Les FSI appellent les Suisses à voter pour la responsabilité des entreprises

Que l’on gagne ou que l’on perde, la lutte pour obtenir des comptes des entreprises multinationales a fait un grand pas en avant et représente un espoir pour les travailleurs du monde entier.

Pendant trop longtemps, les multinationales ont pu dissimuler leurs abus derrière un vernis de respectabilité, en opposant un déni plausible chaque fois qu’un mauvais comportement est mis en lumière. La façon dont le monde perçoit la responsabilité des entreprises évolue. L’Initiative multinationales responsables s’inscrit dans le cadre d’une campagne mondiale menée par les syndicats et les organisations de la société civile pour que les entreprises soient tenues responsables de leurs comportements contraires à l’éthique.

Et notre message est clair : nous sommes sur vos traces, nous vous tiendrons pour responsables.

L’Initiative multinationales responsables a été créée par la Coalition suisse pour la justice dans les entreprises, composée d’organisations suisses de défense des droits de l’homme et de l’environnement, de groupes religieux et de syndicats. L’initiative cible l’activité des entreprises basées en Suisse, y compris les multinationales avec lesquelles les Fédérations syndicales internationales (FSI) sont en relation, comme Glencore, LafargeHolcim et Nestlé.

Si cette Initiative aboutit, ces entreprises, et toutes celles basées en Suisse, seront légalement responsables des violations des droits de l’homme et de l’environnement partout dans le monde, causées par des entités sous leur contrôle ou leur influence.

Un grand pas en avant sera fait pour que les victimes de violations des droits de l’homme et de dommages environnementaux puissent demander réparation en Suisse.

Lorsqu’une entreprise pourra démontrer de manière crédible à la Cour qu’elle a fait preuve de la diligence requise et qu’elle a pris toutes les mesures nécessaires pour prévenir les violations dénoncées, elle sera exonérée de toute responsabilité. L’initiative a donc un effet préventif puisqu’elle incite effectivement les entreprises à respecter leurs obligations.

Cela permettra également à la Suisse et à la France, avec sa loi similaire sur la diligence raisonnable de 2017, d’accroître la pression sur les multinationales en unissant leurs forces sur la question des droits de l’homme et de l’environnement. Comme le projet de directive européenne attendu en 2021 continue d’être débattu même pendant la pandémie, il y a clairement un consensus croissant autour de la nécessité d’une responsabilisation à travers l’Europe.

La pandémie ne peut que renforcer la nécessité de fortement réglementer les multinationales, car il est inacceptable qu’elles profitent de la crise pour augmenter leurs profits au détriment des droits des travailleurs.

En tant que FSI, notre rôle est de veiller à ce que les droits des travailleurs et travailleuses soient respectés à niveau mondial.

Avec cette initiative, les multinationales dont le siège social est en Suisse ne peuvent plus se cacher derrière une législation lacunaire dans un pays de production à l’autre bout du monde ; elles sont légalement responsables de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Peu importe si les actes répréhensibles sont commis à l’étranger, un recours peut être introduit devant un tribunal suisse.

Les Fédérations syndicales internationales IBB, IndustriALL, UITA et UNI Global Union représentent ensemble plus de 90 millions de travailleurs dans le monde. Les quatre organisations ont leur siège en Suisse.

Faire payer Amazon

Dans le cadre d’une nouvelle étape de la campagne mondiale sur le secteur du textile, de la confection, de la chaussure et du cuir, IndustriALL Global Union se joint à l’action mondiale contre Amazon avec UNI Global Union, la CSI, Oxfam, Tax Justice Network et d’autres pour réclamer des comptes à Amazon.

Entre autres choses, nous demandons à Amazon de modifier ses politiques et de rémunérer les travailleurs à hauteur de la richesse croissante de l’entreprise, d’introduire un temps de pause adéquat pour garantir la sécurité du travail, d’étendre les congés de maladie payés à tous les travailleurs, de mettre fin aux pratiques antisyndicales, de respecter le droit des travailleurs à se syndiquer et de mettre immédiatement fin à toute forme d’espionnage des travailleurs et de leurs organisations.

Le Secrétaire général d’IndustriALL Valter Sanches a déclaré :

“Pendant la pandémie de Covid-19, avec une croissance mondiale fulgurante du commerce en ligne, Amazon est devenue une entreprise valant mille milliards de dollars, dont le PDG Jeff Bezos est devenu la première personne de l’histoire à amasser 200 milliards de dollars de richesse personnelle. Pendant ce temps, les employés des entrepôts d’Amazon sont devenus des travailleurs essentiels et n’ont reçu qu’une modeste augmentation de salaire.

