La Turquie interdit une grève des mineurs par un décret présidentiel de dernière minute

Cette grève, prévue pour le 1er août 2025 et organisée par notre affilié Maden-İş, est reportée de 60 jours par le décret présidentiel n° 10150, signé par le Président Recep Tayyip Erdogan le 20 juillet et publié au Journal officiel. Le décret accuse la grève de constituer une menace pour la sécurité nationale.

"Il est absolument inacceptable qu'une autre grève soit interdite une nouvelle fois en Turquie de la même manière, alors que l'OIT a critiqué à plusieurs reprises cette pratique du gouvernement turc,"

a déclaré le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan.

"Nous sommes totalement solidaires des mineurs turcs dans leur combat juste pour des revendications équitables et légitimes."

Bien que le décret parle officiellement d'un "report", il s'agit en réalité d'une interdiction. En droit du travail turc, à l'expiration d'un délai de 60 jours sans issue, le litige est automatiquement soumis à un arbitrage obligatoire, une procédure qui court-circuite le droit des travailleurs de faire grève et impose un règlement contraignant sans plus de négociation.

Plus de 600.000 travailleurs du secteur public négocient une nouvelle convention collective depuis plus de sept mois. La proposition du gouvernement d'augmenter les salaires de 24 pour cent pour le premier semestre 2025, de 11 pour cent pour le second, puis de 10 et 6 pour cent en 2026, a été rejetée par Maden-İş et la centrale nationale Türk-İş comme insuffisante devant le taux élevé de l'inflation en Turquie.

Le gouvernement turc utilise à de multiples reprises les "reports" de grèves dans des secteurs clés, ce qui lui vaut des critiques sur la scène internationale, notamment de l'Organisation internationale du travail (OIT) qui juge qu'il sape ainsi la liberté syndicale et le droit de négocier collectivement, protégés par ses conventions 87 et 98.

IndustriALL Global Union condamne cette attaque contre les droits syndicaux et appelle le gouvernement turc à révoquer le décret, respecter les normes internationales et entamer des négociations de bonne foi.

Les syndicalistes tunisiennes moteurs du changement

Ce cours dispensé par l'académie, qui est le fruit d'une initiative conjointe du Réseau des femmes tunisiennes d'IndustriALL, de syndicats de branche nationaux affiliés à l'Union générale tunisienne du travail (UGTT), avec le soutien affirmé de Mondiaal FNV et de la confédération syndicale néerlandaise FNV, est un modèle d'investissement constant dans le leadership syndical féministe.

Depuis octobre 2023, 27 femmes de différents secteurs comme le pétrole, le textile, l'habillement et le secteur manufacturier ont participé à six mois de formation intensive portant sur des thèmes syndicaux centraux tels que l'organisation, le dialogue social, le règlement des différends, la santé et la sécurité, les salaires de subsistance, la Transition juste, le travail précaire et la communication syndicale. 25 participantes ont obtenu leur diplôme après avoir présenté des projets finals approfondis sur des thèmes ancrés dans la réalité des travailleuses allant des stratégies médiatiques et du rôle des centres pour les femmes aux revendications pour des salaires de subsistance et pour de meilleures protections pour les travailleuses précaires.

"Il s'agit d'un effort commun de toutes les parties,"

explique Yamina Mubarki, la coordinatrice du Réseau des femmes tunisiennes d'IndustriALL.

"Différentes générations ont joué un rôle dans la création de l'académie et ses traditions de lutte. Les dirigeantes d'aujourd'hui perpétuent cet héritage."

À la cérémonie de remise des diplômes d'avril 2025, qui s'est tenue à Tunis en présence des secrétaires généraux adjoints de l'UGTT Siham Bousta et Hedia Arfaoui et de dirigeants de syndicats de branche de l'UGTT, d'IndustriALL, et d'une délégation de la FNV et de Mondiaal FNV, ont communiqué les résultats de leur travail et leurs espoirs pour l'avenir.

