Réintégrez les 37 syndicalistes thaïlandais de Yachiyoda Alloy maintenant !

L’entreprise a suspendu ses activités du 16 au 31 mai 2020 en raison de la pandémie, ce qui a contraint les travailleurs à demander l’intervention d’un fonds de secours leur accordant 62 % des salaires. La plupart des travailleurs ont accepté à contrecœur et ont été contraints de recourir à des prêts de l’entreprise dès lors que la sécurité sociale n’a pas versé les sommes dans les temps.

L’entreprise a demandé aux travailleurs de solliciter à nouveau le fonds de secours du 15 au 30 juin 2020. Le Syndicat ouvrier de Yachiyoda Thaïlande a conseillé à tous de suivre cette instruction.

Le 25 juin de l’année dernière, la société a licencié 32 membres du syndicat qui avaient refusé de recourir au fonds de secours. Le 7 septembre, l’entreprise a licencié les dirigeants du Syndicat ouvrier de Yachiyoda Thaïlande, Pichetsak Kansorn et Sakchai Sritanai, en accusant le syndicat d’avoir donné instruction à ses membres de contaminer les produits et en prétendant ouvertement auprès d’eux que le propriétaire ne voulait pas de syndicat.

Les pratiques antisyndicales se sont poursuivies jusqu’en janvier 2021. Au total, 37 membres du syndicat, dont cinq dirigeants, ont été mis à pied et en lock-out. Les membres du syndicat de Yachiyoda licenciés par l’entreprise sont affiliés à IndustriALL par le biais de la Confédération des syndicats d’industrie de Thaïlande (CILT).

IndustriALL a envoyé des courriers à l’entreprise, exigeant que les 37 syndicalistes soient réintégrés avec des arriérés de salaire et de prestations sociales, mais ces lettres sont tombées dans l’oreille d’un sourd.

Prasit Prasopsuk, Président de la CILT, a déclaré :

“Nous sommes scandalisés par la discrimination antisyndicale chez Yachiyoda Alloy. Le syndicat s’est montré très coopératif et a conseillé à ses membres de solliciter l’intervention du fonds de secours pendant la suspension des activités. Cependant, l’entreprise a utilisé l’excuse d’une contamination de produit pour détruire la section syndicale.”

Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

“Ces licenciements abusifs ont violé le droit du travail thaïlandais, qui interdit de licencier un travailleur en raison de son appartenance à un syndicat. Le comportement de Yachiyoda constitue une violation flagrante des normes internationales fondamentales du travail.”

Accord entre Ansell, IndustriALL et le FTZU sur le conflit au Sri Lanka

Déclaration conjointe :

CONFLIT DE TRAVAIL AU SRI LANKA ENTRE ANSELL, INDUSTRIALL ET LE SYNDICAT FTZU ENTIEREMENT REGLÉ

Ansell Limited (Ansell), IndustriALL Global Union (IndustriALL) et le Syndicat local sri-lankais des salariés des zones de libre-échange et des services généraux (FTZU) confirment conjointement que les revendications des salariés découlant d’une grève en 2013 à l’usine d’Ansell Lanka et du licenciement consécutif des travailleurs ont été entièrement réglées.

Le règlement fait suite à la conclusion par les parties d’un protocole d’entente (PE) en août 2016 visant à régler des revendications en suspens concernant 283 anciens travailleurs ou travailleurs réemployés par la suite (Anciens Travailleurs). Depuis la conclusion du PE, les parties ont tenu de nombreuses discussions quant à la mise en œuvre et à l’interprétation de certaines dispositions du PE.

IndustriALL et le FTZU se sont explicitement engagés à ce que le règlement résolve tous les litiges relatifs au PE et aux Anciens Travailleurs et que les revendications des Anciens Travailleurs à l’endroit d’Ansell soit ainsi déclarées entièrement satisfaites.

Selon les termes de l’accord, IndustriALL et le FTZU ont reconnu et accepté :

IndustriALL et le FTZU reconnaissent qu’Ansell s’est engagée de bonne foi avec les travailleurs et les syndicats impliqués dans cette affaire et a traité les organisations et les personnes concernées avec respect.

Ansell confirme son engagement et le respect de son code de conduite mondial, de sa déclaration des droits de l’homme, de sa politique en matière de normes de travail et de ses protocoles de sécurité de niveau mondial. Tout au long de ses 125 ans d’histoire, Ansell a toujours adopté une attitude ouverte vis-à-vis des syndicats. Ansell s’engage à respecter le droit à la liberté syndicale et à la négociation collective dans toutes ses entreprises à travers le monde. Quatre-vingt-quinze pourcents du total des travailleurs de production d’Ansell sont représentés par un syndicat ou un comité indépendant de travailleurs. Cinquante-cinq pourcents de la main-d’œuvre d’Ansell sont couverts par une convention collective. Ansell est fière de ses résultats en matière de relations sociales saines et de dialogue social constructif dans tous ses sites de production, où les représentants des travailleurs ne font l’objet d’aucune discrimination et où aucune forme d’intimidation, de violence ou de représailles n’est tolérée.

IndustriALL et FTZU confirment qu’aucune des deux organisations syndicales n’est impliquée dans et/ou ne soutient une quelconque action concernant le licenciement de 11 autres travailleurs associés à la grève de 2013 et que cette question sera tranchée en temps voulu par le tribunal.

Signé par Ansell Limited, IndustriALL Global Union et le FTZU.

