La loi allemande sur les chaînes d'approvisionnement devant le parlement

Les syndicats allemands font campagne depuis des années pour une loi sur les chaînes d'approvisionnement qui renforce le devoir de diligence des entreprises allemandes en leur donnant plus d'obligations en matière de droits de l'homme. Le gouvernement est sur le point d'adopter cette loi. Cependant, le monde des affaires et les associations d'employeurs tentent, même dans cette dernière ligne droite, de la bloquer ou d'encore la saboter.

Jörg Hofmann s'adresse au comité exécutif

Prenant la parole à la réunion du comité exécutif d'IndustriALL Global Union du 22 avril, le président d'IndustriALL, Jörg Hofmann, a déclaré :

"Après un long combat, et avec le soutien du mouvement syndical, nous avons réussi à obtenir un projet de loi qui obligera les entreprises à prendre leurs responsabilités pour ce qui se passe dans leurs chaînes d'approvisionnement, rendant ainsi le commerce mondial plus équitable.

"Lorsque des entreprises ne respectent pas leurs obligations en matière de droits de l'homme, des syndicats et des ONG pourront les poursuivre devant la justice allemande."

En février de cette année a été publié un projet du texte de loi comportant des compromis décevants. Par exemple, dans un premier temps, la loi ne visera que les entreprises de plus de 3.000 salariés et uniquement leurs fournisseurs directs, alors que la plupart des abus se produisent en amont dans la chaîne d'approvisionnement. Un des principes de la loi Safe Harbours (sphère de sécurité) qui permettrait aux entreprises de limiter leur responsabilité en concluant un accord-cadre mondial avec le syndicat mondial concerné n'a pas non plus été repris.

Quoi qu'il en soit, les syndicats se félicitent de cette loi, car c'est un précédent important qui contribuera aussi à promouvoir le même type de législation au niveau européen.

Wolfgang Lemb, qui représente notre affilié IG Metall au comité exécutif, a déclaré :

"Le changement de paradigme, de l'engagement volontaire au devoir de diligence des entreprises et à la réglementation, est à portée de main. Nous avons besoin de cette loi pour pouvoir enfin marquer une étape importante sur la voie de conditions de travail humaines dans toute la chaîne d'approvisionnement."

Les syndicats défendent la loi contre les attaques tout en réclamant son renforcement. Le texte actuel est un compromis minimum et aucun autre affaiblissement ne sera accepté. Les syndicats ont plusieurs critiques contre le texte du projet de loi :

Les entreprises ne sont responsables que pour leurs fournisseurs directs. Or, ce sont souvent les fournisseurs indirects, ceux qui se trouvent tout au bout de la chaîne d'approvisionnement qui commettent les violations des droits de l'homme les plus graves.

Le projet de loi ne prévoit pas d'associer les syndicats ni les comités d'entreprise à la gestion du risque avec l'entreprise Il ne prévoit rien non plus quant à la participation des syndicats qui représentent les parties affectées dans la chaîne d'approvisionnement. Il faut que les droits de participation des organisations syndicales soient renforcés, en utilisant les accords-cadres mondiaux en tant qu'exemple positif de dialogue social.

Le projet de loi se réfère souvent à la législation nationale des pays des fournisseurs sur la question des droits de l'homme. Or, dans certains pays, la loi n'interdit pas de restreindre la liberté syndicale ni d'empêcher l'activité syndicale.

Dans une interview donnée à Euractiv, le président de notre affilié IG BCE, Michael Vassiliadis, a déclaré :

"Beaucoup de multinationales respectent les droits des travailleurs et acceptent la cogestion en Allemagne et en Europe. Mais lorsque nous pointons des problèmes dans d'autres pays, elles répondent qu'elles ne font rien là-bas qui ne soit pas obligatoire. Ce qui est vrai, parce qu'en Asie ou en Amérique latine par exemple, les droits des travailleurs n'y sont pas encore aussi développés; or, les droits universels de l'homme devraient s'appliquer dans le monde entier."

Les syndicats demandent aussi que les entreprises qui n'ont pas leur siège social en Allemagne soient visées par la nouvelle réglementation lorsqu'elles ont des activités importantes en Allemagne.

