Les salariés de GM en Inde obtiennent des indemnités provisoires dans une affaire de licenciement

En juillet de l’année dernière, GM a licencié illégalement 1.086 salariés de son usine de Talegaon, près de Pune, après que les travailleurs et travailleuses ont refusé d’accepter un plan de départ volontaire et une maigre compensation, fixés unilatéralement par la direction, comme règlement final du litige.

Le Syndicat des salariés de General Motors, qui fait partie de l’organisation Shramik Ekta Mahasangh (SEM), elle-même affiliée à IndustriALL, a déposé une plainte auprès du Tribunal du travail pour licenciement illégal et a contesté le fait que le plan a été imposé aux salariés.

Le 5 janvier, le tribunal a donné raison au syndicat et a ordonné à GM de verser 50 % des salaires aux 1.086 travailleurs et travailleuses illégalement licenciés, à compter du 1er avril et jusqu’à ce que la plainte soit résolue.

Dilip Pawar, Président du syndicat Shramik Ekta Mahasangh, a déclaré :

“La bataille n’est pas encore terminée et nous allons poursuivre ce combat sur le terrain et devant les tribunaux. C’est devenu une tendance des multinationales de fouler aux pieds les droits des travailleurs et travailleuses en Inde. Cette victoire montre que nous nous allons nous battre et c’est dans l’unité que nous sortirons victorieux.”

La direction de GM a cherché des acheteurs pour le terrain de 300 hectares où l’usine était implantée, ainsi que pour les machines. Le Syndicat des salariés de General Motors avait demandé une suspension de la vente des actifs, car cela entraînerait pour les travailleurs et travailleuses des difficultés pour obtenir leur dû. Toutefois, le Tribunal du travail a refusé d’intervenir en la matière, car une affaire connexe est encore pendante devant la Haute Cour.

“IndustriALL se félicite de cette décision de justice. Nous continuerons à soutenir les travailleurs et travailleuses qui luttent contre la violation de leurs droits,”

a indiqué Apoorva Kaiwar, Secrétaire régionale d’IndustriALL.

Les travailleurs de Canada Goose votent leur affiliation à un syndicat

D'après les informations reçues, des problèmes de licenciement et de discipline s'étaient posés et des travailleurs jugeaient la rémunération à la pièce inéquitable. La victoire obtenue par le syndicat le 1er décembre dernier permettra à 1.200 travailleurs du vêtement des deux usines de Canada Goose d'être représentés et de faire entendre leur voix sur le lieu de travail.

"C'est un moment grandiose pour nos travailleurs. Nous travaillons tellement dur pour la réussite de cette entreprise. Maintenant, nous avons le sentiment d'y être réellement entendus et d'avoir une part dans cette réussite,"

dit Alelie Sanvictores, une couturière qui travail là depuis cinq ans et est un des artisans de cet effort syndical.

La campagne de syndicalisation a été menée par un comité aussi nombreux que divers de travailleuses de Canada Goose qui ont passé des heures après leur travail à proposer à leurs collègues de former leur propre section syndicale. Des étudiants, des dirigeants de la communauté et des associations pour les droits des migrants se sont joints à la campagne pour exhorter Canada Goose à respecter le droit des travailleurs de se syndiquer.

"Je tiens à féliciter les travailleurs de Canada Goose pour cette extraordinaire victoire. Je tiens aussi à rendre hommage à l'entreprise. Aucun employeur n'a envie d'un syndicat, mais la direction de Canada Goose est restée neutre et a laissé aux travailleurs le droit de voter démocratiquement,"

a déclaré Richard Minter, le directeur du recrutement international de Workers United.

Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a déclaré pour sa part :

"L'organisation de la chaîne d'approvisionnement de l'habillement est une priorité pour IndustriALL et cette grande victoire syndicale témoigne des efforts incessants de nos affiliés qui luttent pour les droits des travailleurs."

Workers United, qui est affilié au SEIU, compte 10.000 adhérents au Canada; si on ajoute les États-Unis, ce sont plus de 86.000 travailleurs qui sont représentés dans la confection, la blanchisserie, l'alimentation, l'accueil, le non-commerçant, la distribution et les industries manufacturières.

