Ghana : dans un secteur automobile en pleine croissance, la syndicalisation passe à la vitesse supérieure

Cette année, des usines Toyota et Volkswagen ont été mises en service, cette dernière devant produire jusqu’à 20.000 véhicules par an.

Le syndicat a recruté 1.982 travailleurs et travailleuses dans les entreprises automobiles, y compris celles qui vendent des composants et des pièces. Seuls 154 de ces salariés sont des femmes et le syndicat demande à l’industrie automobile d’intégrer l’égalité des sexes dans ses politiques de recrutement.

L’ICU affirme qu’il veillera à ce que les travailleurs et travailleuses du secteur reçoivent un salaire décent et souhaite que les entreprises soient impliquées dans les négociations collectives et le dialogue social et qu’elles adhèrent à de meilleures normes de santé et de sécurité, notamment aux protocoles Covid-19. En outre, le syndicat souhaite que les entreprises investissent dans une automatisation qui améliore les compétences des travailleurs et travailleuses ghanéens. Le syndicat fait également partie du réseau VW, qui comprend des syndicats du Kenya, de Namibie et d’Afrique du Sud, ainsi que le Comité d’entreprise européen de VW. Le réseau a notamment pour objectif de promouvoir un travail décent pour les travailleurs de VW.

Morgan Ayawine, Secrétaire général de l’ICU, déclare :

“Il est important de noter que chez VW Ghana, nous avons une convention collective et que les salaires sont supérieurs au salaire minimum. Les membres ont accès à tous les avantages statutaires tels que spécifiés dans les législations du travail, dont la sécurité sociale. En outre, l’ICU a pu négocier des avantages supplémentaires pour les travailleurs et travailleuses, tels que des soins de santé gratuits ou subventionnés, entre autres.”

Selon la Commission nationale tripartite, le salaire minimum au Ghana pour 2021 est de 12,53 cedis par jour ou 301 cedis par mois (49 dollars). Cependant, l’Institut de recherche Anker estime que le salaire vital pour une famille de deux adultes et deux enfants est l’équivalent d’environ 250 dollars.

La croissance du secteur automobile est soutenue par les politiques gouvernementales, notamment le Programme de développement industriel, qui vise à attirer les grandes entreprises de construction automobile dans le pays. Cette politique vise également à créer des emplois hautement qualifiés dans l’assemblage automobile et la fabrication de composants et de pièces.

La mise en place de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) est également perçue comme un avantage pour l’industrie automobile du Ghana, notamment par l’exportation de véhicules assemblés localement vers les pays voisins moyennant des tarifs douaniers réduits. L’industrie automobile de l’Afrique subsaharienne et certains gouvernements africains, dont le Ghana, étudient la possibilité de créer des centres de fabrication automobile dans le cadre de la ZLECA.

En outre, la Politique de développement du secteur automobile au Ghana prévoit des exonérations fiscales de 5 et 10 ans pour l’importation de kits semi-assemblés (SKD) et de kits en éléments non assemblés (CKD), respectivement. Les importations de matériaux et d’équipements destinés à la construction des usines sont également exemptées de droits et d’autres charges.

“La croissance du secteur automobile au Ghana crée des emplois dont le pays a grand besoin et l’ICU devrait accroître ses efforts de syndicalisation dans ce secteur en pleine expansion. En recrutant davantage de membres et en atteignant des seuils de majorité sur les lieux de travail, le syndicat sera mieux placé pour exiger des conditions de travail décentes et faire progresser les droits des travailleurs dans le secteur.”

a déclaré Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne.

L’ICU, qui compte 140.000 adhérents, est présent syndicalement dans des secteurs tels que l’automobile, la métallurgie, le papier, l’imprimerie, le textile, l’habillement, la chaussure, le cuir ainsi que dans des secteurs informels.

Escalade de la violence au Myanmar

Khaing Zar, Présidents de l’affilié d’IndustriALL, la Fédération des travailleurs industriels du Myanmar (IWFM), a déclaré :

“Des vies sont en danger, les gens fuient les attaques et n’ont nulle part où aller. Les meurtres et les tortures commis par l’armée terroriste doivent cesser. Les gouvernements étrangers doivent prendre des mesures concrètes et fournir une aide humanitaire par le biais du Gouvernement d’unité nationale.”

