Explosion d’accidents mortels chez ArcelorMittal : les syndicats exigent des mesures urgentes

Les syndicats dénoncent la détérioration des conditions de santé et de sécurité qui a entraîné nombre d’accidents mortels sur les sites d’ArcelorMittal au Kazakhstan, en Ukraine, en Pologne et en Espagne et plus récemment en Afrique du Sud où, le 16 février, trois travailleurs ont perdu la vie dans l’effondrement d’un bâtiment de l’usine de Vanderbijlpark.

Le 9 mars, les signataires du document intitulé “Accord sur les exigences minimales pour les comités mixtes de santé et de sécurité des usines” avec ArcelorMittal, IndustriALL Global Union, IndustriAll Europe et le Syndicat des Métallos USW ont envoyé une lettre à l’entreprise, demandant une réunion urgente du comité de santé et de sécurité. En l’absence de réaction immédiate de la part de l’entreprise et compte tenu de l’urgence de la question, le 24 mars, les représentants des travailleurs du comité mondial et des syndicats signataires se sont réunis et ont discuté de la situation.

Après avoir examiné la situation préoccupante existante en matière de santé et de sécurité sur les sites d’ArcelorMittal, les participants à la réunion ont adopté la “Déclaration du groupe des travailleurs du comité mixte mondial de santé et sécurité d’ArcelorMittal”, qui a été officiellement transmise à l’entreprise.

Dans cette déclaration, les représentants des travailleurs et les syndicats signataires soulignent la nécessité d’efforts conjoints pour protéger la santé des travailleurs et travailleuses des sites d’ArcelorMittal, en particulier en période de pandémie. Les participants ont également attiré l’attention sur l’escalade extrêmement préoccupante des décès sur les sites d’ArcelorMittal et sur la nécessité d’une action conjointe immédiate. Dans le même temps, il a été rappelé à l’entreprise que les syndicats ont constamment fait part de leurs préoccupations quant au manque d’investissement dans l’entretien des sites et dans la santé et la sécurité au niveau local.

Les représentants des travailleurs du comité ont une fois de plus appelé à des actions immédiates que l’entreprise doit mener.

En fin de compte, ArcelorMittal a répondu en annonçant qu’une réunion du Comité mondial conjoint de santé et de sécurité aura lieu dans les semaines à venir.

Les syndicats de Goodyear et Cooper Tire résolument solidaires

Le 25 mars, plus d'une cinquantaine de militants de 16 pays assistaient à une réunion du réseau. Avec l'annonce du rachat de Cooper Tire, des représentants de cette entreprise étaient également présents. Ce rachat devrait être chose faite au troisième trimestre 2021, après l'accord des actionnaires de Cooper et des autorités de contrôle.

Kevin Johnsen, de l'United Steelworkers, qui présidait la réunion, l'a ouverte en se félicitant de la longévité du réseau et a souligné combien les syndicats sont essentiels. La Covid-19 a fait des ravages dans les usines dont le personnel n'est pas syndiqué, comme chez Kumho Tire, à Macon, en Géorgie, tandis que chez Goodyear où les syndicats étaient présents, les travailleurs ont été protégés.

Le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Global Union Kemal Özkan a déclaré :

“La longue tradition de coopération chez Goodyear a servi de modèle au syndicalisme mondial en rapprochant les délégués d'atelier d'une grande multinationale. Nos membres continuent à bénéficier de cette coopération à un moment où l'industrie est confrontée à de nouveaux défis.”

Kemal a parlé des changements que les nouvelles technologies imposent à la production et des changements des formes de mobilité qui influent sur le secteur automobile et les industries qui en dépendent. Les fabricants de pneus revoient leurs orientations et conçoivent de nouveaux produits en coopération avec les constructeurs automobiles.

Le directeur d'IndustriALL en charge du secteur, Tom Grinter, a dressé le profil de l'entreprise et du secteur du pneu en général. Tom a évoqué les points chauds qui subsistent dans les relations professionnelles en Indonésie et au Mexique, et l'importance du réseau pour assurer la solidarité. Il a souligné le cas des 44 membres en Indonésie licenciés sans motif en juin 2020. Ils ont pu poursuivre leur combat pour la justice grâce à la générosité des dons des syndicats thaïlandais.

