L’ACM Inditex débloque le conflit en Roumanie

De nombreux emplois ont été perdus en Roumanie à cause de la Covid-19 et la pandémie a également entraîné un problème généralisé de salaires impayés. Mais les travailleurs hésitent à soulever ces questions auprès des syndicats par crainte de perdre leur emploi.

Ce printemps, une salariée de Tanex s’est ouverte publiquement de n’avoir perçu que la moitié seulement de son salaire. Elle n’était pas la seule parmi les 600 employés de l’usine de confection qui fournit le géant espagnol de la mode Inditex à recevoir ce que l’on appelle pudiquement un “salaire incomplet” en Roumanie. Cependant, dès lors qu’elle en avait parlé publiquement, Tanex l’a licenciée pour s’être tournée vers les médias.

Dan Năstase, Président d’UNICONF, a approché la direction de Tanex, qui ignorait l’existence de l’accord-cadre mondial (ACM) avec Inditex et a, dans un premier temps, refusé d’autoriser l’accès des syndicats à l’usine.

Selon le syndicat, avant la visite d’Inditex à l’usine en juin, le personnel d’une chaîne de production entière a été renvoyé chez lui. La raison officielle était un manque de matières premières, mais le syndicat soupçonne que la direction voulait s’assurer que personne ne soulèverait de problème avec la délégation.

La question a plutôt été discutée lors de la réunion du Comité syndical international d’Inditex en juin. Víctor Garrido, Coordinateur général du Comité syndical mondial d’Inditex, a soulevé la question avec la direction et peu après, UNICONF a réussi à rencontrer Tanex.

Un accord a été conclu entre la direction de Tanex et UNICONF, sur base de l’ACM et de la législation roumaine sur le dialogue social. La direction de Tanex s’engage à :

La direction a également accepté de faciliter les contacts entre UNICONF et les travailleurs des deux usines Tanex de Roumanie. Elles emploient environ 750 travailleurs.

Dan Năstase a ainsi réagi :

“Cet accord constitue un bon résultat si l’on considère que la réforme du droit du travail datant d’une dizaine d’années a gravement détérioré les conditions du dialogue social en Roumanie. Nous avons eu l’occasion de discuter franchement avec la direction de Tanex du fait que les syndicats sont ouverts à un dialogue constructif et ne cherchent pas à détruire l’industrie locale. Au contraire, avec des outils convenus mutuellement, nous pouvons obtenir des résultats positifs. La paix sociale ne peut être assurée que par le dialogue et les syndicats ont un rôle actif à jouer.”

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a fait ce commentaire :

“Cela montre l’importance cruciale d’un ACM, avec un instrument de suivi tel qu’un Comité syndical mondial pour veiller sur les droits des travailleurs et travailleuses des fournisseurs. Celui-ci sera désormais également utilisé pour commencer à syndicaliser et nous espérons voir très bientôt les travailleurs et travailleuses construire leur propre syndicat sur leur lieu de travail grâce aux efforts d’UNICONF.”

Un syndicat lance une application pour organiser les métallos kényans

Pour rejoindre le syndicat, les candidats doivent télécharger l'application sur leur téléphone mobile, donner leur identité et indiquer le secteur dans lequel ils travaillent. Cette application, qui a été lancée avec le soutien du Centre de solidarité, permet aux membres de payer leur cotisation à l'aide d'une plateforme de paiement mobile.

Avec les règles imposées par le Covid-19, qui empêchent les grands rassemblements, l'utilisation des plateformes en ligne devient la règle pour le syndicat de la métallurgie, qui représente les travailleurs de l'automobile, de la métallurgie et la sidérurgie, et d'autres secteurs. Le syndicat organise aussi des campagnes en ligne pour combattre le travail précaire dans ces secteurs, et plus particulièrement les bas salaires et le peu de prestations des travailleurs contractuels.

L'AUKMW a signé en 2019 des mémorandums d'accord avec des associations de mécaniciens travaillant sur les bords des routes, qui représentent des milliers de travailleurs informels. Ces accords permettent au syndicat de représenter les travailleurs informels et de protéger leurs droits conformément à la législation du travail. Le secteur informel fournit les accessoires et pièces de rechange et assure la réparation et l'entretien de voitures en majorité de seconde main et importées du Japon, de Corée et d'autres pays. La nouvelle application permet au syndicat de toucher davantage de travailleurs informels.