Les syndicats du Myanmar, comme la Confédération des syndicats du Myanmar (CTUM) et l’IWFM, ont participé au mouvement de désobéissance civile et à de nombreuses grèves nationales. Avec l’Alliance du travail du Myanmar, ils ont lancé une campagne pour des sanctions économiques exhaustives en août.

IndustriALL soutient la campagne pour des sanctions économiques contre le régime militaire, appelant les entreprises multinationales à désinvestir et à cesser leurs activités au Myanmar. Le 3e congrès d’IndustriALL en septembre a adopté une résolution de soutien à la lutte pour la démocratie au Myanmar.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL Global Union, a déclaré :

“Nous condamnons les violences généralisées commises par le régime illégitime contre le peuple du Myanmar. La junte doit immédiatement mettre fin à la violence, comme l’a demandé le Conseil de sécurité des Nations unies en novembre.

IndustriALL exhorte la communauté internationale à intensifier ses actions, en revendiquant la fin des massacres. Les Nations unies et l’Organisation internationale du travail doivent reconnaître le Gouvernement d’unité nationale du Myanmar.”

Atle Høie : Bienvenue dans ce numéro de Global Worker (#2 2021)

Bienvenu dans Global Worker No. 2 novembre 2021

Lors du 3e Congrès d'IndustriALL en septembre, nos affiliés ont voté à l'unanimité pour soutenir la campagne de sanctions économiques organisée par l'Alliance syndicale du Myanmar contre la junte militaire. La campagne appelle à un désinvestissement du pays et à ce que toutes les entreprises qui y opèrent cessent leurs activités et n’y passent aucune nouvelle commande. Lisez ici l'article sur les raisons pour lesquelles IndustriALL soutient les sanctions au Myanmar.

La pandémie de Covid se poursuit et s'accélère même dans certaines parties du monde. Avec cette pandémie, nous avons constaté une augmentation des violations des droits des travailleurs, mais les syndicats se battent sans relâche. Dans ce numéro, vous pourrez lire des articles sur nos affiliés au Nicaragua et en Eswatini qui défendent sans relâche leurs membres et luttent pour un avenir meilleur.

Au Maroc, le mouvement syndical joue un rôle social essentiel, les affilés d'IndustriALL ayant un rôle clé dans l'amélioration des conditions de travail. Pour en savoir plus sur le renforcement d’un pouvoir syndical dans des circonstances difficiles, voyez ici.

La syndicalisation dans le secteur du démantèlement des navires en Inde a permis d'améliorer considérablement la condition des travailleurs, mais il reste beaucoup à faire pour protéger les démolisseurs de navires au Bangladesh et au Pakistan. La Convention de Hong Kong pour un recyclage sûr des navires est cruciale pour l'avenir. Que faudra-t-il faire pour que la Convention entre en vigueur ?

Dans l'interview proposée dans ce numéro, nous nous entretenons avec Daniela Cavallo, Présidente des Comités d'entreprise européen et mondial du groupe Volkswagen, le plus grand constructeur automobile au monde, qui emploie plus de 600.000 personnes partout sur la planète. L'industrie automobile connaît une transformation qui implique des changements dans le travail, entraînant des pertes d'emploi potentielles en raison de la numérisation et des changements technologiques, mais aussi des créations d’emplois dans de nouveaux domaines. Comment les syndicats y garantissent-ils les droits des travailleurs ?

Le changement climatique et une Transition juste pour les travailleurs sont des éléments clés dans notre agenda : nous voulons avoir notre mot à dire. “Rien de ce qui nous concerne ne peut se faire sans nous”, tel était le slogan de la délégation syndicale qui a participé à la conférence sur le climat de cette année à Glasgow, au Royaume-Uni. Alors, que s'est-il passé à la COP26 ? Et qu'est-ce que cela signifie pour nos syndicats et nos membres ?

L'année 2021 touche à sa fin et, déjà, l'année 2022 semble receler son lot de défis pour les travailleurs et travailleuses. Mais un autre monde est possible et nécessaire. IndustriALL a adopté un nouveau plan d'action au Congrès, axé sur la solidarité et la coopération syndicales mondiales pour la paix, la démocratie et nos droits. Notre mission est de garantir la justice sociale, l'égalité et l'équité, avec un niveau de vie décent pour tous.

Quand nous nous unissons, nous gagnons.