Dans certains pays, les usines tournent à plein régime grâce à des adaptations à la Covid-19 qui font école et avec des relations professionnelles jugées bonnes par les représentants syndicaux. Selon nos informations, les travailleurs sont testés régulièrement et ceux qui ne peuvent travailler pour raisons de santé ont été réaffectés ou mis en congé avec l'intégralité du salaire.

Alaadin Sari, le président de notre affilié turc Lastik-İş, a remercié le réseau pour son soutien qui a permis à son syndicat d'obtenir, en 2020, une nouvelle convention collective avec l'employeur pour les 2.100 salariés des deux usines.

Les représentants des travailleurs de Cooper Tire et Goodyear de plusieurs pays ont exprimé leurs préoccupations quant aux répercussions que la fusion pourrait avoir sur leurs emplois et le maintien en activité de leurs sites.

Le message que le réseau mondial enverra à la direction de Goodyear est qu'elle doit renoncer à toute tentative pour dresser les travailleurs les uns contre les autres, garantir leur sécurité en matière d'emploi, de rémunération et de prestations et il réclamera un engagement à long terme pour les sites en activité.

Renforcer la puissance syndicale chez Stellantis au Maroc

L’industrie automobile au Maroc est en plein essor et sa chaîne d’approvisionnement s’élargit rapidement avec l’arrivée de nouveaux acteurs venus du monde entier. Avec ses 135.000 salariés, ce secteur est devenu le premier au niveau des exportations et joue un rôle central dans le développement du pays.

L’usine Stellantis de Kénitra est le fruit d’un investissement considérable consenti ces dernières années par le géant automobile français PSA. Depuis 2019, la main-d’œuvre y est passée à 3.000 salariés et il est prévu d’en faire le plus grand site automobile du Maroc.

Les syndicats rencontrent souvent des difficultés pour s’implanter et exercer leurs activités dans les zones économiques spéciales (ZES), car les employeurs tentent de les tenir à l’écart. L’UMT a réalisé une première percée majeure en 2012, en syndiquant l’usine Renault dans la ZES de Tanger. Dans le cas de Renault comme dans celui de Stellantis, les accords-cadres mondiaux qu’IndustriALL a signés avec les constructeurs automobiles, ainsi que la solidarité mondiale, y ont joué un rôle important.

 

Une première rencontre entre la direction de PSA au Maroc et les syndicats a eu lieu en 2018, à l'occasion de la réunion du réseau automobile d’IndustriALL pour la région MENA à Casablanca.

Miloudi Moukharik, Secrétaire général de l’UMT, confie :

“Ce succès est le résultat de notre volonté constante de renforcer le travail syndical dans les industries relativement nouvelles au Maroc, notamment l’aérospatiale et l’automobile, où sont actives de nombreuses sociétés multinationales et leurs chaînes d’approvisionnement. La solidarité internationale d’IndustriALL a été importante. Nous donnons la priorité à un dialogue fructueux avec l’entreprise dans le but d’élaborer une convention collective qui favorise la stabilité et la coopération entre le syndicat et la direction.”

Après des années de travail de fond, la direction de l’UMT à Kénitra ainsi que ses jeunes dirigeants syndicaux qui ont été formés dans le cadre du programme pour les jeunes d’IndustriALL, ont joué un rôle actif dans la syndicalisation de l’usine.

À un moment crucial pour l’obtention de sa reconnaissance, le nouveau syndicat a organisé avec succès une assemblée générale avec la participation de 300 travailleurs, alors que de nouveaux membres rejoignaient le syndicat. Les formations destinées aux nouveaux membres du syndicat devraient commencer le mois prochain.

“La syndicalisation des travailleurs de Stellantis est une étape importante et le résultat de nombreuses années de travail avec le soutien de programmes de structuration syndicale, d’accords-cadres mondiaux et de réseaux d’entreprises.

IndustriALL continuera à soutenir les efforts de l’UMT pour la création d’une fédération nationale du métal, regroupant les secteurs de l’automobile, des câbleries, de l’électronique et des TIC, de l’acier et de l’aérospatiale,”

a indiqué Ahmed Kamel, Secrétaire de la région MENA.

