Les travailleurs et travailleuses ont besoin de lois contraignantes pour les entreprises en matière de HRDD

Les organisations syndicales sont profondément préoccupées par les débats et déclarations actuels en Europe concernant les paquets de directives omnibus I et II, qui risquent d’affaiblir sérieusement des lois clés sur le développement durable des entreprises, à savoir la Directive  sur les rapports de développement durable des entreprises (CSRD, pour l’acronyme anglais couramment utilisé) et la Directive sur le devoir de diligence en matière de développement durable des entreprises (CS3D, pour l’acronyme dérivé de l’anglais, couramment utilisé).

Ces paquets, qui s’inscrivent dans le cadre d’un programme de “compétitivité”, visent à réviser ou à supprimer des éléments clés de la durabilité des entreprises et des obligations en matière de rapports. Ils découragent considérablement les processus déjà engagés dans les entreprises et sur les lieux de travail par le biais du dialogue social et d’autres instruments développés. De nombreuses entreprises reconnaissent la valeur de la CS3D et de la CSRD et s’emploient déjà activement à les concrétiser sur le terrain.

L’affaiblissement de ces outils constituerait un sérieux revers pour ces entreprises pionnières.

“L’affaiblissement des lois sur la diligence raisonnable en matière de droits de l’homme (HRDD, pour l’acronyme anglais couramment utilisé) laissera les travailleuses et travailleurs exposés et sans protection. Des droits de l’homme solides et juridiquement contraignants sont essentiels pour rétablir la confiance, renforcer la démocratie et garantir le respect des droits fondamentaux dans une économie mondiale plus juste,”

a déclaré le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan.

Le groupe de travail des Nations unies sur les entreprises et les droits de l’homme avertit que ces paquets ne sont pas conformes aux Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme (UNGP, pour l’acronyme anglais couramment utilisé) et qu’ils risquent de compromettre d’importantes avancées dans le domaine des entreprises et des droits de l’homme.

Une enquête menée auprès de 1350 décideurs allemands montre que les règles de diligence raisonnable bénéficient d’un large soutien, 69 % d’entre eux les jugeant importantes et nombre d’entre eux faisant état d’avantages concurrentiels. Pourtant, plus de la moitié d’entre eux signalent également que les changements proposés par les directives Omnibus introduisent de la confusion et retardent les investissements.

“Il s’agit d’un mauvais signal envoyé aux travailleurs et aux entreprises dans le contexte mondial actuel. Nous condamnons ces propositions, car elles constituent une attaque directe contre les droits des travailleurs et la responsabilité des entreprises. Et envoient un message très inquiétant aux travailleuses et travailleurs,”

a indiqué Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d’industriAll Europe.

Selon l’Indice CSI des droits de l’homme dans le monde 2025, les droits des travailleuses et travailleurs se détériorent dans le monde entier, l’Europe et les Amériques affichant les pires scores jamais enregistrés.

industriAll Europe et IndustriALL Global Union défendent les droits et la dignité de millions de travailleurs et travailleuses de l’industrie manufacturière, de l’énergie et des mines dans des secteurs vitaux pour nos économies et nos sociétés.

Les décideurs politiques européens ne doivent pas affaiblir la CSRD et la CS3D. Ces lois doivent être renforcées pour garantir la protection des travailleuses et travailleurs et des communautés partout dans le monde.

Jalon important pour les travailleurs de la démolition des navires avec l’entrée en vigueur de la convention mondiale

Adoptée par l’Organisation maritime internationale en 2009, la CHK fixe des normes mondiales pour la démolition des navires en fin de vie, en imposant des règles de sécurité, de protection de l’environnement et de respect des droits des travailleurs. Les chantiers non conformes ne seront plus autorisés à exercer leurs activités.

“C’est une grande victoire ! L’entrée en vigueur de la CHK est le résultat d’une campagne longue et déterminée d’IndustriALL et de ses affiliés. La convention fournit un cadre pour un recyclage des navires sûr et respectueux de l’environnement. Il appartient à toutes les parties prenantes, employeurs, syndicats, gouvernements, acheteurs au comptant et armateurs, de lui donner corps et d’en faire un instrument vivant qui protège les travailleurs et l’environnement, tout en créant des emplois de qualité et en contribuant à l’économie locale”,

a déclaré Walton Pantland, Directeur d’IndustriALL pour la construction navale et la démolition des navires.

À Karachi, au Pakistan, une table ronde a été organisée ce 26 juin pour marquer l’entrée en vigueur de la convention. Organisée par la NTUF (Fédération nationale des syndicats), affiliée à IndustriALL, la rencontre a rassemblé des syndicats, des responsables gouvernementaux et des représentants du secteur de la démolition des navires. Le Pakistan a ratifié la CHK en décembre 2023, devenant ainsi le 23e pays à le faire. Toutes les grandes nations du recyclage de navires ont désormais ratifié la convention.

