Les syndicats africains plaident pour le DDDH dans la course aux minerais verts

Le thème de la conférence, "Promouvoir les droits humains et un comportement responsable des entreprises dans le monde du travail : des cadres mondiaux aux réalités africaines", faisait écho à d'autres réunions, de l'exécutif régional, des femmes, des jeunes et du réseau du textile et de l'habillement, qui se tenaient la même semaine, et soulignait la nécessité de cadres robustes pour préserver le monde du travail dans la vague de transformations que soulève la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF).

Son but était de favoriser une meilleure compréhension du DDDH et du comportement responsable des entreprises, de renforcer la capacité de surveillance des syndicats sur les droits de l'homme et des travailleurs, et de plaider en faveur de cadres nationaux et sectoriels pour le DDDH. Les ressources minérales de l'Afrique sont capitales pour la transition énergétique et les délégués ont insisté sur le fait que le DDDH est essentiel pour lutter contre l'exploitation et promouvoir un développement durable, dans la ligne de l'Agenda 2063 de l'Union africaine et de la Vision du régime minier de l'Afrique.

La chaîne d'approvisionnement du cobalt de la République démocratique du Congo (RDC), qui, suivant la Banque mondiale, représente plus de 70 pour cent du cobalt extrait dans le monde, a été au centre des débats. Theodore Kamwimbi, du Centre pour la réglementation transformative du travail de l'Université du Cap-Occidental, a réclamé des contrôles rigoureux et des réparations, en particulier pour les jeunes et les femmes des mines artisanales, ainsi que l'abolition du travail des enfants.

Davidzo Muchawaya, de l'Africa Lead de l'IRMA, a commenté l'audit d'une firme chinoise en RDC, Tenke Fungurume Mininge, exprimant des inquiétudes en matière de transparence et de santé et de sécurité. Les interventions de l'IRMA, avec ses interviews hors site et le premier audit jamais réalisé sur un site chinois en RDC, ont été célébrées comme des premiers jalons vers la conformité et la redevabilité.

Des modèles de dimension mondiale, comme la directive de l'Union européenne sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité et la législation allemande sur les chaînes d'approvisionnement ont été étudiés. Judith Kirton-Darling, d'IndustriALL Europe, a qualifié le cadre européen d'"ébauche de mise en balance des obligations des entreprises et des voies de recours des travailleurs", tandis qu'Alexander Nolte, de l'IGBCE allemande a identifié la législation allemande sur les mécanismes de transparence comme un guide pour les États africains dans les échanges mondiaux.

Les stratégies syndicales sont source d'inspiration. Par exemple pour Grahame Kelly, le secrétaire général du Mining and Energy Union d'Australie, a évoqué des tactiques telles que la mobilisation des fonds de pension, invitant les participants à se pencher sur la coopération syndicale entre l'Australie et l'Afrique en matière de DDDH.

Le directeur d'IndustriALL en charge des mines, Glen Mpufane, a mis en garde contre le fait que, sans le DDDH, "l'Afrique risque de devenir une plaque tournante de pratiques de travail relevant de l'exploitation". Il a insisté sur le rôle du DDDH dans l'organisation des mineurs dans le secteur des minéraux stratégiques comme le cobalt et le lithium en Afrique subsaharienne où les violations des droits au travail ont suscité l'attention. La conférence a souligné l'urgence d'un DDDH dans les industries du textile et de l'habillement, confrontées à la course au moins-disant de la "fast fashion", et réclamé une protection sensible à la dimension de genre pour les femmes qui y travaillent.

Les outils pratiques ont suscité un large intérêt. Le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan a déclaré que le Centre de compétence en DDDH, qui devrait voir le jour en 2026 en partenariat entre UNI Global et IndustriALL, portera sur le DDDH dans le secteur minier et le textile. Miriam Neale, directrice par intérim, a décrit la formation au développement des capacités syndicales, bien que des délégués aient exprimé des préoccupations quant à la pérennité et la possibilité d'atteindre les travailleurs de la base. Des appels se sont exprimés pour une transformation des cadres mondiaux volontaires en mécanismes contraignants. Un outil de cartographie régionale, qui permet aux syndicats de repérer les violations, notamment les risques sexospécifiques, a été mis en route, de même qu'une discussion en panel sur la manière dont des plans d'action nationaux sur les entreprises et les droits humains étaient mis en œuvre au Ghana, au Kenya et en Ouganda et dont les stratégies ont été discutées.

Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

"L'Afrique doit élaborer des filières de DDDH ancrées dans les réalités locales et les meilleures pratiques mondiales",

en exhortant les syndicats à exiger des entreprises qu'elles rendent des comptes.

