Comment la Tunisie expérimente à petits pas la transition vers des emplois et des entreprises plus durables

Mohamed Ali déambule entre les machines, saisit une paire de ciseaux et découpe un long morceau de tissu, qu’il trempe ensuite dans une tasse remplie d’eau. Abracadabra ! La magie de la chimie opère instantanément. Le bout d’étoffe est devenu une pâte translucide et collante. En séchant, elle se rigidifie et se transforme en plastique.

« C’est de la viseline », lance Mohamed Ali très fier de sa démonstration. Fabriquée à partir de fibres synthétiques, elle est utilisée pour renforcer les broderies. « Avant, on jetait dans la nature les déchets issus de la production. Désormais, on va récupérer les chutes pour les recycler et les réutiliser. »

À la Sobref, dans cette usine textile de Mahdia, dans le centre-est de la Tunisie, jusqu’en 2016, des dizaines d’ouvriers et d’ouvrières travaillaient jour et nuit sur les grandes machines de précision qui sont aujourd’hui à l’arrêt et désespérément silencieuses. En attendant le retour de l’activité, Mohamed Ali dort ici, à l’étage, sur un simple canapé. Il veut empêcher les cambriolages, mais surtout couver du regard cette entreprise qui lui appartient, comme à la quarantaine d’anciens employés ayant décidé de racheter leur usine.

Devenir leur propre patron, l’idée a été soufflée par l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens (UGTT). La centrale syndicale encadre ce projet depuis plusieurs mois, avec l’aide d’une ONG espagnole, l’Asamblea de Cooperación por la Paz.

Elle a aussi fourni un soutien financier qui s’est ajouté aux 250.000 euros débloqués par la communauté autonome de la région de Valence, en Espagne. Au total, 300.000 euros ont pu être mobilisés. L’UGTT a également apporté son appui juridique aux ouvriers. Ils ont obtenu des indemnités du propriétaire qui avait décidé, illégalement, de mettre la clé sous la porte, du jour au lendemain. Une somme qu’ils ont décidé d’investir pour prendre possession de leur outil de travail en créant une coopérative, où tous sont associés majoritaires.

« Pour ne plus jamais connaître d’injustice », affirme Afifa Najjar. Une injustice liée à la pollution, aux atteintes à l’environnement par exemple.

Le secteur de la broderie, et du textile en général, a un impact écologique très fort. Les travailleurs en souffrent, assure cette mère de famille de 48 ans, qui a travaillé plus de la moitié de sa vie à la Sobref:

« On subit les conséquences directes. Les odeurs insupportables. (…) Avant, ils brûlaient les déchets pas loin de nos maisons ». Les chutes de viseline étaient éliminées de manière anarchique. Cela ne sera plus le cas après la réouverture de l’usine, prévue avant la fin de l’année, explique Karim Chebbi, consultant pour l’UGTT.

Une entreprise éco-responsable

Karim Chebbi connaît bien ces thématiques liées à l’environnement. Il a donc été choisi pour coordonner le projet de la Sobref.

« Il y a un enjeu écologique important, mais aussi économique pour la coopérative. Parce qu’une partie de ces déchets pourra être revendue dans un circuit de collaboration, de solidarité avec d’autres usines de recyclage, pour dégager une petite rentrée d’argent (…). » Le futur site industriel sera aussi capable d’assurer 30 % de sa consommation en électricité, grâce à des panneaux photovoltaïques.

« On veut permettre à l’entreprise d’être en partie autonome et d’alléger sa dépendance aux énergies fossiles », argumente Karim Chebbi.

Dans la grande salle de l’antenne locale de l’UGTT, les tables ont été disposées en « U » pour une réunion un peu spéciale ce vendredi 11 septembre. Les ouvriers et ouvrières de l’usine Sobref effectuent leur rentrée. C’est la première rencontre organisée depuis l’interruption due au coronavirus. Pour l’occasion, Karim Chebbi a invité un professeur d’université, à la tête du tout premier master « Gestion, traitement et valorisation des déchets » en Tunisie.

Le professeur Lotfi Soussia, de l’Institut Supérieur des Sciences Appliquées et des Technologie (ISSAT) de Mahdia, a été chargé de dispenser 20 heures de formation, théorique et pratique.

« Le respect de la nature c’est une culture avant tout ! C’est le futur de nos enfants », déclare l’universitaire face à une assistance très studieuse.

Les expressions « transition écologique », « économie verte » ou encore « gaz à effet de serre » ne sont pas prononcées. Le personnel de l’usine ne maîtrise pas toutes ces notions. Qu’importe. Tout le monde sait ici qu’il fait « quelque chose de positif », selon les mots d’Afifa Najjar.

