Le parlement argentin en faveur de la ratification de la C190

Ce projet de loi a été approuvé à une large majorité le 11 novembre. Pour que l’Argentine ratifie la Convention C190 et la recommandation qui lui est associée (n° 206), le gouvernement du Président Alberto Fernández doit déposer l’instrument officiel de ratification au siège de l’OIT à Genève, en Suisse.

Une fois que l’Argentine aura ratifié l’accord, elle devra adapter sa législation pour y inclure son contenu concernant la prévention et l’approche de la violence et du harcèlement au travail.

En Argentine, les syndicats ont joué un rôle important dans la promotion de l’approbation de ce projet de loi. Lors de la session de la Chambre des députés, la députée Vanese Siley, porte-parole du groupe fédéral des femmes syndicalistes de la CGT, a souligné le rôle du réseau intersyndical (composé de plus de 100 syndicats des trois centrales nationales) dans la campagne pour l’élimination de la violence sur le lieu de travail.

Après l’approbation de la C190 en juin 2019, les confédérations syndicales ont officiellement demandé au gouvernement de le ratifier. Les syndicats ont également sensibilisé au problème de la violence et du harcèlement sur le lieu de travail en Argentine et ont encouragé par tous les moyens la ratification de la convention.

Laura Carter, Secrétaire régionale adjointe d’IndustriALL, responsable pour l’égalité des sexes, le textile, l’électronique, l’énergie, les mines et l’acier, a indiqué :

”En ratifiant le C190, l’Argentine créera un environnement de travail plus digne et fera passer le message qu’il n’y a pas de place pour la violence sur le lieu de travail.

Il y a eu une augmentation de la violence domestique pendant la pandémie, ce qui, à l’instar de la Convention, met clairement en question l’idée que la violence au foyer n’aurait pas d’impact sur le monde du travail. Nous demandons à tous les affiliés de redoubler d’efforts pour obtenir la ratification de la C190.”

Le Comité exécutif d’IndustriALL appelle à la solidarité et à l’unité

Jörg Hofmann, Président d’IndustriALL Global Union et du syndicat allemand IG Metall, a ouvert la réunion en indiquant que la pandémie met en lumière la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement mondialisées ; l’association d’une main-d’œuvre bon marché et du non-respect de l’environnement n’est pas viable.

“La pandémie a exacerbé les inégalités dans le monde entier. La partie ne sera pas finie tant que tout le monde ne sera pas débarrassé de la maladie et que les travailleurs et travailleuses resteront inquiets pour leur survie. Nous devons agir à l’échelle mondiale et IndustriALL continuera à se battre pour une répartition plus équitable des richesses.”

Saluant les résultats des élections américaines, Jörg Hofmann a déclaré qu’ils envoient un message fort aux populistes de droite, partout dans le monde :

“Bolsanaro, Orbán, Lukashenko : vos jours sont comptés.”

Depuis le début des manifestations en Biélorussie il y a trois mois, le mouvement syndical international s’est uni pour soutenir la démocratie dans le pays. Les Biélorusses ont fait preuve d’une incroyable capacité à se syndiquer et, confrontés à la répression, les travailleurs et travailleuses continuent de se battre pour la démocratie.

Le Comité exécutif a adopté une résolution en solidarité avec les syndicats indépendants de Biélorussie, appelant à la fin de la violence, à la tenue de nouvelles élections équitables, à la libération de tous les prisonniers politiques, à la réintégration de tous les travailleurs et travailleuses licenciés, ainsi qu’à des poursuites pénales pour ceux qui participent à la répression brutale des manifestations.

La solidarité et l’unité internationales sont plus importantes que jamais. Et face à l’adversité, les syndicats affiliés à IndustriALL continuent de lutter pour les droits des travailleurs.

Dans son rapport, le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a mis en lumière la création récente d’IndustriALL Brésil, qui rassemble 10 millions de travailleurs de différents secteurs manufacturiers, le vote du parlement argentin en faveur de la ratification de la C190, les syndicats ukrainiens qui protestent contre un projet de loi qui porterait atteinte à la liberté syndicale, les protestations nationales en Inde contre les politiques anti-ouvrières du gouvernement, les syndicats en Indonésie qui luttent contre la controversée loi Omnibus, ainsi que le peuple en Biélorussie, qui s’oppose aux élections truquées du mois d’août et poursuit des manifestations qui sont violemment réprimées.

 

“Les droits syndicaux doivent être respectés. Nous avons besoin de l’instrument contraignant des Nations unies sur les entreprises et les droits de l’homme et il faut que davantage de pays adoptent une législation de diligence raisonnable, comme la France, pour rendre les multinationales responsables et redevables par rapport à leurs chaînes d’approvisionnement mondiales,”

a martelé Valter Sanches.

“Les « profiteurs de la pandémie », les milliardaires qui ont ajouté plus de 4.000 milliards de dollars à leur fortune cette année, doivent payer une taxe spécifique qui pourrait financer un fonds de protection sociale universel, comme le propose le mouvement syndical international. Les fonds de relance devraient donner la priorité à la santé et au secteur des soins, à la construction d’infrastructures, à l’accessibilité de l’internet à haut débit, au maintien des tissus productifs et à ce que nous appelons une relance verte.”

La pandémie a entraîné une augmentation de la violence domestique. Bien que la violence domestique commence dans la sphère privée, elle peut avoir un impact sur le monde du travail. Le Comité exécutif a approuvé une résolution, proposée par le Comité des femmes, appelant tous les affiliés à prendre des mesures pour soutenir leurs membres, lutter contre la violence domestique et s’assurer que les employeurs prennent des mesures pour atténuer l’impact de la violence domestique dans le monde du travail.

