Le monde a besoin d'un traité des Nations unies contraignant pour mettre fin à l'impunité des entreprises

Des négociations en vue d'un instrument juridiquement contraignant se sont tenues la semaine dernière à Genève. S'il est adopté, cet instrument rendra les entreprises responsables juridiquement des violations des droits de l'homme commises dans leurs chaînes d'approvisionnement et sera un grand pas en avant vers l'instauration d'une obligation de rendre compte des entreprises en droit international.

Avant la négociation, les Syndicats mondiaux se félicitaient de la publication du projet de texte, mais en soulignant que les droits des travailleurs sont des droits humains. Ils se félicitaient d'une approche tenant compte des questions de genre ainsi que de mesures permettant de traiter les lacunes en matière de reddition de comptes dans les structures des multinationales.

Les syndicats critiquent cet instrument pour une absence de reconnaissance explicite des droits humains des travailleurs et parce qu'il n'identifie pas explicitement les syndicalistes en tant que défenseurs des droits de l'homme ou les syndicats en tant que partie intégrante des processus de diligence raisonnable portant sur les droits de l'homme.

Pendant les négociations, l'Organisation internationale des employeurs et d'autres groupes de lobbying du monde de l'entreprise ont contesté chaque disposition du projet et tenté d'entraver le processus. Le gouvernement américain l'a rejeté. Le gouvernement britannique a contesté la teneur du projet de texte, et l'Union européenne n'a pas obtenu de mandat de négociation pour ses États membres. Ce cycle de négociations s'est achevé sans avancée marquante avant de se poursuivre l'an prochain.

Commentant les négociations, le secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, a dit :

"Les choses changent dans la façon dont on conçoit la responsabilité des entreprises. Il est plus que temps. Le besoin de ce traité se fait encore plus sentir pendant la crise du Covid, alors que les travailleurs ont continué inlassablement à faire fonctionner les chaînes d'approvisionnement mondiales, souvent en se mettant gravement en danger et sans protection adéquate, indemnités de maladie ou sécurité sociale."

Les militants des droits de l'homme, les groupes de la société civile et les syndicats font campagne depuis longtemps pour que le droit international et les législations nationales changent de manière à rendre les entreprises responsables de leurs actes dans d'autres juridictions. Ces campagnes commencent à porter fruit; à l'échelon national, la Suisse va organiser en novembre un référendum sur la responsabilité sociale des entreprises, tandis que des textes similaires sont proposés ou ont déjà été adoptés dans d'autres pays.  

Au niveau international, les militants ont obtenu une grande victoire devant le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) lorsque, en 2014, a été adoptée pour la première fois une résolution visant à élaborer un instrument international juridiquement contraignant. La Résolution 26/9 a créé un groupe de travail intergouvernemental (GTI) chargé d'élaborer le contenu de cet instrument lors d'une série de débats. La sixième session du GTI s'est tenue la semaine dernière à Genève.

L'UNHRC est composé d'États membres. Ce sont l'Équateur et l'Afrique du Sud qui ont proposé la résolution de 2014. De nombreux gouvernements occidentaux ont voté contre. Les progrès sont fonction de la force de négociation des États membres. C'est pourquoi les syndicats sont convaincus de la nécessité de maintenir la pression sur les gouvernements nationaux, pour éviter que le projet de texte soit édulcoré.

En dépit des objections, un rapport final a été adopté et les parties vont maintenant négocier le texte. Le GTI va rassembler et diffuser les documents portant sur les questions soulevées dans les négociations d'ici à mars 2021.

Valter Sanches conclut en ces termes :

"Cet instrument va définir une nouvelle norme de référence mondiale pour les entreprises et les droits de l'homme. Les organisations d'employeurs et les gouvernements, des pays riches surtout, tentent de saboter le processus. Nous devons maintenir la dynamique pour encore aller de l'avant."

