Les mineurs marocains occupent les galeries

La mine de Djebel Aouam

Les grévistes occupent la mine parce que la direction de la Compagnie minière de Touissit (CMT) n'applique pas un accord qu'elle a conclu en 2019 avec l'Union marocaine du travail (UMT), affiliée à IndustriALL. Cet accord, signé en présence d'un représentant du ministère de l'Énergie, des Mines et de l'Environnement et des autorités locales, garantirait de meilleures conditions d'existence, de meilleures conditions de travail à l'intérieur de la mine et la mise en place de mesures de santé et de sécurité.

Les travailleurs avaient accepté un objectif de production à la mine, d'où on extrait de l'or, de l'argent, du plomb et du zinc. Ils ont atteint leur objectif, mais la direction n'a pas honoré sa part de l'engagement. Devant le refus persistant de la direction de remplir ses obligations et l'absence d'intervention du ministère et des autorités locales, les membres de l'UMT n'ont plus eu d'autres recours que de se mettre en grève et d'occuper la mine.

Le syndicat considère cette occupation dangereuse pour la santé des mineurs, dont beaucoup souffrent de maladies professionnelles chroniques causées par leurs mauvaises conditions de travail. En outre, la pandémie aggrave encore leur état de santé déjà compromis.

Le secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, a écrit au gouvernement marocain :

"Il est impératif que votre ministère agisse sans délai pour contribuer à l'établissement d'un véritable dialogue qui devrait permettre d'aboutir à des résultats satisfaisants. Nous sommes extrêmement préoccupés par la sécurité des mineurs, dont beaucoup souffrent de maladies professionnelles chroniques, et la situation est d'autant plus urgente que nous sommes en plein milieu d'une terrible pandémie."

La région du Djebel Aouam est exploitée depuis 1929. La CMT, filiale du groupe minier français Auplata, est le premier producteur de plomb et d'argent du Maroc. Un conflit dure dans cette mine depuis 2017, avec déjà une première occupation qui avait cessé avec la signature d'une nouvelle convention. Le conflit a repris cette année lorsque l'employeur n'a pas honoré ses engagements.

Les syndicats l’exigent : arrêtez le démantèlement chez Sanofi!

Alors que les yeux du monde entier sont tournés vers les producteurs de vaccins Covid-19 tels que Sanofi et que les bénéfices de la société sont élevés, le réseau des syndicats s’est réuni cette semaine et a reçu de la part des travailleurs de Sanofi dans le monde entier des nouvelles préoccupants. Avec une analyse sectorielle fournie par le Directeur d’IndustriALL pour le secteur pharmaceutique, Tom Grinter, et une vue d’ensemble de la pandémie proposée par un expert d’IndustriALL, Hector Mareque, la réunion virtuelle a rassemblé 50 dirigeants syndicaux de Sanofi.

Le réseau syndical d’IndustriALL pour Sanofi se réunit régulièrement et possède une structure bien en place, avec des coordinateurs de réseau élus aux niveaux mondial et régional. Des syndicats clés du réseau, issus de France, du Japon et du Brésil, en assument la gouvernance. Le réseau mondial est le partenaire social de l’entreprise et cherche à obtenir une reconnaissance officielle et un dialogue social avec la direction mondiale.

Aline Eysseric, la coordinatrice du réseau mondial, a informé ses collègues des différents projets de restructuration de l’entreprise. La division des produits de santé destinés au grand public de Sanofi est en train d’être autonomisée à l’intérieur de Sanofi. Elle concerne 13.850 salariés, répartis dans 175 pays et 12 usines. Le projet Pluton est issu d’un détachement de l’activité chimie de la société pour créer une nouvelle entité produisant en Europe des principes pharmaceutiques actifs. Ce processus n’assure pas le transfert des avantages liés à l’emploi acquis précédemment par la négociation collective.

Les salariés de Sanofi occupant des fonctions de soutien au niveau mondial sont confrontés à un autre plan de licenciement important, tout comme ceux des activités de recherche et développement. Un autre exemple de programme de restructuration en cours chez Sanofi est appelé Play to Win (Jouer pour gagner), qui consiste à supprimer des emplois et fait se demander aux salariés allemands ce qu’ils ont à y gagner.

 

Dans de nombreux cas, une quantité importante de licenciements s’accompagne d’une augmentation du nombre de sous-traitants sur les sites d'activité.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

“Les consommateurs et la société en général se tournent vers des entreprises telles que Sanofi pour être rassurés sur le fait que la crise sanitaire sera prise en charge avec de nouveaux traitements et de nouvelles technologies. Les gouvernements dépensent d’énormes sommes d’argent public pour commander les vaccins de Sanofi. Mais en même temps, la société rompt la stabilité des emplois de ses salariés, avec des coupes sombres et des restructurations empreintes de cupidité.

La direction de Sanofi doit établir un dialogue respectueux avec IndustriALL et son réseau syndical mondial, pour traverser cette période tumultueuse dans le dialogue et le respect de ses salariés.”

Les syndicats de Sanofi vont continuer à travailler en réseau et à échanger des informations aux niveaux régional et mondial, et prendront des mesures coordonnées pour s’opposer à ce que les travailleurs et travailleuses paient un lourd tribut à la restructuration en cours dans l’entreprise.

Au Pérou, les travailleurs de Glencore lancent une grève illimitée contre les violations de leurs droits

Pour la Fédération nationale des travailleurs de la mine, la métallurgie et la sidérurgie du Pérou (FNTMMSP), ses membres ont travaillé pendant la pandémie qui a fait sept morts chez les mineurs et 700 autres infectés par le virus.