“Tout au long de la campagne de syndicalisation au Maroc, nous n’avons eu aucun doute sur le fait que la direction de PSA respecterait les droits fondamentaux à la liberté syndicale,”

a confié Georg Leutert, Directeur d’IndustriALL pour le secteur automobile.

Stellantis N.V. a été créée en janvier 2021, par la fusion de Fiat Chrysler Automobiles et du Groupe PSA. IndustriALL est actuellement en pourparlers préliminaires avec la nouvelle société concernant la poursuite du dialogue social transnational et l’application des droits fondamentaux du travail.

S'attaquer aux surcapacités et à la santé et la sécurité dans l'industrie de l'acier

Plus de 120 délégués des gouvernements et des employeurs ont discuté de l'évolution de la situation dans l'industrie de l'acier pendant la pandémie de Covid-19. La capacité de production mondiale a une fois encore augmenté, de plus de 1,5 pour cent en 2020, pour atteindre 2,45 milliards de tonnes à la fin de l'année, en dépit d'un marché anémique et de la pandémie. Par ailleurs, la production d'acier a fortement baissé dans beaucoup de régions du monde, notamment en Amérique du Nord et en Europe.

L'augmentation des surcapacités est préoccupante et des mesures s'imposent d'urgence car la surcapacité mondiale risque d'inonder le marché international et de faire baisser artificiellement les cours de l'acier. Plus que jamais, les travailleurs préconisent une action internationale pour mettre tous les acteurs sur un pied d'égalité et assurer ainsi un commerce international équitable. Le TUAC, la Commission syndicale consultative auprès de l'OCDE, est le porte-parole des travailleurs dans le comité de l'acier de l'OCDE.

Au nom du TUAC, Matthias Hartwich, le Directeur des industries mécaniques et des métaux de base d'IndustriALL, s'est adressé aux délégués en ces termes :

"Pour nous, il est essentiel de faire en sorte que les salariés qui peinent chaque jour dans l'industrie de l'acier ne paient pas de leurs emplois et de leurs vies la prospérité et l'avenir de l'industrie de l'acier, que ce soit en Inde, en Europe, en Amérique du Nord, en Amérique latine, en Australie ou en Asie. Il faut que la santé et la sécurité des salariés de l'industrie de l'acier soient respectées et c'est pour cela que nous avons besoin d'un véritable dialogue avec les travailleurs et leurs syndicats. C'est essentiel, non seulement pour combattre les conséquences de la pandémie, mais pour la santé et la sécurité en général."

Matthias Hartwich, IndustriALL

L'industrie de l'acier joue un grand rôle dans la réalisation des objectifs de l'Accord de Paris sur le climat. Les investissements dans les technologies propres doivent aller de pair avec une concertation sur des plans pour une Transition juste pour les travailleurs de la métallurgie, négociés avec les travailleurs et leurs organisations syndicales.

Filip Stefanovic, conseiller en politique économique au TUAC, déclare :

"La crise de la Covid-19 a eu un impact négatif sur l'industrie de l'acier, la production mondiale ayant reculé d'environ 1 pour cent en 2020, tandis que celle de la Chine progressait du chiffre impressionnant de 9,5 pour cent par rapport à l'année précédente. Malgré le recul général de 2020, les capacités mondiales ont augmenté de 1,6 pour cent. Le déclin du commerce de l'acier et l'augmentation des surcapacités mondiales ne sont pas la conséquence de la Covid-19, mais plutôt un problème de long terme qui s'est accéléré à l'occasion de la récession économique actuelle.

"Une coopération internationale et un accord sur la réduction des capacités illégales sont essentiels  si l'on veut renforcer et améliorer la résilience du secteur, laquelle est essentielle pour défendre l'emploi actuel et préparer une Transition juste dans l'industrie de l'acier."

L'augmentation des surcapacités ajoute de la pression sur les travailleurs. Les pertes d'emplois doivent être limitées, mais l'augmentation régulière des accidents mortels chez les travailleurs, comme récemment en Inde, en Espagne, en Corée du Sud et en Afrique du Sud, doit être stoppée.

Pour les syndicats, les mesures de santé et de sécurité conjuguées à une véritable participation des travailleurs et de leurs représentants sont la meilleure solution pour maîtriser les taux d'infection à la Covid-19 tout en protégeant les vies des travailleurs.

