COP25 les conclusions, journée du 15 décembre 2019

Dans mon dernier article de blog, daté du 13 décembre 2019, j'ai déclaré que « certaines des questions non résolues seront peut-être réglées » d’ici la publication de ce rapport final. Il s'avère que j'étais optimiste. Dans l'ensemble, le résultat final de la COP25 est décevant, même s'il contient quelques avancées.

Les points positifs

Les points moins positifs

Les syndicats voulaient une COP beaucoup plus ambitieuse et des engagements beaucoup plus forts vis-à-vis de la transition juste dans le cadre des discussions sur les mesures de riposte aux incidences des changements climatiques ainsi que sur d’autres sujets examinés. Nous avons réussi à ce que le programme de travail sur les mesures de riposte fasse référence à la transition juste, mains nous n’avons aucune clarté sur la façon dont ces mesures seront mises en œuvre. Le lancement de l'initiative Action climatique pour l'emploi est également une victoire significative pour les syndicats. Enfin, n’oublions pas non plus que le vocable de la transition juste dans l'Accord de Paris reste inchangé. Néanmoins, malgré tous nos efforts, les progrès figurant dans les résultats officiels de la COP25 ont été limités.

Les Parties ayant perdu beaucoup de temps à débattre de trivialités, la nouvelle opportunité offerte par la tenue de la COP25 a été sous-utilisée. Il ne nous reste plus qu’à espérer que la COP26 qui aura lieu l'année prochaine dans la ville écossaise de Glasgow obtiendra de meilleurs résultats. 2020 est l’année où les contributions déterminées au niveau national seront révisées. Les syndicats disposent donc d'un an pour faire pression sur leurs gouvernements respectifs pour qu'ils adhèrent à l'initiative Action climatique pour l'emploi et intègrent les mesures de transition juste dans leurs contributions déterminées au niveau national.

La déclaration finale établie au nom du groupe syndical et lue par Francis Stuart, membre de la Confédération syndicale écossaise, lors de la plénière de clôture (en raison de la tenue de la COP26 à Glasgow en 2020) est reproduite ci-dessous.

Cher Président,

Je m'appelle Francis Stuart et je suis membre de la Confédération syndicale écossaise. Je prends la parole au nom du mouvement mondial des travailleurs, représenté par la CSI. Nous représentons 207 millions de travailleurs de 165 pays.

Ce dont nous avons été témoins ces deux dernières semaines est tout à fait honteux. Les syndicats sont extrêmement déçus. Nous espérions que les gouvernements conviendraient de politiques ambitieuses en matière de justice climatique qui répondent à l'urgence climatique qui menace nos vies, nos emplois, nos moyens de subsistance, nos communautés et notre dignité. Ce que nous voyons est aux antipodes.

La société civile a été lockoutée – littéralement – tandis que les gouvernements reviennent sur ce qui a été négocié au fil des ans. Ce que nous avons vu ici n'est rien de moins que la tentative des Parties de démanteler l'Accord de Paris. En réalité, les Parties sont beaucoup plus intéressées à échanger des droits d’émission et à en tirer des profits que de réduire les émissions. Il n'y a pas de respect de la science, pas de respect des droits de l'homme, pas de justice sociale, pas d'ambition et pas d'engagements à agir.

Cet échec ne peut être dissocié des crises dont nous sommes les témoins dans le monde entier.

Nous avons besoin de mesures audacieuses porteuses de transformation de la part des gouvernements pour réaliser la transition juste. La COP de l'année prochaine se tiendra dans ma ville natale de Glasgow. Nous devons voir l’élaboration de mesures climatiques pour protéger les droits des travailleurs et créer des emplois décents.

Rien de tout cela n'est reflété dans cette COP.

Cette COP a manqué à ses obligations envers les gens et la planète. Le pouvoir populaire, la justice climatique.

Blog de la COP25, journée du 13 décembre 2019

COP25, le nom même de cette conférence indique clairement qu’elle se réunit chaque année depuis 25 ans. Il y a eu des moments forts, comme la COP21 à Paris, où l’Accord de Paris a été conclu, et la COP24 à Katowice, où la Déclaration de Silésie sur une Transition juste a été adoptée, ainsi que des moments creux, comme la COP15 à Copenhague. Quoi qu’il en soit, au bout de 25 ans, le monde est toujours sur la voie d’un changement climatique catastrophique.

Le point culminant de ces deux semaines serait le lancement de l’initiative Action climatique pour l’emploi. L’OIT a longtemps hésité à jouer un rôle de premier plan dans les débats sur le climat, mais il est essentiel que la question de l’emploi, à savoir l’avenir du travail dans un monde où les émissions de carbone sont limitées, soit abordée par elle. Toutefois, ce lancement est un événement parallèle, ne faisant pas partie des discussions de la COP25 en tant que telles.

Le creux de la vague est difficile à cerner ; il y a plutôt eu une sorte d’atmosphère de découragement pendant une grande partie de cette COP. Le retrait annoncé des États-Unis de l’Accord de Paris a encouragé quelques autres pays (qui en font encore partie) à privilégier l’intérêt personnel étroit et les effets de manche politiques autour des progrès à accomplir. Cette tendance aurait pu être surmontée grâce à un leadership efficace ; malheureusement, il a fait défaut. Il ne faut pas oublier que cette COP se tient à Madrid, après que le Brésil, puis le Chili, sont revenus sur leur promesse de l’accueillir. Ce n’est pas étranger à la politique de mécontentement qui se répand dans le monde entier. Le fait qu’un nombre sans précédent de personnes protestent et réclament des mesures climatiques semble avoir échappé à l’attention d’au moins une partie des négociateurs ici présents.

Les commentaires suivants reflètent la situation telle que j’en suis informé ce vendredi 13 décembre après-midi. Il y a encore une possibilité de changement avant la fin de cette COP, d’autant plus qu’il y a maintenant des rumeurs selon lesquelles les négociations pourraient être prolongées jusqu’à samedi, voire dimanche.