“Avec d’autres Fédérations syndicales internationales, des travailleurs, des militants et des citoyens du monde entier, IndustriALL Global Union se joint au mouvement pour faire en sorte qu’Amazon paie de manière équitable ses travailleurs, son impact sur l’environnement et ses taxes.”

Beaucoup d’entre nous connaissent le nom d’Amazon et pensent à ses immenses entrepôts qui sont au centre d’un réseau de distribution mondial sophistiqué. C’est le plus grand détaillant en ligne du monde et vous pouvez commander presque tout sur Amazon et vous faire livrer le lendemain.

Vous connaissez peut-être aussi les tactiques ouvertement antisyndicales d’Amazon, son épouvantable bilan en matière de santé et de sécurité dans les entrepôts et la richesse personnelle inimaginable de son propriétaire, Jeff Bezos, qui a fondé Amazon en 1994.

Mais ce que l’on sait moins, c’est qu’Amazon Fashion est une enseigne en pleine croissance au sein de la chaîne d’approvisionnement mondiale de la confection. L’entreprise est devenue le premier détaillant de vêtements aux États-Unis, citée comme le première point de chute des acheteurs de vêtements, devant Target et Walmart.

L’offre de produits de mode d’Amazon est variée et complexe, avec des centaines d’enseignes privées comme Amazon Essentials, Goodthreads, Daily Ritual, Lark&Ro, Cable Stitch et Buttoned Down. Elle réalise actuellement un chiffre d’affaires de plus de 30 milliards de dollars et cherche activement à étendre ses parts de marché en Europe et dans le reste du monde.

La chaîne d’approvisionnement d’Amazon s’étend à travers le monde entier avec de la production au Bangladesh, en Chine, en Malaisie, en Inde, au Sri Lanka, en Turquie et au Vietnam.

Après celles du 4 septembre et du 7 octobre, c’est la troisième journée mondiale d’action pour le secteur de la confection et du textile.

Les syndicats africains unis pour la campagne d’industrialisation de l’Afrique

Le webinaire a souligné que l’industrialisation de l’Afrique devrait inclure de multiples parties prenantes, notamment les investisseurs, les gouvernements, les syndicats, les employeurs, les organisations de la société civile et les communautés locales. Le webinaire est convenu que cette inclusion gagne à être coordonnée par des politiques industrielles durables qui mettent en avant le rôle des parties prenantes.

De cette façon, l’histoire de l’Afrique en tant que lieu de pauvreté pourrait évoluer en celle d’un continent riche en ressources et qui se développe. En outre, les réponses aux ravages de la pandémie de Covid-19 sur l’emploi pourraient servir à faire croître les économies grâce à des plans de relance, tandis que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) offrirait la possibilité de créer des millions d’emplois. Parmi les autres facteurs à prendre en compte dans l’élaboration des politiques figurent le changement climatique et la Transition juste, ainsi que l’adoption de nouvelles technologies par le biais de l’automatisation et de l’intelligence artificielle apportées par la quatrième révolution industrielle.

Parmi les participants figuraient des représentants de la Banque africaine de développement et d’organisations de la société civile, telles que le Third World Network Africa et l’Institut de recherche sur le travail et le développement économique du Zimbabwe (LEDRIZ) ainsi que le Réseau régional pour l’équité et la santé en Afrique orientale et australe (EQUINET).

En ce qui concerne la ZLECA, des appels ont été lancés en faveur d’un changement de mentalité vers d’une approche plus axée sur le développement qui évite les politiques contestées de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les participants à la réunion se sont entendus dire que les politiques de libéralisation du commerce de l’OMC ne profitaient pas aux économies africaines.

En outre, les économies africaines sont plus intégrées au plan mondial qu’elles ne sont au niveau du commerce local et pour que le développement ait lieu, leur modèle économique dépendant de l’exportation de matières premières doit être modifié. Il faut également imposer des conditions aux investissements afin de protéger les droits et les intérêts des travailleurs.

Le webinaire a débattu du fait que le rôle du commerce est d’intégrer la production et les marchés. Par exemple, l’importation de tomates bon marché d’Italie pour les usines de transformation du Ghana a détruit le marché local. Il a été recommandé que les pays restent vigilants en matière d’investissements, de propriété intellectuelle et de commerce électronique. Par exemple, la proposition faite à l’OMC par l’Afrique du Sud et l’Inde sur les vaccins Covid-19 a été saluée.

Pourquoi est-il moins cher d’acheter des tomates italiennes au Ghana que des tomates locales ?