Judith Kirton-Darling, secrétaire générale adjointe d'IndustriAll Europe, déclare :

"Il faut que tous les acteurs soient mis sur un pied d'égalité pour avoir des niveaux d'emplois élevés et des normes environnementales rigoureuses dans le monde entier. Les syndicats ne cessent d'appeler le comité de l'acier de l'OCDE à lutter contre les surcapacités mondiales et contre le dumping de l'acier à bon marché. Cela permettrait de déployer vraiment ensemble des efforts internationaux en faveur de la production d'un acier vert de grande qualité dans le respect des droits des travailleurs de la métallurgie en matière d'emploi. L'industrie de l'acier, avec ses travailleurs, jouera un rôle essentiel dans la réalisation des objectifs de l'Accord de Paris sur le climat et les entreprises doivent investir à la fois dans les technologies propres et dans leur main-d’œuvre."

Le syndicat de Nexperia lance une campagne pour la réintégration de sa dirigeante

Le 19 janvier, Nexperia Philippines Inc a licencié Emily Barrey pour avoir enfreint le 15 décembre 2020 la règle du nombre maximum de passagers dans une navette de l’entreprise.

Dans une explication fournie au département des ressources humaines de l’entreprise, Mme Barrey a déclaré qu’elle avait demandé au chauffeur du bus d’aller chercher quatre personnes en plus du maximum de 28, car ces membres de l’équipe de nuit ne se sentaient pas en sécurité, à 21h30, auprès d’un point de ramassage sombre.

Ce point de ramassage est connu pour la criminalité qui peut y régner et, en plus de s’inquiéter pour leur sécurité, les personnes concernées craignaient de ne pouvoir arriver à l’entreprise à temps pour le début de leur service à 22 heures.

Tout en respectant le protocole sanitaire Covid-19 établi par la Task-Force inter-agences (IATF), le Syndicat Nexperia affirme que le licenciement d’une dirigeante syndicale chevronnée pour une infraction mineure n’est pas justifiable.

 

Bien que le syndicat se soit opposé au licenciement, Nexperia a refusé d’accepter les raisons invoquées et a mis fin à l’emploi de Mme Barrey le 9 février. Une autre réunion dans le cadre de la procédure de règlement des conflits était prévue pour le 24 mars, mais l’entreprise a informé le syndicat qu’elle n’était plus nécessaire, car sa décision de licencier Emily était définitive.

Le porte-parole de la MWAP, Julius Carandang, a indiqué :

“Emily est une dirigeante syndicale qui a lutté pour la défense des droits mais qui est dévouée à Nexperia depuis près de trois décennies. Dans le contexte de l’intensification des attaques contre les syndicalistes dans le pays, son licenciement par Nexperia équivaut à une pratique antisyndicale. Nous dénonçons fermement cet acte et nous demandons sa réintégration immédiate.”

Annie Adviento, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, a déclaré :

“La pandémie de Covid-19 est devenue une arme facile pour les employeurs pour attaquer les syndicats et destituer leurs dirigeants. IndustriALL soutient pleinement la campagne visant à réintégrer la camarade Barrey ; ensemble, nous lutterons contre l’autoritarisme croissant sur les lieux de travail et au sein de nos sociétés.”

Le Syndicat Nexperia est affilié à IndustriALL Global Union par l’intermédiaire de l’Alliance des Métallurgistes des Philippines (MWAP).

En Hongrie, un syndicat se bat pour augmenter les salaires

Dans cette renégociation, B Braun propose des hausses de salaires de zéro à cinq pour cent, en fonction de la catégorie du salarié, ainsi qu'une augmentation des primes. Le syndicat veut une hausse de huit pour cent du salaire de base pour l'ensemble du personnel et refuse l'augmentation des primes. D'après le syndicat, ce système de primes, imposé par l'employeur, comporte souvent des objectifs inatteignables.

Dans le courant du mois de mars, le syndicat a organisé une série de grèves d'avertissement avec des taux de participation proches des cent pour cent. Lors de la première grève, la direction a réagi en mettant tous les grévistes à la porte, alors qu'il gelait dehors. Après l'intervention du syndicat, les travailleurs ont pu poursuivre leur action à l'intérieur.