Le syndicat a appelé à l'action parce que la direction ne réagissait pas à ses revendications. Par exemple, les travailleurs critiquent Glencore qui loge ses travailleurs dans des chambres communes avec une salle de bains qu'ils doivent partager, ce qui rend la distanciation sociale impossible.

En outre, la direction a imposé des horaires de travail qu'un arrêt de la Cour constitutionnelle juge illégaux. Alors que le roulement est normalement de 14 jours de travail suivis de 7 jours de repos, dans les faits, la direction a imposé une rotation de 28 x 14.

Le syndicat dénonce la hausse des salaires de 3 sols (0,83 $) proposée par la direction qui, compte tenu de l'inflation, revient en fait à une baisse salariale.

La FNTMMSP a écrit au Président du Pérou, Francisco Sagasti Hochhausler, pour lui demander d'intervenir dans ce conflit du travail.

La fédération a lancé une série de mobilisations le 9 décembre, pour dénoncer les violations de la communauté des compagnies minières ainsi que l'indifférence du gouvernement et des autorités qui n'ont pas encore réagi aux lettres qu'elle a envoyées pour demander un dialogue.

IndustriALL Global Union a pressenti Glencore à propos des violations commises au Pérou et dans d'autres pays d'Amérique latine, mais n'a noté aucune réaction. Les informations dont nous disposons montrent que Glencore n'a que mépris pour les bonnes pratiques face au Covid-19 qui seraient notamment le droit de refuser un travail dangereux, la distanciation sociale, les mesures de quarantaine pour les travailleurs affectés, et le respect des conventions collectives.

Valter Sanches, le Secrétaire général d'IndustriALL, a déclaré :

"IndustriALL condamne les abus et les violations des droits des travailleurs commis dans les sites de Glencore d'Amérique latine, comme dernièrement à Los Quenuales au Pérou. Nous exhortons Glencore à respecter les demandes des grévistes et à poursuivre un dialogue de bonne foi avec le syndicat."

Message à Duterte : il faut mettre fin à la répression et aux assassinats de syndicalistes

Le 10 décembre 2019, Journée internationale des droits de l’homme, les syndicats du monde entier se sont mobilisés une première fois afin d’exiger du gouvernement philippin qu’il mette un terme au red-tagging et aux exécutions extrajudiciaires de militants syndicaux et des droits de l’homme. Mais ce red-tagging, la mise sur liste noire et le harcèlement d’individus ou de groupes considérés comme insuffisamment loyaux envers le gouvernement, se poursuit.

Les parlementaires du bloc progressiste ont été accusés d’être membres du parti communiste, et il y a eu récemment des assassinats de personnes présumées appartenir à un groupe militant.

Le Conseil de Global Unions a lancé une Journée d’action mondiale pour les Philippines le 30 novembre, exigeant que le gouvernement philippin mette fin aux intimidations, demande des comptes aux auteurs d’exécutions extrajudiciaires et abroge la loi antiterroriste. Des syndicalistes du monde entier ont participé à cette journée.

Aux Philippines, les affiliés d’IndustriALL ont participé à un rassemblement de masse à l’Université des Philippines à Quezon city. Ils vont écrire au Ministre du travail pour demander une intervention auprès du cabinet du Président pour qu’il accepte une mission tripartite de haut niveau.

30 novembre, Philippines

Porte-parole de l’Alliance des métallurgistes des Philippines (MWAP), Mary Ann Castillo a déclaré :

“Nous condamnons la répression syndicale généralisée dans le pays. Notre syndicat de Nexperia a également été la cible de red-tagging et étiqueté terroriste à Laguna. Le syndicalisme n’est pas un crime, le droit des travailleurs à se syndiquer doit être protégé.”

Les Vice-présidents de l’Alliance philippine des métallurgistes (PMA), Narciso Lozano et Joseph Bo, ont déclaré :

“La législation anti-terroriste doit être jetée aux orties, car elle restreindra encore davantage le droit des travailleurs à se syndiquer, à assurer la subsistance de leur famille et à protéger leur sécurité et leur emploi.”

Solidarité à Sydney

Le Président du Syndicat australien de la manufacture (AMWU), Andrew Dettmer, a déclaré :

“Nous avons coordonné avec d’autres syndicats l’organisation de manifestations devant les ambassades ou les bureaux consulaires des Philippines à Sydney, Canberra et Perth. Nous sommes solidaires de nos camarades des Philippines dans leur lutte contre la répression”

Le Secrétaire général d’IndustriALL Global Union, Valter Sanches, a déclaré :

“La législation antiterroriste est utilisée pour persécuter les syndicalistes et les militants. Nous devons faire pression sur le gouvernement par le biais de la question des accords commerciaux préférentiels afin qu’il s’abstienne de toucher aux syndicats.”

Des affiliés d’IndustriALL du Cambodge, d’Indonésie, du Japon, de Corée et de Malaisie ont également participé à une campagne sur les médias sociaux lors de la Journée mondiale d’action pour les Philippines.

Solidarité en Corée

La réponse du gouvernement philippin a été brutale : le 10 décembre 2020, les forces de sécurité ont arrêté six militants syndicaux et un journaliste.

Le Conseil de Global Union a condamné ces actes et a demandé la libération immédiate des personnes arrêtées ainsi que l’abandon de toutes les charges :

“Les militants syndicaux sont qualifiés de criminels, arrêtés et détenus illégalement, le gouvernement les empêchant de recruter syndicalement les travailleurs, et les prive de leur liberté de pensée et d’expression telle qu’elle se traduit par leurs actions auprès des travailleurs. L’intensification de la répression vise précisément à étouffer la dissidence et le militantisme au sein de la population. Les assassinats de militants et de défenseurs des droits fondamentaux, visant à semer la peur et à réduire le peuple au silence, n’ont pas cessé.”

