Biélorussie : les droits de l’homme doivent être respectés

Personne n’aurait pu prédire que, 70 ans après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme par l’Assemblée générale des Nations unies, des élections présidentielles truquées en Biélorussie plongeraient le pays dans une énorme incertitude.

Depuis le mois d’août de cette année, les groupes de protection des droits de l’homme ont relevé plus de 30.000 détentions, plus de 900 affaires pénales ouvertes contre des manifestants, 373 arrestations de journalistes, 156 prisonniers politiques et au moins sept personnes tuées en lien avec les manifestations. En outre, il y a eu 4.000 déclarations de torture pendant et après les détentions et pas une seule enquête n’a été ouverte contre les policiers impliqués dans les violations de droits et les brutalités lors des manifestations pacifiques.

Les droits des travailleurs ont été sérieusement mis à mal depuis l’arrivée au pouvoir du régime actuel en 1994, mais l’ampleur des récentes répressions dépasse tous les cas signalés précédemment. Les affiliés d’IndustriALL en Biélorussie font état de centaines de détentions, de licenciements forcés et d’autres persécutions pour leurs membres.

Les droits des travailleurs font partie intégrante des droits de l’homme, notamment le droit à des conditions de travail décentes, à la liberté syndicale, à l’égalité des droits et à la protection contre la discrimination. Ce qui se passe en Biélorussie est arbitraire et l’impunité des coupables mine la confiance dans les institutions gouvernementales.

La communauté internationale est scandalisée par la situation actuelle et les responsables de toutes les violations sont déjà sous la menace de sanctions, notamment de la part de l’Union européenne. Mais il faut faire plus et exercer une pression plus forte sur les autorités biélorusses pour qu’elles rétablissent immédiatement une gouvernance démocratique et transparente.

Le Secrétaire général d’IndustriALL Valter Sanches a déclaré :

“IndustriALL Global Union soutient pleinement le peuple et les travailleurs biélorusses dans leur lutte pour la démocratie, les droits de l’homme et les libertés fondamentales. Nos actions de solidarité se poursuivront jusqu’à ce que les droits des travailleurs et les droits de l’homme soient pleinement rétablis et respectés en Biélorussie.”

Crédit photo : gazetaby.com

Le syndicat sud-africain fait campagne pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes

Le Syndicat national des métallurgistes d’Afrique du Sud (NUMSA), affilié à IndustriALL Global Union, fait campagne pour mettre fin au harcèlement et à la violence sexiste sur le lieu de travail. Dans le cadre de cette campagne, le syndicat apporte son soutien aux membres victimes de la violence fondée sur le genre.

L’une des membres bénéficiant de ce soutien est Pontsho Serumula.

Serumula, qui travaille pour une entreprise qui fabrique des produits en aluminium, a subi des brûlures au troisième degré lors d’une attaque à l’acide sur son visage et son corps par son mari dont elle est séparée, chez eux à Thokoza, près de Johannesburg, en 2014. Elle soupçonne que l’acide provient de l’usine où elle et son mari sont tous deux employés.

Serumula a été hospitalisée et il lui a fallu deux ans pour se remettre de ses brûlures. L’affaire est au tribunal, son ancien mari étant accusé de tentative de meurtre. Après plusieurs reports, le jugement devrait être rendu en 2021.

Se remémorant le traumatisme, Serumula confie :

“Après m’être remise de mes brûlures, le directeur des opérations m’a dit que je ne devais pas revenir travailler, car je ne m’en sortirais pas. La raison qu’il a donnée est que je ne serai pas en mesure de soulever des charges. Cela m’a surprise, car mon travail ne m’oblige pas à soulever des charges. Ce n’est qu’après l’intervention de mon médecin que j’ai repris le travail. L’employeur ne s’est jamais excusé de la décision malavisée de m’empêcher de retravailler. Je ressens de la douleur lorsque je vois mon ancien mari au travail mais nous continuons à exercer nos fonctions comme si de rien n’était. Cependant, nous ne vivions plus ensemble. J’attends que justice soit faite.

Mon syndicat m’a soutenue dans cette épreuve. Le soutien que j’ai reçu du NUMSA montre que les syndicats luttent contre la violence sexiste. Cela démontre également que nous sommes plus forts lorsque nous sommes solidaires. Nous devons avoir une certaine visibilité et défendre les autres femmes qui sont confrontées à la violence sexiste.

Il ne doit y avoir aucun place à la maison, au travail ou dans le syndicat pour la violence fondée sur le genre et le sexisme. Les femmes doivent bénéficier de la protection de la loi et nos dirigeants syndicaux ne doivent pas hésiter à soutenir les femmes qui sont confrontées à la violence.”

Pontsho (en t-shirt jaune) dans le Tribunal de Palm Ridge.

Ruth Ntlokotse, deuxième vice-présidente du NUMSA, a déclaré :

“En plus de la douleur physique extrême évidente, la camarade Pontsho a connu une douleur émotionnelle et psychologique intense en raison du traumatisme causé par l’attaque. Sa souffrance a été aggravée par le fait que les rouages de la justice ont été terriblement lents dans son cas”

Armelle Seby, coordinatrice pour l’égalité des genres auprès d’IndustriALL, explique :

“Nous voulons que justice soit faite pour la camarade Pontsho et nous félicitons le NUMSA d’être un agent du changement qui sensibilise, éduque et lutte contre la violence sexiste. En tant que syndicats, nous devons remettre en question les relations de pouvoir inégales et les normes sociales qui favorisent la violence sexiste.”

Légende de la photo : Pontsho (en t-shirt jaune) dans le Tribunal de Palm Ridge.

Le réseau mondial pour Anglo American s’engage à poursuivre le dialogue

La réunion des 3 et 4 décembre s’est penchée sur le suivi des progrès réalisés jusqu’à présent dans le cadre du dialogue proposé entre Anglo American et IndustriALL, tel que discuté lors de la dernière réunion du réseau à Johannesburg, en Afrique du Sud, en 2019. La réunion a abordé la question de l’exploitation minière durable et a reconnu le potentiel de ce réseau mondial pour renforcer le pouvoir des syndicats dans le secteur minier.

La coprésidente de la section des mines et DGOJP d’IndustriALL, Lucineide Varjao Soares, a indiqué que dans certains cas, les sociétés minières n’étaient pas disposées à négocier et à résoudre les griefs soulevés par les travailleurs et travailleuses. Elle a cité la grève à la mine du Cerrejon en Colombie, appartenant à Anglo American, BHP et Glencore, comme exemple du refus de négocier avec les syndicats.

“La grève de Sintracarbón, qui a pris fin au bout de 91 jours, est une victoire symbolique pour les mineurs non seulement en Colombie, mais aussi pour ceux du reste du monde. Elle démontre que la résistance aux changements de l’organisation des postes de travail a conduit à la victoire puisque la direction a accepté de négocier. De plus, la grève a révélé que les compagnies minières ne mettent pas en pratique ce qu’elles prêchent concernant les droits des travailleurs.”

La pandémie de Covid-19 a provoqué des crises au niveau de l’économie mondiale, de la santé publique et de l’emploi. Elle a causé des millions de pertes d’emplois dans le secteur minier. L’accent a été mis sur la santé et la sécurité au travail et les protocoles élaborés en réponse à la Covid-19, les travailleurs et les droits de l’homme, l’égalité des sexes, la diversité et les droits des travailleuses, la Transition juste vers des sources d’énergie renouvelables et Industrie 4.0.

Les rapports nationaux de l’Afrique du Sud et de l’Australie ont confirmé que, s’agissant des protocoles de santé et sécurité concernant la Covid-19, Anglo American a travaillé à l’amiable avec les syndicats. Cela a été confirmé par le Responsable des opérations de santé d’Anglo American, Charles Mbekeni, qui a décrit comment la société a travaillé en Afrique du Sud avec le Syndicat national des mineurs.