"Les projets de recherche prouvent que l'action syndicale est une force de combat et de proposition de solutions de rechange,"

a déclaré Siham Bousta.

"La formation relève la capacité des femmes et renforce le mouvement dans son ensemble."

Hedia Arfaoui a ajouté :

"Les projets traitent de questions concrètes et la formation confère des qualifications qui permettent non seulement de se défendre soi-même mais aussi de défendre les autres. C'est ainsi que nous construisons la prochaine génération de dirigeantes syndicales."

Les diplômées ont expliqué comment l'académie a développé leur voix et leur vision : 

Cette formation a aussi été l'occasion de renforcer l'unité et la solidarité intersectorielle au sein de l'UGTT et entre les syndicats tunisiens et leurs alliés globaux.

Erine Dijkstra, coordonnatrice des programmes chez Mondiaal FNV, a déclaré :

"Votre présence nous inspire, tout comme l'intensité de vos projets. La présence de femmes fortes dans les organisations syndicales favorise la justice, réduit la marginalisation et suscite des organisations plus démocratiques et représentatives. C'est pourquoi cette action doit se poursuivre."

Pour IndustriALL, l'Académie du leadership syndical de la région MENA s'inscrit dans une stratégie plus large visant à promouvoir le leadership féminin dans les syndicats et à susciter un changement structurel.

Ahmed Kamel, le secrétaire de la région MENA d'IndustriALL, conclut en ces termes :

"Nous félicitons nos camarades féminines pour leur engagement, leurs idées et leur persévérance. Nous allons agir de concert avec nos affiliés afin d'intégrer ces projets d'enseignement dans les plans d'action nationaux et régionaux, parce que ce n'est pas la fin, c'est le début d'un nouveau leadership." 

Antisyndicalisme chez Flextronics Technology Sdn Bhd

Notre affilié Malaysia Electronics Industry Employees’ Union Northern Region (EIEUNR) a perdu de très peu un scrutin à bulletin secret chez Flextronics Technology (Penang) Sdn Bhd (FLEX). Sur les 6.345 travailleurs appelés à voter, 2.748 l'ont fait, 424 de moins que les 50 pour cent requis par le code du travail malaisien. Pourtant 92 pour cent des votants ont donné leur voix au syndicat, ce qui laisse penser qu'il l'aurait emporté si tous les travailleurs avaient pu voter librement et sans ingérence.

Dans les mois qui ont précédé le scrutin des 14-15 juillet, l'EIEUNR a subi une "campagne antisyndicale incessante" de la part de la direction de FLEX. Des cadres et contremaîtres ont organisé des séances d'information pour dissuader les travailleurs de se syndiquer, et certains ont été menacés de perdre certaines prestations s'ils lui apportaient leur soutien. L'entreprise a publié un avis faisant du 14 juillet un jour férié compensatoire tandis que les contremaîtres disaient aux travailleurs de ne pas venir travailler, suscitant confusion et incertitude à propos du scrutin.

Des agents de sécurité auraient empêché des travailleurs de consulter la liste des votants sur le panneau d'affichage, créant une atmosphère de crainte. La direction a aussi retardé les bus et camionnettes qui conduisent les travailleurs à l'usine, certains allant directement aux ateliers de production sans s'arrêter aux bureaux de vote.

Une semaine après le scrutin, 80 travailleurs de Flextronics ont porté plainte à la police, accusant des contremaîtres de les avoir empêchés de quitter leur poste de travail pour aller voter, avec des menaces et des intimidations, engendrant chez beaucoup la crainte de représailles.

Le secrétaire général de l'EIEU, David Arulappen, a déclaré :

"Nous exigeons que la police enquête sur les menaces directes ou indirectes de l'employeur pendant la durée du scrutin. Nous demandons au ministre des Ressources humaines, Steven Sim, d'intervenir immédiatement et de convoquer un nouveau scrutin dans des conditions normales, sans manœuvres antisyndicales de FLEX."

