Victoire syndicale : hausse du salaire minimum à Djakarta

En décembre, la Confédération indonésienne des syndicats (KSPI) a organisé une manifestation nationale pour rejeter la proposition de l'Association indonésienne des employeurs (APINDO) d'augmenter le salaire minimum provincial de 0,8 pour cent et celle du gouvernement central de 1,09 pour cent.

Après de nombreuses protestations des syndicats, le gouverneur de Djakarta, Anies Baswedan, a annoncé une hausse de 5,1 pour cent du salaire minimum pour 2022 à Djakarta, représentant 4,64 millions de roupies (323 $). 

Anies Baswedan juge cette augmentation raisonnable car la précédente, avant la pandémie, était de 8 pour cent et supportable par les employeurs. Il estime que le gouvernement de Djakarta doit être juste pour les travailleurs et tonifier leur pouvoir d'achat.

"Nous louons la décision du gouverneur et exhortons les associations d'employeurs à accepter cette hausse de bon cœur. Ces 5,1 pour cent profitera aux chefs d'entreprises comme aux travailleurs car elle augmentera le pouvoir d'achat de la population,"

a déclaré le président de la KSPI, Saïd Iqbal, qui préside aussi l'assemblée nationale de la Fédération des syndicats indonésiens des travailleurs de la métallurgie (FSPMI).

La KSPI dit que la prérogative du gouvernement central à fixer le salaire minimum provincial a été réduite par un arrêt de la Cour constitutionnelle qui a déclaré la loi sur la création d'emplois inconstitutionnelle.

L'APINDO a déposé un recours contre la décision du gouverneur de Djakarta. Or, avec le système décentralisé de fixation des salaires en vigueur en Indonésie, les employeurs sont tenus légalement d'accepter le nouveau salaire minimum fixé par le maire.

"Nous félicitons la KSPI et notre affiliée FSPMI pour cette grande victoire. Le gouvernement et les employeurs indonésiens devraient cesser de prendre le COVID-19 comme excuse pour supprimer le salaire minimum en pleine reprise économique. La Banque mondiale prévoit une augmentation du PIB de 5,2 pour cent pour l'Indonésie en 2022,"

a déclaré Shinya Iwaï, le secrétaire régional d'IndustriALL pour l'Asie du Sud-est.

Actuellement, les affiliés de la KSPI et la FSPMI d'autres provinces remettent des propositions de 5,1 pour cent de hausse du salaire minimum aux gouverneurs concernés.

Grève de Teamsters aux Etats-Unis pour leur convention

Les grévistes sont employés par six entreprises différentes dans la région de Seattle, aux États-Unis. Deux de ces six entreprises sont des filiales de Heidelberg Cement, à savoir Cadman et Lehigh Cement. Les membres de la Section locale 174 fonctionnent en vertu de sept conventions négociées simultanément, l’expiration la plus récente ayant eu lieu en juillet dernier.

Les membres de la Section locale 174 des Teamsters revendiquent un accord qui a déjà été acquis auprès de toutes les autres entreprises de construction de la région.

Les négociations attendues ont débuté il y a six mois, mais elles ont rapidement échoué en raison de l’immobilisme de l’employeur et de son incapacité à négocier de bonne foi.

L’offre des employeurs était non seulement inférieure aux augmentations salariales prévues dans d’autres conventions du secteur de la construction récemment négociées par les syndicats, mais, plus insultant encore, elle ne prévoyait pas de couverture médicale complète pour ce groupe de 300 travailleurs qui a été sur la brêche sans relâche tout au long de la pandémie de COVID-19.

Selon le syndicat, sa proposition permettrait aux membres retraités d’économiser près de 6.000 dollars par an en primes et ne coûterait rien aux entreprises, puisque les membres de la section 174 se sont engagés à couvrir toute augmentation des coûts que l’entreprise pourrait subir à cet égard.

“Les moyens de subsistance de milliers de travailleurs sont en jeu. Cette grève a jusqu’à présent coûté la vie à deux de nos membres. L’assurance maladie de centaines de nos membres et de leurs familles sera prescrite à la fin du mois. À combien doit s’élever le coût de cette grève avant que les entreprises ne commencent à prendre la situation au sérieux ?” s’interroge Rick Hicks, Secrétaire-trésorier de la Section 174 des Teamsters.

Après l’échec de la dernière médiation, les travailleurs n’ont eu d’autre choix que de poursuivre la grève, qui dure depuis plus de deux mois à ce jour.

Fondée en 1909, la section 174 des Teamsters représente 8.600 travailleurs et travailleuses de Seattle et de ses environs.

Alexander Ivanou, Responsable d’IndustriALL pour les industries des matériaux, a déclaré :

“Nous sommes choqués par l’arrogance des employeurs qui esquivent des négociations de bonne foi avec le syndicat, les obligeant à recourir aux actions de grève pour faire entendre leur voix. Nous exprimons notre indéfectible solidarité avec tous les membres de la Section 174 des Teamsters. La vérité est du côté des travailleurs et nous continuerons à les soutenir dans leur lutte pour la justice.”