Glen Mpufane, Directeur des mines d’IndustriALL, a inidiqué qu’adopter une approche axée sur la santé et la sécurité professionnelles était important pour le travail des syndicats.

“Alors que nous faisons campagne pour la reconnaissance de la Covid-19 comme maladie professionnelle, nous devons continuer à donner la priorité à la santé et à la sécurité par la formation et le renforcement des compétences des délégués syndicaux en ces matières.”

Les participants à la réunion ont été informés de ce que, selon la grille d’évaluation du Responsible Mining Index en matière d’égalité des genres, Anglo American prend les mesures nécessaires pour améliorer et atténuer l’impact de ses activités sur les femmes. Cependant, les affiliés du Botswana et d’Afrique du Sud ont déclaré qu’il devient pour elles dangereux d’aller travailler tôt le matin, car des femmes sont attaquées aux arrêts de bus alors qu'elles attendent que les transports de la société les emmènent au travail. Les syndicats ont déclaré que la sécurité des femmes qui se rendent au travail et en reviennent est une question qui devrait être prise en compte par Anglo American.

Les syndicats ont également encore beaucoup de travail à faire pour accroître la participation des femmes aux activités syndicales. Armelle Seby, Coordinatrice pour l’égalité des genres auprès d’IndustriALL, a déclaré :

“Il est important de renforcer les compétences des syndicats en matière d’égalité des genres et de répondre aux préoccupations des femmes, notamment en ce qui concerne la santé et la sécurité professionnelles. Les syndicats doivent prendre des mesures pour dénoncer et combattre la violence et le harcèlement fondés sur le sexe et faire campagne pour la mise en œuvre de la convention n° 190 de l’OIT sur l’élimination de la violence et du harcèlement dans le monde du travail.”

Les débats ont fait état du fait qu’Anglo American est incohérent dans son approche des relations sociales. Par exemple, en Afrique et en Australie, les relations sociales sont cordiales alors qu’elles sont conflictuelles en Amérique latine.

Kemal Ozkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL a déclaré :

“Le Réseau mondial d’Anglo American continue à être l’une des plateformes que nous utilisons pour une prise de contact significative avec la direction de l’entreprise afin d’améliorer les relations sociales. En outre, nous voulons que l’entreprise respecte les droits fondamentaux des travailleurs et les droits de l’homme.”

La réunion virtuelle a réuni 45 participants de dix pays d’Europe, d’Amérique latine, d’Afrique et d’Australie. La photo a été prise lors de la réunion de l’année dernière en Afrique du Sud.

L’arbitrage statue que Shell doit accepter la négociation collective sur ses installations offshore australiennes

En vertu du droit du travail australien, si une majorité de salariés veut être représentée par un syndicat dans des négociations collectives et que celui-ci peut en apporter la preuve auprès de la Cour nationale du travail, l’entreprise a le devoir de négocier de bonne foi avec lui. Shell avait précédemment résisté à une négociation avec l’AWU, disant qu’elle ne pensait pas qu’une majorité de salariés était favorable à un processus de négociation formel.

L’AWU s’est adressé à l’organe national australien de conciliation sociale, la Fair Work Commission, en lui demandant de lui donner l’occasion de prouver que les salariés voulaient être représentés. Le syndicat a recueilli des pétitions signées par les salariés qui déclaraient vouloir entamer des négociations en vue d’une convention collective.

En réaction à la réticence de Shell de prendre en compte les pétitions recueillies par l'AWU, la Fair Work Commission a permis à l’entreprise de conduire un scrutin anonyme et officiel de ses salariés de Prelude, la plus grande plateforme flottante de gaz naturel liquéfié (FLNG) du monde et la plus grande installation offshore jamais construite. Plus de 90 % des salariés ont voté et environ 80 % ont voté en faveur de la négociation. Après l’annonce du résultat, Shell a accepté d’entamer les négociations avant le 16 décembre.

Dès que les pourparlers officiels débuteront, les syndicats négocieront un accord avec l’entreprise, une convention collective qui fixera les conditions d’emploi de 219 travailleurs et couvrant ainsi la plupart des salariés de Shell qui travaillent sur Prélude. Une fois le processus de négociation terminé, le projet d’accord sera soumis aux travailleurs pour un vote. Si celui-ci est positif, la Commission l’approuvera et il deviendra un instrument juridiquement contraignant au regard du droit du travail.

Ces négociations font suite à des mois de grèves de la part de travailleurs sous-traitants, entre autres parmi ceux à la fois affectés à la restauration et à la maintenance, préoccupés par les conditions de travail sur Prelude et se rapportant notamment à la sécurité d’emploi ainsi qu’à une organisation des postes de travail qui aurait permis de faire passer aux travailleurs davantage de temps au travail pour le même salaire.

Diana Junquera Curiel, Directrice pour l’énergie chez IndustriALL, a déclaré :

“Les travailleurs ont le droit d’être représentés par un syndicat et il est regrettable que l’AWU ait dû demander un arbitrage pour forcer la main à Shell. Le scrutin montre que les travailleurs sont très majoritairement favorables à la représentation par le syndicat dans le cadre de négociations collectives.

Nous avons bon espoir que Shell négociera de bonne foi et que la convention qui en résultera marquera le début de meilleures relations sociales dans l’entreprise. Nous suivrons la situation de près”

Comprendre la violence domestique

La violence domestique comprend tous les actes de violence physique, sexuelle, psychologique ou économique qui se produisent au sein de la famille ou du foyer ou entre des conjoints ou partenaires, anciens ou actuels. La violence domestique est un mode de comportement utilisé par une personne pour contrôler ou dominer une autre avec laquelle elle a, ou a eu, une relation intime ou de type familial.

1. Qu’est-ce que la violence domestique ?

La violence domestique comprend tous les actes de violence physique, sexuelle, psychologique ou économique qui se produisent au sein de la famille ou du foyer ou entre des conjoints ou partenaires, anciens ou actuels. La violence domestique est un mode de comportement utilisé par une personne pour contrôler ou dominer une autre avec laquelle elle a, ou a eu, une relation intime ou de type familial.

Les sévices psychologiques peuvent prendre différentes formes, comme le harcèlement, la traque ou le contrôle coercitif. Par le biais du contrôle coercitif, le comportement des auteurs vise à rendre les personnes victimes ou survivantes subordonnées et/ou dépendantes par le biais de menaces, d’humiliations et d’intimidations ou d’autres sévices qui sont utilisés pour nuire, punir, effrayer et isoler de tout soutien une personne victime ou survivante.

Par la violence économique, l’agresseur entend empêcher une personne d’accéder aux possibilités d’emploi et aux ressources économiques. Vivre de la violence domestique peut entraîner des problèmes de santé physique, mentale et émotionnelle à long terme ; dans les cas les plus extrêmes, la violence à l’égard des femmes peut entraîner la mort. C’est l’une des formes d’oppression les plus extrêmes qu’une femme puisse subir.

Sources : Convention d’Istanbul ; Unite the Union Domestic Violence & Abuse – a negotiators guide ; Rapport de l’OIT, 2018.

2. Quelle est la différence entre la violence domestique, la violence familiale et la violence entre partenaires intimes ?

La violence exercée par le partenaire intime se réfère aux “dommages physiques, sexuels ou psychologiques causés par un partenaire ou un conjoint actuel ou ancien”. La violence domestique fait référence à “la violence du partenaire mais […] peut également englober la maltraitance des enfants ou des personnes âgées, ou la maltraitance par tout membre d’un ménage”. La violence familiale désigne “la maltraitance des enfants, la violence entre frères et sœurs, la violence entre partenaires intimes et la maltraitance des personnes âgées”.