Photo : Canada Goose 2021

Victoire des métallurgistes turcs à l’issue d’une lutte unie

Après avoir démontré leur détermination et leur unité par une série d’actions solidaires, les trois syndicats ont reçu une invitation du MESS à des pourparlers dans la soirée du 11 janvier 2022. Une longue session de négociations s’est conclue sur une note positive aux premières heures du 12 janvier avec la signature d’une convention de deux ans.

Avant le dernier tour de négociations, le MESS a retiré ses revendications de concessions. Selon un communiqué de presse conjoint des trois syndicats, les travailleurs et travailleuses ont obtenu une augmentation moyenne de 65,67 % dans les entreprises représentées par le MESS.

Cela se traduit par une augmentation de 27,44 % pour les six premiers mois de l’accord et de 30 % pour la seconde moitié. Si l’inflation augmente au cours du deuxième semestre, l’écart sera couvert par les employeurs afin que les membres du syndicat reçoivent une augmentation réelle. Au cours des troisième et quatrième semestres, les salaires seront ajustés en fonction du taux d’inflation.

De droite à gauche, les Présidents Adnan Serdaroğlu (Birleşik Metal-İş), Burak Akkol (MESS), Pevrul Kavlak (Türk Metal) et Yunus Değirmenci (Özçelik-İş).

Les travailleurs et travailleuses obtiendront également une augmentation de 35 % des prestations sociales pour la première année de l’accord, tandis que pour la deuxième année, l’augmentation sera basée sur le taux d’inflation.

La Turquie connaît actuellement une crise économique, avec une inflation galopante et une chute de la valeur de la monnaie, ce qui signifie que les augmentations liées à l’inflation sont essentielles pour maintenir le pouvoir d’achat.

“Nous félicitons nos trois affiliés pour leur détermination à atteindre cet important résultat,”

a indiqué Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL.

“Dans les circonstances économiques qui prévalent actuellement en Turquie, les métallurgistes ont montré un excellent exemple de la manière dont travailleurs et travailleuses peuvent et doivent défendre leurs droits. Bravo !

La lutte continue !”

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Accord historique pour les syndicats du Sri Lanka dans la chaîne d’approvisionnement mondiale de l’habillement

Ce protocole d’accord, signé le 23 décembre dernier, prévoit la mise en place d’un mécanisme bipartite de résolution des conflits par les syndicats et le JAAF. Tout grief soulevé par les syndicats sera transmis au comité exécutif de le JAAF et au collectif syndical pour examen. Le JAAF et le syndicat concerné collaboreront alors pour résoudre le problème dans un délai d’un mois, ou prolongeront mutuellement ce délai et demanderont une intervention externe indépendante pour les aider à trouver une solution.

L’accord prévoit également la mise en place de comités de santé bipartites composés d’un nombre égal de travailleurs et d’employeurs dans chaque usine de confection et de vêtements afin d’améliorer la santé et la sécurité, d’atténuer les risques posés par la Covid-19 et de garantir le respect des directives émises par le Ministère de la Santé concernant les lieux de travail.

“Cet accord avec le JAAF est une reconnaissance que les syndicats font partie intégrante de l’industrie de la confection. Nous travaillerons ensemble pour veiller à ce que l’accord soit mis en œuvre et que les travailleurs et travailleuses en bénéficient,”

a indiqué Palitha Atukorale, Secrétaire général du NUMMS.

Les syndicats et le JAAF ont signé un deuxième accord garantissant que les travailleurs et travailleuses recevront 50 % de leur salaire mensuel ou 14.500 roupies (71 dollars), le montant le plus élevé étant retenu, en cas d’absence pour cause de Covid-19.

“Nous saluons cet accord historique qui promeut le droit des travailleurs et travailleuses à la liberté syndicale et garantit la santé et la sécurité dans la chaîne d’approvisionnement mondiale de l’habillement. L’accord ouvre la voie à une collaboration entre syndicats et employeurs pour atténuer les répercutions de la Covid-19 sur les travailleurs et travailleuses, ainsi qu’à des comités permanents de santé et sécurité dans les entreprises sri-lankaises,”

a déclaré Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

Photo : ©OIT/M. Crozet

Le Kazakhstan doit respecter la démocratie et les droits fondamentaux

Le Kazakhstan est connu pour ses violations systématiques des droits essentiels des personnes et des travailleurs, ainsi que pour une absence généralisée de démocratie. Le dialogue social est pratiquement non existant et, plutôt que de se doter d'une législation sur le règlement des conflits, du travail notamment, les autorités appliquent une loi régressive de 2014.

