La justice réintègre des travailleurs licenciés par ArcelorMittal South Africa

Les licenciements portent sur plus de 3.500 emplois directs et 100.000 indirects au long de la chaîne de valeur. AMSA impute ces licenciements au coût élevé de l'énergie, aux importations à bon marché et à des défis logistiques en matière de transport.

L'entreprise sidérurgique avait diffusé un préavis de licenciement pour ses sites de Newcastle et Vereeniging en janvier de cette année, mais avant la fin des consultations, elle commença à licencier le 21 octobre. Le Syndicat national des travailleurs de la métallurgie d'Afrique du Sud (NUMSA), majoritaire dans l'entreprise, a alors sollicité un arrêt d'urgence de la Cour du travail afin de protéger les intérêts des travailleurs.

L'arrêt de la Cour du travail du 27 octobre accède à la demande du NUMSA (un affilié d'IndustriALL Global Union), parce que AMSA doit suivre une procédure équitable en entamant, avec les syndicats, des négociations à propos des licenciements, et ordonne des consultations équitables dans les 10 jours. Tous les travailleurs licenciés doivent être réintégrés et rémunérés pour la durée de leur licenciement. En outre, ArcelorMittal n'est pas autorisée à licencier un seul travailleur à ses sites de Newcastle et Vereeniging sur base du préavis Section 189 de janvier, qui informait le personnel de l'intention de l'employeur de licencier. La cour juge que AMSA doit publier un nouveau préavis.

S'agissant des licenciements, le NUMSA dit vouloir "de véritables consultations en quête d'un consensus" sur la fermeture des sites.

"Cette dernière victoire est un exemple de plus du combat que livre systématiquement le NUMSA pour les travailleurs et leurs familles et ouvre la voie à une éventuelle recherche de solutions de rechange au licenciement,"

a déclaré Irvin Jim, le secrétaire général du NUMSA.

L'argument du syndicat était qu'il est malhonnête de la part de AMSA de recevoir des aides financières de la Société pour le développement industriel (IDC) tout en licenciant des travailleurs. Le NUMSA a aussi organisé, en février, des piquets de grève devant le siège de l'IDC à Johannesburg pour réclamer une intervention d'urgence pour stopper les licenciements.

La secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin, déclare :

"AMSA devrait toujours consulter le syndicat et négocier de bonne foi. Que des travailleurs soient licenciés alors que les négociations se poursuivent est injuste."

L'Afrique du Sudest le premier producteur d'acier du continent, avec plus de 10 pour cent de sa production.

Pour garantir l’avenir du travail, il faudra des syndicats forts et une collaboration mondiale

Les représentants des affiliés d’IndustriALL en Uruguay, le Syndicat national des travailleurs de la métallurgie et des industries connexes (UNTMRA), le Syndicat des tanneurs (UOC) et la Fédération des travailleurs du papier, de la pâte à papier et du carton (FOPCCU), ainsi que les dirigeants de la Confédération des syndicats de l’industrie manufacturière (CSI) d’Uruguay et d’IG Metall (Allemagne) ont tous participé à cette réunion d’une journée. Leur objectif était d’analyser les stratégies collectives et d’encourager la coopération internationale pour relever les défis posés par les changements technologiques, productifs et géopolitiques en Europe et en Amérique latine. La rencontre s’est tenue au bureau régional d’IndustriALL à Montevideo, avec des exposés d’Angélica Jiménez Romo, déléguée d’IG Metall, de María Losada, de l’agence allemande de coopération internationale GIZ, et du Secrétaire régional d’IndustriALL, Marino Vani.

Angélica Jiménez Romo a expliqué que l’Allemagne dispose d’un modèle syndical solide, avec un petit nombre de syndicats couvrant un grand nombre de membres et de sous-secteurs, une approche qui renforce les syndicats. En ce qui concerne les changements sur le marché du travail, elle a souligné que la réduction du temps de travail devrait être rendue possible grâce aux progrès technologiques et non en supprimant des droits aux travailleurs.

S’agissant de l’avenir du travail et d’Industrie 4.0, elle a fait valoir que les machines doivent travailler pour les personnes et que la richesse doit être répartie plus équitablement. Il est également nécessaire de repenser le modèle de production et le modèle syndical en réponse à la numérisation.