 

"L'année dernière, le personnel a travaillé dur pour atteindre les objectifs et la production a continué pendant tout le confinement. Nous n'acceptons pas que la pandémie serve d'excuse et que tout le fardeau pèse sur les épaules des salariés," dit le président, Balázs Bábel.

"L'employeur cherche à répandre l'inquiétude parmi les travailleurs en disant que nos revendications pourraient entraîner des licenciements en masse. Mais les négociations se poursuivent et nous espérons nous approcher d'une solution."

Dans une lettre aux travailleurs, les secrétaires généraux d'IndustriALL Global Union et d'IndustriAll Europe, écrivent :

"En cette époque de pandémie mondiale, votre employeur devrait prendre des mesures supplémentaires pour montrer l'estime et le respect qu'il a pour ses salariés. Nous savons que les mesures de confinement sont rigoureuses en Hongrie. Aussi, nous savons que vous avez fait beaucoup d'efforts pour maintenir le niveau élevé de production de votre usine pendant la pandémie."

Vasas et ses membres bénéficient du soutien et de la solidarité du réseau syndical de B Braun en Amérique latine, ainsi que de syndicats et du comité d'entreprise en Allemagne, et du syndicat hongrois VDSz.

L'usine de Gyöngyös de la multinationale B Braun produit des instruments médicaux et emploie 1.600 personnes. Près d'un millier sont des cols-bleus, dont 650 sont syndiqués.

L’entreprise forestière finlandaise UPM s’en prend aux droits fondamentaux des travailleurs

UPM est une société multinationale qui possède des usines de production dans 12 pays et emploie 18.000 personnes, dont certaines sont représentées par des affiliés d’IndustriALL. La société est spécialisée dans la production de pâte à papier, de papier, de bois et de produits dérivés du bois, ainsi que dans les biens et services connexes.

Près de 40 représentants des salariés d’UPM en Finlande ont écrit une lettre ouverte à la direction de l’entreprise pour exprimer leur profonde inquiétude face ces gestes inopportuns.

Les travailleurs sont scandalisés, car en janvier encore, la société avait promis de reprendre les négociations sur les conditions d’emploi et avait souligné que les conventions collectives de travail étaient bénéfiques tant pour les salariés que pour l’entreprise.

Cependant, dès le 8 février, UPM a soudainement annoncé sa décision de ne pas négocier les conditions d’emploi de ses salariés à quelque niveau que ce soit. Au lieu de cela, les conditions seraient déterminées sans aucune convention collective, ce qui signifie en pratique qu’elles seraient dictées unilatéralement par l’employeur.

Dans leur lettre ouverte, les salariés d’UPM mettent fortement en cause la cohérence de ce comportement par rapport aux valeurs de l’entreprise en matière de confiance mutuelle et estiment que cela affectera inévitablement leur motivation au travail. Les travailleurs exigent que l’entreprise tienne ses promesses et fasse preuve de responsabilité en engageant des négociations collectives avec les syndicats qui représentent ses salariés.

En toute solidarité, IndustriALL Global Union s’est jointe aux revendications des travailleurs d’UPM et de leurs syndicats. Dans son courrier à l’entreprise, Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL, déclare :

“IndustriALL Global Union juge inacceptable votre tentative de vous défaire d’un système de négociation collective bien en place. Si UPM poursuit dans cette voie, il s’agira d’une trahison de ses salariés qui fera date, elle qui survient au cœur d’une pandémie mondiale qui cause déjà des dommages et des bouleversements considérables pour les travailleurs et leurs communautés. Il ne peut y avoir d’explication pour briser un système de négociation collective aussi bien établi, si ce n’est pour faciliter une attaque ultérieure de l’entreprise sur les droits et les conditions d’emploi de tous ses salariés. Nous nous y opposerons.”