Dans les usines du Myanmar, les travailleurs font face à une situation difficile

Pour Thurein Aung, travailleur de l’habillement et militant syndical, sa sécurité lors de son trajet d’une heure à moto pour se rendre au travail à Yangon dépend en grande partie des affrontements qui ont eu lieu les jours précédents. Lorsque le conflit entre la junte militaire et les forces de résistance populaires du Myanmar (regroupées sous la bannière des People’s Defense Forces, PDF, dans les principales villes du pays) se rapproche des zones industrielles, on ne tarde pas à voir s’ériger des postes de contrôle militaires tout le long des principaux axes routiers.

« Aujourd’hui, les PDF ont lancé une offensive contre les militaires, ce qui signifie que les postes de contrôle se multiplieront »,

explique-t-il à Equal Times. Cette situation a un impact considérable sur la sécurité personnelle, en particulier pour les nombreux travailleurs qui utilisent des motos personnelles ou familiales pour éviter d’avoir à emprunter les réseaux de transport public formels et informels, dont la fiabilité n’est pas toujours optimale.

« Comme ma moto m’avait déjà été confisquée auparavant, j’ai dû leur payer 10.000 kyats (environ 5,60 USD, soit trois fois le salaire journalier moyen) »,

confie-t-il. Des cas d’agressions sexuelles et d’arrestations aux points de contrôle ont également été signalés. Dans les zones industrielles situées aux abords de Yangon, la principale ville et le plus grand pôle industriel du Myanmar, tel est le lot quotidien des travailleurs qui doivent gagner leur vie.

Cela fait près d’un an que les forces militaires du Myanmar (qui répondent au nom officiel de « Tatmadaw ») ont arrêté des députés du parlement national, ainsi que la conseillère d’État Aung San Suu Kyi, avant de renverser le gouvernement civil démocratiquement élu de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), le 1er février 2021. Les militants syndicaux ont été parmi les premiers à organiser des manifestations à grande échelle contre le coup d’État, ainsi qu’une grève générale le 22 février, qui ont contribué à la mise en place d’un mouvement de désobéissance civile (CDM) non violent à l’échelle nationale pour soutenir le gouvernement d’unité nationale (NUG) en exil, et marquer leur opposition à la junte militaire. La réponse de la Tatmadaw a été impitoyable.

À l’heure de publier ces lignes, plus de 1.400 personnes avaient été tuées, et plus de 11.500 arrêtées. Le 7 septembre, le NUG a déclaré une « guerre défensive du peuple » contre le régime militaire ; les affrontements qui ont suivi ont été parmi les pires de ces dernières décennies.

Dans un tel contexte, le militantisme des syndicalistes se paie au prix fort. Outre le fait que le gouvernement a déclaré illégale la Myanmar Labour Alliance (alliance de 16 syndicats mise sur pied en réaction au coup d’État), les travailleurs d’usine – environ 10 % des travailleurs au Myanmar sont employés dans l’industrie manufacturière, un secteur d’une importance économique capitale – se voient acculés de toutes parts : menaces de violence militaire, assassinats ciblés de militants, répression antisyndicale de la part de propriétaires d’usines proches de la junte, suppressions massives d’emplois liées à la pandémie de Covid-19 et aggravées par le coup d’État, hausse des prix des produits de base parallèlement à une forte baisse du cours du kyat, outre la baisse de la valeur des salaires déjà faibles, qui oscillent actuellement entre le minimum quotidien de 4.800 kyats (environ 2,70 USD) et moins de 3.600 kyats (environ 2 USD). Pendant ce temps, des propriétaires d’usines sans scrupules tirent profit d’une main-d’œuvre réduite à la dernière extrémité.

Des avancées historiques perdues et des syndicalistes traqués

Dans la foulée du coup d’État, les syndicats de divers secteurs ont organisé leurs membres et les travailleurs non syndiqués pour qu’ils descendent dans la rue et participent aux manifestations contre la junte. Les travailleurs étaient également encouragés à manifester leur opposition au régime militaire en participant à des grèves, des arrêts de travail et des débrayages. Cependant, au fil des semaines et des mois, le salaire quotidien est devenu une planche de salut que la plupart des travailleurs ne pouvaient se permettre de perdre. Rien qu’au cours des six premiers mois de 2021, quelque 250.000 travailleurs ont perdu leur emploi dans le secteur de l’habillement, du textile et de la chaussure, les premiers visés étant ceux qui ont pris part au mouvement de désobéissance civile (CDM).

Selon Thurein Aung, qui travaille toujours et a jusqu’à présent réussi à éviter l’arrestation, depuis le début du coup d’État, les 11 syndicats d’usine de Yangon, qui comptaient autrefois 1.300 membres, n’en comptent plus que quatre. La plupart de ses dirigeants sont en fuite.