Victoire syndicale dans la confection au Nicaragua

Tegra Global a annoncé la fermeture de son usine New Holland Apparel et le licenciement de ses 966 salariés. L’entreprise a affirmé vouloir se conformer aux obligations légales et offrir aux salariés des indemnisations supplémentaires.

Le NUPA, qui fait partie de FESITEX, affilié à IndustriALL Global Union, a appelé à des pourparlers avec Tegra Global pour obtenir des avantages supplémentaires pour les travailleurs et travailleuses. Après trois jours de négociations entre un comité représentant la direction locale et mondiale de Tegra et un comité syndical composé de représentants du NUPA, de la FESITEX et d’IndustriALL Global Union, un accord a été conclu le 4 juin. La convention a été signée après consultation des travailleurs et travailleuses, dont la majorité a voté en sa faveur.

Le Secrétaire général de la FESITEX, Pedro Ortega, a déclaré :

“Cet accord représente une victoire syndicale. Il a été obtenu grâce à l’unité dont ont fait preuve les travailleurs et travailleuses de New Holland, aux discussions soutenues que nous avons menées avec Tegra et au soutien inconditionnel des organisations internationales qui appuient les revendications légitimes des travailleurs et travailleuses nicaraguayens.

Cette victoire donnera de la force à la lutte des travailleurs et travailleuses du textile d’Amérique centrale et renforcera la conscientisation de la classe ouvrière dans la région. Nous avons montré que, dès lors que nous sommes unis et organisés, nous pouvons obtenir satisfaction sur des revendications économiques et sociales, même si l’entreprise quitte le pays. Nous y sommes parvenus grâce à la solidarité internationale.”

Par cet accord, Tegra s’engage à :

Le NUPA, pour sa part, s’est engagé à soutenir activement l’entreprise pendant le temps nécessaire à la conclusion de la phase de production qui devrait s’achever dans les prochaines semaines.

Ileana González, représentante syndicale du NUPA, a déclaré :

“Nous étions confrontés à de graves difficultés socio-économiques, ayant perdu nos emplois, nous avons donc décidé de défendre nos droits avec l’aide du syndicat. Nous pensions que c’était une cause perdue, car Tegra avait déjà annoncé son retrait du Nicaragua. Mais nous avons réussi à discuter avec l’entreprise et à signer cet accord. Nous sommes très satisfaits des résultats et le soutien international y a joué un rôle crucial”

Marino Vani, Secrétaire régional d’IndustriALL, a déclaré :

“Cet accord est un pas en avant très important. Nous regrettons la fermeture, mais nous apprécions l’esprit d’ouverture de Tegra Global dans le dialogue avec le syndicat et ses efforts pour répondre aux besoins des travailleurs et travailleuses. Nous félicitons la FESITEX, le NUPA et ses membres, qui se sont mobilisés et ont fait front pour obtenir le meilleur accord possible.”

La CIT porte son attention sur la violation systématique des droits syndicaux par la Biélorussie

La Commission a noté qu’il n’y a eu aucun progrès significatif vers la mise en œuvre complète des recommandations de la commission d’enquête de 2004. La situation s’est dramatiquement détériorée pour les travailleurs et la société civile après l’élection présidentielle truquée d’août 2020, avec une répression et des attaques continues contre les libertés civiles et les droits syndicaux.

Depuis août 2020, des centaines de membres et de dirigeants syndicaux ont fait l’objet d’intimidations, d’arrestations administratives et d’amendes à répétition. Des travailleurs ont été licenciés pour avoir eu recours au droit de grève et de protestation pacifique ; certains ont été condamnés à de lourdes peines de prison pour avoir exercé ces droits.

La Commission demande instamment au gouvernement de prendre des mesures pour libérer tous les syndicalistes qui restent en détention et d’abandonner toutes les charges liées à la participation à des manifestations pacifiques et à des actions syndicales, en se référant à la recommandation de 2004 qui considère qu’une protection adéquate, voire l’immunité contre la détention administrative, devrait être garantie aux responsables syndicaux dans l’exercice de leurs fonctions ou lorsqu’ils font usage de leurs libertés civiles, notamment la liberté d’expression et la liberté de réunion.

Au fil des ans, jusqu’à 90 % des travailleurs et travailleuses biélorusses ont été soumis à des contrats de travail d’un an, largement utilisés pour faire pression sur ceux et celles qui participaient à des actions pacifiques, ce qui a entraîné le licenciement de nombreuses personnes après août 2020. Associé à un refus systématique d’enregistrer les syndicats indépendants, le recours aux contrats de courte durée vise à éliminer la présence de dirigeants et de militants syndicaux indépendants.

Depuis 2000, l’enregistrement d’au moins 100 syndicats indépendants a été refusé ; un seul syndicat indépendant a été enregistré. Le 28 mai, la Biélorussie a adopté des amendements rétrogrades au code du travail, restreignant encore davantage les droits et libertés des travailleurs et travailleuses, y compris par l’interdiction de la grève.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a évoqué quelques-unes des nombreuses violations des droits syndicaux auprès des trois affiliés d’IndustriALL : le refus d’enregistrement des sections locales du BITU et les peines de prison prononcées à l’encontre de trois membres de ce syndicat pour une grève en août 2020 ; le licenciement de plus de 100 membres du syndicat SPM pour avoir rejoint le syndicat de leur choix ; et les descentes de police dans le bureau du REP.

“Compte tenu de ces violations continues et systématiques des droits et libertés des travailleurs et travailleuses, des mesures plus strictes doivent être appliquées afin de garantir le respect de la Convention 87 de l’OIT par le gouvernement biélorusse.”