Flextronics Technology (Penang) Sdn Bhd fait partie de FLEX Ltd., une des plus grandes sociétés de sous-traitance de la fabrication d'équipements électroniques. Elle a son siège social à Singapour et son siège d'exploitation a Austin, au Texas. FLEX possède plus d'une centaine d'usines dans une trentaine de pays au moins et emploie plus de 170.000 personnes. Le site de Penang est son centre de production le plus important d'Asie. Les recettes de l'entreprise s'élèvent à 26 milliards $ par an. FLEX fabrique et fournit des services de chaînes d'approvisionnement pour les grandes marques mondiales de l'électronique grand public, de l'automobile, des télécommunications et des soins de santé.

En mars 2025, FLEX a été reconnue pour la troisième année consécutive comme une des Entreprises les plus éthiques du monde dans la catégorie de la fabrication industrielle, en raison de son engagement pour l'éthique, la conformité et la gouvernance.

Le directeur d'IndustriALL en charge du secteur de l'informatique, l'électricité et l'électronique, Alexander Ivanou, a déclaré :

"Le 11 juillet, IndustriALL a envoyé au P-DG de FLEX, Revathi Advaithi, une lettre exhortant l'entreprise à cesser ses manœuvres antisyndicales. Nous déplorons que FLEX n'ait pas donné suite à notre demande et que ses pratiques déloyales aient saboté le scrutin. Nous porterons cette affaire sur la scène internationale et nous exhortons le gouvernement malaisien à agir avec fermeté contre FLEX pour qu'elle respecte la convention 98 de l'Organisation internationale du travail sur le droit d'organisation et de négociation collective. En outre, nous exigeons que l'entreprise prenne des mesures globales pour remédier aux violations qui se sont produites, qu'elle rende justice aux travailleurs affectés et empêche de nouvelles tactiques antisyndicales à l'avenir."

Les syndicats industriels brésiliens présentent au gouvernement des propositions de réindustrialisation

Au cours de la réunion, les représentants syndicaux ont présenté les propositions élaborées lors d’ateliers sectoriels organisés avec le soutien du projet de renforcement des syndicats pour une transition juste, coordonné par IndustriALL en coopération avec le Centre finlandais de solidarité syndicale, SASK. Cinq mesures prioritaires ont été définies pour orienter la politique industrielle du pays et la positionner comme pierre angulaire de la stratégie nationale de développement durable pour la période allant jusqu’en 2033.

Les propositions ont porté sur la formation professionnelle et le travail décent, le renforcement des régions industrielles matures, de nouveaux critères d’accès au financement, l’élargissement de la représentation au sein du Conseil consultatif du secteur privé (Conex) et la création d’un groupe de travail chargé d’évaluer l’impact des droits de douane imposés par les États-Unis.

La nécessité de promouvoir les formations et qualifications professionnelles dans les secteurs stratégiques, dans le respect de la justice sociale et de la transition énergétique et technologique, a été soulignée. Une approche territoriale de la mise en œuvre du NIB a également été préconisée, afin de garantir que les politiques publiques atteignent les petites et moyennes entreprises, qui constituent une grande partie du tissu industriel du Brésil.

Les syndicats ont également demandé que l’accès au financement public soit subordonné au respect par les entreprises des droits du travail, des conventions collectives et des engagements environnementaux et sociaux. Une autre proposition clé portait sur la nécessité d’élargir le Conex aux représentants syndicaux, qui sont actuellement exclus de cet organe consultatif.

Enfin, ils ont suggéré la création d’un groupe de travail composé de représentants du gouvernement, des employeurs et des syndicats afin d’analyser les impacts des droits de douane imposés par les États-Unis sur des secteurs industriels stratégiques tels que l’acier et l’aluminium. Ce groupe travaillerait également en coordination avec les représentants brésiliens dans les forums internationaux tels que l’OMC, le Mercosur, les BRICS et le G20, en vue de défendre la réindustrialisation, la souveraineté industrielle et les intérêts nationaux.

