Victoire syndicale : DOW renonce à fermer une usine en Argentine

Au mois d'août, cette entreprise de la pétrochimie avait annoncé son intention de fermer dans l'année l'usine de Puerto General San Martín qui occupe 4.000 personnes. Le syndicat des travailleurs de la pétrochimie de DOW du SOEPU a alors lancé une campagne pour préserver l'industrie argentine et ses travailleurs de la pétrochimie, qui a reçu le soutien de presque tous les syndicats argentins, de fédérations internationales et du réseau mondial des travailleurs de DOW.

Étant donné que cette fermeture aurait aussi des conséquences pour des centaines d'entreprises de tout le pays, qui devraient importer du polyuréthane à des prix plus élevés, le gouvernement argentin est lui aussi concerné.

Le 7 octobre, Cesira Arcando, qui siège au parlement de Santa Fe, a rencontré les travailleurs pour leur expliquer les démarches entreprises avec le SOEPU aux échelons provincial et national pour protéger les emplois menacés.

Le 13 octobre, le ministre argentin du développement productif, Matías Kulfas, et le gouverneur de la province de Santa Fe, Omar Perotti, ont rencontré le PDG de DOW pour l'Amérique latine, Javier Constante, pour discuter des conditions de concurrence nécessaires pour que DOW continue à exploiter l'usine de San Lorenzo.

Après des pourparlers avec les autorités nationales et provinciales, DOW a annoncé que l'usine poursuivra ses activités et que les emplois seront maintenus.

Le secrétaire général du SOEPU, Mauricio Brizuela, a remercié les sénateurs de Santa Fe pour le soutien apporté à leur cause, pour avoir traité cette industrie comme un outil de croissance nationale et de développement et pour avoir approuvé dans un premier temps une loi déclarant l'usine "entreprise publique sujette à expropriation".

Le polyuréthane est un composé essentiel pour l'industrie automobile et pour la production de produits blancs et de matelas.  

Grève générale en Corée pour les droits des travailleurs et la Transition juste

La grève fait suite à l’arrestation du Président du KCTU, Yang Kyeung-soo, après une descente de police au siège du syndicat le 2 septembre. Yang est le 13e président consécutif de la KTCU à être emprisonné depuis la levée de l’interdiction de la fédération en 1997. La libération du Président Yang, qui est toujours en détention, était l’une des revendications des travailleurs et travailleuses en grève.

La police bloque les grévistes

Malgré de sévères restrictions au droit de se réunir, des rassemblements ont eu lieu dans 14 régions de Corée. À Séoul, la police a bloqué de vastes zones de la ville pour empêcher tout rassemblement. Finalement, 24.000 travailleurs et travailleuses en grève ont pu se rassembler au carrefour de Seodaemun, avec cette revendication :

“Démolir les inégalités ! Une grande transition vers une société équitable !”

Le Président du KMWU, Kim Ho Gyu, s’est adressé aux travailleurs et travailleuses en grève lors du rassemblement de Séoul, en déclarant :

“Les inégalités sont un désastre. Une transition industrielle dominée par les conglomérats chaebols engendrerait des inégalités plus profondes, tout comme le phénomène Covid-19. La participation des syndicats est la solution pour développer une certaine immunité à cette inégalité. Le Syndicat coréen des travailleurs de la métallurgie relèvera le défi de notre époque, à savoir la participation du monde du travail à une transformation industrielle favorable à la population active.”

Le Président Kim a également partagé la déclaration de solidarité du Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie :

“Conformément à la résolution approuvée à l’unanimité lors de notre troisième congrès le 15 septembre, IndustriALL réitère sa revendication pour la libération du Président de la KCTU Yang et pour que le gouvernement coréen cesse immédiatement la répression de la liberté syndicale et de réunion.

Nous exprimons notre soutien à la grève générale du 20 octobre et à la lutte en faveur de la réforme du droit du travail, des droits syndicaux fondamentaux et de l’abolition du travail précaire, pour une transition juste et pour le renforcement des services publics et de la protection sociale.”

D’autres affiliés d’IndustriALL ont également envoyé des messages de solidarité et l’UAW ainsi que l’USW se sont joints à une délégation dépêchée à l’ambassade de Corée à Washington, DC, en solidarité avec la grève.