Tous adhèrent à la dimension éco-responsable du projet, comme Hedi Ben Hamza, 50 ans, dont 22 passés au sein de l’entreprise :

« C’est nouveau, mais maintenant chaque entreprise doit devenir amie avec l’environnement. Avant ce n’était pas possible. Pourquoi ? Parce qu’il y n’avait qu’un seul propriétaire et qu’il ne pensait qu’à accumuler les gains. Avec cette transformation en coopérative, on pensera à nous et à la nature en premier. »

Les ouvriers de l’usine font sans savoir, car ils ne connaissent pas les principes de la transition juste mais ils les appliquent bel et bien. Décarboner l’économie, tout en atténuant les effets sur l’emploi et les ressources des travailleurs des industries vulnérables, l’UGTT ne met pas non plus cette idée en avant. En réalité, il a fallu passer par à un concept intermédiaire pour en arriver là. Pour le syndicat, la priorité reste l’amélioration des conditions de travail.

« L’approche de l’UGTT par rapport à la question de l’environnement, même si elle n’est pas centralisée, a toujours été là », estime Karim Chebbi. « Parce qu’elle fait partie du ”travail décent”. C’est à travers ”le travail décent” que l’on atteint l’écologie. »
Des idées nouvelles

Pourtant au sein de l’UGTT, certains militent pour faire avancer la réflexion sur les questions environnementales. Parmi eux, Mansour Cherni fait figure de précurseur. Il est le coordinateur national des affiliés de l’International des services publics (PSI) en Tunisie, mais aussi numéro 2 de la « section climat » du département des Relations arabes, internationales et Migrations au sein de l’UGTT. Il s’est préoccupé du sujet dès le début des années 2000 et « surtout à partir de 2007, grâce à l’ex-secrétaire général de l’UGTT qui s’intéressait au changement climatique », explique-t-il.

« Houcine Abassi, le prix Nobel de la paix, c’est lui qui m’a poussé, encouragé à aller de l’avant. Et on a commencé à aborder le problème de l’environnement. (…) On a formé un petit groupe qui est devenu sensible à cette thématique. » Cela fait un an maintenant que la section « changement climatique » a été créée.

« C’est pour sensibiliser les décideurs au sein de l’UGTT, pour leur dire ”attention c’est grave”. Il y a cinq personnes qui la composent, mais on n’a pas les moyens nécessaires pour vraiment peser », déplore Mansour Cherni.

Depuis 2014, il se rend chaque année aux COP pour le climat, à ses propres frais. Et presque chaque année, il est le seul syndicaliste affilié à l’UGTT à participer.

« C’est pour mieux comprendre. Dans les COP, il y a un très haut niveau de discours, mais en réalité ça n’a aucun effet. Par contre, si vous regardez la société civile, c’est là qu’il y a le travail, là qu’il y a les discussions, les pressions. J’ai pu le constater au moment de la signature à Paris de l’Accord sur le climat. C’est la société civile, ce sont les syndicats essentiellement qui ont agi. »

Il est conscient du rôle que doivent jouer les organisations de travailleurs, mais conscient aussi du retard qu’accuse l’UGTT. Naïma Hammami fut la première femme à intégrer le bureau exécutif de la centrale en 2017, c’est aussi une pionnière dans son syndicat pour la transition écologique. En tant que secrétaire générale adjointe et chargée des Relations arabes, internationales et Migrations, elle a contribué à la mise en place de la section « changement climatique » au sein de son département. « On est motivés à l’idée de progresser sur cette question qui a une incidence importante sur les travailleurs », mais « l’UGTT débute dans ce domaine ».

Mansour Cherni attend avec impatience ce jour où la centrale se saisira vraiment de cette problématique.

« Je l’espère… je l’espère, mais jusqu’à maintenant c’est timide », confie le presque septuagénaire. « On n’y donne pas encore d’importance. » Selon lui, le syndicat reste obnubilé par les luttes du quotidien, au lieu de penser une stratégie pour « sauver les postes d’emploi menacés par le changement climatique ». « C’est beaucoup plus important à long terme, ce sont mes enfants qui vont le payer très cher. »

Difficile d’inverser l’ordre des priorités, dans un pays qui continue de s’enfoncer dans une interminable crise sociale et économique. À défaut, Mansour Cherni voudrait rendre son syndicat plus sensible à ces concepts qu’il manie, lui, avec dextérité. Soutenu par l’International des services publics (PSI), qui l’a aidé en cherchant des fonds, il a pu contribuer à l’organisation de quatre séminaires. « À peu près 120 personnes » ont suivi ces modules, dont l’un d’entre eux portait sur les gaz à effet de serre produits par les centrales fonctionnant aux combustibles fossiles.

Electricité verte

Le secteur de l’énergie sera justement l’un des plus touchés par la transition vers une société bas-carbone. L’électricité verte peine encore à se développer en Tunisie. L’objectif des autorités est pourtant ambitieux, passer de 4 % dans le mix énergétique aujourd’hui à 30 % d’ici 2030, pour cette énergie. Mais le pays accumule les retards, même si, ces derniers mois, de nombreux projets ont été annoncés. Les autorités mettent en avant les créations d’emploi et les avantages qu’ils représentent pour l’indépendance énergétique du pays.

