Les travailleurs de Ford au Brésil cherchent une alternative pour protéger l’emploi

En janvier, Ford a annoncé la fermeture de trois usines au Brésil. Selon le Département intersyndical des statistiques et des études socio-économiques du Brésil, près de 124.000 emplois directs et indirects sont en jeu.

Le Syndicat des métallurgistes de Taubaté (Sindmetau) a signé un accord avec Ford lors d’une audience de conciliation au tribunal régional du travail ce 18 février. Il a été convenu que des discussions auraient lieu avec l’équipe de direction mondiale du constructeur automobile américain le 25 février pour essayer d’éviter que Ford ne cesse ses activités au Brésil.

En vertu de cet accord, les emplois, les salaires et les avantages des travailleurs de Taubaté seront maintenus jusqu’à la fin des négociations et la production reprendra le 22 février.

Les travailleurs continueront à faire campagne pour protéger leurs emplois ; ils ont récemment organisé un cortège de trois heures au départ de l’usine Ford de Taubaté.

Le Syndicat des métallurgistes de Camaçari a participé à une audience de conciliation au tribunal régional du travail (TRT5-BA) le 18 février. Il a été convenu que les ouvriers de l’usine reprendraient le travail le 22 février et Ford a accepté de payer leur salaire pendant trois mois, ce qui laisse le temps aux parties de mener des négociations.

En outre, la Commission des droits de l’homme a rencontré des représentants des syndicats, du pouvoir judiciaire, du parlement et d’autres groupements pour examiner la possibilité de présenter un projet de loi visant à nationaliser les activités du constructeur automobile au Brésil. Leur objectif est de contrer l’impact des fermetures d’usines et de la désindustrialisation dans le pays.

Des syndicats du monde entier ont envoyé des courriers de solidarité appelant à des politiques industrielles actives qui mettent les intérêts des travailleurs au même niveau que ceux des propriétaires d’entreprises.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a déclaré :

“Je félicite les travailleurs et les syndicats de Ford qui se battent pour protéger leurs emplois. Ils sont déjà sortis victorieux : les tribunaux du travail ont rendu une décision favorable, ouvrant la voie à de nouvelles négociations. Je suis reconnaissant aux syndicats du monde entier de la solidarité dont ils ont fait preuve à l’égard de leurs collègues brésiliens.”

Les marques ACT condamnent le coup d'État au Myanmar

Cette déclaration publique est la première du monde de l'entreprise sur le coup d'État au Myanmar. Ces marques – Bestseller, C&A, Esprit, H&M, Inditex, Lidl, New Look, Next, Primark, Tchibo et Tesco – déclarent que, "en tant qu'entreprises, nous sommes attachées au respect scrupuleux des droits de l'homme et des droits syndicaux dans nos activités et nos chaînes d'approvisionnement, en particulier la liberté de réunion pacifique, la liberté d'opinion et la liberté d'association au titre de la Déclaration universelle des droits de l'homme."

En 2019, elles ont souscrit aux Principes directeurs sur la liberté syndicale au Myanmar, reconnaissant ainsi le droit démocratique des travailleurs de s'organiser librement. La déclaration publiée ce jour donne à cet engagement un écho politique, en affirmant l'attachement des marques aux droits de l'homme, dont la liberté de réunion et d'expression. Elle conclut en ces termes :

"Une entreprise responsable a besoin d'un contexte qui respecte les droits de l'homme."

ACT, pour Action, Collaboration, Transformation, est une convention qui fait date, conclue entre des grandes marques mondiales et des organisations syndicales dans le but de transformer l'industrie de la confection, du textile et de la chaussure en obtenant des salaires de survie pour les travailleurs par le biais de la négociation collective à l'échelon de l'industrie, de la liberté syndicale et des pratiques d'achat. ACT regroupe 21 enseignes mondiales et IndustriALL Global Union au nom de ses organisations affiliées des pays producteurs.