Au moment d’écrire ces lignes, voici donc l’état de la situation :

* Bien que de nouveaux engagements financiers ont été pris, le mécanisme de financement est encore insuffisamment étayé, en particulier pour répondre aux préoccupations concernant les pertes et dommages en relation avec le climat,

* L’article 6 (mécanisme d’échange de droits d’émission de carbone) n’est toujours pas conclu, nous ne pouvons accepter aucun accord qui crée des lacunes dans l’Accord de Paris,

* Des questions qui n’auraient pas dû faire l’objet de controverses, comme l’établissement de calendriers communs pour la fourniture de rapports et la prise de mesures, se sont retrouvées embourbées dans des disputes futiles,

* Les efforts déployés pour tenir compte de la dimension de genre du changement climatique ont abouti à un strict minimum,

* Les syndicats voulaient beaucoup plus d’ambition et des engagements beaucoup plus forts en faveur d’une Transition juste après cette COP, dans les discussions sur les mesures de réponse au changement climatique et autres. Nous avons réussi à obtenir une référence à la Transition juste dans le Plan de travail sur les mesures d’intervention, mais il n’y a aucune clarté sur la façon dont celles-ci seront mises à jour. Nous avons également le lancement de l’initiative Action climatique pour l’emploi, une victoire importante pour les syndicats, sans oublier que les mots “Transition juste” figurant dans l’accord de Paris sont toujours bien présents. Toutefois, les progrès au niveau des résultats formels de la COP25 ont été limités en dépit de tous nos efforts.

Une nouvelle occasion n’a donc pas été pleinement exploitée, et nous ne pouvons qu’espérer que la COP26, l’année prochaine à Glasgow, en Écosse, fera mieux. C’est l’année où les Contributions déterminées au niveau national (CDN) seront revues. Les syndicats ont donc un an pour faire pression sur leurs gouvernements afin qu’ils adhèrent à l’initiative Action climatique pour l’emploi et qu’ils intègrent des mesures de Transition juste dans leurs CDN.

La CCNUCC aura du pain sur la planche pour calculer de combien il faudra accroître les ambitions au niveau des CDN des États membres pour atteindre les objectifs de Paris. Quoi qu’il en soit, nous attendons de la COP26 qu’elle concrétise le renforcement des ambitions et des engagements sociaux, des droits de la personne, des droits des travailleurs et d’une Transition juste, dont nous avons besoin dans les CDN révisées.

Vous avez peut-être remarqué que les États-Unis ont récemment fait la guerre à l’Organisation mondiale du commerce en refusant de permettre la nomination d’arbitres. Il y a bien sûr de multiples raisons à cela, mais je ne pense pas que cela soit sans rapport avec les négociations sur le climat. Lors de leur retrait officiel de l’Accord de Paris l’année prochaine, les États-Unis seront, en théorie, vulnérables du point de vue commercial à des accusations selon lesquelles le fait de ne pas s’engager dans des mesures climatiques équivaut à une subvention inéquitable de leurs industries. Si l’OMC se trouvait affaiblie, il serait beaucoup moins probable qu’ils soient tenus de rendre des comptes dans ce domaine. Éviter toute responsabilité semble être leur motivation.

C’est mon avant-dernier rapport depuis la COP25. Le dernier peut avoir lieu demain, ou dimanche, ou même lundi, car les pourparlers jouent les prolongations. Je dois, quoi qu’il en soit, maintenant quitter Madrid. De toute manière, les possibilités d’influencer les Parties sont maintenant très limitées puisque la plupart des réunions restantes se tiennent à huis clos. Les syndicats, ainsi que d’autres groupes de la société civile : femmes, peuples autochtones, jeunes, ont fait de leur mieux. Nous sommes arrivés bien préparés, nous avons donné de la voix, nous nous sommes montrés déterminés dans notre logique, nous avons été passionnés dans nos convictions. Lorsque les résultats officiels de cette COP seront publiés, nous verrons dans quelle mesure nous aurons réussi. Certaines des questions non résolues que j’ai énumérées ci-dessus l’auront peut-être été.

Je ferai un dernier rapport à ce moment-là.

Les syndicats se mobilisent pour les Philippines

Le ciblage des syndicalistes de la part du gouvernement philippin a récemment été intensifié avec de nouvelles vagues d’arrestations et de violences. À ce jour, 43 syndicalistes ont été tués.

Des représentants d’IndustriALL, de l’IBB, d’UNI Global Union, de l’ISP et de l’UITA ont adressé un message de protestation à l’ambassadeur des Philippines à Genève, appelant le gouvernement à mettre fin aux enlèvements et aux meurtres de syndicalistes et à accepter une mission de haut niveau de l’OIT.

Aux Philippines, les affiliés d’IndustriALL ainsi que d’autres fédérations syndicales internationales et la CSI ont entrepris des actions, défiant ainsi le climat oppressant dans lequel ils travaillent.

Plusieurs affiliés d’IndustriALL à travers le monde ont mené des actions en faveur des syndicats des Philippines en envoyant des lettres au Président Duerte et en affichant des photos d’eux sur les médias sociaux.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, indique :

“Nous condamnons les attaques persistantes contre les droits des travailleurs aux Philippines et nous soutenons pleinement nos affiliés dans ce pays qui luttent pour la liberté syndicale, les droits de l’homme et la démocratie.

Le mouvement syndical international est unanime pour demander au gouvernement de mettre fin aux attaques ainsi que de respecter et garantir la sécurité et la sûreté de tous les membres et dirigeants syndicaux.”

Blog de la COP25, journée du 12 décembre 2019

Un événement important a eu lieu aujourd'hui : le lancement de l'« initiative Action climatique pour l'emploi ».

Comme l'a expliqué l'OIT : « Lors du Sommet des Nations Unies sur l'action pour le climat de 2019, quarante-cinq pays se sont engagés à placer l'emploi au cœur d'une action climatique ambitieuse. Pour que ce programme centré sur les personnes puisse se transformer en actions concrètes, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a annoncé la mise en place de l’initiative Action climatique pour l'emploi. Le Secrétaire général de l'ONU a désigné l'Organisation internationale du Travail (OIT) en tant que chef de file de la mise en œuvre de l'initiative. Les partenaires gouvernementaux, des organisations de travailleurs et d'employeurs, des institutions internationales et du milieu universitaire apportent leurs valeurs, leur expertise et leurs réseaux dans le cadre d'un programme commun. »

Cliquez sur le lien pour en apprendre davantage sur l’initiative Action climatique pour l’emploi.