Comment l’Afrique peut-elle renforcer sa capacité industrielle alors qu’il est moins cher d’importer de l’étranger des marchandises subventionnées et faisant l’objet d’un dumping ?

Tetteh Hormeku-Ajei pose des questions importantes. #ALLAfrica

À suivre ici : https://t.co/ZPFuRC1Vcf pic.twitter.com/XluAFcSAOU

IndustriALL (@IndustriALL_GU) 20 novembre 2020

Le webinaire a accordé une attention particulière à la Vision pour l'industrie minière en Afrique (VMA), un plan d’action important pour renforcer les liens entre l’exploitation minière et l’industrialisation tout au long des chaînes de valeur nationales et régionales. En outre, l’exploitation minière a bénéficié aux travailleurs, aux communautés et à la société en général. Cependant, il est nécessaire d’améliorer la gouvernance des ressources et le respect des droits de l’homme et des travailleurs. Pour être efficace, la VMA doit être mise en œuvre, il convient de mieux assumer le fait de devoir rendre des comptes et les manquements en termes d’appropriation des ressources doivent être résolus. La santé et la sécurité dans les mines restent essentielles et la ratification de la Convention 176 sur la santé et la sécurité dans les mines est importante. Il convient également de reconnaître et de soutenir l’exploitation minière artisanale et à petite échelle.

Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

“En tant que syndicats, nous devons faire pression sur les gouvernements pour qu’ils utilisent les revenus des ressources minières pour s’industrialiser. Nous ne pouvons pas continuer à être des producteurs de produits agricoles, de ressources pétrolières et gazières et de produits miniers rares utilisés pour fabriquer des batteries, des véhicules électriques et des smartphones. Nous devons produire des biens manufacturés et exploiter les possibilités qui nous sont offertes pour une reprise après la pandémie de Covid-19.”

Le secteur automobile a été cité comme ayant le potentiel de créer du travail décent. Selon une étude d’IndustriALL et du Centre de compétence syndicale pour l’Afrique subsaharienne de la Fondation Friedrich Ebert, le secteur peut attirer des investissements durables.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

“Nous continuerons à solliciter l’engagement politique de l’Union africaine, de la ZLECA, de la BAD et des organisations de la société civile en faveur de l’industrialisation de l’Afrique. À cet égard, les syndicats continueront à recevoir un soutien pour renforcer leur capacité à s’engager dans des politiques industrielles durables. Les secteurs de l’automobile, de l’énergie, de l’exploitation minière et de l’énergie, le textile, la confection, la chaussure et le cuir sont importants pour le décollage de l’industrialisation.”

Première partie du webinar :

Deuxième partie du webinar :

Plus de 250 millions de travailleurs se joignent à la grève nationale en Inde

Les syndicats indiens ont condamné les arrestations de dirigeants ouvriers et agricoles dans tout le pays, alors qu’ils manifestaient ensemble dans le cadre de l’une des plus grandes grèves générales jamais organisées à l’échelle nationale. Les dirigeants des syndicats indiens ont claironné un appel au gouvernement pour qu’il abroge les codes du travail anti-ouvriers et les législations agricoles anti-paysannes, car une mobilisation massive des travailleurs industriels et agricoles ainsi que des paysans dans tout le pays y a bousculé le train-train habituel, aussi bien dans les zones rurales qu’urbaines.

Dans tout le pays, les salariés des secteurs public et privé ont participé à la grève. Un front uni de plus de 250 organisations d’agriculteurs, le All India Kisan Sangharsh Co-ordination Committee (AIKSCC), a apporté son soutien à la grève syndicale et les syndicats ont apporté leur soutien à la mobilisation des paysans “Chalo Delhi” (Aller à Delhi) les 26 et 27 novembre. Les agriculteurs protestent contre les récentes lois anti-paysannes qui retireraient le prix minimum de soutien du gouvernement pour les produits agricoles, ce qui aurait de graves conséquences sur les revenus et les moyens de subsistance des agriculteurs.

Les dirigeants syndicaux ont exprimé leur inquiétude quant au fait que, sous prétexte de Covid-19, le gouvernement a déclenché une vaste répression. La police a utilisé des moyens violents pour tenter d’arrêter les centaines de milliers d’ouvriers et de paysans qui se rendent à Delhi pour manifester pacifiquement dans la capitale les 26 et 27 novembre.