Valter Sanches: Bienvenue dans ce numéro de Global Worker (#1-2021)

Global Worker No 1 mai 2021

Au moment où nous bouclons ce numéro, le monde compte plus de 140 millions de cas et plus de 3 millions de décès. Les conséquences sociales sont au diapason avec la perte de plus de 300 millions d'emplois formels et de 1,6 million d'emplois informels.

Bien que les vaccinations aient commencé, leur déploiement est lent et inégal. IndustriALL soutient la dérogation temporaire des ADPIC sur les vaccins auprès de l'OMC, telle que proposée par l'Inde et l'Afrique du Sud et soutenue par l'OMS. Avec une suspension temporaire des droits des brevets, des centaines d'unités de production pharmaceutiques dans le monde pourraient être rapidement reconverties et s'ajouter à l'effort mondial de production de vaccins. Nous devons continuer à défendre fermement les personnes avant le profit. Un accès juste et équitable aux vaccins est crucial pour vaincre la pandémie et pour la santé et la sécurité de nos membres. 

Le télétravail s'est développé massivement pendant la pandémie et s’est installé à demeure. Pour certains salariés, il a été une expérience positive, mais le travail à distance sur une longue période a également révélé des limites et des risques. IndustriALL entame des consultations en vue de la rédaction d’un guide destiné à conseiller ses affiliés dans le cadre de leurs négociations pour s’assurer que les travailleurs et travailleuses puissent bénéficier du télétravail tout en en évitant les pièges potentiels. 

Nous continuons à soutenir nos syndicats dans leur lutte pour protéger la santé, la sécurité, les emplois et les revenus de leurs adhérents. Cette année, le 28 avril, alors que nous célébrerons la Journée internationale de commémoration des travailleurs, une occasion de se souvenir de tous les travailleurs et travailleuses qui ont perdu la vie au travail en raison de problèmes de santé et de sécurité, le mouvement syndical mondial plaidera pour que la santé et la sécurité au travail soient reconnues par l'OIT comme un droit fondamental au travail, au même titre que les huit autres conventions relatives aux droits fondamentaux. Cela peut contribuer à augmenter le degré de protection institutionnelle et de couverture par les conventions collectives.

Les syndicats font la différence. L'Association des travailleurs du recyclage des navires et des industries diverses d’Alang Sosiya (ASSRGWA) est un exemple réussi de syndicalisation des travailleurs du secteur informel en Inde. Le syndicat a contribué à l'amélioration des salaires, des mesures de sécurité sociale, de la santé et de la sécurité au travail pour les travailleurs des chantiers navals. 

Certains gouvernements profitent de la pandémie pour confisquer le pouvoir et la démocratie, comme en Biélorussie, aux Philippines et au Myanmar. Le peuple du Myanmar, mené par les syndicats, s'est dressé dans le cadre du Mouvement de désobéissance civile contre le régime militaire qui, le 1er février, a renversé par un coup d'État un gouvernement démocratiquement élu. Dans son interview, la Présidente de l'IWFM, Khaing Zar , appelle à un soutien international pour cette lutte.

Notre affilié Industrial Chile-Constramet avait été déclaré hors-la-loi pendant la dictature de Pinochet dans le Chili des années 1970, mais a fêté ses 40 ans de défense des droits des travailleurs et travailleuses en décembre dernier. De concert avec la centrale syndicale chilienne CUT, Constramet fait maintenant campagne pour que les droits des travailleurs et travailleuses soient améliorés au sein de la nouvelle constitution.

Cette pandémie n’est pas encore terminée, nous allons continuer à exiger un accès équitable aux vaccins, à défendre de manière générale les droits des travailleurs et travailleuses et à garantir spécifiquement leur droit à la santé et à la sécurité, à un emploi ainsi qu’à un revenu. 

A luta continua! 

Valter Sanches

La solidarité Sud-Sud contre les défis de la transition énergétique

La transition énergétique met les deux hémisphères face aux mêmes difficultés, les gouvernements poursuivant des politiques économiques néolibérales qui marginalisent les travailleurs et les communautés pauvres. Le Chili a été cité comme l'exemple d'un pays riche en ressources alors que sa population est majoritairement pauvre. Il en va de même pour la plupart des pays d'Afrique subsaharienne, riches en combustibles fossiles, en pétrole et en gaz, alors que la plupart des habitants vivent dans la pauvreté.