Atle Høie
Secrétaire général

Réaliser un changement durable

Deux nouvelles Coprésidentes ont été élues pour les quatre prochaines années : Hashmeya Muhsen Alsaad, Vice-présidente du Syndicat général des salariés du secteur de l’électricité d’Iraq (GTUESE) et Ilvana Smajlovic, Présidente du Syndicat indépendant de la chimie et des industries diverses de Bosnie-Herzégovine.

Pendant ces deux jours, les participants ont discuté des priorités pour la période de quatre ans menant au prochain Congrès. La violence sexiste, la représentation et la participation des femmes dans les syndicats restent en tête de liste pour parvenir à un changement durable, ainsi que la réduction de l’écart de rémunération entre les sexes et ce à quoi ressemblera l’avenir du travail pour les femmes.

Les efforts visant à intégrer l’égalité des sexes dans le travail sectoriel d’IndustriALL sont une priorité depuis la réunion du Cap en 2018. Les recommandations de cette réunion ont été approuvées par le Comité exécutif et le Congrès a pris d’autres décisions pour accroître la participation des femmes aux réunions ainsi que pour augmenter et renforcer la représentation des femmes au sein des syndicats.

En outre, le travail se poursuivra par l’inclusion d’un libellé sur l’égalité au sein des accords-cadres mondiaux ainsi que par l’organisation de formations sur le leadership, la syndicalisation et la négociation collective, la diligence raisonnable en matière de droits humains, ainsi que la violence et le harcèlement fondés sur le sexe dans le monde du travail.

Le Comité des femmes a adopté un cadre pour son travail, L’objectif du Comité des femmes est de veiller, ensemble avec le Comité exécutif, à ce que les politiques et les actions soient élaborées et mises en œuvre par IndustriALL Global Union et ses affiliés, conformément au vaste plan d’action d’IndustriALL, visant à :

Le Comité des femmes a adopté une feuille de route pour la mise en œuvre de la résolution adoptée lors du 3ème Congrès d’IndustriALL, appelant à la fin des inégalités, du sexisme, de la misogynie et de la violence basée sur le genre au sein d’IndustriALL, parmi les affiliés et dans le monde du travail. La feuille de route va maintenant être soumise au Comité exécutif pour approbation.

Selon Christine Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL :

“Pour que notre Comité des femmes soit bien équipé pour relever les défis futurs, nous devons nous concentrer sur l’avenir du travail et Industrie 4.0 ainsi que sur ce que cela signifie pour nos syndicats. Les femmes doivent prendre les choses en main et veiller à ne pas être laissées pour compte.”

Le carnage continue dans les mines du Pakistan alors qu'IndustriALL rencontre des représentants du gouvernement

L'entrevue a eu lieu quelques jours après que trois mineurs aient perdu la vie dans les charbonnages meurtriers du Pakistan, le 10 décembre, Journée mondiale des droits de l'homme, soulignant la cruauté du sort fait aux mineurs de ce pays. Ces derniers morts viennent s'ajouter à la liste interminable des victimes.

IndustriALL fait campagne pour la santé et la sécurité au Pakistan et exhorte ce pays à ratifier et mettre en œuvre la convention 176 de l'OIT sur la sécurité et la santé dans les mines (C176). IndustriALL et ses affiliés pakistanais ont mené des actions auprès du gouvernement, des employeurs, du siège du BIT à Genève et son bureau au Pakistan pour promouvoir la ratification de cette convention.

Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, et son adjoint Kemal Özkan, ainsi que le directeur chargé de l'industrie minière, Glen Mpufane, ont rencontré l'ambassadeur et le représentant permanent du gouvernement pakistanais à la mission permanente du Pakistan à Genève pour insister sur la nécessité de ratifier la C176. La ministre du Travail, Mme Farhat Ayesha, était présente à la mission permanente aux côtés de l'ambassadeur, M. Khalil Hashmi.

Kemal Özkan a expliqué à l'ambassadeur qu'il est inacceptable que le gouvernement pakistanais retarde la mise en œuvre des conclusions de l'analyse des lacunes effectuée par le BIT, qui a été présentée au gouvernement et soumise au Comité consultatif tripartite fédéral (FTCC).

"L'analyse des lacunes est une étape importante du processus de ratification, et elle doit être suivie d'effets car tous ces décès hantent les nuits d'IndustriALL,"

a-t-il déclaré.

