L’industrie pétrochimique iranienne en grève

Les syndicats indépendants n’étant pas reconnus par le gouvernement et faisant l’objet de restrictions systématiques, les actions de grève sauvage sont coordonnées par des comités de grève. Les revendications immédiates de la grève sont de meilleurs salaires, une sécurité sociale adéquate et de meilleures conditions de vie. Les comités de grève ont émis une série de revendications salariales claires pour chaque catégorie d’emploi et ont déclaré que le travail reprendrait si les employeurs répondaient à ces revendications.

Cette grève fait écho à une vague d’actions de grève d’un mois menées par plus de 10.000 travailleurs et travailleuses des champs pétroliers et gaziers de South Pars en août de l’année dernière. La grève de 2020 a contraint les employeurs à améliorer les salaires et les conditions de vie.

L’affilié d’IndustriALL Global Union, le Syndicat des métallurgistes et des mécaniciens d’Iran (UMMI), rapporte que la vague actuelle de grève a débuté le 19 juin, les travailleurs et travailleuses se croisant les bras et cessant le travail sur plusieurs sites du sud de l’Iran.

Ces travailleurs et travailleuses sont employés par des entreprises de sous-traitance qui fournissent de la main-d’œuvre pour des projets de développement dans les champs pétroliers et gaziers. Les entreprises sous-traitantes font office de tampon entre les travailleurs et les compagnies pétrolières et gazières et tentent de juguler les revendications en recrutant dans le cadre de contrats à court terme renouvelables. Le cycle de travail est de 20 jours de travail et de 10 jours de repos. Pendant la période de travail de 20 jours, les travailleurs sont logés sur le site dans des dortoirs communs. La plupart sont des techniciens et des ouvriers qualifiés tels que des échafaudeurs, des monteurs, des soudeurs et des électriciens.

Les conditions de vie dans les dortoirs sont mauvaises et peu hygiéniques, la qualité de la nourriture dans les cantines est médiocre et les salaires sont bas. Comme les travailleurs sont employés par des intermédiaires, ils ne peuvent pas négocier de meilleures conditions directement avec les compagnies pétrolières et gazières. Les salaires et les conditions sont fixés par les sous-traitants.

En outre, ces entreprises sous-paient régulièrement les cotisations de sécurité sociale en ne respectant pas les classifications de leurs salariés, ce qui a des répercussions sur leurs pensions, leur chômage et leur couverture maladie.

La grève s’est étendue à tout le pays. Actuellement, des milliers de travailleurs et travailleuses de 22 raffineries et projets dans les centres pétroliers et gaziers, dont Jahan Pars, Gachsaran Petrochemicals, la raffinerie de Téhéran et la raffinerie d’Abadan, sont en grève, ce qui a obligé un certain nombre de projets à suspendre leurs activités.

On s’attend à ce que la grève prenne de l’ampleur au fur et à mesure des phases de versement des salaires intervenant au bout des cycles de travail de 20 jours. Les salariés directs de la Société nationale iranienne du pétrole (SNIP) se joindront à la grève et organiseront des rassemblements de protestation dans tout le pays le 30 juin.

Dans une déclaration publiée sur son site web, l’UMMI s’est adressé aux travailleurs du secteur :

“Les vis sont serrées par nos mains et les tuyaux soudés avec notre sueur. Aucun projet ne peut se poursuivre sans que nous assemblions, soudions ou échafaudions. Faites confiance au pouvoir qui est le vôtre et restez chez vous : voyons si l’échafaudage se dresse tout seul !”

