LafargeHolcim, engagez-vous concrètement en faveur des droits des travailleurs !

Dans le sillage des bons résultats financiers engrangés en 2020, LafargeHolcim a récemment annoncé que ses actionnaires seraient grassement rétribués. Pourtant, sans les milliers de travailleurs oeuvrant chaque jour d’arrache-pied à son service, le groupe n’aurait enregistré aucun bénéfice. Beaucoup d’entre eux ne sont même pas reconnus en tant qu’employés du groupe, et travaillent dans l’ombre en tant que soustraitants ou travailleurs tiers.

Avant la fusion en 2015, l’effectif combiné de LafargeHolcim était estimé à plus de 140 000 salariés directs. Un peu moins de six ans plus tard, LafargeHolcim prétend n’employer que 67 000 personnes. L’utilisation à outrance du travail contractuel explique cette réduction drastique de la main-d’oeuvre. En Asie du Sud, on compte près de neuf travailleurs en sous-traitance pour un employé permanent.

Malgré l’annonce de sa stratégie Ambition « 0 », qui vise un objectif de zéro accident professionnel, la maind’oeuvre de LafargeHolcim continue d’évoluer dans des conditions dangereuses et certains travailleurs y perdent même la vie. La grande majorité des victimes sont des travailleurs sous-traités ou des travailleurs tiers.

Ces mauvaises pratiques de travail doivent changer ! Nous exigeons de LafargeHolcim :

Téléchargez les tracts de campagne en bas:

PROFIL: En Inde, le syndicat des démolisseurs de navires va de l’avant

PROFIL

Global Worker no. 1 mai 2021

Pays: Inde

Syndicat: The Alang Sosiya Ship Recycling and General Workers Association (ASSRGWA)

L'initiative visant à recruter syndicalement les travailleurs des chantiers navals d'Alang a débuté en 2003 et un syndicat officiel comptant onze membres y a été enregistré en 2005. Alang représente le plus grand chantier de démantèlement de navires au monde, avec 169 parcelles qui y sont dédiées et une main-d'œuvre de 60.000 personnes lorsque tous les chantiers sont occupés. Plus de 100.000 personnes sont occupées dans les secteurs en aval. 

Le syndicat s'est toujours efforcé de sensibiliser les travailleurs à leurs droits, d'organiser des formations pour répondre aux problèmes de santé et de sécurité au travail, d'obtenir des avantages et de sauvegarder les intérêts de ses membres. Le syndicat compte désormais plus de 18.000 travailleurs des chantiers navals parmi ses adhérents, dont la quasi-totalité sont des travailleurs migrants.

En mettant à disposition ses experts du secteur de la construction navale, la FNV, affilié néerlandais d'IndustriALL, a collaboré avec l’ASSRGWA pour organiser une formation de formateurs sur les aspects de sécurité du démantèlement des navires, notamment l'utilisation d'équipements de protection individuelle, la connaissance des structures des navires, la disposition de l’équipement, le codage couleur des conduites, la manipulation des produits chimiques, des gaz et des déchets dangereux, la levée des charges et le recours aux mesures de sécurité pour éviter les procédures dangereuses lors du démantèlement des navires. Des contremaîtres et des représentants des directions ont également participé à la formation.

L'intervention du syndicat a permis de faire en sorte que des programmes de formation à la sécurité soient organisés par les autorités pour un grand nombre de travailleurs et qu'aucune personne ne soit embauchée sans formation à la sécurité. Parallèlement, le syndicat a organisé des formations régulières de formateurs à la sécurité, axées sur des fonctions spécifiques telles que les chalumistes et les pompiers. Désormais, des employeurs envoient également leurs experts pour former les travailleurs dans le cadre des écolages organisés par le syndicat. 

Vidhyadhar Rane, Président de l'ASSRGWA, déclare :

“Le soutien et la collaboration qu’IndustriALL et la FNV nous ont prodigués ont joué un rôle crucial dans la consolidation des efforts de recrutement syndical et le renforcement de notre capacité à défendre les droits des travailleurs. Ici, à Alang, nous avons développé des relations de travail utiles avec l'association des employeurs et l'administration du district, dont nous avons également reçu le soutien pour fournir une assistance aux travailleurs pendant la pandémie de Covid-19.” 

Alors que la Covid-19 se répandait, l’ASSRGWA a joué un rôle crucial en venant au secours des travailleurs et ainsi sauvegarder leurs intérêts. Le syndicat a organisé des réunions régulières afin d'évaluer l'impact de la pandémie et de comprendre le soutien dont les travailleurs avaient besoin.