IndustriALL a condamné le coup d'État militaire par un communiqué publié le 1er février dans lequel on peut lire :

"IndustriALL invite les dirigeants militaires à reconnaître que les fruits de la croissance économique et l'amélioration du niveau de vie sont le résultat de la démocratisation et d'un pluralisme politique pacifique en vigueur depuis 2011. Le recours à la violence, au conflit et à un régime antidémocratique entravera les efforts du Myanmar pour attirer les investisseurs étrangers et son développement économique international."

Le secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, déclare :

"IndustriALL loue et appuie cette initiative du monde de l'entreprise qui reconnaît que la démocratie et le respect des droits humains et syndicaux sont essentiels à la réussite et la pérennité des entreprises. Le rétablissement de la démocratie est impératif pour l'emploi et l'investissement dont dépend l'amélioration de la qualité de vie du peuple birman".

Dans leur déclaration, les marques s'engagent à collaborer avec les propriétaires des entreprises locales et avec les syndicats de plus de 200 ateliers de leurs chaînes d'approvisionnement au Myanmar pour garantir le respect de la liberté syndicale.

Trois ouvriers meurent dans l’effondrement d’une cheminée d’ArcelorMittal en Afrique du Sud

Le NUMSA rapporte que les activités de sauvetage ont été menées principalement par des ouvriers pour récupérer dans les décombres les corps des travailleurs décédés, les efforts de l’entreprise étant lents et inefficaces. Selon ArcelorMittal, la cheminée du four à coke, de 90 mètres de haut et faite de briques et de pierres, s’est effondrée et ses décombres ont enseveli une cabine de surveillance avec les trois travailleurs à l’intérieur.

Kabelo Ramokhathali, Secrétaire régional du NUMSA pour Sedibeng, confie :

“Il s’agit d’un terrible et dévastateur accident, en particulier pour les familles des victimes. Elles ont attendu et espéré avec anxiété que leurs proches puissent être retrouvés vivants. Malheureusement, cela n’a pas été le cas. Nous adressons nos plus sincères condoléances aux familles et aux amis de ceux qui sont décédés. Le NUMSA demande au ministère de l’emploi et du travail d’entreprendre une enquête détaillée et approfondie sur la cause de cet accident.”

Selon le NUMSA, ArcelorMittal a été “brutale” dans sa manière de traiter les problèmes de santé et de sécurité soulevés par le syndicat, ce qui a entraîné le licenciement d’un délégué qui avait dévoilé les mauvaises pratiques de santé et de sécurité de la société avant cet accident.

Matthias Hartwich, Directeur du secteur des métaux de base d’IndustriALL, indique :

“ArcelorMittal a promis qu’il y aura une enquête approfondie sur l’affaire et que le NUMSA sera invité à participer à l’enquête.”

Les syndicats frères qui forment le réseau syndical mondial pour ArcelorMittal ont immédiatement apporté leur solidarité. Par exemple, dans une lettre de solidarité, Paulo Cayres et Maicon Michel, respectivement Président et Directeur des affaires internationales de la CNM-CUT du Brésil, ont déclaré :

“Si l’absence d’une équipe chargée par l’entreprise d’intervenir est confirmée, il s’agit d’une circonstance aggravante et particulièrement intolérable. Nous pensons qu’il est essentiel d’établir les causes et les responsabilités afin que de tels accidents ne se reproduisent plus.”

Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, a déclaré :

“Nous avons reçu la triste nouvelle de ces décès avec un grand choc et une grande incrédulité, et nous nous sommes immédiatement joints au deuil des familles des travailleurs décédés. La santé et la sécurité des travailleurs doivent rester une priorité et il est important d’avoir des équipes d’intervention d’urgence en attente et toujours prêtes à intervenir lorsque de tels incidents se produisent. Nous espérons que l’enquête permettra de faire la lumière sur ce qui s’est passé.”

La législation du Myanmar sur la cybersécurité menace la démocratie et le mouvement syndical

Environ une semaine après le coup d’État militaire, le conseil administratif de l’État, auto-proclamé, a demandé aux fournisseurs d’accès internet de lui faire part de leurs commentaires sur le projet de loi sur la cybersécurité avant le 15 février.