Les travailleurs d’ArcelorMittal revendiquent des emplois sûrs et pérennes

La réunion a eu lieu dans le contexte de la deuxième vague de la pandémie de Covid-19, qui a plongé les secteurs de la sidérurgie et des mines dans une crise économique. Les participants ont relevé qu’ArcelorMittal, comme d’autres entreprises du secteur, utilise la pandémie comme prétexte pour accélérer les changements en supprimant des emplois et en dégradant les conditions de travail. L’entreprise adopte le travail à distance et accélère la numérisation et l’automatisation. Même s’ils ne sont pas nécessairement négatifs, en l’absence de consultations avec les représentants des travailleurs, ces changements peuvent entraîner une nouvelle détérioration des conditions.

Matthias Hartwich

Matthias Hartwich, Directeur de l’ingénierie mécanique et des métaux de base d’IndustriALL, a déclaré :

“Cette crise montre une fois de plus que l’économie actuelle n’est pas durable et qu’elle produit des inégalités dont les travailleurs et travailleuses sont victimes.”

Aujourd’hui plus que jamais, un véritable dialogue social entre la direction de l’entreprise et les syndicats est nécessaire pour trouver une issue à la crise actuelle. Il s’agit notamment d’un échange constant entre la direction et les syndicats sur la stratégie future et l’évolution du groupe ArcelorMittal, impliquant les salariés et leurs représentants à travers un véritable dialogue à tous les niveaux.

Bart Wille

Bart Wille, Directeur général des ressources humaines du groupe ArcelorMittal, a participé à cette réunion de deux jours pour présenter le point de vue et les stratégies de l’entreprise. M. Wille a reçu une série de questions, commentaires et critiques des participants, notamment en ce qui concerne la qualité des relations avec les syndicats et du dialogue social dans l’entreprise.

Les participants ont souligné que depuis la dernière réunion du réseau syndical mondial à Rio de Janeiro, au Brésil, en avril 2019, le dialogue social dans l’entreprise dépéri. Le dialogue social devrait être à double sens, fournissant en temps voulu des informations suffisantes et transparentes sur les évolutions au sein de l’entreprise et invitant les syndicats à être consultés sur les questions critiques, notamment la stratégie de croissance future et les investissements.

En fonction des réactions recueillies lors de la réunion ainsi que des échanges avec la direction, les participants ont adopté une déclaration.

Tout en reconnaissant les efforts déployés par l’entreprise pour traiter les questions de santé et  sécurité, notamment pendant la crise de Covid-19, les participants ont exprimé leurs attentes quant à de meilleurs dialogue, coopération et collaboration entre la direction et les syndicats. Il a été fait référence en particulier à l’amélioration et au renforcement du fonctionnement du Comité mondial conjoint ArcelorMittal pour la santé et la sécurité, qui a été constitué dans le cadre de l’accord mondial conclu entre les syndicats signataires et la direction en 2007.

Le réseau syndical a réitéré sa vive revendication de négocier un accord-cadre mondial avec la direction mondiale d’ArcelorMittal entérinant le soutien de l’entreprise à un comité syndical mondial doté de procédures d’information et de consultation appropriés sur les questions transnationales.

Kemal Özkan

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a indiqué :

“Nos affiliés sont confrontés à un certain nombre de conflits liés à la restructuration d’ArcelorMittal, avec des fermetures et des pertes d’emplois. Notre réseau syndical mondial est déçu par la détérioration de la qualité des relations sociales avec ArcelorMittal. Nous demandons instamment à l’entreprise de s’attaquer sans plus attendre aux problèmes persistants dans le cadre du dialogue avec nos affiliés et de faire preuve d’un engagement plus ferme en faveur du dialogue social institutionnalisé au niveau mondial.”

 

Guatemala : Sitraternium enregistre sa première convention collective

En 2017, IndustriALL a déposé une plainte contre Ternium auprès de l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), l’entreprise ayant refusé de reconnaître un syndicat au Guatemala et de négocier avec lui. Un an plus tard, les représentants de Ternium ont accepté de négocier une convention collective de travail avec Sitraternium.

Le processus de négociation collective a officiellement débuté en 2019 et la première convention collective de travail a été signée par les deux parties en janvier 2020. Il a ensuite fallu huit mois pour que l’accord, qui a une validité de trois ans, soit certifié par le ministère ce 14 octobre.