Lorsque l'Inde a introduit un confinement à l'échelle nationale, l’ASSRGWA a demandé aux employeurs de garantir le paiement des salaires pendant cette période. Avec le soutien de l'administration du district et de l'association des employeurs, le syndicat a fourni des produits alimentaires subventionnés et gratuits à plus de 21.500 travailleurs, en deux phases. L’ASSRGWA a veillé à ce que les autorités du Gujarat et de Bombay assainissent les chantiers. Elle a demandé aux autorités bancaires de reprendre leurs activités afin que les travailleurs puissent envoyer de l'argent aux membres de leur famille.

Les travailleurs voulaient rentrer chez eux puisque les chantiers de démolition de navires étaient fermés pendant le confinement. Mais comme il n'y avait pas de transports publics, l’ASSRGWA est entrée en action, œuvrant avec l'administration du district pour éviter que les travailleurs ne fassent des centaines de kilomètres à pied pour atteindre leur destination. Le syndicat a partagé avec l'administration du district sa base de données sur les destinations des travailleurs, ce qui lui a permis d'organiser des bus et des trains pour transporter ces démolisseurs de navires.

Lorsque le confinement a été relâché et que l'industrie a commencé à rouvrir, l’ASSRGWA a travaillé avec les représentants des employeurs pour aider à retrouver les travailleurs en vue de leur retour au travail. Le syndicat a également fait pression sur les employeurs pour qu'ils adoptent des mesures de sécurité Covid-19 appropriées sur les chantiers. 

 

En 2019, l'Inde, plus grand pays en matière de démolition de navires au monde, a ratifié la Convention internationale de Hong Kong pour le recyclage sûr et écologiquement rationnel des navires. L'ASSRGWA a joué un rôle clé dans la promotion de la Convention de Hong Kong et participe désormais à l'élaboration de procédures de démantèlement des navires conformes à celle-ci.

“Nous continuons à travailler au niveau de l’impact environnemental de nos chantiers de démantèlement de navires et à la mise en œuvre de la Convention de Hong Kong, ce qui créera de meilleures conditions de travail pour les travailleurs. Bien que nous soyons fiers de nos réalisations, nous sommes conscients des défis existants pour nos membres. Pour continuer à aller de l’avant, nous devons renforcer nos effectifs, consolider le dialogue social et améliorer la durabilité,”

indique Vidhyadhar Rane.

L'Association des travailleurs du recyclage des navires et des industries diverses d’Alang Sosiya (ASSRGWA)est membre de la Fédération indienne des travailleurs de la métallurgie et de l'ingénierie (SMEFI), affiliée à IndustriALL, et de la centrale syndicale nationale Hind Mazdoor Sabha (HMS). L’ASSRGWA compte 18,295 adhérents. 

Les syndicats de RDC face aux défis du devoir de diligence dans les chaînes d'approvisionnement

Divers événements ont été organisés sous l'égide de l'OCDE sur des thèmes liés à la chaîne d'approvisionnement mondiale des minéraux, notamment l'Initiative for Responsible Mining (IRMA) sur le devoir de diligence hors des zones de conflit et à haut risque et le Responsible Mining Index (RMI).

Des affiliés d'IndustriALL de République démocratique du Congo (RDC) ont participé à l'événement parallèle de l'Entreprise générale du cobalt (EGC) intitulé Production artisanale du cobalt : vers une transition sûre et juste. EGC, une compagnie d'extraction du cobalt de création récente, est une filiale de la société d'État La Générale des Carrières et des Mines (Gécamines). Elle a le monopole de l'achat, du traitement et de la vente de tout le cobalt produit par les mineurs artisanaux ou par les firmes impliquées dans l'exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE), d'où son importance pour le projet de plateforme sur les batteries d'IndustriALL.

"IndustriALL porte une attention particulière à la RDC étant donné la place importante du cobalt que détient ce pays dans la transition vers une économie décarbonée. En outre, le rôle crucial de l'EMAPE dans l'extraction du cobalt est un autre facteur de l'urgente nécessité d'organiser les affiliés de la RDC à l'occasion du Forum de l'OCDE sur les chaînes d'approvisionnement en minerais responsables,"

déclare Glen Mpufane, directeur d'IndustriALL en charge des mines.

Les syndicats de RDC ont dit leurs préoccupations de se voir exclus des événements et de la procédure qui ont conduit à la création de l'EGC et ont mis en cause le rôle central joué par Trafigura, une des plus grandes sociétés indépendantes de négoce et de logistique de matières premières au monde.

Avec ses partenaires, Trafigura est la seule chargée de l'élaboration de normes d'exploitation responsable et de traçabilité pour la production de cobalt en EMAPE, notamment de la première norme d'approvisionnement responsable pour le cobalt de l'EMAPE en RDC.

Bien que les procédures et la gouvernance de l'EGC privilégient la consultation et la participation des parties prenantes, les syndicats n'ont pas été consultés et ne sont pas représentés dans ses comités, contrairement aux organisations non-gouvernementales qui y sont en masse. En réaction, les affiliés enverront des courriers à l'EGC et à Trafigura pour exprimer leurs préoccupations.