Le Président d’IndustriALL Brésil, Aroaldo Silva, a souligné l’importance de l’unité au sein du mouvement syndical et son rôle clé dans l’élaboration des politiques publiques :

“La participation des syndicats est essentielle à l’élaboration de politiques industrielles qui répondent véritablement aux intérêts des travailleurs et travailleuses. Ces propositions renforcent l’engagement des syndicats en faveur d’une industrie forte et durable.”

Inditex et Next rejettent un accord sans précédent qui améliore les conditions des travailleurs cambodgiens de l'habillement

Les Accords cambodgiens comportent un mécanisme juridiquement contraignant par lequel les marques souscriraient à un modèle de convention collective (CC) normalisé conçu par les partenaires sociaux. Ce document-type préconise une amélioration des rémunérations et des conditions de travail et une stabilisation des chaînes d'approvisionnement. Deux grandes enseignes mondiales ont déjà signé et IndustriALL Global Union poursuit ses contacts avec d'autres entreprises se fournissant au Cambodge.

Fruit d'années de collaboration entre des grandes enseignes, des employeurs, IndustriALL et ses affiliés cambodgiens, cet accord prescrit une CC sans précédent dans le secteur du textile, de l'habillement, de la chaussure et du cuir. Il offre une solution viable aux défis que connaît depuis longtemps l'industrie, en particulier une difficulté persistante à augmenter les salaires sans compromettre la compétitivité.

Malgré le rôle-clé qu'ils ont joué dans la mise au point de l'accord, Inditex et Next ne se sont toujours pas engagés à le signer. IndustriALL n'a cessé de solliciter les deux marques et continue de les exhorter à soutenir cette initiative révolutionnaire.

À l'assemblée générale du 15 mai 2025, le directeur de campagne d'IndustriALL, Walton Pantland, s'est adressé aux actionnaires en remettant en question le refus de la direction :

"Les bas salaires restent un défi systémique dans l'industrie de l'habillement qu'aggrave une concurrence féroce. Aucune enseigne, aucun accord ne peut s'y attaquer seul. Une stratégie salariale durable et efficace doit associer toutes les parties prenantes : marques, employeurs et travailleurs."

Next n'a pas réagi sur le fond, se contentant de faire savoir qu'elle ne "pouvait pas s'engager" pour l'Accord cambodgien. Sa position a une nouvelle fois été remise en question lorsque, interrogé une autre fois par ses actionnaires sur les salaires de subsistance pratiqués dans ses magasins au Royaume-Uni, le P-DG de Next a affirmé que son personnel, en majorité féminin, "n'avait pas besoin d'un salaire de subsistance" puisque les maris étaient leurs soutiens de famille.

À l'assemblée générale d'Inditex, Yot Seang, s'exprimant au nom de la Coalition du syndicat démocratique des travailleurs cambodgiens du vêtement et du Comité syndical mondial d'Inditex, s'est dit lui aussi préoccupé :

"Plusieurs investisseurs ont exprimé leur intérêt pour l'accord contraignant ACT et demandé à IndustriALL pourquoi Inditex refuse de signer. Ils craignent qu'Inditex contribue à creuser les inégalités au Cambodge. Comment Inditex justifie-t-elle son refus de signer l'accord ACT alors qu'elle prône officiellement la liberté syndicale, la négociation collective et des salaires équitables et met en avant son accord-cadre mondial (ACM) avec IndustriALL ?"

Inditex a réitéré son soutien de principe à la négociation collective et a souligné l'importance des conventions sectorielles, mettant en avant sa participation à l'initiative ACT et son accord-cadre mondial avec IndustriALL. Or, l'accord ACT au Cambodge est précisément l'outil nécessaire pour que ces engagements soient suivis d'effets, ce qui vide la réponse de l'entreprise de toute substance.

Dans son intervention, Yot Seang a écrit :

"Du fait du refus d'Inditex de signer, les travailleurs de votre chaîne d'approvisionnement ne bénéficieront pas des avantages de l'accord contraignant. En ne signant pas, Inditex semble avoir décidé sciemment de priver ces travailleurs de salaires décents et de meilleures prestations."