Source : Note de l’OIT sur l’impact de la violence domestique sur le monde du travail, 2020

3. Victime ou survivante de violence domestique ?

Comment décrire les personnes qui demandent de l’aide pendant ou après avoir quitté une relation violente ?

Les termes “victime” et “survivant(e)” sont tous deux utilisés, selon le contexte. Le mot “victime” est utilisé par les membres des forces de l’ordre et dans le contexte des procédures judiciaires. Cependant, certains peuvent préférer le terme “survivant(e)” qui met l’accent sur une réponse active, ingénieuse et créative à l’abus, par opposition au terme “victime” qui peut impliquer une acceptation passive.

En fin de compte, il est impératif de se référer au parcours de la personne qui demande de l’aide, car le cheminement qui fait d’une victime un survivant est unique à chaque personne. À cette fin, beaucoup commencent à utiliser le terme de victime/survivant(e).

Source : The Survivor’s Handbook, Women’s Aid, THE LANGUAGE WE USE, Women against abuse

4. Quelles sont en premier lieu les victimes/survivantes de la violence domestique ?

Tout le monde peut être victime/survivant ou auteur de violence domestique. Les personnes subissent la violence domestique indépendamment de leur sexe, de leur origine ethnique, de leur classe, de leur âge, de leur race, de leur religion, de leur handicap, de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.

Cependant, il est clair que la majorité des victimes de la violence domestique, telle qu’elle est comprise comme étant la violence entre partenaires intimes, sont des femmes et que la majorité des auteurs sont des hommes.

À l’échelle mondiale, 35 % des femmes ont subi des violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur partenaire intime, ou des violences sexuelles de la part d’un non-partenaire. La violence exercée par un partenaire intime représente la majorité des expériences de violence vécues par les femmes. Cent trente-sept femmes sont tuées par un membre de leur famille chaque jour.

La violence domestique est une manifestation de la violence fondée sur le sexe.

La violence sexiste et la violence à l’égard des femmes sont deux termes souvent utilisés de manière interchangeable, car la plupart des violences à l’égard des femmes sont infligées (par les hommes) pour des raisons liées au sexe et la violence sexiste touche les femmes de manière disproportionnée. Par violence sexiste à l’égard des femmes, on entend la violence qui est dirigée contre une femme parce qu’elle est une femme ou qui touche les femmes de manière disproportionnée.

Sources : Mettre fin à la violence à l’égard des femmes, ONU Femmes: Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes, ONU 1993

5. Pourquoi les femmes représentent-elles la majorité des victimes/survivant(e)s de la violence domestique ?

La violence domestique est un abus de pouvoir. La violence à l’égard des femmes est une manifestation des relations de pouvoir historiquement inégales entre les hommes et les femmes. Cela a conduit à la domination des femmes par les hommes et à la discrimination à leur égard. Elle a également empêché les femmes de progresser pleinement ; la violence à l’égard des femmes est l’un des mécanismes sociaux cruciaux par lesquels les femmes sont contraintes à une position subordonnée par rapport aux hommes.

La violence contre les femmes, que ce soit dans les espaces publics ou privés, est profondément ancrée dans les structures, les normes et les valeurs sociales et culturelles qui régissent la société, y compris les sociétés patriarcales, et est souvent perpétuée par une culture du déni et du silence.

Source : Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes, ONU 1993

 

6. Certaines femmes sont-elles plus à risque que d’autres ?

Toutes les femmes peuvent être victimes de violence domestique, indépendamment de leur genre, de leur âge, de leur origine ethnique, de leur statut socio-économique, de leur religion, de leur orientation sexuelle et de leur identité de genre. Toutefois, certains groupes de femmes sont plus exposés, notamment les jeunes femmes handicapées, bisexuelles et migrantes.

La honte et le déshonneur sont des notions culturelles puissantes et certaines femmes issues de minorités peuvent être confrontées à l’ostracisme social et au rejet si elles cherchent de l’aide. Les lesbiennes et les homosexuels peuvent également être victimes de violence domestique et subir les préjugés de la police et des services de soutien ; la situation des hommes et des femmes transsexuels doit être particulièrement reconnue. Les femmes âgées, les femmes et les hommes handicapés ainsi que les personnes vivant dans les zones rurales sont également confrontés à des obstacles supplémentaires.

Source : TUC, Soutien sur le lieu de travail pour les victimes de violences domestiques ; Unite the Union Domestic Violence & Abuse – a negotiators guide

Electrolux doit indemniser pour les licenciements consécutifs aux protestations liées à la Covid

Lorsque la pandémie de Covid-19 a atteint le Mexique fin mars, les travailleurs et travailleuses de l’usine Electrolux à Ciudad Juárez ont demandé à la direction de fermer l’usine après que des membres du personnel ont contracté le virus. La production s’est poursuivie jusqu’au 20 avril ; à cette date, on comptait 16 travailleurs tombés malades et deux décédés des suites du coronavirus.

Les travailleurs et travailleuses qui avaient protesté contre le refus de la direction de fermer l’usine ont été contraints de signer des documents de licenciement volontaire. Au total, 99 personnes ont été licenciées. Certains travailleurs ont signé pour un licenciement volontaire parce qu’ils avaient besoin d’argent et qu’ils savaient qu’au Mexique, une action en justice contre la multinationale suédoise aurait pu prendre jusqu’à quatre ans.

Electrolux a mené une enquête externe sur les événements, qui révèle que l’entreprise n’a pas suivi ses procédures internes :

“L’entreprise reconnaît que les événements ont malheureusement dégénéré. Elle s’efforcera donc d’ouvrir un dialogue avec ses anciens salariés sur une base individuelle afin de résoudre pleinement et définitivement tout litige lié à la cessation de leur emploi. En outre, Electrolux va revoir les politiques, les procédures et les programmes de formation existants pour s’assurer que les directives de gestion peuvent être suivies même dans des situations très compliquées.”

L’affilié suédois d’IndustriALL, Unionen, qui représente les travailleurs et travailleuses d’Electrolux en Suède, se félicite de l’enquête et de sa conclusion et appelle de ses vœux la poursuite d’un véritable dialogue avec l’entreprise.

“Les travailleurs et travailleuses victimes de licenciement doivent être dûment indemnisés et ont le droit d’être représentés si tel est leur souhait. Electrolux a annoncé qu’elle allait revoir ses politiques et ses procédures existantes, ce qui est encourageant et constitue un pas dans la bonne direction. Un dialogue direct et la possibilité pour les travailleurs et travailleuses de s’exprimer sont essentiels.”

Kan Matsuzaki, Directeur d’IndustriALL pour l’électronique a indiqué :

“L’accord-cadre mondial qu’Electrolux a signé avec les syndicats suédois et IndustriALL Global Union fournit un cadre pour le respect des droits des travailleurs dans le monde entier. L’entreprise doit respecter les travailleurs et travailleuses qui ont exercé pacifiquement leur droit de demander à la direction de prendre les mesures appropriées pour empêcher l’apparition de problèmes sur le lieu de travail, comme indiqué dans l’accord.

La situation à Ciudad Juarez est toujours critique et Electrolux ne peut ignorer le droit des travailleurs à une protection et une indemnisation adéquates.”

Unionen et IndustriALL vont continuer à suivre la situation de près.

DOSSIER SPÉCIAL : Changer l’équilibre des forces dans l’industrie du textile et de la confection

DOSSIER SPÉCIAL

Global Worker No. 2 novembre 2020

Texte: Walton Pantland

Changer l’équilibre des forces dans l’industrie du textile et de la confection

 

Des campagnes ont été lancées pour que les enseignes de stature mondiale soient tenues responsables de ce qui se passe au sein de leurs chaînes d’approvisionnement, mais cela n’a pas suffi. Il faut un changement systémique.