“L’accord n’a rien d’exceptionnel, mais il accorde aux salariés certains droits que l’entreprise avait tenté de restreindre. Nous avons maintenant une garantie légale que ces droits seront respectés et nous pouvons établir un dialogue avec l’entreprise.

Nous sommes fiers du résultat, car ce processus n’a pas été facile. Il est le résultat d’un effort collectif de tous nos adhérents, ainsi que des fédérations syndicales nationale et internationale. Nous n’aurions pas pu y arriver sans ce soutien,”

a confié le Secrétaire général de Sitraternium, Walter Rodríguez.

Lorsque le syndicat a été fondé en 2012, les travailleurs et travailleuses ont dû faire face au comportement antisyndical de Ternium. En réaction, ils ont lancé une vaste campagne pour protéger leur droit à la liberté syndicale, avec le soutien d’IndustriALL.

Le syndicat affirme que les relations avec l’entreprise se sont améliorées et qu’un dialogue sur les protocoles Covid-19 a été possible. Il est à espérer que Ternium reconnaîtra désormais le syndicat en tant qu’organisation légitime et respectera pleinement l’accord.

Le Secrétaire régional d’IndustriALL, Marino Vani, a déclaré :

“Lorsque les travailleurs et travailleuses s’unissent, nous pouvons atteindre nos objectifs. L’unité nationale, régionale et mondiale des travailleurs et travailleuses du réseau syndical Tenaris-Ternium est vraiment louable : ils écrivent l’histoire et œuvrent pour que leurs droits soient respectés.

Ce résultat a été obtenu grâce à l’association de la solidarité du réseau, des campagnes locales et de la plainte déposée auprès de l’OCDE. Nous ne pouvons établir un dialogue avec les entreprises que si nous sommes unis. Nous continuerons à travailler ensemble pour créer un monde meilleur pour tous”.

Recours en constitutionnalité des syndicats contre la loi fourre-tout qualifiée d'"esclavage moderne"

Ces syndicats, et 32 fédérations dont les affiliés d'IndustriALL Global Union FSPMI, FSP KEP, SPN, CEMWU notamment, ont introduit une requête devant la Cour constitutionnelle au motif que la loi multiple sur la création d'emplois viole incontestablement les dispositions de la Constitution et de la Loi sur la main-d’œuvre de 2003 relatives aux droits des travailleurs.

La sécurité d'emploi et une série de prestations dues aux travailleurs sont menacées par la loi controversée que le président indonésien Joko Widodo a signée le 2 novembre, malgré les manifestations auxquelles ont participé des milliers de syndicalistes indonésiens dans tout le pays. 

Saïd Iqbal, le président de la KSPI et de la FSPMI, a déclaré :

"Nous appelons le gouvernement à abroger immédiatement cette loi controversée qui aura des conséquences négatives pour les travailleurs indonésiens. La suppression du salaire minimum de branche entraînera un régime de bas salaires du fait que les autorités de district et les conseils municipaux ne seront plus tenus de respecter un salaire minimum.

"Si la nouvelle disposition sur l'externalisation entre en vigueur, les travailleurs indonésiens pourraient devenir des travailleurs contractuels à vie, les durées de contrat pouvant être étendues indéfiniment et les catégories d'emploi n'étant plus limitées à cinq seulement. En résumé, c'est de l'esclavage moderne."

L'action nationale organisée le 2 novembre par la KSPI, la KSPSI, l'AGN et 32 fédérations dans tout le pays

La secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Asie du Sud-est, Annie Adviento, a déclaré :

"Je félicite les affiliés indonésiens qui ont franchi une nouvelle étape en déposant un recours juridique. IndustriALL les assure de sa solidarité et leur apportera le soutien nécessaire dans leur combat inébranlable contre cette loi fourre-tout."

Depuis janvier, la Loi multiple sur la création d'emplois, qui amende 73 textes de loi, soulève des vagues de protestations dans tout le pays. Des travailleurs ont risqué leur vie pour participer à des manifestations qui ont contraint le parlement à reporter le débat au mois d'avril 2020.