Selon les règles de la CHK, les chantiers navals doivent soumettre des plans de recyclage détaillés et respecter des normes strictes avant le début du démantèlement. Les matériaux dangereux doivent être enlevés en toute sécurité, des certificats de travail à chaud doivent être délivrés et les blocs doivent être découpés sur des sols imperméables plutôt que directement sur les plages. Les travailleurs et travailleuses doivent également recevoir une formation adéquate et bénéficier d’un équipement de protection individuelle.

Les participants se sont inquiétés du déclin du secteur au Pakistan, en raison des taxes élevées et de la contrebande incontrôlée. Seuls deux ou trois des 63 chantiers de démolition de navires de Gadani sont actuellement en activité. Bien que des améliorations soient en cours dans une dizaine de chantiers, aucun ne répond encore aux normes de la CHK. Des appels urgents ont été lancés en faveur d’une politique nationale alignée sur la convention.

IndustriALL et ses affiliés se sont engagés à surveiller la mise en œuvre de la CHK et à faire pression pour renforcer la sécurité et la protection de l’environnement dans l’ensemble du secteur.

“Le recyclage des navires peut être source d’emplois de qualité et de développement régional. Mais il nécessite du leadership de la part du gouvernement, l’investissement des employeurs et la collaboration des syndicats. La CHK n’est qu’un squelette, notre action collective lui donnera vie”, a indiqué Walton Pantland.

Illustration : Chantier de démolition navale d’Alang, en Inde

 

Comment Next abandonne ses travailleurs

L'an dernier au Cambodge, des fabricants, des marques et des syndicats ont conclu les premières conventions collectives applicables aux chaînes d'approvisionnement (ACT for Cambodia). Ensemble, ils ont mis en place un modèle de relations du travail dans les chaînes d'approvisionnement dans le but d'améliorer les salaires, de renforcer les relations professionnelles et de stimuler la stabilité et la compétitivité de l'industrie. Alors que des marques britanniques telles que Asos, Tesco, New Look et Primark ont toutes signé cet accord juridiquement contraignant, Next, qui est membre d'ACT, a refusé, en dépit des appels lancés par les travailleurs cambodgiens et leurs syndicats.

En ne signant pas, Next choisit de priver ces travailleuses, en majorité des femmes, de plus de 50 fournisseurs, de salaires décents et de meilleures prestations. Aussi, Next refuse de verser un salaire vital à ses 40.000 vendeurs du Royaume-Uni, son P-DG, Lord Simon Wolfson, prétextant à l'AG de Next du 15 mai que la "démographie" de son personnel, composé essentiellement de femmes et de jeunes, fait que leurs emplois constituent seulement des "revenus d'appoint" puisqu'il ne s'agit pas de soutiens de famille.

On peut lire dans le dernier rapport sur la responsabilité de l'entreprise de Next que "la protection de la sécurité, des droits de l'homme et du bien-être des travailleurs dans notre chaîne d'approvisionnement est fondamentale." Pourtant, ses agissements au Myanmar, au Cambodge et au Sri Lanka prouvent qu'elle trahit gravement les milliers de travailleurs de sa chaîne d'approvisionnement.

En mai dernier, Next a fermé une usine dans une zone franche d'exportation au Sri Lanka, une filiale à cent pour cent, et a révélé son total mépris pour les travailleurs. Plus de 1.400 d'entre eux ont été informés de leur licenciement par texto et interdits de retourner sur leur lieu de travail. Ces gens, dont certains furent des employés loyaux pendant plus de trente années, ont été écartés sans la moindre négociation avec leur syndicat, FTZ.

En novembre 2024, IndustriALL a porté plainte auprès de l'OCDE contre Next en raison de sa décision de continuer à s'approvisionner au Myanmar malgré les conclusions d'une Commission d'enquête de l'OIT faisant état de recours au travail forcé et de violations de la liberté syndicale dans le pays et de mêmes violations avérées dans des usines fournissant Next. L'affaire est actuellement à l'examen devant le PAN du Royaume-Uni.

Le 5 juin, à la Conférence internationale du travail, l'OIT a adopté une résolution au titre de l'article 33 de sa Constitution qui constitue la sanction la plus forte de l'OIT et n'a été invoqué qu'à trois reprises dans l'histoire de l'organisation.

Cette résolution appelle les représentants des employeurs, des gouvernements et des travailleurs à "éliminer tous les moyens ayant encouragé ou permis la perpétuation des graves violations susmentionnées" par l'arrêt des flux financiers, des relations commerciales, l'imposition de sanctions et d'autres moyens. La gravité de la situation au Myanmar est reconnue mondialement, tout comme la nécessité d'une action coordonnée pour isoler le régime, financièrement et politiquement.

Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

"Les agissements de Next pour se soustraire à ses obligations en matière de normes internationales du travail et de devoir de diligence au Sri Lanka, au Myanmar et au Cambodge font de ses rapports sur la RSE une pure mascarade. Participer aux négociations de l'ACT pendant huit ans pour finalement refuser les responsabilités qui vont de pair est inacceptable."