M. Hashmi a expliqué que la constitution fédérale du Pakistan présente des défis et que la structure de gouvernance du pays confère le pouvoir de décision aux provinces. Il a souligné le rôle du ministère du travail – le ministère des Pakistanais d'outre-mer et du développement des ressources humaines – dans la mobilisation des ressources nécessaires à la ratification et à la mise en application de la C176. Il a donné des assurances que ces défis sont discutés par le FTCC qui s'efforce de les surmonter.

Atle Høie a réitéré les demandes d'IndustriALL s'agissant de l'impérieuse urgence de finaliser le processus de ratification et les protocoles en vue de les soumettre à l'OIT. Il a ajouté :

"Tandis que ces tractations et ces discussions traînent en longueur, des travailleurs périssent dans des proportions alarmantes, à cause d'un problème inhérent au processus législatif et au système de gouvernance dans les charbonnages du Pakistan, et d'une situation anarchique."

Cette réunion productive s'est achevée sur un accord sur les étapes devant suivre, notamment un engagement des deux parties en faveur du processus de ratification, la promesse de s'efforcer de débloquer la situation s'agissant de l'application des recommandations de l'analyse des lacunes, et de mobiliser des ressources pour la ratification, par des efforts de renforcement des capacités notamment. Les parties poursuivront le dialogue et l'échange d'informations.   

Les syndicats et les communautés d’Afrique du Sud manifestent contre la privatisation d’Eskom

Selon les annonces faites par le gouvernement, il est prévu de diviser Eskom en unités de production, de transport et de distribution afin d’améliorer la disponibilité de l’électricité et de mettre fin aux fréquentes coupures de courant causées par la demande croissante et le vieillissement des infrastructures, entre autres facteurs.

Dans le cadre de cette marche, le Syndicat national des mineurs (NUM), affilié à IndustriALL Global Union, a présenté un cahier de revendications à la direction d’Eskom. Celles-ci comprennent l’arrêt du dégroupage, la dissolution du Conseil d’administration d’Eskom et la démission immédiate de la direction. Le syndicat souhaite également que les conditions d’emploi des travailleurs et travailleuses soient rétablies et qu’une augmentation de salaire de 15 % soit accordée. En outre, il revendique l’arrêt de ce qu’il appelle la “fermeture prématurée” des centrales électriques au charbon.

En outre, le NUM souhaite que les accords d’achat d’énergie renouvelable soient revus afin d’inclure Eskom parmi les producteurs d’énergie. Actuellement, la fourniture d’énergie renouvelable est assurée par des producteurs indépendants. Le syndicat dit soutenir une politique de mix énergétique qui protège les emplois, met fin à la pauvreté ainsi qu’un terme au “pillage” des ressources de l’État par la corruption. Le NUM exhorte également Eskom à négocier des conditions de paiement abordables avec les communautés de Soweto, à Johannesburg, dont l’alimentation en électricité a été coupée.

William Mabapa, Secrétaire général ff du NUM, a déclaré que le syndicat s’oppose aux plans visant à transformer la compagnie d’électricité en une entité à but lucratif.

“Le NUM est contre la privatisation des entreprises publiques. Notre gouvernement doit faire passer les intérêts du peuple avant ceux des entreprises privées. Eskom est un service public vital et stratégique pour les besoins de développement de l’économie sud-africaine et l’électricité doit être considérée comme un bien public.”

Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, a déclaré :

“La sécurité d’emploi et le maintien des avantages sociaux sont des questions cruciales pour nos affiliés, le NUM et le Syndicat national des métallurgistes d’Afrique du Sud, qui sont présents chez Eskom. En outre, les syndicats revendiquent la protection des intérêts communautaires et sociaux dans le cadre de la Transition juste vers des sources d’énergie renouvelables. Pour protéger ces intérêts, nous demandons à la direction d’Eskom de consulter les syndicats et les communautés concernées avant tout changement.”

Un accord signé lors de la COP26 prévoit que les pays riches financent la décarbonation d’Eskom. Cependant, les syndicats craignent que cet accord ne serve de prétexte à la privatisation et revendiquent que les parties s’en tiennent à la Déclaration sur la Transition juste.

Le Kazakhstan a besoin de syndicats forts

L'issue tragique de ce long conflit du travail est survenue après une inaction des autorités frisant l'escalade intentionnelle et cédant aux pressions de l'employeur.

Depuis, les choses n'ont guère changé au Kazakhstan. Le dialogue social est rarement utilisé pour éviter les conflits sociaux. Cette année, les grèves se sont multipliées dans le secteur pétrolier avec la montée de la tension sociale. Les travailleurs réclament des hausses de salaires et de meilleures conditions de travail.

