Indonésie : 434 travailleurs et travailleuses du papier rejettent les salaires de misère
Ces travailleurs et travailleuses sont affiliés à la Fédération indonésienne des travailleurs de la pâte et du papier (FSP2KI) par le biais de deux syndicats locaux, le Syndicat de la sécurité de PTTEL (SPS) et le Syndicat des services de PTTEL (SP3). Ces syndicats négocient une nouvelle convention collective avec la direction depuis début février. L’entreprise n’a proposé que 500 IDR (0,03 dollar), soit l’équivalent d’une augmentation de salaire de 0,2 %.
Les syndicats ont rejeté l’offre, déclaré l’existence d’une impasse et annoncé une grève de trois jours à partir du 15 mars. Toutefois, la FSP2KI affirme que si PTTEL refuse toujours d’accepter ses revendications, la grève pourra être étendue à sept jours.
Le Secrétaire général du FSP2KI, M. Fatkuroji a déclaré :
“Il n’y a pas eu d’augmentation de salaire depuis près de deux ans et nous nous battons également pour quelques avantages tels que des allocations de repas et d’assiduité. L’augmentation de salaire doit être basée sur l’inflation et les évaluations de performance ; les travailleurs et travailleuses ont droit à un salaire vital décent.”
FSP2KI et PTTEL sont en conflit sur le recours à des travailleurs et travailleuses externalisés par des sous-traitants depuis juin de l’année dernière. Le précédent sous-traitant, PT Kaliguma Transindo, a mis fin aux contrats de 38 travailleurs. Le FSP2KI a demandé à la société de sous-traitance PT Kamigumi Indonesia de réembaucher tout le monde.
En conséquence, le syndicat a organisé un piquet de grève devant l’entreprise pendant plus de six mois. Les syndicalistes et leurs partisans ont été confrontés à une reprise à une violente dispersion de la part de la police. IndustriALL a condamné cette violence et a lancé une campagne mondiale contre l’entreprise.
La Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, Annie Adviento, a déclaré :
“IndustriALL est solidaire des membres en grève de la FSP2KI. Nous appelons l’entreprise à négocier de bonne foi et à accepter les revendications raisonnables des travailleurs et travailleuses.”
Veuillez envoyer un message de solidarité aux travailleurs et travailleuses en grève par l’intermédiaire du Président de la FSP2KI, Hamdani Almedani, et de son Secrétaire général, Fatkuroji
PTTEL est détenue à 100 % par la multinationale japonaise Marubeni Group. L’entreprise emploie 830 salariés permanents, en plus de 734 personnes en sous-traitance. PTTEL fabrique des produits à base de pâte à papier et les exporte au Japon et en Europe.
Lock-out dans un atelier de lingerie en Thaïlande
L'atelier de lingerie Brilliant Alliance Thai Global a fermé le 10 mars sans avertissement. À son arrivée pour prendre le poste de nuit, le personnel a trouvé les grilles fermées, avec une affiche annonçant sa fermeture permanente. Le personnel n'a reçu aucun préavis et aucune indemnité de licenciement, ce qui est illégal en droit thaï. La loi oblige l'employeur à donner un mois de préavis et à solder ses comptes avec les travailleurs, en versant leurs salaires, leurs indemnités de paiement, les primes impayées et la partie du congé annuel à prendre.
Le personnel a trouvé les grilles fermées en arrivant au travail
Brilliant, qui appartient au Clover Group de Hong Kong, a repris l'atelier de Body Fashion en 2019, à l'occasion d'un transfert d'entreprises. Mais Brilliant n'a pas repris les conditions d'emploi, suspendant indéfiniment le paiement des primes, et ne payant que la moitié du montant nécessaire pour la couverture médicale.
Le syndicat d'usine, affilié à IndustriALL Global Union par le biais de la Confédération du travail industriel de Thaïlande, a demandé à plusieurs reprises à rencontrer la direction de Brilliant pour lui faire part de ses préoccupations quant aux conditions de travail, mais les réunions ont été reportées en raison de la pandémie.
En janvier 2021, des représentants syndicaux ont rencontré le propriétaire de Hong Kong sur Zoom. Il leur a dit qu'il n'y avait plus assez de commandes pour maintenir l'atelier en activité. Le 3 mars, la direction de l'entreprise a fait savoir au syndicat qu'en raison d'annulations de commandes, l'entreprise ne pourrait continuer à fonctionner qu'à condition de changer la convention collective, les travailleurs devant accepter une mise en congé de quatre mois avec 50 pour cent du salaire.