Ce secteur est devenu si énorme et complexe qu’aucun acteur isolé, enseigne, gouvernement, usine ou syndicat, n’est en mesure de faire une différence marquante. Les consommateurs et les militants font porter la faute aux enseignes, les marques accusent les fournisseurs et les propriétaires d’usines accusent les syndicats de sabotage. Il existe des intérêts concurrents et cette industrie ne peut pas évoluer sans intégrer ces intérêts et l’équilibre des forces entre eux.

Les Fédérations syndicales internationales peuvent influencer l’équilibre des forces et, ce faisant, faire évoluer le secteur dans une meilleure direction. 

La mode aujourd’hui

L’industrie de la mode est au plan mondiale un mastodonte complexe qui représente environ 1.500 milliards de dollars par an et contribue à hauteur de 10 % aux émissions mondiales de gaz à effet de serre. Elle est trop importante pour sombrer et si complexe qu’il est difficile de l’influencer. La production mondialisée alimente un appétit insatiable de consommation, suscité par une machine de marketing sophistiquée qui utilise les médias sociaux pour influencer les besoins et des désirs qui poussent les gens à acheter, pour ensuite jeter, d’énormes quantités de vêtements. 

Cela conduit à des entrepôts remplis de stocks excédentaires invendables et à des enseignes de luxe qui brûlent des millions de dollars de vêtements. Cette industrie est partie en vrille et même les enseignes qui veulent faire les choses différemment ne peuvent pas évoluer sans perdre des plumes.

Une mode éphémère, où les enseignes produisent rapidement, à grande échelle et à faible coût les dernières tendances pour les consommateurs, repose sur les faibles coûts de la main-d’œuvre dans les pays de production.

Il s’agissait déjà de problèmes graves avant le chambardement, l’annulation des commandes et la perte de production due à la crise de Covid.

Les Fédérations syndicales internationales ne peuvent pas s’attaquer à la surproduction, c’est un problème que le secteur lui-même doit régler. Nos membres n’ont pas suffisamment de contrôle sur le processus de production pour pouvoir mettre fin à la pollution ou réduire les émissions. Mais nous pouvons influencer l’équilibre des forces.

Une vision positive du secteur

Le secteur présente de nombreux aspects positifs. En s’attaquant à ce qui ne fonctionne pas, nous pouvons contribuer à créer un secteur qui offre des emplois de qualité et contribue à un développement économique durable.

Du côté de l’offre, l’industrie de la mode fournit des emplois à des millions de travailleurs et travailleuses dans des pays comme le Bangladesh, l’Inde, le Pakistan et la Turquie, mais aussi au Portugal, en Éthiopie, en Jordanie, au Lesotho, en Afrique du Sud et bien d’autres encore.

La majorité de la main-d’œuvre de ce secteur est féminine, ce qui donne aux femmes issues de sociétés traditionnelles une autonomie et une indépendance qu’elles n’avaient pas auparavant. Elles sont en mesure de gagner leur propre salaire, de subvenir aux besoins de leur famille et de développer leur carrière.

Cette industrie est évolutive, ce qui signifie qu’un pays, l’Éthiopie en est un exemple, peut s’y lancer avec une production simple et de valeur relativement faible. À mesure que le secteur mûrit, des machines plus sophistiquées peuvent être achetées, des compétences développées et le pays peut commencer à former des stylistes et à élaborer son propre secteur de la mode, comme c’est le cas en Turquie. Cela conduit à une croissance économique et au développement des compétences de la main-d’œuvre locale à tous niveaux, de la fabrication à la conception, jusqu’au marketing. D’autres pays, dont le Bangladesh, sont sur cette trajectoire.

Du côté de la demande, le secteur de la mode donne à la classe ouvrière la possibilité de se sentir bien, d’acheter de nouveaux vêtements et de s’exprimer de manière créative, tout en fournissant des emplois dans le commerce de détail, la création de mode et le marketing. Il y a une ou deux générations, paraître à son avantage n’était accessible qu’aux riches, car les vêtements étaient chers. Une mode plus accessible contribue à la culture et à la dignité humaine.

Usine de vêtements au Bangladesh

Côté de l’offre

Du côté de l’offre, on retrouve les producteurs des pays qui fabriquent le textile et les vêtements, les travailleurs de la production et leurs syndicats, les employeurs et leurs associations patronales ainsi que les gouvernements nationaux.

La main-d’œuvre et ses syndicats

Les travailleurs et travailleuses qui produisent le tissu, découpent les vêtements et les cousent veulent des emplois durables sur le long terme, qui leur assurent un salaire vital et fiable dans des conditions sûres. Leur besoin est la sécurité de l’emploi et un revenu prévisible. Leur souhait est également de développer leurs compétences et d’avoir la possibilité d’évoluer dans leur carrière.

Dans certains pays, les syndicats ont pu se rassembler et négocier des normes qui s’appliquent à l’ensemble du secteur, c’est-à-dire mener des négociations collectives à l’échelle sectorielle. Mais dans d’autres pays, les syndicats sont faibles et fragmentés et les pratiques antisyndicales font que souvent les travailleurs n’obtiennent pas la représentation qu’ils souhaitent.

Les employeurs et leurs associations

Du côté de l’offre, on trouve également les employeurs, les propriétaires d’usines et les associations patronales. Les employeurs sont en concurrence les uns avec les autres, mais se battent aussi pour leurs intérêts communs par l’intermédiaire de leurs associations. Leur intérêt est de faire le plus de profit possible tout en restant compétitifs. Ils soumissionnent pour des contrats de production de vêtements pour de grandes enseignes et doivent se faire concurrence sur les coûts, la qualité de la production, les délais de livraison, la proximité des marchés et de nombreux autres facteurs. Lorsqu’ils cherchent à optimiser les coûts, les salaires des travailleurs ont tendance à être comprimés.

Les associations patronales représentent le secteur au niveau national. Elles tentent d’harmoniser les conditions pour les employeurs afin de rendre l’industrie nationale compétitive par rapport aux autres pays.

Les gouvernements des pays producteurs

Les gouvernements veulent maintenir et développer une industrie axée sur l’exportation qui génère des quantités fiables de devises et maintient une balance commerciale saine. Cela fournit les capitaux nécessaires à une industrialisation plus poussée, qui se traduira par une augmentation des exportations et du développement économique. Un intérêt secondaire est de fournir des emplois aux citoyens tout en augmentant l’assiette fiscale. Les gouvernements sont en concurrence les uns avec les autres pour attirer les investisseurs. Pour ce faire, ils offrent un produit fiable dans un environnement commercial stable et doté des infrastructures nécessaires. Très souvent, cependant, ils tirent leur avantage concurrentiel du fait qu’ils disposent d’un réservoir de main-d’œuvre bon marché, ce qui peut entraîner un nivellement par le bas.

La liberté syndicale doit être respectée et IndustriALL se bat pour mettre fin aux pratiques antisyndicales dans le secteur. Les gouvernements ferment parfois les yeux lorsque les employeurs refusent d’autoriser les travailleurs à se syndiquer ou tentent de briser les syndicats et, dans certains cas, vont jusqu’à participer au mouvement.

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Du côté de la demande

Du côté de la demande, alimentée par la consommation, il y a les enseignes mondiales, les consommateurs, les gouvernements nationaux, les travailleurs du commerce de détail et leurs syndicats, ainsi que les militants politiques.

Les enseignes de stature mondiale

Les roulements sont très rapides : pour rester compétitives, les enseignes doivent vendre un volume important le plus rapidement possible. Elles doivent concevoir, commander, acheter, commercialiser et vendre de grandes quantités de vêtements et elles doivent le faire mieux que leurs concurrents si elles veulent rester en activité. Il est plus rentable de commander trop et de détruire l’excédent que de se retrouver à court d’un article populaire.