Le mouvement syndical kazakh subit une forte oppression depuis une dizaine d'années. En 2014 a été adoptée une loi sur les syndicats régressive qui empêche la création de syndicats libres et indépendants. En 2017, les syndicats indépendants ont fait l'objet d'attaques directes. La Confédération des syndicats indépendants du Kazakhstan (KNPRK) a été liquidée et les activités de son dernier affilié restant, le Syndicat des travailleurs de l'industrie du pétrole et de l'énergie, ont été suspendues en février 2021. Les dirigeants syndicaux sont harcelés, intimidés, arrêtés et emprisonnés.

Les actions antisyndicales affaiblissent les syndicats kazakhs, privant de nombreux travailleurs de toute protection.

D'après les chiffres officiels, on a dénombré plus de 60 grandes grèves cette année, la plupart dans le secteur de l'énergie et du pétrole. Toutes ont été déclarées illégales et les grévistes menacés de poursuites pénales.

En juin de cette année, les violations des droits syndicaux au Kazakhstan sont passées sous la loupe de la Commission de l'application des normes de l'OIT pendant la Conférence internationale du travail. Malgré un amendement positif de la législation en 2020, cette commission a noté des restrictions persistantes à la pratique du droit des travailleurs de constituer des organisations de leur choix, contraires à l'exercice de la liberté syndicale.

La commission a prié le gouvernement du Kazakhstan de mettre sa législation nationale en conformité avec la convention 87 de l'OIT, de diligenter des enquêtes approfondies sur la violence à l'encontre des syndicalistes, de mettre fin au harcèlement judiciaire des syndicalistes et dirigeants syndicaux qui exercent des activités syndicales licites et d'abandonner tous les chefs d'accusation injustifiés, notamment l'interdiction de mener des activités syndicales, de résoudre la question de l'enregistrement de la confédération qui a été liquidée et de la suspension de ses affiliés, d'aplanir les obstacles à l'enregistrement des organisations syndicales, et de s'abstenir de toute ingérence dans le fonctionnement des syndicats.

"Le Kazakhstan doit remplir ses obligations internationales et respecter les normes fondamentales du travail et les droits syndicaux. Des syndicats libres et forts, capables de gérer les conflits du travail par un dialogue social digne de ce nom sont la garantie que la tragédie de Janaozen de 2011 ne se répétera pas,"

a déclaré le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan.

La nouvelle équipe dirigeante d’IndustriALL tient sa première réunion du Comité exécutif

Le Président Jörg Hofmann, du syndicat allemand IG Metall, a ouvert la réunion en évoquant les inégalités croissantes dans le monde, mais en soulignant que l’ensemble de notre fédération syndicale internationale constitue une grande force de solidarité. Il a déclaré que le fait que la réunion doive encore se tenir virtuellement, près de deux ans après le début de la pandémie, était le signe de l’échec des politiques mondiales à cet égard.

“Le seul moyen de revenir à la normale est un accès équitable aux vaccins pour tous les habitants de la planète,”

a-t-il ajouté.

Avec la nouvelle équipe dirigeante élue lors du 3e Congrès d’IndustriALL en septembre, le Secrétaire général Atle Høie a expliqué la nouvelle structure de direction et la répartition des responsabilités. L’organisation doit être en ordre de bataille pour mettre l’accent sur la solidarité syndicale mondiale, en garantissant la justice sociale, l’égalité et l’équité, avec un niveau de vie décent pour tous, conformément au nouveau plan d’action.

Le Comité exécutif a débattu des suites données aux résolutions adoptées par le 3e Congrès d’IndustriALL en septembre. La pandémie et la complexité croissante des chaînes d’approvisionnement mondiales ont démontré la nécessité pour les syndicats de présenter un front uni. Le Congrès a adopté une résolution sur la coopération avec d’autres organisations syndicales ; un programme détaillé pour une coopération efficace avec des organisations telles qu’IndustriALL Europe et d’autres fédérations syndicales internationales a été présenté.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint, a informé les participants des mesures prises alors qu’IndustriALL continue de demander des sanctions économiques exhaustives contre la junte militaire du Myanmar. Cet appel a été lancé à l’occasion d’une série de réunions et de communications avec des multinationales des secteurs de l’énergie, de l’acier et de la confection, ainsi que dans le cadre d’initiatives multipartites.