Le syndicat en a informé le ministère du Travail et les services d'arbitrage et un scrutin a été organisé. L'offre de l'employeur a été rejetée par 88 pour cent des travailleurs. Quoi qu'il en soit, le syndicat restait ouvert à la négociation et devait rencontrer la direction le 9 mars. Entre-temps des camions sont venus emporter le matériel de l'usine.
Le 6 mars, l'entreprise a annoncé un congé de quatre jours. Lorsque le personnel s'est présenté au travail, le 10 mars, il a trouvé les grilles fermés, avec un avis annonçant la fermeture définitive.
Dans une lettre au Clover Group, le secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, écrit :
"Il est inacceptable que l'entreprise licencie des travailleurs et des travailleuses unilatéralement et injustement, sans respecter le préavis légal et sans payer ce qu'elle leur doit. La façon de procéder de cette entreprise viole incontestablement la législation du travail du pays ainsi que la Déclaration universelle des droits de l'homme, l'indemnisation des travailleurs étant un droit humain. Il va sans dire que ces violations vont aussi à l'encontre des codes de bonne conduite de vos clients tels que Victoria’s Secret, Torrid et Ascena Group .
"Par conséquent, nous exhortons Clover Group International Limited à respecter totalement la législation du travail nationale et les normes fondamentales internationales du travail, et à respecter dès maintenant les droits des travailleurs en entamant un dialogue constructif avec le syndicat et en indemnisant les travailleurs qui ont été licenciés de manière abusive."
IndustriALL et H&M renforcent leur coopération pour soutenir le redressement de la confection au plan mondial
Depuis le début de la crise, H&M et IndustriALL ont agi sous différentes formes, tant au niveau bilatéral que dans le cadre d’initiatives multipartites. Cette coopération a été essentielle pour soutenir la chaîne d’approvisionnement et le secteur pendant cette période.
IndustriALL et H&M ont entretenu une étroite coopération aux niveaux mondial et national, notamment au sein des comités nationaux de suivi établis dans six pays en vertu de l’accord-cadre mondial, signé pour la première fois en 2015.
Afin de minimiser les impacts de la pandémie mondiale de Covid-19 et de renforcer la coopération par-delà celle-ci, H&M et IndustriALL réaffirment et renforcent maintenant publiquement leurs engagements à travailler ensemble avec les fournisseurs.
“Les fournisseurs de l’industrie manufacturière ont besoin de stabilité et de prévisibilité pour préserver les conditions d’emploi et de revenu ; c’est le type d’engagement qu’apporte cette déclaration commune. Nous travaillons ensemble pour aider le secteur à se renforcer afin de sortir de la crise, de sauver des emplois et de préserver les droits et les revenus des travailleurs et travailleuses.
Ce signe clair de H&M à ses fournisseurs est crucial pour que nos syndicats affiliés puissent exercer pleinement leur rôle de défense des emplois, des droits, des salaires et des conditions de travail des travailleurs et travailleuses tout au long de la chaîne d’approvisionnement de H&M”
indique le Secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches.
Yosef Natour, Responsable de la production du groupe H&M, a déclaré :
“L’importance d’une collaboration étroite et significative entre les entreprises et les syndicats est devenue encore plus évidente pendant la pandémie. Ce n’est qu’en unissant nos forces, en particulier au sein des usines, que nous pourrons utiliser efficacement notre influence et notre expertise combinées pour relever les défis liés à la protection des droits fondamentaux des travailleurs et travailleuses dans le contexte de la Covid-19.”
On retrouve au sein de l’accord conjoint :
le renforcement d’un environnement propice au respect de la liberté syndicale et du droit à la négociation collective tout au long de la chaîne d’approvisionnement de H&M
la promotion du dialogue social à tous les niveaux en tant que moyen principal de résoudre les conflits
la réaffirmation des engagements en faveur de pratiques d’achat responsables par le biais de commandes stables, en respectant les modalités de paiement et en favorisant des conditions qui permettent aux fournisseurs d’honorer leurs versements aux travailleurs et travailleuses et de préserver le niveau d’emploi et de revenu
la demande à tous les fournisseurs directs et à leurs sous-traitants de mettre en œuvre les mesures conservatoires nécessaires et de fournir les équipements de protection requis
le travail conjoint avec les gouvernements et les organisations professionnelles pour promouvoir leur engagement dans le cadre de l’Appel à l’action de l’OIT et d’initiatives similaires.