Les participants ont discuté des potentialités de la transition énergétique qui peut stimuler l'industrialisation et le développement économique dans ces régions. Ils jugent que le débat sur l'énergie doit s'inscrire dans le contexte de l'économie politique des continents. La construction de centrales renouvelables est possible, mais elle doit se faire dans la protection des intérêts des travailleurs.

Ils ont aussi discuté du potentiel énorme des deux régions en sources d'énergie renouvelables, avec l'hydroélectricité, l'éolien, le solaire et la biomasse, la géothermie et les combustibles fossiles.

Les syndicats du Brésil, du Chili, de Colombie et du Mexique veulent une transition énergétique juste, avec de meilleures conditions de travail et le respect des droits des travailleurs. Ils ont évoqué l'importance du dialogue social pour la promotion de politiques industrielles durables et d'une transition juste, avec la participation des gouvernements, des entreprises, des syndicats et des communautés concernées.

Le secrétaire de Sintracarbón en charge de l'éducation, Fredys Fernández, a mentionné l'initiative lancée en 2015 par les syndicats colombiens USO, Sintracarbón et Sintraelecol, appelée "Table sociale, minière-énergétique et environnementale" Ils débattent avec la communauté, les pouvoirs publics, et des hommes d'affaires de la transition énergétique et de l'élaboration d'une politique énergétique durable pour la Colombie.

De l'autre côté de l'Atlantique, des syndicats du Ghana, d'Afrique du Sud et du Zimbabwe, membres du Réseau de l'énergie d'Afrique subsaharienne, luttent contre la privatisation des compagnies d'électricité publiques qui se solde souvent par des hausses du coût de l'électricité.

"Nous sommes opposés à la privatisation de la compagnie publique d'électricité ESKOM que propose le gouvernement. Nous préférons un distributeur d'électricité à capitaux publics et géré dans l'intérêt du public et non dans un but lucratif, ce qui rendrait l'énergie inabordable et inaccessible aux communautés pauvres. S'agissant de l'énergie renouvelable, nous préconisons la propriété collective des sources d'énergie renouvelables,"

a déclaré Enos Mbodi, du National Union of Mineworkers d'Afrique du Sud.

Kemal Özkan, secrétaire général adjoint d'IndustriALL, a déclaré :

"Nous avons besoin d'un modèle de transition énergétique global qui promeuve l'industrialisation, des emplois verts décents et les intérêts des travailleurs et des communautés. Ce n'est possible que si les pays de l'hémisphère sud adoptent des plans industriels et énergétiques durables." 

L’Ukraine doit abandonner sa réforme législative anti-ouvrière

L’année dernière, des manifestations syndicales de masse en Ukraine et des actions de solidarité au plan mondial ont permis de faire échec à un projet de loi régressif concernant le travail. En lieu et place, le législateur a rédigé des lois distinctes, qu’il tente de faire passer au parlement, dans le but de simplifier la réglementation des relations de travail et de donner plus de pouvoirs aux employeurs.

Le projet de loi n° 5371, soumis au parlement le 13 avril, propose un nouveau “régime contractuel de réglementation des relations de travail” pour les petites et moyennes entreprises de moins de 250 travailleurs, toutes les conditions de travail étant déterminées par un contrat de travail et non plus par le droit du travail.

“Ce projet de loi menace la majorité des travailleurs et travailleuses, car près de 75 % des employeurs occupent moins de 250 personnes et 73,1 % de la population active travaille dans des petites et moyennes entreprises. Compte tenu de la pratique répandue consistant à scinder les grandes entreprises en petites, cette loi s’appliquerait également aux entreprises géantes,”

déclare le Président du Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine (NPGU), Mikhailo Volynets.

Toutes les normes et dispositions qui devraient normalement figurer dans une convention collective seraient plutôt fixées dans le contrat de travail individuel. Celui-ci déterminerait les motifs de licenciement au lieu de la liste stricte actuelle de motifs prévue par le code du travail. Ce contrat permettrait que les conditions de travail soient plus mauvaises que celles garanties par la législation, que les salaires soient payés une fois par mois au lieu de deux, comme c’est le cas aujourd’hui, et que les rémunérations soient fixées sans référence aux barèmes salariaux de la convention collective.