Dans les faits, cette loi élimine les syndicats libres et indépendants. En juin 2021, la Commission de l'application des normes de l'OIT a examiné pour la cinquième fois les violations des droits syndicaux au Kazakhstan lors de la Conférence internationale du travail.

La loi kazakhe sur les syndicats empêche toute résolution rapide et efficace des problèmes sur le lieu de travail. Les autorités ont dissous les syndicats indépendants avec pour conséquence que les protestations des travailleurs se font maintenant de manière spontanée.

Trois dirigeants du Syndicat du pétrole et de l'énergie du Kazakhstan, Kuspan Kosshygulov, Takhir Erdanov et Amin Eleusinov, étaient portés disparus depuis leur participation à des actions de protestation à Aktau, le 6 janvier. Ils ont été remis en liberté après une intervention d'urgence d'IndustriALL et de la CSI.

Afin d'obtenir le respect des droits de l'homme et des travailleurs et le dialogue social et la démocratie, IndustriALL Global Union exhorte une fois de plus le Kazakhstan à :

Des enseignements sont à tirer de ces protestations de masse. Ce sont les politiques, et non des forces extérieures, qui sont à l'origine des conflits sociaux et du travail, réprimés durement par la police et les forces de sécurité. La conclusion qui s'impose est que le dialogue avec les parties concernées,  l'attachement à l'ouverture et aux valeurs démocratiques, le dialogue social avec les travailleurs représentés par les syndicats sont nécessaires pour construire une société durable au Kazakhstan.

De nouveaux régimes de travail, une grande victoire pour les mineurs mongols

“Nous nous félicitons de la révision du code du travail, qui garantit le travail en équipe 14-14 pour les mineurs. Je demande instamment aux sociétés minières de se conformer au nouveau code du travail et de ne pas diminuer les salaires. Le gouvernement doit s’assurer de sa bonne application en effectuant des inspections régulières,”

a déclaré Khuyag Buyanjargal, Président de la MEGM et Secrétaire général de la Confédération des syndicats de Mongolie (CMTU).

Le gouvernement avait initialement proposé 20 jours de travail et 10 jours de congé pour les mineurs travaillant par roulement sur des sites miniers éloignés.

Mais avec l’augmentation des accidents miniers en 2018 et 2019, la MEGM a soumis une pétition, signée par 3.400 mineurs, appelant le gouvernement à modifier les régimes de travail à 14-14. Le syndicat a fait valoir que l’allongement des journées de travail priverait les mineurs de temps de repos et compromettrait la sécurité dans les mines.

La MEGM a également mis en garde le gouvernement contre les problèmes sociaux découlant de l’allongement des horaires de travail, comme l’augmentation des taux de divorce et de suicide.

En plus de la modification des tableaux de service, une nouvelle disposition donnant aux travailleurs et travailleuses le droit de refuser un travail dangereux a été insérée. Les travailleurs et travailleuses ne doivent pas retourner au travail tant que les employeurs n’ont pas éliminé les éléments dangereux.

“Il s’agit d’une victoire importante pour la protection de la sécurité et de la santé des mineurs et cela montre le rôle important des syndicats dans l’élaboration d’une politique industrielle durable et d’emplois décents,”

a indiqué Glen Mpufane, Directeur d’IndustriALL pour l’industrie minière.

Une entreprise comptant 20 travailleurs ou plus doit mettre en place une commission de résolution des conflits du travail, composée de représentants de l’employeur et du syndicat.

Si une telle commission n’est pas mise en place, les travailleurs et travailleuses peuvent soumettre le différend à un comité tripartite local de règlement des conflits du travail. Si aucun consensus n’est atteint, une plainte peut être déposée auprès du tribunal civil.

Les métallos turcs en lutte pour une convention équitable

Les affiliés d'IndustriALL Türk Metal, Birleşik Metal-İş et Özçelik-İş ont adressé à la MESS un cahier de revendications pour une amélioration des conditions de travail et des hausses de salaires afin de compenser la forte baisse du pouvoir d'achat en Turquie.

L'inflation des prix à la consommation a fait un bond en avant en Turquie. D'après les chiffres officiels de l'Office turc de statistique (TUIK), l'inflation a atteint 36 pour cent en 2021, et 13,6 pour cent pour le seul mois de décembre. Or, l'organisme indépendant ENAGrup affirme pour sa part que l'inflation annuelle a dépassé les 80 pour cent.