Lors de l'événement, le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a parlé de l'urgence d'agir. Actuellement, nous perdons la bataille sur les changements climatiques, mais cela peut changer si nous travaillons ensemble. L’initiative Action climatique pour l'emploi pourrait recentrer le débat.

Guy Ryder, Directeur général de l'OIT, a appelé les Parties à intégrer la stratégie Action climatique pour l'emploi, les objectifs de développement durable (ODD) et la transition juste dans la prochaine série de contributions déterminées au niveau national (NDC). Il a souligné la nécessité d’avoir une stratégie sur les compétences et des accords tripartites. Selon Ryder, un avenir durable est à notre portée si nous agissons avec rapidité, détermination, intelligence et dans un esprit de coopération.

Teresa Ribera, ministre espagnole de la Transition écologique, a cité l'exemple de l'expérience espagnole, notamment l’approche de la transition juste suivie en faveur des communautés dépendantes du charbon. L’enseignement tiré de l’Espagne peut être reproduit ailleurs. Quarante-six pays ont pris l’engagement de soutenir l'Initiative Action climatique pour l'emploi, y compris la transition juste, et nous espérons qu'ils seront rejoints par de nombreux autres pays. Nous devons faciliter l’établissement d’un véritable dialogue social qui englobe la participation des jeunes, des travailleurs et d'autres organisations de la société civile.

Svenja Schulze, ministre allemande de l'Environnement, a décrit le dialogue social soutenu qui a fait partie intégrante du plan de démantèlement de l’industrie du charbon en Allemagne. Il s’agit là d’un autre exemple à partir duquel la communauté internationale peut apprendre. L'Allemagne vise à reconvertir d'anciennes régions tributaires du charbon en nouveaux centres d'énergies renouvelables et de technologies vertes tout en veillant à garantir aux travailleurs et aux communautés une transition juste.

Artur Lorkowski, Ambassadeur envoyé spécial pour le climat durant la présidence de la COP24, a évoqué le cadre de la Déclaration de Silésie pour parler sur la transition juste. Plus de cinquante pays ont signé cette Déclaration. Lorkowski a fait observer que la transition juste n'est pas seulement une question de coûts mais aussi d'opportunités.

Sharan Burrow, Secrétaire générale de la CSI, a déclaré que le monde se trouve à une époque de colère, de conflits et de déplacements. La Transition juste a un rôle à jouer dans bon nombre de ces domaines de crise convergents. Elle a souligné que l’Espagne, l'Allemagne, le Canada et d'autres pays prenaient toutefois des engagements en faveur de la transition juste. Nous devons penser à la propriété intellectuelle, nous devons avoir une technologie open source. Nous avons besoin d'un nouveau contrat social qui prenne en considération ces questions. Personne ne peut être laissé pour compte. Mettons en œuvre la déclaration du centenaire de l’OIT, mettons en place l’action climatique pour l'emploi; nous devons agir maintenant pour garantir aux travailleurs un socle de protection des droits, de la santé et de la sécurité au travail, du salaire minimal, de la protection sociale, et une transition juste en faveur de l'action climatique. Si les gouvernements refusent d'écouter leurs populations, ils devront faire face à la colère des gens.

Roberto Suárez Santos, Secrétaire général de l'Organisation internationale des employeurs, a suggéré que les employeurs locaux se joignent au mouvement et établissent des relations avec la société civile. Il a souligné l'importance pour les travailleurs d’acquérir de nouvelles compétences et d’accéder à des formations de requalification.

Enfin, Barbara Neira, représentante des jeunes du Chili, a parlé de l'injustice institutionnelle et de la nécessité de transformer la société.

Les textes complets des discours de Guy Ryder et du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

Parmi les autres nouvelles, comme on pouvait le prévoir la manifestation d'hier a eu des retombées. La sécurité de l'ONU n'a pas apprécié et a retiré leurs badges à certains de nos membres. La société civile a été critiquée pour ne pas avoir respecté les règles, paralysé le processus de la COP et « compromis la sécurité des délégués ».

Bert De Wel a répondu, au nom des syndicats, que l’échec de cette COP ne pouvait guère être attribuable au fait d’avoir empêché les Parties de rentrer en réunion plénière pendant 10 minutes mais que la raison en était plutôt l’incapacité de ces Parties à aborder sérieusement les problèmes pendant la semaine et demie des réunions ayant déjà eu lieu dans le cadre de la COP. En fait, nous essayons d'aider la présidence de la COP à aboutir à une décision en faisant pression sur les Parties.

La situation montre le lien entre la justice climatique et la justice sociale. Bien sûr, cette COP25 est singulière en ce sens qu’elle se déroule en Espagne après que le Brésil, puis le Chili aient refusé de l'accueillir en raison de leurs opinions de droite et de leurs tentatives de museler la société civile dans leur propre pays.

Plus tard dans la journée, j'ai appris que ceux qui avaient été privés de leurs accréditations seraient à nouveau admis et que les groupes de la société civile ne seraient pas punis pour cette action.

La plupart des négociations publiques sont terminées. Le succès ou l’échec de la COP25 dépend maintenant des ministres. Nous avons besoin que le texte final fasse référence à des concepts tels que l'équité, la justice sociale et la transition juste. Malheureusement, les discussions ministérielles se déroulent à huis clos, de sorte qu'il est difficile de savoir avec certitude ce qui se passe. Cependant, les bribes d’information que nous recevons ne sont pas encourageantes.