Pourtant, l’UGTT reste sur ses gardes. La centrale syndicale considère l’énergie comme un bien public et, à ce titre, défend bec et ongle la situation de quasi-monopole de la STEG (Société tunisienne de l’électricité et du gaz), qui domine la production, maîtrise le transport, la distribution et la commercialisation de l’électricité́ en Tunisie. La Fédération générale de l’électricité et du gaz, la branche STEG du syndicat, dénonce ainsi régulièrement les tentatives de privatisation du secteur, de « marchandisation de l’électricité ».

Cet été, l’UGTT a engagé un bras de fer avec le gouvernement, refusant le raccordement au réseau de la centrale solaire de Tataouine, projet issu d’un partenariat entre l’Entreprise Tunisienne d’Activités Pétrolières, publique, et le géant italien des hydrocarbures, Eni.

Dans un post Facebook publié en juillet, le ministre de l’énergie de l’époque, Mongi Marzouk, crie au « sabotage » et incendie le syndicat:

« La fédération de l’électricité, au lieu d’être du côté des énergies propres, (…) œuvre à paralyser les premières réalisations en violation de la loi, partant d’une compréhension étriquée et incorrecte de l’intérêt du secteur électrique et du rôle des énergies renouvelables (…). »

Injoignable durant cette enquête, pour des raisons personnelles, Abdelkader Jelassi, le secrétaire général de la fédération générale de l’électricité et du gaz, a tenu à réagir, par l’intermédiaire de Mansour Cherni.

« Nous ne sommes pas contre les énergies renouvelables » rétorque-t-il, « mais contre les gens qui, pendant 60 ans, n’ont cessé de téter l’Etat. Ils prennent sans rien donner en contrepartie. S’ils veulent utiliser le réseau, les privés doivent payer. »

L’UGTT peut apparaître comme un obstacle au développement de ce secteur en Tunisie ou, au contraire, comme la dernière digue protégeant encore les travailleurs du secteur public et les consommateurs. L’ouverture au privé pourrait avoir des conséquences très néfastes, engendrant des destructions d’emplois, des hausses tarifaires. L’UGTT applique, encore une fois sans le savoir, les principes de la transition juste. Difficile de prévoir comment sera géré le dossier de la centrale de Tataouine à l’avenir.

Depuis les élections législatives d’octobre 2019, la Tunisie a déjà connu trois gouvernements et autant de ministres de l’environnement. À chaque fois, il faut repartir de zéro et expliquer de nouveau les dossiers.

« Ça peut nous faire perdre plusieurs mois », se désole Mansour Cherni qui croit en la transition juste comme facteur de stabilisation politique. « Cela peut être, dit-il, une opportunité pour la Tunisie, en initiant un cercle vertueux, en créant des emplois, en apportant une prospérité nouvelle ».

Un processus au sein duquel l’UGTT sera amenée à jouer un rôle essentiel. Le syndicat pèse de tout son poids dans la vie politique tunisienne. L’action de la centrale a été décisive notamment dans les premières années de la transition démocratique, et à ce titre, lui a valu de recevoir, avec trois autres organisations tunisiennes, le prix Nobel de la paix en 2015. La transition juste en Tunisie ne se fera pas sans l’UGTT. Pour que cette idée du XXIe siècle s’accomplisse, il faudra qu’elle soit portée par ce syndicat du XXe. À la Sobref, il a déjà commencé à agir. Il doit désormais réfléchir sérieusement à une stratégie environnementale, afin de pouvoir reproduire l’expérience innovante de Mahdia.

Photo: Mohamed Ali, 37 ans, ancien conducteur de machine, à côté d’une fileuse qui sert à fabriquer les broderies, à l’usine Sobref (Matthias Raynal)

Cet article, publié sur Equal Times, a été financé par la fondation Friedrich-Ebert-Stiftung dans le cadre d’une série d’articles sur les syndicats et la transition juste.

Le syndicat malaisien vainqueur après sept ans de lutte contre des licenciements abusifs

Ces 18 travailleurs de Hicom Automotive Manufacturers et Isuzu Hicom Malaysia ont été licenciés par l’entreprise en 2013 pour avoir soutenu un candidat d’un parti d’opposition lors d’un meeting électoral alors qu’ils portaient l’uniforme de l’entreprise.

Lors des élections législatives, ces travailleurs avaient soutenu une initiative du Congrès malaisien des syndicats (MTUC) visant à soumettre les revendications des travailleurs à tous les candidats des partis politiques.

Le constructeur automobile a accusé les travailleurs d’avoir terni l’image de l’entreprise et enfreint des règles disciplinaires. Mais ils ont souligné qu’ils avaient le droit de soutenir les revendications du MTUC relatives aux travailleurs et ont réfuté l’accusation en affirmant que l’entreprise avait permis au Premier ministre, issu du parti au pouvoir, de rencontrer les travailleurs en uniforme à l’usine pendant la période de campagne électorale.

En 2018, le tribunal du travail a estimé que la sanction infligée par l’entreprise était disproportionnée et a accordé un total de 1,1 million de MYR (267.000 dollars) d’arriérés de salaire aux 18 travailleurs. La haute cour a maintenu la décision, mais a déduit 30 % des arriérés de salaire en 2019. Au bout du compte, la cour fédérale a rejeté l’appel de la société le 4 novembre 2020.