IndustriALL poursuit le dialogue avec les gouvernements et les entreprises pour protéger la santé et la sécurité des adhérents syndicaux et pour défendre les droits, les emplois et les revenus des travailleurs et travailleuses. Prêt à se dresser, à se battre et à faire campagne lorsque la voix des syndicats n’est pas entendue, le Comité exécutif a appelé tous les affiliés à se mobiliser pour :

  • la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le 25 novembre
  • la solidarité avec la grève nationale du 26 novembre en Inde contre les évolutions vers des législations anti-ouvrières
  • l’action d’IndustriALL et d’UNI du 27 novembre à propos du Black Friday, ciblant Amazon
  • la Journée d’action solidaire du Conseil de Global Unions pour la défense des droits de l’homme aux Philippines, le 30 novembre

À l’issue d’un débat sur les conséquences de la pandémie sur les futures réunions, le Comité exécutif est convenu que l’attitude responsable serait de tenir le Congrès l’année prochaine, entièrement en ligne. Les délégués ont exprimé le souhait de se revoir en personne dès que possible.

La pandémie a un impact sur plusieurs aspects du travail d’IndustriALL. Les participants ont discuté de l’impact économique de la pandémie sur l’organisation. Le 2e Congrès d’IndustriALL était initialement prévu au Cap en octobre de cette année ; comme malheureusement la pandémie continue à monter en flèche et que les voyages continueront probablement à être limités dans de nombreux pays, le Comité exécutif a décidé que le Congrès se déroulera en ligne, en septembre 2021.

Élaborer une stratégie syndicale mondiale pour la chaîne d’approvisionnement en batteries

L’alimentation par batterie devient rapidement essentielle à notre vie quotidienne, la société étant de plus en plus connectée numériquement aux appareils électriques et électroniques, les véhicules électriques étant les principaux moteurs de cette tendance. La chaîne d’approvisionnement en batteries est complexe et va de l’exploitation minière artisanale, précaire et extrêmement dangereuse, à la construction automobile où les syndicats sont bien présents.

IndustriALL représente les travailleurs et travailleuses tout au long de la chaîne d’approvisionnement des batteries, à l’exception des activités qui se déroulent en Chine, et participe aux processus de diligence raisonnable visant à garantir les droits des travailleurs et à les syndiquer.

La demande en matières premières essentielles pour des batteries permettant de viser une transition vers une énergie à faible teneur en carbone, à savoir le cobalt, le lithium, le cuivre et le nickel, entre autres, suivra probablement le même schéma que la demande (minière) en amont concernant les violations des droits de l’homme et les conséquences environnementales inacceptables : travail des enfants, destruction du milieu de vie des peuples indigènes, destruction écologique, pénurie d’eau, etc.

 

Andy Leyland de Benchmark Minerals a évoqué le risque que la quête de véhicules électriques moins chers et des batteries qu'ils utilisent ne conduise à un nivellement par le bas, où les travailleurs à la base de la chaîne d’approvisionnement seront les plus mal lotis en termes de salaires et de conditions de travail.

De plus, il a montré que les coûts des batteries, à l’opposé de ce à quoi s’attend le marché, vont probablement augmenter, car la demande pour les matières premières nécessaires augmentera plus vite que les nouvelles capacités minières ne pourront être créées.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré en s’appuyant sur les expériences acquises dans la chaîne d’approvisionnement de la confection, que le fait d’avoir une approche intersectorielle de la chaîne d’approvisionnement des batteries ouvrait à son égard la possibilité d’une stratégie mondiale et durable.

“Cela permettra d’améliorer l’efficacité des processus de diligence raisonnable, l’application des droits des travailleurs et des droits de l’homme et la promotion de conditions de travail décentes. Plus on s’enfonce dans la chaîne d’approvisionnement, plus il y a de travailleurs et travailleuses non syndiqués et de salaires et conditions de travail inférieurs aux normes. Nous devons analyser notre influence sur le haut de la chaîne d’approvisionnement afin de pouvoir faire pression sur les entreprises qui opèrent dans les niveaux inférieurs de cette chaîne d’approvisionnement.”

S’exprimant lors du webinaire, Aimée Boulanger, Directrice exécutive de l’IRMA (acronyme anglais d’Initiative pour l’assurance d’une extraction minière responsable), a salué l’adhésion du constructeur automobile allemand BMW en début d’année. Elle a indiqué que d’autres constructeurs automobiles pourraient éventuellement suivre l’exemple de BMW et rejoindre l’IRMA, soulignant l’importance de la diligence raisonnable dans la chaîne d’approvisionnement mondiale des batteries. Au lendemain de tenue de l’atelier, Daimler a rejoint l’IRMA en tant que nouveau membre.

Glen Mpufane, Directeur de la section des mines d’IndustriALL, a décrit l’importance du secteur pour la transition vers une énergie à faible teneur en carbone et comment l’émergence d’exigences de diligence raisonnable dans la chaîne d’approvisionnement pourrait être un outil puissant pour améliorer la performance du secteur en matière de critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), en mettant particulièrement l’accent sur les droits des travailleurs.

Kan Matsuzaki, Directeur pour les TIC, l’électricité et l’électronique, a expliqué que 80 % de la production de batteries de véhicules électriques provient de six fournisseurs situé en Chine, au Japon et en Corée.

“Ces grands fabricants investissent désormais en dehors de la Chine, où les syndicats d’IndustriALL sont actifs, comme en Allemagne, au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Europe de l’Est. Il est important de mettre en place des stratégies de syndicalisation concrètes pour ce secteur en pleine expansion.”

Diana Junquera, Directrice pour l’énergie, a indiqué que toutes les grandes multinationales de l’électricité investissent dans des systèmes de stockage d’énergie par batterie (BESS pour l’acronyme anglais couramment employé), en tant que moyen d’accumuler et d’utiliser l’électricité non consommée du réseau. Les compagnies pétrolières installent également des points de recharge électrique pour les véhicules électriques.