L'action nationale organisée le 2 novembre par la KSPI, la KSPSI, l'AGN et 32 fédérations dans tout le pays

Cependant, le parlement a examiné le texte en procédure accélérée et l'a approuvé le 5 octobre, forçant les travailleurs à descendre à nouveau dans la rue et participer à des grèves nationales. Des millions de travailleurs affiliés à la KSPI, la KSPSI et la KSBSI se sont joints aux grèves et de nombreux syndicalistes ont été arrêtés et détenus arbitrairement par la police indonésienne.

Les travailleurs de l’automobile américains et canadiens saluent les investissements de GM et de Fiat Chrysler

Ce 20 octobre, Terry Dittes, Vice-président international de l’UAW, a annoncé un accord avec General Motors sur des plans d’investissement de 2 milliards de dollars dans six usines américaines et de modernisation de l’usine d’assemblage de Spring Hill, au Tennessee, pour construire la prochaine génération de véhicules entièrement électriques.

Le site du Tennessee, représenté syndicalement par la section locale 1853 de l’UAW, construira le nouveau crossover électrique Cadillac Lyriq, tandis que les membres de la section locale 602 de l’UAW de Delta Township, au Michigan, construiront l’Acadia de nouvelle génération.

Terry Dittes a indiqué :

“L’avenir dévoilé par General Motors signifie un engagement envers l’emploi futur des membres de l’UAW qui s’appuie sur leurs compétences, leur sueur et leur savoir-faire. Les membres de l’UAW s’engagent à faire en sorte que cet investissement de GM contribue à faire de ces véhicules électriques de nouvelle génération les meilleurs de leur catégorie et à les maintenir au sommet des ventes.”

La veille, le 19 octobre, les membres du syndicat canadien Unifor de Fiat Chrysler à Brampton, Etobicoke, Windsor, Mississauga, Montréal et Red Deer ont ratifié à une majorité de 78 % une nouvelle convention collective de trois ans avec le constructeur automobile. L’accord prévoit également des investissements importants, la sécurité de l’emploi et des avancées sur le plan économique pour les travailleurs et travailleuses.

“Cet accord consolide et amplifie l’implantation de FCA, avec un investissement de 1,58 milliard de dollars canadiens (1,2 milliard de dollars américains) pour une plateforme de pointe permettant de construire des véhicules hybrides rechargeables et des véhicules électriques purs, ainsi qu’un investissement de 50 millions de dollars canadiens (37,6 millions de dollars américains) pour amener de multiples déclinaisons des Dodge Charger et Challenger à l’usine de Brampton où la production de la Chrysler 300 est en cours d’extension,”

a confié Jerry Dias, Président national d’Unifor.

“Ces deux accords sont le gage d’un avenir meilleur pour les travailleurs et travailleuses en cette période de transformation massive de l’industrie automobile”, a déclaré Atle Høie, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL. “Nous saluons de tels investissements pérennes dans les technologies de l’avenir, qui créent du travail sur des sites syndiqués.”

La solidarité internationale permet la libération de dirigeants syndicaux emprisonnés au Bélarus

Leur emprisonnement faisait suite à une grève à l'usine d'engrais potassique JSC Belaruskali par des travailleurs qui demandaient réclamaient la liberté, la démocratie et le respect. Les autorités ont réagi en arrêtant Siarhei Charkasau, vice-président du Syndicat indépendant bélarussien (SIB), et trois autres personnes, Pavel Puchenia, Yury Korzun et Anatol Bokun. Le SIB est associé à IndustriALL Global Union.

La campagne LabourStart a obtenu l'envoi de 6.291 messages exigeant la libération des quatre camarades.

Messages imprimés en différentes langues

Les autorités bélarussiennes n'ont pas apprécié ces messages et elles ont tenté de les bloquer. M    ais des syndicalistes bélarussiens ont imprimé les listes des sympathisants (15 langues en tout) sous la forme d'une pétition.