Le Secrétaire général du NUTEAIW, N. Gopal Kishnam, a indiqué :

“Bien que nous ne soyons pas pleinement satisfaits que les 18 travailleurs n’aient pas été réintégrés, la décision montre que Hicom a procédé à un licenciement abusif et a privé les travailleurs de leurs droits politiques. Un travailleur, comme tout autre citoyen, a la liberté de prendre part à des activités politiques en vue d’améliorer le bien-être des travailleurs ; cette liberté ne peut lui être retirée du simple fait qu’il porte incidemment l’uniforme de son entreprise.”

Annie Adviento, Secrétaire régionale d’IndustriALL Global Union pour l’Asie du Sud-Est, a déclaré :

“Nous appelons Hicom à respecter la liberté d’expression des membres du NUTEAIW. Le principe de la Déclaration de Philadelphie selon lequel « la liberté d’expression et d’association est essentielle à un progrès durable » doit être respecté.”

Les syndicats du pétrole et du gaz doivent se battre pour une Reprise juste

Tel est le message délivré par la Directrice de l’énergie d’IndustriALL Global Union, Diana Junquera Curiel, lors d’une réunion du réseau des militants syndicaux du secteur du pétrole et du gaz, qui s’est tenue en ligne ce 12 novembre.

Diana Junquera a indiqué qu’il y avait eu un effondrement de la demande d’essence, de kérosène et d’autres produits pétroliers raffinés en raison du ralentissement économique mondial causé par la pandémie. L’effondrement de la demande de pétrole a entraîné un effondrement des prix. La plupart des compagnies pétrolières maintiennent l’extraction, parce que les plateformes pétrolières représentent un coût irrécupérable et sont donc, d’un certain point de vue, bon marché à exploiter. Cependant, elles réduisent considérablement leur capacité de raffinage. De nombreuses entreprises prévoient de fermer des raffineries et des dizaines de milliers de travailleurs et travailleuses concernés risquent de perdre leur emploi.

L’effet du faible prix du pétrole est différent selon qu’un pays est producteur ou importateur. Les pays producteurs ont connu une réduction importante de leurs revenus et souvent un krach monétaire. Cela a eu un impact dévastateur sur les économies de ces pays, en particulier ceux dont le secteur public est financé par les revenus des combustibles fossiles.

En revanche, les pays importateurs comme la Chine et l’Inde ont profité de la baisse du prix du brut et ont augmenté leur capacité de stockage.

Diana Junquera a présenté une enquête commandée par IndustriALL sur les tendances du secteur. Cette enquête a montré que malgré l’offensive de relations publiques lancée par les compagnies du secteur de l’énergie sur leur adhésion aux énergies renouvelables, il y a eu très peu d’investissements réels. L’entreprise qui a le plus investi, Total, a consacré moins de 4,5 % de ses dépenses d’investissement aux énergies renouvelables. Les autres entreprises ont investi beaucoup moins.

Les compagnies pétrolières et gazières étalent leurs mises en investissant des sommes relativement faibles dans un certain nombre de technologies différentes de gestion de l’énergie, de stockage et d’énergies renouvelables. Les entreprises réduisent leurs pertes afin de libérer du capital pour de futurs investissements. Elles attendent les signaux du marché et les décisions des gouvernements avant de faire des investissements importants.

Diana Junquera a prévenu que les syndicats allaient probablement traverser une période difficile en raison des pertes d’emplois dans les raffineries et que le manque d’investissements dans les énergies renouvelables signifiait que la Transition juste ne se ferait pas toute seule. Les syndicats doivent être conscients des tendances qui se dessinent, rester unis et commencer dès maintenant à négocier des plans de Transition juste.

L’assemblée a entendu des rapports de syndicalistes du secteur du pétrole et du gaz du monde entier, notamment d’Algérie, d’Australie, de Belgique, d’Italie, du Japon, de Norvège, de Russie, d’Espagne, de Thaïlande, de Turquie et des États-Unis. Les délégués ont confirmé les tendances qui ont été identifiées et ont évoqué la façon dont elles affectent le secteur dans leur pays. Beaucoup ont joué un rôle actif dans la défense de l’emploi et de la santé des travailleurs et travailleuses du pétrole et du gaz alors que la pandémie se propageait dans le monde entier.

Replaçant la réunion dans un contexte politique plus large, le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a exhorté les syndicats à être vigilants sur la manière dont les fonds de relance seront dépensés.

“Le système actuel a échoué,” a-t-il dit.

“Il n’a fait que créer des inégalités. Comment l’argent des plans de relance sera-t-il dépensé ? Sera-t-il dépensé pour aggraver les choses ou pour construire un monde plus juste ?”

Illustration : Lindsey G on Flickr CC

Le syndicat mongol lutte contre le harcèlement sexuel au travail

Selon l’étude “Rompre le silence pour l’égalité : étude nationale de 2017 sur la violence sexiste en Mongolie”, commandée par le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), 57,9 % des femmes mongoles interrogées ont subi des violences physiques, sexuelles, émotionnelles et économiques. 31,2 % ont subi des violences physiques et/ou sexuelles.