Danilo Dárdano, Président de la Confédération des syndicats de l’industrie manufacturière d’Uruguay (CSI), a présenté un rapport sur les syndicats uruguayens et le contexte difficile dans lequel ils fonctionnent, marqué par des fermetures d’usines et une baisse de la production. Il a également évoqué les recommandations que son organisation promeut en association avec le gouvernement afin de relancer le secteur. Les représentants syndicaux ont également souligné la nécessité de diversifier la production.

Avant la réunion, la délégation allemande et les représentants d’IndustriALL ont rencontré des travailleurs d’une fonderie de l’UNTMRA dans le Parc technologique industriel de Cerro, un quartier ouvrier confronté à des problèmes sociaux. Les salariés (dont 50 % de femmes) qui avaient perdu leur emploi recyclent désormais d’anciens équipements d’éclairage, les transformant en lingots d’aluminium pour la fabrication de diverses pièces et composants.

Angélica Jiménez Romo a indiqué que la réunion avait été extrêmement utile :
“Le monde change tellement qu’il est important d’obtenir des informations de première main afin de bien comprendre comment aller de l’avant pour soutenir la classe ouvrière. Nos deux régions ont des liens culturels très étroits et nous devons en tirer parti pour rechercher des stratégies communes.’’

Le Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Amérique latine, Marino Vani, a résumé la situation en ces termes :

“Nous avons réussi à renforcer l’identité de nos affiliés en Amérique latine, en coopération avec les travailleurs et travailleuses de l’industrie métallurgique allemande. En tant que syndicats, nous sommes désormais plus forts et mieux équipés pour relever les défis actuels et futurs du monde du travail.’’

Les syndicats français et espagnols solidaires des travailleurs argentins du nucléaire

Les syndicalistes argentins ont décrit les risques de privatisation, dont la participation du privé dans l'opérateur NA-SA, les pressions exercées sur l'Usine industrielle d'Eau lourde (PIAP) et la paralysie de projets stratégiques tels que CAREM (un SMR de conception argentine dont la phase de génie civil est très avancée) et le réacteur de recherche polyvalent RA-10. Ils avertissent qu'un démantèlement du système public réduirait des synergies à néant et causerait une perte irréversible de compétences acquises au fil de décennies.

Les participants ont aussi sonné l'alarme devant la faiblesse des salaires, les rémunérations de beaucoup de travailleurs se situant sous le seuil de pauvreté, certaines catégories n'atteignant pas l'équivalent de 400 $. Le résultat est immédiat : la fuite de cerveaux des jeunes de 20 à 40 ans, recrutés par des firmes étrangères, et le départ précipité de spécialistes dont la formation a pris des années. Ce n'est pas seulement injuste, cela sape la culture de la sécurité et la transmission du savoir entre des générations qui s'expatrient maintenant pour trouver des emplois mieux rémunérés.

"Le propos n'est pas théorique; il est question de salaires qui ne couvrent pas les besoins élémentaires et de techniciens qui partent", déclare Rodolfo Kempf, de la CTA-CNTI Argentina. "Si nous perdons ces gens-là, nous perdons notre sécurité et notre avenir."

La sécurité et la gestion des déchets sont des préoccupations communes. Pour les délégués, la privatisation dans ces domaines et la dilution des responsabilités seraient inacceptables.

Yann Perrotte, de FO Fédéchimie France, a déclaré : "La sécurité exige un cadre public clair. Les règles de gestion du cycle du combustible et des déchets doivent être claires et publiques."

Les participants ont aussi souligné la nécessité de préserver l'indépendance de l'Autorité de régulation nucléaire d'Argentine, dont les compétences techniques et l'autonomie sont vitales pour la sécurité.

Ce que l'Espagne et la France ont à dire

L'Espagne a fait part de son expérience de la fermeture de centrales nucléaires planifiée entre 2027 et 2035, soulignant le rôle de la compagnie publique de traitement des déchets dans la préparation du démantèlement, précisant qu'il est important de bénéficier des connaissances du personnel qui a fait fonctionner ces centrales. Les syndicats insistent sur la nécessité de clauses de protection des emplois et des compétences à la fois pendant le fonctionnement et la fermeture et soulignent que les décisions importantes en matière d'énergie sont sans effeten l'absence de consensus national stable et de véritable dialogue social.