Photo : atelier textile et de confection au Myanmar, mars 2018

Canada : la loi fédérale anti-briseurs de grève marque une victoire historique pour les droits des travailleurs

Après des années de travail syndical et de pression politique inlassables, les travailleurs des secteurs réglementés par le gouvernement fédéral sont désormais protégés par une loi qui interdit aux employeurs d’embaucher des travailleurs de remplacement pendant les grèves et les lock-out légaux. La nouvelle loi aligne les protections fédérales sur celles déjà en place au Québec et en Colombie-Britannique et impose des sanctions strictes pouvant aller jusqu’à 100.000 dollars canadiens (environ 72.500 dollars américains) par jour en cas d’infraction.

La Présidente nationale d’Unifor, Lana Payne, a qualifié la loi de “victoire historique obtenue de haute lutte” :

“Unifor et ses alliés syndicaux se sont mobilisés, organisés et ont revendiqué ce changement et aujourd’hui, nous voyons que le pouvoir de l’action collective permet d’obtenir des progrès réels et durables. Aucun employeur ne devrait être autorisé à saper les négociations avec des briseurs de grève.”

Grâce à ces nouvelles protections, les travailleurs et travailleuses de secteurs tels que le transport ferroviaire, les télécommunications et le secteur bancaire peuvent désormais faire grève sans craindre que leur emploi soit délocalisé du jour au lendemain, ce qui marque un changement crucial dans le pouvoir de négociation.

Marty Warren, Directeur national des Métallos USW, a souligné l’importance de ces nouvelles protections :

“Il s’agit d’un tournant majeur pour les droits des travailleurs au Canada. Pendant des décennies, les métallurgistes se sont battus pour interdire le travail des briseurs de grève et rétablir l’équité à la table des négociations. Grâce à cette loi, les travailleurs et travailleuses sous réglementation fédérale bénéficient enfin de la protection qu’ils méritent. Il s’agit d’une étape cruciale pour l’équité et le respect sur le piquet de grève.”

Les deux syndicats ont joué un rôle essentiel dans la mise en place d’un soutien populaire, en faisant pression sur les parlementaires et en veillant à ce que la question reste une priorité nationale. La législation, qui a reçu le soutien unanime du Parlement, exige que toute exception liée aux services essentiels soit réglée par la négociation et non imposée unilatéralement par les employeurs.

Tout en se réjouissant de cette victoire, Unifor et les Métallos USW ont appelé à rester vigilants. Les employeurs cherchent déjà des moyens d’exploiter les failles potentielles de la loi. Lana Payne met en garde :

“Nous devons rester vigilants pour défendre notre droit de grève, protéger nos acquis et étendre ces protections à tous les travailleurs et travailleuses dans toutes les juridictions.”

L’USW a également noté que si la loi constitue un pas en avant, son plein impact dépendra d’une application rigoureuse et de la suppression des lacunes restantes qui pourraient en affaiblir l’effet.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, s’est félicité de cette réussite :

“Cette victoire au Canada est un exemple fort de ce que les travailleurs et travailleuses peuvent obtenir grâce à l’unité et à la détermination. Nous félicitons nos affiliés canadiens et l’ensemble du mouvement syndical du pays pour cette victoire et nous nous tenons à leurs côtés dans la lutte pour étendre ces protections à tous les travailleurs et travailleuses.”

Un soutien sans faille au combat des métallos italiens pour une convention équitable

Le 20 juin, La FIOM, la FIM et l'UILM ont organisé une grève de 8 heures combinée à des manifestations régionales dans toute l'Italie. Cette action était indispensable pour mettre la pression sur les interlocuteurs, les deux plus grandes associations d'employeurs que sont Federmeccanica et Assistal, qui s'enferment dans leur attitude irresponsable et refusent de reprendre la négociation de la convention collective nationale de la métallurgie.

La grève a aussi été étendue aux petites et moyennes entreprises. Les syndicats ont relancé leur mobilisation avec un refus total des heures supplémentaires et de la flexibilité.

Des travailleurs ont défilé dans toutes les villes du pays pour faire entendre clairement qu'ils n'accepteront pas la stagnation ni des concessions qui affaibliraient les niveaux de vie. Leurs revendications portent sur la lutte contre la stagnation des salaires, l'insécurité de l'emploi et l'insuffisance des protections au travail.

Dès le départ, les trois syndicats de la métallurgie ont agi de manière responsable, invitant leurs membres à voter démocratiquement leurs revendications. Ils ont mis en place une plateforme représentant fidèlement les intérêts de leurs adhérents de la base. 

La FIOM, la FIM et l'UILM ont pris la tête du mouvement de grève contre le refus des employeurs de s'engager dans un dialogue digne de ce nom. Le refus d'une convention équitable par les employeurs compromet les salaires et les droits des travailleurs et suscite un mécontentement général.