Les syndicats revendiquent une réforme du droit du travail pour donner des droits syndicaux fondamentaux à tous les travailleurs et travailleuses, l’abolition du travail précaire, une transition juste basée sur le dialogue social qui donne leur mot à dire aux travailleurs et travailleuses, la garantie de l’emploi en temps de crise, des services publics plus forts et une plus grande responsabilité de l’État en matière d’emploi et de soins de santé.

Le Premier ministre a répondu que le gouvernement prendrait des mesures judiciaires strictes contre les rassemblements illégaux et punirait les organisateurs et les participants aux rassemblements. La police de Séoul a annoncé la création d’une unité spéciale chargée de mener une enquête approfondie sur la grève.

Les syndicats s’inquiètent de ce que sera la répression après la grève et s’attendent à ce que la police convoque les syndicalistes pour un harcèlement judiciaire. En Corée, le droit de mener des actions collectives est sévèrement limité et la grève n’est légale que pendant certaines étapes d’une négociation collective ouverte.

Compte tenu de la répression des militants syndicaux, la KCTU a condamné la nomination par le gouvernement coréen d’un ancien ministre des affaires étrangères pour le poste de Directeur général de l’OIT.

Manifestants en uniformes de la série télévisée Squid Game.

La série à succès de Netflix Squid Game a récemment mis en lumière l’effet des inégalités et de l’endettement personnel sur la société coréenne. Le personnage principal de la série est un ancien métallurgiste syndiqué qui a perdu son emploi après une grève.

Les travailleurs français de l'électricité et du gaz se mobilisent pour leurs droits

EDF, premier acteur des secteurs de l'électricité et du gaz en France, ne cesse de souligner "l'engagement remarquable" des salariés au service des clients et de la lutte contre le changement climatique. Dans un message commun, les syndicats ont demandé que la direction passe de la parole aux actes en matérialisant cette reconnaissance à l'égard des salariés par "des espèces sonnantes et trébuchantes".

Lors de cette action du 19 octobre, les syndicats ont appelé les employeurs à reconnaître que le meilleur capital de l'entreprise est l'humain, et ils ont réclamé :

Par ailleurs, le jour de la grève, FO Energie a appelé les représentants des employeurs à la Commission permanente de négation et d'interprétation (CPPNI) de la branche IEG au niveau fédéral de réaffirmer dans une déclaration leur opposition au projet de refonte du système de classification et rémunération proposé par les employeurs.

Pour les syndicats, cette action de grève a été un succès et les employeurs ont accepté de les rencontrer le 15 novembre pour poursuivre les discussions.

Les industries électriques et gazières (IEG) sont une branche professionnelle regroupant l'ensemble des entreprises qui produisent, transportent, distribuent, commercialisent et fournissent de l'électricité et du gaz naturel en France. Elles comptent environ 150 entreprises et se caractérisent par la présence de grands groupes comme EDF et Engie, autrefois publics.

Les salariés de la branche IEG n'ont pas de convention collective, mais plutôt un Statut national du personnel des industries électriques et gazières, qui régit au niveau national les conditions d'emploi des travailleurs des industries de l'électricité et du gaz.

Les négociations ont lieu au sein de la Commission supérieure nationale du personnel (CSNP), un organe paritaire composé de fédérations de syndicats et d'employeurs désignées par le ministère de l'Industrie.

Les syndicats accusent la CSNP de laisser les employeurs saper les droits des travailleurs. Pendant les négociations de 2021 sur les conditions nationales, les employeurs ont effectivement fait barrage à tous les arguments des travailleurs sur les salaires et évité de débattre de la question.

"Les travailleurs de l'énergie méritent d'être traités de façon équitable, au même titre que les actionnaires des entreprises de la branche; nous appuyons résolument vos demandes de hausses salariales et votre combat contre les régressions salariales et les attaques contre les plans de pension et d'assurance-chômage. Nous formulons des vœux pour qu'aboutisse votre lutte pour la dignité !"

a déclaré le secrétaire général d'IndustriALL Global Union, Atle Høie.

Les syndicats appellent au dialogue social chez HeidelbergCement

IndustriALL Global Union, l’Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB) et la Fédération européenne des travailleurs du bâtiment et du bois (FETBB), qui toutes représentent des travailleurs et travailleuses employés par le géant allemand du ciment, ont saisi l’occasion, ces 13 et 14 octobre derniers, pour élaborer des stratégies pour l’avenir.