“Cette déclaration commune confirme l’engagement réel de H&M à poursuivre et à renforcer notre étroite coopération fondée sur l’accord-cadre mondial. Des défis nous attendent, mais l’amélioration des conditions de travail et une industrie de la confection durable ne peuvent être obtenues que par la coopération,”
a déclaré Marie Nilsson, Présidente du syndicat suédois IF Metall, cosignataire de l’accord.
Photo 1 : Shutterstock
Photo 2 : Cérémonie de signature virtuelle, le 15 mars 2021
À Maurice, le Centre de ressources pour les migrants protège les travailleurs migrants contre l'exploitation
Plus de 50.000 travailleurs migrants qualifiés travaillent actuellement à Maurice, principalement dans l'industrie textile et l'habillement. Près de 35 pour cent sont originaires du Bangladesh.
D'après la Confédération des Travailleurs des Secteurs Publique et Privé (CTSP), certains agents disent aux travailleurs que pour réussir dans cette île paradisiaque, ils n'ont qu'à "se baisser pour ramasser l'argent". Pour la CSTP, ces informations sont totalement fausses et les migrants finissent par travailler dans des conditions dangereuses, pour des bas salaires pendant les trois ans de leur contrat.
Dans ces conditions, les travailleurs migrants ont du mal à rembourser les sommes énormes qu'ils ont dû emprunter pour payer leur voyage à Maurice. Il est de plus en plus difficile d'épargner pour envoyer de l'argent à leurs familles, et ils rentrent souvent au pays sans grand-chose des trois années passées à Maurice.
On note aussi des cas de servage pour dette lorsqu'un travailleur est forcé de travailler pour rembourser une dette. Dans ce cas, le travailleur part à Maurice pour y travailler afin de rembourser une dette contractée dans le pays d'origine.
D'après ASOS, qui se fournit en vêtements à Maurice et a participé aux réunions préparatoires à la création du Centre de ressources pour les migrants (MRC), les travailleurs ne devraient payer que le voyage et pas les coûteux honoraires des agences de recrutement, qui peuvent atteindre 800 $. D'autres marques sont pressenties pour soutenir le centre.
Les violations des droits des migrants sont notamment la confiscation des passeports, les brutalités subies des employeurs, des durées de travail très longues, les salaires impayés, comme les heures supplémentaires, la rémunération inférieure au salaire minimum, des conditions de vie et des dortoirs sordides, l'absence de transport fourni par l'employeur, l'obligation de travailler sans formation et la barrière de la langue.
Pour combattre l'exploitation des travailleurs migrants, la CTSP, IndustriALL et Anti-Slavery International ont créé en 2018 le Centre de ressources pour les migrants (MRC) pour dénoncer les violations des droits humains et des droits au travail des travailleurs migrants couvertes par la législation mauricienne.
Le MRC, qui fournit une aide aux migrants en les encourageant à se syndiquer et en les informant de leurs droits, a mené 16 campagnes de sensibilisation qui ont touché plus de 700 travailleurs. Des informations leur sont aussi données sur la diversité culturelle à Maurice et sur ce qu'il faut faire pour vivre en sécurité dans le pays. Le MRC accueille aussi les travailleurs licenciés abusivement par leur employeur et publie des brochures en plusieurs langues sur ce qu'il faut faire en cas de violation.
La plupart des travailleurs migrants se sont affiliés à la CTSP après avoir obtenu des informations du Centre et ont porté plainte au ministère du Travail.
IndustriALL, la CTSP et ASOS ont conçu une application sur téléphone portable qui permet aux travailleurs de porter plainte sans risquer d'être persécutés par leur employeur.
Reeaz Chuttoo, le président, et Jane Ragoo, la secrétaire générale de la CTSP, déclarent :
"Le MRC est un outil important pour les travailleurs migrants et il a été d'une grande aide. En outre, la CTSP discute avec le ministre du Travail pour obtenir l'ouverture d'une maison des travailleurs migrants qui pourrait aussi servir de refuge."