L’introduction hâtive de cette loi restrictive est une tentative d’étouffer le mouvement de désobéissance civile qui se développe rapidement dans tout le pays. Les autorités ont coupé les services internet à plusieurs reprises et ont temporairement suspendu les médias sociaux.

Une fois adoptée, cette loi au libellé vague criminaliserait toute personne “créant de la fausse information ou de la désinformation dans l’intention de provoquer la panique du public, la perte de confiance ou la division sociale dans le cyberespace”. Une condamnation suppose une peine d’emprisonnement allant jusqu’à trois ans ou une amende allant jusqu’à 10 millions de kyats (7.525 dollars), ou les deux.

Khaing Zar, Président de la Fédération des travailleurs industriels du Myanmar (IWFM), a déclaré :

“Le projet de loi sur la cybersécurité constitue une grave menace pour la démocratie et le mouvement syndical du Myanmar. Il viole le principe même de la démocratie selon lequel les citoyens doivent pouvoir accéder à une information libre.

Les syndicats ne peuvent pas fonctionner et continuer à représenter les travailleurs et travailleuses dans le cadre d’une loi de cybersécurité aussi restrictive. Nous demandons instamment au gouvernement de rétablir la démocratie et de libérer les parlementaires avant de délibérer sur cette législation.”

Les protestations contre le régime militaire au Myanmar se poursuivent, des centaines de milliers de travailleurs et travailleuses à travers le pays participant à des actions de désobéissance civile pacifique. Les syndicats y jouent un rôle important et visible et l’IWFM, affilié à IndustriALL, a publié une déclaration appelant l’industrie de la confection du Myanmar à respecter les droits fondamentaux en matière de liberté syndicale, d’expression et de réunion pacifique.

“Les manifestations en cours au Myanmar sont essentielles pour repousser l’intrusion militaire dans les libertés et droits fondamentaux qui sont essentiels pour assurer un environnement stable pour les relations sociales. L’avenir de l’industrie de la confection du Myanmar dépend d’une solution pacifique et raisonnable à la crise politique actuelle, car la menace qui pèse sur la démocratie est également une menace pour le climat commercial des investisseurs étrangers.

Les travailleurs et travailleuses du Myanmar exercent des droits de l’homme universellement protégés en se rassemblant pour protester pacifiquement contre le coup d’État militaire et appeler au retour du gouvernement civil élu par le peuple.”

Le Secrétaire général d’IndustriALL Global Union, Valter Sanches, a déclaré :

“La loi sur la cybercriminalité élimine de facto la liberté d’expression au Myanmar et confie le contrôle des communications à l’armée, ce qui est totalement inacceptable. Nous sommes solidaires de la lutte pacifique menée par les travailleurs et travailleuses contre les militaires en vue de restaurer la démocratie.”

IndustriALL condamne les raids brutaux contre les syndicats en Biélorussie

Les bureaux du Syndicat biélorusse des travailleurs de la radio et de l’industrie électronique (REP), affilié à IndustriALL, ont fait l’objet d’une descente de police qui a duré toute la journée. La fouille s’est révélée particulièrement perturbante, des documents et autres objets ayant été jetés par terre et piétinés.

Tous les appareils de communication et les ordinateurs portables ont été saisis, ainsi que la quasi-totalité des documents de base, notamment les documents comptables, divers documents imprimés et de campagne, et l’argent personnel. Les fonctionnaires ont refusé de donner une copie du procès-verbal de perquisition ou de fournir un inventaire des objets saisis.

La direction du syndicat a déclaré que la police aurait trouvé une cartouche de fusil de chasse dans un canapé de la cuisine, ce qui est considéré comme une provocation.

Dans la même matinée, la police a perquisitionné le domicile de l’avocat du REP de la région de Brest, Vladimir Maley, et a confisqué son équipement personnel, ses livres et son argent. Il a été arrêté.