“Des contrats de travail différents avec des travailleurs qui effectuent le même volume de travail dans les mêmes conditions peuvent conduire à une discrimination s’ils reçoivent des salaires différents en raison de préférences personnelles et d’autres critères subjectifs de l’employeur,”

indique le Président du Syndicat des métallurgistes et des mineurs d’Ukraine (PMGU), Alexander Ryabko.

Selon le Président d’Atomprofspilka, Valery Matov, les plus grandes organisations de travailleurs n’ont pas été consultées sur le projet de loi, en violation de la Recommandation n°189 de l’OIT.

“Nous demandons à l’Organe commun représentatif de tous les syndicats ukrainiens de s’adresser aux institutions internationales et au Président de l’Ukraine pour empêcher l’adoption de ce projet de loi. Compte tenu de la situation économique difficile et des possibilités d’emploi limitées, les travailleurs et travailleuses concernés seront contraints d’accepter ces conditions pour obtenir un emploi.”

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Ozkan, a déclaré :

“Nous soutenons nos affiliés ukrainiens dans leur lutte contre ces projets de loi anti-ouvriers et anti-syndicats et nous les aiderons à faire en sorte que le droit du travail ukrainien soit conforme aux fondements des normes internationales du travail.”

Manifestations de masse contre la Loi multiple en Indonésie

La Loi multiple est source de turbulences dans la société indonésienne depuis son adoption en janvier 2020. Les confédérations syndicales KSPI, KSBSI, KSPSI et KPBI ont organisé de nombreuses manifestations de grande ampleur pour s'opposer à cette législation du travail rétrograde.

Cette loi controversée supprime le salaire minimum sectoriel par district, réduit les indemnités de licenciement, élargit les possibilités d'externalisation et permet les contrats de travail à vie.

 

Pour le président du Conseil indonésien d'IndustriALL, Iwan Kusmawan,

"L'action du 12 avril a principalement pour but de mettre en lumière les contrôles juridictionnels en cours. Nous espérons que la cour constitutionnelle déclarera la Loi multiple inconstitutionnelle et l'abrogera."

La KSPI exhorte le gouvernement à donner suite à ses quatre revendications :

"Malgré la pandémie de Covid-19, nous continuerons à combattre la Loi multiple, une politique du travail qui menace l'intérêt des travailleurs. Nous exhortons le gouvernement à saisir la cour sans retard et remercions tous les syndicalistes qui participent à l'action virtuelle de rue,"

ajoute le président de la FSPMI, Riden Hatam Azis.

"Nous sommes très inquiets que les travailleurs indonésiens n'aient plus de salaire minimum sectoriel de district; c'est un recul considérable pour les droits des travailleurs. Nous soutenons nos affiliés indonésiens dans leur campagne commune contre la Loi multiple,"

a déclaré la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Asie du Sud-est, Annie Adviento.

Cinq des affiliés d'IndustriALL ont participé à cette action : la Fédération des syndicats indonésiens de travailleurs de la métallurgie (FSPMI), la Fédération des syndicats de travailleurs de la chimie, de l'énergie, de la mine, du pétrole et du gaz (FSP KEP), la Fédération syndicale nationale des travailleurs de l'industrie (SPN), la Fédération des syndicats de travailleurs de la pharmacie et de la santé (FARKES) et la Fédération des syndicats indonésiens de travailleurs du ciment.

En Éthiopie, les travailleurs ont peur de reprendre le travail dans un Tigré déchiré par la guerre

Le parc a été fermé pour cause de pandémie de Covid-19 l'an dernier, avant le début du conflit.

Notre affiliée, la Fédération IndustriALL des syndicats de travailleurs du textile, du cuir et de l'habillement (IFTLGTWU), qui représente les travailleurs de ces secteurs et de celui de la chaussure de Mekele, explique avoir des difficultés à joindre ses membres et leurs familles.

Les lignes téléphoniques, l'internet et d'autres moyens de communication ont été longtemps coupés quand a éclaté la guerre civile entre l'armée fédérale et le Front de libération du peuple du Tigré (FLPT).

 

Les usines de vêtements et de textiles ont été pillées et détruites, notamment Almeda, Sheba Leather et DBL. L'usine Almeda, qui employait plus de cinq mille personnes, a été pillée et détruite. Les deux autres ont été saccagées. Des milliers d'emplois seront perdus si elles ne rouvrent pas.