Les travailleurs de Nexperia obtiennent une convention collective après leurs protestations

Depuis l'expiration de la convention collective, en janvier, le Syndicat des travailleurs de Nexperia négocie avec la direction, avec l'aide de l'Alliance des travailleurs de la métallurgie des Philippines (MWAP).

L'activité économique de Nexperia a souffert de la pandémie de Covid-19 et le syndicat a spontanément réduit le nombre de ses revendications qui sont passées de dix à sept.

Mais, malgré ce geste de bonne volonté, la direction refusait toujours de négocier face à face et n'a accepté une négociation virtuelle qu'après plusieurs protestations du syndicat.

Le syndicat et la direction ont finalement mis fin au blocage et signé pour 2021-2023 une convention collective qui, loin de répondre aux attentes du syndicat, comporte cependant une augmentation nette des salaires et des prestations par rapport à l'offre de départ de Nexperia.

 

La progression des salaires sera de 1.000 pesos (US$ 20,8) en 2021, 900 pesos (US$ 18,7) en 2022 et 900 pesos (US$ 18,7) en 2023. Chaque travailleur recevra un montant forfaitaire de 6.000 pesos (US$ 124,8) à titre rétroactif et une prime d'acceptation de 36.000 pesos (US$ 749). Le syndicat a aussi obtenu une indemnité de repas de 1.690 pesos (US$ 35,2) par mois et par personne et un allongement du congé payé pour pandémie en cas d'infection.

Le porte-parole de la MWAP, Julius Carandang, a déclaré :

"N'essayez pas de flouer les travailleurs. Nos revendications sont raisonnables et les travailleurs savent que l'entreprise a eu de bons résultats ces trois dernières années. Nexperia vise une capitalisation à 10 milliards de dollars en 2030.

"Nous demandons à la direction de ne pas prendre la pandémie comme excuse. Il est temps que Nexperia montre qu'elle apprécie le sacrifice de ses travailleurs qui continuent à travailler pendant la pandémie. Ils méritent au moins une convention collective qui représente quelque chose."

Annie Adviento, la secrétaire régionale d'IndustriALL Global Union pour l'Asie du Sud-est, a déclaré :

"Nous félicitons le Syndicat des travailleurs de Nexperia et la MWAP qui ont remporté cette négociation. Il est juste qu'une entreprise partage ses bénéfices avec les travailleurs, alors que l'industrie de l'électronique dégage des profits énormes pour les multinationales. En fait, l'électronique représente 55 pour cent des exportations totales des Philippines."

Les syndicats d'Europe orientale et d'Asie centrale résistent face aux défis

Le secrétaire régional d'IndustriALL Vadim Borisov a rappelé les actions et campagnes virtuelles et le soutien qu'IndustriALL a fourni aux affiliés de la région.

En plus de la pandémie, les syndicats ont dû faire face à des attaques sans précédent contre les droits des travailleurs.

Au Kirghizistan, les syndicats ont combattu l'adoption d'un projet de loi antisyndical, qui aurait privé les travailleurs de la liberté d'association et les syndicats de leur indépendance.

En Ukraine, les syndicats ont réussi à freiner la promotion de projets de lois antisyndicaux et anti-travailleurs, mais le gouvernement reprend maintenant l'offensive en les scindant en plusieurs nouvelles propositions. Les syndicats ukrainiens continuent de réclamer le paiement des salaires à temps; les arriérés de salaires des travailleurs des mines d'État atteignent maintenant le montant record de 1,89 milliard de hryvnia (67,6 millions $) et remontent jusqu'à 2015.

Au Bélarus, les syndicats et les travailleurs sont en lutte pour la démocratie et contre la répression. Beaucoup de dirigeants et d'activistes de syndicats indépendants ont été licenciés, emprisonnés et sont poursuivis en justice.

Au Kazakhstan, les syndicats se battent pour la retraite anticipée pour ceux qui travaillent dans des conditions difficile et nocives après qu'un nouveau code du travail ait supprimé plusieurs prestations et garanties et fixé l'âge de la retraite à 63 ans. La conséquence est que de nombreux travailleurs sont partis chercher de meilleures conditions en Russie.

Dans certains pays de la région, les syndicats ont pu faire changer la loi dans un sens positif.

En Russie, des amendements au code du travail sur le télétravail ont été adoptés pour réglementer les conditions de travail de quelque cinq millions de personnes qui travaillent à leur domicile à cause de la pandémie. Ils portent sur la durée du travail, la santé et la sécurité, et l'indemnisation des frais par l'employeur.

Des amendements similaires sur le travail à distance ont été adoptés au Bélarus et en Moldavie.

En Géorgie, des années de lutte syndicale ont abouti à l'adoption d'amendements au Code du travail qui ont mis en place des inspections du travail dignes de ce nom, des temps de repos obligatoires et des mesures contre la discrimination conformes à l'Accord d'association passé avec l'Union européenne en 2014. L'UE a eu une part importante dans l'amélioration de la législation.

En Ouzbékistan, une nouvelle loi sur les syndicats adoptée en 2019 a été bien accueillie par les experts internationaux. L'inspection du travail a été remise en activité et le code du travail de 1996 sera remplacé par un nouveau texte actuellement soumis au débat public.

En Arménie, le Syndicat des mineurs, métallurgistes et joailliers de la République d'Arménie a convenu avec les employeurs du versement de l'intégralité du salaire au lieu des deux tiers au cas où une entreprise arrêterait la production à cause de la pandémie.