Les jeunes délégués sont les véritables stars de cette COP. Bien que Greta Thunberg retienne la majeure partie de l'attention des médias, les jeunes sont venus en délégation importante à la COP. Tous ceux que j'ai rencontrés m’ont impressionné. Ils nous ont parlé de l'impact des manifestations chiliennes sur les jeunes, notamment du décès d’au moins un adolescent touché par une grenade de gaz lacrymogène. La jeunesse chilienne s’est réveillée. Les jeunes continueront à se battre aux côtés des travailleurs et des autres membres de la société civile pour obtenir de meilleures conditions sociales tout en protégeant le climat. Une jeune militante québécoise nous a dit pourquoi elle s’est engagée.

« Pourquoi devrions-nous aller à l'école pour trouver un emploi qui n'a pas de signification si nous n'avons aucune confiance en l'avenir? Nous sommes tous ensemble unis contre le système qui rend les pauvres plus pauvres et les riches plus riches. Nous sommes au début d'une ère nouvelle, nous demandons justice, et on ne nous ridiculisera pas. »

Dans le monde entier, la colère monte chez les jeunes face à ces problèmes. On leur vole leur avenir et ils réclament qu'il leur soit rendu.

Les peuples autochtones, les femmes, les groupes environnementaux et les syndicats ont également appelé les Parties à agir avec détermination et à faire en sorte que la COP25 soit à la hauteur de sa devise : « Il est temps d’agir ». Nous saurons bientôt si les dirigeants ont entendu leurs messages.

43 travailleurs tués dans l'incendie d'une usine à Delhi

"Je vais mourir … il n'y a pas d'issue" est le message désespéré qu'une victime a envoyé peu après que le feu ait éclaté, vers 4h30 du matin le 8 décembre, dans cette usine située dans un quartier résidentiel de Delhi. 

43 personnes sont mortes dans l'incendie, 39 par asphyxie. La plupart sont de jeunes travailleurs migrants du Bihar et de l'Uttar Pradesh, les deux États les plus pauvres de l'Inde. 

Le feu s'est propagé rapidement en raison de la grande quantité de matériaux inflammables utilisés pour la fabrication de jouets, de vestes, de cartables et de cahiers. Les victimes n'ont pu s'échapper du bâtiment de quatre étages, les issues étant bloquées par des stocks de matériel. 

L'accès au bâtiment était difficile; une seule entrée et des ruelles encombrées ont empêché les camions de pompiers d'accéder directement au site. Certains disent que les pompiers ont dû enfoncer la porte d'entrée qui était verrouillée de l'intérieur. 

Cette usine exploitée illégalement n'avait pas les autorisations des services de lutte contre l'incendie. Le bâtiment n'était pas suffisamment ventilé et n'avait pas de plan d'évacuation. Au moment de l'incendie, plus d'une centaine de travailleurs dormaient à l'intérieur de ce bâtiment qui leur servait aussi de logement. 

Valter Sanches, le Secrétaire général d'IndustriALL, a déclaré : 

"IndustriALL est solidaire des familles des victimes qui ont perdu leurs êtres chers. Nous ne pouvons accepter que des accidents qui auraient pu être évités ne cessent de se produire, pas seulement à Delhi mais dans tout le pays. 

"L'expérience que nous avons tirée de l'Accord sur la sécurité incendie et la sécurité des bâtiments au Bangladesh confirme que la participation des syndicats est indispensable pour améliorer la sécurité sur le lieu de travail. Il faut que le gouvernement indien et les employeurs collaborent avec les syndicats pour améliorer la situation de la santé et la sécurité au travail dans le pays." 

La Commission nationale des droits de l'homme (NHRC) a critiqué les autorités qui n'améliorent pas la sécurité à Delhi, alors que des accidents similaires se sont produits plus tôt dans l'année. Elle a demandé que le gouvernement provincial de Delhi, le Commissaire de police de Delhi et la municipalité de Delhi remettent leurs rapports dans les six semaines. 

Dr. G Sanjeeva Reddy, le Président de l'INTUC qui est aussi membre du Comité exécutif d'IndustriALL, a dit à ce propos : 

"Nous condamnons fermement la négligence du gouvernement qui a permis cette activité illégale et dangereuse et causé ces pertes douloureuses. La santé et sécurité au travail doit être la priorité, et les représentants des travailleurs doivent être associés à la prise de décision." 

Le gouvernement de Delhi a annoncé une indemnisation d'un million de roupies (14.100 $) à chaque proche des victimes, et le gouvernement central a promis 200.000 roupies (2.820 $) pour sa part. 

Le propriétaire du bâtiment et les directeurs ont été arrêtés et des poursuites pour négligence criminelle ayant entraîné la mort ont été engagées.

Blog de la COP25, journée du 11 décembre 2019

La colère s’est fait sentir durant cette journée où les observateurs de la société civile, y compris les syndicats, se sont rassemblés pour protester à l’extérieur de la réunion plénière qui avait lieu dans l'après-midi. Ce mécontentement résulte de l'incapacité de cette COP à résoudre des questions apparemment simples parmi lesquelles le financement (y compris le financement des pertes et des préjudices causés par les changements climatiques), les engagements en faveur de nouvelles contributions déterminées au niveau national ambitieuses et s’appuyant sur une transition juste, ainsi que l'incapacité persistante à se mettre d’accord sur une réglementation juste et transparente en matière d'échange de droits d’émission fondée sur les droits de l'homme et qui ne crée pas une énorme lacune dans l'Accord de Paris.

Au fil de la deuxième semaine, l'espace de participation de la société civile s'est rétréci, ajoutant au sentiment de colère.

Tout le monde semble d'accord pour dire qu'une action urgente est nécessaire. Cependant, je ne vois pas cela se traduire par le règlement des questions en suspens à cette COP25. Quelque chose… du leadership? du courage? de l’énergie? … fait sérieusement défaut ici, à Madrid. Ou semble manquer. Il est encore temps pour les dirigeants politiques de me prouver que j'ai tort en sortant de leurs réunions à huis clos avec des réponses viables aux dossiers non encore réglés.