La 109e session de la Conférence internationale du travail se déroule en ligne. La Commission décidera de nouvelles mesures concernant la Biélorussie à la fin de la session, le 19 juin.

Le réseau syndical Hyundai/Kia d'IndustriALL, une plateforme pour la solidarité mondiale

La liste des États membres de l'OIT qui doivent encore ratifier les normes fondamentales du travail de l'OIT n'est pas très longue, mais on y trouve plusieurs pays de premier plan comme la Chine, l'Inde, l'Iran, le Qatar, l'Arabie saoudite, la Thaïlande et les USA. La très industrialisée République de Corée n'est plus sur cette liste noire parce qu'elle a récemment ratifié les conventions 29 (travail forcé), 87 (liberté syndicale) et 98 (droit de négociation collective), qui entreront en application en avril 2022.

Kim Ho Gyu, le président du Syndicat des travailleurs coréens de la métallurgie (KMWU), affilié à IndustriALL, a déclaré :

"Les conventions ratifiées sont des jalons légaux importants pour une réforme totale de la législation du travail qui sonne la fin de l'antisyndicalisme, intègre la liberté syndicale dans le droit et la pratique et garantisse les droits syndicaux des syndicats d'industrie."

Le réseau mondial Hyundai/Kia existe depuis 2009 et a constamment milité pour l'application de ces droits fondamentaux dans toutes les usines du groupe, dans le monde entier. En outre, des affiliés d'IndustriALL du Brésil, de République tchèque, d'Allemagne, d'Inde, de Corée, de Slovaquie, de Turquie et des USA ont tenté à plusieurs reprises, mais sans succès, de convaincre l'entreprise d'entamer la négociation d'un accord-cadre mondial pour promouvoir ces droits fondamentaux et ouvrir un canal de communication régulière entre les syndicats et l'entreprise à l'échelon mondial.

Le réseau espère que la ratification des conventions de l'OIT par la Corée influencera positivement les relations avec le cinquième constructeur automobile mondial. Kim Yunsam et Choi Sun, des syndicats de branche du KMWU chez Hyundai et Kia, en ont conclu que : 

"Partant du fait que 70 pour cent de l'activité économique de l'entreprise se situent hors de Corée, il est non seulement souhaitable mais aussi logique de suivre des normes du travail universelles élevées et d'avoir une structure formelle de dialogue social à l'échelon mondial."

Les délégués ont décidé d'approfondir leur coopération en améliorant la base de données interne du réseau, cela afin d'avoir plus de force de négociation et d'identifier les cas d'injustice flagrante, comme le nombre élevé de stagiaires faiblement rémunérés et d'autres travailleurs précaires dans l'usine Hyundai de Chennaï, en Inde.

"Il est grand temps de mettre fin à l'exploitation de plus de la moitié du personnel indien qui gagne 20 pour cent de moins que les salariés permanents,"

dit Gowri Shankar, le secrétaire général du syndicat des salariés de Hyundai Motors India.

Pour les contacts plus fréquents, une plateforme sera créée dans le but de permettre et promouvoir un dialogue régulier.

Les participants ont profité de cette réunion pour avoir un débat d'experts sur les techniques de détermination des temps, en particulier MODAPTS. Les collègues se sont familiarisés avec le concept général et ont eu des échanges sur les ripostes syndicales à apporter.

"Il semble que ces systèmes soient appliqués pour transformer les humains en robots. Si nous comprenons le système, nous pouvons sérieusement accroître notre pouvoir de négociation,"

ajoute Patrik Fupšo, le président du syndicat OS KOVO de l'usine Hyundai de République tchèque.

Les participants ont débattu de la stratégie de l'entreprise consistant à évoluer vers un statut de fournisseur de mobilité, et d'aspects tels que la numérisation et les véhicules électriques. À partir de calculs, ils ont analysé l'incidence sur le travail de cette politique dans les sites coréens et ont conclu qu'il serait important d'échanger de bonnes pratiques pour s'assurer que la transformation soit gérée d'une manière socialement responsable qui protège l'employabilité du personnel existant.

Georg Leutert, le directeur d'IndustriALL en charge du secteur automobile, a déclaré :

"Le grand défi consiste à gérer le processus de conversion et de perfectionnement pour s'assurer qu'aucun travailleur ne soit laissé pour compte."

IndustriALL et ses affiliés ont remercié la Fondation Friedrich Ebert pour l'important soutien qu'elle a fourni à cette réunion ainsi que dans le passé.

Principes et lignes directrices d’IndustriALL sur le télétravail

Guidelines
ENGESPFRA
Recommendations
ENGESPFRA

“Nos lignes directrices sur le télétravail sont le reflet de ce que nous considérons comme les principaux défis à relever et de ce qui est nécessaire pour négocier une bonne protection des travailleurs et travailleuses. Nous sommes conscients que le télétravail est une forme d’organisation du travail en expansion. Une réflexion et une discussion approfondies, basées sur les bonnes pratiques et l’évaluation de l’expérience, doivent se poursuivre parmi et entre les syndicats, les effectifs salariés et les employeurs, afin de surmonter les défis et d’assurer une protection optimale des travailleurs et travailleuses. Notre intention est de développer ce matériel en fonction des évolutions observées,”

indique Atle Høie, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL.