Le réseau a adopté une déclaration commune revendiquant de véritables progrès dans le sens de l’amélioration de la qualité du dialogue social. La déclaration demande, entre autres, à HeidelbergCement :

Une déclaration de solidarité a été adoptée à l’appui de plus de 150 travailleurs et travailleuses syndiqués par les Teamsters chez Ready Mix aux États-Unis qui revendiquent de régler les problèmes de santé et de sécurité et de cesser de violer les lois fédérales du travail.

Michael Walker, membre de la section 174 des Teamsters à Seattle, a expliqué que malgré ses bénéfices records, l’entreprise n’a pas offert d’augmentations décentes et a même refusé une couverture médicale complète à un groupe de 300 travailleurs et travailleuses après l’expiration de leur CCT. “C’est la cinquième fois que je me trouve à une table de négociation, je n’ai jamais rien vu de tel, ils veulent maintenant que nous fassions grève”, a déclaré Walker.

Dans l’ensemble des activités de HeidelbergCement cette année, quinze personnes ont perdu la vie à cause du COVID-19 malgré l’introduction par l’entreprise d’un programme de prévention. Cette année, trois travailleurs sous-traitants ont été tués au travail au Ghana, au Burkina Faso et au Bangladesh.

Par ailleurs, la détérioration du dialogue social a rendu les négociations plus difficiles et les syndicats se sont mobilisés dans différents pays.

Le défi que représente pour le secteur la réduction des émissions de carbone a également été largement débattu lors de la réunion. HeidelbergCement a besoin d’une feuille de route pour passer des combustibles fossiles aux énergies renouvelables et à la mise en œuvre de nouvelles technologies industrielles. Les participants ont souligné que l’implication des travailleurs et travailleuses est cruciale pour assurer une Transition juste.

Tom Deleu, Secrétaire général de la FETBB

Tom Deleu, Secrétaire général de la FETBB, a déclaré :

"Le changement climatique est une menace existentielle pour l'humanité. La FETBB soutient la transition verte et l'engagement de HeidelbergCement à réduire ses émissions de carbone, car il n'y a pas d'emplois sur une planète morte, mais une Transition juste et l'engagement des travailleurs et travailleuses à tous les niveaux de ce processus sont essentiels.”

Des collègues d’Afrique et d’Asie ont signalé que l’entreprise recourt de manière excessive à des régimes d’emploi atypiques, qui sapent les conditions de travail et de rémunération. Selon eux, les travailleurs et travailleuses affectés par ces systèmes sont ceux et celles-là mêmes dont les emplois et les revenus ont été ravagés par la pandémie.

Gavor Kodjo, Secrétaire général de la Fédération des travailleurs du bois et de la construction (FTBC), a remercié l’IBB et les représentants syndicaux en Allemagne d’avoir aidé son syndicat à faire part de ses problèmes chez CIMTOGO  (HeidelbergCement) à la direction de l’entreprise en Allemagne. Le syndicat a souligné que les sous-traitants de CIMTOGO ont foulé aux pieds à plusieurs reprises les droits des travailleurs et n’ont pas réussi à garantir un environnement de travail sain et sûr. Il a également mentionné des problèmes tels que la non-déclaration des accidents du travail, la non-remise des fiches de paie aux travailleurs et les mauvaises normes d’hygiène.

Le Secrétaire général de l’IBB, Ambet Yuson

Pour le Secrétaire général de l’IBB, Ambet Yuson :

“En pleine pandémie, HeidelbergCement a continué à engranger des bénéfices et à verser d’énormes dividendes et primes, tandis que ses travailleurs et travailleuses vivent dans la crainte constante de perdre leur emploi. Aujourd’hui, elle a manqué l’occasion de rencontrer les dirigeants syndicaux qui réclamaient un dialogue social.”

Kemal Ozkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL

Kemal Ozkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a ajouté ce commentaire :

“HeidelbergCement doit devenir une entreprise socialement responsable et engager un véritable dialogue avec nos trois organisations. Nous constatons une série de problèmes liés à la santé et à la sécurité, aux violations des droits des travailleurs, à la réticence à négocier de bonne foi, entre autres.”