Les participants ont accueilli Gulandom Huseynova, la présidente du Syndicat des travailleurs du textile, et de l'industrie légère du Tadjikistan qui pourrait s'affilier à IndustriALL en 2021.

Le secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, a expliqué comment IndustriALL a adapté son action pendant la pandémie afin de soutenir le mieux possible ses affiliés. Il a aussi décrit les préparatifs du 3e Congrès d'IndustriALL Global Union qui se tiendra en mode virtuel en septembre 2021.

Le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan a félicité les affiliés pour la manière dont ils ont fait face au Covid-19 sur le lieu de travail, en prenant les mesures nécessaires pour protéger la santé et la sécurité des travailleurs, défendre leurs rémunérations, s'assurer que les entreprises continuent sur un mode durable en utilisant la législation, les conventions collectives et le dialogue social.

"Il y a des valeurs universelles qu'IndustriALL veut voir appliquées partout pour renforcer la démocratie, la gouvernance démocratique et les droits fondamentaux de l'homme et du travailleur."

"Le Bélarus restera dans notre ligne de mire et celles de nos alliés jusqu'à ce que la justice l'emporte. Au Kirghizistan, il faut une société démocratique et de la stabilité, et l'Ukraine a besoin d'une économie durable qui respecte les droits des travailleurs."

"IndustriALL soutiendra toujours ses affiliés et leurs combats."

Les syndicats turcs s’unissent pour acquérir du pouvoir dans l’industrie automobile

La liberté syndicale et le droit à la négociation collective sont des droits constitutionnels en Turquie, mais les activités des syndicats se heurtent à de nombreux obstacles. Le chemin qui mène à la syndicalisation et à la reconnaissance des syndicats est semé d’embûches. La Turquie est régulièrement critiquée par l’OIT et l’UE pour ne pas veiller au respect des droits fondamentaux des travailleurs.

C’est dans ce cadre qu’IndustriALL Global Union a organisé un atelier sur le renforcement du pouvoir des syndicats par le biais des accords-cadres mondiaux (ACM) et d’autres instruments en préparation pour la réglementation des chaînes d’approvisionnement dans le secteur automobile en Turquie, réunissant les trois affiliés du secteur métallurgique du pays.

Les ACM servent à protéger les intérêts des travailleurs et travailleuses au sein de l’ensemble des activités d’une entreprise multinationale. Les ACM établissent les meilleures normes en matière de droits syndicaux, de santé, de sécurité et de pratiques environnementales, ainsi que s’agissant des principes de qualité du travail au niveau de l’ensemble des activités d’une entreprise à l’échelle mondiale, que ces normes existent ou non dans un pays donné. IndustriALL compte des ACM avec Renault, MAN, Daimler, Volkswagen et Ford, qui tous développent d’importantes activités en Turquie.

“En raison des violations systémiques des droits fondamentaux du travail en Turquie, il nous incombe, en tant que fédération syndicale internationale, d’en informer le monde. Nous devons veiller à ce que les multinationales en soient conscientes et puissent agir en fonction de ces informations,”

a indiqué le Directeur d’IndustriALL pour le secteur automobile, Georg Leutert.

“Nous devons nous assurer que la voix des travailleurs joue un rôle plus important dans le processus de diligence raisonnable des entreprises multinationales. Les syndicats doivent être reconnus comme leur principale source d’information.”

Les dirigeants des syndicats turcs ont partagé leurs défis, leurs expériences et leurs retours concernant des dossiers conflictuels au sein de la chaîne d’approvisionnement automobile.

“Nous sommes confrontés à de graves difficultés lorsque nous nous recrutons et, en tant que syndicat, il est important de préserver et de renforcer nos droits. Nous avons besoin de soutien et la solidarité internationale est cruciale pour nous,“

a déclaré Yunus Degirmenci, Président d’Özçelik-İş, en évoquant les pratiques antisyndicales chez Sampa.

Le Président de Türk Metal, Pevrul Kavlak, a souligné les problèmes auxquels les syndicats sont confrontés lorsqu’ils recrutent :

“Même lorsque nous sommes majoritaires sur le lieu de travail et que nous avons le droit de syndiquer, l’employeur peut toujours nous poursuivre en justice. Cela se produit régulièrement, ce qui rend presque impossible la syndicalisation des lieux de travail. Nous savons tous que nous ne pouvons pas nous battre seuls ; nous devons nous unir.”

Adnan Serdaroğlu, Président de Birleşik Metal-İş, a souligné ce besoin d’unité :

“Face à un gouvernement qui adopte des lois antisyndicales, a recours à des pratiques antisyndicales et au licenciement de travailleurs qui protestent contre les infractions, il est clair que nous n’avons pas le luxe d’être en désaccord les uns avec les autres. Nous devons unir nos forces pour gagner.”

Des représentants des constructeurs automobiles Volkswagen, MAN et Mercedes ont pris part à l’atelier et ont expliqué aux participants comment ils assurent la durabilité et le respect des droits des travailleurs dans leurs chaînes d’approvisionnement.

Philipp Bleckmann, de VW, a indiqué que l’entreprise allemande exige de tous ses fournisseurs qu’ils garantissent la liberté syndicale, la protection du travail et de la santé ainsi que la non-discrimination. Avec des dizaines de milliers de fournisseurs et de sous-traitants, Volkswagen réalise un grand nombre d’audits dans le monde entier et tient une base de données avec des auto-évaluations.

Mustafa Iskifoğlu de MAN Turquie a parlé de la nécessité d’avoir un dialogue avant que les problèmes ne surgissent et à cette fin, l’entreprise a une charte signée par le syndicat et l’employeur.