En collaborant avec des associations de travailleurs informels, l'AUKMW réagit au "déficit de travail décent" décrit par la Conférence internationale du travail dans sa recommandation 204 sur la transition de l'économie informelle vers l'économie formelle. Elle mentionne la liberté syndicale, le dialogue social, le rôle des organisations d'employeurs et de travailleurs et les salaires minima en tant que matières à traiter pour améliorer les conditions de travail des travailleurs informels.

Pour la secrétaire générale de l'AUKMW, Rose Omamo,

"Recruter dans les grandes entreprises et dans les petites sont deux choses. Dans les grandes, nous atteignons les planchers imposés par la législation du travail et concluons des conventions collectives. Mais dans les petites entreprises éloignées des villes, nous avons moins de membres auxquels nous devons encore donner accès aux services du syndicat.

"Nous étendons aussi nos services aux travailleurs contractuels et à tous ceux qui travaillent dans le secteur informel, souvent dans des conditions précaires. Ce sont ceux-là qui bénéficieront le plus de l'application."

Paule France Ndessomin, la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, a déclaré :

"La pandémie stimule l'esprit d'innovation des syndicats et leur donne l'occasion de recourir aux technologies numériques. Le recrutement, l'organisation, les campagnes et la formation se font maintenant en ligne, à l'aide d'appareils tels que smartphones et tablettes. Cette évolution est louable et elle transforme le syndicat. L'AUKMW est un des pionniers qui ont su tirer parti des technologies numériques pour renforcer le pouvoir des syndicats."

Atteinte au droit de grève en Biélorussie

Après plus de deux mois de manifestations contre les élections présidentielles truquées en Biélorussie, la dirigeante en exil Svetlana Tikhanouskaya a appelé le 26 octobre à une grève nationale illimitée pour mettre fin à la dictature. Cette grève est largement soutenue par les travailleurs et travailleuses des entreprises privées et publiques. Les étudiants et les retraités se joignent également aux manifestations.

Mais en violation de la législation nationale et internationale du travail, ratifiée par la Biélorussie, le régime réprime le droit de grève par la manipulation, l’intimidation et la violence.

Les autorités tentent de bloquer toute velléité de résistance au sein des grandes entreprises publiques. Le pouvoir de Loukachenko a traditionnellement reposé sur le soutien électoral de la main-d’œuvre des grandes entreprises d’État héritées de l’Union Soviétique. Mais incapable de trouver une sortie à la crise économique et politique en Biélorussie, Loukachenko a complètement perdu sa crédibilité auprès des travailleurs et travailleuses.

Sur le terrain, les autorités tentent de briser la grève en interdisant les congés, en bloquant l’accès à certains travailleurs pour les empêcher de communiquer avec leurs collègues, ou en les déplaçant vers d’autres équipes, mais aussi en les licenciant.

Le Syndicat libre des métallurgistes SPM, affilié à IndustriALL, rapporte le licenciement de quatre de ses militants de l’usine de tracteurs de Minsk, dont Viktor Tchaïkovski, dirigeant de la section locale du SPM, et Alexandre Lavrinovitch, son adjoint, également président du comité de grève.

Dans la matinée du 26 octobre, des cars avec à leur bord des membres de la police anti-émeute ont été aperçus dans de nombreuses grandes entreprises.

De nombreux travailleurs qui ont tenté d’exercer leur droit de manifester ont été arrêtés. Des informations font état de passages à tabac violents pendant et après ces détentions. À Grodno Azot, une importante entreprise chimique, au moins 30 travailleurs et des personnes ayant pris leur parti ont été arrêtés, certains ayant été violemment roués de coups.

À la veille de cette grève, annoncée publiquement, les autorités ont tenté d’empêcher les dirigeants syndicaux d’agir, comme dans le cas des militants syndicaux de Belaruskali, avec à leur tête Siarhei Charkasau, Vice-président du Syndicat indépendant biélorusse, BITU. Ils sont toujours en prison.

Les manifestations à la veille de la grève ont attiré environ 100.000 personnes dans les rues de Minsk, selon les médias. Certains syndicalistes ont été arrêtés, comme la Présidente en exercice du Syndicat de l’industrie de la radio et de l’électronique, Zinaida Mikhnyuk, qui a été arrêtée avec ses collègues à Brest le 25 octobre et qui est toujours en détention.

Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL, a martelé :

“Le droit de grève et la liberté d’expression sont fondamentaux dans une société démocratique. Ils sont aujourd’hui totalement bafoués en Biélorussie. Nous demandons qu’il soit mis fin à la violence contre les travailleurs et le peuple de Biélorussie et que les militants et les prisonniers politiques soient libérés.

IndustriALL appelle à la tenue immédiate d’une enquête sur l’utilisation arbitraire de la force contre des manifestants pacifiques et à ce que la démocratie soit restaurée, afin de permettre au peuple de choisir librement ses dirigeants.”

Protéger la vie des travailleurs et travailleuses de la confection au Myanmar

La production est autorisée malgré un confinement partiel et le Ministère de la santé et des sports du Myanmar a publié un protocole sanitaire complet pour tous les lieux de travail. À la suite d’un dialogue entre direction et syndicats, plusieurs usines de confection fournissent maintenant des équipements de protection individuelle améliorés aux travailleurs et travailleuses de la production.

Des blouses de protection, des filets à cheveux, des lunettes et des écrans faciaux sont fournis gratuitement à chaque travailleur. La direction vérifie la température corporelle avant l’entrée dans l’usine et les lignes de production ainsi que les cantines sont organisées en fonction de la distanciation stipulée.

Usine de confection Yes au Myanmar

Ma Soe Lay, Vice-présidente de la Fédération des travailleurs industriels du Myanmar (IWMF), confie :

“Nos sections syndicales locales ont négocié des mesures de sécurité renforcées au sein des usines Yes One, Eslite et Popular. La direction a accepté de se conformer aux règles du Ministère de la santé s’agissant de la sécurité au travail afin d’empêcher toute nouvelle transmission de Covid-19. Ce sont de bons exemples de relations sociales saines.

L’IWFM travaille en étroite collaboration avec la Confédération des syndicats du Myanmar (CTUM) pour ce qui est de la désinfection des lieux de travail. La CTUM a mis sur pied une excellente équipe d’intervention Covid-19 avec des camionnettes équipées en ambulance et des équipes pour pulvériser du désinfectant.”

Annie Adviento, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, a indiqué combien les efforts de l’IWFM pour négocier avec les employeurs afin de fournir des équipements de protection individuelle adéquats sont méritoires.

“L’IWFM et l’équipe d’intervention Covid-19 de la CTUM veilleront à ce que les travailleurs et travailleuses soient mieux protégés contre le virus sur les lieux de travail. Il s’agit d’une bonne pratique dont les syndicats et les employeurs d’autres pays doivent s’inspirer.”

Travailleurs et dirigeants syndicaux de Belaruskali confrontés à la répression en Biélorussie

Les dirigeants et militants du Syndicat indépendant biélorusse (BITU), Siarhei Charkasau, Anatol Bokun, Yury Korzun et Pavel Puchenia, ont été arbitrairement arrêtés à plusieurs reprises au cours des deux derniers mois et sont actuellement en prison. Le BITU est affilié à IndustriALL Global Union.

Pour soutenir ces militants, suivez le lien et signez la pétition LabourStart exigeant leur libération.

Ces dirigeants syndicaux, qui sont également membres de comités de grève, sont ciblés pour leur activité syndicale. Le 21 septembre, Anatol Bokun a mené une action pacifique pour soutenir son collègue Aleh Kudziolka, qui a refusé de quitter la galerie de mine où il travaille pour protester contre les élections présidentielles truquées et la violence extrême de la police anti-émeute. Il a été arrêté le jour même et reste en prison.

Anatol est l’un des 22 travailleurs arrêtés par la police, mais il a été le seul à être condamné à 25 jours de prison pour trouble de l’ordre public. Anatol devait être libéré le 16 octobre, mais il a été à nouveau arrêté et emmené dans un centre de détention de Soligorsk dont l’adresse n’a pas été révélée.

De la même manière, Siarhei Charkasau, qui est le Vice-président du BITU, a été arrêté avec Yury Korzun et Pavel Puchenia alors qu’il pique-niquait dans un parc public de Soligorsk le 3 octobre. Ils sont restés en détention pendant 15 jours. Le 16 octobre, le jour où ils devaient être libérés, ils ont été à nouveau retenus et transférés dans un centre de détention de la police à Soligorsk.