Les syndicats craignent des pertes d’emplois en cas de retrait de l’éligibilité à l’AGOA pour l’Éthiopie

L’AGOA, qui accorde un accès spécial aux marchés américains à 6.500 produits des pays d’Afrique subsaharienne, doit expirer en 2025. Ces produits comprennent des textiles et du prêt-à-porter, des véhicules à moteur et leurs pièces détachées, des produits en cuir, des produits chimiques, des machines et des équipements, des produits agricoles ainsi que d’autres marchandises.

Dans le cadre de l’AGOA, les exportations éthiopiennes vers les États-Unis sont passées de 29 millions de dollars en 2000 à 525 millions de dollars en 2020. Toutefois, la balance commerciale reste favorable aux États-Unis, dont les exportations vers l’Éthiopie sont passées de 165 millions à 868 millions de dollars au cours de la même période.

La confection est le principal bénéficiaire de l’AGOA et plus de 80 % des salariés de ce secteur sont des jeunes femmes.

Lors d’une réunion en ligne avec le négociateur commercial pour l’Éthiopie, Mamo Mihretu, l’ambassadrice de la représentation commerciale des États-Unis, Katherine Tai, “a soulevé les violations continues des droits de l’homme internationalement reconnus dans le cadre du conflit en cours dans le nord de l’Éthiopie, qui pourraient affecter la future éligibilité de l’Éthiopie à l’AGOA si elles ne sont pas traitées”.

Angesom Gebre Yohannes, Président de l’affilié d’IndustriALL, la Fédération industrielle des travailleurs du textile, du cuir et de la confection (IFTLGWTU) a déclaré :

“Si les avantages de l’AGOA cessent de s’appliquer, les travailleurs et travailleuses seront durement touchés. Des usines, dont celle de PVH dans le parc industriel d’Hawassa qui exporte principalement vers les États-Unis, seront obligées de fermer et les travailleurs et travailleuses perdront leur emploi. Cela n’est pas dans l’intérêt du syndicat. Les travailleurs et travailleuses de PVH sont inquiets pour leur avenir et ont exprimé leur inquiétude en apprenant la nouvelle concernant l’AGOA.”

L’usine PVH est la plus grande de ce parc industriel et, récemment, l’IFTLGWTU a lancé une campagne de recrutement syndical après avoir réalisé une percée consécutive à des années pendant lesquelles les syndicats n’étaient pas autorisés à recruter dans le parc. Les autres propriétaires d’usines viennent d’Europe et d’Asie et des enseignes comme Children’s Place et Levi Strauss & Co. s’y approvisionnent.

Dans sa lettre adressée à l’ambassadrice, Kassahun Follo, Président de la Confédération des syndicats éthiopiens (CETU) à laquelle l’IFTLGWTU est également affiliée, écrit :

“En tant qu’organisation syndicale progressiste attachée aux droits de l’homme, à la résolution pacifique des différends et au respect des valeurs démocratiques universelles, notre confédération condamne sans ambages les violations des droits de l’homme dans toute l’Éthiopie, ainsi que les auteurs de ces violations. Nous reconnaissons également l’importance des conditions d’éligibilité à l’AGOA quant à la protection des droits des travailleurs reconnus internationalement. Cependant, notre confédération est fermement convaincue que le fait de retirer l’Éthiopie de la liste d’éligibilité de l’AGOA à l’heure actuelle ne fera qu’aggraver la situation des travailleurs et travailleuses éthiopiens et de leurs familles.”

M. Follo indique dans sa lettre que le secteur du textile, de la confection, de la chaussure et du cuir a créé plus de 200.000 emplois directs et plus d’un million d’emplois indirects qui sont aujourd’hui menacés. Les politiques industrielles de l’Éthiopie ont donné la priorité à une industrie manufacturière basée sur l’exportation, qui est considérée comme ayant le potentiel de créer des emplois pour des centaines de milliers de jeunes travailleurs et travailleuses.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

“Les violations des droits syndicaux doivent cesser. Le retrait de l’AGOA maintenant mettrait en péril le travail que nous avons accompli avec nos affiliés éthiopiens au cours des dernières années, mais cette menace est aussi un avertissement très clair aux autorités éthiopiennes qu’il leur reste peu de temps pour enfin garantir les droits syndicaux fondamentaux.”