A la réunion matinale du groupe syndical, outre la présentation de la série habituelle de rapports, nous avons entendu parler de la nécessité de garantir une transition juste aux agriculteurs. Bien que l'agriculture ne soit pas un domaine couvert par IndustriALL, du moins pas directement, ce secteur important mérite attention. Les petites exploitations agricoles sont supplantées par des méga-entreprises agricoles. Deux ou trois grandes sociétés contrôlent la majeure partie des semences. Les pratiques non durables se multiplient. Les femmes représentent environ quarante pour cent de tous les petits agriculteurs. Les spoliations illégales des terres agricoles sont de plus en plus fréquentes. Les changements climatiques ont déjà un impact sur les agriculteurs, mais leur résistance à changer leurs pratiques est en partie économique, en partie liée à la peur et en partie liée à la colère de se sentir pris comme bouc émissaire par la société. Pensez également qu'une très grande famine pourrait être l’élément déclenchant ultime de l'effondrement économique et politique, et créer des millions de réfugiés climatiques. À l'instar des secteurs industriels que nous représentons, il apparaît essentiel que chaque pays se dote d’une politique agricole durable, et qu’un programme de transition juste soit mis en place en faveur des agriculteurs, de leurs familles et des communautés qui dépendent de l’agriculture.

Blog de la COP25, journée du 10 décembre 2019

Ouverture de la réunion de haut niveau

Le processus de la COP se compose d’une première semaine au cours de laquelle les experts et les diplomates hautement qualifiés négocient, ainsi que d’une deuxième semaine au cours de laquelle les ministres de rang supérieur et les chefs d'État mènent à leur terme les négociations et adoptent les résultats finaux de la Conférence.

J'ai eu la chance d’assister à l'ouverture de la réunion de haut niveau (l'accès aux observateurs est sévèrement limité). D'après les COP précédentes, je sais que parfois ces déclarations liminaires peuvent donner un signe de l'humeur des ministres et des chances d’aboutir à une issue favorable.

À ce stade de la COP, la situation oscille généralement entre l’espoir que les négociateurs se sont mis d’accord sur la majeure partie du texte, même si des sujets sont toujours en cours de négociation, et des désaccords acrimonieux.

Ici, à la COP25, je sens seulement un peu des deux, mais dans l'ensemble, je décrirais l’ambiance de la réunion de haut niveau comme peu énergique et quelque peu découragée.

J'attribue cela à deux facteurs.

Premièrement, la présidente chilienne de la COP25, Mme Carolina Schmidt, exerce sa présidence sous un nuage politique en raison des circonstances du changement de lieu de dernière minute, de Santiago à Madrid. Mais même en faisant fi de cela, elle n'a tout simplement pas été très efficace pour motiver ou galvaniser les délégués à faire le travail.

Deuxièmement, le retrait annoncé des États-Unis de l'Accord de Paris est assez démotivant pour les Parties. Même si les États-Unis ne comptent que pour un seul pays, ils sont importants sur le plan économique et historiquement responsables d'une grande partie des rejets des gaz à effet de serre dans l’atmosphère à l'origine des changements climatiques.

Certains seront peut-être surpris d'apprendre que les États-Unis ont encore une délégation ici (techniquement, les États-Unis restent dans l'Accord de Paris jusqu'à la COP de l'année prochaine) dont les interventions ont été pour la plupart inutiles. Je vous en prie, si vous refusez de faire preuve de leadership ou de suivre, ayez au moins la courtoisie de libérer la voie.

Les formalités de l'ouverture de la réunion de haut niveau comprenaient les déclarations des intervenants suivants:

Ont suivi des courtes déclarations d'une longue liste de chefs d'État et de ministres.

Comme je l'ai dit plus haut, le sentiment que j’éprouve après avoir écouté ces déclarations liminaires et les premières séries de déclarations nationales n'est malheureusement pas optimiste. Face à la crise à laquelle nous sommes confrontés, il semblait y avoir un manque d'énergie dans la salle. Alors que certains pays ont fait des déclarations très positives, d'autres ont profité de l'occasion pour faire des remarques politiques qui ne rapprochent pas le monde des objectifs de l'Accord de Paris.

Je garde espoir que les interventions bruyantes et énergiques des jeunes délégués changeront le cours de cette COP. Les preuves scientifiques montrent que nous sommes loin d'être sur la bonne voie. Les possibilités d’agir s’amenuisent. Nous avons besoin de décisions, nous avons besoin de leadership, nous sommes à contretemps.

Blog de la COP25, journée du 9 décembre 2019

Nous avons atteint un point important dans les négociations. Les exposés techniques sont terminés. Nous, délégués issus du monde syndical, avons fait valoir nos arguments auprès de tous les négociateurs que nous avons pu approcher. Les participants ont travaillé aujourd’hui sur un texte à présenter aux décideurs politiques, qui en théorie devrait être pratiquement le texte final. Les groupes de travail et les organes subsidiaires devraient conclure aujourd’hui et présenter leur travail définitif.

Et pourtant, pour ce qui est des négociations sur le climat, lundi a été une journée décevante… J’ai l’impression qu’une fois de plus, les négociateurs cherchent la formulation la plus légère qu’ils puissent trouver, se livrent à des jeux politiques insensés les uns avec les autres, tout en ignorant l’urgence révélée par la science, la colère croissante du public et la nécessité d’agir.

Les discussions sur les mesures à prendre n’ont pas été finalisées, ni samedi, ni dimanche, et la question épineuse de l’article 6 (marchés potentiels d’échange de droits d’émission de carbone) continue d’être une gabegie. Les négociateurs semblent plus intéressés à marquer des points qu’à rédiger un texte clair qui protège l’environnement et les droits de l’homme. L’article 6 est la seule partie de l’Accord de Paris pour laquelle les règles n’ont pas encore été fixées. L’échange de droits d’émission sans garanties pour protéger les droits de l’homme et les droits des autochtones pourrait être catastrophique. Pour cette raison, il est tout à fait possible qu’il soit préférable de ne pas avoir de décision sur l’article 6 plutôt qu’un mauvais ensemble de dispositions. Si nous nous retrouvons coincés avec de mauvaises règles, cela créera une faille dans l’Accord de Paris. Le dernier texte ne fait pas mention des protections sociales et des droits de l’homme et ne protège pas non plus l’environnement d’abus commis au départ d’un système d’échange mal conçu. Il ne reste qu’une reformulation affaiblie de certains termes du préambule de l’Accord de Paris. C’est inacceptable.