Yiğit Özgünel, de Mercedes-Benz Turquie, a expliqué comment son intervention a joué un rôle dans les efforts de syndicalisation de Türk Metal chez son fournisseur Bodo Bode dans la ville de Bursa.

Les participants à la réunion ont reconnu la nécessité et l’importance d’une solidarité mondiale. Forcé de protéger les droits fondamentaux des syndicats, le mouvement international doit être fort. Le syndicat américain UAW, qui représente les travailleurs de Ford, ainsi que les syndicats français FGMM-CFDT et FTM-CGT, IG Metall, d’Allemagne, et FIM-CISL, d’Italie, ont offert leur soutien solidaire aux travailleurs turcs de l’automobile.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a souligné la nécessité de renforcer le pouvoir des syndicats dans le secteur automobile turc.

“Nous nous sommes réunis à un moment critique alors que toute la chaîne d’approvisionnement est affectée par Covid-19. Cet atelier est un bon et important point de départ ; les prochaines étapes impliquent une cartographie, des ateliers, une syndicalisation transnationale.

Les relations sociales en Turquie sont compliquées, mais en renforçant le pouvoir des syndicats et en faisant preuve de solidarité internationale, nous aurons la force nécessaire pour nous battre en faveur d’un nouveau système.”

ENQUÊTE: Black Lives Matter – dans nos rues, sur nos lieux de travail, dans nos syndicats

ENQUÊTE

Global Worker No. 2 novembre 2020

Texte: Cherisse Gasana

Thème: Le racisme et le mouvement syndical

“Trop, c’est trop”

Le mépris pour la vie des Noirs, par des morts injustifiables et des abus de la part des forces de l’ordre, ne se limite pas aux États-Unis, mais existe partout dans le monde. Le racisme se manifeste par des meurtres odieux commis par la police et aussi par l’injustice sociale : des politiques économiques qui perpétuent la pauvreté et la violence dans les communautés racisées partout dans le monde. Ceci est clairement démontré par le fait que les personnes de couleur sont touchées de manière disproportionnée par la Covid-19.

Cette ombre du racisme et du colonialisme qui continue à se profiler

Le racisme aux États-Unis apparaît comme une ombre toujours projetée par l’esclavage. Le racisme systémique dans l’économie mondiale est l’héritage du colonialisme. Avec la croissance de l’insécurité de l’emploi et de l’austérité dans les économies occidentales qui accueillent de nouvelles générations de migrants, le racisme est une menace majeure pour la cohésion sociale. Les mesures d’austérité alimentent l’inégalité raciale et la discrimination, touchant de manière disproportionnée les personnes issues de minorités raciales et ethniques.

La vague de protestation a amené les gens à établir des liens entre le racisme dans les rues de leurs villes et ce qui se passe dans le monde. Un examen approfondi du racisme dans les sociétés occidentales met en évidence le racisme systémique qui s’est installé dans l’économie mondiale et qui porte encore les cicatrices du colonialisme : les pays riches occidentaux qui extraient de la valeur des pays pauvres dont les populations ont la peau noire ou brune, c’est du racisme à l’échelle mondiale.

C’est pourquoi les récentes évolutions du droit international et national, tels que le traité contraignant des Nations unies sur les entreprises et les droits de l’homme, sont si importantes dans la lutte contre le racisme systémique dans l’économie mondiale. Rendre les entreprises responsables de ce qui se passe dans leurs chaînes d’approvisionnement remet en question une dynamique d’exploitation qui existe depuis l’époque coloniale.

Un instrument contraignant des Nations unies pourrait établir une nouvelle référence mondiale pour les entreprises et les droits de l’homme. C’est aussi un outil anticolonial qui peut être utilisé pour rééquilibrer les relations de pouvoir entre les grandes entreprises et les populations des pays pauvres.

Pourquoi voit-on cela maintenant ?

Au plan mondial, les jeunes et la classe ouvrière sont scandalisés. Ils sont descendus dans la rue pour réclamer un véritable changement.

“Notre monde se meurt” 

“le changement climatique est réel” 

“l’oppression et le racisme existent toujours”

“le système économique ne fonctionne pas en notre faveur, il ne l’a jamais fait”

Le mouvement antiraciste n’est pas nouveau, mais sa portée mondiale et le niveau d’indignation qu’il suscite sont sans précédent. La colère est palpable et impossible à ignorer, quel que soit l’endroit où vous vivez et quelle que soit votre couleur. Alors que le mouvement s’accélérait au milieu de la pandémie de Covid-19, le monde a porté une attention accrue à l’exaspération des personnes touchées par le racisme.

En tant que mouvement syndical mondial, il est de notre devoir de toujours analyser de manière critique qui nous sommes et comment nous fonctionnons. Notre monde change et, en ces temps sans précédent, il est devenu évident que quelque chose s’est brisé dans le système mondial. Ce système lui-même, au sein duquel nous luttons chaque jour pour la justice, ne s’est pas juste brisé, dès le départ il n’a jamais été intact.

Les syndicats reconnaissent le problème

Par principe, les syndicats sont engagés dans la lutte contre le racisme. En pratique, cependant, les structures syndicales reproduisent trop souvent les inégalités des sociétés dans lesquelles elles évoluent. Souvent, les responsables syndicaux ne ressemblent pas aux travailleurs qu’ils représentent.