Une grève historique chez John Deere entre dans sa deuxième semaine

La grève a débuté le 13 octobre à minuit lorsque les travailleurs ont rejeté la convention d'une durée de six ans qui leur avait été proposée le 10 octobre. John Deere proposait une hausse du salaire horaire de la plupart des travailleurs de 1 dollar, soit moins que l'inflation, la suppression de la pension pour les nouvelles embauches, alors que le premier constructeur mondial de matériel agricole enregistre des bénéfices records. La haute direction profite, elle, de ces bons résultats : le PDG de John Deere, John C. May, a empoché 15,6 millions $ en 2020.

Pour les membres du syndicat, l'offre de John Deere est une insulte alors qu'ils ont fait gagner des milliards à l'entreprise pendant la pandémie. Comme on peut le lire sur un T-shirt populaire chez les grévistes :

"Essentiels en 2020, prouvez-le en 2021. Impossible de le faire en télétravail."

Le président de l'UAW et membre du comité exécutif d'IndustriALL Ray Curry, explique :

"Des adhérents de l'UAW ont travaillé chez John Deere tout au long de la pandémie, jugés essentiels par la direction, pour produire des machines qui servent à nourrir l'Amérique, à construire l'Amérique et qui font la force de son économie. Ces travailleurs essentiels membres de l'UAW nous montrent à tous que la force d'un syndicat puissant et uni, qui fait entendre leur voix dans les piquets de grève, peut faire changer les choses pour les familles de travailleurs, ici et dans tout le pays."

L'entreprise tente de maintenir la production en faisant appel à des cols-blancs "jaunes", parfois avec des résultats désastreux.

John Deere essaie de briser la grève en demandant à des employés de bureau d'utiliser des machines lourdes; voyez comment ça se passe – pic.twitter.com/Yb1JkoFAH8

— Ken Klippenstein (@kenklippenstein) October 15, 2021

Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a écrit à Ray Curry :

"IndustriALL Global Union fait bloc avec plus de 10.000 adhérents de l'UAW de 14 usines John Deere, de l'Illinois, de l'Iowa et du Kansas. Nous appuyons vos revendications pour que les travailleurs de John Deere "puissent vivre décemment, prendre leur retraite dans la dignité et avoir des règles de travail équitables."

"Nous appelons John Deere à prendre en considération les demandes légitimes des membres de l'UAW, à reconnaître leur contribution vitale et leur dévouement tout au long de la pandémie pour produire des machines agricoles et de chantier, et à accepter de négocier une convention collective équitable, notamment pour ce qui est des rémunérations et des pensions de retraite.

"En outre, IndustriALL condamne vigoureusement toute tentative de la direction de recourir à des "jaunes" pour saper le dialogue social et les négociations avec notre affilié UAW."

Certains observateurs voient dans cette grève une révolte des travailleurs de première ligne, essentiels et de production qui ont consenti de lourds sacrifices pendant la pandémie. Elle s'inscrit dans une vague sans précédent d'actions du travail qui se propage à de nombreux secteurs aux États-Unis, que les médias ont baptisée "Striketober".

Les militants syndicaux espèrent que cette grève marquera un tournant pour le mouvement syndical américain  qui est en perte de vitesse depuis la défaite infligée par Ronald Reagan à une grève des contrôleurs aériens en 1981. Les années 1980 ont vu l'apparition de conventions à deux vitesses qui imposent de moins bonnes conditions pour les nouvelles embauches. Le militantisme syndical est tombé au plus bas après la crise financière de 2008, lorsque beaucoup craignaient pour leur emploi.

Or, on voit de plus en plus de signes que les travailleurs veulent un changement de donne après les sacrifices faits pendant la pandémie.

NOUVEAU : Les grévistes de John Deere sont furieux contre la convention proposée par la direction qui ne leur accorde qu'une hausse des salaires de 2 ou 3 $ sur 3 ans.

Le PDG de John Deere s'est fait 15,6 millions $ en 2020, une augmentation de 160 %.