Des négociations complémentaires concernant le financement des pertes et préjudices restent également en suspens. De même, le Fonds vert pour le climat reste de manière désolante en-deçà des engagements dont il a besoin et déjà pris par les pays développés.

Permettez-moi de répéter qu’en dépit du remue-ménage fait autour des sommes nécessaires, le montant est insignifiant par rapport à ce qui a été dépensé pour renflouer les banques en 2009, ou par rapport aux dépenses militaires mondiales, pour ne citer que deux exemples. D’autres alternatives pour remplir ces comptes comprennent une taxe carbone ou une taxe Tobin (sur les transactions financières). Ce n’est pas une question de manque de ressources. C’est une question de priorités et de volonté politiques.

Une mise en œuvre sensible aux questions de genre peut permettre aux parties d’accélérer une Transition juste pour la population active. Malgré ce qui semblait être un bon début, les négociateurs sont occupés à proposer des termes plus faibles ici aussi.

À l’heure où autorité et ambition sont nécessaires, nos négociateurs sur le climat se disent les uns aux autres : “Quels sont ici les termes les plus faibles avec lesquels nous puissions nous en tirer” ?

Tout n’est pas sombre : certains pays ont annoncé des objectifs ambitieux de réduction des émissions.

Rencontre syndicale parallèle

Aujourd’hui a eu lieu l’importante rencontre syndicale parallèle, Just Transition for Climate Ambition (Transition juste pour une ambition climatique). Parmi les panélistes qui ont pris la parole et le message qu’ils ont livré, on retrouvait :

Modératrices :

Cette rencontre était plutôt réussie et mes remarques ont été bien accueillies et de nombreux participants ont souhaité s’entretenir avec moi à l’issue de la rencontre.

Voici une transcription approximative (uniquement disponible en anglais) de ce que j’y ai dit :

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Good afternoon! IndustriALL Global Union has over 700 affiliates in 140 countries, and through our affiliates we speak for some 50 million workers, globally. These are workers in the resource, processing, and manufacturing sectors. Our members include coal miners, oil workers, energy workers, steelmakers, automobile workers, cement makers, shipbuilders, aerospace workers, electronics manufacturing, chemical workers, paper makers, and more. We create the energy and all of the industrial products that people believe are an essential part of today’s world.

Stabilizing the climate means reaching for a sustainable future: sustainable in all of its dimensions; social, economic, as well as environmental. I’m here to tell you that the way forward, if we are serious about protecting the planet, is a Just Transition that respects and protects today’s and tomorrow’s workers, their families, and the communities and cultures that rely on them.

Despite the pessimism that I am sometimes accused of, it cannot be denied that the 25th Conference of the Parties shows several positive signs. People and parties are talking seriously about the climate crisis who couldn't be bothered as recently as five years ago. Greta Thunberg arrived on Friday and the youth movement she started is having a huge impact. Hundreds of thousands of people have taken to the streets to demand action. There is no doubt that this is having an impact on the negotiators.

And Just Transition, a phrase I first used in 1994, is now on everyone’s lips, and in everyone’s position papers and policies. Or so it seems. Even those who do not really know what it means are eager to use the phrase. I’m flattered. You should be flattered. We did this. This is progress. Really.

There has been discussion at this conference about potential climate “tipping points”. Trade unions believe that there are social tipping points as well. Anger resulting from inequality, injustice, violations of human rights and the destruction of decent work and living standards – and the destruction of the environment as experienced by individuals – can also reach a tipping point. Mass public discontent could erode public support for climate action, or depending on the circumstances, harden public demands for it. Political leaders should be very wary.

Let me tell you something you really should already know, but perhaps you haven’t thought of in exactly this way: people are tired of contemplating a bleak future. Of being asked to fight for a future that might be “less bad” than it would otherwise be. But it does not have to be that way. Why can’t we promise a bright future? I could ask 50 million workers to help me fight for a good future! I can’t ask them to fight for a bleak one.

Let’s plan a Just Transition to a future that sounds good to people! And let’s deliver it! We can do it!

Here’s how. The future world of work will certainly be transformed by the need to decarbonise the economy, but changes are simultaneously being driven by a wide range of advanced and disruptive technologies being rapidly introduced in our workplaces. Some of these technologies will play a vital role in limiting climate change, although there are indeed some wild and unsubstantiated claims being made. Indeed, these drivers of change, and others such as changing demographics, cannot be considered in isolation. We are in a rapidly changing world, and I don’t simply mean the climate.

(I leave to one side, for a moment, the fact that the social implications of these changes are not being considered seriously enough, and that trade unions are the main voice for the social dimension of sustainability.)

But, look, let me make this simple. Decarbonisation of industry, along with digitalization, the “internet of things”, artificial intelligence, advanced semi-autonomous robots, 3-D printing, nanotechnology, biotechnology – all of these techniques and more, sometimes labelled the Fourth Industrial Revolution or Industry 4.0 – will deliver greater productivity. This is not in doubt, because if these technologies did not promise increased productivity, we would not be witnessing the rush to adopt them. This means fewer hours of labour to produce the same goods or services.

And that means, potentially at least, a lot of good things! Increased leisure time, shorter working hours, earlier retirement, more opportunities for self-fulfilment and creativity, better access to the workplace for women and traditionally disadvantaged groups of workers, and safer healthier and more fulfilling work. All of these things should be possible! Properly deployed, these changes could takes us quite a distance towards the UN Sustainable Development Goals!

Why then are workers, globally, instead experiencing worse and more precarious jobs, “gig” work, zero-hour contracts, poorer working conditions, reduced real income, demands for raising the age of retirement, long working hours, short vacations, and resistance to even such basic demands as maternity and paternity leave? Why are trade unions under relentless attack? Why are we creating a surveillance culture, a culture of fear and hate, instead of a sense of community and a culture of happiness? Why are we not solving the climate crisis?