La reconduction de la convention nationale permettrait de restaurer la stabilité et les relations professionnelles dans ce secteur essentiel pour l'emploi, le PIB et la balance commerciale de l'Italie. Une convention révisée doit faire en sorte que les familles de travailleurs, qui ont perdu du pouvoir d'achat pendant la crise du coût de la vie des dernières années reçoivent la part qui leur revient des bénéfices et de la productivité afin de pouvoir nouer les deux bouts. Les travailleurs de la métallurgie sont unis dans leur combat pour la reprise des négociations.

La secrétaire générale d'industriALL Europe, Judith Kirton-Darling, a assuré une nouvelle fois ses affiliés italiens du secteur de la métallurgie de la solidarité inébranlable de son organisation dans leur lutte pour la dignité et la justice.

"industriALL Europe appuie avec fermeté les revendications des travailleurs pour des hausses claires et tangibles de taux de salaires négociés collectivement, supérieurs à l'inflation, afin d'améliorer le pouvoir d'achat. Nous soutenons aussi leurs efforts pour l'amélioration qualitative de l'emploi par un meilleur équilibre entre travail et vie privée et par des droits à la formation."

Le secrétaire général d'IndustriALL Global Union, Atle Høie, exhorte les employeurs à revenir à la table des négociations et à négocier de bonne foi.

"La révision de cette convention massive est attendue depuis longtemps. Il est de l'intérêt des entreprises comme des travailleurs de sortir de l'impasse et de lever l'incertitude actuelle."

Photo : industriALL Europe  

Les syndicats cartographient la transformation du secteur aérospatial lors de leur conférence mondiale

Négocier les turbulences : se préparer à la transformation dans un secteur en mutation

La Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL, Christina Olivier, a ouvert la conférence en appelant à réimaginer la syndicalisation face à l’IA, à l’automatisation et à la restructuration mondiale :

“Nous nous réunissons à un moment de tensions géopolitiques, d’inégalités croissantes et de changements technologiques rapides. L’automatisation et l’IA remodèlent le lieu de travail et nous devons repenser nos stratégies de syndicalisation.”

Bien que le secteur ait rebondi après la pandémie, les délégués ont souligné que les travailleurs et travailleuses sont toujours confrontés à une pression intense, à des chaînes d’approvisionnement fragmentées, à l’externalisation et à une demande croissante de nouvelles compétences. Christina Olivier a insisté sur le fait que les syndicats doivent renforcer leur pouvoir là où le secteur se développe, en particulier dans les pays du Sud.

Maria Perez, de Force ouvrière (FO), Coprésidente du secteur, a tenu à souligner ce qui suit :

“La reprise exerce une nouvelle pression sur les travailleurs et travailleuses. Les patrons, dont l’intérêt principal est d’augmenter le volume de production, utilisent des adaptations connexes dans les processus de fabrication pour limiter notre espace de négociation. Nous avons besoin d’unité et d’action pour défendre nos droits.”

Jody Bennett, de l’AIMTA et Coprésidente du secteur, a mis en garde contre la montée des forces anti-ouvrières :

“Les idéologies d’extrême droite tentent de réduire à néant des décennies de progrès obtenus par les syndicats. Nous devons continuer à être la voix de tous les travailleurs et toutes les travailleuses, y compris ceux et celles qui ne réalisent même pas qu’ils bénéficient de notre travail.”

Le Directeur d’UNIFOR Québec, Daniel Cloutier, a souhaité la bienvenue au Canada aux participants, soulignant que les luttes locales reflètent les défis mondiaux. Le Québec regroupe plus de la moitié de l’industrie aérospatiale du Canada, a-t-il souligné :

“Nous disposons d’une occasion unique. Les investissements massifs dans l’aérospatiale, via notamment des dépenses publiques, doivent être liés à des chaînes d’approvisionnement locales solides et à des conditions de travail décentes. Les transitions ne peuvent pas se faire sur le dos des travailleurs et travailleuses, elles doivent être façonnées avec nous, pas sans nous.”

Relier les points : construire des réseaux mondiaux

Alors que les multinationales de l’aérospatiale se restructurent et déplacent leur production, la coordination syndicale doit suivre le mouvement. Georg Leutert, Directeur d’IndustriALL pour le secteur aérospatial, a appelé à des réseaux mondiaux plus profonds et plus agiles, en particulier autour des grands acteurs que sont Airbus, Boeing et Embraer, mais aussi en ce qui concerne le secteur de l’approvisionnement et des entreprises telles que GE Aerospace et Safran, afin de garantir que les travailleuses et les travailleurs puissent faire entendre leur voix partout où ces entreprises opèrent. Cela signifie qu’il ne suffit pas de renforcer les centres existants en Europe et en Amérique du Nord, mais qu’il faut aussi développer activement notre pouvoir dans des régions en croissance comme l’Afrique du Nord, l’Inde et l’Amérique latine.

L’accent a été clairement mis sur la nécessité de relier les points sur la mappemonde et d’agir localement avec précision.