"John Deere se fait des milliards et ne nous laisse que des miettes … Qu'est-ce qu'on est supposés en faire ?

 pic.twitter.com/WHzkrjKn1M

— More Perfect Union (@MorePerfectUS) October 18, 2021

Images : Jonah Furman

Ouganda : les syndicats font campagne pour être reconnus dans les usines de textile et de confection appartenant à des Chinois

Les propriétaires d’usines refusent de signer des accords de reconnaissance à des fins de négociation collective, comme l’exige la loi lorsqu’un syndicat représente plus de 50 % des travailleurs et travailleuses d’un site. Selon le Conseil national de coordination d’IndustriALL en Ouganda (INCCU), composé des affiliés d’IndustriALL dans le pays, des usines, parmi lesquelles Bode, Euro Vision, Fine Spinners, Jinguo, Sunbelt Textile Company, Tonyong, Unistar et Wilima, opposent une fin de non-recevoir aux courriers du Ministère du Genre, du Travail et du Développement social leur ordonnant de reconnaître l’UTGLAWU.

Pour faire pression en faveur de la reconnaissance, les syndicats mènent des campagnes conjointes dans le cadre du Projet de développement syndical en Afrique de l’Est, soutenu par l’Agence danoise de développement syndical (DTDA) et la Société norvégienne des professionnels techniques et scientifiques diplômés (TEKNA). Les syndicats ont rencontré le Ministère du travail le 30 septembre pour revendiquer que le gouvernement fasse appliquer la réglementation du travail et que le tribunal du travail accélère les procédures. Ils prévoient en outre de rencontrer le Ministre d’État pour le travail, Charles Okello Engola.

“Nous apprécions les efforts du gouvernement qui n’a pas hésité à ordonner aux employeurs de reconnaître le syndicat. Malgré les défis posés par la Covid-19, le nombre d’employeurs qui licencient des travailleurs et travailleuses sans en informer le Ministère du Travail est en augmentation, alors qu’ils bénéficient de mesures de relance de la part du gouvernement. D’autres employeurs entravent les efforts du syndicat pour collecter les cotisations de ses membres.

Quoi qu’il en soit, nous demandons au gouvernement d’organiser une réunion avec les employeurs chinois qui ne respectent pas les règles, dont certains prétendent ne pas comprendre l’anglais, afin de leur donner une chance de répondre à nos revendications avant que nous n’engagions une action en justice. Les employeurs doivent respecter le syndicat, ainsi que les droits fondamentaux et constitutionnels des travailleurs et travailleuses,”

ont écrit les syndicats dans une déclaration.

Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique sub-saharienne, a pour sa part déclaré :

“Les propriétaires d’usines de textile et de confection en Ouganda doivent entériner les normes de travail nationales et internationales en reconnaissant le syndicat. Nous soutenons la campagne menée par les syndicats ougandais pour le respect des droits des syndicats et des travailleurs.”

Les syndicats qui participent à la campagne de soutien à UTGLAWU sont le Syndicat des imprimeurs, du papier, des polyfibres et des travailleurs assimilés (UPPAWU), le Syndicat ougandais des travailleurs de la chimie, du pétrole et des branches connexes (UCPAWU), le Syndicat national des employés de bureau, commerciaux, professionnels et techniques (NUCCPTE) ainsi que le Syndicat ougandais des travailleurs de l’hôtellerie, du tourisme, des supermarchés et des branches connexes. (HTS-U).

Actuellement, le secteur de la confection est dominé par des petites et moyennes entreprises. Selon le dernier Plan national de développement du pays, l’Ouganda vise à augmenter la production de coton ainsi que sa valorisation locale et à créer plus de 50.000 nouveaux emplois tout au long de la chaîne de valeur allant du coton aux vêtements.

Les travailleuses thaïlandaises de la lingerie demandent au gouvernement d’agir à l’encontre du fournisseur de Victoria’s Secret

Depuis la fermeture immédiate de l’entreprise et le licenciement illégal de 1.388 personnes le 10 mars, l’usine, qui fournissait le géant de la lingerie Victoria’s Secret, n’a pas respecté son obligation légale de payer les salaires, les heures supplémentaires, les congés et les indemnités de licenciement aux travailleurs.

Le Président de la CILT, Prasit Prasopsuk, a déclaré :

“Nous demandons instamment au Premier ministre Prayuth Chan-o-cha d’utiliser le fonds de protection sociale des salariés pour avancer le montant de 242.689.862,71 THB (7,61 millions de dollars). Le gouvernement pourra obtenir un remboursement de la part de la BAT plus tard. Les travailleurs et travailleuses attendent depuis sept mois ; ils ne peuvent plus attendre.”