Le télétravail n’a rien de nouveau et s’est développé progressivement au fil des ans, parallèlement au développement des nouvelles technologies et des outils numériques. Selon l’OCDE, en 2015 déjà, 25 % des travailleurs et travailleuses de l’industrie manufacturière prestaient à distance au moins une partie du temps, mais ces chiffres ont considérablement augmenté pendant la pandémie. Selon les chiffres de l’Union européenne, alors qu’en 2019, seuls 5,4 % des travailleurs et travailleuses de l’UE prestaient habituellement à domicile, près de 40 % des travailleurs et travailleuses de l’UE ont commencé à télétravailler à temps plein à la suite de la pandémie.

Avec le saut technologique et la numérisation des processus de production, la part des cols blancs dans l’industrie augmente, ce qui accroît la part de la main-d’œuvre pouvant effectuer son travail à distance.

“Ceci constitue une très bonne initiative. Nous sommes impatients de la présenter aux affiliés d’IndustriALL. Elle deviendra un instrument important dans notre lutte syndicale pour les droits des travailleurs et travailleuses en matière de télétravail et d’amélioration de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée,”

a indiqué Anne-Catherine Cudennec, de la CFE-CGC et coprésidente de la section des cols blancs d’IndustriALL.

Le travail à distance restera une caractéristique permanente du monde du travail, même une fois la crise de Covid-19 passée. Le télétravail peut présenter de nombreux avantages pour les travailleurs et travailleuses, notamment une plus grande autonomie et flexibilité, mais il présente également un certain niveau de risques pour les salariés et leurs syndicats.

Pour prévenir ces risques, le télétravail doit être négocié et les employeurs ainsi que les gouvernements doivent garantir ce droit. Il jouera un rôle important dans la définition de l’avenir du travail et contribuera à remodeler nos sociétés. Les syndicats doivent participer activement à l’élaboration de la nouvelle législation dans ce domaine. La négociation collective au niveau du secteur, de l’entreprise et du lieu de travail doit jouer un rôle clé dans la réglementation du télétravail, en particulier lorsque la législation est médiocre.

Au niveau des entreprises, la crise sanitaire a accéléré la négociation d’accords et de politiques sur le télétravail. IndustriALL a rassemblé certaines clauses existantes dans les conventions collectives sur le télétravail, ainsi que des dispositions légales, en complément des lignes directrices.

“Ces lignes directrices et ces principes ont pour but de soutenir les syndicats dans leurs processus de négociation afin de garantir que le télétravail soit une opportunité d’améliorer la qualité du travail et de la vie des travailleurs et travailleuses, et que la flexibilité n’entraîne pas une absence de protection et de sécurité. J’espère qu’ils seront largement utilisés et qu’ils seront bénéfiques pour nos affiliés et leurs membres,”

a déclaré le Secrétaire général d’IndustriALL Valter Sanches.

Grève au Lesotho, le gouvernement n’ayant annoncé aucune hausse de salaire

La grève porte sur un conflit salarial résultant du fait que le gouvernement n’a pas publié d’augmentation de salaire pour les travailleurs et travailleuses du textile, de l’habillement, de la chaussure et du cuir au cours des deux dernières années. La dernière publication officielle sur les salaires est sortie en 2019 et il n’y a pas eu d’augmentation salariale depuis. Selon le droit du travail, cette publication officielle sur les salaires doit être avoir lieu chaque année, mais le gouvernement utilise la pandémie de Covid-19 comme excuse pour ne pas augmenter les salaires minima.

Cela a déclenché une grève nationale illimitée au cours de laquelle plus de 40.000 travailleurs et travailleuses sont descendus dans les rues pour protester. Le gouvernement a répondu par la force, la police chargeant et blessant plusieurs grévistes.

Mamakalo Mohapi, Président de l’IDUL et travailleur de l’industrie de la confection chez Precious Garments à Maseru, a déclaré :

“Au lieu de résoudre le conflit en annonçant de nouveaux salaires, le gouvernement a recours à une force excessive. Deux travailleurs sont morts : l’un a été renversé par un camion et l’autre a été abattu par l’armée. Plusieurs travailleurs ont également été blessés et hospitalisés.”

Selon Mamakalo Mohapi, les employeurs utilisent également la tactique “diviser pour régner”.

“En demandant aux non syndiqués de se présenter au travail lorsque les syndiqués sont en grève, les employeurs les montent également les uns contre les autres. Les employeurs soudoient aussi des personnes pour briser la grève.”

Les salaires minima dans le secteur textile pour les personnes ayant moins d’un an d’expérience sont, par mois, de 1.900 LSL (138 dollars) pour un poste général ou de stagiaire sur machine et de 2.042 LSL (148 dollars) pour un opérateur ou une opératrice sur machine. Ceux et celles qui ont plus d’un an d’expérience gagnent 2.120 LSL (155 dollars). Les travailleurs et travailleuses demandent une augmentation de 20 % pour améliorer les bas salaires qui ne suffisent pas à couvrir leurs frais de subsistance.

“Le gouvernement doit accorder des augmentations de salaire et être sensible aux moyens de subsistance des travailleurs et travailleuses qui attendent une augmentation depuis deux ans. Les droits des travailleurs et travailleuses à la liberté syndicale doivent être respectés et la police doit cesser d’utiliser la force contre les grévistes. Nous soutenons la lutte d’IDUL pour un salaire minimum vital,”

a martelé Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique sub-saharienne.

Photo : IDUL, lors d’un rassemblement au Lesotho en 2019

Le Comité de grève national appelle à de nouvelles manifestations en Colombie

Des manifestations ont eu lieu dans toute la Colombie depuis le 28 avril. Le Comité de grève national, composé d’organisations sociales, ethniques, communautaires et syndicales (dont beaucoup sont affiliées à IndustriALL), soutient la campagne depuis le début.