Les organisations syndicales se sont engagées à élaborer, avec l'aide d'IndustriALL, une stratégie d'action sur le devoir de diligence.

Sven Schwersensky, directeur de la Fondation Friedrich Ebert pour la RDC, basé à Kinshasa, a assuré la coordination de la participation syndicale en amenant six affiliés à son bureau et en les mettant en relation avec Genève, Johannesburg et avec le forum à Paris.

"Ce forum virtuel a permis de participer à la plupart des sessions, en donnant l'occasion de renforcer les capacités des affiliés de RDC et d'interagir avec eux,"

a déclaré la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Afrique subsaharienne, Paule France Ndessomin.

IndustriALL et Renault signent le premier accord mondial du secteur sur le télétravail

Bien que le télétravail ne soit pas nouveau, la pandémie a changé pour toujours nos vies et notre façon de travailler. Depuis plus d’un an, c’est le mode de travail prédominant pour de nombreux cols blancs. L’OCDE estime qu’environ un quart des emplois formels sont exercés à distance et prévoit que ce chiffre pourrait très bientôt atteindre plus de 40 %. Il est donc d’autant plus nécessaire de réglementer le télétravail par le biais de la législation et des négociations collectives.

L’accord-cadre mondial (ACM), signé en 2013 avec Renault, a été complété par un deuxième ACM sur la qualité de vie au travail en 2019. L’accord s’intitule “Construire ensemble le monde du travail au sein du Groupe Renault” et a été qualifié de précédent, car il s’agit du premier accord mondial à aborder la transformation du monde du travail.

Cet ACM contenait déjà un chapitre sur le travail à distance, mais comme le monde du travail évolue rapidement, notamment en raison de la pandémie de Covid-19, IndustriALL et Renault sont convenus d’en renforcer les principes et les valeurs.

“La pandémie a obligé une partie importante de la main-d’œuvre à travailler à distance et il est de la plus haute importance de veiller à ce que les droits de ces travailleurs et travailleuses soient bien protégés. Cet accord avec Renault est une étape importante, car il fixe des normes mondiales élevées et offre un cadre pour les négociations nationales et locales. Nous nous adresserons à d’autres entreprises à ce sujet dans l’espoir qu’elles suivront ce bon exemple,”

a déclaré le Secrétaire général d’IndustriALL Valter Sanches.

L’accord, novateur, précise les conditions dans lesquelles le travail à distance peut être pratiqué au sein du Groupe Renault. Il aborde, entre autres, les points suivants

En outre, l’avenant promeut et encourage les négociations d’accords locaux et nationaux chez Renault afin de prendre en compte les législations et réglementations nationales et autres éléments spécifiques à certains sites ou pays.

La signature de l’accord mondial avec Renault coïncide avec l’ouverture par IndustriALL d’un processus de consultation avec les coprésidents sectoriels pour des lignes directrices sur le télétravail. Une fois le processus de consultation finalisé, ces lignes directrices seront mises à la disposition de tous les affiliés.

PROFIL : Soutenir les travailleurs suédois du secteur de la pâte et du papier

PROFIL

Global Worker No. 1 avril 2021

Pays : Suède

Syndicat : Pappers, représente les travailleurs et travailleuses de l'industrie de la pâte et du papier

Adhérents : 13.500

“Les grands syndicats suédois ont traditionnellement une grande influence politique, mais notre avantage est que nous connaissons réellement nos membres”, déclare Pontus Georgsson, Président de Pappers. “Nous travaillons dur pour rester proches d'eux et être un partenaire pertinent.”

Pontus Georgsson est depuis 2019 le Président de ce syndicat vieux de 101 ans. Il a travaillé 22 ans dans une papeterie, dont une bonne partie en tant que représentant syndical à plein temps.

Dans les années 1980, l'industrie suédoise de la pâte et du papier employait 50.000 personnes. Aujourd'hui, ce nombre est tombé à 13.000. 

“En tant que syndicat, nous avons dû relever le défi de maintenir et de faire évoluer notre rôle afin de continuer à représenter nos membres alors que l'industrie subissait une transformation massive avec des fermetures d'usines et des licenciements,”

confie Pontus Georgsson.

Depuis 2015, l'industrie suédoise de la pâte et du papier a connu de nouvelles grandes transformations. Elle bénéficie désormais d'investissements importants qui conduisent à de meilleurs produits et à une augmentation des capacités. La production de papier pour les journaux est en baisse, mais la Suède est un important producteur de cartons et de papier pour les emballages. Environ 90 % de la production est exportée vers le reste de l'Europe ou les États-Unis.

