième Décennie du développement industriel de l’Afrique.
Partant du thème de la Semaine de l’industrialisation de l’Afrique, IndustriALL Global Union, conformément aux résolutions de son congrès, déclare : “Tous les accords commerciaux doivent comprendre des clauses contraignantes et exécutoires sur les droits des travailleurs ainsi que les droits syndicaux et sociaux (…) Tous les signataires des accords commerciaux doivent ratifier et appliquer pleinement les conventions fondamentales et autres normes et instruments essentiels de l’Organisation internationale du travail.”
Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL souligne :
“Des politiques commerciales et industrielles alternatives sont la clé de cette industrialisation. En tant que politique commerciale, la ZLECA doit être innovante, inclusive et durable et être guidée par les besoins de développement des pays africains afin de leur permettre d’atteindre les objectifs de développement durable des Nations Unies. Les politiques doivent également promouvoir le travail décent et créer des emplois. Les abus à l’encontre des droits des travailleurs dans les chaînes d’approvisionnement mondiales et africaines doivent cesser par le biais de cet accord.”
De plus, la ZLECA doit protéger les règles de relations sociales exécutoires et les normes internationales du travail que la plupart des pays ont déjà incorporées dans leurs législations nationales du travail et leur cadre législatif. La mise en œuvre de l’accord doit également être démocratique et transparente, contrairement aux négociations antérieures qui excluaient les syndicats et les organisations de la société civile.
Valter Sanches ajoute :
“À l’avenir, nous proposons que les syndicats soient impliqués, car ils ont l’expertise industrielle et sociale ainsi que le soutien politique de la classe ouvrière. Les syndicats sont les mieux placés pour s’occuper des questions complexes relatives au travail et aux relations commerciales.”
Certains pays ont exprimé leur crainte de voir des marchandises à bon marché envahir leur économie. Par conséquent, dans la mise en œuvre de la ZLECA, il faut considérer que les pays africains ne sont pas tous sur le même pied au niveau taille et complexité. Cela signifie, par exemple, que les petites économies devraient conserver des marges en matière de politiques et le droit de réglementer à l’avantage des pauvres ainsi que de protéger leurs industries vulnérables. En outre, la zone de libre-échange devrait promouvoir des outils de politique numérique axés sur la réglementation régissant la propriété, l’accès et le partage des données.