Le renouvellement rapide de la mode est devenu un piège pour le secteur. Les surstocks dévalorisent l’enseigne et le gaspillage n’est dans l’intérêt de personne. De nombreuses enseignes de stature mondiale voudraient changer le système actuel, mais ne le peuvent, car leurs concurrents ne le font pas.

La plus grande partie de la valeur ajoutée aux vêtements provient d’idées culturelles immatérielles et est créée par un marketing à court terme et par un patrimoine constitué au fil du temps. La valeur a peu à voir avec la qualité réelle des vêtements ou le coût de production. Les enseignes doivent préserver leur identité, leur image et leur réputation. Pour certaines enseignes, être perçues comme une “bonne” entreprise est important pour cette identité.

Les consommateurs

Les consommateurs des pays occidentaux, ainsi que la classe moyenne occidentalisée des pays en développement, veulent avoir des vêtements de la meilleure qualité ainsi qu’au prix le plus bas possible. Ils veulent également un approvisionnement continu de vêtements nouveaux, intéressants et bien conçus, dans le cadre d’un cycle de mode continu de réinvention et de renouvellement. Idéalement, ils le veulent en gardant la conscience tranquille, en sachant que personne n’a été lésé ou blessé dans la production de leurs vêtements. Cependant, peu de consommateurs sont prêts à payer beaucoup plus cher et les vêtements produits de manière éthique restent un marché de niche.

Les travailleurs du commerce de détail et leurs syndicats

Les travailleurs du commerce de détail dans le secteur de la mode sont mal payés. Dans de nombreux pays, les syndicats doivent lutter pour recruter et représenter les travailleurs. Leurs syndicats luttent contre les bas salaires, la précarisation et l’absence de sécurité d’emploi causé par des cycles économiques instables. La vente au détail dans le secteur de la mode connaît des consolidations, des expansions et des contractions rapides ainsi que des changements de propriété. Les travailleurs de la vente au détail et leurs syndicats sont des alliés importants pour les travailleurs de la production, mais contrairement à des secteurs comme l’automobile et l’énergie, ils n’ont pas socialement le pouvoir d’influencer le comportement des enseignes. Il y a très peu de comités d’entreprise dans le secteur. Le Conseil syndical mondial d’Inditex est une exception importante et joue un rôle crucial dans la régulation des conditions de travail et d’emploi tout au long de la chaîne d’approvisionnement. 

Les militants politiques

Dans les pays occidentaux, des militants politiques ont passé des décennies à souligner auprès des consommateurs l’impact éthique et environnemental de l’industrie de la mode. Cela a eu un profond impact sur les comportements des consommateurs, la plupart des gens préfèrent les vêtements qui ne leur donne pas un sentiment de culpabilité, mais n’a eu qu’un impact superficiel sur la production, car les enseignes trouvent qu’il est plus facile d’aborder la perception qu’on a d’elles en baratinant plutôt qu’en faisant évoluer le secteur.

Les gouvernements et le droit international

Du côté de la demande, les gouvernements répondent à la pression croissante des consommateurs pour une meilleure gouvernance des chaînes d’approvisionnement en adoptant des législations nationales sur l’esclavage et sur la responsabilité de la chaîne d’approvisionnement. Ces législations sont nouvelles et il n’y a encore eu que peu de cas pour les tester et créer une jurisprudence, mais les militants estiment qu’elles seront un outil important.

Il n’existe pas de système juridique international pour régir les chaînes d’approvisionnement, mais dans certains cas, des accords mondiaux contraignants, parmi lesquels on notera l’Accord du Bangladesh, ont permis de réaliser des changements importants. Les négociations en vue d’un traité contraignant des Nations unies sur les entreprises et les droits de l’homme indiquent un pas supplémentaire dans cette direction.

Les Fédérations syndicales internationales

Les Fédérations syndicales internationales sont à cheval à la fois sur l’offre et la demande et sont capables de rassembler les acteurs pour améliorer la situation. Les campagnes de solidarité internationale organisées par les Fédérations syndicales internationales ont joué un rôle crucial pour faire libérer des syndicalistes emprisonnés, en faire réintégrer d’autres, etc.

L’équilibre des forces

Les travailleurs et travailleuses de la production sont probablement les acteurs les moins puissants. Cependant, leur pouvoir augmente considérablement à mesure que leur syndicalisation progresse et surtout grâce à leur travail au niveau international par l’intermédiaire de fédérations syndicales internationales comme IndustriALL Global Union.

Les acteurs les plus puissants sont les gouvernements nationaux, dans les pays où la demande est forte, et les enseignes mondiales. Mais ils ne sont pas tout-puissants et les intérêts concurrents des enseignes font qu’aucun acteur n’a le pouvoir de faire évoluer le secteur à lui seul.

Aller au-delà des campagnes précédentes

La nécessité de combler les lacunes du système est évidente. Pour de nombreux militants, la solution consiste à tenir les enseignes responsables et à exiger d’elles un changement. Puisqu’elles passent les commandes et fixent les prix, ne peuvent-elles pas être obligées de faire les choses différemment ?

C’est le modèle de campagne qui a prévalu depuis les premiers jours de la mondialisation de la mode, en commençant par les États-Unis dans les années 1980 avec des campagnes de consommateurs comme No Sweat, contre les “sweatshops”, ces usines pratiquant une exploitation éhontée. Si ces campagnes ont beaucoup fait pour sensibiliser les consommateurs, elles n’ont pas changé le secteur de manière significative.

Ces campagnes nous ont bien servi jusqu’ici, mais nous devons maintenant aller plus loin

Les limites de ce modèle de campagne sont que le fait de se concentrer sur les enseignes peut détourner l’attention de la nécessité d’un changement systémique plus global. En plus du modèle actuel de campagne, nous devons adopter une perspective à long terme et nous concentrer sur le changement systémique.

Certaines enseignes, dont la suédoise H&M et l’espagnole Inditex, reconnaissent la nécessité d’un changement et sont prêtes à travailler avec les syndicats pour y parvenir. Elles n’en font pas assez, mais elles en font plus que leurs concurrentes. Mais plus leur engagement est explicite, plus elles deviennent une cible.

Un exemple récent en est la manifestation dans le cadre d’une campagne de solidarité avec les Ouïghours devant la boutique ZARA d’Oxford Street, à Londres, au sujet d’accusations d’esclavage dans leur chaîne d’approvisionnement de coton. Parce que le problème est systémique et qu’il n’y a pas de moyen concret pour ZARA de le résoudre, des manifestations comme celle-là détournent l’indignation sans aborder les problèmes sous-jacents.

Pourquoi ne doit-on pas attendre des enseignes qu’elles règlent tout

Un petit exercice de réflexion explique pourquoi il n’est pas souhaitable d’attendre des enseignes qu’elles résolvent elles-mêmes tous les problèmes de la chaîne d’approvisionnement.

Les enseignes commandent à des producteurs de pays en développement du prêt-à-porter, souvent emballé et étiqueté à la sortie de l’usine. Ces usines ont à leur tour des fournisseurs, tels que des usines textiles qui transforment le coton en tissu de qualité et de conception variables. Les usines textiles achètent le coton à des courtiers, qui l’achètent à des agriculteurs, pour en faire des lots.

Imaginez une enseigne qui s’engage à garantir qu’il n’y a pas d’esclavage dans la fourniture de son coton, qu’il n’y a pas de pratiques antisyndicales chez ses fournisseurs, que les travailleurs y reçoivent un salaire vital et que l’usine est sûre. Outre le fait que ces engagements sont coûteux et peuvent rendre la marque non compétitive, celle-ci devra employer une armée d’agents de contrôle, une police de la marque, qui se rendra dans les pays producteurs pour inspecter les usines et s’assurer de leur conformité. Trente ans d’audit ont démontré que ce modèle n’est pas viable.