La crise de l'économie turque a entraîné des fluctuations de la devise et des hausses de prix qui ont plongé les travailleurs dans une situation difficile. Ils ressentent durement le renchérissement des denrées alimentaires et autres produits de consommation courante.

Türk Metal réclame une hausse de 29,57 pour cent pour ses 129.000 adhérents, tandis que Birleşik Metal-İş demande 30,89 pour cent pour ses adhérents qui sont plus de 11.000. Les syndicats veulent aussi des hausses des prestations et de meilleurs horaires de travail, soins de santé et primes d'heures supplémentaires.

Dans un premier temps, les employeurs ont proposé 12 pour cent pour les six premiers mois, une offre qu'ils ont ensuite revue à 17 pour cent puis portée à 21 pour cent lors du dernier cycle, le 5 janvier 2022. Türk Metal et Birleşik Metal-İş ont rejeté les dernières offres de la MESS.

Birleşik Metal-İş se prépare à la grève à la suite du désaccord avec la MESS (sur le site de DEMİSAŞ) 

Les deux syndicats ont commencé à mobiliser leurs membres avec des actions d'avertissement. Türk Metal et Birleşik Metal-İş ont organisé des rassemblements de masse dans les villes comptant des usines, ainsi que des arrêts de travail sur des sites de production. Les revendications des métallos jouissent d'un large soutien dans la communauté.

Pour les syndicats, le problème de la pénurie mondiale de semi-conducteurs, qui met de nombreuses industries en difficulté, ne peut servir d'excuse aux employeurs pour refuser les augmentations de salaires. 

Après la réunion de son comité exécutif du 24 décembre, Türk Metal a annoncé sa décision d'entrer en grève dans les 60 jours sur tous les sites où il est représenté. Birleşik Metal-İş a annoncé une action de grève dans quatre usines à dater du 14 janvier et une autre dans six usines à partir du 18.

Manifestation de masse organisée par Türk Metal à Kocaeli le 2 janvier 2022

Türk Metal a organisé un grand rassemblement de 100.000 personnes dans la ville de Kocaeli, tandis que Birleşik Metal-İş a intensifié sa campagne d'arrêts de travail et d'actions de protestation sur plusieurs sites.

Kemal Özkan à la manifestation de masse de Türk Metal, le 2 janvier 2022 à Kocaeli

Le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Global Union Kemal Özkan a déclaré :

"Nous appuyons sans réserve les revendications de nos affiliés représentant des milliers de métallos. Les demandes de hausses salariales des travailleurs sont totalement justifiées, surtout avec l'inflation galopante et la situation économique difficile que connaît la Turquie."

"Nous continuerons à mobiliser notre famille syndicale mondiale en apportant notre solidarité aux camarades turcs."

"Le combat continue en Turquie et partout dans le monde."

DOSSIER : Ce qui s'est passé à la COP26 et ce que cela signifie pour le monde du travail

DOSSIER

Global Worker No. 2 novembre 2021

Theme: COP 26, Just transition

Texte: Walton Pantland

Qu'est-ce que la COP26 ?

La COP26 est la 26e Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Les parties sont les 197 pays signataires de la CCNUCC. Elles travaillent ensemble sur un accord mondial et multilatéral pour lutter contre le changement climatique.

La première réunion de la CCNUCC, le Sommet de la Terre de Rio, s'est tenue à Rio de Janeiro, au Brésil, en 1992, tandis que la première COP, l'organe directeur de la CCNUCC, a eu lieu à Berlin en 1995. La COP3, à Kyoto, a débouché sur le premier traité mondial sur le climat visant à tenter de limiter le réchauffement, le Protocole de Kyoto. Le Pacte climatique de Glasgow est la dernière mouture de ce traité.

Le fonctionnement de la CCNUCC a fait l'objet de nombreuses critiques. L'un des principaux problèmes est que chaque partie reconnaît que quelque chose doit être fait, et souhaite que tous les autres prennent des mesures, tout en trouvant des exceptions pour elle-même. Il en résulte une sous-déclaration systématique des émissions de carbone, un blanchiment écologique et l'exemption de secteurs entiers, par exemple l'armée.