Sanjay Vadhavkar, Secrétaire général de la SMEFI et membre du Comité exécutif d’IndustriALL, a déclaré :

“Malgré les interventions rugueuses de la police dans tout le pays, les travailleurs ont participé avec enthousiasme à la grève. Les récentes modifications du droit du travail, notamment les nouveaux codes sur la sécurité sociale, les salaires et les relations sociales, doivent être annulées, car elles ne protègent pas les principes et les droits fondamentaux au travail.

Sur de nombreux aspects, elles vont à l’encontre des engagements pris par l’Inde dans les forums internationaux sur les droits de l’homme et les droits du travail. La mauvaise gestion de la Covid-19 et les politiques économiques anti-populaires ont poussé des millions de personnes dans la misère. Cette grève et l’action conjointe avec les agriculteurs enverront un message fort au gouvernement pour exiger des politiques axées sur les travailleurs et les personnes.”

Le Secrétaire général d’IndustriALL Valter Sanches, a déclaré :

“Nous condamnons les moyens violents utilisés pour mettre fin à une expression démocratique de désaccord. IndustriALL est solidaire du mouvement syndical indien et salue les efforts qu’il a déployés pour former une vaste alliance représentative avec les paysans et les travailleurs agricoles contre les politiques anti-populaires.

Les revendications des syndicats indiens sont parfaitement fondées, en particulier dans la situation actuelle, caractérisée par un taux de chômage élevé et des pertes d’emplois, qui ont été aggravés par la pandémie qui ravage le monde et l’Inde en particulier. Le gouvernement devrait écouter les syndicats et mener un véritable dialogue pour résoudre les problèmes.”

Le Comité exécutif d’IndustriALL, qui s’est réuni en ligne le jeudi 19 novembre, a exprimé son soutien total et solidaire à la grève générale.

Charte commune des revendications des syndicats :

  1. versement direct en espèces de 7.500 roupies (101 dollars) à toutes les familles qui gagnent moins que le seuil d’imposition
  2. ration de 10kg gratuite par personne et par mois pour tous ceux qui sont dans le besoin.
  3. extension de la loi nationale Mahatma Gandhi sur la garantie de l’emploi rural pour faire passer le nombre de jours de travail de 100 à 200 jours dans les zones rurales avec des salaires plus élevés et extension de ce programme aux zones urbaines
  4. retrait de toutes les modifications du code du travail et des lois anti-paysannes
  5. arrêt des privatisations des entreprises du secteur public, y compris celles du secteur financier. Arrêt du passage dans des mains privées des entreprises publiques de fabrication et de services du domaine des chemins de fer, des fournitures militaires, des infrastructures portuaires et autres domaines similaires.
  6. retrait de la circulaire draconienne de mise à la retraite anticipée forcée d’employés du gouvernement et du secteur public.
  7. pension pour tous, rétablissement du régime de pension antérieur et amélioration des dispositions du système de pension EPS 95.

La plate-forme syndicale commune comprend les centrales syndicales suivantes : INTUC, AITUC, HMS, CITU, AIUTUC, TUCC, SEWA, AICCTU, LPF et UTUC.

Grève nationale chez ArcelorMittal en Italie pour défendre l’emploi

Pour les trois syndicats italiens, l’ancien site d’Ilva est l’atout stratégique de l’industrie sidérurgique italienne, mais depuis la conclusion de l’accord le 6 septembre 2018, ArcelorMittal a progressivement affaibli ce site jusqu’à ce qu’il devienne non viable.

Compte tenu des défis permanents auxquels sont confrontés les sidérurgistes chez ArcelorMittal Italia (ex-Ilva), les syndicats insistent sur des mesures urgentes pour garantir la santé et la sécurité des travailleurs et travailleuses, la reprise immédiate de relations sociales appropriées, actuellement inexistantes, et le respect des droits à l’information et à la consultation pour les travailleurs et travailleuses.

Dans le même temps, les travailleurs et travailleuses réclament un plan industriel, définissant l’avenir du groupe en Italie, y compris un délai pour la relance des installations qui ont été mises en veilleuse pendant des années.

En outre, les syndicats estiment qu’il est impératif de créer un filet de sécurité sociale pour atténuer les difficultés rencontrées par les travailleurs et travailleuses et le stress supplémentaire dû à la pandémie de COVID-19.

Les 3 et 4 novembre 2020, le Réseau syndicat mondial ArcelorMittal d’IndustriALL Global Union, auquel participent plus de 90 délégués d’une vingtaine de pays, s’est réuni et a reçu les rapports des représentants des syndicats sur la situation de l’ancien site d’Ilva. Le Réseau syndical mondial apporte tout son soutien à ses collègues d’Italie.