Le gouvernement mongol a pris des mesures pro-actives pour éliminer la discrimination sexuelle. Une loi sur la promotion de l’égalité des sexes a été promulguée en 2011, qui permet aux syndicats de déposer des plaintes pour discrimination à caractère sexuel sur le lieu de travail, y compris le harcèlement sexuel, auprès de la Commission nationale des droits de l’homme.

En 2015, le gouvernement a introduit une loi sur le harcèlement sexuel. Cependant, elle a été abandonnée au bout de deux ans, après qu’un parlementaire a fait valoir que la violence sexuelle était déjà interdite et qu’une loi autonome sur le harcèlement sexuel pouvait être détournée et utilisé de manière injuste contre les hommes.

Lors de la Conférence des femmes de la Fédération des syndicats de l’énergie, de la géologie et des mines de Mongolie (MEGM), qui s’est tenue à Oulan-Bator les 5 et 6 novembre, le Président de la MEGM, Buyanjargal Khuyag, s’est adressé aux 40 participantes en ces termes :

“Trente pourcents de nos membres sont des femmes, travaillant côte à côte avec des hommes 12 heures par jour, dans des conditions difficiles et dangereuses. Au bout de 28 jours de travail sur le site de la mine et 14 jours de repos, il y a un risque de maltraitance des enfants et de divorce. Il est important de réviser le droit du travail pour protéger les femmes et leurs droits.”

Dolgor Duinaakhuu, Secrétaire à l’énergie et responsable du comité des femmes de la MEGM, a déclaré :

“De nombreuses victimes hésitent à se manifester, car les informations confidentielles sur les violences sexuelles sont souvent révélées au cours des procédures judiciaires. Le gouvernement doit établir des procédures de traitement des plaintes pour harcèlement sexuel faciles et qui mettent à l'aise, afin que les femmes ne se sentent pas intimidées.

La tendance à rejeter la faute sur les femmes persiste dans toutes les sphères de la société, les stéréotypes sexistes exigent des femmes qu’elles tolèrent la violence domestique et obéissent aveuglément à leur mari.”

Annie Adviento, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, a fait ce commentaire :

“Je félicite la MEGM d’avoir organisé avec succès cette Conférence des femmes qui a mis en lumière les questions relatives à l’égalité des sexes, y compris la Convention 190. Il est crucial que les syndicalistes fassent campagne pour l’élimination de la violence et du harcèlement au travail, surtout après le violent incident à la centrale thermique n°2 de SSH en octobre.”

Les syndicats ougandais interpellent les partenaires sociaux sur les stratégies d’industrialisation de l’Afrique

Le 10 novembre, six affiliés d’IndustriALL en Ouganda ont organisé une conférence qui a réuni 80 participants, dont des partenaires sociaux clés, pour discuter des stratégies de développement économique du pays et de la façon dont cela est lié à l’industrialisation du continent par l’intégration des communautés économiques régionales.

Les syndicats sont convenus que le troisième Plan de développement national du pays (2020-2025) est un document politique important pour l’industrialisation de l’Ouganda et que les syndicats doivent veiller à ce qu’il soit mis en œuvre. Le plan encourage la création de valeur ajoutée dans les secteurs minier, pétrolier et gazier ainsi que dans d’autres secteurs, tout autant que la création d’emplois. Les syndicats ont souligné que l’industrialisation doit apporter des emplois décents et que les droits des travailleurs doivent être respectés. L’assemblée a également appelé le pays à ratifier la Convention 190 de l’Organisation internationale du travail sur l’élimination de la violence et du harcèlement dans le monde du travail.

Du reste, la mise en œuvre doit tenir compte du salaire vital et de la mise à l’écart du travail précaire. Les investissements dans le développement industriel doivent également apporter de nouvelles compétences aux travailleurs. Le gouvernement doit en outre construire plus de zones industrielles destinées aux exportations pour le secteur du textile, de la confection, du cuir et de la chaussure, ce qui pourrait créer davantage d’emplois pour les Ougandais tout au long de la chaîne de valeur. Les petites et moyennes industries doivent également être soutenues.

Des membres du Parlement représentant les travailleurs, des représentants du gouvernement, d’organisations du monde des affaires et des dirigeants syndicaux étaient présents à la réunion. Les fédérations syndicales présentes étaient l’Organisation nationale des syndicats (NOTU) et l’Organisation centrale des syndicats libres (COFTU). Des organisations de la société civile, des organisations patronales et des experts ont également participé à la conférence.

Les cinq députés représentant les travailleurs ont promis de porter le débat sur l’industrialisation au Parlement. La Constitution ougandaise prévoit l’élection de députés pour représenter les travailleurs.