La presse a fait état de massacres, de viols et de pillages attribués à divers groupes armés impliqués dans le conflit, y compris des milices et l'armée de l'Érythrée voisine. D'après ces informations, des maisons, des cliniques, des hôpitaux, des centres de santé, des écoles, des hangars à blé ont été détruits ou pillés et des champs ont été incendiés.

Cela a engendré une crise humanitaire dans laquelle des populations meurent de faim et manquent de nourriture, d'eau et sont sans abri. Des milliers de personnes se sont enfuies et le gouvernement éthiopien et des agences des Nations unies ont appelé à un secours d'urgence.

Le premier ministre éthiopien a déclaré devant le parlement que la Commission éthiopienne des droits de l'homme et le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l'homme enquêteront sur les violations graves des droits de l'homme pour le compte du Conseil des droits de l'homme.

"Nous appelons le gouvernement éthiopien à assurer la paix et la sécurité des populations et des travailleurs du Tigré. Il est important que le conflit armé prenne fin pour que les travailleurs puissent retourner au travail sans crainte et que les communautés puissent à nouveau vivre en paix,"

a déclaré le secrétaire général d'IndustriALL, Valter Sanches.

Le gouvernement tunisien et le syndicat UGTT signent un accord sur la réforme du secteur public

Tunisian Prime Minister Hichem Mechichi and UGTT general secretary Noureddine Taboubi hold copies of the signed agreement.

(Tunisian prime minister’s office)

L’accord met en place cinq commissions conjointes chargées de formuler un cadre pratique pour les réformes. Ces commissions sont : la Commission pour la réforme du système fiscal et l’établissement de la justice fiscale comme porte d’entrée de la justice sociale ; la Commission pour les réformes nécessaires dans les entreprises publiques, qui commencera ses travaux avec sept grandes institutions :

la Commission de réforme du système de subventions, qui s’occupera du subventionnement des matériaux de base et du carburant, la Commission du système de subventions directes et indirectes et la Commission de contrôle des prix et de la restructuration de la distribution. Ce sont les domaines de réforme les plus importants, en raison de leur importance économique et de l’ampleur de la contestation qu’ils suscitent.

Dans une conférence de presse conjointe annonçant l’accord, le Premier ministre tunisien Hichem Mechichi a parlé de l’accord en ces termes : “historique et véritable départ dans la bataille de la réforme économique et sociale”. Il le considère comme le combat le plus important en Tunisie. Le Premier ministre a évoqué l’importance de la voie participative et consensuelle qui a conduit à l’accord.

Le Secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi, a salué l’esprit de responsabilité dont ont fait preuve toutes les parties pour parvenir à cet accord historique, affirmant qu’il “représente le véritable début de la réforme économique, confirmant une profonde conscience de la nécessité du changement”. M. Taboubi a souligné la nécessité pour le pays de procéder à des réformes urgentes et immédiates dans les domaines couverts par les Commissions, en particulier la justice fiscale et les entreprises publiques en tant qu’atout national qui doit être réformé pour stimuler le développement.

Le gouvernement a également signé un accord avec l’organisation patronale, l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA), le 7 avril. Cet accord prévoit la création de huit commissions mixtes chargées d’élaborer un cadre pratique pour les réformes.

Ces accords interviennent juste avant les réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale à Washington, durant la deuxième semaine d’avril. Le gouvernement tunisien compte sur cette réunion pour obtenir un nouvel accord de prêt qui lui permettra de combler le déficit budgétaire et de financer son économie.

Habib Hazami, Secrétaire général de l’affilié d’IndustriALL du secteur du textile et de la confection, FGTHCC-UGTT, a déclaré,

“Compte tenu des difficultés économiques et sociales que connaît le pays à l’ombre de la Covid-19 et face à la récession économique et à la détérioration du contexte, nous comptons sur cet accord également dans le secteur privé. Nous espérons que les travaux de ces commissions aboutiront à une vision claire et à des conclusions pratiques, notamment en ce qui concerne le système fiscal et l’obtention de la justice sociale. Le secteur textile est l’un de ceux les plus en vue à souffrir de lacunes à cet égard et il a besoin de mesures cohérentes pour aboutir à une reprise économique et sociale.”