Christina Hajagos-Clausen, la directrice d'IndustriALL en charge de l'industrie du textile et du vêtement, déclare :
"Le MRC est un modèle de solidarité internationale qui peut contribuer à mettre fin aux violations des droits des travailleurs migrants et des normes internationales du travail et faire en sorte de trouver des remèdes. Nous félicitons la CTSP qui défend inlassablement les droits des travailleurs migrants à Maurice".
IndustriALL exhorte les entreprises à garantir les droits fondamentaux au Myanmar
Dans une interview accordée à Workers’ Liberty, Khaing Zar, Président de l’IWFM, affiliée à IndustriALL, déclare que ce sont les précédentes sanctions économiques imposées au Myanmar qui avaient permis la tenue d’élections plus démocratiques.
“Nous demandons à la communauté internationale et aux gouvernements de mettre en place des sanctions économiques généralisées, afin de bloquer tous les flux financiers à destination des militaires. Nous demandons aux institutions financières internationales de geler toutes leurs activités au Myanmar,”
déclare ainsi Khaing Zar.
En début de semaine, le Conseil de sécurité des Nations unies a condamné la violence au Myanmar et appelé l’armée à faire preuve de retenue. Les États-Unis ont imposé des sanctions à deux enfants du commandant en chef du Myanmar et à six entreprises qu’ils contrôlent.
IndustriALL a contacté des entreprises multinationales déployant des activités au Myanmar pour leur demander d’agir pour protéger les droits de l’homme et du travail fondamentaux et pratiquer une diligence raisonnable. Il s’agit notamment de sociétés du secteur de l’énergie telles que Shell, EDF, Engie, Total et Eni.
“Les entreprises doivent veiller à ce que leurs activités commerciales et leurs fournisseurs ne contribuent pas aux violations des droits de l’homme ou ne les aggravent pas, et aucun travailleur ou dirigeant syndical ne doit être sanctionné pour avoir participé à des manifestations pacifiques contre le coup d’État,”
a déclaré Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL.
Le mois dernier, à l’initiative d’IndustriALL, des enseignes mondiales s’approvisionnant en produits de confection au Myanmar ont publié une déclaration commune affirmant leur engagement envers les normes démocratiques :
“en tant qu’entreprises, notre engagement est de respecter pleinement les droits de l’homme et les droits des travailleurs au sein de nos activités et de nos chaînes d’approvisionnement, en particulier le droit à la liberté de réunion pacifique, à la liberté d’opinion et à la liberté syndicale, conformément à la Déclaration universelle des droits de l’homme.”
Valter Sanches a déclaré :
“Nous soutenons l’appel lancé par les citoyens du Myanmar en faveur d’une campagne mondiale visant à « Cesser d’acheter des produits de la junte et demander aux entreprises d’user de leur influence pour obtenir la libération des détenus, rétablir les institutions démocratiques et garantir les droits de l’homme et du travail pour tous les travailleurs et travailleuses du Myanmar, en particulier la liberté syndicale, le droit de manifester pacifiquement et la liberté d’expression. »”
Haïti : les syndicats réclament le retour à la démocratie
38 organisations syndicales haïtiennes ont signé une déclaration commune appelant au respect de la Constitution de 1987 et au rétablissement de l'état de droit et de la démocratie en Haïti. Les syndicats accusent le président Jovenel Moïse de prolonger son mandat en violation de la Constitution.
La centrale syndicale CGTP, dont est membre l'affilié d'IndustriALL GOSTTRA, est un des signataires. Pour le coordinateur du GOSTTRA, Réginald Lafontant,
"La situation des travailleurs haïtiens est intolérable. Il est du devoir du mouvement syndical de faire respecter la Constitution."
Le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire a statué que le mandat présidentiel de cinq ans de Jovenel Moïse s'est achevé le 7 février de cette année. Le président gouverne par décrets depuis 2020, après avoir dissous le parlement. Les élections n'ont pas eu lieu et Jovenel Moïse a déclaré son intention de rester en poste jusqu'en février 2022.
Les protestations réclamant le respect de la constitution et la démission de Jovenel Moïse se sont multipliées. La population manifeste contre la pauvreté et la disette, sous un gouvernement corrompu et incapable d'assurer les services de base.