“IndustriALL représente les travailleurs de ces entreprises et a même conclu des accords-cadres mondiaux avec certaines d’entre elles. C’est pourquoi nous pouvons atteindre toutes les parties de la chaîne d’approvisionnement afin de garantir des conditions de travail décentes aux travailleurs et travailleuses.”

Armelle Seby, Coordinatrice de l’égalité des genres auprès d’IndustriALL, a confié :

“Il est important de développer une approche sensible à la dimension de genre en s’attaquant aux inégalités et à la violence fondées sur le sexe tout au long de la chaîne d’approvisionnement des batteries. L’intégration d’une telle approche dans les processus de diligence raisonnable limite tout impact négatif sur les droits des femmes et apporte également des changements systémiques à des structures de pouvoir discriminatoires.”

Georg Leutert, Directeur pour l’industrie automobile, a souligné le fait que les constructeurs automobiles devaient assumer une part importante de la responsabilité concernant le comportement socialement responsable des entreprises dans les chaînes d’approvisionnement en batteries. Il a également indiqué que les syndicats de l’automobile espèrent voir la création d’un maximum d’emplois pour compenser les pertes dans les usines traditionnelles de moteurs et de transmissions.

“Il y a encore beaucoup de questionnement sur la question de savoir s’il faut fabriquer ou faire fabriquer.ses batteries. Et il ne s’agit pas seulement d’internaliser la fabrication des éléments de batterie, certaines entreprises deviennent même actives dans l’achat des matières premières elles-mêmes.”

Tom Grinter, Directeur pour la chimie, a souligné la contribution essentielle des travailleurs et travailleuses de la chimie à cette chaîne d’approvisionnement. Au niveau des matériaux, des technologies et de la recherche, les entreprises chimiques investissent massivement dans ce secteur en pleine croissance. Trois entreprises ont été mises en avant, qui sont à la fois des acteurs importants de l’industrie et fortement syndiqués par les affiliés d’IndustriALL dans le monde entier : BASF, Solvay et Umicore.

IndustriALL a sollicité un financement pour un projet qui débutera en janvier 2021 concernant la chaîne d’approvisionnement en batteries dans les secteurs industriels. Dans le cadre d’un projet pilote, IndustriALL entend collaborer avec des entreprises, des ONG et d’autres groupements afin de déterminer comment une telle approche peut véritablement contribuer à améliorer la situation des travailleurs et travailleuses tout au long de la chaîne d’approvisionnement en batteries.

“Nous devons utiliser toutes les ressources à notre disposition pour garantir que les droits des travailleurs et travailleuses soient respectés dans toute la chaîne d’approvisionnement et faire pression pour plus de transparence,”

a conclu Atle Høie.

Les centrales syndicales créent IndustriALL Brésil

IndustriALL Brésil a été créée ce 17 novembre et regroupe un certain nombre de syndicats des secteurs de la métallurgie, de la chimie, de la construction, du textile, de la confection, de l’énergie et de l’alimentation.

“IndustriALL Brésil a été créé dans le but de réindustrialiser notre pays. De nombreux emplois manufacturiers ont été perdus à cause de la pandémie et parce que le gouvernement n’a pas de véritable politique industrielle et économique. Nous appelons les autres organisations syndicales à se joindre à la lutte pour protéger les emplois et garantir des salaires décents,”

a indiqué le Président d’IndustriALL Brésil Aroaldo Oliveira da Silva.

Edson Dias Bicalho, Secrétaire général de la FEQUIMFAR et membre du Comité exécutif d’IndustriALL, a pour sa part déclaré :

“Nous essayons de rassembler avec nous d’autres secteurs clés de l’industrie manufacturière qui ne font pas partie d’IndustriALL Global Union, de Força Sindical ou de la CUT. Nous voulons travailler avec les chefs d’entreprise et le Congrès national du Brésil pour créer un projet de reconstruction de notre industrie nationale.”

Mónica Veloso, Vice-présidente de la Confédération nationale des métallurgistes affiliée à Força Sindical et Présidente du comité des femmes d’IndustriALL, ajoute :

“Nous voulons qu’IndustriALL Brésil joue un rôle clé dans le développement de politiques industrielles durables, en s’appuyant sur une représentation syndicale légitime pour garantir que les membres de la classe ouvrière aient une qualité de vie décente. Cette nouvelle organisation nationale vise à redistribuer le pouvoir en se concentrant sur les relations entre les genres.”

IndustriALL Brésil va faire la synthèse des débats, des propositions et des actions visant à promouvoir la création de politiques industrielles et d’emploi destinées à réindustrialiser le pays et à générer des emplois et des salaires décents. Les sujets abordés seront notamment Industrie 4.0, la transition vers un monde à faible émission de carbone, la stimulation de l’économie circulaire et la nécessité d’un développement durable.

Lucineide Varjão, Coprésidente du Comité exécutif d’IndustriALL, Coprésidente de la section des mines et Présidente de la CNQ/CUT, a déclaré :

“Nous devons élaborer un plan d’action aligné sur celui d’IndustriALL afin de pouvoir avancer ensemble. Notre objectif est de consolider et utiliser la puissance syndicale dans notre lutte pour l’égalité, pour la ratification de la Convention 190 de l’OIT et contre toutes les formes de travail précaire.”

Le Président d’IndustriALL et d’IG Metall, Jörg Hofmann, salue l’avènement de la nouvelle organisation :

“Nous saluons la création d’IndustriALL Brésil. Si nous voulons atteindre nos objectifs communs, nous devons unir nos forces. Tout au long de son histoire, le mouvement syndical brésilien a montré qu’il était capable de le faire. Et aujourd’hui, vous nous l’avez montré une fois de plus.”