Birleşik Metal-İş lutte contre les violations des droits chez SAG Hidrolik

SAG Hidrolik, filiale turque du groupe italien SAG, fabrique des systèmes de tuyauterie et de conduites hydrauliques pour les secteurs de l’automobile, des machines agricoles, des véhicules lourds et des chemins de fer. Créée en 2011, l’usine de Hendek emploie 114 travailleurs et travailleuses et joue un rôle stratégique dans le réseau d’approvisionnement mondial du groupe SAG.

En août 2025, les travailleurs et travailleuses de l’usine ont exercé leur droit constitutionnel de se syndiquer et ont adhéré à Birleşik Metal-İş. Le 4 août, le Ministère du Travail et de la Sécurité sociale a certifié que le syndicat avait obtenu la majorité et était donc le syndicat officiel pour toute négociation.

Au lieu d’accepter cette décision légale, l’entreprise a cherché à se venger. Le 11 août, Onur Karaman, membre du syndicat, a été licencié sans indemnité de licenciement et sans motif valable. Le 29 août 2025, Ercan Barutçu a également été licencié sans motif valable, suivi du licenciement illégal de Ceylan Civelek le 5 septembre, juste avant son mariage. Les dirigeants ont menacé les travailleurs et travailleuses de fermer l’usine s’ils ne démissionnaient pas du syndicat, tout en imposant de nouvelles restrictions en matière de communication et de déplacement sur le lieu de travail.

Birleşik Metal-İş a déposé une plainte pénale auprès du parquet général de Hendek, documentant ces violations des droits syndicaux et identifiant les responsables qui ont fait pression sur les travailleurs et travailleuses pour qu’ils démissionnent. Le syndicat a également fait appel à la communauté internationale, avec le soutien du syndicat italien FIOM, qui a déjà entamé un dialogue avec la direction du groupe SAG en Italie.

Les actions de SAG Hidrolik constituent une violation grave de la Constitution turque, de la loi n° 6356 sur les syndicats et les conventions collectives de travail et des conventions contraignantes de l’OIT ratifiées par la Turquie. Birleşik Metal-İş revendique la réintégration immédiate des travailleurs et travailleuses licenciés, la reconnaissance du syndicat comme agent négociateur, le lancement de négociations collectives et la fin de toutes les pratiques antisyndicales.

IndustriALL Global Union a promis sa pleine solidarité à Birleşik Metal-İş et les travailleurs et travailleuses de SAG Hidrolik. Avec ses affiliés et ses alliés, IndustriALL soulève la question au niveau international, exigeant que le groupe SAG respecte le choix démocratique de ses travailleurs et travailleuses en Turquie.

Özkan Atar, Président du Syndicat uni des métallurgistes, a déclaré :

“Il est inacceptable que SAG Hidrolik, tout en reconnaissant le syndicat en Turquie, viole les droits des travailleurs dans son usine en Turquie. Des femmes travailleuses subissent des pressions pour avoir exercé leur droit de se syndiquer et deux dirigeantes ont été injustement licenciées. Notre résistance dure depuis plus d’un mois et, avec la solidarité d’IndustriALL Global Union, d’industriAll Europe ainsi que du mouvement syndical international, nous nous battrons jusqu’à ce que nos membres soient réintégrés et que les droits syndicaux soient pleinement reconnus.”

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

“Les licenciements, les intimidations et les menaces chez SAG Hidrolik constituent une atteinte directe aux droits fondamentaux des travailleurs et des travailleuses. Nos membres ont choisi leur syndicat librement et légalement et cette décision doit être respectée. Nous poursuivrons cette lutte jusqu’à ce que tous les travailleurs et travailleuses licenciés soient réintégrés et que les négociations collectives commencent.”

Judith Kirton-Darling, Secrétaire générale d’industriAll Europe, a déclaré :

“En tant que groupe européen, SAG devrait respecter les valeurs européennes dans toutes ses activités, y compris le respect des droits des syndicats et du dialogue social. Pénaliser des travailleurs et travailleuses pour le simple fait d’avoir adhéré à un syndicat est honteux et inacceptable. SAG applique deux poids deux mesures en traitant différemment sa main-d’œuvre turque et en lui refusant ses droits fondamentaux. IndustriAll Europe soutient sans équivoque Birleşik Metal-İş et revendique que SAG Hidrolik réintègre immédiatement les travailleurs et travailleuses licenciés, reconnaisse le syndicat et entame de véritables négociations collectives.”