Le Congrès des syndicats britanniques (TUC) a mené une enquête sur le racisme au travail entre décembre 2016 et février 2017. Les résultats de cette enquête ont largement laissé entendre qu’il existe de sérieux problèmes dans le mouvement syndical qui nécessitent des mesures urgentes. Le TUC a commandé un rapport, Racism Ruins Lives (le racisme ruine des vies), basé sur cette enquête, qui met en lumière des problèmes auxquels le mouvement syndical doit s’attaquer de toute urgence.

Récemment, la Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE (TUAC) a organisé une conférence en ligne sur la lutte contre le racisme et la discrimination ethnique au sein de l’économie :

“Depuis des années, les syndicats sont à l’avant-garde de la lutte contre toutes les formes de racisme et de discrimination sur le lieu de travail et dans la société. Aujourd’hui, la plupart des pays de l’OCDE ont pris des mesures pour lutter contre la discrimination et la majorité des pays sont allés au-delà de leur législation antidiscriminatoire et ont mis en œuvre des mesures supplémentaires en faveur de la diversité, reconnaissant que ces politiques antidiscriminatoires ne peuvent à elles seules lever les obstacles structurels pour les groupes défavorisés. Toutefois, cela s’est avéré loin d’être suffisant.”

Les syndicats sont-ils du bon côté ?

Sur cette question brûlante du racisme, les syndicats ont accepté le débat et, pour la plupart, semblent agir pour s’assurer que la diversité soit prise au sérieux au sein de leurs structures. Ils intègrent la diversité dans les conventions collectives, abordent en interne la question du racisme institutionnel et forment leur personnel aux préjugés inconscients. L’optique est bonne, mais cela suffit-il pour apporter un réel changement ?

Devrions-nous nous inquiéter du fait que l’archétype de nos structures syndicales ressemblent à celui de la plupart des multinationales :

“blanc, vieux et là pour durer”  

Ça nous met mal à l’aise, mais c’est notre réalité. Avons-nous bétonné ces structures non représentatives dans notre ADN ?

Un bref regard sur une partie de notre histoire

Bien avant la révolution industrielle, pendant des milliers d’années, l’Europe s’est appuyée sur des réseaux commerciaux pour accéder à des biens comme l’or, l’argent, les pierres précieuses, les épices et les tissus. Beaucoup de ces marchandises provenaient d’Afrique et d’Asie et étaient transportées en Europe par voie terrestre, fluviale et maritime.

Souhaitant un meilleur accès à ces sources de richesse, l’Europe a commencé à explorer ces contrées lointaines. Ces voyages ont donné lieu à un accroissement des échanges commerciaux qui a considérablement renforcé l’Europe, laissant un énorme héritage dans la façon dont le monde fonctionne à ce jour.

La population européenne s’est accrue, les armées se sont mieux organisées, avec de meilleures armes, produites dans des usines. Très rapidement, les puissances européennes ont pu s’emparer de terres qui ont donné lieu à l’invasion, l’occupation, le morcellement et la colonisation de l’Afrique ainsi qu’à l’asservissement de populations africaines.

La colonisation et la traite des esclaves a non seulement renforcé l’Europe mais aussi l’Amérique, permettant à leurs sociétés de prospérer sur le dos des esclaves et grâce à des années de pillage. Cela a mené à leurs propres révolutions industrielles et leur prospérité.

L’idée que les Africains sont inférieurs et barbares est apparue au XVIIIe siècle pour justifier l’esclavage et les conquêtes. Ces idées raciales visaient les Africains sur leur continent, ainsi que les esclaves du Nouveau Monde. Ces stéréotypes sont enfouis dans l’histoire que nous apprenons à l’école, ils sont présents dans nos institutions et nos gouvernements et influencent ceux qui détiennent le pouvoir dans l’économie mondiale aujourd’hui.

La révolution industrielle a changé le paysage au cours du XIXe siècle. Les industries se sont développées et la classe ouvrière a fait de même. Les travailleurs étaient confrontés à des conditions de travail difficiles et avaient très peu de pouvoir individuel pour améliorer leur situation. Les travailleurs se sont tournés vers la syndicalisation pour influencer leur environnement. Cette période de syndicalisme a conduit à la plupart des avantages sociaux dont nous bénéficions aujourd’hui en tant que travailleurs.

Comment faire pour que le changement soit réel ?

Il est difficile de comprendre le racisme systémique, en fonction de la situation dans laquelle on se trouve. Mais il existe, et ce depuis très longtemps. Il est ancré dans les gouvernements, les institutions, l’éducation et l’économie mondiale, mais surtout, quelle que soit notre couleur, il est aussi ancré en nous.

La population active que nous représentons est devenue plus diversifiée, mais les syndicats mettent trop de temps à suivre le mouvement. Les femmes, les jeunes et les travailleurs racisés constituent une grande partie de la main-d’œuvre.

En tant que représentants des travailleurs, les syndicats mènent un noble combat dans l’espoir de créer un monde plus juste. Mais si nous ne prenons pas un moment pour nous demander si nous ne reproduisons pas les pratiques de ce système brisé au sein de nos propres structures, notre combat n’est alors pas plus noble que celui des multinationales qui se battent pour continuer à ne pas être tenues responsables des violations des droits de l’homme dans leurs chaînes d’approvisionnement.

Les multinationales, dont les produits alimentent, transportent et de manière générale satisfont les consommateurs modernes que nous sommes, fonctionnent et prospèrent également grâce aux travailleurs de leurs chaînes d’approvisionnement dont les pratiques sont peu reluisantes. La répression et l’exploitation de communautés sont souvent les vérités honteuses qui se cachent derrière les produits qu’elles produisent et que nous consommons chaque jour.