Tahar Berberi, Secrétaire général de notre affilié de la métallurgie FGME-UGTT, a déclaré :

“La Société tunisienne de sidérurgie est l’un des piliers importants du secteur métallurgique national, elle qui emploie 1.200 travailleurs. Nous avons toujours appelé à la restructuration de l’entreprise afin d’augmenter son efficacité, de maintenir les emplois et d’assurer l’avenir des travailleurs et travailleuses. Cet accord est un pas important dans la bonne direction et nous espérons que le gouvernement remplira ses obligations et l’appliquera”

Photo : Le Premier ministre tunisien Hichem Mechichi et le Secrétaire général de l’UGTT Noureddine Taboubi montrent des exemplaires de l’accord signé. (Bureau du Premier ministre tunisien)

Le syndicat lutte contre les salaires impayés et les violations des droits des travailleurs chez Galba Nigeria

Les travailleurs comptent des arriérés de salaire de 350 millions de nairas (920.000 dollars) depuis quatre ans, tandis que certains ont pris leur retraite sans même avoir reçu leurs indemnités.

Selon AUTOBATE, certains travailleurs sont morts avant d’avoir reçu leur salaire, tandis que ceux qui sont restés au travail souffrent et ne parviennent plus à subvenir à leurs besoins. Certains travailleurs ayant plus de 25 ans d’expérience ont pris leur retraite sans aucune pension ni gratification dès lors que la direction de Galba Nigeria leur a dit “vous pouvez maintenant vous reposer”.

AUTOBATE affirme que l’entreprise n’a pas remis au syndicat les cotisations déjà prélevées auprès des travailleurs depuis 2013, en violation de droits syndicaux qui sont protégés par les législations nationales et normes internationales du travail.

“La situation est pathétique, car, à ce jour, nous avons enregistré plus de 14 décès de salariés dus à des complications de la pression artérielle, à l’hypertension et à des accidents vasculaires cérébraux parce qu’ils ne pouvaient pas payer leurs factures, notamment les loyers, les frais de scolarité, les frais médicaux et les dépenses de leurs ménages,”

a indiqué Olusola Joel Olorunfemi, Secrétaire général d’AUTOBATE.

Dans sa lutte contre ces violations, AUTOBATE a organisé des piquets de grève et des manifestations devant les locaux de l’entreprise à Port Harcourt. Le syndicat a également assigné Galba Nigeria devant le Tribunal national du commerce du Nigeria pour le non-paiement des salaires et les violations des droits des travailleurs. Cette action en justice intervient après l’échec des efforts de médiation de la Centrale syndicale nigériane TUC. Le syndicat a également demandé l’intervention du Ministère fédéral du Travail et de l’Emploi, sans succès.

Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique sub-saharienne, a déclaré :

“L’ampleur de la spoliation des salaires et des violations des droits des travailleurs chez Galba Nigeria est choquante et inacceptable. Nous soutenons AUTOBATE dans sa revendication du paiement des arriérés de salaire chez Galba Nigeria, dans sa défense des droits des travailleurs et dans sa fermeté quant au respect des normes de travail équitables et des conditions de travail décentes.”

Galba Nigeria est une société d’ingénierie qui fournit des services aux compagnies pétrolières à Port Harcourt et dans l’État de Rivers.

Crédit photo : image d’archive, Port Harcourt, Nigera

Il faut pour les travailleurs et travailleuses de la confection des usines sûres

Ce 24 avril marquera les huit ans de l’homicide industriel que représente la tragédie du Rana Plaza, qui a tué plus de 1.000 travailleurs et travailleuses de la confection et en a blessé davantage encore.

Et pourtant, les travailleurs et travailleuses de la confection doivent encore se faire entendre pour exiger des usines sûres ; rien qu’au cours du mois de mars, plus de 40 personnes occupées dans la confection ont perdu la vie au Maroc et en Égypte à cause d’usines non sécurisées.

IndustriALL continue de faire campagne pour défendre les droits des travailleurs et renforcer le pouvoir des syndicats dans le secteur du textile et de la confection et nous vous demandons de vous joindre à nous pour agir la semaine prochaine.