It is because so long as the only driving force for companies to adopt these technologies is to cut costs and increase profits, all will suffer save those few who own the technologies. The introduction of disruptive new technologies must be people-centric rather than profit-centric. We need companies, employers, who are committed to sustainable development in all of its dimensions.

But we also need sustainable industrial policies – public policies in the public interest – created via real and meaningful social dialogue. We must consciously direct these changes towards building a better world. We must simultaneously protect people and the planet, and not sacrifice both to an irresponsible search for short-term profits. To navigate these changes we need a guarantee of a genuinely Just Transition that leaves no-one behind.

If you want workers to support giving up what they are doing today, you have to tell them what they will be doing tomorrow. And it should sound good to them! That’s what a Just Transition is fundamentally about.

You know, you have probably seen, Trade Union’s Topline Demands for COP25. They are:

  1. to raise ambition with Just Transition,
  2. to get Parties to sign on to the Climate Action for Jobs Initiative that was launched at the Climate Action Summit in New York earlier this year; and
  3. to win commitment for finance for a low-carbon development path that supports the most vulnerable.

These are not wild or unreasonable demands, in fact in many ways we are simply asking governments to do what they have already said they would.

Our demands are entirely reasonable, technically possible, and affordable. The transition to a cleaner, more sustainable economy must be economically and socially just and fair for workers and their communities. Advanced technologies, or sustainable energy, or greener industries, must benefit everyone and not just a handful of billionaires. The Paris goals are technically and economically feasible. What is lacking is the political will to take action and a Just Transition plan to maintain social coherence through the necessary transformations.

The future we seek – a Just Transition to a future in which the environment is protected and the economy is thriving – can be won with sustainable industrial policies, with strong social protections, and support for workers. It can be won by us!

That’s why trade unions demand social dialogue on these changes. We need to be at the table discussing the plan, the sustainable industrial policies, the Just Transition programmes that are necessary. Change is coming. If we are not at the table to jointly direct these changes, we fear that we’ll be on the menu.

But it doesn’t have to be that way. Will you join us at that discussion table? Yes I mean you, business people. And you, representatives of governments. Could we build a sustainable future on respect, and trust, and dialogue? Will you help us lay out a better future?

That’s my question and my challenge. Thank you.

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Blog de la COP25, journée du 8 décembre 2019

La deuxième semaine de la COP25 a commencé aujourd'hui; et l'année 2019 arrive  rapidement à sa fin. J'ai remarqué que le temps semble avoir de moins en moins de sens avec l’âge.

Malgré le pessimisme que je manifeste souvent, on ne peut pas contester que la 25e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques présente des signes positifs. Les gens et les Parties parlent sérieusement de la crise climatique, qui ne les tracassait pas ou qu’ils niaient activement il y a encore cinq ans. Greta Thunberg est arrivée vendredi et le mouvement de la jeunesse qu'elle a lancé a un énorme impact. Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues pour réclamer la mise en place de mesures de lutte contre les changements climatiques. Il ne fait aucun doute que les négociateurs au sein de la COP sont conscients de tout cela.

La journée d’aujourd’hui a été consacrée à la stratégie syndicale en faveur d’une transition juste pour l'action climatique. Le mouvement syndical est déterminé à faire de l'action climatique un élément central de sa mission; en vérité, il ne peut pas y avoir d'emplois sur une planète morte. La transition juste est la voie à suivre. Les discussions ont porté notamment sur la façon de travailler avec d'autres organisations de la société civile, le rôle de la propriété publique et la remise en question du discours néolibéral.

Pepe Álvarez Suárez, Secrétaire général de l’UGT, et Unai Sordo Calvo, Secrétaire général de la CCOO, ont accueilli les délégués syndicaux en Espagne et ont présenté le contexte. Tous ont exprimé leur solidarité avec le peuple chilien et, en particulier, ses syndicalistes, face à la répression actuelle. La délégation syndicale considère la présidence chilienne de la COP25 comme illégitime. Michelle Bachelet Jeria, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme et ancienne Présidente du Chili, a fait un exposé sur l'importance de baser l'action climatique sur les droits de l'homme. Son discours était particulièrement pertinent compte tenu de la situation actuelle dans son pays natal. Asad Rehman, de l’association caritative War on Want, a évoqué les liens entre la crise climatique et les violations des droits de l'homme, et a demandé au mouvement syndical d'intensifier ses efforts et de faire preuve de leadership dans la construction d'une solidarité mondiale en faveur de l'action et de la justice.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL Global Union, Kemal Özkan, a pris la parole lors de la réunion d'aujourd'hui et adressé un puissant message sur la manière dont IndustriALL réclame une transition juste dans le cadre de sa stratégie globale sur la politique industrielle durable, ainsi que l'utilisation d’instruments tels que le dialogue social, les accords-cadres mondiaux, les réseaux syndicaux, les réunions de l'OIT, les documents stratégiques et d'orientation, et les campagnes pour obtenir les résultats visés.

Parmi les autres intervenants syndicaux figuraient Joaquin Perez, Secrétaire général d’USO, Ludovic Voet, Secrétaire confédéral de la CES, Jose de las Morenas de Toro, UGT, ainsi que les coordonnateurs régionaux de la CSI, Tara Peel (CLC), David Boys (PSI) et Samantha Smith (Centre pour une Transition juste de la CSI).

Je prendrai la parole demain lors d'une manifestation parallèle sur la transition juste pour l'action climatique. Le combat continue !

Blog de la COP25, journée du 7 décembre 2019

Vendredi, une marche de protestation pour réclamer la mise en place de mesures en faveur du climat a été organisée à Madrid. Les syndicats y ont participé activement. Selon, les organisateurs, Ecologistas en Acción, cette marche aurait mobilisé plus de 500 000 personnes. L'adolescente et militante pour le climat, Greta Thunberg, qui a lancé le mouvement "Vendredis pour l'avenir" ("Fridays For Future"), a déclaré, lors de cette manifestation, que :

 « Le changement ne viendra pas de la classe dirigeante mais des masses. »

 La voix des jeunes a souvent été la plus puissante durant ces négociations et, maintenant plus que jamais, il est clair que le mouvement mondial de jeunes militants ne sera pas réduit au silence.