À l’occasion de la Journée mondiale pour le travail décent, le 7 octobre, 100 anciennes travailleuses de BAT ont organisé une manifestation devant le siège du gouvernement à Bangkok.

 

Outre la revendication à propos des salaires et indemnités de licenciement impayés, les travailleurs et travailleuses demandent instamment au gouvernement de poursuivre le propriétaire de l’entreprise au pénal.

Les travailleurs et travailleuses affirment qu’il est du devoir du gouvernement d’empêcher les investisseurs étrangers de fuir leurs responsabilités et que le gouvernement doit prendre des mesures pour remédier à ce problème.

Dans une lettre adressée au Premier ministre thaïlandais, le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, déclare :

“Il est grand temps que le gouvernement thaïlandais applique strictement le droit du travail et protège les droits des travailleurs et des travailleuses. Nous soutenons l’appel de la CILT qui demande au gouvernement d’avancer les versements aux travailleurs et travailleuses.

La plupart des salariés concernés sont des femmes, injustement touchées par la pandémie de Covid-19. Elles sont obligées de vivre sur leurs maigres économies, car elles ne peuvent pas trouver d’emploi pendant la pandémie.”

Condamnation des menaces après le scrutin à l’usine General Motors de Silao

Bien que 54 % des votants se soient prononcés contre la convention collective en août, les travailleurs et travailleuses sont toujours harcelés par General Motors (GM), en violation de la Convention 98 de l’OIT sur le droit d’organisation et de négociation collective. Les travailleurs et travailleuses qui soutiennent le nouveau syndicat subissent des pressions de la part de la CTM pour qu’ils votent en faveur de l’accord qui sera proposé par le syndicat Miguel Trujillo López lors du prochain tour de scrutin.

Le Syndicat national des travailleurs de l’automobile (SINTTIA), le nouveau syndicat qui souhaite représenter les travailleurs et travailleuses, a condamné GM pour avoir refusé de reconnaître le syndicat ou de rencontrer ses représentants avant le 3 novembre, date à laquelle la convention collective actuelle prend fin.

En outre, GM a ajouté à l’incertitude et a créé un “vide juridique” en annonçant que la convention actuelle serait résiliée après le vote.

Toutefois, les autorités ont annoncé un mois plus tard que l’accord resterait en vigueur jusqu’au 3 novembre, soit trois mois après le scrutin. Cela pourrait modifier le cadre juridique dans lequel le nouvel accord est négocié. Bien qu’il ait perdu le scrutin, le syndicat CTM est tenu de continuer à remplir ses obligations au titre de l’accord actuel jusqu’à ce que celui-ci prenne fin. Pourtant, il a refusé de fournir une assistance funéraire et d’autres avantages économiques, même s’il continue à percevoir les cotisations syndicales.

Lorsqu’une employée d’Irapuato est tombée malade au travail, GM a refusé de la faire transporter à l’hôpital, arguant qu’elle ne pouvait pas le faire parce que le syndicat n’était pas opérationnel, puisqu’il ne représentait plus les travailleurs.

Alejandra Morales Reynoso, Secrétaire générale de SINTTIA, a déclaré :

“Personne n’a voulu faire quoi que ce soit pour aider notre collègue. Elle a dû se rendre à l’hôpital par ses propres moyens. Le syndicat n’a rien à voir avec les services médicaux fournis par General Motors.”

Le SINTTIA a annoncé qu’il allait déposer une plainte en vertu de l’accord États-Unis-Mexique-Canada et auprès du Ministère du travail.

Mario Vani, Secrétaire régional d’IndustriALL, a déclaré :

“IndustriALL est préoccupé par la situation incertaine à l’usine GM de Silao et par le harcèlement et l’intimidation des travailleurs et travailleuses soutenant le SINTTIA. Nous demandons aux autorités du travail et à GM de veiller à ce que les droits fondamentaux des travailleurs et travailleuses soient respectés et qu’il n’y ait aucune discrimination à l’encontre du SINTTIA, qui est un syndicat indépendant.

Le rejet de l’accord de protection de l’employeur a été une première étape importante. Maintenant, nous devons nous assurer que la liberté syndicale existe au Mexique et que les travailleurs et travailleuses de l’usine de Silao peuvent librement choisir par scrutin leur syndicat, sans intimidation.”