S’exprimant lors de la conférence, Hajji Twaha Sempebwa, qui préside le Conseil de coordination d’IndustriALL pour l’Ouganda, a déclaré :

“L’industrialisation est la clé du développement des pays d’Afrique subsaharienne, y compris l’Ouganda, car elle crée des opportunités d’emplois décents. Cependant, nous devons nous assurer que les droits des travailleurs et le travail décent font partie de l’agenda. Nos gouvernements ont fait de grands progrès pour en assurer le succès, mais il reste beaucoup à faire pour surmonter les difficultés de mise en œuvre, en particulier dans le cadre de la pandémie de COVID-19.”

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

“Nous félicitions les affiliés d’IndustriALL en Ouganda d’avoir rassemblé les partenaires sociaux afin de débattre de l’industrialisation de l’Afrique. L’élaboration d’une politique industrielle durable doit être inclusive et se faire par le biais du dialogue social. En outre, l’industrialisation est importante, car elle crée des emplois décents dans le secteur manufacturier qui réduiront les niveaux élevés de chômage et mettront fin à la pauvreté.”

Les affiliés d’IndustriALL en Ouganda sont le Syndicat des travailleurs du textile, de la confection, du cuir et des secteurs connexes (UTGLAWU), le Syndicat de l’hôtellerie, de l’alimentation, du tourisme, des supermarchés et des secteurs connexes (HTS-Union), le Syndicat des travailleurs de la chimie, du pétrole et des secteurs connexes (UCPAWU), le Syndicat national des employés de bureau, du commerce, des professions libérales et des fonctions techniques (NUCCPTE), le Syndicat des mines, du métal, du pétrole, du gaz et des secteurs assimilés d’Ouganda (UMMOGAWU) et le Syndicat de l’imprimerie, du papier, de Polyfibre et des travailleurs assimilés d’Ouganda (UPPPAWU).

Tchibo et IndustriALL s’engagent à soutenir les fournisseurs

L’impact de la pandémie mondiale de Covid-19 sur les travailleurs, les entreprises, les syndicats et les gouvernements a souligné la nécessité d’un dialogue social pour en prévenir, éviter et atténuer les effets négatifs sur l’industrie et ses salariés.

IndustriALL et Tchibo ont signé une déclaration commune, réaffirmant et renforçant publiquement leur engagement à travailler ensemble pour aider l’industrie de la confection à se remettre de la crise créée par la pandémie mondiale.

Ces engagements communs reprennent la volonté de :

Par cette déclaration commune, IndustriALL et Tchibo expriment leur engagement à contribuer à la reprise économique du secteur de la confection et à la sécurité des travailleurs dans les chaînes d’approvisionnement de vêtements de Tchibo et du monde entier, en vertu de leurs rôles respectifs.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré :

“Les enseignes de l’industrie de la confection doivent assumer leur responsabilité de protéger les travailleurs tout au long de leur chaîne d’approvisionnement. Cette déclaration commune est un pas appréciable dans la bonne direction pour préparer l’avenir du secteur. Nous appelons les autres parties prenantes internationales et nationales à s’engager à atteindre cet objectif, contribuant ainsi à la reprise économique et sociale au plan mondial.

Un engagement avec des commandes, des paiements et des conditions financières stables envers les fournisseurs nous aidera à lutter pour garantir les emplois et les revenus tout au long de la chaîne d’approvisionnement de Tchibo”

Tchibo est l’un des principaux détaillants de biens de consommation en Allemagne, en Suisse et en Autriche. IndustriALL et Tchibo ont signé un accord-cadre mondial en 2016. C’est la deuxième grande enseigne mondiale de la confection à s’engager avec IndustriALL au niveau de la résilience des fournisseurs après Inditex, qui a signé une déclaration commune avec IndustriALL début août.

Un syndicat américain demande à Safran la prolongation d'un contrat

Workers United négocie une nouvelle convention avec Safran depuis le mois de septembre. Les négociations ont achoppé lorsque l'employeur a refusé des hausses de salaires pour les trois prochaines années en insistant sur le fait qu'il pourrait invoquer tout motif pour licencier des travailleurs ou les réembaucher. Safran a déjà le droit de licencier et réembaucher les salariés par tranches suivant le degré d'efficacité des travailleurs.

Le syndicat estime qu'après avoir recherché un terrain d'entente, il s'est heurté à un mur.

"Nous sommes disposés à faire la moitié du chemin et rencontrer Safran, une entreprise qui pèse plusieurs milliards de dollars, pour trouver un moyen de progresser et proposer un contrat raisonnable qui profite à la fois à la santé de l'entreprise et aux travailleurs. Est-il juste que Safran demande à ces femmes, qui sont déjà sous-payées, de continuer à se sacrifier ?"

IndustriALL et Safran ont signé en 2017 accord-cadre mondial portant sur les conditions de travail, la responsabilité sociale de l'entreprise et le développement durable.

Le secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, déclare :

"Dans l'esprit de notre accord-cadre mondial, je vous exhorte à intervenir immédiatement pour faire en sorte qu'au Mississippi, Safran proroge le contrat passé avec le syndicat et entame une négociation digne de ce nom avec Workers United."