En détention, Anatol Bokun, Siarhei Charkasau, Yury Korzun et Pavel Puchenia ont été incités à mentir : s’ils signaient un document et enregistraient une vidéo pour la chaîne de télévision publique biélorusse admettant leur culpabilité et leurs remords pour leur participation à la grève, ils seraient libérés. Les quatre dirigeants syndicaux ont refusé d’obtempérer. En conséquence, ils ont été illégalement détenus pendant 15 jours supplémentaires.

Le niveau de violence contre les manifestations pacifiques qui ont suivi les récentes élections présidentielles du mois d’août est extrême. Début septembre, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme avait recensé au moins 450 cas de torture et de mauvais traitements infligés à des personnes privées de liberté. Il n’y a pas encore eu d’enquête pénale sur les cas de décès ou de torture.

IndustriALL a condamné la persécution et la détention des dirigeants syndicaux et a exigé leur libération immédiate. Dans son courrier aux autorités biélorusses, Valter Sanches a écrit :

“Nous sommes extrêmement préoccupés par leur sécurité, car non seulement ils ont été arrêtés arbitrairement, mais ils sont également maintenus dans de très mauvaises conditions de détention. S’agissant d’Anatol Bokun, les conditions de détention équivalent à de la torture pure et simple, car il est exposé en continu à des enregistrements à fort volume. Tout aussi inquiétant, ils sont déplacés chaque fois qu’ils reçoivent une nouvelle peine et dans certains cas vers des endroits tenus secrets.”

IndustriALL a appelé à “un arrêt immédiat des persécutions et des violations des droits du travail et des droits de l’homme à l’encontre des dirigeants syndicaux Anatol Bokun, Siarhei Charkasau, Yury Korzun et Pavel Puchenia”. Valter Sanches a exigé la libération immédiate des militants syndicaux dans le strict respect des lois nationales et internationales ainsi que des normes relatives aux droits de l’homme.

Volte-face du gouvernement philippin sur le paiement du 13e mois après les pressions des syndicats

 

L'annonce, le 8 octobre, par le secrétaire philippin au Travail, Silvestre Bello III, que le ministère de l'Emploi et du Travail (DOLE) envisageait de permettre le report du 13e mois de salaire pour les entreprises en difficulté a provoqué la fureur des syndicats.

Suivant le décret présidentiel n° 851 de 1976, les employeurs doivent verser un 13e mois de salaire à tous les salariés pour le 24 décembre de chaque année. 

Sous la pression, Silvestre Bello a consulté en ligne les syndicats le 13 octobre. Trois jours plus tard, il est revenu sur sa décision dans une communication télévisée, et a confirmé que tous les employeurs doivent payer le 13e mois. Cette victoire est attribuée à l'unité qu'ont manifestée les syndicats sur cette question.

La consultation avec les syndicats

Le vice-président exécutif de l'ALU, Gerard Seno, a déclaré :

“L'ALU rejette le report de la prime du 13e mois principalement parce que les travailleurs ont constitué cette prime par leur travail au cours des 12 derniers mois. Elle constitue une norme fondamentale du travail au même titre que le salaire minimum; elle ne peut être supprimée ni reportée.”

Le président de l'AWATU-TUCP, Temistocles Dejon Jr, ajoute :

“En obtenant l'intégralité du 13e mois et de la prime de Noël, des millions de travailleurs et leurs familles auront de l'argent à dépenser, ce qui profitera à notre économie puisque 60 pour cent de notre PIB vient d'activités de consommation.”

Le président de l'Organisation intégrée du travail, Abraham Reyes, se félicite de la nouvelle décision du secrétaire au Travail. Il a déclaré que les travailleurs, en particulier les travailleurs précaires, vont pouvoir bénéficier des avantages inscrits dans la loi.

La secrétaire régionale d'IndustriALL, Annie Adviento, déclare :

“Nous félicitons le syndicat pour ce succès à propos de la prime du 13e mois aux Philippines. Cette victoire témoigne du rôle indispensable des syndicats dans le monde du travail. Des millions de travailleurs philippins, y compris les non-syndiqués, vont bénéficier de ce combat.”