Le Secrétaire général d’IndustriALL Valter Sanches a déclaré :

“Nous félicitons les affiliés d’IndustriALL au Brésil d’avoir créé cette organisation nationale et d’être ainsi entrés dans l’histoire. En ces temps très difficiles, le gouvernement du Brésil n’a pas de politique industrielle durable et détruit le secteur manufacturier. Le monde du travail change et si nous n’optons pas pour les bonnes politiques, il n’y aura pas d’échappatoire à la désindustrialisation. Cette nouvelle organisation sera essentielle pour nous aider à avancer sur la bonne voie. Vous pouvez compter sur le soutien d’IndustriALL Global Union. La lutte continue !”

Les syndicats du Ghana font avancer le dossier de l’industrialisation africaine

Dans le cadre de la célébration de la Journée de l’industrialisation de l’Afrique, les affiliés d’IndustriALL au Ghana ont organisé un forum ce 12 novembre pour débattre du potentiel de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) dans la promotion de l’industrialisation du pays et du continent africain.

Ce forum sur l’industrialisation, qui a réuni 30 participants, a également permis de discuter des accords commerciaux que le Ghana a signés avec d’autres pays, notamment l’Accord de partenariat économique avec l’Union européenne.

S’agissant des facteurs qui entravent le processus, le forum a mentionné la pandémie de Covid-19, les flux financiers illicites, l’exportation de produits primaires sans valeur ajoutée et la corruption. En raison d’un accès limité à des ressources financières, les petites et moyennes entreprises n’ont pas pu se développer. Certains investissements ont également créé des conditions de travail précaires. Le recours à certaines technologies de fabrication et l’adoption de l’intelligence artificielle sont lents. En outre, les syndicats n’ont pas été consultés lors de l’élaboration et de la mise en œuvre des politiques. Par exemple, ils n’ont pas été consultés sur la ZLECA.

Le forum a notamment recommandé que les syndicats organisent des formations sur le renforcement des capacités afin d’améliorer les connaissances sur les questions de politique commerciale. Ces formations sont importantes pour l’engagement des syndicats dans les processus de politique industrielle et commerciale qui sont essentiels à l’industrialisation du Ghana et d’autres pays africains. De plus, une mobilisation qui implique des campagnes de sensibilisation et de plaidoyer sur l’industrialisation est nécessaire pour promouvoir l’industrialisation dans le pays et les syndicats devraient donner la priorité à cette question au cours du dialogue social.

Solomon Kotei, Président du Conseil de liaison d’IndustriALL au Ghana, a déclaré :

“Les politiques commerciales et d’industrialisation sont complémentaires et importantes pour que l’Afrique s’industrialise véritablement. Les gouvernements doivent s’efforcer de mettre en place un programme national d’industrialisation qui prévoit l’utilisation du financement issu du commerce en tant que catalyseur. En outre, le Ghana doit asseoir un avantage comparatif quant aux produits fabriqués localement pour contrebalancer ses importations. La substitution des importations peut stimuler l’industrialisation. Nous avons également besoin de politiques commerciales durables, car la libéralisation du commerce en provenance de l’Occident entrave l’industrialisation de l’Afrique.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a indiqué :

“Des politiques industrielles et commerciales durables sont essentielles aux efforts d’industrialisation du Ghana. Cela implique des politiques qui soutiennent l’intégration des communautés économiques régionales comme la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la coordination du commerce intra-africain. L’Afrique devrait également tirer profit de sa place au sein des chaînes de valeur mondiales pour s’y profiler en tant que partenaire égalitaire et les industries exportatrices doivent fournir du travail décent et éviter les modèles de bas salaires qui appauvrissent les travailleurs et travailleuses.”

Les affiliés des secteurs industriels au Ghana sont : le Syndicat des travailleurs de l’industrie et du commerce du Ghana (ICU), le Syndicat des mineurs du Ghana (GMWU), le Syndicat général des travailleurs du transport et de l’industrie pétrolière et chimique (GTPCWU), le Syndicat des travailleurs des services publics (PUWU).

Les syndicats français s’unissent pour défendre l’avenir du secteur énergétique

Les multinationales françaises de l’énergie EDF et ENGIE ont annoncé des plans de restructuration qui, selon les syndicats, menaceront l’emploi et la sécurité d’approvisionnement énergétique et abandonneront l’avenir du secteur énergétique au privé.

Dans un communiqué commun, les syndicats français ont souligné l’importance de l’éthique du service public en rappelant à l’entreprise le dévouement et le professionnalisme du personnel qui a assuré l’approvisionnement en électricité pendant toute la durée du confinement du coronavirus. La déclaration a qualifié la libéralisation forcée du marché de l’électricité de “folie”, affirmant que le gouvernement français risque de détruire un formidable atout.

Les quatre syndicats, FNME-CGT, CFE-CGC Énergies, FCE-CFDT et FO Énergies et Mines, estiment que les plans de scission et de privatisation des énergies renouvelables montrent un manque d’engagement pour l’avenir énergétique à un moment où l’État devrait jouer un rôle de premier plan dans la gestion d’une Transition juste vers un avenir à faible émission de carbone. Cet avenir doit inclure des emplois de qualité ainsi qu’un approvisionnement énergétique fiable.

Les syndicats sont unis dans leur opposition aux plans de restructuration, qui affecteront non seulement les travailleurs et le public en France, mais aussi les employés des entreprises dans le monde entier. IndustriALL a conclu des accords-cadres mondiaux avec les deux entreprises. Les syndicats ont exprimé leurs préoccupations concernant l’emploi et le fait que les entreprises vont perdre leur rôle de leader dans la transition énergétique en abandonnant l’avenir énergétique au marché.