Du côté français, les participants ont commenté les conséquences de 25 années de libéralisation du marché, de sous-investissement, de pertes de compétences et d'insécurité de l'emploi, avant que l'État rachète EDF en totalité pour rétablir une capacité d'investissement à long terme. La leçon à tirer est claire pour eux : le secteur nucléaire ne peut fonctionner avec une vision à court terme, une logique de marché. Il faut des institutions fortes, un financement assidu et des politiques stables.

Carlos Pérez, de l'UGT FICA espagnole, a ajouté : "Rien ne fonctionne sans un dialogue social et une planification des compétences. Dans le fonctionnement et le démantèlement, les emplois décents et les connaissances sont l'essence même de la sécurité."

Pourquoi nous sommes tous concernés

Les syndicats défendent la sécurité, le travail décent et la capacité industrielle. Alors que la demande d'énergie continue d'augmenter, alimentée par les centres de données et une numérisation en plein essor, tous les pays auront besoin d'une planification énergétique efficace, d'une réglementation indépendante et de travailleurs qualifiés avec des droits garantis.

La directrice d'IndustriALL en charge du secteur de l'énergie, Diana Junquera Curiel, a déclaré :

"La solidarité syndicale n'est pas une posture; elle est notre stratégie de la sécurité. Si un pays démantèle son écosystème nucléaire, il perd des capacités qu'il faudra des décennies pour reconstituer. Il n'y a pas de solutions toutes faites, mais la voie à suivre est claire : travail décent, transparence et solidarité avec le mouvement international. En cela, IndustriALL et ses affiliés sont et resteront aux côtés de l'Argentine."

Les syndicats renforcent leur collaboration au sein de Dow, DuPont et des principaux producteurs chimiques

Du 13 au 15 octobre, au siège des Métallos USW à Pittsburgh, aux États-Unis, les dirigeants syndicaux représentant les travailleurs et travailleuses de Dow, DuPont, Corteva, Roquette, Trinseo et Qnity ont échangé leurs expériences et leurs stratégies pour défendre les droits des travailleurs et façonner l’avenir de l’industrie chimique. Parmi les participants figuraient des syndicats affiliés des États-Unis, d’Allemagne, du Brésil, du Royaume-Uni, de Turquie, d’Argentine, de Belgique, d’Espagne et d’Indonésie.

Les débats ont porté sur la manière dont les syndicats peuvent répondre aux pressions liées à l’incertitude économique, à l’évolution des politiques commerciales et à l’intégration rapide des outils numériques et des technologies d’intelligence artificielle. Les participants ont identifié la nécessité d’une coordination internationale plus forte afin de garantir que les travailleurs de l’industrie chimique soient équipés, formés et protégés à mesure que l’industrie se transforme.

Les délégués ont partagé leurs expériences issues de leurs lieux de travail, comparé les résultats des négociations collectives, les données financières des entreprises et les pratiques en matière de sécurité et discuté des stratégies visant à renforcer la formation, à attirer et à retenir les travailleurs qualifiés et à garantir que les nouvelles technologies servent les travailleurs plutôt que de les remplacer.

La réunion s’est déroulée dans le contexte de la restructuration en cours chez Dow, en particulier en Europe, qui affecte les emplois des salariés dans plusieurs pays et rend d’autant plus urgente la nécessité d’une action syndicale coordonnée et de mesures de transition équitables.

Kent Holsing, Président du Conseil syndical nord-américain de Dow DuPont et Président de la section locale 12075 de l’USW, a déclaré :

“L’industrie chimique est d’une importance cruciale, et ses travailleurs et travailleuses en sont un élément essentiel. Nous devons rappeler à ces entreprises qu’elles ne peuvent pas oublier ceux et celles qui travaillent pour leur permettre d’être rentables et nous devons protéger non seulement les membres de nos syndicats, mais aussi les salariés non syndiqués qui n’ont pas cette possibilité de s’exprimer.”

La réunion a également abordé l’incertitude économique du secteur, les fluctuations douanières et la nécessité d’assurer la stabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales. Les participants ont souligné que les entreprises ne doivent pas utiliser ces pressions comme prétexte pour supprimer des emplois ou porter atteinte aux droits syndicaux.