Lutte contre la fermeture de Whirlpool à Naples

Les syndicats ont appelé à une grève de huit heures le 22 octobre. La grève a touché tous les sites italiens du groupe. L’action de grève a été organisée en conjonction avec la réunion convoquée par le Ministère du développement économique le même jour. Les résultats de la réunion doivent encore être annoncés.

Les syndicats ont indiqué qu’à dater du 23 octobre, des manifestations auraient lieu dans différentes villes d’Italie jusqu’à ce que Whirlpool revienne sur sa décision de fermer son site de Naples le 31 octobre. Les travailleurs et leurs syndicats s’opposent fermement à cette décision, car elle affecte tous le personnel de Whirlpool ainsi que celui des industries connexes et viole l’accord conclu avec le Ministère du Développement économique en 2018. De plus, les syndicats insistent sur le fait que la décision de fermer le site de Naples appauvrira progressivement les compétences et les capacités italiennes au niveau de la production d’appareils électroménagers.

Selon l’accord signé en 2018 au Ministère du Développement économique, Whirlpool s’est engagée à maintenir l’Italie comme base industrielle et commerciale stratégique pour la région Europe, Moyen-Orient et Afrique. L’entreprise a ensuite promis d’investir 250 millions d’euros pour la période de trois ans allant de 2019 à 2021 dans l’innovation, les produits et les procédés ainsi que la recherche et le développement sur ses sites industriels d’Italie.

Kan Matsuzaki, Directeur d’IndustriALL pour les TIC, l’électricité et l’électronique, la construction et la démolition des navires a ainsi réagi :

“Nous apportons notre soutien solidaire à nos affiliés et aux travailleurs et travailleuses de Whirlpool. La décision de l’entreprise de fermer le site de Naples en plein milieu d’une pandémie et de la crise qui sévit ne peut être justifiée. Le gouvernement italien doit consacrer tous ses efforts à éviter que l’économie locale, les travailleurs et leurs familles ne soient touchés. Whirlpool doit rester à Naples !”

Les syndicats solidaires des protestations des jeunes contre les brutalités policières au Nigeria

Après des semaines de protestations contre les exactions répétées et les violations flagrantes des droits de l'homme, émaillées de tortures et d'assassinats, commises par la SARS, l'unité spéciale anti-banditisme de la police, le gouvernement du Nigeria a démantelé celle-ci le 11 octobre. Mais cela n'a pas mis fin aux manifestations.

Les manifestants ont reçu le soutien du footballeur de Manchester United Idion Ighalo, qui a posté une vidéo sur les réseaux sociaux disant sa "honte" du gouvernement nigérian qui a envoyé l'armée tirer sur des manifestants désarmés au péage de Lekki Toll Gate, à Lagos.

Tolulope Fagbamigbe, un membre du comité des jeunes d'Afrique subsaharienne d'IndustriALL issu du Syndicat national des salariés de la chimie, de la chaussure, du caoutchouc et des produits non métalliques (NUCFRLANMPE), a déclaré :

"La jeunesse nigériane clame son désir d'être entendue par le gouvernement sur la campagne #EndSARS et d'autres revendications. Le 20 octobre, les lumières se sont éteintes au Lekki Toll Gate lorsque les soldats ont fait irruption avec des blindés et ont ouvert le feu sur des manifestants non armés, faisant de nombreux morts.

"Le gouvernement a pris la situation à la légère, et maintenant cela dérape. Si le gouvernement veut calmer les choses, il doit aller de l'avant progressivement. Sinon, il est à craindre que la situation dégénère pour finir dans le chaos."

Le Vice-président d'IndustriALL Issa Aremu a déclaré :

"Il faut se rendre compte que les protestations actuelles reflètent les atrocités commises de tout temps par la police nigériane. Il est encourageant de voir que la Commission présidentielle sur la réforme de la police a accepté les revendications en cinq points des manifestants contre les brutalités policières, à savoir l'arrêt de l'utilisation de la force contre les manifestants et la libération sans conditions des citoyens arrêtés, la justice pour les victimes de brutalités policières, avec indemnisation, et l'évaluation psychologique des policiers, avec revalorisation de leurs salaires."