EDF est une entreprise largement publique qui emploie 165.000 personnes dans le monde entier. Les syndicats s’opposent aux plans du gouvernement français visant à restructurer et à privatiser partiellement l’entreprise. Le gouvernement prévoit de scinder EDF en trois entités distinctes, appelées Vert, Bleu et Azur. La partie bleue de l’entreprise, moins rentable, restera dans le secteur public, tandis que la partie verte, qui comprend les énergies renouvelables, sera cotée en bourse. Une troisième partie, azur, couvrira l’hydroélectricité.

ENGIE est une entreprise privée qui emploie environ 70.000 personnes dans le monde. L’État français en est le principal actionnaire, avec près d’un quart des parts de la société, et il est très influent. La société prévoit de se scinder en deux entités, New ENGIE et NEW Solutions.

Ce 26 novembre, les syndicats organiseront une journée d’action commune pour s’opposer à la restructuration et défendre le modèle du secteur public.

Dans une lettre de solidarité adressée aux affiliés concernés, le Secrétaire général d’IndustriALL Valter Sanches a déclaré :

“L’énergie est un bien public et un secteur stratégique. Il ne peut y avoir d’économie forte et durable sans indépendance énergétique et développement des infrastructures. La scission des activités énergie de grands groupes intégrés en sous-divisions, comme EDF ou ENGIE, ne conduit à rien d’autre qu’au démantèlement progressif des géants de l’énergie.

L’accès à l’énergie, la sécurité d’approvisionnement et des prix de l’énergie favorables contribuent directement à la croissance industrielle et à la création d’emplois durables. À l’heure des grands défis énergétiques, où le monde doit assurer l’indépendance de son approvisionnement et une Transition juste vers une économie à faible émission de carbone, il est inacceptable de mettre en péril les capacités de développement, d’investissement et d’innovation des groupes EDF et ENGIE.”

VALTER SANCHES: Bienvenue dans ce numéro de Global Worker (2)

WELCOME TO GLOBAL WORKER

Global Worker No. 2 November 2020

Les syndicats du monde entier se battent comme jamais auparavant pour protéger la santé et la sécurité, les emplois et les revenus de leurs membres, tout en étant contraints de s’adapter aux changements provoqués par la pandémie. Et nous avons montré que nous sommes prêts à défendre nos membres, que nous sommes forts et pleins de ressource. Pendant la pandémie, nous avons eu l’occasion d’apprendre les uns des autres, de nous inspirer les uns des autres, de nous soutenir mutuellement et de faire preuve de solidarité.

Si le travail ne s’est pas arrêté, les violations des droits du travail n’ont pas cessé non plus. Dans certains pays, elles se sont même aggravées, car certaines entreprises et certains gouvernements utilisent la pandémie comme un écran de fumée pour s’en prendre à la démocratie, aux droits de l’homme et aux droits des syndicats.

Depuis le début des manifestations en Biélorussie il y a trois mois, le mouvement syndical international s’est uni pour soutenir la démocratie dans le pays. Les Biélorusses ont fait preuve d’une incroyable capacité à se syndiquer et, confrontés à la répression, les travailleurs continuent de se battre pour la démocratie. La solidarité internationale en faveur de ce combat des syndicats biélorusses pour leur pays doit se poursuivre.

Le profil de GOSTTRA en Haiti raconte l’histoire d’un jeune syndicat déterminé à renforcer le pouvoir des travailleurs face à l’adversité.

L'article dédié à l’industrie du textile et de la confection aborde certaines des actions menées pour améliorer la situation du secteur et renforcer les droits des travailleurs. Et nos victoires (#UnionWins) face à la répression syndicale montrent que les syndicats sont capables de gagner même dans les pires moments.

• L’ACM Inditex a permis de débloquer un conflit salarial en Roumanie

• L’IWFM au Myanmar a obtenu le droit de recruter grâce aux principes directeurs dACT

• Des travailleuses enceintes du secteur de la confection et des militants syndicaux ont été réintégrés au Bangladesh

L’industrie automobile a également été durement touchée, mais le travail acharné des syndicats sur les accords-cadres mondiaux a contribué à protéger les travailleurs de ce secteur.

Au Brésil, le Syndicat des métallurgistes a approuvé un accord visant à sauver des emplois chez Renault.

En Turquie, Lastik-İş a conclu une convention collective forte avec Goodyear.

Dans le contexte de la crise économique provoquée par la pandémie de Covid-19, le Syndicat des travailleurs de l’industrie pétrolière de Singapour (UWPI) négocie avec les employeurs pour garantir des emplois locaux, des formations de requalification et la transformation de l’industrie.

La production de batteries sera l’une des activités industrielles qui connaîtra la plus forte croissance dans les années à venir et les droits des travailleurs doivent y être préservés. Garantir des conditions de travail décentes tout au long des chaînes d’approvisionnement est essentiel pour IndustriALL, car nous représentons les travailleurs et travailleuses des secteurs de l’exploitation minière, de la chimie, de l’énergie, de l’électronique et de l’automobile.

Les négociations relatives à un instrument contraignant des Nations unies sur les entreprises et les droits de l’homme visant à mettre fin à l’impunité des violations des droits de l’homme par les entreprises pourraient constituer une référence mondiale en la matière. Les organisations d’employeurs et les gouvernements, en particulier dans les pays riches, tentent de saper le processus. Nous devons maintenir son élan pour le faire avancer.

Un traité contraignant sur les entreprises et les droits de l’homme est également important dans la lutte contre le racisme systémique au sein de l’économie mondiale. Alors que le mouvement Black Lives Matter s’est accéléré au milieu de la pandémie de Covid-19, le monde a porté une attention accrue à l’exaspération des personnes touchées par le racisme.