L'industrie de la pâte et du papier est caractérisée par de grandes machineries, des véhicules imposants et des produits chimiques puissants. En 2019, on a recensé 317 accidents du travail nécessitant un congé médical. Pontus Georgsson affirme que la santé et la sécurité au travail restent la pierre angulaire du travail du syndicat.

Pappers emploie 15 personnes au niveau de son siège social de Stockholm, où le Président et deux autres élus travaillent également à temps plein. La législation suédoise du travail autorise les activités syndicales pendant les heures de travail et la plupart des tâches syndicales, notamment en matière de santé et de sécurité, sont menées par des représentants syndicaux sur le lieu de travail.

La pandémie de Covid-19 a fait des ravages dans de nombreuses industries un peu partout dans le monde, mais l'industrie suédoise de la pâte à papier et du papier reste relativement épargnée. Pontus Georgsson cite l'exemple d'une papeterie suédoise qui a dû fermer, une petite usine qui est l'une des deux seules en Europe à fabriquer la pâte à papier nécessaire à la fabrication des sous-bocks. Le secteur de l'hôtellerie et de la restauration a été durement touché par le confinement et la fermeture des bars a eu pour conséquence de réduire le besoin en sous-verres.

La production de serviettes de table et d'essuie-tout a également plus ou moins cessé. Le papier toilette, en revanche, a connu une hausse de production avant les confinements.

“Lorsque la pandémie a frappé, le gouvernement suédois a mis en place des programmes de mise au chômage technique. Cela signifie que les emplois ont été sauvés dans les usines où la production a diminué,” indique Pontus Georgsson.

Faire face à l'avenir

Pappers continue à recruter les travailleurs et travailleuses avec succès, bien qu'il soit plus difficile d'inciter les jeunes à adhérer au syndicat. Avant l'apparition de la pandémie de Covid-19, Pappers avait lancé l'une des plus grandes campagnes syndicales de Suède pour recruter de jeunes travailleurs et travailleuses. Ces projets ont dû être mis en veilleuse mais devraient reprendre en 2022.

Pontus Georgsson

“Nous devons faire un effort",

déclare Pontus Georgsson.

“Nous avons dû nous adapter aux circonstances et avons dès lors fait participer 80 jeunes ambassadeurs à des discussions et à de la planification, afin de créer un engagement. Nous avons également visité les 54 papeteries de Suède pour y rencontrer les jeunes travailleurs et travailleuses.”

Les femmes constituent environ 16 % de la main-d'œuvre totale de l'industrie de la pâte et du papier. Toutefois, ce chiffre est légèrement plus élevé pour les femmes de moins de 30 ans, où il avoisine les 30 pour cent.

“Les choses vont dans le bon sens. Mais le faible pourcentage de femmes se reflète parmi nos militants syndicaux. Ce nombre doit augmenter ; Pappers doit être un syndicat attrayant pour les femmes.

Cela signifie, entre autres, que nous devons adapter nos conventions collectives à la vie familiale moderne. La vie en elle-même est plus importante que le travail et, en tant que syndicat, nous représentons l'ensemble de la main-d’œuvre,”

conclut Pontus Georgsson.

Philippines : des dirigeants syndicaux réintégrés

En mars 2019, la Fédération des industries du commerce de l'habillement, du textile, de la chaussure, du plastique, du cuir et secteurs apparentés (TF2-FFW), affiliée à IndustriALL, a créé une section locale chez Charter Link Clark Inc., une firme de vêtements de Hong Kong, fournisseuse de Lululemon, installée dans la zone franche de Clark, à Pampanga, aux Philippines.

Le nouveau syndicat a subi l'antisyndicalisme de la direction de l'entreprise, lorsque quatre responsables syndicaux ont été licenciés et que les travailleurs ont dû répondre à une enquête dans laquelle ils devaient choisir entre un syndicat et un comité de gestion du travail qui avait la faveur de la direction. Les travailleurs qui ne participaient pas ont été suspendus sans salaire.

Lorsque le syndicat a obtenu la majorité des signatures nécessaire à se reconnaissance comme agent de négociation unique et exclusif (SEBA), l'entreprise a rapidement constitué un syndicat jaune pour concurrencer sa reconnaissance. Quoi qu'il en soit, la TF2-FFW a remporté le scrutin et obtenu le certificat SEBA en juillet 2019.

Pour torpiller la négociation d'une convention collective, la direction a utilisé le prétexte de la Covid-19 pour forcer plus d'une centaine de travailleurs, dont tous les responsables syndicaux, à prendre un congé à durée indéterminée sans rémunération. Le syndicat a déposé des plaintes pour licenciements abusifs et suspensions illégales auprès du ministère de l'Emploi et du Travail.

IndustriALL a écrit à l'entreprise pour réclamer la réintégration de tous les responsables syndicaux. Lululemon a envoyé un expert pour enquêter sur ces pratiques déloyales.