« Une partie d’entre eux ont fui vers leurs villages ou d’autres zones sûres en raison de leur engagement dans la lutte [de résistance] »,

a-t-il confié.

Khaing Zar Aung, trésorière de la Confédération des syndicats du Myanmar (CTUM), la plus grande fédération syndicale du pays) et présidente de la Fédération des travailleurs de l’industrie du Myanmar (Industrial Workers Federation of Myanmar ou IWFM), confirme que de nombreux dirigeants syndicaux sont « traqués » par la Tatmadaw.

« [Les patrons d’usine] ont transmis les noms et adresses des dirigeants syndicaux et des membres actifs à la police et à l’armée »,

a-t-elle indiqué dans un entretien avec Equal Times. Ceux qui sont identifiés peuvent être harcelés, arrêtés ou pire encore.

Pour les vétérans du mouvement syndical du Myanmar, de telles tactiques sont un triste rappel des décennies passées sous un régime militaire brutal. Après 50 années d’interdiction des syndicats et des organisations de travailleurs, les dix années de régime démocratique entre 2011 et 2021 ont vu s’accomplir des avancées significatives, mais néanmoins modestes en matière de droits du travail dans le pays. Ainsi, les réformes menées par le premier gouvernement civil de l’après-dictature ont rendu les syndicats légaux en 2011 et ont conduit à la création, en 2015, d’un forum national de discussion sur les relations de travail. Suite à la mise en œuvre de droits du travail formellement reconnus, les investisseurs étrangers ont commencé à se bousculer au portillon, aguichés par la promesse d’un marché jusqu’ici inexploité.

Si des tentatives ont été faites au cours des dix dernières années pour assurer la protection contre le travail des enfants, le travail forcé et la discrimination fondée sur le sexe, le pays n’en est encore qu’au tout début du processus d’élaboration de politiques modernes et efficaces. En l’absence de fondements solides, ces nouvelles tentatives de protections conciliantes de la part du gouvernement du NLD reposaient déjà sur des bases précaires même avant le coup d’État du 1er février.

Un appel aux sanctions face à la menace croissante de violences

Alors que des dirigeants syndicaux comme Khaing Zar Aung voyaient ces protections fondamentales, mais chèrement acquises, leur échapper, une prise de position ferme prenait forme. Dans un contexte marqué par la stigmatisation endémique de la libre association et les menaces associées, ainsi que par un taux de pénétration syndicale généralement faible (les travailleurs syndiqués représentent moins de 1 % de la main-d’œuvre), l’appel à des sanctions économiques globales contre le gouvernement de la junte lancé par la Myanmar Labor Alliance a constitué une tentative audacieuse de rétablir les droits des travailleurs dans le pays.

Le secteur de l’habillement est d’une importance vitale pour l’économie du Myanmar. Avant la pandémie de Covid, celui-ci fournissait des marques internationales telles que H&M, Zara et Primark et employait plus de 700.000 travailleurs à bas salaire, principalement des femmes, dont le travail représentait un tiers de toutes les exportations du Myanmar. Bien que peu de marques aient cessé leurs activités au Myanmar, les syndicats nationaux et internationaux maintiennent la pression :

« Actuellement, il n’existe aucun droit à la liberté syndicale, aucun droit à la négociation collective, aucun droit des travailleurs et aucun droit humain au Myanmar »,

a déclaré Khaing Zar Aung.

« Sous la dictature, aucun syndicat démocratique n’est à même de survivre – il faut bien le comprendre. »

Alors que certains travailleurs d’usine ont été persécutés en raison de leurs activités syndicales, d’autres se sont retrouvés sans emploi du jour au lendemain, sans avertissement ni indemnisation, leurs patrons ayant mis la clé sous la porte et pris la fuite, refusant de verser des mois d’arriérés de salaire, et ce même avant le coup d’État. Selon un document d’information publié par l’Organisation internationale du travail (OIT) en juillet 2021 (une deuxième évaluation devrait être publiée fin janvier 2022), 1,2 million de travailleurs au Myanmar ont perdu leur emploi depuis la fin de l’année 2020, avec une réduction de 14 % du temps de travail au premier trimestre 2021. Le même document fait état de pertes plus importantes pour les femmes que pour les hommes. Il ressort en outre d’un rapport du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires que depuis le début des restrictions liées à la Covid-19, environ un quart de la population a perdu son emploi, que 18 % des ménages n’ont aucune source de revenu, alors que deux tiers d’entre eux font état d’un revenu réduit. Toujours d’après ce rapport, en 2022, la moitié du pays vivra dans la pauvreté.