Voici ce que vous pouvez faire :

La semaine d’action coïncide avec la Fashion Revolution week, alors soutenez leur message #IMadeYourClothes. Vous pouvez télécharger les supports de Fashion Revolution pour y participer.

Faites-nous savoir ce que vous faites en envoyant les photos de vos actions à l’adresse [email protected]. Faites-nous part de vos commentaires, identifiez-nous et utilisez nos hashtags !

Magna Seating Serbia revient à la table des négociations

Le conflit a débuté l'an dernier lorsque la direction de l'usine Magna Seating d'Odžaci, en Serbie, a licencié le président du syndicat local, Dalibor Antanasijević, qui avait pris une part active dans la syndicalisation du personnel et la création du syndicat local.

Magna est une multinationale canadienne qui, parmi beaucoup d'autres produits, fabrique des sièges pour l'industrie automobile. Pour tenter de sortir du conflit, notre affilié autrichien PRO-GE et le comite d'entreprise européen de Magna étaient intervenus auprès de la direction de Magna Seating Europe.

Quand l'entreprise a refusé de réintégrer Dalibor Antanasijević, une équipe composée du comité d'entreprise européen, de PRO-GE et d'IndustriALL Global et IndustriALL Europe s'est jointe à l'ISS pour poursuivre les négociations. L'entreprise a eu le sentiment que la relation de confiance entre l'employeur et les salariés était irrévocablement détruite et a refusé de réintégrer Dalibor Antanasijević. À titre de compromis, l'ISS a convenu de l'employer en tant que recruteur et a réorienté la campagne pour réclamer dorénavant des indemnités de licenciement décentes pour lui, la fin des actions antisyndicales, la reprise de la négociation avec l'entreprise et la signature d'une convention collective décente.

Un accord a été signé le 18 mars 2021. Il comporte des indemnités de départ pour Dalibor Antanasijević, un accord de coopération entre Magna Seating Odžaci et l'ISS et l'engagement de reprendre la négociation avec le syndicat, lequel récupère ses infrastructures, y compris un bureau, du matériel, un soutien administratif et le prélèvement des cotisations syndicales sur les salaires. La négociation collective, interrompue en décembre 2019, doit reprendre.

Les deux parties ont convenu d'abandonner toutes les procédures légales et Magna a réaffirmé son engagement de respecter la législation du travail serbe et les droits fondamentaux des travailleurs énoncés dans les conventions fondamentales de l'OIT. Cet accord a été cosigné par IndustriALL Global, IndustriALL Europe, PRO-GE et le comité d'entreprise.

Dalibor Antanasijević a remercié le mouvement syndical international pour son soutien, en déclarant que "les syndicats sont les seuls à combattre sincèrement pour les droits des travailleurs".

Le directeur d'IndustriALL en charge du secteur, Georg Leuter, a déclaré :

"Ce fut une négociation compliquée avec une position de départ difficile. Nous avons obtenu ce résultat grâce à un travail d'équipe systématique pendant un an. Magna n'est pas réputé pour des accords de ce type, et nous y voyons une grande avancée. Il est malheureux que nous n'ayons pas obtenu la réintégration du camarade Antanasijević, mais nous siégeons à la table avec l'entreprise et cela nous donne de l'espoir pour l'avenir.

"Nous voulons croire que la direction locale honorera l'accord et nous suivrons la situation de près."

Luc Triangle, le secrétaire général d'IndustriALL Europe s'est félicité de ce compromis.

"Cet accord n'a été possible que grâce à la force du syndicat d'usine, solidement implanté dans le mouvement syndical européen et mondial. Il démontre que des syndicats forts sont capables d'acquérir et de conserver un pouvoir de négociation. Nous sommes contents que Magna Seating Europe ait repris la voie du dialogue social."

Thomas Stoimaier, le vice-président du comité d'entreprise européen de Magna, déclare :

"Le respect des droits du personnel et des syndicats est particulièrement important pour nous, au comité d'entreprise européen, et il doit s'appliquer à l'ensemble de Magna. C'est pour cette raison que nous avons toujours recherché un accord qui régisse la coopération entre les syndicats, les salariés et la direction à l'usine de Serbie. Finalement, c'est ce que nous avons obtenu. Maintenant, il faut mettre en œuvre ce qui a été couché sur le papier."