La CC-type pour le Cambodge ne se limite pas à des revalorisations salariales; elle prévoit un allongement du congé maternel, introduit un congé paternel, préconise des mécanismes de règlement des litiges, promeut des relations de travail paisibles et favorise le perfectionnement des compétences.

Ces dispositions profitent directement à une main-d’œuvre de l'habillement majoritairement féminine au Cambodge et contribuent à des pratiques professionnelles durables.

Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a ajouté :

"Il faut que les entreprises rendent des comptes sur les engagements qu'elles ont pris, en particulier pour ce qui est des ACM. Le fait de participer à des négociations laborieuses pour s'en retirer à la fin va à l'encontre des ambitions qu'elles affichent.

Les actes en disent plus que les mots. Les investisseurs devraient s'intéresser de plus près à l'écart entre ce que ces entreprises disent et ce qu'elles font."

Malgré le refus d'Inditex et de Next, beaucoup de grandes marques ont signé l'Accord cambodgien, qui a déjà permis la syndicalisation de plusieurs usines et la signature de conventions collectives améliorant les salaires et les conditions.

IndustriALL et ses affiliés sont déterminés à étendre la couverture de l'accord et faire en sorte que les travailleurs cambodgiens de l'habillement obtiennent le traitement équitable qu'ils méritent.

Crédit photographique : CROYDON, UK – 30 janvier 2010 : Des clients entrent dans le centre commercial Centrale de North End Croydon, abritant Next, Zara et House of Fraser. Les bâtiments historiques situés en face se reflètent dans sa façade en verre. (Shutterstock: 1605042535)

 

Népal : augmentation de 13 % du salaire minimum

En vertu de la législation du travail népalaise, le salaire minimum est fixé tous les deux ans. Auparavant, le salaire mensuel minimum était de 17300 NPR (125 dollars), un montant fixé en 2023.

Contrairement au processus de fixation du salaire minimum qui s’était déroulé en 2023, les syndicats ont cette fois été associés dès le début aux négociations. Bien que la revendication commune des syndicats était de fixer le salaire minimum à 30443 NPR (220 dollars), le salaire révisé a été accepté par tous les membres du groupe tripartite, y compris les syndicats.

Le salaire minimum révisé s’applique à tous les travailleurs et travailleuses, à l’exception de ceux employés dans les exploitations et plantations de thé. Conformément à l’accord tripartite, le salaire minimum journalier a été fixé à 754 NPR (5 dollars) et le salaire minimum horaire à 101 NPR (0,7 dollar). Pour les travailleurs et travailleuses à temps partiel, le salaire minimum horaire sera de 107 NPR (0,8 dollar).

Anand Thami, Secrétaire du Conseil national pour le Népal, a déclaré :

“Nous sommes très heureux que cette fois-ci, le gouvernement ait respecté le tripartisme dans la fixation des salaires minimums et que les opinions syndicales aient été entendues. Les syndicats doivent maintenant se mobiliser pour veiller à ce que le salaire minimum révisé soit strictement appliqué.”

Le mois dernier, IndustriALL a organisé une réunion sur le salaire vital avec ses affiliés au Népal, au cours de laquelle divers sujets ont été abordés, notamment le concept même de salaire vital ainsi que les conclusions d’une étude menée par les syndicats du pays sur le salaire vital approprié pour le Népal.

Ashutosh Bhattacharya, Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud, a déclaré :

“Nous félicitons nos affiliés népalais pour avoir défendu les droits des travailleurs et travailleuses lors du processus de négociation du salaire minimum. IndustriALL est à vos côtés dans cette lutte et notre combat pour un salaire vital se poursuivra.”