Selon Khaing Zar Aung, les travailleurs des usines qui restent ouvertes ont, quant à eux, vu disparaître sous leurs yeux les rares droits qu’ils avaient obtenus de haute lutte. Bien que le taux journalier minimum n’ait jamais constitué un salaire vital, la baisse de 60 % du cours du kyat depuis le mois de septembre a porté un coup cinglant aux travailleurs. Dans un tel contexte, exacerbé par la perte des indemnités pour heures supplémentaires, des primes, des avantages sociaux et de la sécurité de l’emploi au quotidien (la loi n’a pas changé mais, dans ce climat d’impunité, certains employeurs l’ignorent désormais), beaucoup se demandent désormais comment ils pourront continuer à nourrir leur famille. Selon la syndicaliste, les heures supplémentaires forcées et non rémunérées sont de plus en plus courantes, les travailleurs étant contraints de faire tout ce qu’ils peuvent pour conserver leur emploi.

Dans une usine où les membres de la CTUM sont encore autorisés à travailler, Mme Khaing Zar Aung révèle que les salariés ont été mis à pied pendant quatre mois avant d’être contraints de signer un accord couvrant seulement 100.000 kyats (environ 56 USD), soit deux mois de salaire minimum. Pendant ce temps, le propriétaire de l’usine aurait soudoyé des soldats de la junte pour intimider les 70 employés réfractaires.

« Ces travailleurs ont été informés que s’ils se mettaient en grève, ils seraient tués. »

Selon des sources indépendantes, six travailleurs auraient été abattus dans la zone industrielle de Hlaingtharyar, à Yangon, en mars, après que les propriétaires de l’usine, de nationalité chinoise, ont fait appel à l’armée à la suite d’un conflit social portant sur les salaires. Cinq hommes ont été tués après que des soldats ont ouvert le feu sur une foule de manifestants, et une dirigeante syndicale a été abattue par la police, tandis que 70 autres personnes ont été arrêtées.

Des récits comme ceux-ci ont semé la peur. Ma Tin Tin Wai, une travailleuse du secteur de l’habillement à Yangon, affirme qu’il ne reste qu’environ 50 % de travailleurs syndiqués dans son usine. Outre les manœuvres antisyndicales classiques, des travailleurs ont également été licenciés pour avoir pris des congés de maladie ou pour ne pas avoir atteint des objectifs de production toujours plus exigeants.

« Les employeurs ont profité du coup pour se débarrasser des syndicats. Ils violent les droits des travailleurs, réduisent les salaires, forcent les travailleurs à travailler et enfreignent tous les accords de travail existants »,

explique-t-elle.

« Pour les employeurs qui ont tenté de démanteler les syndicats par le passé, le coup d’État est l’occasion d’unir leurs forces à celles des militaires pour faire main basse sur les syndicats. »

Entre le marteau et l’enclume

Malgré les plaintes persistantes des travailleurs, les solutions pour remédier à la détérioration des conditions de travail présentent un tableau mitigé. Faisant suite à l’appel de la majorité des syndicats, le soutien d’IndustriALL aux sanctions économiques, fin août, a fait la Une des journaux. La fédération syndicale internationale a invoqué la position de la Myanmar Labor Alliance, associée à la prise de conscience historique que les travailleurs du Myanmar ne seraient jamais en mesure de négocier dans les usines alors qu’ils sont déclarés illégaux et qu’ils font l’objet de menaces violentes de la part de la Tatmadaw.

L’absence de liberté syndicale a également jeté de l’huile sur le feu au niveau international, avec de nombreux militants exigeant des enseignes multinationales qui continuent à s’approvisionner au Myanmar d’assumer leurs responsabilités en matière de diligence raisonnable. En décembre, le syndicat IWFM a décidé de se retirer de l’initiative ACT, dans le cadre de laquelle 20 enseignes, dont ASOS, C&A et H&M, se sont associées à IndustriALL pour promouvoir la négociation collective et un salaire vital dans l’ensemble de l’industrie de l’habillement, du textile et de la chaussure dans divers pays d’approvisionnement, et plus particulièrement au Myanmar, avec pour objectif d’élaborer des stratégies de résolution des conflits et des engagements en faveur de la liberté syndicale. Le retrait de l’IWFM a motivé la décision de l’ACT de mettre fin à ses activités au Myanmar le même mois.

Khaing Zar Aung explique que dans le cadre des conflits qu’elle a contribué à régler, les travailleurs se contentent souvent de moins que ce qu’ils demandent, du fait qu’ils ne disposent d’aucun moyen de pression. L’annonce faite par les syndicats le 2 février 2021, selon laquelle ils ne participeraient à aucun dialogue impliquant une représentation militaire, notamment celle de fonctionnaires du ministère du Travail, semble s’inscrire précisément dans cette optique.

« Au Myanmar, nous n’avons pas recours au mécanisme de règlement des différends car il ne sert à rien »,

dit-elle. Les fonctionnaires du ministère du Travail ne travaillent pas de manière indépendante :

« Ils reçoivent des pots-de-vin des usines. Comment donc pouvons-nous aider les travailleurs ? »

Entretemps, les travailleurs sont pris entre le marteau et l’enclume : soit ils choisissent de travailler dans des conditions de plus en plus dangereuses, pour des salaires dont la valeur ne cesse de diminuer, soit ils prennent le maquis aux côtés des militants du CDM, dont la plupart survivent grâce à des dons ou à des initiatives agricoles à petite échelle.