Georg Leutert a invité les participants à cesser de parler en termes généraux. Les nouveaux modèles d’avions, les fusions ou les délocalisations ne font pas seulement les gros titres, ce sont des signaux pour que les syndicats analysent les impacts, identifient les travailleurs et travailleuses concernés et coordonnent les actions au-delà des frontières. Le message est le suivant : “Faisons de notre réseau mondial une réalité”, par le biais de campagnes ciblées, d’informations partagées et d’une solidarité qui évolue avec le secteur.

Voler vers l’avenir : négocier pour des technologies au service des travailleurs

Les échanges sur la numérisation et l’IA ont révélé à la fois l’urgence et l’opportunité. Les délégués ont reconnu que si ces technologies transforment l’industrie, les syndicats peuvent encore influencer leur trajectoire, s’ils agissent promptement et de manière stratégique.

Kaylie Tiessen, économiste d’Unifor, a souligné que l’IA n’est pas intrinsèquement bonne ou mauvaise, mais qu’elle dépend de la manière dont elle est mise en œuvre et gérée sur le lieu de travail. Elle a souligné comment les syndicats peuvent influencer ces résultats par la négociation :

“Les outils de protection des travailleurs et travailleuses existent déjà dans de nombreuses conventions collectives, il suffit de les utiliser de manière stratégique.”

Elle a appelé les syndicats à négocier des clauses sur le recyclage, la protection des salaires, la sécurité et les droits en matière de données. Elle a également souligné que les changements technologiques arrivaient souvent sans prévenir et qu’ils devaient être anticipés dans les conventions collectives.

Mark Porter, du syndicat Unite, a ajouté que l’IA ne peut être séparée de la question plus large des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). Alors que les entreprises utilisent l’IA pour poursuivre des objectifs climatiques et rationaliser leurs activités, les travailleurs risquent d’être exclus de décisions cruciales :

“IA et ESG sont liés. Ces outils nous aideront à atteindre le net zéro, mais ils représentent aussi une grave menace si les travailleurs et travailleuses ne sont pas présents à la table des négociations. Nous ne pouvons pas nous permettre d’être à mis l’écart.”

Chaînes d’approvisionnement et mondialisation équitable

Les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales restent l’un des défis communs les plus pressants. Les délégués ont décrit comment l’externalisation, la délocalisation et la lassitude des fournisseurs compromettent la sécurité de l’emploi et la stabilité de la production, en particulier lors du lancement de nouveaux modèles d’avions.

Frank Bergmann, d’IG Metall, a averti que les restrictions commerciales dictées par la politique déstabilisent de plus en plus le secteur, transformant les chaînes d’approvisionnement en “armes géopolitiques”. Les risques sont élevés : une rupture de la coopération entre les États-Unis et l’Union européenne sur des composants tels que les moteurs ou les boîtes de vitesse pourrait entraîner l’arrêt de la production.

S’impliquer auprès de l’OACI : influencer les normes aéronautiques

Les syndicats ont souligné la nécessité de s’impliquer auprès de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), où les politiques mondiales en matière d’automatisation, de sécurité et de climat sont débattues et approuvées. Gabriel Mocho Rodriguez, de la Fédération internationale des transports (ITF), a souligné que l’action de l’OACI touche de plus en plus le monde du travail, même si elle ne le réglemente pas directement.

IndustriALL s’est engagée à collaborer plus étroitement avec l’ITF pour s’assurer que la voix des syndicats soit entendue dans les processus de l’OACI : “Si les syndicats ne sont pas à la table lorsque les règles mondiales sont écrites, nous risquons de nous voir imposer des normes sans que nous ayons notre mot à dire.”

Repenser le plan de vol : DEI et égalité des sexes dans l’aérospatiale

Une session dynamique sur la diversité, l’équité et l’inclusion (DEI) a suscité une discussion franche, rendue plus urgente par le manque visible de femmes dans la salle. Alors qu’IndustriALL s’est engagé à atteindre un objectif de 40 % de participation des femmes, cette conférence a rappelé le chemin qui reste à parcourir dans le secteur, tant au niveau de la pratique que de la représentation.

Peter Greenberg, de l’AIMTA, a reconnu le manque de leadership des syndicats :

“Nous voyons davantage de femmes dans le secteur, mais pas assez dans les rôles syndicaux. Nous avons lancé le programme LEADS au sein de l’AIMTA pour encadrer les femmes, mais ce n’est qu’un début.”

Carmen Perry, d’UNIFOR, a lancé un défi personnel :

“Tout le monde n’est pas bruyant, je suis italienne, je parle fort, mais de nombreux travailleurs et travailleuses restent silencieux parce qu’ils ne voient de voie à suivre. Trouvez ce diamant brut, encadrez-le et montrez-lui qu’il a sa place.”

Elle a exhorté les participants à ne plus utiliser la prise en charge d’un proche comme excuse pour l’exclusion.

Sophie Albert, d’UNIFOR, a ajouté :

“Trop souvent, les femmes qui dirigent différemment s’entendent dire qu’elles le font mal. Nous devons redéfinir la culture et non demander aux femmes de s’adapter à des normes dépassées.”