La plupart des gouvernements espèrent encore des solutions venant du privé, guidées par le marché, ce qui fait que l'on se repose exagérément sur le potentiel de technologies qui restent théoriques et que les gouvernements n'agissent pas assez.

Pourquoi la COP26 était-elle importante ?

La COP26 a été présentée comme notre dernière et meilleure chance de limiter le réchauffement climatique à des niveaux tolérables. La COP21, qui s'est tenue à Paris en 2015, a été une étape importante, car elle a débouché sur l'Accord de Paris, un engagement mondial à limiter le réchauffement à un niveau nettement inférieur à 2 degrés. La COP26 était importante car elle a finalisé les règles régissant l'Accord de Paris, le “règlement de Paris” (Paris rulebook), et parce que les pays devaient définir leurs Contributions déterminées au niveau national (CDN) pour réduire les émissions.

La COP26 a-t-elle été un échec ?

De nombreux militants écologistes, dont Greta Thunberg, ont qualifié la COP26 d'échec. Le Pacte climatique de Glasgow manque d'ambition et les CDN des parties ne sont pas suffisantes pour limiter le réchauffement climatique. Mais ce n'est pas tout et les syndicats font preuve à cet égard d'un optimisme prudent : par rapport à la situation d'il y a un an, lorsque Trump était encore à la Maison Blanche, des progrès significatifs ont été réalisés. Un champ du possible pour empêcher un changement climatique désastreux reste ouvert, la dynamique est en marche et des engagements ont été pris pour financer une transition.
Il est essentiel de souligner que les négociations ne sont pas terminées : une pression supplémentaire sera exercée sur les pays pour qu'ils redéfinissent les CDN lors de la COP27 à Sharm el Sheikh l'année prochaine et chaque année par la suite. La société civile, dont font partie les syndicats, devra profiter de l'année prochaine pour pousser les gouvernements aussi loin que possible.

En dehors des engagements pris lors de la COP26, on observe un élan croissant au niveau mondial, y compris de la part du secteur privé et des collectivités locales, en faveur de l'objectif zéro émission. La technologie a progressé et est devenue plus abordable, ce qui signifie que le rythme de la transition augmente rapidement.

Quelles sont les conséquences probables de la COP26 pour les syndicats ?

La COP26 nous lègue un environnement politique sensiblement différent de celui dans lequel nous étions après la COP25. Voici ce à quoi les syndicats doivent s'attendre à être confrontés :

La fin du charbon

Le rôle joué par le charbon dans le bouquet énergétique a été l'un des sujets les plus vivement débattus lors de la COP26. Les centrales électriques au charbon contribuent de manière significative au réchauffement de la planète et pourtant, de nombreux pays sont dépendants du charbon pour leurs besoins énergétiques. La formulation initiale de l'accord, qui visait à “éliminer” le charbon, a été adoucie à la suite des pressions exercées par la Chine et l'Inde en faveur d'une “réduction progressive”. Néanmoins, l'intention est claire : les parties conviennent qu'il n'y a pas d'avenir à long terme pour le charbon et il y aura une pression croissante au niveau mondial pour fermer les charbonnages. Pour les syndicats, se battre pour maintenir ouvertes les mines de charbon et les centrales électriques au charbon, c'est lutter contre le courant de l'histoire. Les syndicats au Royaume-Uni, en Espagne et ailleurs ont réussi à obtenir des reconversions et des redéploiements. Nous devons nous battre pour que cela devienne la norme.

Un engagement en faveur de la Transition juste

L'un des principaux slogans des syndicats lors de cette COP était “Rien de ce qui nous concerne ne peut se faire sans nous.” Les syndicats ont réussi à promouvoir le principe de la Transition juste à tous les niveaux. L'un des résultats importants de cette conférence est le renforcement de l'engagement en faveur de la transition juste, qui figure désormais dans le règlement de Paris. La Déclaration de Transition juste annoncée par les pays riches crée un précédent important, à savoir que la transition vers la durabilité doit se faire en consultation avec les personnes les plus touchées.

Les syndicats peuvent dès maintenant utiliser les formulations concernant la Transition Juste contenues dans les accords de la COP pour revendiquer un dialogue social au niveau national. Les Fédérations syndicales internationales peuvent également revendiquer un dialogue social avec les entreprises multinationales sur des plans de transition.