L’appartement du président du syndicat REP, majoritaire, de l’usine automobile de Minsk, Andrei Komlik-Yamatin, a également été fouillé le 16 février. Il a été placé en détention pour avoir refusé d’ouvrir sa porte. Le lendemain, le tribunal l’a condamné à 25 jours de détention administrative “pour désobéissance à un ordre ou à une demande d’un fonctionnaire se trouvant dans l’exercice de ses fonctions”. On ignore pour l’instant où se trouve le représentant du REP de Minsk, Igor Komlik.

Ces raids constituent un nouveau cycle de répression brutale de la part des autorités à l’encontre des organisations de la société civile qui luttent contre les violations flagrantes des droits de l’homme commises par les forces de sécurité à la suite des élections présidentielles truquées d’août dernier.

Selon l’agence de sécurité de l’État, le Comité d’enquête de Biélorussie, les perquisitions et les interrogatoires de masse visent à “établir les circonstances du financement des activités de protestation” et ont été effectués dans le cadre de la procédure pénale prévue à l’article 342 du Code pénal sur “l’organisation et la préparation d’actions qui portent gravement atteinte à l’ordre public”.

Toutefois, IndustriALL Global Union estime que la Biélorussie doit savoir que ses tentatives d’intimidation ne décourageront pas d’autres personnes de mener leurs activités légitimes en matière de droits de l’homme. La communauté internationale continuera à soutenir le peuple biélorusse, les travailleurs et les travailleuses ainsi que leurs syndicats dans leur lutte pour la démocratie et les droits de l’homme, et à s’opposer à la répression de la société civile.

Kemal Özkan, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

“Cette attaque scandaleuse contre les militants syndicaux indépendants et les défenseurs des droits de l’homme est clairement une tentative de l’État de détruire les organisations de la société civile du pays qui luttent pour les droits fondamentaux de l’homme et du travail dans des conditions difficiles et non démocratiques.

IndustriALL condamne fermement ces raids brutaux menés sous de faux prétextes et demande la libération immédiate de tous ceux qui sont détenus et ont été emprisonnés pour avoir exercé pacifiquement leurs droits.”

La Somalie ratifie la C190 et six autres conventions de l’OIT

Selon la Fédération des syndicats somaliens (FESTU), cette ratification sera bénéfique pour les travailleurs et travailleuses pendant la pandémie actuelle de Covid-19 et contribuera à “une reprise en souplesse aux plans économique et social”. Le Syndicat somalien des travailleurs du pétrole et du gaz (SUPEGW), affilié à IndustriALL et qui fait également partie de la FESTU, a pris part à cette campagne de ratification.

Le Secrétaire général de la FESTU, Omar Faruk Osman, indique :

“Nous avons défendu les ratifications en nous appuyant sur les principes de l’OIT en matière de tripartisme, de dialogue social et de relations sociales harmonieuses. Nous avons rencontré le Premier ministre, Mohamed Hussein Roble, le Ministère du travail et des affaires sociales, ainsi que la Chambre de commerce et d’industrie somalienne. En ratifiant ces cadres internationalement reconnus qui fixent des garanties juridiques pour les travailleurs, le gouvernement somalien est désormais tenu de veiller à ce que les lois et politiques nationales soient alignées sur les normes et pratiques internationales.”

La FESTU indique que la C190, Convention sur la violence et le harcèlement, favorisera l’égalité des genres sur le lieu de travail et contribuera à mettre fin à la violence sexuelle et sexiste qui affecte négativement les femmes au sein du monde du travail. La convention aidera également les syndicats dans leurs campagnes pour l’introduction d’un projet de loi sur les délits sexuels au Parlement fédéral.

La Convention 144 sur la consultation tripartite favorisera de meilleures relations sociales et améliorera les relations des parties prenantes avec le gouvernement, les employeurs et les syndicats.

En outre, les Conventions 187 et 155 sur la santé et la sécurité protègent les droits des travailleurs et travailleuses et contribueront à mettre fin aux conditions de travail dangereuses qui ont conduit à de nombreux accident du travail et amélioreront également le bien-être des travailleurs et travailleuses.