En l’absence d’équilibre entre les sexes, la session est devenue un moment de réflexion nécessaire. Les participants sont repartis avec un sentiment renouvelé d’urgence pour intégrer l’équité entre les sexes dans tous les aspects de la stratégie, non pas comme un ajout, mais comme un principe fondamental de la transformation des syndicats.

Orientation stratégique et prochaines étapes

La conférence s’est achevée sur une feuille de route ciblée pour le travail d’IndustriALL dans l’aérospatial :

Le message fut clair : il est temps de passer des idées générales à une action coordonnée. Avec ces résultats, qui alimenteront le Congrès d’IndustriALL à Sydney en novembre prochain, le secteur aérospatial ouvre un nouveau chapitre, guidé par la solidarité, la stratégie et la transformation menée par les travailleurs et travailleuses.

Les syndicats promeuvent le monde du travail au niveau de la transition énergétique lors de la conférence mondiale sur l’efficacité énergétique

Lors de la séance d’ouverture de la conférence, les intervenants ont souligné l’urgence de placer l’efficacité énergétique au cœur des politiques visant à lutter contre la crise climatique, à réduire la pauvreté énergétique, à renforcer la sécurité énergétique et à améliorer la compétitivité industrielle.

L’efficacité énergétique a été présentée comme le “premier carburant” avant toute autre source d’énergie, avec des rendements économiques importants : chaque euro investi dans l’efficacité peut se traduire par une économie de 12 euros pour les ménages. La crise énergétique résultant de la guerre en Ukraine a également été présentée comme ayant accéléré la nécessité de réduire la dépendance aux combustibles fossiles, en particulier au gaz russe, pour partie grâce à des mesures d’efficacité énergétique.

Lors de la réunion du Conseil syndical sur les énergies propres, coprésidé par Luc Triangle, Secrétaire général de la CSI, et Zingiswa Losi, Présidente du Congrès des syndicats sud-africains (COSATU), l’accent a été mis sur la nécessité de veiller à ce que la transition énergétique soit juste, inclusive et centrée sur les personnes. Luc Triangle a insisté sur la nécessité d’un cadre de transition qui garantisse des emplois de qualité, les droits du travail et la protection sociale, soulignant que sans une véritable participation des syndicats et une approche fondée sur la justice, le processus n’obtiendra pas le soutien nécessaire des travailleurs et travailleuses.

Dans son intervention, le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

“Il y a des gens dans cette salle qui ont été persécutés pour leurs activités syndicales, ce qui signifie qu’ils n’auraient même pas la moindre chance de s’approcher de la salle ou l’on décide de ce qui va se passer en termes de transition. Si des pays décident de persécuter des syndicalistes qui font leur travail de protection de la population, comment pouvons-nous espérer que les travailleurs et travailleuses seront présents à la table des négociations ? Il y a tant de choses à faire en même temps, et nous n’avons pas le temps de nous tromper.”

Deux documents clés ont été présentés lors de la réunion, fournissant des recommandations concrètes pour traduire les principes d’une Transition juste en actions nationales et internationales, en vue des processus du G20 et de la COP30 au Brésil :

IndustriALL œuvre au sein de ces forums pour s’assurer que les transitions énergétiques mondiales sont construites sur un engagement ferme en faveur de la justice sociale et du respect des droits des travailleurs et travailleuses.

Des protections historiques à la Conférence internationale du travail 2025

Une grande réalisation de la CIT de cette année a été l'adoption d'une toute première norme internationale du travail pour prévenir l'exposition aux risques biologiques dans le milieu de travail. La Convention 192, accompagnée de sa recommandation, institue un cadre général pour la protection des travailleuses et des travailleurs contre les risques biologiques, existants et émergents, dans tous les types de milieu de travail. Cette nouvelle norme devrait jouer un rôle crucial par une amélioration générale de la santé et la sécurité au travail.

La CIT a eu sa première discussion normative sur le travail décent dans l'économie des plateformes, un jalon dans la lutte pour les droits des travailleurs des plateformes numériques. Les normes à venir prendront la forme d'une convention, appuyée par une recommandation, qui seront finalisées à la 114e CIT, en 2026. Entre autres choses, les instruments proposés couvriront les droits fondamentaux au travail, l'équité de la rémunération et la protection sociale, la santé et la sécurité au travail ainsi que la protection des données et de la vie privée.

Lutter contre l'informalité

Une autre grande réalisation de la CIT a été l'adoption d'une Résolution relative à la transition de l'emploi informel vers l'emploi formel qui réaffirme les principes de la Recommandation 204 et exhorte les pays à mettre en œuvre des stratégies nationales pour la formalisation.

Le groupe des travailleurs a joué un rôle essentiel dans l'élaboration de cette résolution, réclamant un libellé plus ferme sur la liberté syndicale, la négociation collective et les droits au travail de la population active partout dans le monde.