« Il est vrai que les conditions de vie sont difficiles, alors que les salaires baissent et les prix des produits de base ne cessent d’augmenter. L’insécurité est telle que n’importe qui peut être arrêté à tout moment, même dans sa propre maison »,

confie Ma Tin Tin Wai.

« En pareille circonstance, il n’y a pas de sécurité. »

Photo: Des manifestants se tiennent derrière des boucliers de fortune lors d'une manifestation contre le coup d'État militaire à Yangon, au Myanmar, le 1er mars 2021.

Cet article a été initialement publié en Equal Times

Trois ans après la tragédie de Brumadinho, ni justice ni reconnaissance pour les victimes

L'an dernier, faisant suite à une action en justice du Sindicato Metabase Brumadinho, un tribunal du travail a condamné Vale à verser 1 million de réals (200.000 $) d'indemnités aux familles de ses salariés. La catastrophe a tué 270 personnes, mais cette action ne concernait que les familles de 131 travailleurs embauchés directement par Vale, pas ceux engagés par des sous-traitants.

Faisant montre d'une absence totale de compassion, Vale, une entreprise qui, suivant le syndicats de travailleurs de la métallurgie de Brumadinho, gagne 1 million de réals toutes les 255 secondes, a fait appel du jugement, qualifiant d'"absurde" le montant des indemnisations aux victimes.  

Il semble que la direction savait depuis 16 ans que le barrage était instable. Un an après la catastrophe, le procureur de l'État a inculpé l'ancien directeur général de Vale et 15 autres personnes d'homicide mais, en octobre 2021, Vale a fait valoir – ce que la Cour suprême a reconnu – que des sites archéologiques auraient été endommagés, ce qui constitue un délit fédéral. Le ministère public a annoncé faire appel de la décision.

En 2015, un bassin de rétention de résidus avait cédé à la mine de Samarco, une coentreprise de Vale et BHP située à Mariana, tuant 19 personnes. Une enquête sérieuse et approfondie sur les causes de cette catastrophe aurait pu empêcher celle de Brumadinho, quatre ans plus tard.

Les catastrophes de Brumadinho et Samarco sont à l'origine de demandes pour une meilleure transparence et davantage de réglementation de la gestion des bassins de rétention de résidus, et une norme mondiale pour l'industrie a été adoptée en 2020. Un groupe consultatif regroupant les parties prenantes, dont IndustriALL Global Union, a été constitué pour la mettre en œuvre.

Bien que déçue par le travail du PCN brésilien, IndustriALL Global Union se rangera aux recommandations issues de la plainte déposée après la catastrophe de Samarco.

Atle Høie, le secrétaire général d'IndustriALL Global Union, a déclaré :

"Vale dit être sensible au sort des victimes de Brumadinho, mais sa résistance à toute forme d'action collective prouve le contraire. La justice, la réparation, et la redevabilité doivent aller de pair avec la garantie de la sécurité des bassins de rétention."

Vale gère 43 de ces barrages au Brésil, la plupart dans l'État de Minas Gerais. Trente font actuellement l'objet de protocoles d'urgence, dont trois en "niveau 3", indiquant un risque de rupture imminente. Les habitants vivant à proximité de barrages de niveaux 2 et 3 ont été évacués et des barrières de retenue ont été élevées pour empêcher une rupture catastrophique. L'entreprise s'est engagée à démanteler ses dix barrages "en amont" dont la structure présente un risque accru d'instabilité.

Depuis 2019, Vale a supprimé sept barrages d'amont dans le pays, mais il en reste encore 23. La plupart ne devraient pas être démantelés avant 2035. Dans les jours qui ont précédé le troisième anniversaire de la catastrophe, des pluies torrentielles se sont abattues sur l'État de Minas Gerais, provoquant des inondations et des glissements de terrain qui suscitent encore plus de craintes pour les bassins de rétention.    

Controverse autour de l’appel d’offres pour le lithium au Chili

La manifestation de jeudi a été provoquée par la décision du Président conservateur sortant Sebastian Piñera de poursuivre son appel d’offres controversé pour le lithium, lancé à la fin de l’année dernière. De nombreuses parties prenantes ont demandé au gouvernement de suspendre le processus pour permettre au nouveau gouvernement de gauche de Gabriel Boric de définir la politique nationale sur le lithium qu’il a promise.

 

À la mi-janvier, alors qu’il était sur le départ, Piñera a conclu le processus d’appel d’offres en attribuant des contrats de 20 ans à deux entreprises, le fabricant chinois de voitures et de batteries BYD et l’entreprise chilienne Servicios y Operaciones Mineras del Norte S.A., qui appartient au conglomérat Errázuriz. Des contrats de 41 millions de dollars permettent l’extraction de 160.000 tonnes de lithium.