La lutte chez SAG Hidrolik est devenue un test décisif pour les droits syndicaux en Turquie, Birleşik Metal-İş menant la lutte sur le terrain et IndustriALL veillant à ce que l’entreprise et les autorités soient soumises à la pression internationale pour faire respecter les droits constitutionnels et internationaux des travailleurs et travailleuses.

La santé mentale, préoccupation commune du réseau syndical des travailleurs de CMPC

Cette réunion avait pour but de renforcer le réseau régional des syndicats représentant les travailleurs de CMPC, une multinationale chilienne de la pâte et du papier présente dans plus de dix pays, dont le Chili (où elle a son siège social), le Brésil, l'Argentine, le Mexique, le Pérou et l'Uruguay, et de promouvoir un échange d'expériences et des initiatives communes pour l'amélioration des conditions de travail.

Un des principaux points ayant fait l'unanimité fut la nécessité de donner la priorité à l'action dans le domaine de la santé et la sécurité au travail, en mettant l'accent en particulier sur la santé mentale. Cette question a été soulevée à plusieurs reprises par des représentants de différents pays, préoccupés par les conséquences de cadences de travail excessives, de pénuries de personnel, d'horaires de travail longs et de l'insécurité et la violence dans le milieu de travail, des facteurs de risques reconnus par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Dans l'esprit de l'article Santé mentale, élément important de la santé et la sécurité, qu'a publié IndustriALL, il a été souligné que, si la protection de la santé mentale au travail relève des obligations de l'employeur, les syndicats ont aussi un rôle essentiel à jouer dans la prévention et la lutte contre ces troubles. Comprendre les risques et savoir comment intervenir est fondamental pour l'amélioration de la qualité de la vie professionnelle.

Pendant la réunion, les coordinateurs du réseau, Walter Fogaça (Brésil) et Claudio Ríos (Chili), ont fait le point sur les actions syndicales menées à l'échelon régional, tandis que les représentants des pays concernés ont exposé la situation dans leurs usines. Tous ont reconnu que la santé mentale constitue un problème commun.

Tom Grinter a dressé un bilan d'ensemble du secteur en mentionnant les progrès accomplis à la récente conférence de Djakarta et en suggérant des pistes pour l'avenir, comme des réunions régulières, une étude ciblée sur la production et les chaînes d'approvisionnement, une base de données régionale et des initiatives pour renforcer les réseaux syndicaux.

Alejandro Valerio a clos la réunion en définissant les prochaines mesures à prendre, comme par exemple un recensement syndical de la région, le renforcement de la campagne de syndicalisation des travailleurs externalisés et la création d'un espace commun pour la santé et la sécurité au travail, en insistant sur la santé mentale.

Pour terminer, il a insisté sur le rôle crucial des réseaux syndicaux :

"Il s'agit d'un outil très utile pour ceux qui travaillent pour la même multinationale dans des pays différents; il les aide à bâtir la force syndicale et à mettre sur pied des actions communes pour instaurer un meilleur dialogue social avec l'entreprise, avec des référentiels régionaux pour essayer d'uniformiser les droits au travail et les prestations sociales dans tous les pays où une même entreprise a des activités."

Photo: Fabiano Panizzi pour Tissue Online

Bangladesh : les chantiers de démolition navale restent des espaces dangereux

Au cours de la seule première semaine de septembre, deux incidents majeurs ont été signalés à Chattogram. Le 3 septembre, un travailleur du chantier naval Chittagong Steel a été gravement blessé à la tête et est resté trois jours en soins intensifs à l’hôpital universitaire de Chattogram. Quelques jours plus tard, le 7 septembre, un autre travailleur a été grièvement blessé alors qu’il découpait du métal sur le chantier naval Jamuna. Plus tôt en août, une puissante explosion s’est produite au chantier naval King Steel, laissant deux travailleurs gravement brûlés.

Ces accidents répétés soulignent l’urgence de veiller à ce que les promesses de la Convention de Hong Kong (CHK) se concrétisent sur le terrain. La CHK a été ratifiée par le Bangladesh en 2023 et est entrée en vigueur en juin 2025. Si la Convention représente une première étape cruciale vers des chantiers plus sûrs, le démantèlement des navires au Bangladesh continue de mettre en danger la vie des travailleurs en raison de la négligence, de la mauvaise application des règles et du manque de responsabilité des employeurs.