Hashmeya Alsadawe, du Syndicat général des salariés du secteur de l’électricité en Irak et Coprésidente du Comité des femmes, a présenté un rapport de la réunion du Comité qui s’est tenue la semaine dernière. La réduction de l’écart de rémunération entre les sexes figure parmi les priorités, de même que le renforcement du dialogue social et la participation des femmes aux débats sur l’avenir du travail.

Concernant la résolution appelant à la fin des inégalités, du sexisme, de la misogynie et de la violence fondée sur le genre au sein d’IndustriALL, parmi les affiliés et dans le monde du travail, adoptée au Congrès, Christine Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL, a souligné que la violence fondée sur le genre et le harcèlement sexuel continuent d’être une réalité pour de nombreuses travailleuses et que c’est également une réalité au sein de nombreux syndicats.

Lors de la conférence des femmes en 2019, les femmes ont appelé leurs syndicats à être des agents de changement et à lutter contre les stéréotypes qui perpétuent la discrimination sur le lieu de travail et dans la société en général. Christine Olivier a rappelé aux affiliés l’important engagement pris en 2017 de lutter contre la violence sexiste sur les lieux de travail et au niveau des syndicats, appelant le Comité exécutif à prendre cette question au sérieux.

L’inclusion et le renforcement des capacités sont essentiels pour garantir une place aux jeunes travailleurs et travailleuses dans le syndicat. En tant qu’organisation, IndustriALL doit être capable de se renouveler, de construire un deuxième niveau de leadership, ce qui ne peut se faire qu’avec l’inclusion de jeunes travailleurs et travailleuses.

Un débat important a eu lieu sur la manière dont IndustriALL et ses affiliés devraient utiliser le concept des journées d’action mondiales pour attirer l’attention du public sur l’importance de la réduction des inégalités dans le monde. Le Comité exécutif est convenu de charger le Secrétariat d’élaborer un concept de journée d’action mondiale sur les inégalités et de le présenter aux affiliés au cours du premier trimestre de 2022. La réunion du Comité exécutif du 30 juin prochain décidera si cette journée d’action aura lieu ou non.

Les délégués ont exprimé leur confiance dans la nouvelle équipe dirigeante ainsi que dans la capacité pour l’organisation d’affronter ensemble les défis. Les futures réunions du Comité exécutif se tiendront deux fois par an, une fois virtuellement et une fois physiquement, si les conditions de pandémie le permettent.

UPM rompt la négociation collective en Finlande

Selon elle, une convention collective d'entreprise n'a pas d'utilité et le travail continuera sur la base "de la législation du travail, des pratiques d'UPM et des contrats d'emploi individuels".

L'actuelle convention nationale du secteur arrive à expiration à la fin de l'année. En octobre, le groupe des employeurs s'est retiré de la négociation sectorielle nationale, ce qui veut dire que la convention collective nationale devra être remplacée par des accords négociés séparément avec chaque entreprise.

Les syndicats ont négocié, et parfois conclu des accords avec d'autres entreprises du secteur, mais UPM a refusé de s'engager dans des négociations collectives avec les trois syndicats représentant son personnel. Le géant de la sylviculture veut cinq conventions séparées avec différents groupes de travailleurs, et elle refuse de négocier avec les représentants des cols-blancs.

UPM se dit disposée à négocier une convention séparée par secteur d'activité avec des syndicats représentant les cols-bleus, soit les affiliés d'IndustriALL Global Union Teollisuusliitto (syndicat d'industrie) et Paperiliitto (syndicat du papier).

Paperiliitto a annoncé une grève de trois semaines qui démarrera en janvier.

UPM refuse toute négociation avec le syndicat des cols-blancs Proliitto (syndicat professionnel). Dans le but évident de faire vaciller le syndicat, la direction a aussi annulé le prélèvement automatique des cotisations à Proliitto, pourtant en pratique depuis les années 1970.

Le comportement d'UPM en Finlande inquiète, au niveau international, les syndicats qui organisent les usines de l'entreprise, et le syndicat uruguayen du papier FOPCU, également affilié à IndustriALL, a écrit à son P-DG pour exprimer ses préoccupations devant l'abandon par cette entreprise des bonnes pratiques en matière de relations du travail.

Les syndicats finlandais s'inquiètent de ce que l'intransigeance d'UPM, inhabituelle dans un pays réputé pour son harmonie industrielle, puisse constituer un précédent qui menacerait la sécurité du marché du travail.