Le retour des gouvernements

Depuis la fin des années 1970, une grande partie du monde s'est détournée de formes de développement dirigées par les États pour se tourner vers la déréglementation, la privatisation, la désindustrialisation et le développement dirigé par le marché. Cette évolution, à laquelle les syndicats ont opposé une forte résistance, a entraîné une augmentation des inégalités et provoqué des crises comme le krach financier de 2008. La Covid-19 est parvenu à forcer les gouvernements qui étaient totalement engagés idéologiquement dans l'austérité à engager des dépenses publiques sans précédent, car il est rapidement devenu évident qu'il n'y avait pas de solution à la pandémie émanant du marché.
    
Ce niveau sans précédent d'intervention et de financement de l'État sera probablement maintenu lorsque les gouvernements s'attaqueront au changement climatique. Malgré les sommes considérables qui seront investies, il sera toujours nettement moins coûteux de prévenir les catastrophes climatiques que de faire face à leurs conséquences.

Il est également probable qu'il y ait un effet multiplicateur : lorsque les États investissent, le secteur privé a tendance à suivre. Pour la première fois dans l'histoire du monde, les investissements seront coordonnés au niveau mondial, ce qui permettra de réaliser des économies d'échelle.

Financement de la décarbonation des pays du Sud

Les pays riches se sont engagés à Paris à fournir 100 milliards de dollars par an aux pays du Sud pour atténuer les effets du changement climatique et les aider à décarboner leurs économies. Jusqu'à présent, ils n'ont pas honoré cette promesse. Malgré cela, d'importantes sommes d'argent, des subventions et non des prêts, ont commencé à être versées aux pays les plus pauvres.

Les 8,5 milliards de dollars affectés à la décarbonation d'Eskom, la compagnie d'électricité parapublique sud-africaine qui utilise du charbon, constituent un précédent important. Les pays financeurs se sont engagés en faveur de la Transition juste, et le processus sera géré par le dialogue social au travers de la structure tripartite Nedlac. Les syndicats sud-africains ont des craintes justifiées au sujet de la corruption, de l'écoblanchiment, de la privatisation et d'un certain nombre d'autres problèmes, mais si l'accord s'exécute comme prévu, il pourrait conduire à la création d'emplois propres et de qualité, à un transfert de compétences et de technologies ainsi qu’à une réduction significative des émissions. Le succès de l'Afrique du Sud se traduirait également par une augmentation des financements dans d'autres pays, notamment ceux qui, comme l'Inde, sont fortement dépendants du charbon.

Les pactes verts dans les pays du Nord

Les pays riches s'engageront à consacrer des sommes considérables à la construction d'infrastructures vertes. Le Pacte vert pour l'Europe, par exemple, fournira 100 milliards d'euros d'ici à 2030 pour financer une reprise verte après la pandémie de Covid. Cela comprendra de nouvelles infrastructures de transport, la rénovation de maisons et de bâtiments, la production d'énergie verte, etc. La Commission européenne prévoit que cela créera des centaines de milliers d'emplois.

De même, aux États-Unis, le projet de loi sur les infrastructures de 1.000 milliards de dollars, du Président Biden fera la part belle aux infrastructures vertes. D'autres pays de l'OCDE prévoient des niveaux d'investissement similaires.

Comment les syndicats doivent-ils réagir ?

“Si vous avez aimé Covid, vous allez adorer le changement climatique !”

La crise du Covid a été une répétition générale du changement climatique. Il a fallu des actions gouvernementales, un financement et une coordination mondiale sans précédent pour supprimer la pandémie et sauver des vies. Nous devrons poursuivre cette méthode de travail pour faire face au changement climatique.

Revendiquer le dialogue social et lutter pour une Transition juste

Nous devons préparer nos membres aux changements qui s'annoncent. Il est facile de critiquer nos gouvernements pour ne pas avoir pris les mesures nécessaires, mais ceux d'entre nous qui font partie du mouvement syndical sont également coupables d'ignorer la crise climatique et de la laisser de côté. Les emplois dans le secteur des combustibles fossiles sont bien rémunérés et constituent des bastions pour les syndicats, ce qui nous amène à donner la priorité à la protection de ces emplois. Il existe désormais un engagement mondial en faveur de la transition vers l'abandon des combustibles fossiles. Dans certains pays, les syndicats ont une grande expérience de la lutte et de la victoire pour la Transition juste. Nous devons continuer à apprendre des meilleurs exemples.