Ashutosh Bhattacharya, Secrétaire régional d’IndustriALL pour l’Asie du Sud, a déclaré :

“Le secteur doit aller au-delà de la conformité sur le papier et veiller à ce que les chantiers de démolition navale deviennent véritablement des lieux de travail sûrs. Sans un engagement sincère de la part des employeurs, une inspection efficace de la part du gouvernement et une forte participation des travailleurs, l’industrie de la démolition navale du Bangladesh restera l’une des plus meurtrières au monde, malgré la ratification historique de la Convention de Hong Kong.”

Le 10 septembre dernier, IndustriALL a organisé une table ronde à Chattogram avec ses syndicats affiliés, des représentants du gouvernement et l’association des employeurs, réitérant la nécessité urgente d’inclure les syndicats dans la gouvernance de l’industrie de la démolition navale, en particulier dans le fonctionnement du Conseil bangladais du recyclage des navires. La réunion a appelé à la création d’une base de données exhaustives des travailleurs et travailleuses, au droit d’accès à l’information et à la reconnaissance des droits des syndicats. Les affiliés continuent de plaider en faveur de l’enregistrement des syndicats dans le cadre du groupement des établissements et de la rationalisation des processus devant permettre la création d’un bureau d’enregistrement des syndicats à Chattogram.

Walton Pantland, Directeur pour la construction navale et la démolition des navires auprès d’IndustriALL, a déclaré :

“Cette crise de la sécurité dans le secteur de la démolition navale doit être traitée de toute urgence. La réputation du Bangladesh en tant que destination sûre pour les navires en fin de vie est en jeu et si la situation ne s’améliore pas, ce secteur perdra du terrain face aux pays concurrents. La meilleure façon d’améliorer la situation est d’impliquer les travailleurs et travailleuses par le biais de comités mixtes de santé et de sécurité.”

IndustriALL est en discussion avec l’OIT et la GIZ afin de lancer un programme pilote sur la sécurité sociale et les prestations de santé en cas d’accident du travail pour les travailleurs et travailleuses de la démolition navale au Bangladesh, similaire à celui mis en place dans le secteur de la confection. L’association des employeurs a également exprimé son soutien à cette initiative et a exhorté le gouvernement à accélérer sa mise en œuvre.

Les femmes d'IndustriALL à la tête du mouvement pour l'égalité à l'approche du Congrès

La Conférence des femmes comportera deux sessions, l'une en ligne les 18-19 septembre, l'autre en présentiel le 3 novembre, à Sydney, en prologue au Congrès d'IndustriALL.

Une analyse de ce qui a été fait et de ce qui reste à faire nous permettra d'arrêter nos priorités pour l'avenir, dans l'esprit du Plan d'action. Quelles actions devons-nous mettre en œuvre pour relever les défis qui se poseront aux travailleuses dans les années à venir ?

Les débats permettront de dégager une feuille de route, en énonçant les résultats attendus pour les quatre prochaines années, et de discuter de la manière de mesurer et suivre les progrès.

La discussion sur les conclusions et les recommandations de l'audit de genre participatif  (AGP) sera essentielle en ce qu'elle donne des orientations claires sur la manière dont IndustriALL peut renforcer son action sur l'égalité de genre sur les quatre prochaines années et la prochaine Conférence des femmes sera une étape fondamentale du passage de la recommandation à l'action.

La Conférence des femmes étudiera les moyens de s'attaquer aux trois domaines prioritaires mis en avant dans l'AGP : l'intégration de la dimension de genre dans toute l'action d'IndustriALL, le renforcement du leadership des femmes et la promotion des alliances avec la composante masculine pour faire progresser l'égalité de genre et la participation des femmes aux postes de direction.

L'examen des moyens de promouvoir le leadership féminin occupera une place centrale dans les débats de la conférence. Bien que des progrès aient été accomplis, les femmes restent sous-représentées dans la hiérarchie syndicale, en particulier dans certaines industries. Il faut s'attaquer aux causes profondes de cette carence, depuis les barrières à la participation à la vie syndicale jusqu'à la discrimination structurelle, et élaborer des outils et des instruments tangibles pour soutenir les leaders femmes à tous les échelons du mouvement.

La conférence étudiera aussi comment amener les alliés masculins à renforcer l'égalité et à faire en sorte que la voix des femmes soit entendue et respectée. Les leaders masculins jouent un rôle essentiel dans le soutien à l'égalité de genre, non seulement en cautionnant la participation des femmes mais en s'efforçant de rendre les syndicats plus inclusifs.