Une médiation qui a traîné en longueur et des recours devant la juridiction du travail ont finalement obtenu la réintégration de huit dirigeants syndicaux, avec arriéré de salaire, et la signature d'une convention collective le 26 mars de cette année.

"Le combat pour les droits des travailleurs de Charter Link Clark est impressionnant et la signature de cette convention collective est une grande réalisation. TF2-FFW est déterminée à continuer de renforcer ses capacités pour obtenir du travail décent,"

a déclaré Laudica Casana, la présidente de la TF2-FFW.

La convention collective garantit la sécurité d'emploi et prévoit une assurance de groupe contre les accidents pour les travailleurs syndiqués. Les travailleurs obtiennent des aides médicales, des primes d'assiduité, un congé syndical rémunéré, des équipements de protection individuelle. Le syndicat peut dorénavant utiliser en toute légalité les infrastructures de l'usine pour des activités syndicales.

"La force et la détermination des travailleurs l'ont emporté chez Charter Link Clark, et la solidarité internationale organisée par IndustriALL et ses affiliés ont contribué à cette victoire syndicale,"

a déclaré Christina Hajagos-Clausen, la directrice d'IndustriALL en charge de l'industrie textile.  

La santé et la sécurité professionnelles doivent devenir un droit fondamental de l’OIT

Matériels (poster)

 
 

La perspective de l’objectif “zéro dommage” et “zéro accident, blessure ou maladie grave ou mortelle” lié au travail s’avère être un mirage. Les employeurs continuent de manquer à leur devoir de diligence envers leurs travailleurs et travailleuses. Au plan mondial, les régimes actuels de santé et de sécurité continuent à ne pas être conforme aux attentes des travailleurs et travailleuses au niveau de ce que l’OIT appelle l’énorme fardeau des conditions de travail. Les résultats de ce fardeau sont les suivants :

Les coûts sociaux et économiques des mauvaises conditions de travail sont énormes :

En raison du manquement des employeurs à leur devoir de diligence et des coûts faramineux, il est grand temps de reconnaître la santé et la sécurité comme un droit fondamental au travail.

Alors que nous nous préparons à nous souvenir et à observer une minute de silence le 28 avril, un appel clair est lancé par le mouvement syndical international pour une remise en question radicale de l’approche habituelle de la gestion de la santé et de la sécurité professionnelles : reconnaître et faire de la santé et de la sécurité un droit fondamental au travail.

IndustriALL Global Union se joint à l’appel lancé à l’occasion de la Déclaration du centenaire de l’OIT pour l’avenir du travail en 2019 qui affirmait : “Des conditions de travail sûres et salubres sont fondamentales au travail décent”. La résolution de la conférence, adoptée par la suite, demandait au Conseil d’administration “d’examiner, dans les meilleurs délais, des propositions visant à inclure des conditions de travail sûres et saines dans le cadre des principes et droits fondamentaux au travail de l’OIT”, à l’instar des huit Conventions fondamentales de l’OIT.

Cette année, le 28 avril, nous nous commémorons la mémoire des travailleurs et travailleuses, ainsi que de leurs familles, victimes des homicides industriels suivants :

Il faut continuer à assurer la sécurité des ateliers de confection.

Le 24 avril marque le huitième anniversaire de l’effondrement du Rana Plaza, où plus de 1.100 travailleurs et travailleuses de la confection ont été tués et de nombreux autres blessés. Au cours du seul mois de mars, plus de 40 travailleurs de la confection ont perdu la vie au Maroc et en Égypte en raison de l’insécurité des usines.

Alors que la date d’expiration de l’accord approche, les enseignes de la mode de stature mondiale doivent continuer à garantir des conditions de travail sûres chez leurs fournisseurs au Bangladesh et prendre des mesures pour que les travailleurs et travailleuses de leurs chaînes d’approvisionnement dans le monde entier puissent évoluer dans des usines sûres.

Dans un éditorial, IndustriALLet Uni Global Union proposent aux enseignes un choix simple : s’engager à nouveau dans un accord contraignant avec les Fédérations syndicales internationales qui permettra de continuer à sécuriser les usines au Bangladesh et dans d’autres pays ou tourner le dos à des millions de travailleurs et travailleuses de la confection et revenir au système d’auto-certification, qui a échoué.

Nous appelons les enseignes à se mobiliser et à s’engager, une fois de plus, pour préserver l’héritage de l’Accord. La vie des travailleurs et travailleuses de la confection au Bangladesh et ailleurs dépend de vous. Ils n’ont pas oublié le Rana Plaza. Et vous ?

Agir pour des usines sûres

Au cours de la semaine précédant le 24 avril, les affiliés d’IndustriALL ont mené des actions pour soutenir l’appel en faveur d’usines sûres. Vous trouverez des photos de ces actions sur Flickr et sur les médias sociaux.