Les sanctions américaines ont stoppé la plupart des exportations de pétrole et de gaz de l’Iran. La monnaie nationale s’est dépréciée et l’inflation concernant l’alimentation est extrêmement élevée. Avant d’entamer la grève, les travailleurs ont manifesté devant le parlement à Téhéran ainsi qu’à Ahvaz, la capitale de la province pétrolière du Khouzistan, pour demander que le ministre du pétrole Bijan Zanganeh réponde à leurs revendications.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a déclaré :

“Une fois de plus, nos camarades iraniens ont fait preuve d’un courage et d’une détermination extraordinaires face à l’oppression. Ils agissent collectivement pour se défendre, améliorer leurs conditions de vie et de travail et exiger que leur patrie se construise pour répondre aux besoins du plus grand nombre. Nous les saluons et sommes solidaires de leur lutte et de leurs justes revendications”

Le mouvement syndical mondial lance une boîte à outils visant à éradiquer la violence et le harcèlement dans le monde du travail

Affectant des millions de travailleuses et de travailleurs  dans le monde, les agressions physiques, les brimades, le harcèlement sexuel, le cyberharcèlement, la violence économique et les pratiques de travail abusives sont les formes de violence les plus répandues dans le monde du travail.

Les rapports publiés dans le cadre de la pandémie de COVID-19 confirment que les violences perpétrées à l'encontre des femmes et des filles se sont intensifiées sous toutes leurs formes au cours de l'année écoulée, rendant les travailleuses particulièrement vulnérables.

L'absence de politiques adaptées et de soutien des employeurs pour répondre à cette violence et la prévenir ont conduit de nombreuses femmes à développer de l'anxiété et des troubles mentaux ou ont entraîné une baisse de leurs performances professionnelles et ont impacté leurs revenus.

La boîte à outils vise à fournir aux syndicats des moyens afin de contrer la violence et au harcèlement sur le lieu de travail et s'assurer que la violence ne soit plus considérée comme faisant "partie du travail".

La violence domestique, bien que se déroulant en dehors du lieu de travail, peut également avoir des répercussions physiologiques et physiques importantes sur les travailleuses qui en sont victimes. De plus, les discriminations liées à l'intersectionnalité créent une autre couche d'inégalité qui augmente le risque de violence et de harcèlement.

La boîte à outils aide les formateur.ice.s et les facilitateurs-trices des travailleurs, ainsi que le personnel et les représentants syndicaux à développer des programmes de formation et constitue un outil utile pour les syndicats qui organisent des campagnes nationales pour la ratification de la C190 dans leurs pays.

Grâce à des campagnes de plaidoyer intensives menées par les syndicats et des groupes de femmes à travers le monde, la Convention 190 et la Recommandation 206 constituent  désormais une base permettant aux syndicats et aux autres parties prenantes de répondre à la violence et au harcèlement dans le monde du travail.

La Convention et la Recommandation s'étendent à tous les secteurs – public et privé- ainsi qu'à l'économie informelle, et sont les premiers instruments internationaux de ce type. Grâce à l'adoption de ces normes, chacune et chacun bénéficiera désormais du droit de vivre dans un monde exempt de violence et de harcèlement.

Valter Sanches, secrétaire générale d'IndustriALL Global Union, a déclaré:

"La boîte à outils de formation des formateurs-trices sur la C190 mise au point par les syndicats mondiaux fournit des outils pratiques et utiles en vue de prévenir la violence et le harcèlement, y compris la violence fondée sur le genre dans le monde du travail. Nous souhaitons que les affiliés d’IndustriALL et les autres syndicats s’appuient sur ces outils dans le cadre des formations, des initiatives de sensibilisation, de la négociation collective et des campagnes.
Cette boîte à outils peut être décisive : ainsi dotés de meilleures armes, les syndicats pourront veiller à ce que la C190 de l’OIT se traduise en actes concrets."

La boîte à outils se compose d'un guide du-de la facilitateur-trice et d'un manuel d'activités. Son objectif est de:

Voici la boîte à outils complète pour former les formateurs:

Facilitator guide
ENGESPFRA
Activity workbook
ENGESPFRA

L’OIT adopte une résolution appelant à un retour à la démocratie au Myanmar

Le groupe des travailleurs auprès de l’OIT, composé de plus d’une centaine de confédérations syndicales du monde entier, a présenté le 9 juin, en tant que question urgente, un projet de résolution sur le Myanmar. La Commission de proposition de l’OIT l'a officiellement adoptée le 19 juin.

Cette résolution appelle le Myanmar à rétablir l’ordre démocratique et le régime civil, à cesser toute attaque ou menace contre les travailleurs, les employeurs, leurs organisations et les citoyens impliqués dans les manifestations pacifiques du Mouvement de désobéissance civile.