Quelques jours plus tard, cependant, un tribunal local a suspendu le processus à la suite d’un recours déposé par le gouvernement régional et les groupes indigènes du désert d’Atacama, où le lithium est extrait.

Le Chili possède les plus grandes réserves de lithium au monde. Le lithium est une matière première essentielle à la production de batteries destinées aux véhicules électriques et aux appareils numériques et la demande pour ce minerai de transition croît rapidement. L’extraction du lithium est souvent associée à des abus environnementaux, sociaux et liés au travail, ce qui fait craindre qu’en l’absence de politiques industrielles durables, l’augmentation de la production puisse avoir un impact négatif sur les communautés locales, les travailleurs et l’environnement.

Miguel Soto, Secrétaire international d’Industrial Chile Constramet, confie :

“Ce processus d’appel d’offres était inapproprié et improvisé. Il était basé sur un modèle qui relève de l’extractivisme, qui ne protège pas l’environnement, les travailleurs, les communautés et ne génère pas de valeur ajoutée. Jusqu’à présent, le Chili a exporté son lithium avec peu ou pas de valeur ajoutée, nous privant ainsi de la possibilité de générer des revenus plus élevés. C’est le moment de réfléchir à ce qui est le mieux pour le pays. Le prix du lithium se situant entre 25 et 30.000 dollars la tonne et ne cessant de grimper, nous avons besoin d’une politique d’État plus ambitieuse et tournée vers l’avenir.”

Le syndicat sud-africain condamne le meurtre brutal d’une travailleuse

Le NUM, affilié à IndustriALL Global Union, condamne ce meurtre brutal qu’il qualifie de féminicide. Selon le syndicat, les pneus de sa voiture ont été crevés à l’aide d’un couteau par le conjoint dans un centre commercial, ce qui a ralenti sa fuite. Alors qu’elle cherchait de l’aide dans un garage voisin, le conjoint l’a suivie et tuée. Le tueur présumé est accusé de meurtre et est en liberté sous caution après une comparution devant le tribunal.

“Ses deux jeunes fils sont traumatisés et traversent une période difficile après la perte tragique de leur mère bien-aimée. Le NUM présente ses plus sincères condoléances à la famille de la camarade Jessica, à ses collègues et à ses amis. Nous nous souviendrons d’elle comme d’une personne pleine d’entrain, aimante et attentionnée,”

a indiqué Kay Pholoba, Secrétaire du NUM pour la région du Highveld.

“C’est une perte énorme pour le NUM et douloureuse, car elle est survenue des mains d’une personne qui prétendait l’avoir aimée et pris soin d’elle. Nous sommes inondés d’histoires de femmes et d’enfants victimes du taux élevé de féminicides dans le pays. Le NUM appelle les associations qui militent pour l’égalité des genres à s’unir et à prendre des mesures pour mettre fin à ces meurtres horribles et insensés,”

a-t-elle ajouté.

Christine Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL, a pour sa part déclaré :

“En tant qu’organisation, nous réitérons le message selon lequel nous ne tolérerons jamais la violence et le harcèlement basés sur le genre (VHBG) et nous continuerons à soutenir les campagnes visant à éradiquer la VHBG.”

Les études menées par IndustriALL dans les secteurs de l’exploitation minière, du textile, de l’habillement, de la chaussure et du cuir ont conclu que la violence domestique est un problème courant pour les travailleuses de ces secteurs. Elle a un impact négatif sur la participation des femmes au travail, notamment sur les questions de sécurité.

IndustriALL, avec le soutien de Fondation Friedrich Ebert (FES), a organisé une série d’ateliers en ligne en 2021 afin de renforcer les capacités syndicales en matière de lutte contre la violence liée au genre dans le monde du travail, en utilisant la Convention 190 de l’Organisation internationale du travail comme l’un de ses outils. Au cours de la formation, la violence domestique a été pointée du doigt comme une menace quotidienne pour la vie des travailleuses et il a été établi que les syndicats doivent travailler avec les organisations de la société civile et les autres parties prenantes pour l’enrayer.

IndustriALL a élaboré des lignes directrices à l’intention des syndicats sur la manière de répondre aux impacts de la violence domestique dans le monde du travail.

Plus de 40 délégués syndicaux des secteurs de l’exploitation minière, du textile et de l’habillement d’Afrique du Sud ainsi que d’autres pays d’Afrique subsaharienne ont participé à cette formation, qui sera étendue à d’autres secteurs cette année. Les délégués syndicaux sont également censés poursuivre la formation en tant que “multiplicateurs” des compétences et des stratégies visant à mettre fin à la VHBG dans leurs syndicats et leurs pays.