Illustration : Shutterstock

En Asie du Sud-Est, les syndicats font pression pour mettre fin à l’écart salarial entre les sexes

Au cours d’une formation d’instructeurs sur l’égalité salariale, organisée par IndustriALL et la FES (Fondation Friedrich Ebert) les 10 et 11 juillet 2025 aux Philippines, des dirigeants syndicaux, des formateurs et des négociateurs du Cambodge, d’Indonésie, de Malaisie, des Philippines et de Thaïlande ont partagé les défis auxquels ils sont confrontés pour obtenir des données sur les salaires des hommes et des femmes et pour assurer le suivi des politiques d’égalité entre les sexes.

Tous les pays ont ratifié la Convention n° 100 de l’OIT sur l’égalité de rémunération et ont adopté des lois nationales interdisant la discrimination fondée sur le genre ou le sexe. Cependant, seules les Philippines disposent de politiques nationales cohérentes évaluant l’égalité salariale, telles que le plan 2019-2025 pour l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes, des indicateurs de genre et de développement et des données ventilées par sexe sur les salaires et l’emploi.

Les syndicats cambodgiens doivent se reposer sur l’inspection du travail pour le traitement des plaintes pour discrimination salariale ; l’absence d’un tribunal du travail spécialisé se traduit par un manque de moyens pour faire respecter la loi. Comme le droit du travail indonésien ne contient pas de clause anti-discrimination, les autorités et les entreprises ne sont pas tenues de fournir des données salariales ventilées par sexe.

Le ministère des Ressources humaines de Malaisie a lancé des programmes visant à réduire les écarts salariaux ; en moyenne, les femmes malaisiennes gagnent 17,8 % de moins que les hommes pour un travail similaire. Il est intéressant de noter que les femmes thaïlandaises gagnent un salaire de base moyen plus élevé que celui des hommes, mais que leur revenu total leur reste inférieur si l’on tient compte des primes. Ce phénomène montre que le système de primes est inégalitaire et sexiste.

Les participants ont exprimé leur gratitude d’avoir pu en apprendre davantage sur l’intégration des principes de l’égalité salariale entre les sexes, notamment l’évaluation neutre du point de vue du genre, la réalisation d’un rapport sur l’écart salarial entre les sexes, certains termes utilisés pour évaluer les emplois et la formule de calcul de l’égalité salariale entre les sexes.

Les participants ont élaboré un plan d’action pour réduire l’écart de rémunération entre les sexes dans la région :

La Sénatrice philippine Risa Hontiveros a déclaré :

“J’ai toujours pensé que les politiques devaient améliorer la situation des plus vulnérables, en particulier des travailleuses et travailleurs se trouvant des conditions informelles et précaires. Cette conviction a façonné mon travail au Sénat et continue de guider notre lutte pour des lois inclusives et sensibles au genre. Travaillons ensemble pour que les travailleuses et travailleurs soient autonomes, respectés et rémunérés à leur juste valeur.”

Ramon Certeza, Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, a déclaré :

“Les syndicats d’Asie du Sud-Est, ont un rôle central à jouer dans la réduction de l’écart salarial entre les sexes. La clé réside dans la syndicalisation et le militantisme, en faisant pression pour l’égalité salariale, en plaidant pour des négociations collectives inclusives et en tenant les employeurs responsables de l’égalité des sexes sur le lieu de travail. Nous avons pour objectif de travailler dans cette voie et nous y engageons. Renforcer la compréhension et les capacités de nos affiliés dans la région sur la question de l’écart salarial entre les sexes est un pas en avant courageux dans cette direction, pour mener à l’égalité salariale sur tous les lieux de travail.”

Un tribunal kényan empêche les licenciements abusifs de Springtech

Cette décision provient du licenciement de six travailleurs et de la suspension d'onze autres à l'usine de Mombasa de l'entreprise, des mesures que le tribunal a jugées illégales et contraires à la législation du travail et à la constitution qui garantit la liberté d'association.