"Les femmes ont leur place partout où des décisions sont prises concernant les droits des travailleurs et l'avenir de nos industries. Cette conférence n'a pas pour seul objet de remédier aux inégalités, mais aussi de refondre notre mouvement pour refléter la réalité de notre effectif. Lorsque des femmes sont aux commandes, les syndicats sont plus forts, plus équitables et plus représentatifs. C'est pourquoi cette action compte et pourquoi nous devons ménager plus de place aux femmes, les soutenir et veiller à ce que leur voix soit entendue à tous les échelons,"

a déclaré la secrétaire générale adjointe d'IndustriALL Christina Olivier.   

Les travailleurs et travailleuses de YKK toujours privés de leurs droits en Turquie

En juin 2025, la Fair Labor Association a publié un rapport d’audit confirmant que YKK Turquie violait les droits des travailleurs et formulant des recommandations claires pour remédier à la situation. Pourtant, l’entreprise n’a pris aucune mesure. Petrol-İş, le syndicat représentant les travailleurs de YKK et affilié à IndustriALL, exhorte désormais les enseignes de stature mondiale qui font appel à YKK à intervenir et à veiller à ce que ces recommandations soient mises en œuvre.

En août 2025, Petrol-İş a rencontré des responsables de la conformité des enseignes afin de faire pression pour que des mesures concrètes soient prises. Lors de cette réunion, le syndicat a souligné que les droits fondamentaux des travailleurs et travailleuses de YKK Turquie étaient systématiquement violés et a formulé la revendication que l’entreprise mette fin à son attitude hostile envers les membres du syndicat. Petrol-İş a exhorté les enseignes à prendre leurs responsabilités en insistant pour que ces violations soient éliminées. En réponse, les enseignes ont déclaré qu’elles soulèveraient ces préoccupations directement auprès de la direction de YKK, en en faisant un point clé à l’ordre du jour de leurs prochaines discussions.

Ce conflit en cours trouve son origine dans un processus défaillant qui remonte à 2024. Après avoir syndiqué la majorité des quelque 670 travailleurs et travailleuses de YKK, Petrol-İş a obtenu la reconnaissance officielle du ministère turc du Travail et de la Sécurité sociale en mai de cette année-là. Au lieu de dialoguer avec le syndicat, la direction de YKK a réagi par des pratiques antisyndicales, notamment des menaces et des mesures coercitives visant à forcer des démissions. L’entreprise a même annoncé des améliorations unilatérales des conditions de travail, une initiative que le syndicat a qualifiée de mauvaise foi. La pression sur les membres s’est encore intensifiée, avec des mesures disciplinaires injustifiées visant les principaux recruteurs, ce qui a incité les travailleurs et travailleuses à organiser des manifestations pacifiques en juillet.

En août 2024, YKK a créé un comité de représentation contrôlé par la direction afin de discréditer Petrol-İş, tout en refusant de rencontrer le syndicat. En septembre, le conflit avait attiré l’attention au plan international, IndustriALL ayant tiré la sonnette d’alarme et les travailleurs et travailleuses de YKK du Brésil et du Royaume-Uni ayant envoyé des messages de solidarité.

Le conflit s’est aggravé au début de l’année 2025. Des dizaines de travailleurs et travailleuses mis sous pression ont démissionné et, en février, un tribunal local a statué contre Petrol-İş dans un conflit sectoriel, une décision que le syndicat estime avoir été délibérément orchestrée par YKK afin de retarder sa reconnaissance. Malgré son code de conduite mondial, qui s’engage explicitement à respecter la liberté syndicale, l’entreprise a toujours refusé d’entamer le dialogue.

Au cœur du problème se trouve une faille : YKK est officiellement enregistrée dans le secteur métallurgique, tandis que les travailleurs et travailleuses ne peuvent s’affilier, via le système en ligne de l’administration turque, qu’à des syndicats du secteur pétrochimique et du caoutchouc, tels que Petrol-İş. Cette classification erronée a permis à YKK de bloquer les négociations collectives pendant deux ans, malgré les garanties prévues par le droit international. Tant que cette faille ne sera pas comblée et que de véritables négociations n’auront pas commencé, les travailleurs et travailleuses de YKK en Turquie resteront privés de leurs droits fondamentaux.

Mehmet Kaya, Secrétaire général financier de Petrol-İş et ancien responsable local de Thrace, qui a joué un rôle clé dans la syndicalisation chez YKK, a déclaré :

“Les travailleurs et travailleuses de YKK Turquie ont exercé leur droit constitutionnel de faire partie d’un syndicat, mais la direction a réagi en exerçant des pressions au lieu de respecter leurs droits et de reconnaître la négociation collective. Cette attitude antisyndicale a créé des troubles, sapé la paix sociale et laissé les travailleurs et travailleuses dans la crainte constante d’être licenciés, ce qui a de graves répercussions sur leurs familles. Une telle hostilité est inacceptable. Les travailleurs et travailleuses de YKK méritent la dignité, la sécurité de l’emploi et un environnement de travail décent. Nous appelons la direction mondiale de YKK à veiller à ce que ces droits soient respectés sans délai.”