En outre, elle exhorte le régime militaire à mettre fin aux violations des droits de l’homme, à respecter la Convention 87 de l’OIT sur la liberté syndicale, à mettre fin à la violence et aux arrestations et détentions arbitraires. Il a été recommandé aux États membres de soutenir le retour à la démocratie par le biais des Nations unies et d’autres organismes multilatéraux et régionaux.

La répression militaire contre les militants pro-démocratie et les travailleurs et travailleuses se poursuit. À ce jour, 871 personnes ont été tuées, 5.033 ont été arrêtées, inculpées ou condamnées. L’une d’entre elles est Chan Myae Kyaw, un mineur membre de l’affilié d’IndustriALL MWFM.

Le régime militaire a révoqué les passeports des membres du Comité exécutif de la Confédération des syndicats du Myanmar (CTUM) et la plupart d’entre eux ont été contraints de se cacher. En dépit de l’intensification de la répression, la Secrétaire générale adjointe de la CTUM, Phyo Sandar, a été élue membre adjointe du Groupe des travailleurs du Conseil d’administration de l’OIT.

Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

“Nous condamnons fermement la répression du peuple du Myanmar qui défend la démocratie. Le régime militaire doit démissionner, rétablir le gouvernement élu et cesser les attaques contre la population et les syndicats. Je me réjouis de l’adoption de la résolution à la 109e CIT ; il est maintenant temps pour les États membres de l’OIT d’exercer une pression sur le Myanmar et de cesser de reconnaître le régime illégitime.”

Depuis le coup d’État de février, IndustriALL a affiché sa solidarité avec les syndicats et les travailleurs et travailleuses du Myanmar en faisant pression sur les multinationales pour qu’elles coupent leurs liens avec les entreprises liées aux militaires et en mobilisant ses affiliés pour qu’ils fassent des dons au fonds de grève du Myanmar.

Lors de l’intervention en plénière, la Présidente du groupe des travailleurs, Catelene Passchier, a demandé au Conseil d’administration de l’OIT d’assurer le suivi de la mise en œuvre de la résolution lors de la CIT de l’année prochaine.

Alors que Glencore se prépare à rouvrir la mine de Mutanda, les syndicats soulèvent la question de l’obligation de rendre compte

Lorsque le site avait été fermé, 500 employés de Mutanda avaient été transférés auprès de la Kamoto Copper Company (KCC), une coentreprise entre Glencore et l’entreprise publique Gecamines, lesquelles détiennent respectivement 75 et 25 % des parts. Au plus fort de son activité, la mine de Mutanda employait plus de 3 000 personnes.

Glencore, propriétaire de la mine de Mutanda, une mine de cuivre et de cobalt à ciel ouvert, avait fermé le site en 2019, invoquant des coûts croissants, la faiblesse des prix du cobalt et une augmentation des taxes. Les prix du cobalt ont toutefois connu une hausse de plus de 40 % depuis le début de 2021. Actuellement, les prix au London Metal Exchange sont de 42 500 dollars américains la tonne pour le cobalt et de 9 508 dollars la tonne pour le cuivre.

La nouvelle de la réouverture de Mutanda a coïncidé avec l’atelier sur la chaîne d’approvisionnement en batteries et les questions de genre en RDC, les 10 et 11 juin, qui traitait de la diligence raisonnable, de la santé et de la sécurité ainsi que de l’égalité des genres dans les chaînes d’approvisionnement du cuivre et du cobalt. Les chaînes d’approvisionnement incluent l’exploitation minière, la transformation initiale pour l’exportation, l’expédition, la transformation sous forme de poudre, la fabrication de batteries et autres usages industriels, ainsi que les batteries pour véhicules électriques et smartphones, entre autres produits.

L’atelier a examiné les Principes directeurs de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à l’intention des entreprises multinationales, parmi les quelques instruments internationaux à la disposition des syndicats pour revendiquer la diligence raisonnable et le respect des normes internationales du travail et des conditions de travail décentes par les multinationales.