De nos jours, les gens font davantage attention à la façon dont ils dépensent leur argent. Soutenir des entreprises qui gardent le silence sur le racisme ou qui sont elles-mêmes racistes n’est plus une chose avec laquelle beaucoup de consommateurs se sentent à l’aise. 

Dans cette optique, les entreprises savent très bien dépoussiérer leur image là où ça compte. Leur stratégie pour continuer à prospérer dans un monde injuste consiste à apporter des changements superficiels qui ne sont pas significatifs mais suffisent à susciter à nouveau l’adhésion de la part de leurs clients.

Nos syndicats font-ils de même ? Pourquoi adhérer à un syndicat qui n’a pas la diversité nécessaire pour vous représenter correctement et qui, lui-même, perpétue un racisme institutionnel ?

Si certains syndicats prennent de réelles mesures pour être plus diversifiés, la manière dont ils s’y prennent peut parfois décourager les jeunes travailleurs qui sont attentifs au monde qui leur sera légué.

Il est important d’avoir des comités de femmes dans les structures syndicales, mais cela doit aller de pair avec la présence de femmes aux postes de décision. Il en va de même pour les comités de jeunes et les comités de diversité : ils doivent être reflétés au niveau des postes de décision.

Comment les syndicats peuvent-ils réellement changer le paysage de l’emploi pour la classe ouvrière s’ils ne sont pas prêts à modifier radicalement leurs structures pour mieux représenter ces travailleurs et travailleuses ? Les effectifs syndicaux sont en baisse et nous n’évoluons pas assez vite pour nous adapter aux besoins de la population active actuelle au plan mondial. Leurs problèmes sont clairs et pour les comprendre, nous devons nous identifier à eux. Un changement structurel radical est la seule réponse permettant de véritablement s’attaquer non seulement au racisme, mais aussi à l’égalité des genres et à la représentation des jeunes.

C’est en ayant une véritable représentativité à l’époque de la révolution industrielle que nous avons pu cimenter un réel changement pour la future classe ouvrière. Ce ne sont pas les vieux riches qui ont été à l’avant-garde de la lutte. Ce sont ceux qui ont dû endurer la dure réalité du travail dangereux, des horaires de travail interminables et des bas salaires qui ont été les porte-étendards de cette époque.

Le rôle du syndicalisme mondial

Les Fédérations syndicales internationales ont pris bien davantage d’importance au cours de la dernière décennie en raison de la mondialisation et de la nécessité pour les syndicats de coopérer plus efficacement par-delà des frontières nationales.

Nous nous engageons dans un large éventail d’activités, notamment en soutenant nos affiliés, en particulier dans les économies en développement, en faisant pression sur les agences internationales pour promouvoir les intérêts des travailleurs et travailleuses et les droits humains, en encourageant la syndicalisation et les actions de solidarité internationale et en nous engageant dans des négociations collectives mondiales avec les grandes multinationales et les organisations d’employeurs.

L’un des principes qui a émergé des Fédérations syndicales internationales comme IndustriALL Global Union, est que nous fonctionnons sur base d’un système de solidarité. Nous sommes financés par des syndicats du monde entier et les syndicats les plus riches du Nord versent davantage, tandis que les syndicats des économies émergentes versent moins.

Nos projets financés de l’extérieur fonctionnent de la même manière. L’argent des pays riches ou des institutions occidentales est utilisé pour financer des projets dans les pays en développement afin d’y créer des syndicats et d’y renforcer les capacités pour que soient mieux représentés les travailleurs et travailleuses de l’hémisphère sud. Il s’agit de surmonter l’héritage du colonialisme qui laisse les travailleurs et travailleuses de ces pays dans une position désavantageuse.

Gardons à l’esprit cet aspect du racisme : il s’agit d’un système qui permet au groupe racial déjà au pouvoir de le conserver, c’est la conviction que la personnalité, le comportement et la morale peuvent découler de la race et la croyance qu’une race puisse être supérieure à une autre.

La tâche est noble par essence, mais elle est aussi très délicate et fragile. Nous devons donner du pouvoir aux syndicats des pays en développement sans empiéter sur leur intégrité et leur autonomie. Nous ne pouvons pas leur imposer les méthodes occidentales. La solidarité n’est pas seulement une question de soutien matériel et elle ne s’exerce pas seulement dans un sens. Il s’agit aussi de s’écouter et d’apprendre les uns des autres. Les Fédérations syndicales internationales ne sont pas des organisations caritatives qui soutiennent des syndicats clients dans les pays en développement.

Les syndicats occidentaux ne sont pas supérieurs ou meilleurs. L’Occident a tiré parti d’une histoire peu glorieuse, qui a pourvu ses syndicats d’un pouvoir relatif. Il est temps d’utiliser ce pouvoir pour le changement, un véritable changement radical.

Dix ans après le Printemps arabe, les syndicats de la région dressent le bilan

En ouvrant la réunion, le vice-président d'IndustriALL Abdelmajid Matoual a souligné que, même si la pandémie a assombri les perspectives des travailleurs de la région, il est trop tôt pour tirer des conclusions. Cette pandémie est aussi l'occasion d'un effort de réflexion :

"Nous devons changer notre façon de penser", a-t-il dit, "la manière dont nous nous organisons. Il faut de nouveaux modes d'action pour bâtir notre unité; des syndicats forts qui se dressent ensemble pour défendre les droits des travailleurs."

Le Secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré que la Journée des droits de l'homme est l'occasion d'une réflexion sur la défense de ces droits, d'autant plus que la pandémie a favorisé des attaques contre les travailleurs. La crise de la santé débouche sur une crise économique.