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

“Il est inacceptable que YKK continue de priver les travailleurs de Turquie de leur droit fondamental à la négociation collective. La liberté syndicale n’est pas facultative : elle est garantie par le droit international et YKK doit la respecter dans la pratique et pas seulement en paroles. Nous soutenons fermement Petrol-İş ainsi que les travailleurs et travailleuses concernés et nous appelons la direction mondiale de YKK et les enseignes de stature mondiale qu’elle approvisionne à garantir le respect de ces droits sans plus tarder.”

Grève évitée pour les syndicats nigérians de Dangote

Négocié par le ministère fédéral du Travail et de l’Emploi du Nigeria, l’accord impose la syndicalisation immédiate de la raffinerie, les syndicats enregistrés tels que le NUPENG se voyant accorder le droit de recruter les travailleurs et les travailleuses. Le processus doit être achevé dans un délai de deux semaines, avec des garanties contre la formation de syndicats concurrents soutenus par les employeurs et la protection des travailleurs et des travailleuses contre les représailles pour les actions de grève.

Cet accord marque une victoire importante pour le mouvement syndical nigérian, renforçant l’impératif juridique et moral du droit des travailleurs et travailleuses à se syndiquer.

Il y a deux ans, l’inauguration de la raffinerie Dangote, d’une valeur de 20 milliards de dollars américains, implantée dans la zone franche de Lekki, près de Lagos, a été saluée comme une étape importante pour les ambitions industrielles du Nigeria. En tant que plus grande raffinerie d’Afrique, elle promettait de créer de nombreux emplois et de diversifier l’économie.

Cependant, l’optimisme s’est estompé en raison de la résistance initiale de la raffinerie à l’adhésion au syndicat, en particulier pour les chauffeurs chargés de distribuer les produits pétroliers dans tout le pays. La raffinerie, détenue par le milliardaire Aliko Dangote et son partenaire de distribution, MRS, contrôlé par Sayyu Ali Dantata, un parent de Dangote, a cherché à exclure les syndicats établis tels que le NUPENG au profit d’un syndicat maison. Cette décision a incité le NUPENG, soutenu par l’Association nationale des propriétaires de transport routier (NARTO), à appeler à une grève nationale.

Le conflit s’est intensifié après l’importation par Dangote de 10.000 camions fonctionnant au gaz naturel comprimé (GNC) à la fin du mois d’août, conformément à la volonté du gouvernement de promouvoir des carburants plus écologiques. Le recrutement des chauffeurs était soumis à une condition : les candidats devaient s’engager à adhérer au syndicat de l’entreprise, ce qui a suscité des inquiétudes quant à la violation des droits des travailleurs. Les syndicats ont fait valoir que les actions de Dangote Refinery et de MRS violaient non seulement la loi sur le travail et la Constitution du Nigeria, qui protègent le droit des travailleurs et travailleuses à se syndiquer, mais aussi la Convention n° 87 de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur la liberté syndicale et la protection du droit à la syndicalisation, dont le Nigeria est signataire.

En outre, la volonté manifeste des entreprises d’obtenir le monopole du raffinage et de la distribution remet en cause la loi sur l’industrie pétrolière, destinée à promouvoir la concurrence dans un secteur longtemps en proie à l’inefficacité et à la corruption.

Les dirigeants du NUPENG, Williams Akporeha, Président, et Afolabi Olawale, Secrétaire général, ont condamné l’approche de la raffinerie, l’accusant de porter atteinte à la négociation collective et d’imposer des contrats abusifs. “La richesse accumulée grâce à la répression des droits des travailleurs et travailleuses est insoutenable et injuste”, ont-ils déclaré, soulignant le rôle central de la représentation syndicale dans les pratiques de travail équitables.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, s’est félicité de la résolution de ce conflit :

“Les actions de Dangote constituaient une violation flagrante des droits syndicaux fondamentaux et IndustriALL est intervenu auprès de l’entreprise pour la pousser à changer de cap. Cet accord est conforme aux normes nationales et internationales du travail, comme il sied à une entreprise africaine de premier plan. Nous encourageons la raffinerie Dangote à maintenir des interactions constructives avec les syndicats à l’avenir.”