La forte croissance dans les TIC, l'électricité et l'électronique ouvre des perspectives de recrutement

La réunion a été ouverte par le coprésident de la section, Masahi Jimbo, et le secrétaire général d'IndustriALL Global Union, Atle Høie, a rendu compte du récent congrès d'IndustriALL, et expliqué les rapports existant entre les quatre objectifs stratégiques d'IndustriALL et le secteur ICT EE.

"Cinq années ont passé depuis le deuxième congrès mondial et, partout dans le monde, beaucoup de problèmes restent sans solution, comme l'égalité de genre et les travailleurs précaires à bas salaires. La section doit renforcer la solidarité entre les syndicats pour mettre en œuvre son nouveau plan d'action," a déclaré Masahi Jimbo.

Atle Høie a déclaré :

"Nous devons affronter le capital mondial. Il faut faire en sorte que les travailleurs reçoivent la part équitable des profits qui leur revient. Même pendant le Covid, les grands groupes, y compris ceux des TIC, se sont enrichis."

"Ce secteur a un rôle crucial à jouer dans une transition juste vers une économie plus verte. Nous devons faire comprendre aux employeurs que les travailleurs ont besoin d'une passerelle vers les emplois verts."

Le secrétaire général adjoint Kan Matsuzaki a parlé des tendances et de l'évolution de la situation dans ce secteur qui a de bons résultats, beaucoup de ses plus grandes entreprises se rangeant parmi les plus performantes de l'économie mondiale.

Le Covid-19 a accru la dépendance aux TIC et accéléré la numérisation. Les grandes entreprises investissent énormément et gagnent énormément d'argent. La demande de semi-conducteurs est forte, le réflexe du télétravail suscité par la pandémie ayant fait décoller la demande d'équipements de télécommunication et d'appareils électroménagers. On assiste aussi à une croissance prononcée dans les composants automobiles utilisant des cartes-mémoires. 

Dans les pays en développement, le nombre des salariés des entreprises de services de fabrication de produits électroniques (EMS) augmentent rapidement à mesure que les marques externalisent leurs processus de fabrication. Les dix plus grandes entreprises EMS emploient environ 1,5 million de personnes. Or, le taux de syndicalisation est très faible dans le secteur, en particulier dans les plus grandes entreprises.

"Le défi qui se pose est que cela a toujours été ainsi", commente Kan Matsuzaki.

"Pour organiser ce secteur, tant que nous n'aurons pas la masse critique, nous devrons peser sur le rapport de forces entre les travailleurs et ces firmes puissantes."

Une lutte pour le pouvoir oppose les géants de la technologie occidentaux tels que Alphabet, Amazon et Apple, qui conçoivent les produits et produisent les logiciels, et les entreprises principalement asiatiques, comme Huaweï, qui construisent les infrastructures. 90 pour cent de la fabrication est en Asie, où les emplois de monteur sont généralement payés entre 200 et 500 $ par mois. On constate depuis peu une expansion marquée en Amérique latine, et surtout au Mexique.

Une évolution positive de ces dernières années est que beaucoup plus de pays, en particulier dans la chaîne d'approvisionnement du secteur, ont ratifié les conventions fondamentales de l'OIT.

Anne-Marie Chopinet et Jan Brauburger, d'IndustriALL Europe, ont décrit une vision européenne. Les ruptures de chaînes d'approvisionnement et les pénuries de composants ont eu des répercussions sur la production et sur l'emploi en Europe, suscitant des appels à la réindustrialisation, et plus particulièrement à l'investissement dans la fabrication de semi-conducteurs. IndustriALL a élaboré un plan d'action réclamant une stratégie industrielle holistique.

La coordinatrice des programmes et genre d'IndustriALL, Armelle Séby, et la chercheuse Jane Pillinger ont présenté un travail de recherche sur l'expérience des travailleuses du secteur.

Les femmes constituent en moyenne 50 pour cent de la main-d’œuvre, bien que la répartition des emplois soit inégale d'une région du monde à l'autre. Elles sont majoritaires dans les pays qui fabriquent les composants de base et occupent en général des emplois peu rémunérés, précaires, de montage et de contrôle de qualité. La ségrégation professionnelle fondée sur le genre est répandue et peu de femmes ont des emplois très qualifiés et bien rémunérés.

Kan Matsuzaki a présenté un projet de plan d'action pour le secteur en 2022. Ses principaux axes seront :