"Ceux qui profitent de la pandémie – avec des sociétés comme Amazon et les grands patrons de l'économie des petits boulots – se sont fait des fortunes grâce à la pandémie", a-t-il déclaré. "Les syndicats doivent se battre pour que l'argent des aides aille à une reprise verte."

Le Secrétaire général adjoint Kemal Özkan a fait remarquer qu'il y a dix ans qu'a éclaté le Printemps arabe :

"Ces événements ont suscité tant d'espoirs, pour l'avenir, pour la liberté et la démocratie. Au lieu de cela, nous avons eu des turbulences et des conflits et, dans beaucoup de pays, la situation est pire qu'il y a dix ans. Le seul point positif est la montée en force et l'unité du mouvement syndical dans la région."

Kemal Özkan a souligné que le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord est la région du monde la plus ravagée par les conflits. Sa population augmente, son chômage aussi, et son économie, trop dépendante des exportations de combustibles fossiles, offre peu de perspectives.

Des délégués estiment que la pandémie a rendu l'organisation plus difficile que jamais, avec la répression contre les actions de protestation et des arrestations dans certains pays, et les restrictions imposées par le confinement dans toute la région. En Algérie, en Tunisie et au Maroc, beaucoup d'entreprises, dans l'ingénierie, la construction automobile et l'aéronautique notamment, ont licencié ou ne paient plus leur personnel.

Dans de nombreux pays, les finances publiques ont été durement touchées par la chute des cours du pétrole et les travailleurs du secteur public ne sont plus payés. En Irak, les travailleurs de l'électricité n'ont plus été payés depuis six mois. Il n'y a aucun dialogue avec les syndicats.

Et pourtant, des lueurs d'espoir subsistent. En Jordanie, le syndicat du textile JTGCU a entamé des négociations tripartites avec les représentants du gouvernement et des employeurs au début de la pandémie. L'accord qu'ils ont conclu garantit l'emploi, les salaires et la couverture de santé des travailleurs du secteur, qui sont pour beaucoup des migrantes. En Palestine, le syndicat du textile a pu obtenir un accord similaire après avoir entamé des négociations à une semaine de l'annonce du premier cas de coronavirus dans le pays. Au Maroc, le syndicat du phosphate SNTP-CDT a obtenu une prime Covid destinée à atténuer l'impact de la pandémie et en reconnaissance des efforts des travailleurs pour maintenir la production.

Un autre point positif est le statut des femmes. Beaucoup de délégués ont indiqué qu'ils ont réussi à accroître la représentation des femmes dans les entreprises et dans leurs syndicats, et à défendre la place des femmes dans la société. Hashmeya Alsadawe a fait rapport sur le comité des femmes d'Irak.

Grande photo : En Irak, les travailleurs de la Basra Gas Company ont protesté pendant l'été contre le non-paiement de leurs salaires 

Réindustrialiser l’Amérique latine et les Caraïbes

Le débat sur un programme politique et syndical visant à promouvoir la réindustrialisation régionale est axé sur le développement durable et la garantie d’une transition équitable vers une économie à faibles émissions de carbone. En collaboration avec des experts universitaires, un document présentant les principales tendances et les scénarios possibles pour l’industrie dans la région au cours des prochaines années a été élaboré et devrait faire l’objet d’une mise à jour en 2021 et au-delà.

Lors du dernier séminaire de l’année, Maurício Borges Lemos, ancien Directeur de la Banque de développement du Brésil, a expliqué qu’une politique de taux de change serait fondamentale pour tout projet visant à industrialiser les pays périphériques et à établir une politique de développement intégrée pour l’Amérique latine.

Chaque pays, ou groupe de pays, mettrait en place des mécanismes de politique industrielle spécifiques à un secteur. Cela impliquerait une combinaison de taux de change flottants et de taux d’imposition distincts pour chaque secteur, bien que les mêmes taxes ou ristournes douanières soient appliqués à tous les secteurs. Pour renforcer l’intégration régionale, ces droits de douane pourraient être fixés à zéro pour le commerce interrégional.

L’ambassadeur d’Argentine au Mexique, Carlos Alfonso Tomada, s’est penché sur les défis posés par la crise économique, sociale et de santé publique en Amérique latine. La numérisation et la durabilité sont une priorité dans les agendas des gouvernements et des entreprises, une transformation qui a un impact sur l’emploi et le développement, rendant nécessaire le renforcement du pouvoir des populations dans la région.

“Nous devons trouver un moyen d’accroître la participation et de créer des mécanismes pour assurer une Transition juste, ce qui implique essentiellement d’assurer une plus grande participation des syndicats […].

Nous devons renforcer le dialogue social pour parvenir à des accords favorisant la production. Si les pays ne favorisent pas le développement par l’emploi et l’augmentation de la productivité, avec la pleine participation des travailleurs, nous ne pourrons pas réduire la pauvreté et les inégalités.”

Valter Sanches a évoqué la désindustrialisation en Amérique latine, causée par les politiques ultra-libérales et la façon dont la pandémie a changé l’économie mondiale.

“L’Amérique latine pourrait connaître une désindustrialisation plus poussée, car elle ne reçoit plus d’investissements étrangers directs en raison de politiques ultra-libérales. En tant que syndicats, nous devons encourager le dialogue avec les gouvernements, les organes législatifs et les organisations multilatérales et nous impliquer dans le processus économique.

Nous devons travailler ensemble pour créer et promouvoir des politiques industrielles durables, ainsi que des politiques commerciales souveraines. Le plan d’action mondial d’IndustriALL pour un commerce et une politique industrielle équitables souligne la nécessité d’inverser la tendance à la désindustrialisation et de revenir à la création d’emplois de qualité dans la région.”