Selon la FESTU, les Conventions 97 sur la migration pour l’emploi, 143 sur les travailleurs migrants et 181 sur les agences d’emploi privées visent à lutter contre les abus et l’exploitation auxquels sont confrontés les travailleurs et travailleuses migrants somaliens à l’étranger en leur offrant une protection juridique. Un rapport de l’OIT indique que la plupart des travailleurs et travailleuses migrants somaliens sont employés et tant qu’occasionnels et domestiques dans la région de l’Autorité intergouvernementale pour le développement, composée de Djibouti, de l’Érythrée, de l’Éthiopie, du Kenya, du Sud-Soudan, du Soudan et de l’Ouganda, à laquelle la Somalie appartient également, ainsi que du Moyen-Orient, en particulier du Yémen. Selon les syndicats, ces conventions jettent les bases d’une politique nationale de migration pour la main-d’œuvre du pays.

Le Parlement fédéral du pays a approuvé la ratification le 26 décembre 2020 et les documents ont depuis été soumis à l’OIT. Les syndicats attribuent le succès de cette campagne à la volonté des partenaires du dialogue social de travailler ensemble et de veiller à ce que le pays adhère aux normes internationales du travail.

Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, a déclaré :

“Il est louable que la FESTU ait fait campagne avec succès pour la ratification de plusieurs conventions, ce qui est stratégique dans la mesure où cela fournit des instruments plus larges pour traiter de diverses questions touchant les travailleurs et travailleuses. Nous continuons d’exhorter les syndicats à faire vigoureusement campagne pour la ratification de la Convention 190 et l’adoption de la Recommandation 206 comme stratégie pour mettre fin à la violence envers les femmes au travail.”

Photo du drapeau de la Somalie issue de Wikimedia Commons

Les syndicats allemands remportent la controverse sur le devoir de diligence dans les chaînes d'approvisionnement

Son texte transposera les dispositions des Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme et des Principes directeurs de l'OCDE pour les entreprises multinationales dans le droit allemand. Bien que le projet n'ait pas encore été rendu public, des ministres en ont donné les détails lors d'une conférence de presse, le 12 février.

Cette loi donnera aux entreprises ayant leur siège en Allemagne l'obligation de veiller à ce que les droits de l'homme et les normes environnementales correspondantes soient observés dans tous les maillons de la chaîne d'approvisionnement. Elle doit entrer en vigueur au début de 2023 et concernera dans un premier temps les entreprises occupant plus de 3.000 personnes, puis celles de plus de 1.000 à partir de 2024.

Les sous-traitants d'autres pays devront se conformer aux mêmes normes, mais les fournisseurs indirects ne seront contrôlés qu'en cas de plainte. Cela rendrait les firmes allemandes responsables des abus commis dans leurs chaînes d'approvisionnement. Si elles n'y remédient pas, des syndicats et des ONG pourront les traduire en justice en Allemagne pour le compte des victimes.

"La loi sur les chaînes d'approvisionnement doit renforcer la liberté d'association au niveau local et prendre des mesures contre l'antisyndicalisme. Nous avons besoin d'organisations syndicales fortes dans les pays qui constituent les chaînes d'approvisionnement. Avec les travailleurs, les syndicats peuvent détecter les abus et faire punir les violations afin de préserver les droits des travailleurs,"

déclare Wolfgang Lemb, membre du Comité exécutif d'IG Metall, affilié à IndustriALL 

Les entreprises pourront limiter leur responsabilité à condition de répondre à une norme industrielle approuvée par le gouvernement appelée Safe Harbour. Pour les syndicats, un critère minimum pour obtenir le statut Safe Harbour serait que l'entreprise conclue un accord-cadre mondial (ACM) avec le syndicat mondial concerné. Cela constituerait un autre mécanisme de règlement des litiges et aurait des répercussions négatives pour les entreprises qui, comme Volkswagen, enfreignent les dispositions des ACM.