D'après les syndicats, les bandes armées soutenues par le gouvernement se multiplient. Elles ont commencé par s'en prendre à ceux qui réclament de meilleures conditions d'existence et pratiquent maintenant l'incendie criminel, les enlèvements d'opposants, les menaces contre les dirigeants syndicaux et jusqu'aux viols de femmes.
Les syndicalistes subissent une répression systémique, avec une vague de licenciements, des arrestations arbitraires et des menaces de mort dans les rares secteurs où les travailleurs ont réussi à s'organiser, comme dans l'enseignement, le service public et dans les zones franches d'exportation.
Jovenel Moïse a dit qu'il considère l'actuelle Constitution trop libérale, et il a décidé de la changer le 25 avril. Les centrales syndicales haïtiennes soulignent que ceux qui osent dire "non" seront menacés, en particulier les syndicalistes.
Les Syndicats mondiaux ont publié une déclaration commune et lancé une campagne de solidarité avec le peuple haïtien, en envoyant des lettres aux gouvernements leur demandant de ne plus soutenir Jovenel Moïse.
Le secrétaire général d'IndustriALL Valter Sanches a écrit au GOSTTRA pour :
"exprimer notre solidarité avec le peuple haïtien dans votre lutte pour rétablir la démocratie, l’état de droit et le respect des droits humains et syndicaux. Nous sommes outrés par les violations systématiques des droits par le gouvernement. Nous dénonçons vigoureusement le mal causé à tous les niveaux par l’équipe au pouvoir en Haïti."
Les syndicats portent la question de la diligence raisonnable au niveau européen
Les affiliés européens d’IndustriALL Global Union et d’IndustriAll Europe font campagne pour que la Commission européenne adopte une législation sur la diligence raisonnable. Cette législation obligerait les entreprises à agir sur les violations avérées et potentielles des droits de l’homme et les risques environnementaux dans leurs propres activités, leurs chaînes d’approvisionnement et les services qu’elles utilisent.
Les 4 et 5 mars, 80 participants de plus de 20 syndicats européens se sont réunis en ligne pour discuter du thème “La diligence raisonnable des entreprises et informations non financières : menaces ou nouveaux leviers pour les représentants des travailleurs ?” Cette rencontre a été organisée en coopération avec le cabinet de conseil Syndex. Il comprenait une journée complète de formation pour les délégués sur la compréhension et l’utilisation de la législation proposée.
Ben Richards, du syndicat Unite au Royaume-Uni, a souligné que “la diligence raisonnable ne doit pas remplacer l’action syndicale coordonnée au niveau mondial”, mais doit être considérée comme un outil supplémentaire.
Luc Triangle
Le Secrétaire général d’IndustriAll Europe, Luc Triangle, a déclaré :
“Il n’est pas seulement important de disposer de règles européennes contraignantes en matière de diligence raisonnable et de gouvernance d’entreprise durable, mais nous devons également former nos représentants des salariés pour nous assurer qu’ils puissent utiliser cet outil important dans leur travail quotidien. En outre, nous devons savoir quel type de préoccupations ou d’attentes ils ont.”
S’exprimant lors de la rencontre, Paul Nemitz, Conseiller principal en matière de justice auprès de la Commission européenne, a présenté des arguments convaincants en faveur d’une législation sur la diligence raisonnable, sur la base d’études et de consultations qui se sont étendues sur trois ans. Il a expliqué que la diligence raisonnable sert les objectifs politiques privilégiés par les syndicats et leurs alliés, mais qu’elle est également bonne pour les affaires, car elle décourage une réflexion à court terme qui rend les entreprises vulnérables aux ralentissements et autres crises. La législation rendra les entreprises européennes plus résilientes en encourageant la planification à long terme et la stratégie commerciale. La législation renforcera également le dialogue social en redéfinissant les intérêts de l’entreprise pour y inclure la durabilité, les travailleurs et travailleuses, l’environnement et le bien commun, ainsi que les actionnaires.
Une législation est nécessaire pour créer des conditions de concurrence équitables. L’approche volontaire n’a pas fonctionné : en février 2020, la Commission a publié une étude selon laquelle seule une entreprise sur trois prend actuellement des mesures de diligence raisonnable.