La Directrice de l'énergie d'IndustriALL et déléguée à la COP26, Diana Junquera Curiel, confie :

“ Il vaut mieux concevoir son avenir que de se le voir imposer.

Plutôt que de faire croire à nos membres que nous pouvons défendre ces emplois indéfiniment, nous devons être honnêtes avec eux et les aider à préparer l'avenir. Notre tâche urgente est de développer des cadres concrets pour la Transition juste que nous pouvons mettre en œuvre par le biais du dialogue social.”

La Transition juste est incluse dans le Règlement de Paris. Mais pour de nombreux gouvernements, le dialogue social autour de la politique économique ne sera pas naturel. Il appartient aux syndicats de revendiquer un siège à la table lorsque les pays affinent leurs CDN et planifient la transition. Si nous le faisons efficacement, nous pouvons créer un précédent dans d'autres domaines de l'économie, en créant des structures tripartites et des négociations sectorielles.

Changer de discours

Les travailleurs et leurs syndicats se méfient, à juste titre, des grandes déclarations en vertu desquelles une glorieuse Transition juste conduirait à une utopie écologiste où règneraient les emplois syndiqués, propres et de qualité. Chaque changement majeur de l'économie mondiale dans l'histoire a eu un coût pour les travailleurs : du développement des machines textiles, qui ont remplacé les tisserands au début du 19ème siècle, à la mondialisation des années 1990 qui a conduit à l'externalisation et à des pertes d'emplois à grande échelle.

Pourquoi devrions-nous croire que ce sera différent cette fois-ci ?

Ce ne sera pas différent si nous laissons faire les politiciens. Mais cela peut être différent si nous nous impliquons dans la conduite de la transition. Nous sommes confrontés à un changement sans précédent dans l'économie mondiale : la fin de l'ère des combustibles fossiles et le début d'une nouvelle ère qui reste à définir. Contrairement aux changements précédents, il s'agit d'un processus géré, dans lequel les syndicats ont la possibilité d'influencer les politiques.

Les gouvernements du monde entier vont dépenser des sommes d'argent sans précédent. C'est à nous de veiller à ce que ces dépenses génèrent des emplois de qualité pour nos membres et que nous construisions un monde meilleur par la même occasion.

L’absence de sécurité fait de nouveaux morts dans les mines de jade du Myanmar

Le glissement de terrain s’est produit lors des fortes pluies de la mousson. Soixante-dix mineurs ont été emportés dans un grand bassin de rétention. Jusqu’à présent, les sauveteurs ont retrouvé les corps de trois mineurs.

En 2020, plus de 160 travailleurs ont été tués dans un autre glissement de terrain au sein d’une mine de jade à Hpakant. Les études montrent que les glissements de terrain ont été principalement causés par des pratiques dangereuses mises en œuvre par les sociétés minières.

Un rapport de Global Witness rend compte du fait que la suspension du permis d’exploitation des mines de jade en 2016 par le gouvernement de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) n’avait pas permis de résoudre les principaux problèmes tels que la domination des entreprises liées à l’armée dans le secteur, la corruption à plusieurs niveaux et les conflits armés dans la région.

Compte tenu de la suspension de la délivrance de licences et de l’expiration de celles existantes en mars 2021, les sociétés minières ont abandonné la pratique consistant à transporter les déchets miniers vers les sites de décharge désignés par l’autorité.

Au lieu de cela, les entreprises ont commencé à déverser leurs déchets sur site. En conséquence, les pentes des mines sont devenues instables et de grands bassins de résidus se sont formés.

Des collecteurs de jade artisanaux, fréquentes victimes de glissements de terrain sur les sites miniers, recherchent jour et nuit des pierres de jade dans les bassins de résidus. Le nombre de collecteurs de jade, pour la plupart des migrants d’autres États, a doublé au cours des cinq dernières années avec la situation incertaine qui a suivi l’expiration des permis d’exploitation minière.

Le rapport de Global Witness met également en lumière les flux financiers du secteur des mines de jade vers la junte du Myanmar.

En 2016, la société Myanma Economic Holdings Limited, détenue par des militaires, contrôlait 600 licences d’exploitation de jade par le biais de filiales. Ces sociétés sont liées à des dirigeants de la junte comme Than Shwe, Ohn Myint, Aung Thaung et Maung Maung Thein.