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Les Fédérations syndicales internationales appellent à la reconnaissance de l’État palestinien

Nous appelons tous les pays à franchir cette étape cruciale vers la création d’une Palestine démocratique et souveraine, vivant dans une paix juste et durable aux côtés d’un Israël sûr.

En mai 2024, les dirigeants des Fédérations syndicales internationales avaient rejoint une délégation historique en Palestine. À Ramallah, ils ont rencontré des syndicats et des personnalités de l’Autorité palestinienne. Le message était clair : la reconnaissance de la Palestine en tant qu’État est essentielle pour construire un avenir souverain et démocratique et pour garantir la paix et la dignité de son peuple.

À ce jour, 147 des 193 États membres des Nations unies ont officiellement reconnu la Palestine. Les Fédérations syndicales internationales félicitent les gouvernements qui se préparent à acter la reconnaissance lors de l’Assemblée générale des Nations unies de 2025.

La reconnaissance affirme le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, renforce le droit international et contribue à créer les conditions d’une véritable négociation entre deux parties égales. La reconnaissance est également un pas vers la correction du déséquilibre des pouvoirs, qui prolonge l’occupation illégale de la Cisjordanie et de la bande de Gaza et l’instabilité tant qu’elle se poursuit.

La reconnaissance de la Palestine n’est pas seulement une question de justice, mais aussi une nécessité. Des décennies de retard n’ont apporté que des cycles de violence et de désespoir et, aujourd’hui, ces échecs ont abouti à des pertes humaines catastrophiques, à des destructions massives et à la crise humanitaire la plus grave à laquelle le peuple palestinien ait été confronté depuis des décennies, comme l’ont souligné les experts de l’ONU la semaine dernière. La reconnaissance aujourd’hui enverrait un signal fort indiquant que la communauté internationale n’acceptera plus le report sans fin des droits des Palestiniens. C’est le fondement sur lequel un véritable processus de paix peut être construit.

Pour le mouvement syndical international, le principe est clair : les travailleurs et travailleuses du monde entier ont le droit de vivre dans la liberté, la dignité et la sécurité. Le peuple palestinien ne mérite pas moins. La reconnaissance de l’État de Palestine ne doit pas être considérée comme une récompense à la fin des négociations. Elle est un élément essentiel d’une paix juste et durable.

Nous exhortons tous les gouvernements à s’engager dans cette voie aux Nations unies. La reconnaissance est l’expression concrète de la volonté de la communauté internationale de défendre les droits humains, de garantir le respect des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et de progresser vers une Palestine libre, indépendante et viable. Ce n’est que sur cette base qu’un État d’Israël sécurisé et un État de Palestine souverain pourront coexister en paix.

Signataires : David Edwards, Secrétaire général de l’Internationale de l’éducation ; Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL Global Union ; Luc Triangle, Secrétaire général de la Confédération syndicale internationale ; Christy Hoffman, Secrétaire générale d’UNI Global Union ; Steve Cotton, Secrétaire général de la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) ; Ambet Yuson, Secrétaire général de l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois ; Adriana Paz Ramírez, Secrétaire générale de la Fédération internationale des travailleurs domestiques ; Daniel Bertossa, Secrétaire général de l’Internationale des services publics ; Kristjan Bragason, Secrétaire général de l’Union internationale des travailleurs-euses de l’alimentation, de l’agriculture, de l’hôtellerie-restauration, du catering, du tabac et des branches connexes (UITA) ; Veronica Nilsson, Secrétaire générale de la Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE (TUAC) ; Anthony Bellanger, Secrétaire général de la Fédération internationale des journalistes.

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Fin de la grève chez Macsteel; le NUMSA obtient la réintégration des travailleurs

Cette grève, a été déclenchée le 22 août par des licenciements contestés, que le NUMSA condamnait comme procéduriers, injustes et relevant de l'exploitation. Les travailleurs devaient reprendre le travail le 8 septembre à la suite d'un accord négocié qui répond aux principales revendications du syndicat.

Cet accord est une victoire pour le NUMSA, Macsteel acceptant de réintégrer tous les travailleurs licenciés, sans perte de salaires, de prestations et d'avantages. En outre, même les travailleurs réintégrés à des postes moindres conservent leurs barèmes salariaux de départ, condition essentielle du maintien de leurs niveaux d'existence. Cinq d'entre eux, qui ont préféré des indemnités de départ, rencontreront le syndicat pour confirmer leur décision issue d'un choix informé.

La grève, qualifiée de dernier ressort par le NUMSA, faisait suite au rejet par Macsteel des solutions de rechange qu'il proposait au titre de l'article 189 de la Loi sur les relations au travail, qui traite des consultations en cas de licenciements pour raisons de service, notamment des changements économiques, technologiques ou structurels.