Ce travail s’appuie sur l’évolution de la jurisprudence mondiale : en 2011, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a approuvé les Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, qui ont introduit la première norme mondiale en matière de diligence raisonnable. D’autres organisations internationales ont ensuite élaboré des normes de diligence raisonnable fondées sur ceux-ci, comme les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales, de 2011, et la Déclaration de principes tripartite de l’OIT sur les entreprises multinationales et la politique sociale, de 2017.
Des législations nationales ont suivi, dont la plus récente est l’annonce d’un projet de loi en Allemagne. M. Nemitz propose que la législation européenne ait une plus grande portée que l’initiative allemande, en y incluant les petites entreprises et en développant une approche mesurée de la responsabilité des fournisseurs.
Ce 10 mars, les députés ont adopté un rapport de la commission des affaires juridiques du Parlement européen recommandant à la Commission d’adopter une législation sur la diligence raisonnable conforme à ces lignes directrices. Les députés ont fait valoir que toutes les entreprises qui veulent accéder au marché intérieur de l’UE devraient prouver qu’elles respectent les obligations de diligence raisonnable.
Kemal Özkan
S’exprimant sur ce nombre croissant d’instruments juridiques, le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL Global Union, Kemal Özkan, a déclaré :
“Nous nous battons pour une diligence raisonnable obligatoire tout au long de la chaîne d’approvisionnement, assortie de sanctions et d’un accès à des recours pour les victimes. Cela contribuera à rééquilibrer le pouvoir économique en faveur des travailleurs et travailleuses. Il existe un certain nombre de systèmes et de cadres juridiques différents. Nous devons les rassembler pour brosser un tableau global cohérent qui améliore les conditions de travail.”
Explication de la violence domestique et du rôle des syndicats
PARTIE 2: «Explication de la violence domestique et du rôle des syndicats». Nous ne pouvons pas lutter contre la violence domestique si nous ne pouvons pas la reconnaître.
PARTIE 3: «Explication de la violence domestique et du rôle des syndicats». En tant que syndicats, nous avons besoin d'un plan d'action pour lutter contre la violence domestique; voici comment nous pouvons le faire.
Les Syndicats mondiaux rencontrent une dirigeante de l'opposition bélarusse
Le thème de la réunion était la situation effroyable au Bélarus après l'élection présidentielle d'août 2020 et la répression qui a suivi contre les manifestants qui contestent pacifiquement ses résultats.
Au départ, le secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches, a affirmé la détermination du mouvement syndical mondial à soutenir la démocratie au Bélarus où les droits fondamentaux des travailleurs sont violés et les syndicats indépendants, leurs dirigeants et leurs activistes subissent la répression, au mépris des normes internationales du travail que le Bélarus a ratifiées.
Il a annoncé que les Syndicats mondiaux ont dressé une liste d'entreprises ayant des activités au Bélarus et collaborent avec leurs affiliés ayant des liens avec ces entreprises pour les exhorter à appliquer le devoir de diligence dans leurs activités dans ce pays.
Les entreprises ayant des activités au Bélarus doivent veiller :
à ne pas menacer, persécuter, harceler, sanctionner, pénaliser ou défavoriser de toute autre manière les travailleurs qui participent à une grève, une action du travail ou autre visant à assurer la démocratie et le respect des droits de l'homme au Bélarus;
à ne pas empêcher les travailleurs d'exercer leur droit à la liberté d'association en s'affiliant à des syndicats indépendants, et à ne prendre aucune mesure contre ces syndicats.
Mme Tikhanovskaïa a remercié le mouvement syndical pour son soutien et a souligné l'importance de cette réunion pour discuter de mesures concrètes en vue du rétablissement de la démocratie au Bélarus. Elle a ajouté que le soutien aux comités de grève et aux syndicats libres et indépendants est primordial.
La réunion que j'ai eue aujourd'hui avec des représentants de @IndustriALL_GU a été fructueuse. Je les remercie pour leur soutien aux travailleurs du Bélarus en butte à la répression du régime. Il est primordial de soutenir les syndicats indépendants et les comités de grève, pour garantir le droit de grève et assurer aux travailleurs des conditions de travail sûres et salubres. pic.twitter.com/nTvuyYVU92
– Svetlana Tikhanovskaïa (@Tsihanouskaya) 10 mars 2021
Elle a expliqué que la crise humanitaire au Bélarus s'est aggravée et prend des proportions énormes. Depuis le mois d'août, six personnes au moins ont été tuées lors des manifestations et plus de 33.000 ont été arrêtées. Beaucoup font état de tortures en détention, et le Haut-commissaire aux droits de l'homme des Nations unies a reçu 4.644 plaintes pour violences policières et au moins 500 cas de torture.