S'agissant de l'emploi, la situation des jeunes Nigérians est dramatique. D'après le bureau national de la statistique, le taux de chômage dépasse les 27 pour cent, ce qui veut dire que 27,7 millions de jeunes sont sans emploi, alors que le taux de sous-emploi est de plus de 28 pour cent. Le chômage s'est encore aggravé avec les fermetures d'usines. Pour obtenir la création d'emplois décents, estime Issa Aremu, les syndicats doivent faire campagne pour un "état développemental générateur d'emplois décents pour les jeunes."

Les affiliés d'IndustriALL au Nigeria sont le Syndicat des travailleurs de l'automobile, des chantiers navals, du transport, de l'équipement et des secteurs connexes (AUTOBATE), le Syndicat national des salariés de la chimie, de la chaussure, du caoutchouc et des produits non métalliques (NUCFRLANMPE), le Syndicat national des employés de l'électricité (NUEE), le Syndicat national des travailleurs du pétrole et du gaz naturel (NUPENG), le Syndicat national des travailleurs du textile, du vêtement et de la confection (NUTGTW), l'Association des cadres du pétrole et du gaz naturel (PENGASSAN) et les Travailleurs de la sidérurgie et de l'ingénierie du Nigeria (SEWUN).

Les Suisses vont voter sur la responsabilité des multinationales dans les chaînes d’approvisionnement

Film documentaire sur l’Initiative

Cette initiative fait partie d’une vague de législations similaires proposées dans d’autres pays, basées sur les Principes directeurs des Nations unies sur les entreprises et les droits de l’homme.

Le système politique suisse privilégie la démocratie directe par rapport à la politique des partis. Les grandes questions politiques sont tranchées par des référendums qui ont lieu plusieurs fois par an. Une initiative populaire permet aux citoyens suisses de demander une modification de la Constitution fédérale. Les partisans d’une initiative disposent de 18 mois pour recueillir 100.000 signatures avant qu’un vote puisse avoir lieu. Pour que l’initiative aboutisse, il faut qu’une majorité d’électeurs et de cantons se prononcent en faveur de l’initiative

L’Initiative multinationales responsables a été créée par la Coalition suisse pour la justice dans les entreprises, composée d’organisations suisses de défense des droits de l’homme et de l’environnement, de groupes religieux et de syndicats, dont  Syna et Unia, des affiliés d’IndustriALL Global Union. L’initiative bénéficie d’un large soutien populaire, notamment de la part de 120 ONG et de toutes les églises du pays. La Coalition a recueilli 120.000 signatures en moins d’un an et les a soumises au Parlement pour les étapes suivantes.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL Kemal Özkan

Il a fallu près de cinq ans de campagne sans relâche pour que l’initiative soit soumise au vote. Le lobby des entreprises se bat avec acharnement contre elle, affirmant qu’elle rendra les entreprises suisses “coupables jusqu’à preuve du contraire” d’abus dans leurs chaînes d’approvisionnement et ouvrira la porte au “chantage” des militants. Craignant que l’initiative n’impose des responsabilités juridiques paralysantes qui rendront les entreprises non compétitives, le gouvernement a d’abord recommandé le rejet de l’initiative, avant d’élaborer une contre-proposition édulcorée.

Stephen Smyth du CFMEU (Australie) et Glen Mpufane d’IndustriALL lors d’une réunion en 2018

IndustriALL a été impliquée dans le processus de mise au vote de l’initiative depuis le début. En 2018, IndustriALL a fait venir en Suisse des syndicalistes de Glencore d’Australie, de Colombie et de République Démocratique du Congo pour parler du comportement de l’entreprise à l’étranger.

Alors que le point culminant que constituera le scrutin approche, le drapeau orange distinctif de la campagne est apparu aux fenêtres et balcons à travers le pays, les gens manifestant leur soutien.

Drapeau au balcon

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré :

“Trop longtemps, les multinationales ont pu dissimuler leurs abus derrière un vernis de respectabilité, en niant de manière plausible chaque mauvais comportement mis en évidence. L’Initiative multinationales responsables s’inscrit dans un mouvement mondial des syndicats et des organisations de la société civile visant à tenir les entreprises responsables de leur comportement.

Notre message est le suivant : nous sommes sur vos traces, il n’y a nulle part où se cacher, nous vous tiendrons pour responsables.”