Dans son courrier aux affiliés italiens, Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré qu’il était solidaire de l’action de grève des syndicats annoncée pour le 25 novembre.

“Nous demandons instamment à l’entreprise et au gouvernement italien de rencontrer les syndicats afin de convenir d’une voie claire pour l’avenir, avec des plans solides et transparents. Nous réitérons notre soutien total à votre lutte et sommes en particulier solidaires de votre journée d’action nationale du 25 novembre.”

Les membres de l’OMC doivent garantir l’accès à des médicaments abordables

La pandémie de Covid-19 a profondément affecté le monde du travail, des millions de travailleurs et travailleuses ayant perdu leur emploi. La production, la distribution et la consommation de biens et de services, ainsi que les activités économiques associées, sont confrontées à des perturbations sans précédent et à un avenir incertain. Alors que l’économie mondiale glisse vers la récession, au-delà d’une crise sanitaire, la pandémie remet en question les fondements de la sécurité politique, économique et sociale du monde.

L’accès à des médicaments, instruments, vaccins, diagnostics et traitements abordables pour la Covid-19 est primordial pour une sortie de crise. Personne ne doit être laissé pour compte et personne n’est en sécurité tant que tout le monde n’est pas protégé. Depuis le début de la pandémie, des appels ont été lancés en faveur d’efforts coordonnés pour la production de produits médicaux, le partage des technologies et l’accès à des traitements abordables.

De nombreux pays sont confrontés à des pénuries de produits médicaux et d’accès aux diagnostics, aux tests et aux traitements. Pour surmonter ces difficultés, en particulier celles causées par les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) de l’OMC, l’Inde et l’Afrique du Sud ont proposé une dérogation à certaines dispositions relatives à la prévention, à l’endiguement et au traitement de la Covid-19.

La proposition de dérogation souligne que

les droits de propriété intellectuelle tels que les brevets, les modèles industriels, les droits d’auteur et la protection des informations confidentielles ne créent pas d’obstacles à l’accès en temps utile à des produits médicaux abordables, y compris les vaccins et les médicaments, et à l’intensification de la recherche, du développement, de la fabrication et de la fourniture de produits médicaux essentiels.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a accueilli favorablement ces propositions. La dérogation aux règles est importante, car les flexibilités existantes dans le cadre de l’accord ADPIC ont des limites et les pays qui n’ont pas de capacité de fabrication doivent suivre des procédures lourdes pour importer des produits médicaux, ce qui limite leur capacité à sauver ceux qui sont dans le besoin.

Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

“Les travailleurs et travailleuses du monde entier ont besoin d’un accès rapide à des produits médicaux abordables et les gouvernements doivent collaborer et agir rapidement pour garantir cet accès et mettre fin aux décès évitables. Les monopoles et la cupidité en période de pandémie sont inacceptables. Une distribution abordable et équitable des produits thérapeutiques, des diagnostics et des vaccins doit être la priorité.

À cette fin, nous appelons les membres de l’OMC à soutenir l’adoption de la proposition de dérogation Covid-19 aux ADPIC.”

La violence domestique est une problématique syndicale

L’inclusion de dispositions concernant la violence domestique dans la Convention 190 de l’OIT et dans la recommandation n° 206 (R 206) reflète un changement fondamental : alors qu’elle était considérée comme une question privée, elle est maintenant reconnue comme ayant des conséquences pour les travailleurs, les entreprises et la société en général.

La violence domestique peut s’étendre au monde du travail : les auteurs peuvent suivre leurs victimes sur leur lieu de travail ou utiliser l’ordinateur professionnel, les courriels ou le téléphone de leur victime pour les harceler et les contrôler. Le stress et le traumatisme de la violence domestique ont un impact sur le travail de la victime.

Mais les lieux de travail peuvent aussi être des espaces sûrs où les victimes peuvent chercher soutien et protection et garantir leur indépendance financière.

Voici ce que l’OIT indique :

Les employeurs et les collègues de travail peuvent sauver des vies en offrant un lieu de sécurité et de solidarité, en servant de lien avec les services communautaires et en identifiant des cas de violence.

La R206 de l’OIT appelle à la sensibilisation aux effets de la violence domestique, à la mise en place de congés, de modalités de travail flexibles, de protection contre le licenciement pour les victimes et survivants de la violence domestique ainsi qu’à l’inclusion de la violence domestique dans les évaluations des risques sur le lieu de travail et les politiques de santé et de sécurité au travail.