Avec nos partenaires d’accords-cadre mondiaux H&M, Tchibo, ASOS, Esprit et Inditex, nous avons organisé une conversation sur la sécurité des usines, l’accord du Bangladesh et le changement systémique dans l’industrie de confection, que vous pouvez visionner sur Facebook.

Le Comité exécutif d’IndustriALL s’oppose fermement à la répression

Le Président d’IndustriALL, Jörg Hofmann, également Président du syndicat allemand IG Metall, a ouvert le Comité exécutif en faisant remarquer que la Covid représente une crise des droits humains autant que sanitaire.

“L’accès aux vaccins doit être équitable pour tous. Personne n’est en sécurité tant que tout le monde ne l’est pas. Ce n’est fini pour personne tant que ce n’est pas fini pour tout le monde,"

a affirmé Jörg Hofmann.

La pandémie a décalé le Congrès d’IndustriALL d’un an, à septembre 2021, et les préparatifs de cet événement en ligne sont en cours. La plateforme technique permettra aux délégués de participer en direct, de voter et d’interagir et il sera possible aux observateurs de le suivre et de communiquer sur une plateforme séparée. Le Comité exécutif a voté sur un certain nombre de recommandations pour le Congrès, notamment sur la participation de 40 % de femmes.

La recommandation concernant le plan d’action d’IndustriALL pour 2021-2025 a été approuvée à l’unanimité, avec une résolution politique et quatre objectifs stratégiques : faire avancer les droits des travailleurs, construire des syndicats plus forts, affronter le capital mondial et promouvoir des politiques industrielles durables.

Le Comité exécutif a entendu deux candidats au poste de Secrétaire général : l’actuel Secrétaire général adjoint Atle Høie, de Norvège et l’actuel Secrétaire général adjoint Kemal Özkan, de Turquie. L’actuel Secrétaire général Valter Sanches, du Brésil, passera la main en septembre.

Valter Sanches a fait rapport sur les activités de l’organisation depuis le dernier Comité exécutif de novembre 2020.

La pandémie de Covid-19 a obligé les travailleurs et travailleuses du monde entier à trouver d’autres moyens de communiquer, d’interagir et de travailler, en s’appuyant davantage sur des solutions numériques. IndustriALL s’est employée à renforcer les capacités numériques de ses affiliés, en leur fournissant du matériel, un accès Internet fiable et des plateformes de réunion numériques.

Comme le souligne le Rapport du Secrétariat, face à l’adversité, les syndicats sont toujours capables de gagner. Au Pakistan, les travailleurs et travailleuses à domicile ont réussi à obtenir des prestations de protection sociale ; en Inde, 1.257 travailleurs et travailleuses ont retrouvé leur emploi à l’issue d’une campagne syndicale internationale de huit mois ; en Espagne, les syndicats ont réussi à défendre les emplois chez Repsol ; au Canada, les travailleurs et travailleuses du ciment ont lutté pour la justice et ont gagné ; après un accord avec l’employeur, le syndicat colombien Sintracarbón a mis fin à une grève historique ; au Royaume-Uni, un accord syndical a permis de sauver des emplois chez Rolls Royce.

La construction de syndicats forts reste au cœur des activités d’IndustriALL et l’assemblée a approuvé la réaffiliation du syndicat nigérian Chemical and Non-Metallic Products Senior Staff Association, CANMPSSAN et l’affiliation du syndicat argentin Coordinación Nacional de Trabajadores/as de Industria de la CTA Autónoma.

Dans son rapport au Comité exécutif, le Comité des femmes d’IndustriALL a fait état de la poursuite de la lutte contre la violence fondée sur le genre et de la promotion de la Convention 190 de l’OIT. Des formations seront organisées aux niveaux sectoriel, régional, national et des entreprises.

Cette année, les attaques contre la démocratie se sont multipliées aux Philippines, en Biélorussie et au Myanmar. IndustriALL continue à soutenir ses affiliés dans ces pays dans leur lutte pour la démocratie, ainsi qu’en Haiti et à Hong Kong.

Aux Philippines, la législation antiterroriste est utilisée pour s’attaquer aux mouvements sociaux et aux syndicalistes. En mars, le Vice-président de Pamantik-KMU, Dandy Miguel, a été tué.

35.000 personnes ont été arrêtées en Biélorussie depuis les élections présidentielles truquées d’août dernier. 300 syndicalistes ont été poursuivis et les bureaux des syndicats indépendants ont été fouillés et vandalisés.

Depuis que les militaires ont pris le pouvoir au Myanmar, en février, plus de 700 personnes ont été tuées.