Le président d'IndustriALL, Jörg Hofmann, a expliqué qu'IndustriALL a suivi les événements au Bélarus de près et avec une vive préoccupation. Le comité exécutif a adopté une déclaration de solidarité avec les syndicats indépendants du Bélarus à sa réunion de novembre 2020. IndustriALL a ensuite consulté ses affiliés bélarusses quant à la possibilité de rencontrer Mme Tikhanovskaïa, une demande qui a été bien accueillie.
Sue Longley, de l'internationale des travailleurs de l'alimentation UITA, a évoqué le courage et la résilience face à la répression. Trois cents personnes ont été condamnées à des peines de plus d'un an de prison, dont trois membres de son affilié BITU.
Owen Tudor, de la CSI, a ajouté : Nous représentons plus de 200 millions de travailleurs dans le monde, affiliés à des syndicats libres et indépendants, et qui réclament la démocratie au Bélarus."
Dans un communiqué de presse, le mouvement syndical mondial s'est engagé à coopérer avec des représentants indépendants de la société bélarusse, notamment avec le bureau de Svetlana Tikhanovskaïa, pour restaurer les libertés et les droits syndicaux au Bélarus. Il s'agit notamment du droit fondamental d'association et du droit d'organiser indépendamment des activités syndicales sans l'ingérence et sans pression des instances gouvernementales ou des employeurs.
À propos du rôle des syndicats, un porte-parole du bureau de Svetlana Tikhanovskaïa a déclaré :
"Nous avons eu deux grandes vagues de grèves, ce qui était neuf pour nous; personne n'avait fait grève depuis l'effondrement du l'Union soviétique, il y a trente ans, et il fallait réapprendre comment faire. Les grèves se sont répandues partout jusqu'à ce que les chefs d'entreprises disent qu'il est illégal de faire grève pour des motifs politiques. Le mouvement a alors faibli.
"Nous devons préparer le Bélarus à la transformation démocratique. Il faut que les gens sachent que la grève est un droit de l'homme et il faut des institutions pour l'appuyer. Les travailleurs sont le moteur de cette révolution. Loukachenko perd le contrôle et ne pourra plus tenir longtemps. Nous devons accélérer le processus de sa destitution avant qu'il fasse plus de dégâts et fasse encore souffrir."
Les syndicats obtiennent des résultats lors de la réunion technique de l’OIT sur le secteur automobile
La Réunion technique sur l’avenir du travail dans le secteur automobile s’est tenue du 15 au 19 février 2021. Comme pour toutes les réunions de l’OIT, un comité tripartite a été chargé d’élaborer un plan pour le secteur, les représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs se réunissant, physiquement et virtuellement, pour une semaine de négociations.
L’industrie automobile est en pleine mutation, sous l’effet de la nécessité de passer à une économie neutre en carbone, du développement de véhicules électrifiés, de nouvelles formes de transport et d’un certain nombre d’autres facteurs. La conséquence pour les travailleurs est que de nombreuses usines automobiles ferment, que les entreprises réduisent leurs effectifs et que l’on assiste à un passage de fonctions de col bleu à des fonctions de col blanc. Les fournisseurs de composants sont également fortement touchés, car les voitures électriques n’utilisent qu’une fraction des composants des voitures à essence et diesel.
La réunion a permis d’élaborer une feuille de route pour guider le secteur dans cette transformation avec le moins de perturbations possible, tout en conservant ses capacités de fabrication complexes et les compétences des travailleurs et travailleuses. La délégation des travailleurs s’est battue pour que des concepts clés tels que la Transition juste, le travail décent, l’égalité des sexes et l’apprentissage continu soient pris en compte dans le document final. Elle a également veillé à ce que les chaînes d’approvisionnement mondiales et les procédures de diligence raisonnable qui les concernent soient mentionnées dans les conclusions. Le dévouement de nos collègues a permis de mettre l’accent sur la dimension sociale de cette transformation et sur une exigence fondamentale : que personne ne soit laissé pour compte.