“Les syndicats ont un rôle important à jouer. Leurs membres peuvent être à la fois victimes et auteurs de violences domestiques. Les syndicats peuvent exiger des employeurs qu’ils offrent des lieux de travail sûrs aux victimes et qu’ils fassent preuve de solidarité envers leurs membres qui sont confrontés à la violence domestique en prenant fermement position contre l’inégalité des sexes et en sensibilisant leurs effectifs à la nécessité d’une action syndicale contre la violence domestique,”

a confié Jenny Holdcroft, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL.

En Afrique du Sud, le NUM a lancé une campagne en 2018, condamnant toute forme de violence à l’égard les femmes. Les campagnes de sensibilisation créent un environnement propice qui encourage les victimes à s’exprimer et les témoins à agir.

Au Canada, c’est le Syndicat des Métallos USW qui a lancé ce programme : Be More Than a Bystander – Break the Silence on Violence Against Women (Soyez plus qu’un spectateur – Brisez le silence sur la violence à l’égard des femmes), qui invite ses membres masculins à dénoncer les abus et la violence et à intervenir s’ils en sont témoins.

Différents affiliés d’IndustriALL ont obtenu que la loi prévoie des dispositions en matière de congé payé. Aux Philippines et en Nouvelle-Zélande, la loi prévoit dix jours de congé payé pour les victimes et survivants de violence domestique. En Australie, il s’agit de cinq jours de congé sans solde. Au Canada, les travailleurs et travailleuses qui dépendent de la réglementation fédérale peuvent bénéficier de cinq jours de congé payé pour violence domestique et toutes les provinces ont une loi qui accorde des congés (payés et sans solde).

Les affiliés d’IndustriALL ont informé leurs membres des aides disponibles en matière de violence domestique. Pendant la crise de Covid-19, les syndicats uruguayens ont partagé un numéro de téléphone d’urgence sur les médias sociaux.

Les syndicats ont élaboré des principes directeurs et des procédures sur la manière d’identifier les victimes et survivants de violence domestique et de les soutenir efficacement. Le TUC, au Royaume-Uni, a élaboré un guide à l’intention des délégués syndicaux sur la manière d’aborder les victimes et survivants de violence domestique pendant la crise de Covid-19.

Certains syndicats ont orgnisé des formations pour leurs propres points de contact afin de soutenir les victimes et survivants. Au Canada, le programme de défense des femmes d’UNIFOR forme des représentantes sur le lieu de travail qui aident les femmes à faire face au harcèlement, à la violence domestique et aux abus sur le lieu de travail.

Des affiliés d’IndustriALL ont élaboré des guides à l’intention des négociateurs sur la violence domestique : Guide du négociateur du Syndicat Unite sur la violence et les abus domestiques ; Guide de négociation de l’USW sur la manière d’aborder la violence domestique dans les conventions collectives, proposant des exemples de clauses pour les CCT.

Les mesures de protection peuvent consister à permettre aux victimes de violence domestique d’adapter leurs horaires de travail, d’utiliser des pseudonymes et d’avoir des horaires de travail flexibles, ce qui leur permet de faire les changements nécessaires pour se protéger contre les agresseurs qui exploitent la connaissance de leurs horaires et de leur lieu de travail.

Un congé spécial pour les victimes et survivants de la violence domestique est essentiel, car il leur permet de faire face à toute procédure judiciaire ainsi que d’accéder à l’aide, aux services et aux recours. La protection temporaire contre le licenciement est essentielle pour toute personne dont les absences ou le rendement sont liés à la violence domestique.

Si votre syndicat mène une action contre la violence domestique, faites-le nous savoir !

La violence domestique est la forme la plus répandue de violence fondée sur le sexe. Elle peut être comprise comme relevant de tous les actes de violence physique, sexuelle, psychologique ou économique qui se produisent au sein de la famille ou du foyer, ou entre des conjoints ou partenaires, anciens ou présents, que l’auteur partage ou non la même résidence que la victime.

N’importe qui peut être victime ou auteur de violence domestique. Cependant, la grande majorité des cas signalés sont commis par des hommes à l’égard de femmes.
Selon l’OIT, la violence domestique est l’expression de relations de pouvoir inégales entre les hommes et les femmes. Dans le contexte de la Covid 19, avec l’incertitude accrue qui touche les individus et les ménages, les femmes connaissent davantage d’épisodes de violence, car les auteurs de ces actes expriment leurs frustrations et tentent de reprendre le contrôle.
Ces perceptions et ces normes conduisent à une acceptation et à une justification de la violence domestique et à une mise en cause des victimes qui laisse entendre que les femmes la méritent.