 

Ils ont été la déposer en personne au bureau du P-DG de Belaruskali, Ivan Halavaty. Pour respecter les règles imposées par le Covid-19, ils ont dû glisser la pétition dans la boîte aux lettres.

Grâce à leurs efforts, les voix des 6.291 syndicalistes participant à la campagne ont été entendues, et les autorités ont dû écouter.

 

Samedi, Anatol Bokun, le coprésident du comité de grève de Belaruskali, était remis en liberté après 55 jours de garde à vue. Cet après-midi, les trois autres ont finalement été libérés.

Le SIB a confirmé que cette campagne a été un succès parce qu'elle a largement attiré l'attention, au niveau international comme local, sur les cas de nos camarades emprisonnés. Leurs peines n'ont pas été prolongées, et c'est un réel succès pour la campagne.

Les campagnes mondiales paient et le soutien d'activistes syndicaux du monde entier fait vraiment bouger les choses. Siarhei, Pavel, Yury et Anatol sont libres aujourd'hui grâce à la force de la solidarité internationale.

Des dirigeants syndicaux candidats aux élections législatives au Myanmar

La Ligue nationale pour la démocratie (LND) a remporté une victoire écrasante en 2015, avec 77 % des sièges à pourvoir à la Chambre basse. Au Myanmar, 25 % des 440 sièges de la Chambre basse sont réservés aux militaires.

Mais le gouvernement de la LND, dirigé par la Conseillère spéciale d’État, Aung San Suu Kyi, est confronté à une société de plus en plus divisée ethniquement et à une série de problèmes non résolus concernant le monde du travail.

“Nous voulons que les parlementaires se battent sur les problèmatiques des travailleurs et travailleuses comme les licenciements abusifs consécutifs à la création de syndicats, la suspension des avantages des travailleurs et la liberté de réunion pendant la pandémie. La législation du travail doit être réformée pour protéger les droits des travailleurs,”

a déclaré, Ma Soe Lay, qui occupe la vice-présidence de l’IWFM.

“Nous sommes également mécontents du retard pris dans la mise en œuvre du salaire minimum. Le nouveau montant aurait dû être appliqué en 2017, mais le gouvernement n’a décidé de le fixer à 4.800 kyats (3,48 dollars) qu’en mai 2018. Et il a fallu environ huit mois pour que les travailleurs et travailleuses reçoivent ce montant à titre rétroactif.”

 
 

Les partis fondés sur l’ethnie ont formé des coalitions pour se présenter aux élections. La Confédération des syndicats du Myanmar (CTUM) a formé une alliance avec le Syndicat des agriculteurs du Myanmar et d’autres groupements de travailleurs, présentant aux élections onze candidats, dont trois de l’IWFM, affilié à IndustriALL.

U Maung Maung, qui préside la CTUM, a déclaré :

“Nous avons travaillé avec le syndicat, les gouvernements régionaux et les parlementaires pendant cinq ans pour que les promesses faites aux travailleurs soient tenues. Mais les parlementaires ne sont pas intéressés par la liberté syndicale ou les conflits du travail.

C’est pourquoi la CTUM et onze autres syndicats et réseaux ont formé l’Alliance du travail, décidant d’avoir leurs propres représentants pour exprimer les préoccupations des travailleurs et des agriculteurs. Il est également nécessaire de modifier les lois pour se conformer aux normes internationales du travail.”

Annie Adviento, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, a indiqué :

“Le syndicalisme au Myanmar a progressé à un rythme étonnant depuis que les syndicats ont été légalisés en 2012. Le mouvement syndical doit se battre sur les fronts politique et économique pour défendre les droits des travailleurs et travailleuses.”

Les Syndicats mondiaux solidaires du mouvement syndical indien

Le 28 octobre, le Conseil des Syndicats mondiaux a organisé, sous l'égide d'IndustriALL, un webinaire sur les changements à la législation du travail en Inde, intitulé Une attaque contre la classe laborieuse, et qui a été l'occasion d'une participation active de responsables et représentants syndicaux du monde entier. Il s'inscrivait dans le cadre d'une série de webinaires organisés par le Conseil des Syndicats mondiaux sur le thème des graves attaques contre les droits des travailleurs et la démocratie commises pendant la pandémie.