Les Principes directeurs, dont les gouvernements sont signataires, incluaient en outre des recommandations importantes sur l’emploi, les relations industrielles, les droits de l’homme, la transparence, l’environnement et la lutte contre la corruption. La diligence raisonnable permet également la traçabilité de bout en bout du cobalt afin d’écarter tout produit dont l’origine serait liée au travail des enfants et aux conflits.
 
Selon Glen Mpufane, Directeur Mines d’IndustriALL :

« La diligence raisonnable oblige les multinationales à respecter les droits de l’homme et les droits syndicaux. Les accords d’entreprise et les accords syndicaux – conventions collectives, accords-cadres mondiaux, protocoles et protocoles d’accord – sont un moyen d’assurer la diligence raisonnable. »

L’atelier a également débattu de la nécessité pour les syndicats d’obliger les sociétés telles que Glencore à rendre des comptes à l’égard des Principes directeurs de l’OCDE. Dès lors que Glencore affirme mettre en œuvre les principes de l’OCDE et compte tenu de son statut de membre de la Fair Cobalt Alliance, les syndicats organisant le personnel des sites de Mutanda et KCC veulent que Glencore fasse preuve de diligence raisonnable dans ses activités et que l’entreprise respecte les conventions collectives qu’elle a signées avec les syndicats.

Les affiliés de RDC qui organisent des travailleurs impliqués dans les activités de Glencore et ont participé à l’atelier sont l’Organisation des travailleurs unis du Congo (OTUC), le Secrétariat des Syndicats de IndustriALL (CSC), le Secrétariat des Syndicats de IndustriALL de la CDT (CDT), le Secrétariat IndustriALL Global (UNTC) et les Travailleurs Unis des Mines, Métallurgies, Énergie, Chimie et Industries Connexes (TUMEC). Le bureau de la fondation Friedrich-Ebert-Stiftung en RDC à Kinshasa était également représenté.

L’Allemagne passe une loi sur l’obligation de diligence raisonnable dans les chaînes d’approvisionnement

La loi s’inscrit dans le cadre d’une série de nouvelles législations sur la diligence raisonnable. En Norvège, une législation similaire intitulée Loi sur la transparence devrait être adoptée malgré l’opposition des populistes de droite.

Adoptée le 11 juin, la loi allemande – Lieferkettensorgfaltspflichtengesetz – oblige les entreprises de plus de 3.000 salariés (plus de 1.000 salariés à partir de 2024) en Allemagne à respecter des obligations de diligence raisonnable en matière de droits humains et de protection environnementale dans le cadre de leurs activités. Elle couvre également les actions des fournisseurs directs ainsi que, dans une moindre mesure, celles des fournisseurs indirects.

La loi doit encore être soumise au vote à la chambre haute du Parlement allemand, le Bundesrat, le 25 juin. Il est, toutefois, peu probable que d’autres obstacles se dressent sur sa route. Elle doit entrer en vigueur le 1er janvier 2023.

Au terme du processus législatif, deux autres aspects positifs ont été inclus dans la loi :

Les syndicats estiment que même si la loi ne répond pas en tous points à leurs attentes, elle constitue néanmoins une victoire importante. Si une entreprise ne parvient pas à faire en sorte que ses filiales ou ses fournisseurs se mettent en conformité, le cas peut être porté devant un tribunal allemand.

Wolfgang Lemb, membre du comité exécutif du syndicat IG Metall, a déclaré :

« La loi sur le devoir de diligence des entreprises dans le cadre de leurs chaînes d’approvisionnement marque un changement de paradigme longtemps attendu : d’engagements volontaires des entreprises à des réglementations juridiquement contraignantes. Il s’agit là d’une première étape importante vers le renforcement des droits de millions de travailleuses et travailleurs actifs dans les chaînes d’approvisionnement mondiales des entreprises allemandes. »

Michael Vassiliadis, président de l’IG BCE, a déclaré :

« Après de nombreuses années, pratiquement aucun processus volontaire n’a été mis en place par l’industrie pour protéger les droits des travailleurs de la chaîne d’approvisionnement. C’est pourquoi je soutiens pleinement la loi sur la diligence raisonnable. Désormais, aucune multinationale ne peut fermer les yeux sur les violations des droits humains et des normes environnementales. En outre, les Comités d’entreprise seront en droit d’aborder la question de la diligence raisonnable au sein du comité économique de l’entreprise. Ce droit, outre la possibilité pour notre syndicat de recourir à la justice allemande pour porter assistance à des personnes lésées dans d’autres pays, nous confèrent un puissant levier pour améliorer la situation des droits humains au niveau mondial. »

Dans le seul secteur manufacturier, plus de 140 entreprises employant plus de 1,5 million de personnes en Allemagne seront soumises à la loi dès son entrée en vigueur.