Le Comité demande maintenant au gouvernement de signer une proposition visant à garantir la démilitarisation des manifestations et le respect des droits de l’homme pour les participants. Le Comité a condamné la récente recrudescence de violence policière, en particulier dans la ville de Cali. Elle a également demandé au gouvernement l’abrogation de son décret de militarisation adopté le 28 mai, qui établit les instructions pour le maintien et le rétablissement de l’ordre public.

À ce jour, le Comité a recensé 70 décès dus à des violences policières au cours des manifestations (dont 14 le 28 mai à Cali), 51 blessures aux yeux, 1.502 arrestations arbitraires et 87 incidents de violence sexiste.

Igor Díaz, Président de Sintracarbón, a déclaré :

“La Colombie connaît d’importants troubles sociaux, la population civile se soulevant contre la répression de l’État. L’État reste sourd et de nombreuses personnes ont perdu la vie.

Le gouvernement a reculé sur certaines des réformes prévues, notamment en matière de fiscalité et de santé. Cependant, il reste encore beaucoup à faire et c’est pourquoi nous appelons à de nouvelles manifestations. Il est de notre responsabilité de sensibiliser la société et d’essayer de créer un autre type de pays.”

Le Comité affirme que c’est sous la pression des manifestations que le gouvernement a fait marche arrière sur ses réformes régressives de la fiscalité et des soins de santé. Le gouvernement a retiré sa réforme fiscale le 2 mai et les commissions du Sénat et de la Chambre des représentants ont rejeté la réforme des soins de santé le 19 mai.

Le Comité de grève a confirmé sa volonté de dialoguer avec le gouvernement. Il a soumis à la négociation une liste de revendications d’urgence, appelant à repenser le modèle économique, social et politique du pays et à donner la priorité à la lutte contre la pauvreté, les inégalités, la discrimination et la violence.

La Commission de l’application des normes, qui se réunira lors de la 109e session de la Conférence internationale du travail de l’OIT à Genève, a repris la Colombie dans sa liste des pays connaissant les violations les plus graves des Conventions internationales du travail. Le gouvernement colombien doit soumettre des informations sur les cas relatifs à la Convention 87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical.

Le Secrétaire régional d’IndustriALL, Marino Vani, a déclaré :

“Nous sommes aux côtés du peuple colombien et condamnons la violence de l’État et du gouvernement. Les meurtres et les viols commis par les paramilitaires sont inacceptables et sont utilisés pour semer la crainte et la terreur.

Nous demandons instamment au gouvernement de changer d’attitude, d’en finir avec les balles et la répression, de faire du dialogue une priorité et d’apporter une réponse concrète au programme proposé par les citoyens actifs, représentatifs et syndiqués et de Colombie.”

Le tribunal statue que Shell doit réduire ses émissions de gaz à effet de serre

Cette avancée remarquable vers la responsabilisation des entreprises est intervenue après que des groupes militants ont intenté une action en justice en avril 2019 au nom de plus de 17.000 citoyens néerlandais, alléguant que les investissements ininterrompus de Shell dans les combustibles fossiles représentent une menace pour les droits de l’homme. Le tribunal, considérant que “la politique climatique de Shell n’est pas concrète et pleine de conditions (…) ce qui n’est pas suffisant”, a ordonné à l’entreprise de réduire ses émissions de carbone d’un pourcentage considérable de 45 % d’ici 2030.

Ce jugement crée un précédent important, car il ouvre la voie à des procès sur le changement climatique à l’encontre d’autres entreprises du secteur de l’énergie, telles que Total, BP, Exxon ou Chevron, les obligeant à aller plus loin dans leurs plans de réduction des émissions et leur mise en œuvre.

Shell a déclaré qu’elle ferait appel de la décision et qu’elle avait fixé pour objectif de devenir neutre en carbone d’ici à 2050.

Cependant, lors d’une récente interview sur les objectifs en matière d’énergie propre, le PDG de Shell, Ben Van Beurden, a déclaré que l’entreprise se concentrait sur la demande et espérait que la demande de pétrole et de gaz existerait encore très longtemps. Ainsi, tant que la demande de pétrole et de gaz persistera, Shell continuera à forer, ce qui rend ses compromis non-vraisemblables.

Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL Global Union, a déclaré :

“Shell a failli à sa responsabilité de diligence raisonnable en vertu de la loi néerlandaise, car ses politiques et ses émissions contribuent à un changement climatique dangereux. Nous attendons et exigeons que ce jugement oblige Shell et les autres compagnies pétrolières à développer de véritables plans pour réduire leurs émissions de carbone et investir dans des énergies et des produits verts accompagnés d’une Transition juste, socialement acceptable. La transition doit se faire en consultation avec les travailleurs et leurs syndicats afin d’atteindre la justice sur les lieux de travail et au sein des communautés.”

IndustriALL Global Union dispose d’un réseau de syndicats avec la participation de ses affiliés concernés, qui a mené une campagne demandant à Shell d’appliquer à ses activités les mêmes normes de haut niveau partout, y compris chez ses fournisseurs. Mais l’entreprise reste hostile aux syndicats et ne parvient pas à s’engager avec eux au niveau mondial pour limiter le travail précaire et améliorer la santé et la sécurité. Récemment, aux États-Unis, Shell a soudainement décidé de se retirer du secteur du raffinage en vendant la raffinerie de Puget à HollyFrontier et celle de Deer Park à la compagnie pétrolière publique mexicaine Pemex et ce, bien que cette entité a toujours été présentée comme la raffinerie phare de Shell aux États-Unis. Les travailleurs et travailleuses de cette raffinerie sont membres de l’USW, affilié à IndustriALL.