Les modifications anti-travailleurs à la législation du travail adoptés par le Premier ministre indien Narendra Modi vont largement à l'encontre des normes internationales du travail, des principes et droits fondamentaux au travail et de la justice sociale auxquels souscrivaient les textes précédents. Ces changements ont un impact négatif sur la liberté syndicale, la négociation collective et les droits syndicaux, notamment le droit de grève, au centre des conventions et déclarations de l'OIT.

Sharan Burrow, la secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale (CSI), déclare :

"Ces changements au droit du travail vont entraîner plus d'informalisation de la main-d’œuvre indienne et priver des millions de travailleurs de leurs droits fondamentaux, de la protection et la sécurité sociales. Cette destruction de la dignité et du travail décent en Inde est inacceptable; il faut que cela change.

"Nous avons besoin d'une reprise avec un nouveau contrat social, avec une protection sociale et des emplois résilients et un cadre de développement inclusif. Pour l'instant, le mouvement syndical indien montre un courage extraordinaire. Partout dans le monde, on admire la ténacité et le courage des syndicats indiens qui tiennent bon. Le mouvement syndical mondial réaffirme sa solidarité avec les syndicats indiens."

Valter Sanches, le secrétaire général d'IndustriALL Global Union, déclare :

"La fragilité du cadre réglementaire du marché du travail en Inde a été dénoncée, avec les conséquences dévastatrices que l'insuffisance des réactions au Covid-19 ont eues sur les travailleurs et les travailleuses. Pendant le confinement, des centaines de milliers de travailleurs ont perdu leur moyen de subsistance et ont souffert de retour dans leurs foyers des villes indiennes. Lorsque les usines ont repris leurs activités, une série d'accidents industriels ont tué plus d'une centaine de travailleurs.

"Plutôt que de renforcer la législation existante, les changements à la loi préconisés sur fond de crises multiples ne profiteront qu'au monde de l'entreprise et perpétueront l'informalité et l'inégalité en Inde. Les affiliés indiens d'IndustriALL sont en première ligne contre les politiques anti-travailleurs du gouvernement. IndustriALL est coude à coude, aux côtés du mouvement syndical indien dans son juste combat."

G Sanjeeva Reddy, le président du Congrès national indien des syndicats (INTUC), déclare :

"Depuis son entrée en fonction, le gouvernement Modi œuvre contre les intérêts des travailleurs. Le gouvernement puise sa force politique dans des politiques communautaires clivantes, conjuguées aux intérêts népotiques des sociétés. Seule une lutte inébranlable permettra aux travailleurs indiens de vaincre ce gouvernement.

"Les syndicats indiens, de tous horizons politiques, ont constitué un plateforme unie pour mener un combat méthodique. Le 26 novembre aura lieu une nouvelle grève nationale pour montrer au gouvernement Modi que notre lutte se poursuivra inlassablement."

Les participants à ce webinaire étaient notamment Harbhajan Singh Siddu, le secrétaire général du Hind Mazdoor Sabha (HMS), Manali Shah, la secrétaire nationale de la Self Employed Women’s Association (SEWA) et le professeur Shyam Sundar, expert en législation du travail. Sa modératrice était Kate Lappin, secrétaire régionale pour l'Asie-Pacifique de l'Internationale des services publics (ISP).

Les syndicats d’Asie du Sud-Est appellent les gouvernements à se conformer aux normes de l’OIT

Lors du deuxième webinaire sur les réformes du droit du travail au Cambodge, au Myanmar et en Thaïlande, ce 27 octobre, les dirigeants syndicaux n’ont pas pu cacher leur frustration face à la faiblesse du droit du travail, qui ne protège pas le droit des travailleurs et travailleuses à s’organiser en syndicats.

Les employeurs licencient souvent les dirigeants syndicaux lorsqu’ils découvrent des tentatives de former une section locale d’un syndicat d’industrie. Une pression énorme est exercée sur les dirigeants syndicaux : la direction trouvera toujours l’une ou l’autre faute pour les licencier à la moindre occasion.