En Norvège, la Loi sur la transparence vise à garantir le respect par les entreprises des droits humains fondamentaux et des conditions de travail décentes tout au long de la chaîne d’approvisionnement dans la production de biens et de services ; elle vise aussi à garantir l’accès public à l’information sur les mesures prises par les entreprises pour répondre aux effets négatifs de leurs activités.

Les entreprises sont tenues de faire preuve de diligence raisonnable tout au long de leur chaîne d’approvisionnement, de publier les résultats et de fournir des informations supplémentaires à la demande du public.

8.830 entreprises norvégiennes – de plus 50 employés et réalisant un chiffre d’affaires de plus de 70 millions de couronnes norvégiennes (8,2 millions USD) – seront soumises à la nouvelle législation. Celle-ci est fondée sur les principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme et sur les principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales.

La législation est soutenue par la majorité des partis politiques, y compris ceux de centre-droit, par les principales ONG ainsi que par la centrale syndicale norvégienne LO.

IndustriALL Global Union a apporté son concours à l’élaboration de la loi en participant au panel qui en a rédigé le texte, et en fournissant des exemples tirés de la vie quotidienne dans l’industrie manufacturière mondiale, ainsi que des orientations quant au contenu du texte.

Images : Initiative Lieferkettengesetz

La violence en Colombie soulève des préoccupations à la CIT

Fin avril, une large alliance de travailleurs colombiens et d’organisations de la société civile a commencé à engager des manifestations pacifiques contre un projet de loi de réforme fiscale, un droit du travail régressif et des réformes des retraites, mais s’est finalement heurtée à une répression brutale.

Le système de contrôle de l’OIT et la Commission d’experts ont constaté à plusieurs reprises que les syndicats « devraient pouvoir recourir à des manifestations, des grèves, en particulier s’il s’agit de dénoncer les politiques économiques et sociales d’un gouvernement ». En Colombie, l’État répond par une violence extraordinaire et utilise les forces de police anti-émeutes contre sa propre population, ciblant en particulier les jeunes.

Récemment, les menaces de mort à l’encontre de dirigeants syndicaux ont à nouveau fait la une des réseaux sociaux. Il ne s’agit pas d’incidents isolés, mais d’une escalade de violence à l’encontre des dirigeants syndicaux et sociaux, à l’initiative de l’administration Duque-Uribe.

Dans son rapport de 2021, la Commission d’experts note que la CUT et la CTC affirment expressément ce qui suit :

« i) trois ans après la signature de l’accord de paix, 998 atteintes à la vie et à l’intégrité de dirigeants syndicaux ont été enregistrées entre 2016 et mai 2020 (dont 119 homicides) ; ii) entre août 2019 et mai 2020, 141 nouveaux actes de violence antisyndicale documentés ont été signalés, dont 18 homicides et 101 menaces de mort, le nombre d’homicides tendant à augmenter depuis 4 ans ; iii) 44 pour cent des actes de violence antisyndicale sont imputables à des groupes paramilitaires, et 52 pour cent sont d’origine inconnue. »

Valter Sanches, Secrétaire général d’IndustriALL, s’est adressé à la CAN au nom de la Fédération internationale des ouvriers du transport, de l’Internationale de l’Éducation et de l’Internationale des services publics, se déclarant gravement préoccupé par la violence extrême et les homicides persistants de dirigeants et de membres syndicaux, de même que par l’absence de systèmes de protection adéquats que le gouvernement colombien est censé fournir aux dirigeants et aux membres vulnérables.