Comme dit April Sims, Secrétaire-trésorière du Conseil syndical de l’État de Washington, AFL-CIO : "Il ne s’agit pas simplement de faire une place à la table pour un nouveau joueur, mais de s’assurer que chacun reçoive la même main et connaisse les règles afin de pouvoir rivaliser dans la partie."

Grâce à la solidarité mondiale, il est possible de gagner même dans les moments les plus difficiles. Et les victoires de nos syndicats montrent la voie à suivre. 

A luta continua, la lutte continue !

Valter Sanches

PROFIL: Lutte pour la démocratie en Biélorussie

PROFIL

Global Worker No. 2 novembre 2020

Texte: Alex Ivanou

Pays: Biélorussie

Syndicat: Belarusian Independent Trade Union (BITU), Free Metal Workers’ Union (SPM), Belarusian Radio et Electronic Industry Workers' Union (REP), Belarusian Trade Union of Chemical, Mining and Oil Industries Workers (BELKHIMPROFSOYUZ)

La Biélorussie a la réputation de violer systématiquement la liberté syndicale et les droits fondamentaux des travailleurs, notamment par l’introduction de contrats à durée déterminée obligatoires visant à intimider les travailleurs, le déni des libertés fondamentales et la répression à l’égard des institutions de la société civile et des syndicats libres et indépendants.

Durant 26 années, le régime de Loukachenko a dirigé la Biélorussie de manière plus ou moins incontestée. Malgré l’absence de réformes économiques et politiques ou de modernisation, le soutien de la Russie voisine, par le biais de tarifs préférentiels sur le pétrole et le gaz, a simplifié l’accès au marché russe, permettant au régime de se maintenir au pouvoir.

Les travailleurs et les syndicats n’ont jamais cessé de se battre pour leurs droits, même si l’espace laissé pour contester était de plus en plus restreint. La première fois que la police anti-émeute a été utilisée en Biélorussie indépendante, c’était lors de la grève des conducteurs de métro en 1995. Pour freiner la résistance des travailleurs, Loukachenko a limité la possibilité de recevoir des soutiens financiers solidaires depuis l’étranger et a mis en place des contrats à durée déterminée, généralement d’un an, en 1999.

Face à la répression massive des droits des travailleurs, en 2000, les syndicats démocratiques, y compris les affiliés d’IndustriALL, ont déposé une plainte auprès de l’Organisation internationale du travail (OIT) portant sur les violations constantes des droits des travailleurs en Biélorussie. Depuis lors, la situation en Biélorussie a constamment fait l’objet d’une attention particulière lors des sessions de l’OIT.

Malgré un nombre limité de membres, dû à l’oppression constante des autorités, les syndicats indépendants en Biélorussie ont toujours été populaires parmi les travailleurs et ils ont soutenu les manifestations dès le premier jour.

Dans une récente tentative pour mettre fin aux manifestations, le régime de Loukachenko a forcé les travailleurs à créer des sections syndicales locales obligatoires dans toutes les entreprises privées, en menaçant de fermer ces entreprises si elles refusaient. Dans le même temps, le régime a promis de retirer aux travailleurs les avantages des conventions collectives si cette demande n’était pas satisfaite.

La lutte continue

Cependant, les syndicats indépendants de Biélorussie poursuivent leurs efforts de syndicalisation. Malgré les difficultés de la pandémie et le manque de ressources humaines et financières, ils recrutent de plus en plus de membres. De nouvelles sections syndicales locales se forment, faisant entendre leur voix et leurs revendications.

Certains travailleurs s’adressent directement aux syndicats démocratiques existants tandis que d’autres utilisent la plateforme en ligne appelée Syndicat en ligne (ПРОФСОЮЗ ОНЛАЙН), conçue par le Congrès biélorusse des syndicats démocratiques (BKDP), dont les trois affiliés d’IndustriALL, SPM, BITU et REP, sont membres.

Après des années de répression politique et économique, les nouveaux adhérents des syndicats n’ont pas la moindre idée de ce que sont des syndicats indépendants, libres de toute influence du gouvernement et des employeurs. Les syndicats indépendants ont la responsabilité de mobiliser, de recruter et d’éduquer leurs membres et ils ont pour cela besoin de la solidarité et du soutien de la communauté internationale.

Mais ce n’est pas une mission facile puisque toute la machine de répression est dirigée contre les travailleurs et les militants parmi eux  ; beaucoup sont licenciés, mis en prison ou harcelés.

La répression continue

En août, l’ancien Président du Syndicat indépendant biélorusse (BITU), Mikalaj Zimin, a été emprisonné avec d’autres militants. Zimin a été condamné à 25 jours de détention après avoir participé à des manifestations pacifiques dans la ville de Soligorsk. Son collègue Maxim Sereda a été condamné à douze jours de prison, tandis que Jan Roman, journaliste et militant du Syndicat libre des travailleurs de la métallurgie (SPM), a été brutalement battu, détenu au poste de police et condamné à une amende, simplement pour s’être renseigné sur le sort de ses collègues.

Membres du comité de grève, dirigeants et militants du BITU, Sergei Cherkasov, Pavel Puchenya, Yuri Korzun et Anatoly Bokun, ont été mis arbitrairement en détention à plusieurs reprises. Ils ont fait l’objet de nouvelles sanctions pendant leur détention et ont finalement été libérés au bout de 55 jours de garde à vue grâce à la campagne de solidarité internationale.

Lizaveta Merliak, Secrétaire internationale du BITU, a été arrêtée devant sa maison lors d’une manifestation dans la ville de Grodno. Grâce à la pression nationale et internationale, elle a été libérée, mais a dû payer une amende pour avoir participé à des rassemblements de masse illégaux.