“Il n’y a pas d’avenir, pas de droits, pas de liberté et pas de prospérité sous un régime militaire. Nous avons besoin de votre soutien pour restaurer la démocratie et isoler la junte militaire dans le pays et au niveau international,”

a déclaré Khaing Zar, Présidente de la Fédération des travailleurs industriels du Myanmar.

 

Le Comité exécutif a adopté à l’unanimité une résolution sur le Myanmar, appelant les entreprises à mettre fin à leurs liens commerciaux avec l’armée, tous les affiliés à faire pression sur leurs gouvernements pour obtenir des sanctions économiques et les gouvernements à reconnaître le nouveau gouvernement d’unité nationale du Myanmar.

“Depuis plus d’un an, la pandémie de Covid-19 perturbe notre monde avec des conséquences énormes pour les travailleurs et travailleuses du monde entier. IndustriALL continuera à défendre leurs droits, à lutter contre les violations et à exiger un accès équitable aux vaccins pour tous,”

a conclu Valter Sanches.

INTERVIEW: Khaing Zar

INTERVIEW

From Global Worker No. 1 May 2021

INTERVIEW: Khaing Zar

Pays: Myanmar

Depuis décembre 2014, IndustriALL compte deux affiliés au Myanmar : la Fédération des travailleurs industriels du Myanmar (IWFM) et la Fédération des mineurs du Myanmar (MWFM). Ces deux syndicats sont affiliés à la Confédération des syndicats du Myanmar (CTUM).

Khaing Zar est Présidente de l'IWFM, trésorière de la CTUM et membre du Comité exécutif d'IndustriALL. Khaing Zar s'est engagée dans le mouvement syndical en 2007, alors qu'elle travaillait dans des usines de confection à la frontière entre la Thaïlande et le Myanmar.

Comment êtes-vous devenue syndicaliste ?

J'ai terminé le lycée à 16 ans et j'ai commencé à travailler pour aider ma famille. J'ai montré une carte d'identité d'une personne de 25 ans, empruntée à ma cousine et cela m'a permis de trouver un emploi dans une usine de textile. J'en ai ensuite été renvoyée parce que je n'avais pas l'âge requis ; l'âge légal pour travailler au Myanmar est de 18 ans.

J'ai ensuite travaillé dans différentes usines, en faisant des doubles journées de travail pour pouvoir suivre des cours universitaires à distance. Une fois mon diplôme universitaire obtenu, j'ai trouvé du travail dans des usines de confection de l'autre côté de la frontière, en Thaïlande.

Lorsque je travaillais dans des usines au Myanmar et en Thaïlande, j'ai côtoyé des enfants de 13 ou 14 ans qui voulaient retourner à l'école.

J'ai été frappée par les médiocres conditions de vie, l'exploitation des travailleurs et travailleuses ainsi que le peu de possibilités d'améliorer leur vie, voire leur absence. J'ai donc participé à une session de formation syndicale alors que je travaillais dans une usine de confection en Thaïlande et je n'ai jamais fait marche arrière depuis. 

J'ai rejoint la Fédération des syndicats de Birmanie (FTUM), aujourd'hui appelée Confédération des syndicats du Myanmar (CTUM), où je suis membre du Comité exécutif depuis début 2007. À l'époque, nous éduquions les travailleurs et travailleuses migrants en Thaïlande sur le droit du travail thaïlandais, afin de leur faire connaître leurs droits, et nous aidions ceux et celles qui avaient perdu leur emploi ou qui avaient des problèmes sur leur lieu de travail. Les syndicats y étant illégaux, nous invitions les travailleurs et travailleuses du Myanmar à venir se former dans des lieux sûrs.

Comment fonctionne la syndicalisation depuis la légalisation des syndicats au Myanmar ?

Entre 2017 et 2019, l'IWFM a fait passer le nombre de ses membres de 17.000 à 24.000. Cependant, la pandémie a entraîné des pertes d'emplois et également une baisse des effectifs syndicaux. Actuellement, l'IWFM compte 13.000 membres.

Différents facteurs rendent la syndicalisation difficile. Les gens voient les dirigeants syndicaux être licenciés et ont peur d'adhérer à un syndicat par crainte des répercussions. Il faut du temps pour changer les comportements.

Et même si les syndicats sont légaux, le processus d'enregistrement auprès des autorités est difficile. Officiellement, le processus devrait prendre trois mois, mais il est souvent beaucoup plus long. Nous encourageons donc les dirigeants des syndicats locaux à entamer de toute façon le travail syndical pour leurs membres, conformément aux Principes directeurs sur la Liberté syndicale.

Le Myanmar n'a pas de tradition de dialogue social et la notion générale de ce qu’est un syndicat est assez faible, tant chez les travailleurs et travailleuses que chez les employeurs. Il est impératif de mettre en place des relations patrons-syndicats efficaces au niveau des usines, ce qui nécessite la formation tant des représentants syndicaux que patronaux.