Tom Grinter, Directeur pour la chimie auprès d’IndustriALL, a déclaré :

“Les travailleurs et travailleuses de la chimie sont confrontés à une convergence de pressions : niveaux d’effectifs dangereusement faibles, pénurie de compétences, restructurations et, désormais, déploiement rapide de l’intelligence artificielle et de systèmes numériques. Il ne s’agit pas de défis isolés, mais de défis mondiaux. Grâce à une collaboration comme celle-ci, les syndicats acquièrent le pouvoir et les connaissances nécessaires pour négocier des transitions équitables. La nouvelle politique d’IndustriALL en matière d’IA établit une ligne claire : la technologie doit être conçue et déployée avec les travailleurs et travailleuses et non à leur encontre.”

Les participants ont également discuté de projets visant à officialiser la coopération mondiale entre les syndicats de Dow par le biais d’un éventuel Conseil mondial pour cette entreprise, destiné à approfondir l’échange d’informations et la coordination des négociations collectives.

Cette initiative reflète un engagement commun à renforcer la solidarité mondiale dans un secteur où les entreprises internationales prennent des décisions mondiales qui affectent les travailleurs et travailleuses au plan local. En renforçant la coordination au-delà des frontières, les syndicats veillent à ce que la voix des travailleurs soit entendue dans les salles de réunion, les chaînes d’approvisionnement et dans le cadre des transitions technologiques.

Le Bangladesh ratifie les conventions fondamentales de l'OIT sur l'égalité de genre après une longue campagne syndicale

Plus de dix ans après la tragédie du Rana Plaza, en 2013, les syndicats bangladais et le Conseil d'IndustriALL pour le Bangladesh n'ont cessé de réclamer des réformes de fond pour sécuriser les lieux de travail et rendre les employeurs et les marques responsables de leurs actes. IndustriALL et ses affiliés bangladais ont travaillé au renforcement du système d'inspection du travail du pays, à l'actualisation de la législation sur la SST et ont réclamé la ratification des conventions 155, 187 et 190 de l'OIT.

"Ce succès revient aux travailleurs qui réclamaient la santé et la sécurité depuis des années. Reste maintenant à faire en sorte que ces conventions soient mises en application pour que chaque femme et chaque travailleur puissent aller travailler sans crainte,"

a déclaré Nazma Akhter, membre du comité exécutif d'IndustriALL et présidente de la Sommilito Garments Sramik Federation (SGSF).

À la suite de l'Accord sur la sécurité incendie et la sécurité des bâtiments au Bangladeshde 2013, IndustriALL, UNI Global Union et des marques internationales ont conclu, la même année, l'Accord du Bangladesh et créé le Conseil pour la pérennité de la confection au Bangladesh (RSC) en 2020. Le RSC a poursuivi le travail entamé par l'Accord, veillant à ce que la sécurité dans les usines demeure une obligation juridiquement contraignante et que les travailleurs puissent faire entendre leurs préoccupations en la matière par le biais d'un mécanisme de recours indépendant.

Violence et harcèlement basés sur le genre: bâtir le respect et l'égalité

Les femmes constituant la majorité de la main-d’œuvre dans la confection, les syndicats se sont battus pour éliminer la maltraitance et la discrimination des lieux de travail. Avec ses affiliés, IndustriALL a promu la création de comités contre le harcèlement, l'instauration de procédures de recours tenant compte des questions de genre et des formations pour les travailleurs et le personnel d'encadrement. Des accords-cadres mondiaux avec des grandes marques telles que H&M et Inditex ont renforcé ces engagements et accru la redevabilité des fournisseurs.

"La ratification doit être suivie de l'action. Nous continuerons à suivre l'évolution de la situation et veillerons à ce que des normes internationales améliorent réellement la vie des travailleurs,"

a déclaré Babul Akhter, le secrétaire général du Conseil d'IndustriALL pour le Bangladesh.

Lors d'une visite au Bangladesh, en mai 2025, des représentants d'IndustriALL ont rencontré les affiliés et des hauts fonctionnaires, dont le Conseiller au travail et à l'emploi et l'Envoyé spécial du Conseiller-en-chef pour les questions internationales. La délégation a réclamé une mise en application concrète des réformes du travail, une amélioration des normes de SST et des salaires décents pour tous les travailleurs.

Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

"Ces ratifications sont le fruit d'une campagne soutenue des organisations syndicales et de la solidarité des travailleurs du Bangladesh et du monde entier. Des engagements contraignants, des syndicats forts et le dialogue social sont les réels moteurs du changement."

Photo : Manifestations du 1erMai à Dacca, au Bangladesh, en 2025

IndustriALL exige des comptes pour l’attaque contre le siège de la PGFTU

Les forces d’occupation israéliennes ont fait irruption au siège de la PGFTU à Naplouse et l’ont vandalisé, détruisant des bureaux, enfonçant des portes et détruisant du matériel électronique dans des départements clés, notamment le secrétariat général, le département des affaires juridiques et les services administratifs. Le bâtiment aurait été transformé en centre d’interrogatoire militaire.

Cette attaque constitue une violation de la Convention n° 98 de l’OIT, qui garantit le droit à la syndicalisation et à la négociation collective, droits qu’Israël, en tant que signataire, est tenu de respecter. Elle représente une tentative délibérée de paralyser le travail syndical et d’intimider les adhérents, ainsi qu’une violation flagrante des normes internationales du travail et des droits humains.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

“IndustriALL est pleinement solidaire de la PGFTU et de tous les travailleurs et travailleuses de Palestine face à cette attaque grave et sans précédent contre les droits syndicaux et les droits humains. Nous exigeons la fin immédiate de toutes les attaques contre les syndicats et les travailleurs et travailleuses de Palestine ainsi que la pleine responsabilisation des personnes impliquées.

La communauté internationale doit intensifier ses pressions sur Israël pour qu’il respecte le droit international et défende les droits humains et syndicaux. Face à la répression brutale et à l’occupation, nous sommes fermement aux côtés de la PGFTU et des travailleurs et travailleuses palestiniens qu’elle représente.”

Crédit photo : PGFTU

L'incendie d'un atelier de confection fait 16 morts au Bangladesh

Le 14 octobre, un incendie meurtrier a ravagé une usine de vêtements et un entrepôt de produits chimiques dans le quartier de Mirpur, à Dacca, tuant seize personnes et en blessant plusieurs autres. Il a fallu près de 27 heures aux équipes d'intervention pour éteindre l'incendie. Selon la presse, les victimes ne pouvaient échapper aux fumées toxiques parce que l'accès au toit était verrouillé, ce qui montre de graves défaillances dans les mesures de sécurité.

Depuis la tragédie du Ra        na Plaza, en 2013, des mesures ont été prises sous la pression d'organisations syndicales nationales et mondiales pour améliorer les normes de sécurité des immeubles dans l'industrie de la confection au Bangladesh. Ce fut notamment la signature, la même année, de l'Accord sur la sécurité incendie et la sécurité des bâtiments au Bangladesh imposant des inspections de la santé et la sécurité et des mécanismes d'indemnisation, une formation à la sécurité et des procédures de traitement des plaintes.

Suivant l'Accord internationalpour la santé et la sécurité dans l'industrie textile et de l'habillement, les établissements concernés ne sont pas soumis au programme d'inspections et d'indemnisation qu'applique le Conseil pour la pérennité de la confection au Bangladesh (RSC), une instance tripartite nationale chargée de l'application des programmes de sécurité au travail de l'Accord du Bangladesh, qui surveille étroitement la situation, et a aussi confirmé que l'usine ayant subi cet incident ne relève pas du mandat du RSC en matière de contrôle de la sécurité.

En exprimant ses condoléances aux victimes et à leurs proches, le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a déclaré:

"L'incendie de Mirpur nous rappelle tragiquement que la sécurité des travailleuses et travailleurs est toujours menacée dans les ateliers de confection du Bangladesh qui échappent à tous les mécanismes de réglementation, de contrôle ou d'inspection. Il souligne l'importance d'instruments ayant force légale, comme l'Accord et le RSC, pour garantir la santé et la sécurité des travailleurs dans l'industrie textile et de l'habillement.Il faut que plus de marques de vêtements souscrivent à ces accords pour renforcer les normes de sécurité et s'engagent à protéger chaque travailleur."