L’actuel Conseiller d’État, Min Aung Hlaing, qui a pris le pouvoir lors du coup d’État de février, a reçu un versement de dividendes de 250.000 dollars en 2010-2011. Son fils Aung Pyae Sone aurait profité de l’exploitation minière illégale et de l’importation de dynamite dans la région de Hpakant.

Kemal Özkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

“Le cercle vicieux d’une exploitation minière dangereuse doit prendre fin et la vie des travailleurs et travailleuses doit être protégée. De saines pratiques de sécurité doivent être imposées. Cependant, cela ne peut se faire sous le joug d’un régime militaire qui tire parti des pratiques dangereuses actuelles. Le Gouvernement d’unité nationale doit devenir le gouvernement légitime du Myanmar afin de poursuivre les réformes mises en place par le gouvernement de la LND en 2016.

Il sera crucial pour un gouvernement démocratiquement élu de démilitariser l’industrie des mines de jade, de mettre en place une norme de sécurité industrielle solide et d’éliminer la corruption à tous les niveaux.”

Illustration : glissement de terrain dans une mine de jade du Myanmar en 2015.

Inde : Les travailleuses d'une usine Foxconn protestent

L'usine emploie quelque 16.000 travailleuses, dont 80 pour cent âgées de 18 à 23 ans. La plupart sont des migrantes embauchées par l'intermédiaire de sous-traitants ou d'agences, sans contrats, documents d'identité ou toute trace prouvant qu'elles sont employées par Foxconn. Elles sont mal payées, n'ont pas de protection sociale et ne peuvent pas se syndiquer ni négocier collectivement.

Elles doivent loger dans des foyers qu'elles disent surpeuplés et dépourvus de sanitaires. Elles sont 20 à 40 dans des chambres prévues pour n'en recevoir que 10 au plus et insuffisamment aérées. Elles n'ont pas accès à des aliments sains et de qualité. Elles ne peuvent s'absenter qu'en cas d'urgence et leurs salaires sont réduits d'autant.

Ces travailleuses contractuelles ne peuvent pas utiliser leur téléphone portable à l'intérieur de l'usine et leurs déplacements sont limités. Pour les syndicats, elles sont dans une situation de travail servile.

Au cours de la troisième semaine de décembre, des centaines de travailleuses ont été intoxiquées dans le dortoir IMA de l'entreprise qui en héberge plus de 2.000. Lorsque leurs collègues se sont enquises de leur santé, la direction, le foyer et le sous-traitant ont refusé de répondre, ce qui a déclenché le mouvement de protestation.

Le 17 décembre, des travailleuses ont manifesté à proximité de l'usine par un "sit-in" spontané qui a bloqué l'autoroute Chennaï-Bangalore. L'action s'est étendue à d'autres endroits le long de l'autoroute.

Les travailleuses exigeaient que les autorités donnent tous les détails sur les travailleuses malades et sur leur état de santé, qu'elles prennent des mesures contre le sous-traitant et le gestionnaire du foyer, assurent de meilleures infrastructures et améliorent leurs conditions de travail et d'existence. Elles exigeaient aussi que Foxconn assume ses responsabilités quant à la sécurité et au bien-être des travailleuses.

"Des travailleuses sont mises à la porte ne fût-ce que pour une petite erreur et elles subissent des abus. Nous sommes toutes instruites et beaucoup sont diplômées mais doivent accepter un travail temporaire et mal payé."

Même les assurances données par le ministre du Bien-être, des hauts responsables de l'État et l'administration du district n'ont pas convaincu les travailleuses.

Au bout de plus de 16 heures de protestations, la police a dispersé les travailleuses aux abords de l'usine de Sunguvarchatram. À Oragadam, une zone industrielle proche, elle a procédé à des arrestations. Une vingtaine de militantes ont été placées en garde à vue le soir même et 67 ont été remises en liberté le lendemain.

"Les protestations des jeunes femmes de cette usine sont la conséquence des conditions de travail absolument inhumaines à l'usine Foxconn et des conditions de vie dans les dortoirs. Il est impérieux que les syndicats aient accès à ces jeunes travailleuses pour pouvoir les syndiquer et améliorer leurs conditions de travail et d'existence,"

a déclaré Apoorva Kaiwar, la secrétaire régionale d'IndustriALL Global Union.