Le conflit a éclaté avec l'adhésion de six travailleurs au Syndicat fusionné des travailleurs de la métallurgie du Kenya (AUKMW), affilié à IndustriALL. Ces licenciements se sont faits subrepticement, ce qui a incité onze collègues à organiser une occupation des locaux pour réclamer des explications. Plutôt que de répondre favorablement, la direction a accusé ces travailleurs de "causer des troubles", les a suspendus et signalés à la police. L'AUKMW a réagi par un recours d'urgence devant la justice, contestant les licenciements et les suspensions, taxés de manœuvres antisyndicales illégales.

Le tribunal de Mombasa a statué en faveur du syndicat, dans une injonction disant que "aucune cessation de relation d'emploi ne sera autorisée" chez Springtech dans l'attente d'un examen juridique approfondi. Cette décision est conforme à celle du ministère public qui a refusé de poursuivre les onze travailleurs suspendus. Citant un précédent, le procureur a jugé qu'un "trouble" doit manifestement menacer la paix publique pour justifier une inculpation. Or, l'occupation pacifique des travailleurs n'a constitué aucune infraction ni perturbé les activités des citoyens.

La secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin, a déclaré :

"L'affaire Amalgamated contre Springtech Kenya Limited est le symptôme de tensions plus généralisées dans le secteur industriel du Kenya où des entreprises s'opposent souvent à la syndicalisation pour pouvoir payer des salaires inférieurs et violer les droits des travailleurs à la négociation collective, et nous félicitons l'AUKMW pour sa détermination à défendre les droits des travailleurs."

La vice-présidente d'IndustriALL et secrétaire générale de l'AUKMW, Rose Omamo, a qualifié les licenciements de "cas flagrant d'intimidation et de harcèlement" visant à dissuader les travailleurs de se syndiquer. "Cela viole les droits des travailleurs à la liberté syndicale au sens du droit kényan", a-t-elle ajouté, promettant d'autres actions en justice pour protéger les adhérents.

L'Indice CSI des droits dans le monde (2025) considère le Kenya comme un des pays d'Afrique où les droits des travailleurs sont systématiquement violés (classement 4), ce qui veut dire que "Les pouvoirs publics et/ou les entreprises s'efforcent vigoureusement de faire taire la voix collective de la main-d’œuvre, menaçant constamment les droits fondamentaux." Ce classement n'est pas éloigné de la pire catégorie, 5+, dans laquelle "Les droits ne sont pas garantis du fait de l'effondrement de l'état de droit."

Springtech fabrique des ressorts à lames, des boulons, des plaquettes et garnitures de freins, ainsi que des pièces pour remorques et autres accessoires pour l'industrie automobile. 

Lithium du Cône Sud : tensions et opportunités dans la chaîne d’approvisionnement mondiale

Lors de sa présentation, un débat a eu lieu sur la situation dans les secteurs de l’extraction du lithium en Argentine et au Chili, pays qui font partie du Triangle du lithium, une région clé pour les riches réserves de ce minerai, essentiel à la fabrication des batteries utilisées dans les véhicules électriques et les technologies propres. Le document examine les relations entre les travailleurs et travailleuses, les entreprises et les gouvernements, en vue de renforcer la coopération syndicale et d’améliorer les normes sociales et environnementales.

L’étude souligne une augmentation de la production de lithium dans les deux pays, malgré une perte de parts de marché mondial au profit de l’Australie et de la Chine, constituant également leur principale destination d’exportation, tandis que les processus d’industrialisation en aval en sont encore à leurs balbutiements. En Argentine, le cadre de gouvernance est fragmenté et fédéral, tandis qu’au Chili, il s’oriente vers un modèle plus centralisé avec une présence accrue de l’État.

En termes d’emploi, l’intensité de main-d’œuvre est faible et les niveaux d’externalisation et d’inégalité salariale élevés, même si l’emploi total et la participation des femmes ont augmenté. La représentation syndicale est forte, mais entravée par les difficultés liées à des contrats de plus en plus précaires et fragmentés.