Le second des deux incendies s'est produit le 16 octobre dans l'atelier de confection Adams Caps and Textile Limited installé dans la zone franche d'exportation de Chittagong. Selon la presse, il n'aurait fait aucun mort à ce jour. Les alarmes se sont déclenchées lorsque l'incendie a éclaté, ce qui a permis au personnel de quitter le bâtiment en toute sécurité.


 

Apprivoiser le paradoxe congolais dans la chaîne d’approvisionnement des batteries

Le paradoxe congolais se traduit par l’un des PIB par habitant les plus bas au monde, malgré des exportations minières représentant des milliards chaque année, avec plus de 70 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté et des millions de personnes déplacées par la violence dans les provinces orientales riches en ressources.

Plus de 120 participants issus de syndicats affiliés à IndustriALL, de coopératives minières artisanales et à petite échelle, d’organisations non gouvernementales et de groupes communautaires se sont réunis lors d’une conférence à Kolwezi, le 9 octobre dernier, afin d’élaborer une stratégie commune pour lutter contre les violations des droits humains et des droits des travailleurs dans la chaîne d’approvisionnement en matières premières essentielles de la RDC.

La RDC est un véritable trésor pour les composants essentiels des batteries : cuivre, cobalt, tantale, lithium et bien d’autres, tous destinés aux véhicules électriques. Ceux-ci sont extraits par des multinationales telles que Kamoto Copper Company et Mutanda Mine de Glencore et Tenke Fungurume Mining de China Molybdenum, ainsi que par des creuseurs artisanaux qui produisent 30 % du cobalt du pays.

La conférence a appelé à la création d’un forum de discussion sur ces minéraux, à l’intensification du recrutement par les syndicats, à la formalisation de l’exploitation minière artisanale, à la poursuite des discussions avec les multinationales et au dialogue tripartite avec le gouvernement afin d’harmoniser les intérêts tout au long de la chaîne d’approvisionnement des batteries.

L’étude d’IndustriALL intitulée “Regard sur la chaîne de valeur du cobalt en RDC : défis, opportunités et implication des parties prenantes”, présentée par Theodore Kamwimbi du Centre pour la transformation du travail par la réglementation de l’Université de la province du Cap-Occidental, a retenu toute l’attention. Elle analyse les activités minières et les droits des travailleurs à Kamoto, Metalkor RTR, la fonderie de cuivre de Lualaba et Sicomines. Les sous-traitants de Kamoto ont enfreint le droit du travail, provoquant des grèves ; des cas de corruption d’inspecteurs ont été révélés à la fonderie ; les syndicats de Sicomines se sont mis en grève pour protester contre les difficultés de négociation et Metalkor a procédé à des licenciements abusifs. Le rapport a noté une baisse du travail des enfants, mais a déploré la faible application du droit du travail.

Antoine Kasongo, Directeur national de Fair Cobalt Alliance, a déclaré :

“Il faut faire davantage pour lutter contre les violations des droits humains et le non-respect des normes nationales et internationales, dans l’intérêt de la communauté minière artisanale.”

Il a appelé à des campagnes de sensibilisation et à des formations sur la santé, la sécurité, l’éradication du travail des enfants et l’industrialisation locale.

Davidzo Muchawaya, Responsable du secteur du travail à l’IRMA (Initiative pour une Certification responsable de l’Exploitation minière), a présenté les détails de la norme IRMA et l’audit en cours à Tenke Fungurume, le premier mené par l’IRMA auprès d’une multinationale chinoise.

“De nos jours, les chaînes d’approvisionnement s’étendent à l’échelle mondiale”,

a fait remarquer Constantin Grund, Directeur national de la FES pour la RDC,

“mais pour les travailleurs et travailleuses manuels qui se trouvent au début de la chaîne d’approvisionnement, rien ne change vraiment, même si des gammes entières de produits ne pourraient être fabriquées sans eux. Nous avons besoin d’équité pour toutes les personnes impliquées dans la fabrication d’un produit, en particulier les cols bleus qui versent leur sueur et leurs larmes.”

Glen Mpufane, Directeur d’IndustriALL pour les mines et les diamants, partage cet avis :

“Les principaux acteurs doivent former des alliances autour de la chaîne d’approvisionnement en matières premières critiques afin de protéger les droits des travailleurs, de réclamer des comptes aux multinationales et d’obtenir réparation pour les communautés et les travailleurs et travailleuses en cas de violations”.