Crédit photographique : Adrien Daste / Safran

Construire un avenir durable avec l’ingénierie mécanique

En ouverture de la réunion, le Président de l’affilié autrichien PRO-GE et coprésident du secteur, Rainer Wimmer, a évoqué les ravages causés par l’actuelle pandémie et a fait remarquer que même après que le virus aura été pleinement pris en charge en tant que crise de santé publique, les conséquences financières et sociales subsisteront.

“Certains pans de notre secteur seront soumis à une forte pression, notamment en ce qui concerne les pièces liées aux moteurs à combustion interne. Mais il existe un potentiel de croissance dans la construction d’un monde plus vert. Nous devons participer à ce processus pour garantir que ces emplois verts soient de bons emplois.”

Wolfgang Lemb, membre du Comité exécutif d’IG Metall en Allemagne, a déclaré qu’il existe un besoin évident de transformer l’économie mondiale. Les syndicats doivent s’assurer que le changement soit socialement acceptable et qu’il se fasse dans le respect des principes sociaux, écologiques et démocratiques.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a souligné à quel point la pandémie avait accéléré les processus déjà en cours. Le monde a été plongé dans la tourmente et de nombreux pays ont été témoins d’attaques significatives contre les droits des travailleurs.

Le Responsable du secteur pour IndustriALL, Matthias Hartwich, a expliqué que les Objectifs de développement durable des Nations unies nécessitent des solutions techniques. Ces objectifs ouvrent une voie vers un monde où, entre autres, l’énergie et l’eau propres sont abondantes, les villes durables et innovantes et la consommation durable. Pour y parvenir, le monde a besoin de meilleures technologies.

Matthias Hartwich a souligné que, bien que la tendance à une transformation massive de l’environnement de travail en relation avec les industries vertes et la numérisation soit apparue depuis un certain temps, la pandémie de Covid-19 a radicalement changé la situation de deux manières : en intensifiant le rythme du changement et en induisant le retour à une intervention directe dans l’économie de la part des gouvernements. Les travailleurs actuels, en particulier les cols bleus, doivent avoir la possibilité de se recycler et le mouvement syndical doit être prêt à recruter et à syndiquer une nouvelle main-d’œuvre hautement qualifiée, essentiellement composée de cols blancs.

Benjamin Denis, d’industriAll Europe, a expliqué le Pacte vert pour l’Europe tel que proposé, en précisant qu’il doit se traduire en stratégies industrielles. Klaudi Frieben de PRO-GE, qui est membre du Comité des femmes d’IndustriALL, a expliqué que le processus n’est pas neutre en termes de genre. L’ingénierie mécanique est un secteur dominé par les hommes et la pénurie de femmes étudiant les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques signifie qu’à moins que des mesures ne soient prises, le secteur restera dominé par les hommes.

Lors du débat sur la stratégie syndicale, Rainer Wimmer a présenté un Manifeste sur les technologies vertes, préparé par les coprésidents du secteur et le Secrétariat d’IndustriALL. Ce Manifeste est un document ambitieux destiné à guider la stratégie syndicale dans les années à venir. Le défi consistera à traduire ses idées en actions concrètes.

Mathias Hartwich a clôturé la réunion par ces mots :

“Le travail que nous avons accompli jusqu’à présent est un premier pas. Le débat sur les technologies vertes n’est très avancé que dans quelques syndicats seulement. Notre défi est de nous saisir des meilleures idées de ces syndicats et de les rendre disponibles dans le monde entier. Nous devons effectuer un travail régional pour préparer les syndicats aux technologies vertes.”

Les travailleurs de Shell déterminés à surmonter les défis du Covid-19

Depuis des années, les syndicats demandent à Shell de se comporter en entreprise durable, de limiter le travail précaire et de reconnaître IndustriALL en tant que partenaire, mais elle refuse toujours de s'engager.

Des participants ont signalé que Shell ferme des raffineries ou désinvestit sans programme précis de conversion de ces usines à la production de carburants verts. Une transition juste pour les travailleurs et pour l’environnement fait toujours défaut.

"La pandémie a gravement impacté la santé et la sécurité des travailleurs, en particulier chez les travailleurs du pétrole et du gaz. La direction n'a pas réagi à nos demandes de dialogue. Nous devons parler fort pour faire entendre nos voix,"

déclare Kemal Özkan, secrétaire général adjoint d'IndustriALL.

Le confinement général du mois de mars a fait chuter les cours du pétrole. De janvier à septembre, la baisse de la demande a fait perdre 18 milliards de dollars à Shell qui, pourtant, annonçait en même temps qu'elle allait augmenter de 4 pour cent les dividendes versés aux actionnaires. 

Pour Ejims Chinda, du syndicat NUPENG, au Nigeria, la pandémie ajoute aux difficultés des travailleurs : 

"Les travailleurs sont contraints d'accepter des conditions de travail malsaines s'ils ne veulent pas perdre leur emploi. Les conventions collectives ne sont pas respectées, la direction rogne sur les dépenses et sabre dans les coûts. Les horaires sont excessifs et les salaires insuffisants.