Il n’y a aucune justification à la violence domestique. Le comportement de la femme n’est pas à mettre en cause, elle relève entièrement de la responsabilité de l’auteur de la violence.

Les cimentiers d’Amérique du Nord sont solidaires et vont de l'avant

L’industrie du ciment en Amérique du Nord a rapidement retrouvé son niveau d’avant la Covid, car le ciment et le béton sont essentiels dans les sociétés qui veulent aller de l'avant. Cependant, cela n’a pas épargné aux travailleurs les défis de la pandémie en cours.

Depuis l’année dernière, le problème de la surcapacité mondiale de production de ciment n’a pas disparu et la situation générale dans le paysage des matériaux de construction n’a pas non plus beaucoup évolué. Les dix premiers producteurs de ciment se partagent 45 % de l’ensemble de la capacité mondiale, avec deux sociétés chinoises, CNBM et Anhui Conch, en tête. Leur capacité de production combinée équivaut à près de 900 millions de tonnes de ciment par an.

La pandémie de Covid-19 a incité de nombreuses entreprises, notamment dans le secteur des matériaux de construction, à développer le travail à distance et à accélérer la numérisation et l’automatisation, ce qui, selon l’évaluation de l’OCDE, nécessite la requalification d’au moins 50 % de la main-d’œuvre dans les cinq prochaines années.

Avec la propagation initiale de la Covid-19 et les fermetures ultérieures, il y a eu un ralentissement du secteur, accompagné de licenciements aux États-Unis et au Canada. Mais depuis juin-juillet, le secteur de la construction et, avec lui, la production de ciment et de béton, sont revenus à la normale. La plupart des travailleurs précédemment mis à pied ont donc été rappelés au travail. En outre, beaucoup ont constaté une augmentation considérable des heures de travail et, dans certains cas, même une légère pénurie de ciment en raison d’une forte demande.

En général, les mesures concernant la Covid-19 ont été rapides et efficaces et la plupart des travailleurs se sont sentis bien protégés. Les participants ont toutefois noté que certaines entreprises, comme LafargeHolcim, n’étaient pas disposées à faire plus que le strict minimum requis par les autorités et ont essayé d’éviter les discussions et les consultations avec les représentants des travailleurs sur le sujet.

Les participants se sont félicités de la victoire syndicale obtenue par leurs collègues cimentiers canadiens de la FIM-CSN, affiliée à IndustriALL, qui, après près de deux mois de lock-out par la multinationale cimentière CRH, ont finalement signé un accord avec leur employeur et sont retournés au travail.

Les Teamsters ont fait état de la campagne de syndicalisation en cours sur les sites du Nevada et de la Californie du Sud de CEMEX, un producteur de matériaux de construction d’origine mexicaine. Par cette campagne de syndicalisation, les Teamsters tentent de rétablir la présence des syndicats dans l’industrie du béton prêt à l’emploi, où prédominait autrefois la main d’œuvre syndiquée. Les travailleurs ont rencontré beaucoup de résistance, car l’entreprise a appliqué différentes tactiques antisyndicales, notamment en faisant appel à des avocats spécialisés dans ces pratiques. Les Teamsters ont déposé 37 plaintes différentes pour pratiques antisyndicales par l’entreprise auprès du NLRB, l’instance nationale qui régit les relations du travail ; la plupart d’entre elles ont été acceptées. Des élections syndicales sont prévues dans une trentaine d’endroits différents.

Les participants sont convenus de tenir une autre réunion et d’échanger sur l’évolution de la situation au printemps 2021.

Alexander Ivanou, Responsable pour les matériaux, a déclaré :

“Le réseau nord-américain du ciment existe depuis 2017 et s’est révélé être un bon outil pour renforcer la solidarité entre nos affiliés dans la région. Nous apprenons des combats, des victoires et parfois des défaites des uns et des autres, nous n’abandonnons jamais et nous continuerons à travailler ensemble, à nous soutenir mutuellement et à accroître notre force chaque jour.”

Les cimentiers de CRH se battent et obtiennent justice

Les membres du syndicat des travailleurs du Syndicat CSN de Demix Béton (St-Hubert) ont voté en faveur de la recommandation du conciliateur de signer un accord pour mettre fin à ce long conflit de travail. Ils s’apprêtent maintenant à retourner au travail.

Ce fut un combat difficile. Au milieu du conflit, en octobre, l’employeur a tenté de contourner les travailleurs en lock-out et d’utiliser les chauffeurs de LafargeHolcim pour livrer le béton de CRH. Les travailleurs en ont alors appelé au Tribunal administratif du travail qui a rendu un verdict clair en faveur des chauffeurs de CRH, selon lequel les travailleurs de Lafarge ne pouvaient pas être utilisés pour remplacer leurs collègues tant que le conflit se poursuivait.