Le directeur d'IndustriALL en charge du secteur de la pâte et du papier, Tom Grinter, a déclaré à ce propos :

"UPM essaie de diluer la puissance collective des travailleurs en répétant qu'une convention d'entreprise est inutile. Cette entreprise croit qu'elle aura à gagner en divisant les travailleurs, et elle espère que les syndicats vont se concurrencer l'un l'autre.

"Nous sommes ici pour lui dire que ça ne marchera pas; les travailleurs de la pâte et du papier sont unis et condamnent cette tactique malvenue qui sape le travail de qualité obtenu tout au long de l'histoire de l'entreprise.

"Parce qu'elle est la seule entreprise de sylviculture du Pacte mondial des Nations unies, UPM se prétend un leader de la durabilité, mais il ne peut y avoir de durabilité sans que les travailleurs aient des droits, notamment le droit de négocier collectivement."

UPM a démarré sous l'appellation United Paper Mills au début des années 1870.

Photo : UPM

ENQUÊTE : Pourquoi IndustriALL soutient-elle les sanctions au Myanmar ?

ENQUÊTE

Global Worker No. 2 novembre 2021

Pays: Myanmar

Texte: Walton Pantland

Comme suite à cette décision, IndustriALL a écrit aux multinationales ayant des relations d’affaires au Myanmar, notamment les grands acteurs de d’énergie et de la sidérurgie ainsi qu’aux enseignes de mode, pour leur demander d’y cesser leurs activités. Plusieurs ont répondu positivement. IndustriALL a également contacté des initiatives multipartites afin d’obtenir un soutien pour cette campagne.

Pourquoi IndustriALL a-t-elle pris cette décision?

L’appel aux sanctions a été lancé par les syndicats du Myanmar et a été longuement débattu au sein d’IndustriALL et parmi ses affiliés au cours de l’été. Un représentant d’un affilié d’IndustriALL, la Fédération des travailleurs industriels du Myanmar (IWFM), s’est adressé au Congrès pour demander aux délégués de soutenir la campagne en faveur de sanctions économiques exhaustives. IndustriALL fait confiance au jugement des affiliés et des organisations qui composent l’Alliance syndicale du Myanmar, sur la ligne d’action la plus appropriée pour eux-mêmes. Le soutien aux sanctions est une déclaration de solidarité avec un mouvement syndical assiégé qui souffre sous un régime militaire brutal. Les délégués du Congrès ont estimé qu’ils n’avaient pas à critiquer les revendications de syndicats confrontés à une situation extrême.

La quasi-totalité du mouvement syndical du Myanmar, sous l’égide de l’Alliance syndicale du Myanmar, qui comprend la Confédération des syndicats du Myanmar et l’IWFM, participe à la campagne en faveur des sanctions économiques. Les syndicats du Myanmar ont fait preuve de discernement: bien que les sanctions soient douloureuses, les violations des droits de l’homme commises par les militaires sont si extrêmes que la priorité doit être de renverser le régime le plus rapidement possible.

L’appel aux sanctions n’est pas un fait isolé, mais s’inscrit dans une campagne coordonnée visant à isoler la junte militaire, en imposant un embargo sur les armes et en lui refusant toute reconnaissance diplomatique au sein des organes de l’ONU. Les syndicats du Myanmar appellent à la reconnaissance internationale du Gouvernement d’unité nationale (GUN), composé des députés démocratiquement élus qui ont été évincés par le coup d’État. Ils maintiennent toutefois une politique indépendante, fondée sur les revendications des travailleurs. Le GUN s’oppose à des sanctions exhaustives, mais a appelé les citoyens à se joindre à un soulèvement contre le régime. Les syndicats préfèrent la solution non-violente des sanctions, de la pression diplomatique et des actions syndicales.

L’appel aux sanctions a été largement critiqué, tant par ceux qui font l’apologie du régime militaire que par des personnes de bonne foi qui soutiennent la démocratie au Myanmar. La plupart des critiques soulignent que les sanctions entraîneront des pertes d’emplois et nuiront davantage aux travailleurs et travailleuses qui souffrent déjà. Certains affirment également que les travailleurs et travailleuses n’ont pas été suffisammentconsultés avant la décision. Les critiques appuient leur position en trouvant des exemples, généralement anecdotiques, de travailleurs s’opposant aux sanctions et en appelant à un engagement constructif et à des sanctions ciblées contre les seules entreprises ayant des liens avec l’armée.