"Même lorsqu'ils contractent le Covid au travail et doivent se mettre en quarantaine, les travailleurs ne sont pas pris en charge par l'employeur. Ceux qui travaillaient dans des bureaux travaillent maintenant à domicile où ils n'ont pas l'équipement nécessaire, ce qui menace leur emploi."

Mike Smith, du syndicat américain USW, indique que, dans l'ensemble, les perspectives de l'industrie sont sombres et, avec le Covid-19 qui explose, le syndicat a dû intervenir pour préserver les travailleurs de Shell. 

"Shell a prévu un salaire Covid-19 de deux semaines en cas de quarantaine. Le mois dernier, la direction nous a informés qu'il ne peut être versé qu'une seule fois, ce qui veut dire qu'à partir d'octobre, si vous y avez déjà recouru, vous ne pourrez plus en bénéficier. Nous avons demandé à négocier certaines adaptations parce que les travailleurs touchés par le Covid ont besoin de protection.”

En Colombie, Ludwing Gomez signale que, comme prévu, Shell va entamer des activités dans le pays. En janvier, le groupe a signé avec Ecopetrol un contrat pour trois champs pétroliers. 

"Lorsque la pandémie est arrivée, nous avons dû repenser notre stratégie d'organisation des travailleurs en ces temps difficiles. Nous avons assisté à des attaques antisyndicales, des violences et des menaces et tout cela complique notre travail. En tant que syndicat, nous devons faire en sorte de pouvoir parler avec Shell et d'organiser les travailleurs,"

déclare Ludwing Gomez.

Shell a déclaré être encore loin du compte pour ce qui est de soutenir les travailleurs dans une transition juste. 

Pour Diana Junquera Curiel, la directrice d'IndustriALL en charge du secteur de l'énergie, Shell est parfaitement consciente de ses carences et elle ne fait pourtant rien pour sa main-d’œuvre à l'échelon mondial.

"La situation est identique, quel que soit le pays, et les difficultés sont les mêmes. Nous avons besoin d'une transition juste pour les travailleurs. Nous avons besoin de nos syndicats plus que jamais en ce moment, et il faut qu'ils soient plus forts. Nous continuerons à nous opposer à Shell, et nous continuerons à revendiquer des droits adéquats pour les travailleurs de Shell, dans tous les pays du monde. Ils doivent savoir que nous sommes là et que nous n'allons pas renoncer."

Plan de restructuration de l’OWTU rejeté par le gouvernement

Depuis que la compagnie pétrolière publique Petrotrin de Trinité-et-Tobago a fermé en novembre 2018 en raison d’une restructuration, l’affilié d’IndustriALL OWTU, fait pression pour éviter que la raffinerie ne passe aux mains du secteur privé, affirmant que cela équivaudrait à renoncer à la souveraineté sur les ressources naturelles.

En septembre 2019, le gouvernement a choisi Patriotic, propriété de l’OWTU, comme soumissionnaire privilégié parmi 77 autres soumissionnaires internationaux pour la vente de la raffinerie de Pointe-à-Pierre.

Cependant, lors d’une conférence de presse tenue le 31 octobre, le Ministre de l’énergie de Trinité-et-Tobago, Franklin Khan, a déclaré que la proposition finale de Patriotic ne répondait pas au cahier des charges et que les activités reprendraient avec des capitaux privés.

“Je regrette de constater que la proposition finale de Patriotic ne prend pas en compte des questions en suspens qui permettraient de conduire à la signature d’un accord contractuel. (…) Le gouvernement s’est engagé à redémarrer la raffinerie par des injections de capitaux privés, étant entendu qu’elle aura un impact significatif sur l’économie et l’emploi, et il agira rapidement dans ce sens,”

a déclaré le Ministre.

Le syndicat demande de poursuivre les négociations sur sa proposition.

Le Président de l’OWTU, Ancel Roget, a indiqué que la déclaration de M. Khan l’avait pris par surprise, mais que le syndicat n’abandonnerait pas et avait demandé que sa proposition soit examinée et évaluée objectivement.

“Nous demandons en toute humilité que notre dernière proposition soit présentée à un comité indépendant nommé par le Cabinet. Nous voulons qu’il examine minutieusement tous les domaines pour déterminer si nous n’avons pas respecté toutes les prescriptions ou si nous nous y conformons entièrement. Nous affirmons avec confiance que nous répondons à leur ensemble.”

Il a proposé de revenir à la table des négociations, en affiremant que Patriotic pourrait prendre le contrôle des actifs au profit du peuple de Trinité-et-Tobago.

Marino Vani, Secrétaire régional d’IndustriALL, a déclaré :

“Nous appelons le gouvernement à donner la priorité aux partenaires nationaux plutôt qu’au marché international. Nous pensons que la proposition de Patriotic est la seule option qui renforce la souveraineté, la durabilité industrielle et la distribution des revenus pour les générations futures du peuple de Trinité-et-Tobago. L’option en faveur de capitaux privés est un bénéfice à court terme pour des dommages à long terme.”