Cette situation est également problématique sur le plan politique, car elle prive les syndicats et les militants des pays fournisseurs de leur capacité d’agir. L’objectif des Fédérations syndicales internationales est de renforcer les syndicats sur le terrain. Les droits des travailleurs et travailleuses au bas de la chaîne d’approvisionnement doivent être respectés. Le rôle des inspections d’usines ne doit pas être laissé à une enseigne occidentale en visite au Bangladesh, celles-ci doivent être effectuées par l’inspection du travail des autorités bangladaises. Les conditions de travail doivent être négociées par les syndicats locaux et non fixées par la police interne d’une enseigne.

Une enseigne peut s’engager à payer un salaire vital. Mais les enseignes ne sont pas responsables du paiement des travailleurs, ce sont les propriétaires d’usine qui le sont. Si une enseigne prévoit le versement d’un salaire vital mais que le propriétaire de l’usine ne le l’applique pas, c’est l’enseigne qui sera accusée d’hypocrisie.

Quel est le meilleur modèle ?

Le meilleur moyen d’équilibrer les intérêts divergents au niveau national dans un secteur donné est la négociation collective tripartite à l’échelle sectorielle : l’association des employeurs, les syndicats et le gouvernement négocient des conventions juridiquement contraignantes qui couvrent l’ensemble du secteur. Plutôt que de négocier usine par usine, tous les syndicats négocient avec les représentants de toutes les usines, comme en Afrique du Sud par exemple.

L’avantage évident pour les travailleurs est l’amélioration des conditions. Mais c’est aussi une bonne chose pour l’industrie : en mettant les salaires et les conditions de travail hors concurrence, on améliore la qualité au sein du secteur en chassant les producteurs marginaux. Elle récompense ceux qui investissent davantage dans la productivité, les machines et la formation et qui s’engagent à long terme.

Ce modèle doit être étendu à tous les pays producteurs et il faut s’attaquer à la concurrence salariale entre les pays.

Les enseignes de stature mondiale doivent prendre l’engagement que si un pays introduit des négociations collectives et que les salaires augmentent en conséquence, elles ne vont pas déplacer la production dans un autre pays pour faire des économies. Si une masse critique d’enseignes accepte de supprimer les salaires en tant que variable en en faisant un coût fixe, alors la base de l’appel d’offres devient la qualité, la vitesse de production, la rotation et la proximité des marchés.

IndustriALL a signé des déclarations communes avec Inditex et l’enseigne allemande Tchibo pour soutenir la reprise économique et sociale de l’industrie mondiale de la confection et dépasser la crise de Covid-19.

C’est le modèle qu’IndustriALL poursuit dans le cadre de l’initiative ACT. Pour que ce modèle fonctionne, il faut une masse critique de soutien. Si la moitié des enseignes soutiennent les négociations collectives dans le cadre de leur approvisionnement à l’échelle du secteur, mais que l’autre moitié ne le fait pas, il est alors difficile d’aller de l’avant. Adidas, par exemple, s’approvisionne en grande partie en vêtements au Cambodge et ne se soucie pas de la façon dont ils y sont produits.

Les usines produisant pour les enseignes qui adhèrent à ACT au Myanmar sont convenues d’une directive sur la liberté syndicale dans le pays, visant à garantir des relations constructives entre employeurs et travailleurs. Des négociations sur des principes directeurs sont en cours au Cambodge et en Turquie.

H&M s’approvisionne également au Cambodge et travaille activement pour s’assurer que les négociations collectives, qu’elle a saluées, y créent des conditions équitables. Le pouvoir respectif d’entreprises adoptant des attitudes opposées s’annule mutuellement et nous ne parvenons pas à obtenir une négociation collective nationale. Dans ce contexte, protester contre H&M ne fait pas avancer la situation. Cela ne fait que détourner l’attention d’Adidas. Au lieu de protester devant une boutique en vue de H&M ou de ZARA, le ciblage doit être plus sophistiqué et plus sélectif. Nous devons identifier les enseignes qui sapent le processus et en tirent profit pour les cibler.

Pour mémoire, cette liste à cibler comprend des enseignes de stature mondiale telles qu’Adidas, Nike, Amazon, Levi’s et Uniqlo.

Une nouvelle façon de faire campagne

IndustriALL dispose d’une stratégie à plusieurs facettes pour changer le secteur, guidée par ses objectifs stratégiques. Nous défendons les droits des travailleurs, en faisant campagne contre les violations quand elles se produisent.

Nous construisons des syndicats forts en encourageant la coopération, en créant des réseaux d’entreprises et en mettant en place des structures nationales pour unifier les syndicats lorsqu’ils sont confrontés aux employeurs. Le modèle le plus avancé est celui de H&M et d’Inditex, avec les Comités de surveillance nationaux et le Conseil syndical mondial d’Inditex.

Nous luttons contre le travail précaire, en faisant campagne pour la sécurité de l’emploi et des salaires dans le secteur. Parce que nous voulons voir se développer une politique industrielle durable dans les pays producteurs, nous sommes de fervents défenseurs du secteur et voulons le voir prospérer et continuer à fournir des emplois de qualité.

Nous affrontons le capital mondial en faisant campagne contre les enseignes qui violent les droits des travailleurs. Mais nous visons également à provoquer un changement systémique : dans un premier temps, nous signons des accords-cadres mondiaux (ACM), qui garantissent le respect de normes dans les chaînes d’approvisionnement et mettent en place des mécanismes de résolution des conflits. Mais nous allons également au-delà des ACM avec les entreprises individuelles en visant des accords mondiaux contraignants qui réglementent le secteur. Nous encourageons des politiques industrielles durables comme l’Appel à l’action de l’OIT, qui revendique des systèmes durables de protection sociale pour une industrie de la confection plus juste et plus résiliente.

L’arsenal législatif en cours d’élaboration au sujet des chaînes d’approvisionnement commence à faire la différence. À mesure que ces lois se généralisent et commencent à créer des précédents, elles vont de plus en plus exiger des entreprises qu’elles assument la responsabilité de leurs chaînes d’approvisionnement. Une façon d’y parvenir est de soutenir les négociations collectives et la syndicalisation à l’échelle du secteur. La responsabilité des agents chargés de contrôler la conformité leur est ainsi retirée et confiée à des processus et structures solides à niveau national.

La manière la plus efficace de traiter les problèmes du secteur est de modifier l’équilibre des pouvoirs entre les acteurs. Comme personne ne renonce volontairement au pouvoir, le meilleur moyen d’y parvenir est de créer des structures qui équilibrent les avantages mutuels avec des obligations.

En raison de sa complexité, aucun acteur ne peut à lui seul changer le système. Le changement systémique nécessite une large coalition : une masse critique d’acteurs qui soutiennent la vision d’un secteur durable. Lorsque les intérêts convergent, nous pouvons faire évoluer les choses dans une certaine direction. Cet équilibre est précaire, et il faut mener des campagnes ciblées pour faire avancer les choses dans la bonne direction.

Nous devons axer nos campagnes sur les enseignes qui sapent ce processus.

En faisant travailler ensemble les bons acteurs, nous pouvons œuvrer pour une industrie du textile et de la confection vigoureuse et saine, offrant à des milliers de travailleurs et travailleuses de bons emplois, produisant des vêtements de haute qualité que les gens aiment acheter et porter.

Les syndicats de Repsol annulent la grève après une nouvelle offre de l’entreprise

Au début de la semaine, les trois syndicats affiliés à IndustriALL Global Union de la compagnie énergétique espagnole Repsol, UGT FICA, CCOO de Industria et USO, avaient annoncé qu’ils allaient lancer une action de grève pour défendre les emplois et les conditions de travail.