L’Afrique du Sud a ratifié en 2021 la Convention 190 de l’OIT visant à mettre fin à la violence et au harcèlement dans le monde du travail. Cependant, les syndicats affirment que sa mise en œuvre ainsi que celle d’autres lois nationales est nécessaire de toute urgence pour éliminer le fléau de la violence domestique et de la VHBG.

IndustriALL intègre un groupe de travail pour élaborer une norme sur les mines

Son conseil du développement durable, le Global Sustainability Standards Board (GSSB), a chargé le Groupe de travail sur les mines d'élaborer la Norme GRI sur les mines.

IndustriALL est connu pour son engagement en faveur du développement durable dans l'industrie minière, partout dans le monde, avec un souci particulier pour la promotion et la protection des droits des travailleurs.

"Le secteur minier est sous étroite surveillance dans le débat sur le devoir de diligence en matière de droits de l'homme, étant donné son rôle dans la chaîne d'approvisionnement mondiale, son passé et ses impacts négatifs sur l'économie, l’environnement, le social et la gouvernance (EESG). Nous nous félicitons des nominations au groupe de travail du GRI du directeur d'IndustriALL en charge des mines, Glen Mpufane, et de Peter Frövén, le responsable national de la SST du syndicat suédois IF Metall,"

a déclaré le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan.

Les normes GRI de reporting de développement durable sont largement utilisées et permettent à des entreprises et des organisations de rendre compte de leur performance dans les quatre domaines EESG. Le GRI s'étant aligné sur les Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme, les Principes directeurs de l'OCDE à l'intention des entreprises multinationales et le Guide OCDE sur le devoir de diligence pour une conduite responsable des entreprises, la voix des travailleurs devient déterminante lorsqu'il s'agit de demander des comptes aux entreprises sur leurs chaînes d'approvisionnement.

L'annonce par le GRI de la préparation d'une norme sur l'exploitation minière dans le monde est un jalon majeur qui soumettra le secteur minier mondial à une obligation internationale de diligence envers l'humain.

"Une norme rigoureuse qui assurera la transparence, la redevabilité et l'accès aux mécanismes de réparation pour les travailleurs et les communautés est importante en ce qu'elle garantit que le devoir de diligence vis-à-vis des droits de l'homme et de l’environnement soient pris en compte dans la norme sur l'industrie minière,"

explique Glen Mpufane, le directeur d'IndustriALL en charge de la division d'industrie du diamant, de la pierre précieuse, ornementale et du bijou.

Le Global Reporting Initiative est un organisme international indépendant qui aide les entreprises et d'autres organisations à assumer la responsabilité de leur impact.
 

ENGIE renouvelle son accord avec trois Fédérations syndicales internationales

L’accord a été signé ce matin, en mode distanciel.

L’accord engage l’entreprise en faveur d’une transition énergétique juste, d’un emploi durable et d’une protection sociale des travailleurs et travailleuses.

L’accord ainsi renouvelé représente une décennie de dialogue social international, qui s’est concrétisé par plusieurs accords et conventions, tant au niveau européen que mondial. Il définit l’engagement de l’entreprise en matière de responsabilité sociale et de droits fondamentaux et fournit un ensemble normalisé de garanties pour les 170.000 salariés d’ENGIE dans le monde.

Les concepts de développement durable et de Transition juste sont intégrés à l’accord, tout comme la législation française sur le devoir de diligence, que l’entreprise s’engage à appliquer au niveau mondial.

L’entreprise s’engage également à respecter les normes internationales fondamentales du travail partout où elle est présente, notamment la Convention 190 de l’OIT sur la violence et le harcèlement dans le monde du travail. Pour faciliter l’analyse de l’égalité des salaires, il y aura un système de rémunération transparent et ventilé par sexe ainsi qu’une transparence accrue en matière de fiscalité avec des déclarations à cet égard par pays.

L’accord comporte un engagement en faveur de l’emploi durable et de la protection sociale des travailleurs, avec 14 semaines de congé de maternité entièrement rémunérées et quatre semaines de congé de paternité entièrement rémunérées. Il y a une couverture minimale d’un an de prestations en cas d’incapacité de travail, une prestation de santé couvrant un minimum de 75 pour cent des frais d’hospitalisation ainsi qu’une couverture décès pour l’ensemble des travailleurs et travailleuses, qui comprend le paiement d’un minimum de 12 mois de salaire brut.

Il existe également un engagement en faveur de la transformation numérique et de la formation en continu tout au long de la carrière des salariés.

Le plan de suivi et de mise en œuvre de l’ACM comprend une formation appropriée et s’appuie sur un forum mondial, qui se tient au moins une fois par an et réunit des représentants des salariés de toutes les régions, avec les syndicats signataires et la direction de l’entreprise.

Le forum entendra des rapports sur la couverture des avantages sociaux, l’écart de rémunération entre les sexes et les plans visant à l’éliminer, la cartographie mondiale des risques, les salaires minimums et les avantages sociaux, la formation et la mise en œuvre de l’accord lui-même.