Au Pakistan, la réticence du gouvernement à ratifier la convention de l’OIT sur la sécurité dans les mines condamne les travailleurs à des pièges mortels

La mort dans l’âme, Mohammad Israr, 17 ans, déclare prier chaque fois qu’il pénètre dans la mine de charbon de la province du Baloutchistan, qui a coûté la vie à son père. « Il a travaillé dans les mines de charbon pendant deux décennies, mais depuis sa mort il y a plus d’un an, j’ai dû abandonner mes études et quitter ma maison pour venir travailler ici dans la mine », explique-t-il à Equal Times.

Avec ses connaissances élémentaires de l’écriture arabe et une brève expérience des études religieuses, Mohammad a écrit à la craie blanche divers versets sacrés sur l’entrée noircie de la mine, en guise d’augure de chance et de sécurité. « Nous nous en remettons entièrement à Allah. Ici, rien d’autre ne peut nous protéger ». Le jeune homme est originaire de l’ancien bastion taliban de la vallée de Swat, dans la province du Khyber Pakhtunkhwa, au nord du Pakistan.

Mohammad travaille au minimum 10 heures par jour en tant qu’assistant au fond de la mine et occasionnellement s’occupe d’y charger le charbon. Ce travail lui rapporte environ 10 dollars US par jour (environ 8 euros), mais il est exténuant et dangereux. Devoir s’adapter aux températures extrêmes du Baloutchistan, où la température descend au-dessous de zéro en hiver et dépasse régulièrement les 40 °C pendant les mois les plus chauds, ainsi qu’au travail potentiellement mortel dans les exploitations minières à petite échelle a été physiquement et mentalement très difficile pour l’adolescent.

Mais il n’a pas le choix. « Je dois rembourser les prêts que nous avons contractés pour payer certaines choses à la mort de mon père et je dois contribuer à subvenir aux besoins de mes neuf frères et sœurs et de ma mère. Il n’y a pas d’autre travail disponible », raconte-t-il à Equal Times.

Selon le rapport BP Statistical Review of World Energy 2020, les réserves de charbon du Pakistan figurent parmi les plus importantes du monde (3,064 milliards de tonnes) et le charbon sert à alimenter tous les usages, des fours à briques aux usines de ciment en passant par les centrales électriques. Mais les exploitations de charbon du Pakistan sont incroyablement dangereuses. Les données fiables sont difficiles à obtenir, car la plupart des travailleurs évoluent dans le secteur informel et les registres de présence au travail dans les mines sont mal tenus.

    Toutefois, pas moins de 100 mineurs perdent la vie chaque année ; en 2020, il est estimé que 208 mineurs sont morts au Pakistan. Des milliers d’autres sont blessés et un nombre incalculable de personnes développent des maladies graves des suites de leur travail.

Les mines sont généralement exploitées par des groupes miniers de petite et moyenne taille, ou par des particuliers, dont la plupart opèrent à court terme, avec pour seul objectif la maximisation des profits. Avec autant d’entreprises informelles, les chiffres varient, mais on estime qu’il existe plus de 3.000 mines de charbon enregistrées au Baloutchistan, employant plus de 40.000 mineurs. La majorité des mineurs pakistanais sont des sous-traitants, effectuant des travaux manuels ou semi-mécanisés dans des mines privées qui ne bénéficient que de peu d’investissements technologiques, car ces coûts sont pris en charge par les propriétaires des mines qui ne veulent pas affecter leurs marges bénéficiaires. Le gouvernement n’offre que peu ou pas de soutien juridique, financier, technologique ou social aux propriétaires de mines.

Les journées de travail sont longues, jusqu’à 14 heures par jour, et bien qu’il soit illégal pour les travailleurs de moins de 18 ans de réaliser des travaux dangereux au Pakistan, le travail des enfants dans l’industrie minière est courant. Ainsi, des enfants d’à peine 14 ans sont souvent employés dans les mines souterraines. Les mineurs ne bénéficient que de peu de mesures visant à garantir leur santé et leur sécurité, de peu ou d’aucune formation, d’aucun congé payé, d’aucune assurance maladie et leurs salaires sont très bas.

La précarité à laquelle sont confrontés les travailleurs des mines pakistanaises est aggravée par le fait que nombre d’entre eux sont des migrants, originaires des districts défavorisés de Swat et de Shangla, dans la province du Khyber Pakhtunkhwa, marqués par l’insurrection talibane et frappés par un sous-développement chronique. D’autres sont originaires de l’Afghanistan voisin. La plupart de ces derniers travaillent et vivent au Pakistan sans titres de séjour valables, ce qui les met à la merci de patrons de mines véreux, dont certains ont l’habitude de sous-payer les travailleurs migrants, voire de ne pas les payer du tout.

Aujourd’hui âgé d’une cinquantaine d’années, Amin Ullah n’avait que 15 ans lorsqu’il a quitté son village dans le district de Shangla pour venir travailler comme mineur au Baloutchistan. « J’ai échappé à la mort à de nombreuses reprises, mais beaucoup de mes collègues de travail — dont certains étaient mes amis et mes proches — n’ont pas survécu dans les mines », raconte-t-il, le visage assombri par le deuil.