La marche pour le climat qui a eu lieu à Madrid a été conduite par les peuples autochtones d'Amérique latine pour mettre en avant la honte du Chili qui est revenu, à la dernière minute, sur sa promesse d'accueillir les négociations tout en rejetant la faute de ce volte-face sur ses citoyens plutôt que sur les mesures prises par son gouvernement.

Il semblerait que les principales discussions des organes subsidiaires ont abouti à des accords sur le transfert de technologie ainsi que la recherche et l'observation. Plusieurs autres questions continuent néanmoins d’être débattues, à savoir les calendriers communs, l'agriculture, la transparence et, bien sûr, l'échange de droits d'émission. Certaines d'entre elles seront examinées par les délégués ministériels qui arrivent pour la plupart ce week-end.

L’atteinte d’un accord sur le sujet apparemment banal des calendriers communs pour les contributions déterminées au niveau national semble poser des problèmes. J'avais pensé que cette question avait été réglée à Paris, il y a cinq ans. Je suspecte que tout ce débat est malveillant et de mauvaise foi, étant poursuivi par les pays qui veulent différer la mise en place des mesures en faveur du climat.

Pendant ce temps, un cyclone fait des ravages aux Philippines. Les cyclones et les ouragans sont des « moteurs thermiques », c’est-à-dire qu’ils tirent leur énergie de l'eau chaude des océans. Plus l'eau est chaude, plus ils peuvent acquérir de l'énergie. Le réchauffement des océans résultant du changement climatique rend les phénomènes météorologiques extrêmes à la fois plus fréquents et plus destructeurs.

Cette COP devait également être celle qui mettrait davantage l’accent sur les océans et les glaces polaires. Outre les impacts déjà ressentis par la vie sauvage et les peuples autochtones, ces régions détiennent les clés pour comprendre si nous risquons de traverser un dangereux « point de basculement » climatique (ou seuil de rupture climatique) dont il sera difficile de revenir.

Un point de basculement est un changement qui pourrait nous mettre assez soudainement dans une réalité climatique complètement différente. Pensez à un œuf dans un bol. Si j'incline légèrement le bol, l'œuf roulera sur le côté incliné, et si je remets le bol droit, l'œuf retournera au fond du bol. Si toutefois j'incline trop le bol, l'œuf roulera hors du bol et s'écrasera sur le sol. Maintenant, si je remets le bol droit, l'œuf ne retournera pas comme par magie dans le bol et ne se reconstituera pas. Il est passé à un état complètement différent à partir duquel il ne peut pas revenir.

Les scientifiques soupçonnent fortement l'existence de points de basculement climatique dont nous ne prenons pas en compte les risques. Un exemple (parmi plusieurs examinés) est les hydrates de méthane (un mélange congelé d’eau et de méthane) dans le pergélisol ou dans les fonds des océans arctiques. Si le climat se réchauffe juste assez pour libérer soudainement et rapidement de grandes quantités de méthane dans l'atmosphère, cela déclencherait un point de basculement dévastateur.

Cependant, les points de basculement climatique ne sont pas la seule préoccupation.

Les syndicats estiment qu'il existe aussi des points de basculement sociaux. La colère résultant des inégalités, des injustices, des violations des droits de l'homme et de la destruction du travail décent et des conditions de vie (ainsi que de la destruction de l'environnement telle qu'éprouvée par les individus) peuvent également atteindre un point de basculement. Le mécontentement du public de masse pourrait affaiblir le soutien public à l’égard de l'action climatique, ou selon les circonstances, renforcer les demandes du public en sa faveur. Les dirigeants politiques doivent se méfier.

Le groupe des syndicats pour la démocratie énergétique (TUED) a organisé une manifestation parallèle hors site aujourd'hui. Je ne pouvais y assister qu’en partie. IndustriALL partage les préoccupations du TUED selon lesquelles le système actuel est défaillant et n'a pas encore apporté les changements systémiques nécessaires. Le système énergétique est cependant en pleine transformation, et sera radicalement différent au cours des prochaines années. Qu'elle soit entreprise dans le giron du secteur public ou non, une transition juste pour les travailleurs, leurs familles, les communautés et les cultures auxquelles ils font partie doit être garantie.

J’ai écrit à plusieurs reprises au sujet des discussions difficiles entourant l'article 6, qui englobe les marchés de droits d'émission de carbone. Le groupe de pression le plus puissant sur ce sujet est l'International Emissions Trading Association (IETA) dont les membres comprennent entre autres des banques, des sociétés d’investissements, des entreprises énergétiques et des sociétés industrielles. Shell est l'une des sociétés cheffes de file au sein de l'IETA. Bien que l’adoption d’un ensemble de règles sur l'échange de droits d'émission puisse avoir des avantages évidents pour l'environnement, il saute aux yeux que des entreprises comme Shell en profiteraient grandement également en étant en mesure d'utiliser ce système pour pallier leur immobilisme. Il ne s’agit pas nécessairement d’une mauvaise chose si cela est bien fait, grâce à un ensemble de règles sur l'échange de droits d'émission qui veillent au respect des droits de l'homme et permettent de diminuer rapidement les émissions, mais cela pourrait être néfaste si ces règles ne sont pas soigneusement rédigées.

Les discussions sur le financement se poursuivent – je pense que j'ai écrit ceci dans pratiquement tous les blogs que j’ai rédigés à presque toutes les COP auxquelles j'ai participé. Les montants à l'étude, bien qu'ils soient incontestablement importants, sont insignifiants à côté du budget militaire mondial, ou du renflouement du secteur financier en 2009, pour prendre deux exemples. Je le répète, toute résistance de la part des pays développés au financement total de l'adaptation aux changements climatiques ainsi que des pertes et des préjudices (conformément au principe des responsabilités communes mais différenciées) est une question de priorités et de volonté politique, et non pas de capacité.

Points importants de la:

première journée de la COP25
deuxième journée de la COP25
troisième journée de la COP25
quatrième journée de la COP25