L’entreprise avait rompu avec une tradition de relations sociales consensuelles en annonçant unilatéralement la fermeture de 16 centres administratifs de la division des gaz de pétrole liquéfiés, Repsol Butano, avec plus de 100 emplois administratif et de proximité avec la clientèle concernés. Ces centres administratifs sont des succursales où les clients peuvent s’adresser directement aux représentants de l’entreprise pour discuter des services fournis.

Après que les syndicats ont annoncé conjointement un mouvement de grève, l’entreprise a fait une nouvelle offre : trois centres resteront ouverts. Les autres fermeront, mais les travailleurs pourront conserver leur emploi, avec un mélange de télétravail et de déplacement vers d’autres lieux de travail, en fonction de leurs attributions professionnelles. Dans certains cas, les travailleurs devront déménager dans une autre ville. Ils recevront une indemnité compensatoire pendant la première année.

La société s’est également engagée à maintenir Repsol Butano au sein du groupe Repsol jusqu’à la fin de l’évaluation stratégique pour 2025, ce qui devrait assurer quatre années d’harmonie sociale.

Les syndicats ont accepté l’offre et ont annulé la grève.

Diana Junquera Curiel, Directrice d’IndustriALL pour l’énergie, a déclaré :

“IndustriALL est très heureuse que Repsol a décidé de modifier sa proposition et de revenir à une manière consensuelle de gérer les relations avec sa fidèle main-d’œuvre.

La nouvelle offre faite par l’entreprise est raisonnable et les syndicats peuvent y travailler. Nous nous réjouissons de la perspective de pouvoir entretenir et faire progresser ces bonnes relations.”

Les travailleurs de Hitachi-ABB Power Grids se mettent en grève pour l’avenir de leur site

Au lieu de se tenir à un accord existant signé il y a trois ans, renouvelé au début de cette année, et d’engager un dialogue sur l’avenir du site avec le comité d’entreprise et le syndicat allemand IG Metall, la direction suisse de Hitachi-ABB Power Grids a décidé unilatéralement de déplacer la production vers d’autres sites.

IG Metall a appelé à la grève le 3 décembre pour augmenter la pression sur la direction suisse.

Plus de 100 travailleurs de l’usine de Hanau se sont rendus à Oerlikon (Zurich) pour se rassembler devant le siège de Hitachi-ABB et protester contre cette décision. Ils ont reçu le soutien du syndicat suisse Unia, qui s’est joint au rassemblement et a fait preuve de solidarité, tout comme IndustriALL Global Union et industriAll Europe.

 

Une première grève a eu lieu le 19 novembre, à laquelle ont également participé 350 travailleurs.

Matthias Hartwich, d’IndustriALL Global Union, s’est adressé aux travailleurs à Zurich, transmettant le message de solidarité du Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches :

“Non seulement la direction de l’entreprise agit au mépris d’accords existants, mais elle met délibérément à mal un site qui fonctionne bien. C’est inacceptable. Rappelons ensemble à la direction que ce genre de décisions ne doit pas être pris sans discussions et négociations appropriées, ni à Zurich, ni à Hanau.

IndustriALL est fermement solidaire avec vous et nous exigeons que la direction revienne à la table des négociations et engage un véritable dialogue avec le comité d’entreprise et IG Metall dans le but de trouver une solution durable.”

INTERVIEW: April Sims

INTERVIEW

Global Worker No. 2 novembre 2020

Interview: April Sims

"Il ne s’agit pas simplement de faire une place à la table pour un nouveau joueur, mais de s’assurer que chacun reçoive la même main et connaisse les règles afin de pouvoir rivaliser dans la partie."

Comment avez-vous adhéré au syndicat?

J’ai été élevée par une mère célibataire. Nous avons grandi dans la pauvreté et nous avons donc bénéficié de l’aide sociale pendant la plus grande partie de mon enfance. Ma mère avait du mal à payer les factures et à nourrir sa famille. Elle a toujours travaillé très dur, mais ce n’était jamais assez. Si nous tombions malades, elle devait s’absenter du travail. Si elle s’absentait du travail, elle n’avait pas droit à un congé de maladie. Elle n’était donc pas payée et elle ne pouvait pas payer le loyer. Victime de harcèlement au travail, parfois elle n’a pu que démissionner.

Et puis elle a trouvé un nouvel emploi. Je me souviens qu’elle est rentrée chez nous après son entretien d’embauche et qu’elle m’a dit que si elle pouvait obtenir cet emploi permanent, cela changerait notre vie, et elle avait raison. Elle est allée travailler pour l’État dans un hôpital pour malades mentaux, de pauvres, nous ne sommes pas devenus membres de la classe moyenne, mais nous sommes passés de la pauvreté et de l’insécurité économique à une certaine sécurité financière.

J’ai toujours su que le syndicat était une chose positive, même depuis mon plus jeune âge. Puis, l’État a supprimé son poste et son syndicat s’est battu pour lui obtenir des arriérés de salaire. Elle a reçu un chèque de 7.000 dollars, ce qui représentait plus d’argent ce que nous n’avions jamais eu. Je me souviens lui avoir demandé d’où venait cet argent et elle m’a répondu que c’était parce que son syndicat s’était battu pour elle. 

J’ai toujours eu une relation très positive avec le syndicat. Même si ma mère n’y était pas active, parce qu’elle était une mère célibataire de trois enfants et qu’elle travaillait à plein temps, j’ai toujours su que le syndicat était une force positive. Lorsque j’ai commencé à travailler, et dès que j’ai eu l’occasion de rejoindre un syndicat, je l’ai fait, et j’y suis devenue progressivement plus active.

Un délégué m’a invitée à une réunion syndicale. D’abord, j’ai pensé que, oui, j’aimerais y aller. Puis j’ai réalisé : il est tard et je dois aller chercher mes enfants à la garderie et faire le ménage, donner le bain, préparer dîner… Mais une personne de la délégation syndicale de mon lieu de travail a perçu en moi des qualités de meneuse, avant que je ne les voie moi-même, et n’a pas cessé de me demander de m’impliquer. Cette personne n’a cessé de m’inviter à des manifestations syndicales et un jour, m’a dit : “April, nous avons un problème de sécurité sur le lieu de travail et nous allons demander de l’aide à notre section locale. Nous avons vraiment besoin que vous veniez à la réunion de la section locale, et si vous y venez et votez en faveur de ce que nous demandons, nous pouvons vraiment faire la différence.”

"Je me souviens d’être allée à cette première réunion locale et d’avoir vu beaucoup de personnes blanches assez âgées, mais aussi de m’être rendue compte que j’avais droit au chapitre et que je pouvais contribuer à apporter des changements. "

La raison pour laquelle je me suis engagée dans mon syndicat, en réalité, est que j’ai été invitée à une réunion et que ma section locale, et mon syndicat à l’époque, travaillaient vraiment à l’identification et au développement du leadership. Ils ont investi dans mon leadership. Et lorsque mon syndicat a engagé un représentant syndical, j’ai posé ma candidature et j’ai été embauchée. Je viens du Conseil 28 de l’ASMI, qui est le syndicat des employés de l’État et du Comté ; c’était la section locale de ma mère.

J’ai travaillé comme représentante du Conseil pendant quelques années, avec des négociations de moindre niveau, le traitement de dossiers disciplinaires et la formation de délégués syndicaux. Ensuite, j’ai intégré le département d’action législative et politique et j’ai travaillé comme coordinatrice de terrain à l’échelle de l’État pendant une dizaine d’années, en mettant en place le programme d’engagement politique de nos membres. 