Les éléments essentiels de la résolution sont : 

Les droits des travailleurs sont des droits de l'homme

Par une décision très politique, la CIT a voté l'octroi du statut d'observateur non-membre à la Palestine, qui était considérée précédemment comme un mouvement de libération. Cela lui permet de participer aux réunions de l'OIT en tant qu'État observateur non-membre, dans la foulée de sa reconnaissance internationale croissante.

La CIT a adopté une résolution sur le Myanmar au titre de l'article 33 de la Constitution de l'OIT qui dénonce la junte militaire du Myanmar. Cette mesure, que l'OIT n'avait appliquée que deux fois auparavant, enjoint aux autorités militaires d'appliquer intégralement les recommandations de la Commission d'enquête de l'OIT, en particulier pour la liberté syndicale et l'élimination du travail forcé. La résolution appelle à un soutien et un examen internationaux plus approfondis afin de promouvoir les droits des travailleurs du Myanmar.

La Commission de l'application des normes (CAN) a examiné 24 cas individuels de pays. Pendant la session spéciale sur le Bélarus, IndustriALL a condamné la répression du syndicalisme démocratique, soulignant la dissolution de ses affiliés et l'emprisonnement de dirigeants syndicaux sur des chefs d'accusation politiques. IndustriALL a réclamé la libération immédiate et inconditionnelle d'activistes emprisonnés, dont Henadz Fiadynich, Vatslau Areshka, et cinq dirigeantes comme Volha Brytsikava, dont beaucoup sont mis à l'isolement, victimes de mauvais traitements et voient leur santé se dégrader. Une surveillance internationale doit être entretenue jusqu'à ce que le gouvernement bélarusse mette en œuvre des progrès significatifs.

Dans la session sur la Hongrie, IndustriALL a interpelé le gouvernement hongrois qui sape les droits syndicaux au moyen de textes de loi vagues, d'une surveillance numérique des travailleurs et d'un affaiblissement du dialogue social. IndustriALL a condamné la suppression du prélèvement automatique des cotisations syndicales, qui a causé un déclin prononcé des taux d'affiliation et des finances des syndicats, et il a réclamé des réformes urgentes afin de protéger la liberté d'expression, de simplifier l'enregistrement des syndicats, d'amender la Loi sur la grève et de rétablir la négociation collective sectorielle.

IndustriALL a aussi évoqué les cas de la Géorgie, de l'Irak, du Kirghizistan et de la Malaisie, où les travailleurs se voient imposer des limites à leur liberté de s'organiser et sont confrontés à un affaiblissement des lois sur le travail.

Selon Atle Høie, le secrétaire général d'IndustriALL :

"La Conférence internationale du travail de cette année a marqué un tournant pour les travailleurs et les syndicats du monde entier. L'adoption de la Convention sur les risques biologiques instaure une nouvelle référence en matière de sécurité au travail, tandis que l'ouverture de négociations pour le travail décent dans l'économie des plateformes est une grande avancée pour les travailleurs précaires.

"Et surtout, l'application au Myanmar des sanctions prévues à l'article 33 envoie un message fort : la poursuite par la junte militaire d'une répression violente contre les syndicats et les travailleurs aura des conséquences au sein de la communauté internationale. IndustriALL continuera à défendre ses affiliés et leurs droits fondamentaux au travail."

Photo de couverture : Violaine Martin /ILO

Inde : des travailleurs et travailleuses de la confection défient la fermeture illégale de leur entreprise

CFL est un important exportateur de prêt-à-porter d’Inde et l’imposition d’une fermeture unilatérale par l’entreprise viole les lois indiennes relatives au droit du travail et à la fermeture d’usines.

Sous la conduite du Syndicat des travailleurs de l’habillement et de la mode (GAFWU), affilié à IndustriALL par l’intermédiaire de Unions United, les salariés licenciés illégalement, dont une majorité de femmes, ont organisé des sit-in de protestation pendant des jours et des nuits jusqu’à ce que la direction soit contrainte de négocier avec eux. Le GAFWU s’est également adressé au bureau du Commissaire adjoint au travail et a déposé une plainte auprès du tribunal du travail pour obtenir réparation.

Le 13 juin, un accord a été conclu entre les travailleurs et la direction, selon lequel toutes les personnes concernées recevront leur salaire intégral en juin, ainsi qu’une prime et une indemnité de congés payés (en compensation des congés payés non utilisés) d’ici le 7 juillet. En lieu et place de la gratification (paiement pour un certain nombre d’années de service), les travailleurs et travailleuses ayant trois ans de service recevront 45 jours de salaire d’ici le 30 juillet et ceux ayant au moins un an de service recevront 15 jours de salaire d’ici le 10 juillet.

Le GAFWU a revendiqué que les enseignes qui s’approvisionnent auprès de CFL assument la responsabilité de leur chaîne d’approvisionnement et veillent à ce que la direction de CFL applique son code de conduite et respecte les droits des travailleurs. Il a également revendiqué que le gouvernement du Tamil Nadu intervienne sans délai et veille à ce que les dispositions de la législation indienne soient respectées et à ce que les travailleurs et travailleuses reçoivent une indemnité de fermeture.