Syndicats ukrainiens : travailleurs et travailleuses ne peuvent supporter tout le poids de la sécurité

Dans ce contexte, IndustriALL Global Union et industriAll Europe ont organisé une réunion conjointe ce 14 octobre 2025, réunissant les syndicats affiliés ukrainiens, des représentants du gouvernement, l’Organisation internationale du travail, des membres du Parlement ukrainien, des représentants des employeurs d’Union européenne ainsi que des experts en matière de sécurité, afin de discuter des conditions de travail en temps de guerre et des changements législatifs, notamment le projet de loi n°10.147 “sur la santé et la sécurité des travailleurs et travailleuses au travail”.

Mykhailo Volynets, Président du Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine (NPGU) et de la centrale nationale KVPU, et Valeriy Matov, Président du syndicat du nucléaire Atomprofspilka, ont déclaré que la loi martiale avait restreint les négociations collectives, prolongé les temps de travail et limité les grèves. Ils ont averti que le projet de loi transférerait la responsabilité de la sécurité des employeurs aux travailleurs et travailleuses, imposerait un seuil de 25 % pour la représentation syndicale (au niveau des usines) et réduirait la protection alors que les gens travaillent déjà sous les bombardements et dans des conditions stressantes.

“Alors que l’invasion continue de dévaster des vies, les travailleurs et travailleuses ukrainiens mettent tout en œuvre dans les mines, les centrales énergétiques et les installations de production pour que le pays continue de fonctionner. Nous sommes solidaires des travailleurs et travailleuses d’Ukraine. En matière de santé et de sécurité au travail (SST), les travailleurs et travailleuses ont des droits et les employeurs ont des devoirs. Toute loi qui ferait peser les risques sur les travailleurs et travailleuses est inacceptable, car elle violerait les droits fondamentaux des travailleurs et travailleuses”, a déclaré Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL.

Gocha Aleksandria, Spécialiste au sein du Bureau des travailleurs et travailleuses de l’OIT ACTRAV, a rappelé aux participants que la santé et la sécurité au travail sont un droit fondamental reconnu par la Conférence internationale du travail de 2022. “Aucun travailleur ou lieu de travail ne devrait être laissé sans protection”, a-t-il déclaré, appelant à la prévention, à la participation et au dialogue pour guider la réforme.

Jan-Willem Ebeling, de la Commission européenne, a expliqué que la directive-cadre de l’UE rend clairement les employeurs responsables de la prévention des risques, de la formation et de la consultation des travailleurs et travailleuses. La directive fixe des normes minimales qui ne peuvent réduire la protection existante et s’appuie sur une coopération tripartite et une inspection du travail rigoureuse.

Elena Crasta, Conseillère principale auprès de la Confédération européenne des syndicats (CES), a déclaré que les réformes doivent être conformes au droit européen et inclure une véritable consultation. “La CES a déjà fait part de ses préoccupations à la Commission européenne”, a-t-elle déclaré. “Le gouvernement doit honorer ses engagements en matière de dialogue social et d’alignement sur l’UE, sous peine de compromettre l’intégration.”

Les représentants syndicaux ont fait part des dures réalités du travail en temps de guerre. Dmytro Zelenyi, du Syndicat des mineurs NPGU, a décrit des puits inondés et endommagés par les bombes où les gens continuent de travailler. Valeriy Matov a déclaré que les travailleurs et travailleuses du nucléaire sont confrontés à des conditions qui mettent leur vie en danger, avec des moyens financiers limités. Karina Plakhova, du Syndicat de l’aéronautique et de la construction mécanique, a averti que les délocalisations d’entreprises créent de nouveaux risques et limitent le contrôle du syndicat. Bohdan Overkovsky, Président du Syndicat des métallurgistes et des mineurs, a déclaré que les syndicats continuent leurs inspections et leur soutien malgré la destruction des infrastructures.

Représentant les employeurs, Oleksandr Turov, Responsable des relations avec les syndicats chez DTEK, une grande entreprise énergétique ukrainienne et l’un des plus grands employeurs du secteur privé du pays, a déclaré que des relations constructives avec les syndicats sont essentielles pour la stabilité et la sécurité, mais a averti que toute modification juridique “doit être convenue entre les employeurs et les syndicats”.