D'une manière générale, on constate une tendance à inclure le devoir de diligence dans les législations. En 2017, la France est devenue le premier pays à promulguer une loi basée sur les principes directeurs de l'ONU. Les Pays-Bas ont adopté une loi sur le travail des enfants en 2019 et le Royaume-Uni a une loi sur l'esclavage moderne. Des lois ont été votées aux États-Unis et en Suisse, et sont en préparation à Hong Kong et au Canada. L'organisation jumelle d'IndustriALL Global Union, IndustriALL Europe, réclame des règles de diligence raisonnable à l'échelon de l'UE.

Logo de l'Initiative Lieferkettengesetz : "Une mode sans victimes exige un cadre légal"

En Allemagne, les syndicats réclament depuis longtemps une loi similaire et ont regroupé les forces de plus de 120 organisations membres dans l'Initiative Lieferkettengesetz pour mener campagne et faire pression en ce sens. Au fil des ans, ils ont rassemblé un soutien politique en pointant les carences d'une démarche volontariste, et l'option d'une loi est appuyée par des économistes de renom. Certaines entreprises soutiennent aussi la solution d'une loi, dont Tchibo, qui a un ACM avec IndustriALL.

La polémique s'est conclue dans le bons sens. Des études montrent que 75 pour cent des citoyens sont favorables à une loi sur les chaînes d'approvisionnement. De plus en plus, des politiciens de tous bords politiques reconnaissent la nécessité d'un cadre légal pour mettre sur un pied d'égalité les activités qu'ont dans différents pays du monde les entreprises basées en Allemagne.

Pour la plupart des multinationales, une législation sur le devoir de diligence n'est pas nécessaire, puisqu'elles peuvent policer leurs activités par des codes de conduite librement consentis. Or, les syndicats ont démontré qu'il n'en est rien. Ils ont montré à de multiples reprises qu'elles ne suivent pas des codes volontaires qui vont à l'encontre de leur intérêt économique.

Michael Vassiliadis

Michael Vassiliadis, le président de l'IG BCE affilié à IndustriALL, a déclaré :

"Les multinationales ont eu tout le temps de montrer qu'ils peuvent relever ces défis par un processus spontané. Elles ne l'ont pas fait et maintenant, elles doivent en accepter la conséquence logique, qui est une loi."

L'Allemagne est gouvernée par une large coalition composée de la CDU/CSU, de centre-droit, et le SPD, de centre-gauche. Le SPD a toujours appuyé l'option légale, et même des politiciens conservateurs s'y rallient aussi. Le ministre CSU en charge du ministère de la Coopération économique et du Développement, le BMZ, s'est associé au ministre SPD du Travail pour préconiser une législation.

Jörg Hofmann

Le président d'IG Metall et d'IndustriALL Global Union, Jörg Hofmann, a déclaré :

"Le gouvernement fédéral allemand a obtenu un accord ! Les efforts du ministre de l'Emploi Hubertus Heil et du ministre du Développement Gerd Müller ont porté leurs fruits. IG Metall se félicite de cet accord relatif à une loi sur le devoir de diligence. Après un long et dur combat, c'est un signe positif.

"Mais la médaille a son revers : il faut encore trop de temps pour que la loi entre en vigueur. Nous exhortons les employeurs à appliquer dès maintenant les normes qu'elle contient. À moyen terme, il faut voir si le contrôle réactif des fournisseurs indirects de la chaîne d'approvisionnement s'avérera suffisant."

Les syndicats bahreïniens réclament une hausse annuelle des salaires

La GFBTU, qui est affiliée à IndustriALL, demande l'ouverture d'un authentique dialogue social avec les organisations syndicales en vue d'améliorer la situation des travailleurs et la sécurité du processus de production.

Dans un communiqué du 1er février 2021, elle déclare que les entreprises ont vu leurs bénéfices augmenter et leur activité se développer, ce qui rend ce gel des salaires incompréhensible, d'autant que le rôle joué par les travailleurs dans l'obtention de ces profits est reconnue. En général, les entreprises accordent une hausse moyenne de trois pour cent en fonction des efforts consentis par le personnel. Or, cette année, aucun supplément n'a été versé.