Les cas les plus récents sont les arrestations de la Présidente f.f. du Syndicat des travailleurs de la radio et de l’industrie électronique biélorusse (REP), Zinaida Mikhnyuk, du militant régional du REP Alexander Zakharuk et de la coordinatrice du réseau des jeunes Daria Polyakova, arrêtés lors d’une manifestation pacifique à Brest le 25 octobre.

Fin octobre, 26 membres du SPM de l’usine électrotechnique de Minsk, dont le 
Président de la section locale, V. Chichmarev, ses adjoints, M. Marynich et D. Krivonos, ainsi que d’autres membres élus du conseil de la section locale, ont été licenciés sans motif, en violation de la législation nationale.

Solidarité internationale

IndustriALL Global Union, en collaboration avec industriAll Europe, a exprimé son indignation ainsi que sa colère et émis des protestations face à la violence disproportionnée, aux persécutions et aux arrestations dont ont fait l’objet ceux et celles qui manifestaient pacifiquement à l’annonce des résultats des élections présidentielles du 9 août. Ensemble, elles ont demandé à Josep Borrell, Haut Représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité de la Commission européenne, d’appeler les pays de l’Union européenne à utiliser tous les moyens possibles pour mettre fin à l’intimidation des dirigeants syndicaux indépendants.

À plusieurs reprises, IndustriALL a écrit aux autorités biélorusses pour leur demander de mettre fin aux intimidations, aux pressions, aux violations de droits et à l’emprisonnement de dirigeants de syndicats indépendants et de travailleurs en grève, tout comme aux multinationales ayant des relations commerciales en Biélorussie, en leur demandant de faire preuve de diligence raisonnable en ce qui concerne les violations des droits de l’homme et du travail.

Le mouvement syndical international est uni dans son soutien à la démocratie en Biélorussie. Les Biélorusses ont fait preuve d’une incroyable capacité à se syndiquer et, confrontés à la répression, les travailleurs continuent de se battre pour la démocratie. La solidarité internationale en faveur du combat des syndicats biélorusses pour leur pays doit se poursuivre.

Il faut agir contre le travail forcé des Ouïghours

La région ouïghoure de Chine, à majorité musulmane turque depuis des siècles, produit 20 % du coton mondial. La Chine a rebaptisé la région Xinjiang, qui signifie “nouvelle frontière”, et réprime la population locale et encourage la migration en provenance d’autres régions.

Le gouvernement chinois a pris des mesures draconiennes pour limiter la natalité ouïghoure, et tente d’éradiquer la langue et les traditions de ce groupe. Plus d’un million de personnes par an ont été détenues dans des camps de travail.

IndustriALL Global Union soutient l’Appel mondial à l’action pour mettre fin au travail forcé des Ouïghours. Cet Appel demande aux enseignes et aux détaillants de premier plan de s’assurer qu’ils ne soutiennent pas le travail forcé dans la région ouïghoure ou n’en tirent pas profit.

IndustriALL maintient la pression sur les grandes multinationales, en particulier celles qui ont signé des accords-cadres mondiaux (ACM). Lorsque des entreprises signent un ACM, elles s’engagent à garantir des normes décentes tout au long de leurs chaînes d’approvisionnement, avec des systèmes de contrôle mis en place pour assurer le respect de ces normes.

Certaines multinationales, dont H&M, qui a un ACM avec IndustriALL, ont coupé les liens avec tous les fournisseurs de la région. D’autres, dont Volkswagen, ont refusé, comme le souligne un article très critique de la BBC.

IndustriALL avait précédemment suspendu son ACM avec Volkswagen, après que la société a violé les termes de l’accord en permettant que des pratiques antisyndicales aient lieu dans son usine de Chattanooga, aux États-Unis.

Les recherches menées par IndustriALL et les comités de suivi ont confirmé qu’aucune des enseignes ayant signé des ACM avec IndustriALL n’entretient de liens avec la production dans la région du Xinjiang. Cependant, les chaînes d’approvisionnement mondiales sont devenues si longues et complexes qu’il est très difficile de mener un audit totalement fiable.

Les enseignes de la mode de stature mondiale commandent du prêt-à-porter dans des usines du Bangladesh, du Pakistan, du Cambodge, du Myanmar et de nombreux autres pays de la région. Ces usines commandent des tissus aux usines textiles, qui commandent le coton à des fournisseurs en gros. Les fournisseurs de coton achètent à leur tour et regroupent le coton provenant de nombreuses sources différentes. Comme les cadres juridiques mondiaux régissant les chaînes d’approvisionnement sont encore faibles, il est possible qu’une fraude dans la chaîne d’approvisionnement ne soit pas détectée et que des fournisseurs escamotent les origines de leur coton.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré :

“Il est terrifiant qu’au XXIe siècle, le capital mondial continue de bénéficier de l’esclavage dans différents secteurs d’activité, notamment dans les champs de coton. En raison de l’urgence de la situation, il est vital à court terme que toutes les entreprises mondiales répondent à l’appel à l’action, dressent la carte de leurs chaînes d’approvisionnement et rompent toute relation avec la région du Xinjiang en Chine, qu’il y ait ou non des preuves de travail forcé.

Mais ce n’est qu’une solution à court terme. À plus long terme, nous avons besoin d’un droit international cohérent sur les chaînes d’approvisionnement, comme le traité contraignant des Nations unies sur les entreprises et les droits de l’homme, à ce stade en cours de négociation.

Nous avons également besoin de systèmes de contrôle qui rassemblent tous les acteurs du processus de production et de distribution afin de négocier une meilleure façon de faire des affaires. Il s’agit notamment des enseignes de stature mondiale, des Fédérations syndicales internationales, des différents gouvernements nationaux, des associations patronales nationales et des syndicats locaux.”