Gautam Mody, membre du Comité exécutif d’IndustriALL et recruteur syndical auprès de Union United, a déclaré :

“Il s’agit d’un nouveau cas où la loi est du côté des travailleurs, mais où le gouvernement permet aux employeurs de fermer des usines en toute impunité, en profitant de personnes qui gagnent à peine l’équivalent de 115 dollars par mois et qui n’ont tout simplement pas la capacité de tenir le coup. Le syndicat fera tout ce qui est en son pouvoir pour s’assurer que l’entreprise paie aux travailleurs et travailleuses ce qui leur est dû. Toutefois, cette situation ne changera pas tant que nous n’aurons pas instauré la transparence dans la chaîne d’approvisionnement des multinationales.”

Christina Hajagos Clausen, Directrice pour l’industrie textile et la confection auprès d’IndustriALL, a déclaré :

“IndustriALL salue la lutte du GAFWU et exprime sa totale solidarité avec les travailleurs et travailleuses de Celebrity Fashions. Nous exhortons les enseignes qui s’approvisionnent auprès de cette entreprise à se pencher immédiatement sur la question et à régler le problème des pratiques de travail déloyales dans l’usine de leur fournisseur.”

Les travailleurs et travailleuses de Digel en Turquie luttent contre les pratiques antisyndicales

Le conflit a débuté le 17 janvier 2025, alors que des membres du syndicat textile turc Teksif ont été licenciés après que le syndicat a obtenu la majorité légale parmi les travailleurs et travailleuses de Digel. Le ministère turc du travail et de la sécurité sociale a confirmé le statut de Teksif en tant que représentant légitime pour la négociation collective. Mais au lieu de s’impliquer avec le syndicat, Digel a contesté cette certification et a lancé une série de manœuvres juridiques pour bloquer le processus.

Digel a contesté la certification du ministère en affirmant que Teksif n’avait pas la majorité. L’entreprise a d’abord intenté une action en justice auprès d’un tribunal qui ne pouvait pas en être saisi et qui a transmis l’affaire à l’instance compétente, la Cour d’appel. Depuis, Digel a porté l’affaire devant la Cour suprême de Turquie, une démarche qui, selon les syndicalistes, vise à retarder la reconnaissance jusqu’à ce que Teksif perde le soutien de sa base. “Une justice retardée n’est pas une justice”, affirment les travailleurs et travailleuses.

Entre-temps, Digel a licencié sept travailleurs et travailleuses en raison de leur engagement syndical. Une procédure judiciaire est en cours pour leur réintégration.

Dans une lettre commune adressée à la direction de Digel, IndustriALL Global Union et industriAll Europe ont demandé la réintégration immédiate des travailleurs et travailleuses licenciés et ont exhorté l’entreprise à entamer des négociations avec Teksif. La lettre exhorte Digel à “respecter strictement le droit du travail national et international, à réintégrer immédiatement les sept membres du syndicat licenciés, à respecter les droits syndicaux fondamentaux, à cesser d’intimider et de menacer les travailleurs et travailleurs et à engager des négociations de bonne foi avec Teksif en tant que représentant légitime pour la négociation collective”.

“Nous demandons à la direction de Digel d’être ouverte au dialogue avec IndustriALL et industriALL Europe, ainsi qu’avec Teksif et IG Metall,”

a indiqué Atle Hoie, Secrétaire général d’IndustriALL Global Union.

“La liberté syndicale et le droit de négociation collective sont des lignes rouges. Nous continuerons à nous battre et jamais nous n’abandonnerons ces droits chez Digel.”

Digel n’a toujours pas réagi ni entamé de dialogue, que ce soit au niveau local ou national. Au lieu de cela, le conflit s’est encore aggravé. Huit autres membres de Teksif, représentants du comité syndical et témoins dans les procès en cours, ont été licenciés, accusés d’avoir refusé les tâches qui leur étaient assignées. Teksif affirme que ces licenciements constituent des représailles pour le militantisme syndical et une tentative de réduire au silence des figures clés du mouvement de syndicalisation.

En réponse, les travailleurs et travailleuses de Digel ont annoncé une marche de protestation de 700 kilomètres, de Izmir à Ankara, le 21 juin. Se déplaçant entièrement à pied, leur intention est de sensibiliser l’opinion publique à leur lutte et de présenter leurs revendications directement au ministère du travail et de la sécurité sociale. Ils affirment qu’ils resteront dans la capitale jusqu’à ce que leurs revendications soient satisfaites.

“Cette situation est en totale contradiction avec les valeurs et les règles défendues en Europe,”

a déclaré Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d’industriAll Europe.

“Nous sommes aux côtés de ces travailleurs et travailleuses bafoués et fermement déterminés à prendre toutes les mesures nécessaires pour que l’ensemble des travailleurs et travailleuses de Digel puissent exercer pleinement leurs droits syndicaux fondamentaux.”

Les produits de Digel sont vendus en ligne ainsi que dans plus de 40 pays à travers le monde.