On peut lire dans le communiqué de la GFBTU que c'est la première fois que cette indexation annuelle est bloquée pour les travailleurs du privé, alors que leurs collègues du secteur public en ont bénéficié. Les cotisations à la sécurité sociale étant fonction des niveaux salariaux, le fait de ne pas accorder cette indexation prive des milliers de travailleurs et de retraités de la possibilité de suivre le rythme de l'inflation dans divers segments de la société, que ce soit de manière directe ou indirecte.

Pour la GFBTU, cette augmentation est minime comparée aux bénéfices engrangés par les entreprises. La bloquer aura un impact négatif disproportionné sur la situation financière et le pouvoir d'achat des travailleurs; elle affaiblira la classe moyenne et augmentera la pauvreté.

La GFBTU souligne que l'indexation annuelle, l'échelle des salaires et le système de promotions font partie d'un système intégré du mécanisme de production. Le fait de ne pas donner cette hausse menace l'intégrité de tout le système.

La GFBTU a déposé un plan général pour les fonds destinés au marché du travail et à l'assurance sociale qui assurerait la continuité de l'indexation pour tous les travailleurs et les retraités ainsi que l'emploi des chômeurs et la pérennité des fonds d'assurance sociale et le développement durable.

La FGBTU a souligné le rôle des travailleurs et des retraités dans l'aide aux entreprises et aux institutions pour surmonter la crise économique et a montré que leur loyauté et leur dévouement et les sommes qu'ils ont versées aux fonds d'assurance pour éviter leur effondrement ont contribué à doubler les bénéfices. Ils devraient en être récompensés plutôt que voir leur indexation annuelle supprimée.

Le secrétaire général de la GFBTU, Abdulqader Al-Shehabi, a déclaré :

"Cette question concerne des entreprises-clés de plusieurs secteurs, comme le pétrole, le gaz et les métaux. La hausse annuelle des salaires est censée compenser la hausse continue des prix et de l'inflation. En priver les travailleurs ferait progresser la pauvreté, affaiblirait le pouvoir d'achat des travailleurs et ferait reculer les investissements."

Pour le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan :

"Cette question affecte les niveaux de vie des travailleurs et des retraités. Nous exhortons les entreprises concernées à entamer le dialogue social avec la GFBTU et à discuter de la question de bonne foi pour trouver des solutions."

Image: Un atelier de forgeron. GFBTU

Les victimes de la catastrophe de Brumadinho demandent l’invalidation du règlement avec Vale

Crédit photo : Jornalistas Livres et MAB.

Selon l’accord concernant le règlement du litige, Vale doit payer une indemnisation de 37,68 milliards de reais (7 milliards de dollars) pour le crime de Brumadinho. Lors de l’audience de règlement du 4 février, les victimes ont protesté contre le fait qu’elles avaient été maintenues en dehors des négociations et que le règlement avait été conclu sans qu’aucune information ne soit rendue publique.

Le 10 février, les communautés touchées ont déposé une requête auprès de la Cour suprême fédérale, lui demandant d’annuler son approbation de l’accord de règlement signé par Vale et le gouvernement de l’État du Minas Gerais.

Elles affirment que les personnes concernées ont le droit d’être directement impliquées dans les négociations, sur un pied d’égalité. En outre, le règlement n’atteint pas leur objectif principal, qui est de garantir qu’elles obtiennent réparation sur les plans économique, social et environnemental pour le préjudice moral et économique collectif qui a été causé lorsque la digue de retenue des résidus de Vale a cédé à la mine de Córrego de Feijão.

Le gouverneur de l’État, Romeu Zema, leur avait assuré que toutes les parties concernées seraient associées au processus et que leur voix serait entendue. Pourtant, le groupe qui a déposé la requête a déclaré que les victimes, leurs représentants et les comités apparentés avaient été laissés en marge des négociations sur ce règlement depuis octobre 2020.

Alors que l’État recevra près de 27 milliards de reais (5 milliards de dollars), les personnes concernées ne recevront que 9 milliards de reais (1,6 milliard de dollars), une différence qu’elles jugent absurde. Et le montant prévu pour l’aide d’urgence n’est pas suffisant pour couvrir toutes les communautés touchées, laissant de côté quelque 20.000 personnes.