Le conflit portait surtout sur l'imposition par Macsteel des indemnités de départ volontaire (VSPs) prévues à l'article 189, qualifiée de honte par le NUMSA qui accusait la direction de contraindre 253 travailleurs à accepter des VSPs représentant à peine 40.000 rands (1.828 $), soit l'équivalent d'une semaine de salaire par année d'ancienneté, ce qui est très en-deçà de la norme pratiquée dans l'industrie de trois à quatre semaines de rémunération brute par année.

Le NUMSA juge ce procédé unilatéral, accusant Macsteel d'avoir envoyé des lettres de licenciement et fait pression sur les travailleurs sans avoir consulté le syndicat, contrevenant ainsi à la procédure de licenciement.

Le NUMSA exigeait la réintégration des travailleurs licenciés, de meilleures indemnités de licenciement et des critères de licenciement transparents et négociés par les syndicats. Pour lui, l'attitude de Macsteel est typique des employeurs qui exploitent les travailleurs pendant les phases de ralentissement économique, optimisent leurs profits lorsque la conjoncture est bonne et se débarrassent des travailleurs avec des indemnités insuffisantes. Le NUMSA réclamait une intervention gouvernementale du ministère de l'Emploi et du Travail afin d'imposer des normes minimales pour les indemnités de licenciement.

Le secrétaire général du NUMSA, Irvin Jim, a déclaré :

"On ne devrait pas tolérer que des employeurs puissent verser des indemnités de départ volontaire insignifiantes au nom du volontarisme. C'est de l'extorsion. Il faut stopper les employeurs cupides, surtout ceux qui exploitent les travailleurs depuis des années."

"La protection des moyens de subsistance des travailleurs, même en cas de licenciements collectifs, est une des obligations essentielles d'un syndicat et nous félicitons le NUMSA pour avoir fait grève pour stopper l'exploitation des travailleurs chez Macsteel,"

a déclaré la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin.

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IndustriALL renouvelle son appel aux enseignes pour qu’elles quittent le Myanmar

Au Myanmar, l’industrie textile et de la confection est une source importante de devises étrangères pour le régime, contribuant à financer les armes, les munitions et le carburant. Les travailleurs et travailleuses qui produisent des vêtements et des chaussures dans le pays évoluent dans des zones industrielles soumises à la loi martiale. Une commission d’enquête de l’OIT a constaté en 2023 des violations généralisées de ses conventions sur la liberté syndicale et le travail forcé. En juillet, de nouveaux rapports ont fait état de l’arrestation de dirigeants et militants syndicaux pour des motifs inconnus.

Malgré ces préoccupations, des enseignes telles que Next, très populaire au Royaume-Uni, et Hunkemöller, marque néerlandaise de lingerie, ont fait part de leur intention de rester en Birmanie, affirmant qu’elles étaient en mesure d’exercer une “diligence raisonnable renforcée” afin d’atténuer le risque de violations des droits humains dans la chaîne d’approvisionnement.

Next est également l’une des trois enseignes, avec New Yorker et LPP, contre lesquelles IndustriALL a déposé plainte auprès des points de contact nationaux de l’OCDE (PCN) en novembre dernier, au motif qu’il est impossible de se conformer aux lignes directrices de l’OCDE et à la diligence raisonnable en matière de droits humains sous une dictature militaire.

Les travailleurs et travailleuses de l’industrie de la confection du Myanmar et leurs syndicats ont obtenu le soutien de la Conférence internationale du travail en juin, lorsque l’OIT a pris la décision extraordinaire d’invoquer l’article 33 de sa constitution contre le régime militaire du Myanmar. L’article 33 est la sanction la plus sévère de l’OIT et n’a été invoqué que trois fois dans l’histoire de l’organisation.

La résolution relative à l’article 33 appelle les gouvernements, les employeurs et les travailleurs et travailleuses à revoir les investissements dans les chaînes d’approvisionnement qui pourraient soutenir indirectement le régime et à supprimer tous les moyens susceptibles de perpétuer les violations flagrantes des droits des travailleurs.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

“En continuant à s’approvisionner au Myanmar, les enseignes contribuent à financer la répression. La résolution sur l’article 33 indique clairement qu’aucun système commercial au monde ne peut atténuer les risques liés à l’exercice d’activités sous une dictature qui interdit les syndicats indépendants et emprisonne les travailleurs et travailleuses. La seule attitude responsable consiste à se retirer et à collaborer avec IndustriALL pour trouver une solution responsable qui protège les travailleurs et travailleuses.”