J’ai commencé à travailler pour le Conseil syndical de l’État de Washington en 2015. Autant j’aime mon syndicat d’origine, autant je dois reconnaître que le Conseil syndical de l’État était en fait la seule organisation syndicale qui s’occupait aussi des autres questions qui me tenaient à cœur, en dehors des salaires, des avantages négociés et des conditions de travail. Le Conseil syndical de l’État avait un programme progressiste vraiment audacieux. En 2015, nous étions les seuls à parler du Black Lives Matter, les seuls à travailler sur la réforme de la justice pénale et de la justice climatique. J’ai commencé comme directrice de terrain et pris le poste de la direction politique en 2017. J’ai ensuite été élue Secrétaire-trésorière et j’ai entamé mon mandat au début de 2018.

Le mouvement Black Lives Matter s’est répandu sur toute la planète et le monde inégal dans lequel nous vivons s’est révélé à tous. Les syndicats américains jouent-ils un rôle au sein du mouvement BLM ?

Je peux davantage parler spécifiquement pour l’État de Washington que pour le niveau national. Je pense que les syndicats au niveau national essaient de trouver comment jouer un rôle avec le mouvement Black Lives Matter. Nos structures sont si différentes. On ne fait pas manœuvrer un navire de guerre sur étang. Nos institutions sont comme de grands navires de guerre, remplis de bureaucratie et de processus, et cela ne nous donne pas toujours la souplesse dont nous avons besoin pour travailler avec des mouvements qui sont fluides et n’ont pas de procédures aussi lourdes.

"Nous essayons de voir comment nous pouvons jouer un rôle plus important dans le mouvement Black Lives Matter au sein de l’État de Washington. Nous développons des partenariats plus solides et nous essayons vraiment de comprendre comment nous pouvons utiliser notre pouvoir institutionnel pour protéger et soutenir les communautés de première ligne, tant le mouvement Black Lives Matter que d’autres organisations dirigées par des Noirs ou des Amérindiens et au service de ces derniers. "

Nous essayons d’être prudents et essayons de ne pas nous contenter de venir et de dire, vous savez, voici comment nous pensons que nous devrions faire les choses et que nous devons organiser les marches ou les rassemblements, en oubliant qu’il y a des communautés qui s’exposent littéralement en première ligne. Nous devons trouver auprès d’eux comment aller de l’avant.

Les démocrates ont remporté l’élection présidentielle et vont diriger un pays divisé. Les syndicats et le mouvement Black Lives Matter ont-ils joué un rôle dans l’élection de Joe Biden et Kamala Harris ?

Absolument. Si vous regardez les régions où Biden et Kamala ont gagné ; Detroit, Philadelphie, Atlanta, Milwaukee ; il s’agit de villes métropolitaines, urbaines qui sont à prédominance noire et le sont historiquement. Il ne fait aucun doute que Black Lives Matter, en tant que mouvement et en tant que réservoir de voix, a fait une grande différence en termes de sensibilisation, de dénonciation de Trump et de sa politique, de dénonciation de la fascination et de la rhétorique du racisme. Et, autant cela a fait une grande différence, autant il est reste choquant pour certains d’entre nous que Trump ait pu obtenir autant de voix. Je pense que ce sont des gens qui ne savent pas ce que les Noirs et les Amérindiens de ce pays ont toujours su : le racisme est profondément ancré dans nos systèmes et nos institutions.

Quel rôle les femmes ont-elles joué dans l’élection ?

Le fait que Joe Biden a choisi une femme pour se présenter à la vice-présidence, et qu’il a choisi Kamala Harris, a permis de faire reconnaître que les électeurs noirs, et plus particulièrement les électrices noires, ont été le fondement du Parti démocrate pendant des années. Sans l’implication de femmes noires, Joe Biden n’aurait jamais pu gagner. 

Biden nomme des dirigeants syndicaux dans les équipes de transition

Le président élu Joe Biden a veillé à ce que la voix des travailleurs soit entendue lors de la transition vers son administration. Il a nommé plus d’une vingtaine de dirigeants du mouvement ouvrier dans les différentes équipes chargées de l’évaluation des agences, qui contribueront à faire en sorte que l’administration Biden soit prête.

Vous trouverez ici la liste complète des dirigeants syndicaux nommés dans les équipes de transition de Joe Biden

Vous avez dit que vous passez votre temps à travailler dans des systèmes et des structures qui n’ont pas été conçus pour vous (c’est-à-dire en tant que femme noire). Que faut-il pour que cela change ?

"Plus de représentation ! "

Je ne veux pas tomber dans le cliché, mais la direction du mouvement syndical est en grande partie blanche et masculine. L’Economic Policy Institute prévoit que d’ici 2025, les femmes seront majoritaires dans le mouvement syndical, mais nous ne représentons qu’environ 20 % des postes de direction.

Il y a un réel manque de représentation des femmes, et en particulier des femmes de couleur, et d’une reconnaissance que la convergence du racisme et du sexisme est particulière pour les femmes noires. Elles sont encore moins nombreuses à occuper des postes de direction dans le mouvement syndical. La seule façon de changer cela est d’avoir plus de femmes de couleur dans les postes de direction et une plus grande représentation dans l’ensemble du mouvement syndical.

Tout le monde aime l’idée de soutenir une femme noire pour un poste de direction. Je ne sais pas si tout le monde est préparé à la façon dont les femmes noires dirigent et à ce en quoi c’est différent. Cela signifie qu’il y a parfois une dynamique où les gens ne reconnaissent pas votre style de leadership, car ce n’est pas le même que lorsque les hommes blancs traditionnels dirigent. La seule façon de changer cela est d’avoir plus de femmes et de femmes de couleur. Il ne s’agit pas simplement de faire une place à la table pour un nouveau joueur, mais de s’assurer que chacun reçoive la même main et connaisse les règles afin de pouvoir rivaliser dans la partie.

Il faudra une plus grande représentation, il faudra plus de femmes, et plus particulièrement plus de femmes de couleur dans les postes de direction, pour que nous changions notre manière d’appréhender les rôles de direction. Nous devons identifier le leadership comme relevant davantage de quelqu’un qui, plutôt que de taper du poing sur la table, prend de vraies décisions afin d’avoir quelqu’un qui s’intéresse à la collaboration créative et sache manier la force tranquille autant que jouer des coudes. Il ne s’agit pas d’avoir toutes les réponses, mais de poser toutes les questions.

Le débat autour du racisme structurel dans le mouvement syndical met mal à l’aise en raison de ce que le syndicalisme est censé représenter. Comment pensez-vous que les syndicats peuvent s’attaquer à ce problème ?

Nos propres institutions doivent être disposées à le faire. C’est mon amour pour le mouvement syndical qui me pousse à le critiquer, car je sais la différence que ce mouvement fait dans la vie des travailleurs et travailleuses, de leurs familles et communautés. C’est cet amour qui me permet d’être critique et de réfléchir aux façons dont nous devons changer et aux choses que nous devons faire pour nous assurer que nous sommes perçus comme la force du bien, par les jeunes et les personnes de couleur.

Le Conseil syndical de l’État de Washington élabore un programme destiné à nous permettre de devenir une organisation activement antiraciste. Nous avons créé et pourvu un poste de direction pour la justice en matière de race et de genre, qui nous aidera à traiter ce travail en tant que campagne active. Je suis à la fois, en train de changer et de remettre en question la façon dont nous parlons de la race et de réfléchir à la façon dont nos institutions perpétuent le racisme.

Nous créons un espace pour de nouveaux styles de leadership et nous travaillons avec des dirigeants blancs et des membres de la base blancs pour les aider à voir les différentes manifestations du racisme. Nous devons devenir plus inclusifs.

"Nous avons besoin que les jeunes et les personnes de couleur regardent le mouvement syndical et se disent “c’est l’organisation qu’il me faut et j’y vois ma place, parce qu’elle n’est pas seulement à l’écoute de voix masculines blanches"