À La Guajira, 226 travailleurs permanents ont été mis à pied par la compagnie minière Cerrejon, sans aucune mesure de transition juste. L’entreprise prétend appliquer des mesures de durabilité, mais ce licenciement massif n’est autre qu’une forme de riposte brutale à la suite d’une grève victorieuse de 90 jours. Les syndicats ne sont pas consultés en tant que partenaires sociaux, entraînant une augmentation rapide des cas de COVID sur les lieux de travail.

On empêche d’agir les dirigeants syndicaux de l’Union Sindical Obrera et ceux-ci se voient refuser l’entrée sur leur lieu de travail à Ecopetrol, ce qui va à l’encontre de la convention collective en vigueur. L’entreprise utilise la pandémie de COVID comme prétexte pour autoriser l’accès aux seuls travailleurs réguliers. Les travailleurs signalent que l’absence de dirigeants syndicaux, qui sont également des travailleurs, sur le lieu de travail constitue une atteinte à leurs droits.

Valter Sanches a déclaré :

« À la lumière de l’escalade actuelle de la violence exercée par l’État et de la répression brutale, par ce dernier, des manifestations civiles légitimes organisées contre les réformes structurelles, les fédérations syndicales internationales s’alignent sur les recommandations de la Commission d’experts, selon lesquelles le « Gouvernement colombien se doit de prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir que tous les actes de violence antisyndicale, y compris les homicides, soient suivis d’enquêtes et que les instigateurs et les auteurs soient condamnés. »

La Grève féministe 2021- Du respect! De meilleurs salaires ! De meilleures rentes !

« L’homme et la femme ont droit à un salaire égal pour un travail de valeur égale. ». C’est inscrit dans la Constitution suisse depuis 1981. Or :

Grève féministe – Genève le 14 juin 2021

En juin 2019, entre 500'000 et un million de femmes, à l’Appel de la Grève Féministe, étaient descendues dans la rue pour demander plus d’égalité, faisant écho à la première grève féministe en Suisse, le 14 juin 1991.

La voix des femmes n’est toujours pas écoutée.

La pandémie a montré que les femmes sont au front, mais avec des salaires souvent trop bas, des effectifs insuffisants, et dans une une précarité omniprésente.

L’écart salarial entre les hommes et les femmes a progressé. Aujourd’hui les femmes cessent d’être rémunérées à 15h19, par rapport aux hommes. En 2019, c’était à 15h24!

Le 9 juin, le Conseil National a largement accepté de relever l'âge de la retraite des femmes à 65 ans. Il est inacceptable de faire payer aux femmes la réformes du système des retraites, alors que cela pourrait se corriger en mettant fin à l’inégalité salariale.

A cela s’ajoute le problème structurel des violences sexistes et sexuelles contre femmes.

Les syndicats suisses participent au mouvement de la Grève Féministe et ont appellé à la mobilisation le 14 juin!

Pour UNIA, il est plus que jamais temps de revaloriser les métiers féminins essentiels et de stopper les attaques bourgeoises contre les droits des femmes. Le syndicat vient de se doter d’une équipe dirigeante à majorité féminine pour la première fois de son histoire. 

Syna demande un treizième salaire, des temps de pause assurés, un salaire qui suffit pour vivre – autant de conditions qui ne vont pas de soi pour beaucoup de salarié-e-s du tertiaire.

« La puissante grève féministe de 2019 était très importante. Parmi de nombreuses autres réalisations, elle aura participé au fort mouvement pour l’adoption de la Convention 190 de l'OIT, qui a eu le 21 juin 2019 à Genève. Malgré cette forte mobilisation, la situation des travailleuses en Suisse ne progresse pas, au contraire, elle régresse. IndustriALL soutient ses affiliés suisses pour l’égalité maintenant contre un système capitaliste et patriarcal »

Valter Sanches, Secrétaire Général d’IndustriALL

Les syndicats kényans font campagne contre les violations du droit du travail chez Style Industries

Le KUHABWO a recruté 3.811 travailleurs et travailleuses sur un effectif de 6.000 personnes, dont 85 % de femmes, mais l’entreprise ne reverse les cotisations syndicales que pour 70 membres. Selon le syndicat, pour décourager les travailleurs et travailleuses d’adhérer au syndicat, 150 personnes ont été licenciées le mois dernier. Ceux et celles qui sont restés membres du syndicat ont été menacés de licenciement.