Pour soutenir les travailleurs dans leur lutte, en plus de son propre message de solidarité, IndustriALL s’est adressée à l’ensemble du réseau syndical du ciment en Amérique du Nord ainsi qu’au Conseil d’entreprise européen en demandant d’exprimer sa solidarité internationale et de soutenir cette lutte des cimentiers.

Pendant toute la durée du conflit, l’employeur n’a pas pris la peine d’aborder sérieusement le problème de l’inégalité de salaire des opérateurs et chauffeurs, qui étaient plus bas que dans le reste de la région, alors que ces travailleurs effectuent le même travail et livrent les mêmes clients.

Selon le syndicat, outre les victoires juridiques, les travailleurs ont également réussi, dans le nouvel accord, à faire supprimer une clause qui les rendait vulnérables à la sous-traitance.

Louis Bégin, Président de la Fédération de l’industrie manufacturière (FIM-CSN) a souligné l’importance de la solidarité et a déclaré :

“La plus grande victoire est le respect du syndicat. Un message clair a été envoyé à CRH. Les travailleurs sont derrière leur syndicat, ce qui met fin aux décisions unilatérales et méprisantes. Le syndicat est une force démocratique qui ne peut être contournée.”

Les syndicats s’inquiètent du RCEP

Le RCEP, méga-accord commercial régional englobant quinze pays, signé le 15 novembre au bout de huit ans de tractations, approfondit encore les engagements en faveur de la libéralisation des marchés des pays de la région Asie-Pacifique. Le RCEP comprend 20 chapitres couvrant les domaines du commerce des biens, des services, des investissements, de la propriété intellectuelle, du commerce numérique, de la concurrence et des marchés publics, entre autres.

Les syndicats ont exprimé leurs préoccupations quant à l’absence de processus démocratique et au secret qui ont entouré les négociations du RCEP. Les gouvernements n’ont prévu aucun espace pour le dialogue social avec les organisations de travailleurs et il n’y a pas eu de réelle opportunité pour un débat public sur les implications du RCEP, car les textes négociés n’ont été publiés qu’après la signature de l’accord le 15 novembre.

La RCEP ne dispose pas de mécanismes pour sauvegarder les droits des travailleurs, les normes du travail ou celles concernant l’environnement, que les syndicats réclament depuis le début. Les gouvernements ne peuvent pas continuer à ignorer l’érosion progressive des normes du travail dans les pays du RCEP. Avec des engagements de libéralisation plus profonds ouvrant la voie à une plus grande intégration des chaînes de valeur mondiales dans la région, les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre dans certains pays en développement vont assister à un nivellement par le bas avec des conséquences négatives sur l’emploi.

Andrew Dettmer, Président national du Syndicat australien du secteur manufacturier AMWU, a déclaré :

“La nécessité de renforcer les capacités de fabrication, notamment de produits médicaux, est soulignée par la pandémie de Covid-19. Nous assistons à une hausse du chômage, à une crise de la protection sociale et à un ralentissement du secteur manufacturier, facilité par les accords de libre-échange. Il n’est pas acceptable que le RCEP confisque l’espace politique nécessaire pour réglementer les sociétés multinationales maintenant et à l’avenir.”

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré :

“Nous sommes profondément préoccupés par le fait que le RCEP reste silencieux sur les normes du travail et de l’environnement, et qu’il inclut des pays qui n’ont pas ratifié les conventions fondamentales de l’OIT et qui ont certains des pires bilans en matière et de droits du travail et de l’homme dans la région. Alors que les populations des pays du RCEP sont aux prises avec les implications économiques et sociales de la pandémie de Covid-19, il n’est pas prudent d’aller de l’avant avec un accord qui pourrait saper la capacité des pays concernés à faire face à de multiples crises sur les fronts social, économique et sanitaire.

IndustriALL Global Union se joint aux autres fédérations syndicales internationales pour condamner l’accord. Dans sa forme actuelle, le RCEP est loin d’un système permettant un développement inclusif, la création d’emplois et la mise en place d’un système commercial inclusif fondé sur l’État de droit.”

Le gouvernement indien s’est retiré du RCEP en 2019, déclarant que l’accord n’était pas dans l’intérêt du peuple indien. Les pays du RCEP maintiennent la possibilité pour l’Inde de rejoindre l’accord.

Les pays du RCEP représentent un tiers du PIB mondial et la même quantité de population mondiale.