Sanches écrit encore :

“Nous demandons instamment à UPM de cesser de tenter d’imposer des conditions d’emploi individuelles par le biais d’évaluations individuelles. UPM devrait plutôt tenir ses promesses et faire preuve de responsabilité en engageant des négociations collectives avec nos syndicats affiliés, le Syndicat finlandais des travailleurs du papier Paperiliitto, le Syndicat industriel finlandais Teollisuusliitto et le Syndicat Pro”

En février, les délégués syndicaux du réseau des fédérations et syndicats du secteur de la pâte et du papier d’Amérique latine ont exprimé leur solidarité avec leurs collègues finlandais. Les syndicats latino-américains craignent que la façon d’agir d’UPM ne s’étende à d’autres entreprises et pays. Par conséquent, ils se sont engagés à travailler ensemble et solidairement pour exiger des mesures législatives dans leurs pays qui protégeraient les droits fondamentaux des travailleurs et travailleuses.


CRÉDITS PHOTO :

Shutterstock / Riverlake, usine à papier UPM Kaukaa à Lappeenranta, Finlande

rikumakela / Shutterstock.com, Cheminées de la papeterie UPM, 14 février 2020

Renforcer la capacité numérique des affiliés d'IndustriALL

Lorsque la Covid a éclaté, les syndicats ont été confrontés à un nouveau défi et n'ont eu d'autre solution que de développer leur capacité numérique. La dépendance accrue à la technologie a fait apparaître un clivage du fait que tous les syndicats n'ont pas accès à l'équipement; dans de nombreuses régions du monde, les infrastructures des technologies de l'information sont rudimentaires et sous-financées, ce qui entraîne un manque de connectivité.

"Le contact entre les adhérents et les cadres des syndicats est primordial, d'autant plus que, partout dans le monde, les droits des travailleurs sont attaqués et que chaque jour éclatent des urgences sanitaires et sécuritaires. Les ressources étant limitées, il est rare que l'équipement soit une priorité. IndustriALL a voulu continuer à soutenir la coordination du partage d'informations entre les affiliés et leurs membres ainsi qu'entre les affiliés et IndustriALL,"

déclare le secrétaire général d'IndustriALL Atle Høie.

L'an dernier, IndustriALL a réalisé une étude qui a montré que 117 syndicats avaient beaucoup de difficultés à participer à nos activités en raison d'un manque de capacités numériques. Depuis, IndustriALL leur a fourni des ordinateurs portables, des tablettes, des smartphones, des projecteurs multimédias, des caméras, des imprimantes/scanners, des connexions internet à haut débit, des licences Zoom et a dispensé une formation à l'utilisation de l'équipement et de Zoom en fonction des besoins et pour autant que les organisations soient en ordre de cotisation.

"Nous avons constaté un durcissement des attaques contre les droits des travailleurs, c'est pourquoi les activités portant sur les luttes communes essentielles du mouvement syndical et sur le renforcement de la solidarité internationale, les réunions internes et les négociations collectives se sont faites en ligne.

"Nos déplacements restant limités à cause de la pandémie, le soutien fourni par IndustriALL sous la forme de matériels et de logiciels a accru notre capacité à mener nos activités quotidiennes en ligne et à aider plus efficacement nos membres,"

explique Sanjay Vadhavkar, le secrétaire général du syndicat indien SMEFI et membre du comité exécutif d'IndustriALL.

"En plus des défis imposés par la crise économique et la propagation de la Covid-19, nos bureaux ont été gravement endommagés par l'explosion de Beyrouth, l'an dernier, ce qui a fortement freiné nos activités. Le soutien d'IndustriALL a eu un impact positif en renforçant nos capacités à améliorer nos compétences en communication numérique et à reprendre nos activités à distance pendant cette période critique,"

dit Sleiman Hemdan, le président de l'Union professionnelle des syndicats de travailleurs et de salariés des matières chimiques et assimilées.

Wander Mkhonza, le secrétaire général de l'ATUSWA, en Eswatini, se félicite de ce soutien qui a facilité la communication en ces temps difficiles.

"Les réunions virtuelles deviennent la norme, et sans les gadgets qu'elles nécessitent, il serait pratiquement impossible de gérer un syndicat."

Reginald Lafontant, le coordinateur de notre affilié haïtien GOSTTRA, explique que depuis le début de la pandémie, les travailleurs de l'habillement haïtiens sont confrontés à des défis sans précédent. La situation a encore empiré en février, lorsque le président Jovenel Moïse a refusé de quitter le pouvoir à la fin de son mandat, déclenchant les protestations.