Depuis 2015, Style Industries, un fabricant de cheveux synthétiques composés de fines fibres de plastique qui ressemblent à des cheveux humains, refuse de reconnaître le syndicat. Le conflit a été bloqué en conciliation et l’affaire a été portée devant le Tribunal de l’emploi et des relations de travail, qui a émis une ordonnance restrictive contre l’entreprise en 2017. L’ordonnance imposait à Style Industries de cesser de “victimiser, intimider, contraindre, harceler et se livrer à des pratiques de travail déloyales” et de permettre que l’affaire puisse être conclue au tribunal.

En outre, le tribunal a statué que l’entreprise devait cesser de résilier des contrats et de licencier des membres du syndicat en raison de leur appartenance à celui-ci. Le tribunal a également déclaré que les actions de l’entreprise avaient pour but de “désorganiser le syndicat”. Cependant, malgré l’approche ferme des tribunaux, les pratiques antisyndicales de l’entreprise se sont poursuivies, ce qui a conduit les syndicats à lancer cette campagne.

Margaret Ndiritu, Secrétaire générale adjointe du KUHABWO, a déclaré :

“La direction de Styles Industries est antisyndicale et les travailleurs et travailleuses sont licenciés, sans audience équitable, pour être membres du syndicat.”

S’exprimant lors d’une conférence de presse à l’issue d’une réunion de campagne des affiliés le 7 juin, Julius Maina, Président du Conseil d’IndustriALL pour le Kenya, a déclaré :

“La direction de Style Industries menace les travailleurs et travailleuses de les victimiser en cas d’adhésion au syndicat. Et en cas d’adhésion, il y a licenciement. Lorsque des responsables syndicaux viennent recruter des adhérents pendant les pauses ou l’heure du déjeuner, l’employeur fait appel à la police pour les harceler et les arrêter afin de les empêcher d’exercer leurs droits sur le lieu de travail.

La direction doit respecter les droits des travailleurs et travailleuses à la liberté syndicale ; adhérer, former et participer à des programmes syndicaux, comme le stipulent la Constitution kényane, la loi sur les relations de travail et les conventions 87 (liberté syndicale et protection du droit syndical) et 98 (droit d’organisation et de négociation collective) de l’Organisation internationale du travail.”

“Nous soutenons le KUHABWO dans son long combat pour un accord de reconnaissance et des droits de négociation collective chez Style Industries et nous applaudissons les affiliés kényans pour l’unité et la solidarité qu’ils apportent au syndicat”,

a déclaré Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne.

Les affiliés d’IndustriALL au Kenya sont le Syndicat uni des métallurgistes du Kenya (AUKMW), le Syndicat des travailleurs de l’ingénierie du Kenya (KEWU), le Syndicat des travailleurs du verre du Kenya (KGWU), le Syndicat des travailleurs du pétrole du Kenya (KPOWU), le Syndicat des travailleurs de la chaussure et du cuir du Kenya (KSLWU), le Syndicat des tailleurs et des travailleurs du textile (TTWU) et le Syndicat kényan des travailleurs de la coiffure et des soins esthétiques (KUHABWO).

Les travailleurs albanais de l’hydroélectricité protestent contre les licenciements abusifs

Ces centrales hydroélectriques font partie des quatre centrales acquises par la société turque Kürüm Holdings auprès du gouvernement albanais dans le cadre d’un accord de privatisation en 2013. Depuis l’achat des centrales pour 110 millions d’euros, Kürüm a réduit les effectifs de 120 personnes, ne conservant que 43 travailleurs et travailleuses. Les centrales électriques sont la seule source importante d’emploi dans la région, une zone pittoresque avec des parcs nationaux et des lacs.

La société a promis qu’il n’y aurait plus de licenciements et que toute nouvelle réduction du personnel se ferait par départs naturels, en ne remplaçant pas des personnes partant à la retraite. La plupart des travailleurs et travailleuses des centrales électriques ont 30 ans de service et beaucoup sont proches de la retraite.