Les syndicats ukrainiens ont analysé le projet de loi n° 10.147 “sur la santé et la sécurité des travailleurs et travailleuses au travail” et ont appelé l’OIT, l’UE et le Parlement ukrainien à intervenir. Quatorze syndicats se sont unis pour présenter une position commune.

Commentant cette démonstration d’unité, Isabelle Barthès, Secrétaire générale adjointe d’industriAll Europe, a déclaré :

“Nous sommes pleinement solidaires des travailleurs et travailleuses ukrainiens. La santé et la sécurité sont une priorité du syndicat : la prévention et la responsabilité des employeurs ne sont pas négociables, les partenaires sociaux doivent être impliqués. C’est pourquoi nous veillerons à ce que vos voix soient entendues par les institutions européennes et continuerons à plaider en faveur d’un alignement sur les normes européennes.”

Une déclaration commune de 14 syndicats ukrainiens affiliés à IndustriALL et à industriAll Europe, présentée par Yarema Zhugaevich, Présidente du syndicat des constructeurs aéronautiques, appelle la Verkhovna Rada à rejeter le projet de loi n° 10.147 dans sa forme actuelle, à impliquer les syndicats, l’OIT et les experts de l’UE dans les révisions et à garantir le respect des normes internationales. Elle met en garde contre le fait que l’adoption de ce projet de loi compromettrait le dialogue social, abaisserait les normes de sécurité et mettrait en péril l’adhésion de l’Ukraine à l’UE.

“Ce dernier coup porté s’inscrit dans une tendance plus large visant à rogner les droits collectifs. Votre unité est votre force et notre mandat. IndustriALL transmettra ce message directement aux parlementaires et aux institutions,”

a indiqué Kemal Özkan en conclusion.

IndustriALL Global Union et industriAll Europe appellent le gouvernement ukrainien à respecter les normes internationales en matière de santé et sécurité au travail, à rétablir la qualité du dialogue social et à empêcher tout recul en matière de protection des travailleurs. Les travailleurs et travailleuses ukrainiens ont maintenu les industries du pays en vie pendant la guerre et ils ne doivent pas être contraints aujourd’hui d’assumer les obligations légales des employeurs en matière de sécurité.

Illustration : Atomprofspilka

Indonésie : sept travailleurs de Freeport tués lors d’un glissement de terrain chez Grasberg

Au cours de la dernière décennie, les syndicats ont signalé à plusieurs reprises des accidents miniers et des violations des droits des travailleurs à la mine Grasberg de Freeport, en Papouasie centrale. En 2017, l’entreprise a licencié 4.220 mineurs, dont des membres d’IndustriALL, ce qui a déclenché de violents affrontements qui ont fait neuf morts à la suite de la suppression de la couverture d’assurance maladie.

Dans une lettre adressée au Président indonésien Prabowo Subianto, le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a exhorté l’entreprise à mener une enquête approfondie sur les causes de ce glissement de terrain survenu soudainement à la mine Block Cave de Grasberg. Il a souligné que les syndicats devaient être associés au processus d’enquête et a appelé au renforcement du Comité de santé et sécurité au travail et du système de gestion.

“Freeport devrait également associer les syndicats à la mise en œuvre de mesures correctives et préventives, afin de garantir que des accidents comme celui-ci ne se reproduisent plus et que la sécurité des travailleurs et travailleuses soit assurée. Il est également important que la fermeture temporaire de la mine Grasberg Block Cave n’ait pas d’incidence sur les salaires des travailleurs et travailleuses”,

a déclaré Atle Høie.

IndustriALL présente ses sincères condoléances à toutes les victimes et à leurs familles, et exprime sa solidarité avec les travailleurs et travailleuses, en particulier les membres du CEMWU et du FPE, traumatisés par l’accident.

IndustriALL se tiendra aux côtés de ses affiliés indonésiens pour améliorer la santé et la sécurité au travail dans le secteur minier et poursuivre la campagne en faveur de la ratification de la Convention 176 de l’OIT.

Illustration : Panorama depuis les hauteurs de la mine d’or et de cuivre de Grasberg, en Indonésie, Papouasie occidentale.

Crédit : Richard Jones, Flickr