L'IWFM dispense de nombreuses formations aux travailleurs et travailleuses, notamment sur ce qu'est un syndicat et ce qu’il fait, ce qu'est le dialogue social, le processus d’une convention collective, la législation du travail, la stratégie de syndicalisation, l'égalité des sexes, la santé et la sécurité au travail et les normes internationales du travail.

Nombreux sont ceux qui pensent que le syndicat est synonyme de combat et de lutte des classes, mais il s'agit plutôt d'éducation. Nous voulons de bons emplois et nous voulons améliorer les conditions de travail, mais cela doit passer par des négociations. Si les employeurs perdent des affaires, nous perdons des emplois. Nous encourageons les travailleurs à ne faire usage d’actions de grève qu'en dernier recours.

Quel rôle les syndicats jouent-ils dans le mouvement de désobéissance civile qui proteste contre le régime militaire ?

Des centaines de milliers de personnes ont participé aux manifestations pacifiques organisées dans tout le pays. Le mouvement de désobéissance civile rassemble réellement des personnes de tout le Myanmar, indépendamment de leur position ethnique, sociale ou géographique, ainsi que des travailleurs et travailleuses de différents secteurs tels que les transports, l'énergie, les mines, la confection, la construction et le secteur médical.

Les syndicats ont été très actifs et nos membres de l'industrie de la confection ont rejoint les manifestations. Comme vous pouvez être licencié après trois jours de grève, il y a eu des négociations avec la direction pour obtenir un congé approuvé afin de rejoindre le mouvement. Dans certains cas, syndicats et travailleurs ont soumis une lettre à l'employeur indiquant qu'ils se joignent aux manifestations pacifiques, nécessaires en raison de la situation actuelle du pays et qu'ils exercent en cela leurs inaliénables droits humains et liberté syndicale.

Des directions syndicales ont été prises pour cible par les militaires. La police a émis des mandats d'arrêt à l'encontre de 20 syndicalistes de premier plan, la majorité provenant de l'IWFM, dont notre Vice-présidente, Ma Soe Lay. Des pressions ont été exercées sur les employeurs pour qu'ils fournissent aux militaires des informations sur les leaders syndicalistes et un grand nombre dans leurs rangs ont été contraints de se cacher.

Le 14 mars, une grave attaque a eu lieu dans la plus grande zone industrielle de Yangon, Hlaing Thar Yar. Plus de 100 personnes ont été tuées et des milliers de travailleurs et travailleuses ont quitté cette zone industrielle en raison des fusillades et des arrestations.

Malgré ces difficultés, de nombreuses usines ont rouvert leurs portes en mars. Il existe un risque réel que les usines utilisent la situation actuelle pour licencier des effectifs. Si vous vous absentez du travail pendant plus de trois jours, l'employeur peut éviter de payer les indemnités de licenciement qu'il serait obligé de verser dans un cas normal de réduction des effectifs. Nous voyons déjà ce genre de situation se produire, ce qui est injuste dans le cas où les travailleurs et travailleuses ne peuvent pas se rendre au travail pour des raisons de sécurité.

Que doit attendre l’IWFM de la part de la communauté internationale ?

L'IWFM a œuvré sans relâche pour protéger les droits et améliorer la vie des travailleurs et travailleuses de la confection et de leurs familles depuis que nous avons été autorisés à revenir au Myanmar en 2012, après la précédente dictature.

Nous continuerons à lutter contre le coup d'État militaire actuel, car nous savons à quel point le régime militaire est cruel. Nous avons eu huit ans de liberté partielle et nous avons été témoins du développement du pays. Personne ne veut retourner à l'âge des ténèbres. Il est certain qu'il n'y a pas d'avenir, pas de liberté et pas de prospérité sous un régime militaire.

Il faut des sanctions complètes contre le Myanmar, en particulier dans les secteurs du pétrole, du gaz et des assurances, afin de réduire les revenus du régime militaire. Et nous avons besoin d'un embargo international général sur les armes contre le Myanmar.

L'IWFM fait pression pour que les grandes enseignes de la confection qui produisent au Myanmar demandent à leurs fournisseurs de ne pas punir les travailleurs et travailleuses qui participent aux manifestations. Et l'IWFM a demandé aux enseignes de condamner le coup d'État militaire au Myanmar et de démontrer qu'il aura un impact négatif sur les investissements étrangers.

Ce qu’il nous faut également, c’est que les employeurs et les enseignes qui produisent au Myanmar ne licencient pas les travailleurs et travailleuses dans la situation actuelle. Un grand nombre a déjà perdu son emploi, des syndicalistes sont contraints de se cacher et des familles sont sans revenu. Notre peuple courageux continue de défier la brutalité d’une armée terroriste. Les travailleurs, les travailleuses et le peuple du Myanmar ont besoin d'une aide humanitaire immédiate.