Prasit Prasopsuk, Président de la Confédération du travail industriel de Thaïlande (CILT), indique :

“Les autorités thaïlandaises doivent protéger les travailleurs contre les licenciements lorsqu’ils forment un syndicat. La convention 87 de l’OIT sur la liberté syndicale et la convention 98 sur la négociation collective doivent être ratifiées immédiatement.

La législation du travail, restrictive, doit être réformée pour permettre des grèves et des manifestations pacifiques, les briseurs de grève doivent être interdits et la ségrégation entre les syndicats publics et privés doit être levée.”

Concernée par une discrimination antisyndicale semblable, la Secrétaire générale adjointe de la Confédération des syndicats du Myanmar (CTUM), Daw Phyo Sandar Soe, déclare :

“Le gouvernement du Myanmar refuse de ratifier la Convention 98. De nombreuses entreprises licencient illégalement des dirigeants syndicaux parce qu’il n’y a pas d’application d’un droit du travail déjà faible.

Le gouvernement retarde intentionnellement l’enregistrement des syndicats et le traitement des conflits sociaux. De nombreux litiges ne sont clos qu’après de longs délais, ce qui met les syndicats sous la pression des employeurs et du gouvernement.”

Le droit du travail cambodgien est moins problématique puisque le gouvernement a ratifié toutes les conventions fondamentales de l’OIT. Pourtant, les modifications apportées à la loi en 2016 et 2020 ont entraîné une détérioration des droits des travailleurs. Le Président du Collectif syndical CUMW, Pav Sina, indique :

“En vertu de la nouvelle législation, les fédérations ne peuvent plus représenter les travailleurs lors de conflits sociaux. Les syndicats sont tenus d’engager des réviseurs indépendants pour contrôler leurs comptes, la disposition relative à la rémunération à hauteur de 130 % des prestations de nuit a été supprimée.”

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL Global Union, a déclaré :

“De nombreux gouvernements ont viré à l’autoritarisme pendant la pandémie ; les institutions démocratiques sont attaquées et la législation du travail est la prochaine cible. Nous devons rester unis, défendre les droits des travailleurs et une économie centrée sur l’humain.”

Photo : réunion THCC en juillet 2019 avec des syndicalistes cambodgiens, birmans et thaïlandais

Sintracarbón et El Cerrejón entament le dialogue pour résoudre leur conflit

Le 18 octobre, une première rencontre a eu lieu afin d'arrêter un agenda de négociation entre les deux parties. Le 22, elles ont convenu d'entamer une série de réunions afin de trouver une sortie au conflit.

"Les discussions ont progressé, mais les grands sujets de désaccord subsistent. Cependant, les parties veulent continuer à explorer des pistes pour trouver un accord dont les travailleurs, la région et la compagnie ont besoin.

"Les réunions vont donc continuer, parce notre syndicat souhaite le dialogue et que la direction a aussi manifesté son intérêt. Mais la grève se poursuit tant que les grands sujets de désaccord persistent,"

déclare le président de Sintracarbón, Igor Díaz.

Bien que le syndicat ne soit pas disposé à négocier certains points, il est ouvert à l'examen d'autres. Il considère que la direction a toujours l'intention de supprimer les prestations inscrites dans la convention collective en vigueur.

S'agissant du changement du système de pauses qu'El Cerrejón veut imposer et que les travailleurs qualifient de "mortel", après l'avoir examiné en détail, Sintracarbón est convaincu qu'il affecterait la santé, les existences et le tissu social des travailleurs. Quoi qu'il en soit, le syndicat est ouvert à la discussion avec la direction.

El Cerrejón a publié une déclaration officielle insistant sur sa volonté de poursuivre les réunions afin de surmonter les divergences de vues.

Le secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré :

"IndustriALL salue les travailleurs d'El Cerrejón qui font grève depuis près de deux mois sous la houlette de Sintracarbón. La reprise des négociations est un grand pas en avant et nous espérons que les parties concluront un bon accord bientôt."