Les travailleurs de BHP parlent aux investisseurs de leur réalité

L’objectif était de faire entendre les préoccupations des travailleurs et travailleuses de BHP en Amérique du Sud et de permettre aux investisseurs d’engager directement la conversation avec les travailleurs. D’importants investisseurs du Royaume-Uni, de France, de Suède et des Pays-Bas, ainsi qu’un certain nombre de prestataires de services du domaine de l’investissement responsable, ont participé à l’opération.

Igor Díaz, Président de SINTRACARBON, affilié à IndustriALL, a évoqué la situation dans la mine de charbon du Cerrejón en Colombie, propriété conjointe de BHP, AngloAmerican et Glencore, où les travailleurs sont en grève depuis fin août.

El Cerrejón a imposé unilatéralement, et illégalement, un changement d’horaire que les travailleurs appellent le “poste de la mort”. Ce changement entraînera des journées de travail de 12 heures, une augmentation du temps de travail, la suppression d’avantages sociaux, le licenciement de plus de 1.000 travailleurs et de graves répercussions sur la santé et la vie familiale de ceux qui resteront. Loin de stimuler la productivité, ce changement menace le bien-être des mineurs et de leurs communautés.

Marcelo Franco, qui préside le Syndicat des travailleurs de la mine Cerro Colorado de BHP au Chili ainsi que le Comité de coordination qui réunit six syndicats de BHP, a évoqué les conditions de travail dans les trois sites d’activité que possède la société dans ce pays. Marcelo a parlé de la mauvaise gestion de la Covid-19 par BHP, les travailleurs étant souvent laissés à eux-mêmes, isolés dans des logements sordides avec une nourriture et des soins médicaux insuffisants ou simplement renvoyés auprès de leurs familles pour y être soignés.

L’entreprise a profité de la discrimination exercée par le gouvernement à l’encontre des travailleurs ayant des affections préexistantes, ce qui a entraîné des licenciements massifs de ces travailleurs et leur incapacité à trouver de l’embauche ailleurs.

Marcelo Franco a également souligné la faiblesse de l’entreprise en matière d’intégration de la dimension de genre, notamment s’agissant d’inciter les mineurs à faire de la place à leurs homologues féminins, et de carence en termes d’ajustements, pourtant nécessaires, pour les travailleuses, comme des EPI adaptés pour l’exploitation minière et des conditions de santé et sécurité appropriées pour protéger les femmes sur le lieu de travail.

Les conditions de travail des travailleuses de la mine du Cerrejón sont également mauvaises, car il n’y a pas de garderie ni d’installations pour l’allaitement.

Glen Mpufane, Directeur de la section des mines d’IndustriALL, a déclaré :

“BHP, associée à AngloAmerican et Glencore, continue de prétendre qu’elle ne peut pas contrôler ce qui se passe au Cerrejón, car elle n’en est qu’un des propriétaires. Mais ces entités ne peuvent pas récolter les bénéfices sans prendre leurs responsabilités : en tant qu’entreprises ayant souscrit aux Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, elles savent que se retrancher derrière le statut de “propriétaire minoritaire” n’est plus une excuse acceptable pour éviter de devoir rendre des comptes. Et si les deux autres multinationales ont au moins accepté de dialoguer avec IndustriALL, BHP n’y est même pas disposée.”

La table ronde a abordé la gouvernance d’entreprise et les risques liés aux droits de l’homme auxquels BHP s’expose : à savoir, la différence de traitement dans sa gestion de la Covid-19 dans l’hémisphère Nord par rapport à l’hémisphère Sud ainsi que son recours important à des travailleurs en sous-traitance.

Ces travailleurs ont été particulièrement vulnérables pendant la pandémie, car ils ne peuvent souvent pas bénéficier de congés de maladie ou d’une assurance médicale et ils ne sont pas non plus susceptibles de s’exprimer sur la santé et la sécurité sur les lieux de travail par crainte de perdre leur emploi.

La Commission australienne pour le travail équitable a récemment rejeté un appel de BHP concernant son modèle d’externalisation, Operations Services, et est convenue avec le CFMEU et plusieurs autres syndicats affiliés à IndustriALL qu’un véritable accord avec la main-d’œuvre n’avait pas été démontré et que de tels accords pourraient ne pas passer le “test du mieux-disant” par rapport aux barèmes de l’industrie, car ils se fondent sur un salaire inférieur pour le même travail de la part des travailleurs en sous-traitance.

Si les syndicats australiens disposent de recours en raison d’un cadre réglementaire et d’un système judiciaire solides, les syndicats du Sud n’ont généralement pas accès à des voies de recours en cas de violation des droits de l’homme par des sociétés multinationales étrangères.

La principale “requête” auprès des investisseurs lors de la table ronde était qu’ils interpellent BHP sur les préoccupations soulevées.

Comme Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL l’a dit :

“L’entreprise doit regarder en face les risques auxquels elle expose sa main-d’œuvre et remédier à ses mauvaises pratiques en matière de travail, d’environnement et de gouvernance des actifs sud-américains qu’elle possède ou dont elle est copropriétaire. BHP a refusé à plusieurs reprises d’entrer en dialogue direct avec IndustriALL, fermant ainsi une voie importante pour résoudre les problèmes au niveau local.

La question se pose de savoir pourquoi l’entreprise évite si délibérément de s’asseoir avec les travailleurs et leurs représentants.”

Photo 1 : Igor Díaz, Président de SINTRACARBON, Colombie, lors de la table ronde virtuelle.

Photo 2 : Marcelo Franco, qui préside le Syndicat des travailleurs de la mine Cerro Colorado de BHP au Chili ainsi que le Comité de coordination qui réunit six syndicats de BHP, lors de l’assemblée générale des actionnaires de BHP à Londres, en octobre 2019.