La rémunération insuffisante d’environ 250 dollars US (205 euros) par mois signifie que les travailleurs comme Amin ne peuvent pas se permettre de prendre des jours de congé pour rendre visite à leur famille. « La dernière fois que j’ai visité ma famille dans le Shangla, c’était en 2014. J’ai manqué l’Aïd [la fête sainte des musulmans] tellement de fois et bien d’autres choses encore. Cela me remplit le cœur de tristesse ».
L’heure est venue de s’attaquer à la crise de la sécurité

Malgré le bilan humain effroyable de 2020, l’année 2021 pourrait être pire encore pour la sécurité dans les mines. Le début de l’année a été marqué par une série d’accidents dans les mines, notamment la mort d’au moins 15 mineurs dans deux incidents distincts, à moins d’une semaine d’intervalle, après des explosions de méthane piégé dans des mines de l’ouest du Baloutchistan, qui ont provoqué de violents incendies. En février, quatre mineurs sont morts dans des mines de charbon qui se sont effondrées dans le district de Duki, au Baloutchistan. Par ailleurs, le 25 décembre 2020, six mineurs ont été pris au piège dans une autre mine du même district.

Les méthodes d’extraction primitives employées dans la plupart des mines de charbon signifient que les travailleurs risquent la mort ou des blessures graves à cause des explosions de gaz, des effondrements des parois de la mine, des inondations et des accidents liés aux équipements. Les maladies professionnelles telles que l’anthracose (une maladie incurable, mais évitable causée par l’inhalation de la poussière des mines de charbon), la perte d’audition, les troubles de la moelle épinière causés par les vibrations continues des équipements, les troubles de la vue et la tuberculose sont courantes.

Les équipements de sauvetage ou de détection du méthane et la ventilation adéquate sont insuffisants ou mal entretenus. Il en va de même pour les services de lutte contre les incendies, les hôpitaux, les ambulances et les pharmacies. Il n’y en a pas à proximité des mines. Les mécanismes efficaces de contrôle de la santé et de la sécurité font également cruellement défaut : selon un rapport de 2019 de la Commission nationale des droits humains du Pakistan, il n’y a qu’un seul inspecteur en chef des mines pour l’ensemble du Baloutchistan et il n’effectue que 10 visites par mois. Un article de 2018 pour Dawn, l’un des principaux journaux du Pakistan, indique en outre que « malgré 45 incidents documentés ayant entraîné plus de 318 décès au cours des huit dernières années, l’inspecteur en chef des mines du Baloutchistan n’a pas engagé la moindre poursuite pour négligence criminelle contre les propriétaires/gestionnaires des mines ».

Or, ni le gouvernement ni les propriétaires des exploitations minières ne se sont engagés à prendre les mesures nécessaires pour améliorer les conditions de travail des mineurs pakistanais. Karamat Ali, activiste de longue date pour les droits des travailleurs, affirme que les travailleurs des mines pakistanaises sont soumis à des « conditions inhumaines ». Il déclare à Equal Times : « Nous exigeons avec force que le gouvernement pakistanais ratifie la Convention 176 (C176) de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur la sécurité dans les mines qui, nous l’espérons, créera le cadre adapté pour résoudre cette crise en matière de sécurité. »

    La Convention 176, également connue sous le nom de convention sur la sécurité et la santé dans les mines, a été adoptée lors de la 82e Conférence internationale du travail de l’OIT en 1995. Elle reconnaît qu’il existe des risques inhérents au milieu de travail minier et vise à créer une norme qui peut être utilisée par toute nation qui la ratifie pour promouvoir la santé et la sécurité des mineurs.

Néanmoins, à ce jour, le Pakistan a choisi de ne pas ratifier la C176. « Malheureusement, tous les partis politiques, et le gouvernement actuel en particulier, sont anti-travailleurs et élitistes », déclare M. Ali. « Ils s’opposent non seulement aux conventions en faveur des travailleurs, mais ils rechignent à mettre en œuvre celles qui ont déjà été ratifiées, comme la C98 de l’OIT [NDLR : la convention sur le droit d’organisation et de négociation collective de 1949, qui est l’une des huit conventions fondamentales de l’OIT] », déclare M. Ali, qui fait partie des mouvements de défense des travailleurs et de la paix au Pakistan depuis plus de cinq décennies et qui est le membre fondateur de plusieurs réseaux locaux et régionaux tels que le Forum du travail de l’Asie du Sud. « Au Pakistan, le taux de formation de syndicats est inférieur à 2 % », ajoute-t-il.

IndustriALL, la fédération syndicale internationale basée à Genève qui représente plus de 50 millions de travailleurs dans 140 pays, collabore avec les syndicats locaux pour faire campagne en faveur de la ratification et de la mise en œuvre de la convention C176 de l’OIT au Pakistan. Tanveer Nazir, le coordinateur de projet d’IndustriALL au Pakistan, a déclaré à Equal Times que le manque d’investissement et une mauvaise réglementation du secteur sont à l’origine de ce que le secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, décrit comme le « honteux carnage » du secteur. M. Nazir déclare : « Malgré les progrès technologiques réalisés partout dans le monde, les exploitants et propriétaires de mines de charbon d’ici ne veulent pas renoncer à leurs méthodes d’exploitation dangereuses et archaïques », explique-t-il.