"Le soutien que nous avons reçu nous a permis de fonctionner et de s'attaquer à ces problèmes du mieux que nous pouvions. Notre exécutif peut maintenant se réunir par Zoom et nous avons pu, avec notre centrale nationale, réagir à la crise constitutionnelle de manière coordonnée avec de nombreux autres syndicats.

"Nous sommes aussi en contact régulier avec nos affiliés, qui nous tiennent régulièrement au courant et nous informent sur les questions de santé et de sécurité entre autres. Concrètement, depuis la montée des violences, nous avons pu alerter les travailleurs qui se rendent au travail sur les raids de la police et les attaques de gangs."

Le soutien numérique a permis aux affiliés d'optimiser l'utilisation de divers réseaux sociaux et plateformes en ligne pour faire la promotion de programmes, de campagnes et d'actions d'organisation. La technologie a permis aux travailleurs d'intervenir dans des conflits portant sur la négociation collective, en utilisant la technologie des réunions à distance pour négocier avec les employeurs et trouver des solutions.

Khaing Zar, le président de l'IWFM, au Myanmar, déclare :

"Grâce à ce soutien, l'IWFM a mis en place une permanence accessible aux membres comme aux non-membres et a organisé des réunions en ligne pour diffuser des informations actualisées sur la Covid-19. Beaucoup de nos adhérents ont été renvoyés, temporairement ou définitivement, à cause des fermetures d'usines et les employeurs mènent des actions antisyndicales. Nous avons pu nous connecter, offrir une protection et surmonter des difficultés pour le compte de nos membres pendant la pandémie."

Les jeunes, qu'ils soient adhérents ou dirigeants, ont joué un rôle crucial en comblant nos carences technologiques. Cela a donné aux jeunes une visibilité accrue dans l'action syndicale et leur a donné accès à l'action syndicale à un autre niveau.

"L'efficacité des activités syndicales vient de la vivacité de la communication avec les membres, mais, du fait des restrictions liées à la pandémie de Covid-19, notre façon de travailler a totalement changé. Avec le soutien d'IndustriALL, nous avons réussi à surmonter ce défi. Maintenant, le personnel peut poursuivre ses activités et nous pouvons maintenir la communication avec les responsables syndicaux,"

explique Tamaz Dolaberidze, le président du Syndicat des travailleurs de la métallurgie, la mine et la chimie de Géorgie.

Indonésie : 434 travailleurs et travailleuses du papier rejettent les salaires de misère

Ces travailleurs et travailleuses sont affiliés à la Fédération indonésienne des travailleurs de la pâte et du papier (FSP2KI) par le biais de deux syndicats locaux, le Syndicat de la sécurité de PTTEL (SPS) et le Syndicat des services de PTTEL (SP3). Ces syndicats négocient une nouvelle convention collective avec la direction depuis début février. L’entreprise n’a proposé que 500 IDR (0,03 dollar), soit l’équivalent d’une augmentation de salaire de 0,2 %.

Les syndicats ont rejeté l’offre, déclaré l’existence d’une impasse et annoncé une grève de trois jours à partir du 15 mars. Toutefois, la FSP2KI affirme que si PTTEL refuse toujours d’accepter ses revendications, la grève pourra être étendue à sept jours.

 

Le Secrétaire général du FSP2KI, M. Fatkuroji a déclaré :

“Il n’y a pas eu d’augmentation de salaire depuis près de deux ans et nous nous battons également pour quelques avantages tels que des allocations de repas et d’assiduité. L’augmentation de salaire doit être basée sur l’inflation et les évaluations de performance ; les travailleurs et travailleuses ont droit à un salaire vital décent.”

FSP2KI et PTTEL sont en conflit sur le recours à des travailleurs et travailleuses externalisés par des sous-traitants depuis juin de l’année dernière. Le précédent sous-traitant, PT Kaliguma Transindo, a mis fin aux contrats de 38 travailleurs. Le FSP2KI a demandé à la société de sous-traitance PT Kamigumi Indonesia de réembaucher tout le monde.

En conséquence, le syndicat a organisé un piquet de grève devant l’entreprise pendant plus de six mois. Les syndicalistes et leurs partisans ont été confrontés à une reprise à une violente dispersion de la part de la police. IndustriALL a condamné cette violence et a lancé une campagne mondiale contre l’entreprise.

La Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, Annie Adviento, a déclaré :

“IndustriALL est solidaire des membres en grève de la FSP2KI. Nous appelons l’entreprise à négocier de bonne foi et à accepter les revendications raisonnables des travailleurs et travailleuses.”

Veuillez envoyer un message de solidarité aux travailleurs et travailleuses en grève par l’intermédiaire du Président de la FSP2KI, Hamdani Almedani, et de son Secrétaire général, Fatkuroji

PTTEL est détenue à 100 % par la multinationale japonaise Marubeni Group. L’entreprise emploie 830 salariés permanents, en plus de 734 personnes en sous-traitance. PTTEL fabrique des produits à base de pâte à papier et les exporte au Japon et en Europe.

Lock-out dans un atelier de lingerie en Thaïlande

L'atelier de lingerie Brilliant Alliance Thai Global a fermé le 10 mars sans avertissement. À son arrivée pour prendre le poste de nuit, le personnel a trouvé les grilles fermées, avec une affiche annonçant sa fermeture permanente. Le personnel n'a reçu aucun  préavis et aucune indemnité de licenciement, ce qui est illégal en droit thaï. La loi oblige l'employeur à donner un mois de préavis et à solder ses comptes avec les travailleurs, en versant leurs salaires, leurs indemnités de paiement, les primes impayées et la partie du congé annuel à prendre.

Le personnel a trouvé les grilles fermées en arrivant au travail

Brilliant, qui appartient au Clover Group de Hong Kong, a repris l'atelier de Body Fashion en 2019, à l'occasion d'un transfert d'entreprises. Mais Brilliant n'a pas repris les conditions d'emploi, suspendant indéfiniment le paiement des primes, et ne payant que la moitié du montant nécessaire pour la couverture médicale.

Le syndicat d'usine, affilié à IndustriALL Global Union par le biais de la Confédération du travail industriel de Thaïlande, a demandé à plusieurs reprises à rencontrer la direction de Brilliant pour lui faire part de ses préoccupations quant aux conditions de travail, mais les réunions ont été reportées en raison de la pandémie.

En janvier 2021, des représentants syndicaux ont rencontré le propriétaire de Hong Kong sur Zoom. Il leur a dit qu'il n'y avait plus assez de commandes pour maintenir l'atelier en activité. Le 3 mars, la direction de l'entreprise a fait savoir au syndicat qu'en raison d'annulations de commandes, l'entreprise ne pourrait continuer à fonctionner qu'à condition de changer la convention collective, les travailleurs devant accepter une mise en congé de quatre mois avec 50 pour cent du salaire.

Le syndicat en a informé le ministère du Travail et les services d'arbitrage et un scrutin a été organisé. L'offre de l'employeur a été rejetée par 88 pour cent des travailleurs. Quoi qu'il en soit, le syndicat restait ouvert à la négociation et devait rencontrer la direction le 9 mars. Entre-temps des camions sont venus emporter le matériel de l'usine.

Le 6 mars, l'entreprise a annoncé un congé de quatre jours. Lorsque le personnel s'est présenté au travail, le 10 mars, il a trouvé les grilles fermés, avec un avis annonçant la fermeture définitive.

Dans une lettre au Clover Group, le secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, écrit :

"Il est inacceptable que l'entreprise licencie des travailleurs et des travailleuses unilatéralement et injustement, sans respecter le préavis légal et sans payer ce qu'elle leur doit. La façon de procéder de cette entreprise viole incontestablement la législation du travail du pays ainsi que la Déclaration universelle des droits de l'homme, l'indemnisation des travailleurs étant un droit humain. Il va sans dire que ces violations vont aussi à l'encontre des codes de bonne conduite de vos clients tels que Victoria’s Secret, Torrid et Ascena Group .

"Par conséquent, nous exhortons Clover Group International Limited à respecter totalement la législation du travail nationale et les normes fondamentales internationales du travail, et à respecter dès maintenant les droits des travailleurs en entamant un dialogue constructif avec le syndicat et en indemnisant les travailleurs qui ont été licenciés de manière abusive."