Reflétant les nouvelles pratiques de travail engendrées par la pandémie de Covid-19, les représentants du gouvernement et des travailleurs étaient physiquement présents dans le bâtiment de l’OIT à Genève, mais dans des pièces séparées. Le porte-parole du groupe des travailleurs, Ben Norman de Unite, a décrit la réunion comme une “expérience surréaliste dans un bâtiment presque désert”.
D’autres participants ont rejoint la réunion en mode virtuel. Les représentants des travailleurs comprenaient des militants syndicaux d’Allemagne, d’Argentine, du Brésil, du Canada, de France, de Corée, des Philippines, d’Espagne, de Turquie, du Royaume-Uni et des États-Unis. IndustriALL était représenté par son Secrétaire général adjoint Atle Høie et son Directeur pour le secteur automobile Georg Leutert.
Le groupe des travailleurs a rejoint les négociations via Zoom
“Le groupe de travailleurs s’est présenté bien préparé”, a indiqué Ben Norman.
“Nous avons réussi à convaincre les employeurs et les gouvernements de l’importance de la diligence raisonnable, de la nécessité de répondre aux préoccupations concernant les conditions de travail dans les chaînes d’approvisionnement et du rôle crucial de la négociation collective et du dialogue social. Nous avons toujours été d’accord sur l’importance de l’apprentissage en continu, qui est au cœur du document final.”
“Nous étions bien organisés, car c’est notre travail quotidien en tant que syndicalistes,” a ajouté Angelo DiCaro d’Unifor.
Isabelle Gagel, ancienne étudiante de l’Université mondiale du travail, a enregistré une série de vidéos pour aider les participants à se préparer : une sur les questions essentielles à débattre, une sur la dimension de genre de l’évolution du monde du travail et une sur les procédures de réunion de l’OIT ainsi que les questions techniques.
La réunion a parfois été conflictuelle, un participant décrivant les employeurs comme “luttant avec acharnement pour maintenir la réalité hors de la pièce” et “traitant les travailleurs comme des outils jetables et non comme des êtres humains”. Le fait qu’il n’y ait pas eu de possibilité de se parler tranquillement pendant les pauses café a également contribué à cette atmosphère de confrontation.
Atle Høie a émis une réflexion sur le rapport entre la quantité de travail fournie lors de la réunion et son résultat final :
“Des semaines de travail pour aboutir à un document de six pages peuvent sembler étranges. Il a souvent fallu se battre afin de trouver la bonne formulation pour l’OIT tout en exprimant notre point de vue, mais nous sommes parvenus à bon port. Nous étions bien préparés et nous avons réussi à négocier de bonnes conclusions.”
Le document final donne à l’OIT un mandat et un budget pour mener à bien des activités visant à promouvoir le dialogue social. Le document salue la valeur du secteur automobile pour l’économie mondiale et le travail décent. Tout en créant des emplois, ce secteur doit s’attaquer à son empreinte environnementale et aux conditions de travail dans ses chaînes d’approvisionnement.
La transformation du secteur automobile est inégale et les participants ont estimé que les pays de l’hémisphère sud devaient bénéficier davantage de ce processus. Plusieurs des conclusions les plus importantes font particulièrement référence à ces pays. Les affiliés ont déjà prévu un suivi : en Turquie, par exemple, le syndicat Turk Metal, présent dans l’automobile, va se rapprocher de la fédération des employeurs MESS pour élaborer une approche de la gestion de la transition. En Corée, le syndicat des métallurgistes KMWU exigera un dialogue social sur la transformation par le biais de la négociation collective, en utilisant le cadre élaboré lors de la réunion. L’Alliance des métallurgistes des Philippines en fera un sujet à aborder lors des prochaines négociations collectives.
Pour les syndicats, la réunion a eu un double résultat : un bon document de travail qui influencera fortement la politique de transformation du secteur automobile et un groupe soudé de syndicalistes informés des enjeux et attachés à travailler ensemble.
Georg Leutert a résumé les travaux en ces termes :
“J’admire la passion et l’enthousiasme de tous ceux qui se sont portés volontaires pour participer aux négociations dans ces circonstances, seuls devant leur écran d’ordinateur, tôt le matin ou tard le soir. Nous nous sommes organisés pour défendre l’emploi, car chaque emploi compte.”