Cependant, le 22 mai 2021, le licenciement de 20 mécaniciens et électriciens a été finalisé, en violation de leur convention collective.

Des membres du syndicat bloquent la route d’accès à l’usine.

Les travailleurs et travailleuses ont organisé des manifestations quotidiennes, dressant des piquets de grève devant les usines et bloquant parfois les routes. Ils affirment qu’étant donné que la restructuration les “prive de pain”, ils feront une grève de la faim si nécessaire. L’entreprise a réagi en persécutant la délégation syndicale et en suspendant ceux et celles qui ont participé à la grève.

Les travailleurs et travailleuses sont représentés par un affilié d’IndustriALL Global Union, la Fédération syndicale des travailleurs de l’industrie d’Albanie (FSPISH). Des militants syndicaux sont venus de toute l’Albanie pour se joindre aux piquets de grève.

Le Secrétaire général de la FSPISH, Taf Koleci, a déclaré :

“Nous demandons au propriétaire de venir à la table avec le syndicat et d’accepter d’annuler immédiatement le licenciement des travailleurs et travailleuses.”

Les secrétaires généraux d’IndustriALL Global Union et d’industriAll Europe, Valter Sanches et Luc Triangle, ont écrit au Premier ministre albanais Edi Rama, en déclarant :

“Nous appelons le gouvernement albanais à intervenir immédiatement auprès de Kürüm International pour garantir la mise en œuvre et le plein respect de la convention collective signée en 2019 entre l’entreprise et notre affilié, la Fédération syndicale des travailleurs de l’industrie d’Albanie, et obtenir la réintégration de l’ensemble des travailleurs et travailleuses qui ont été injustement licenciés.”

Kürüm est avant tout un sidérurgiste, avec des activités de grande ampleur dans les Balkans et en Europe du Sud. Les centrales hydroélectriques concernées datent des années 1950 et fonctionnent de manière rentable.

Les travailleuses indonésiennes convainquent le gouvernement de créer des centres de protection des femmes sur les lieux de travail

Dans les centres de protection, qui sont établis dans les locaux des entreprises ou dans les zones industrielles, les travailleuses peuvent signaler les violences sexistes, les discriminations et le non-respect de la protection de la maternité. Les agences gouvernementales fournissent un soutien physique, mental et de réhabilitation.

Depuis que le Ministère indonésien de la promotion de la femme et de la protection de l’enfance a promulgué le règlement n° 1 de l’année 2020 concernant la préparation de centres de protection pour les travailleuses sur les lieux de travail, le Comité des femmes du Conseil indonésien d’IndustriALL Global Union a activement engagé le Ministère à mettre en place davantage de centres de protection pour les travailleuses de l’industrie manufacturière.

 

Lors d’une réunion avec l’assistant adjoint du département de la protection des travailleuses, Rafail Walangitan, à Jakarta le 27 mai 2021, le fonctionnaire a salué la proposition du Comité des femmes et s’est dit prêt à coordonner la mise en place de centres de protection dans les zones industrielles désignées par le Comité.

Le Ministère s’est engagé à inviter les employeurs et les représentants des gouvernements locaux à un dialogue pour lancer le processus. Actuellement, le Ministère a établi six centres de protection dans les zones industrielles de Cilegon, Karawang, Pasuruan, Bintan et Cakung.

La Présidente du Comité des femmes, Suzana Purba, indique :

“Le Comité des femmes est le fer de lance de la création de centres de protection des travailleuses. Nous espérons que toutes les parties, que ce soit le gouvernement, les employeurs ou les syndicats, travailleront main dans la main pour mettre fin à la violence et au harcèlement dans le monde du travail et rendre effective la protection de la maternité.”

Annie Adviento, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Asie du Sud-Est, a déclaré :

“Je salue le grand effort du Comité des femmes, qui a initié le processus de mise en place des centres de protection des travailleuses sur leurs lieux de travail. IndustriALL apportera son soutien pour éliminer la violence et le harcèlement au travail et va faire campagne pour la ratification de la Convention 190 de l’OIT.”