« Le gouvernement n’a pas su réglementer et enregistrer les mines de charbon ainsi que ceux qui y travaillent. Il n’a pas non plus mis en œuvre de mesures de sécurité strictes pour les mineurs, sans parler du fait qu’il n’a pas non plus investi dans les équipements de sécurité pour les secouristes et les inspecteurs. Malheureusement, un grand nombre de mines de charbon sont exploitées de manière informelle par des mafias, de tailles diverses, qui usent de leur influence pour tenir à l’écart les inspecteurs de sécurité du gouvernement et pour éviter de verser les indemnités obligatoires aux familles des travailleurs en cas de blessure ou de décès. »

L’un des principaux obstacles à la ratification de la C176 a été la structure fédérale du pays et sa fragilité. Bien que, selon certains observateurs, le gouvernement central ne soit pas opposé à la ratification de la convention, au niveau local, les propriétaires de mines exercent d’énormes pressions sur les gouvernements locaux afin qu’ils y renoncent. Pour que la convention soit efficace, elle devra être strictement appliquée par les gouvernements provinciaux après sa ratification par le gouvernement fédéral.
Confrontés aux accidents du travail, mais aussi au terrorisme

L’essentiel de l’extraction du charbon au Pakistan a lieu au Baloutchistan, dont la souveraineté est contestée entre l’État et les chefs tribaux. Le porte-parole du gouvernement du Baloutchistan, Liaqat Shahwani, a déclaré à Equal Times que la loi pakistanaise de 1923 sur les mines couvre la plupart des questions liées à l’exploitation minière. Il a toutefois reconnu que cette loi ne couvre pas des questions telles que le droit des travailleurs à rapporter les accidents, le droit de choisir des représentants en matière de santé et de sécurité et la formation des travailleurs.

« Le Baloutchistan a besoin du soutien de la communauté internationale en ce qui concerne la sécurité des travailleurs des mines et les programmes de formation. Il a également besoin d’investisseurs pour établir la fabrication et la disponibilité à échelle industrielle d’équipements de santé et de sécurité tels que des détecteurs de gaz, des autosauveteurs, des appareils respiratoires », qui sont généralement importés et entretenus grâce à l’expertise étrangère.

Les syndicats estiment toutefois qu’il reste encore beaucoup à faire. Selon M. Nazir d’IndustriALL, la loi sur les mines de 1923 ne suffit pas à protéger les mineurs, car après le 18e amendement constitutionnel de 2010, qui a réduit les pouvoirs du président et du gouvernement fédéral, les gouvernements provinciaux du Pakistan ont l’autorité ultime pour promulguer et mettre en œuvre toute législation. « Au Pakistan, le processus législatif est également très compliqué en raison de l’instabilité politique », explique M. Nazir.

    Outre la succession ininterrompue d’accidents mortels dans les mines de charbon, les terroristes partisans de l’organisation État islamique et les séparatistes baloutches font peser une lourde menace sur les mineurs originaires du nord du Pakistan et des communautés chiites des hauts plateaux du centre de l’Afghanistan voisin.

Les restes de 16 mineurs ont été découverts dans un charnier dans le Khyber Pakhtunkhwa le 9 avril, près de dix ans après leur disparition. La zone où ils ont été découverts était autrefois un bastion des talibans pakistanais, mais les habitants affirment que les militants et les forces de sécurité pakistanaises procédaient à des enlèvements et à des assassinats au moment de la disparition des mineurs, ces dernières dans le cadre de leurs opérations antiterroristes.

Quelques semaines avant la découverte des corps, des hommes armés associés à un groupe local de terroristes partisans de l’État islamique ont sauvagement assassiné 11 travailleurs de l’ethnie hazara, un groupe minoritaire chiite persécuté de longue date au Pakistan et en Afghanistan, dans le district de Mach, au Baloutchistan. Le groupe a revendiqué le fait d’avoir bandé les yeux des travailleurs et de les avoir finalement ligotés dans leurs baraquements communaux, près des mines où ils travaillaient.

Mohammad Ali, un collègue de Mohammad Israr, a déclaré que le massacre des mineurs d’origine hazara à Mach a aggravé le traumatisme subi par les mineurs du Baloutchistan. « La faux de la mort plane toujours au-dessus de nos têtes à l’intérieur de la mine, car celle-ci peut s’effondrer sur nous à tout moment, mais l’assassinat de travailleurs dans leurs chambres pendant la nuit prouve simplement que nous ne sommes en sécurité nulle part », a confié le jeune homme de 20 ans à Equal Times.

Les membres de la communauté hazara pensent que l’incident de Mach est identique aux assassinats ciblés de leurs membres en raison de leurs croyances religieuses dans d’autres régions du Pakistan et de l’Afghanistan. Pendant plusieurs jours, dans une démarche désespérée pour demander plus de sécurité, ils ont organisé un sit-in de protestation avec les cadavres des mineurs.

L’action a poussé le Premier ministre Imran Khan à assurer à la communauté hazara ébranlée par les faits qu’il veillerait à sa sécurité, tout en qualifiant le massacre de tentative d’incitations aux violences sectaires dans le pays. « Je partage votre douleur et je suis venu à vous aussi pour me tenir à vos côtés dans votre moment de souffrance. […] Je ne trahirai jamais la confiance de mon peuple », a-t-il déclaré sur Twitter.

De nombreux mineurs d’origine hazara viennent de la région de l’Hazaristan, dans le centre de l’Afghanistan. Dans un entretien avec Equal Times, des membres de la communauté ont déclaré qu’ils avaient fui l’Afghanistan pour échapper à la guerre et aux persécutions, et du fait qu’ils ne disposaient pas des documents nécessaires, leur seule option de travail était l’exploitation minière illégale. « Nous sommes forcés de travailler pendant de longues heures et dans des conditions périlleuses, mais que pouvons-nous faire ? Nous ne pouvons pas faire entendre nos voix ni demander justice », déclare un mineur afghan.


Cet article a été publié sur Equal Times