Le mouvement syndical du Myanmar a répondu aux critiques en soulignant que s’il ne peut prétendre représenter tous les travailleurs du pays, les structures syndicales démocratiques sont plus représentatives que des données anecdotiques. Ils soulignent que la diligence raisonnable et l’engagement constructif sont impossibles en raison de la nature des violations des droits de l’homme. Des propriétaires d’usines ont transmis les coordonnées de membres de syndicats à l’armée. De nombreux syndicalistes ont été arrêtés, certains ont été tués et beaucoup d’autres doivent se cacher. Le régime a lancé une campagne offensive à grande échelle visant à écraser l’opposition, en bombardant récemment une ville de la province de Chin à l’artillerie lourde. Jusqu’à présent, l’armée a tué plus de 1.200 personnes.

Précédent historique

Bien qu’il soit inhabituel pour les syndicats d’appeler à des sanctions économiques contre leur pays et contre leurs employeurs, ce n’est pas sans précédent. Pendant la lutte contre l’apartheid, les syndicats d’Afrique du Sud ont appelé à des sanctions économiques exhaustives contre le pays, à un boycott de tous les produits sud-africains et à un désinvestissement des entreprises étrangères dans le pays. L’appel au boycott et aux sanctions a été controversé à l’époque, tant en Afrique du Sud qu’au niveau international, de nombreuses personnes appelant à un dialogue constructif avec le régime raciste.

Deux facteurs sont importants dans le cas de l’Afrique du Sud: les sanctions n’étaient pas une tactique isolée, mais faisaient partie d’une lutte généralisée contre le régime d’apartheid, et l’appel aux sanctions émanait des travailleurs et travailleuses qui seraient les plus touchés.
L’appel aux sanctions n’a jamais été soutenu universellement par tous les travailleurs, mais lorsque le gouvernement d’apartheid a accru sa brutalité dans les années 1980, assassinant des dirigeants politiques et utilisant l’armée pour maintenir l’ordre dans les quartiers ouvriers, une majorité a fini par soutenir l’idée que “les sanctions font mal, mais l’apartheid tue.

En 1984, les travailleurs syndiqués des supermarchés Dunnes Stores à Dublin, en Irlande, ont refusé la manutention de fruits sud-africains, faisant grève pendant trois ans jusqu’à ce que le gouvernement irlandais interdise les importations sud-africaines. Le soutien aux sanctions s’est accru au sein du mouvement syndical international, ce qui a conduit à l’isolement économique et politique du régime. Les fondements économiques du régime ont été par ailleurs sapés par des vagues d’actions syndicales et de désobéissance civileen Afrique du Sud. En conséquence, l’apartheid est rapidement devenu insoutenable et le régime a été contraint de négocier une transition vers la démocratie.

Les sanctions au Myanmar fonctionnent-elles?

Le coup d’État de février au Myanmar a rencontré beaucoup plus de résistance que la junte militaire ne l’avait prévu. Une résistance généralisée a vule lancement du Mouvement de désobéissance civile, des grèves et le refus de la fonction publique de travailler sous les ordres du régime. Cela a conduit le régime à agir avec une brutalité accrue, en utilisant les forces spéciales militaires, qui sont habituellement déployées pour réprimer les minorités ethniques dans les régions frontalières, contre les gens ordinaires dans les villes.

Malgré cette répression, le régime militaire n’a pas encore été en mesure de consolider son contrôle sur le pays et la résistance reste forte. Pour soutenir cette offensive militaire, le régime doit acheter des armes à des pays dont il est improbable qu’ils lui prolongent indéfiniment leur crédit.

Le Myanmar est actuellement proche de l’effondrement économique. La valeur de la monnaie a chuté de 30 % et l’économie s’est contractée de 18 % depuis le coup d’État. Cette situation risque de s’aggraver à mesure que les entreprises terminent leurs commandes et quittent le pays. Les sanctions rendent les activités du régime beaucoup plus difficiles.La stratégie des partisans des sanctions consiste à priver le régime de toutes ses ressources afin qu’il s’effondre le plus rapidement possible, avant qu’il ne soit en mesure de consolider son pouvoir et de commencer à normaliser ses relations diplomatiques. À moins que le
régime ne trouve de généreux soutiens étrangers, il ne sera pas en mesure de maintenir les niveaux actuels d’oppression