Un syndicat obtient le droit de recruter au Myanmar grâce au mécanisme ACT

Cet effort collectif a permis à des négociations d'aboutir et à des règlements de conflits entre des fournisseurs installés au Myanmar et des organisations syndicales locales. Un dialogue social transparent et de bonne foi, un engagement volontariste des parties et le soutien de marques internationales font du Myanmar un exemple concret qui prouve que, lorsque des fournisseurs vont à la rencontre des syndicats et des marques pour éviter ou remédier à des violations des droits au travail, cette démarche stimule des relations professionnelles constructives.

Un exemple est celui du règlement d'un litige chez Kamcaine Manufacturing, un fournisseur de marques de l'ACT, qui a récemment conclu un règlement négocié avec la Fédération des travailleurs de l'industrie du Myanmar (YWFM), après qu'il eut licencié 57 travailleurs, dont les sept membres du comité exécutif du syndicat. Un autre exemple est celui des trois responsables syndicaux de Glory Fashion qui ont été réintégrés avec arriéré de salaire.

"Cela montre bien que les syndicats peuvent collaborer avec des marques pour instaurer, dans la chaîne d'approvisionnement, des relations professionnelles qui se substituent aux programmes d'audit et de code de conduite imposés par la direction, que d'autres marques appliquent plutôt que de tendre la main aux syndicats,"

a déclaré la directrice d'IndustriALL en charge du secteur du textile, Christina Hajagos-Clausen.

Bien que les relations professionnelles entre syndicats et marques de l'ACT se renforcent au Myanmar, certains fournisseurs refusent toujours des négociations transparentes et constructives. C'est le cas de la Yongan Myanmar Fashion Company, qui a refusé la négociation à propos d'un licenciement abusif de travailleurs et n'a pas voulu se soumettre à la décision d'un conseil d'arbitrage local.

Des marques de l'ACT ont agi de concert avec IndustriALL et l'IWFM pour trouver une issue équitable, mais le fournisseur a refusé de s'impliquer. En conséquence, et en dernier ressort, les marques se fournissant chez lui ont appliqué leurs politiques de tolérance zéro respectives, montrant qu'elles ne toléreraient pas que les droits des travailleurs soient violés.

Afin de promouvoir la liberté syndicale au Myanmar et d'aider les travailleurs et les fournisseurs à resserrer les relations professionnelles, les marques de l'ACT et IndustriALL ont aidé des fournisseurs et des syndicats à élaborer des Principes directeurs sur la liberté syndicale. Ces principes sont censés contribuer à prévenir et gérer d'éventuels conflits sur la liberté syndicale et à faire du Myanmar un exemple mondial de centre de production responsable. Afin de mettre en avant l'action menée sur la liberté syndicale au Myanmar, les marques de l'ACT ont fait de ces principes des critères incontournables de leur approvisionnement et elles appliquent une tolérance zéro vis-à-vis des violations depuis le 1er avril 2020.

"Nous sommes persuadés que la liberté syndicale et la négociation collective sont la voie idéale pour traiter des intérêts opposés et atteindre le respect mutuel et la responsabilité partagée. Ensemble, les signataires de l'initiative ACT vont continuer à collaborer étroitement avec les employeurs et les syndicats locaux afin d'instaurer des normes des plus rigoureuses en matière de relations professionnelles au Myanmar,"

déclare Andrei Vasiliev, directeur, impact social de l'approvisionnement responsable, chez Bestseller.

Malgré les énormes progrès obtenus par les marques de l'ACT, IndustriALL et l'IWFM au Myanmar, beaucoup reste à faire dans ce pays pour protéger la liberté syndicale, promouvoir la négociation collective et bâtir des relations professionnelles responsables et durables. Les signataires de l'initiative ACT vont poursuivre leur action au Myanmar et surveiller de près la chaîne d'approvisionnement. Aux côtés de l'IWFM et d'IndustriALL, l'initiative ACT a un rôle essentiel à jouer dans la protection des droits des travailleurs.

“La liberté syndicale est un droit fondamental des travailleurs qui doit être respecté et garanti partout. Il s'agit d'une étape sur la voie de relations professionnelles durables au Myanmar, auxquelles toutes les parties prenantes contribuent avec les Principes directeurs sur la liberté syndicale. J'espère que toutes les marques qui se fournissent au Myanmar se rendront compte des avantages de ces principes et y souscriront immédiatement,"

a déclaré le président de l'IWFM, Khaing Zar.