La mise en œuvre des politiques de diligence raisonnable en matière de droits humains est limitée et repose en grande partie sur des normes volontaires. L’introduction de réglementations plus strictes en Europe est toutefois considérée comme une occasion d’accroître la pression sur les entreprises et d’améliorer le respect des normes tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

L’étude a été menée par quatre chercheurs d’Argentine et du Chili afin de fournir aux affiliés d’IndustriALL des outils pour identifier les acteurs clés et les points de pression dans un secteur en pleine croissance mais confronté à d’importants défis en matière de travail et d’environnement.

Des représentants de l’AOMA (Argentine) et d’Industrial Chile Constramet ont participé à sa présentation, aux côtés des représentants d’IndustriALL, Laura Carter, Secrétaire régionale adjointe pour l’Amérique latine, Georg Leutert, Directeur pour l’industrie automobile et Diana Junquera, Directrice pour l’énergie et la transition juste, qui ont déclaré :

“Grâce à cette étude, nos affiliés ont accès à des informations et à des outils essentiels qui leur permettront de syndiquer davantage de travailleurs et travailleuses tout au long de la chaîne d’approvisionnement des batteries et en particulier dans l’extraction du lithium. Il est essentiel de comprendre les défis auxquels ils sont confrontés pour pouvoir les soutenir et ce sont eux qui s’approprieront ces informations et pourront les utiliser de manière stratégique dans leur travail syndical.”

Des dirigeants syndicaux d'Amérique latine réunis pour renforcer le secteur du papier

Des débats essentiels ont eu lieu avec la participation de responsables régionaux et mondiaux de premier plan du secteur. Auparavant, la fédération argentine des travailleurs du papier et son secrétaire général, Ramón Luque, avaient accueilli les participants à leur siège et présenté un exposé sur l'historique et l'action de la fédération et du mouvement syndical argentin.

Une des grandes questions abordées pendant cette manifestation portait sur les attaques incessantes du gouvernement national contre les droits et les acquis du mouvement syndical argentin. La situation globale a aussi été examinée sous les angles politique, économique et sectoriel, à partir des exposés de Luca Baldan, de l'ACV-CSC BIE, et de Tom Grinter, le directeur d'IndustriALL en charge de ce secteur.

S'agissant des politiques de genre, la vice-présidente d'IndustriALL Lucineide Varjão a présenté un rapport sur les progrès accomplis dans le secteur. Elle a relaté la constitution du Réseau régional des travailleuses du papier, qui s'est réuni pour la première fois en avril 2025 et a dressé un plan d'action avec la participation d'une quarantaine au moins de dirigeantes, un fait qu'a souligné l'OIT.

Chaque pays a ensuite présenté son rapport. Plusieurs points communs se sont dégagés, comme les actions menées par les grandes multinationales du secteur, leurs pratiques antisyndicales et leurs attaques contre les conventions collectives, et aussi la manière dont les travailleurs s'organisent pour s'y opposer, politiquement et syndicalement par le biais de leurs organisations.

Entre autres activités, les dirigeants ont participé à un rassemblement devant les grilles d'une usine pour soutenir l'effort de négociation des travailleurs du papier argentins.

La réunion s'est achevée sur l'approbation d'un plan d'action comportant des stratégies notamment pour le renforcement de l'attention portée aux chaînes d'approvisionnement, la poursuite du développement du groupe des femmes et la consolidation des réseaux syndicaux dans les entreprises du secteur.

Les persécutions judiciaires de Cristina Fernández de Kirchner ont également été dénoncées.

Cristian Alejandro Valerio, le secrétaire régional adjoint d'IndustriALL pour l'Amérique latine et les Caraïbes, a déclaré :

"Dans le contexte d'une situation régionale et mondiale très difficile pour le monde du travail comme sur la scène politique, je tiens à souligner l'engagement de tous nos affiliés régionaux du secteur qui participent à cette réunion régionale essentielle pour contribuer au renforcement de la puissance syndicale et pour coordonner des politiques et actions communes à la fois dans les réseaux sectoriels et ceux des entreprises, afin de s'opposer aux attaques du capital mondial contre les droits et les acquis des travailleurs du papier en Amérique latine et dans le monde."