Le Mouvement pour les victimes des barrages, l’une des organisations qui ont saisi la Cour, a souligné que la Commission d’enquête parlementaire sur Brumadinho, qui a supervisé les négociations de règlement de Brumadinho, n’a pas été informée des termes de l’accord et n’a donc pas pu analyser le règlement final. La Commission a récemment tenu une réunion avec les victimes et a déclaré qu’elle organisera une audience publique avec les personnes concernées et des représentants du gouvernement de l’État du Minas Gerais, du ministère de la justice de l’État, du ministère public et du bureau du médiateur.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL a déclaré :

“IndustriALL Global Union ressent une extrême colère face à l’injustice dont souffrent les victimes de Brumadinho. Aucune somme d’argent ne peut soulager la souffrance de tant de personnes. Nous sommes solidaires de toutes les personnes touchées et nous continuerons à nous battre jusqu’à ce que justice soit faite.”

Les travailleurs de l'automobile iraniens en grève pour le paiement de leurs salaires

Iran Khodro Company est le premier constructeur automobile d'Iran; il construit des véhicules sous licence, notamment pour Peugeot, Renault et Suzuki, ainsi que des camions, des minibus et des autobus.

La société connaît des problèmes et des accusations de corruption sont portées contre elle depuis quelque temps, et elle est accusée de ne plus verser les salaires depuis septembre et octobre de l'an dernier, de même que les cotisations à la sécurité sociale.

Cela a eu pour conséquence que des travailleurs ayant atteint l'âge de la retraite ont pourtant dû continuer à travailler, la sécurité sociale refusant de verser leurs pensions tant que le solde des cotisations n'était pas apuré.

Iran Khodro Company a six sites de production en Iran, dont l'usine de Tabriz qui peut produire 120.000 véhicules par an. Cette multinationale de l'automobile, qui a aussi des usines en Azerbaïdjan, au Belarus, au Sénégal, en Syrie et au Venezuela, impute à la pandémie de Covid-19 la cause de ces problèmes de paiement. Les travailleurs de l'usine de Tabriz ont entamé une grève sauvage le 30 janvier et plusieurs ont été licenciés pour cette raison.

Notre affilié iranien, le Syndicat des métallurgistes et des machinistes d'Iran (SMMI) dénonce une situation catastrophique dans tous les sites industriels d'Iran, l'impact économique de la pandémie venant s'ajouter aux conséquences des sanctions américaines. Les constructeurs automobiles et leurs fournisseurs en souffrent et beaucoup d'entreprises ne paient plus les salaires et ne versent plus les cotisations sociales. Ainsi, beaucoup de travailleurs n'ont plus accès à des prestations ni aux soins de santé.

Les salariés de l'Iran Khodro Company ne sont que les derniers en date à s'élever contre des conditions de vie et de travail impossibles. Des actions de protestation se succèdent depuis le mois d'août dernier dans les champs pétroliers et gaziers du sud de la province de Pars où se multiplient les conflits avec des travailleurs qui réclament des conditions décentes et veulent être employés directement, plutôt que par l'intermédiaire de courtiers de main-d’œuvre.

On relève aussi dans tout le pays de nombreuses manifestations de retraités qui protestent contre la faiblesse des pensions qui les réduisent à la misère après une vie de travail. Actuellement, le niveau de pauvreté représente quatre fois le montant de la pension moyenne. Des retraités membres du SMMI sont des organisateurs actifs de ces actions de protestation.

Le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan déclare :

"Le gouvernement iranien manque à ses responsabilités envers ses citoyens. Il a permis à des entreprises de tromper les travailleurs et de priver cruellement le système de sécurité sociale de moyens à un moment où il en a le plus besoin, pendant une pandémie mondiale.

Les travailleurs iraniens se dressent pour défendre leurs droits. Ils ont raison de le faire et ont le courage de résister à un régime répressif et à des entreprises qui n'assument pas leurs responsabilités. L'Iran doit reconnaître les syndicats indépendants pour que les travailleurs et les retraités du pays obtiennent justice."