Il sera soutenu par un dialogue social au niveau local, au moins une fois par an.

Le Secrétaire général d’IndustriALL Global Union, Atle Høie, a déclaré :

“Au niveau d’IndustriALL, nous sommes heureux de signer le renouvellement de cet accord-cadre mondial avec ENGIE. En tant que société multinationale opérant dans le secteur de l’énergie, il est essentiel qu’ENGIE s’engage en faveur du développement industriel durable et d’une Transition juste avec les Fédérations syndicales internationales qui représentent ses travailleurs et travailleuses dans le monde entier. De même, l’engagement de se conformer au niveau mondial à la loi française sur la diligence raisonnable est très important.

Nous espérons que le forum mondial, qui se réunira au moins une fois par an, pourra avancer efficacement pour mettre en œuvre les points de l’accord.”

Photo : ENGIE

Le harcèlement s'intensifie contre les dirigeants des syndicats et leurs adhérents au Bélarus

Presque tous les dirigeants des sections locales du SPM ont été licenciés par les grandes compagnies, dont l'usine automobile de Minsk (MAZ), l'entreprise BELAZ, l'atelier de tracteurs de Minsk MTW, BKM Holding, l'usine de moteurs de Minsk MMP, l'Usine de tracteurs de Minsk et l'Usine d'électrotechnique de Minsk.

Le 17 novembre, le responsable de la section locale du SPM à la MAZ, Artyom Zhernak, a été incarcéré sur ordre du Comité de la sécurité d'État et son appartement a été perquisitionné à deux reprises. Ils est toujours en détention.

Le domicile d'Alla Tsvirko, une militante du SPM employée à la MAZ, a aussi été perquisitionné. Sous la menace de poursuites pénales, elle a dû fuir le Bélarus, tout comme son collègue chargé de la presse, Sergey Gultsov.

La répression contre les adhérents du SPM s'est intensifiée à l'entreprise MMP. Le 21 octobre, Nikolaï Chibeko a été interpellé, son domicile perquisitionné et du matériel a été saisi. Le 22, des agents de la sécurité d'État ont arrêté Pavel Gaïduk et Daniil Vosinsky sur leur lieu de travail. Ils ont été condamnés à 10 et 15 jours de détention respectivement avant d'être licenciés par MMP à leur remise en liberté.

Le même jour, Alexander Mogilevitch, lui aussi syndiqué, a été interrogé par le Comité de la sécurité d'État. Le 3 novembre, Viktor Verovsky, un membre du SPM dont le contrat avec MMP n'a pas été reconduit pendant l'été, a été arrêté et condamné à 45 jours de détention. Des agents de la sécurité d'État ont perquisitionné le domicile d'Andreï Komlik-Yamatin, ancien salarié de MMP et membre du SPM, et il a été forcé de quitter le pays.

Le domicile du militant du SPM employé chez BELAZ Alexander Smolsky, a été perquisitionné à trois reprises et il a dû fuir le Bélarus sous la menace de poursuites pénales. Fin 2021, après des pressions et menaces répétées, BELAZ n'a pas renouvelé le contrat de travail d'Alexey Gubitch, le président de la section locale du SPM. Après son licenciement, quatre membres de la section locale du SPM ont été privé du versement de leurs primes.

Le 7 décembre, Viktor Mikhalchik, membre du SPM, a été arrêté pendant deux jours à Grodno avant d'être condamné à une amende de 800 roubles (310 $).

Le harcèlement des syndicalistes se traduit aussi par de la discrimination, les membres du SPM étant exclus des listes de travailleurs pouvant prétendre à diverses primes et mesures d'incitation prévues dans les conventions collectives.

Dans un courrier au président du Comité d'enquête et au procureur général de la République du Bélarus, le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, écrit :

"Nous vous exhortons à remettre immédiatement en liberté tous les responsables et activistes syndicaux détenus illégalement, dont Artyom Zhernak, et à stopper les violations continues des obligations internationales contractées par la convention 87 de l'OIT que le Bélarus a ratifiée." 

DOSSIER SPECIAL : Que faudra-t-il pour que la Convention de Hong Kong entre en vigueur ?

DOSSIER SPECIAL

Global Worker No. 2 Novembre 2021

Pays: Pakistan, Bangladesh et Inde

Texte: Petra Brännmark

Ce secteur a la responsabilité de fournir des emplois sûrs, sains, propres et durables, ce que l’on est en droit d’attendre. L’un des moyens d’y parvenir est la Convention internationale de Hong Kong pour le recyclage sûr et écologiquement rationnel des navires.

Cette convention vise à garantir que, lors de leur recyclage, les navires ne présentent pas de risques évitables pour la santé humaine, la sécurité et l’environnement. Elle aborde des questions telles que les substances dangereuses comme l’amiante, les métaux lourds, les hydrocarbures et celles appauvrissant la couche d’ozone, ainsi que les préoccupations relatives aux conditions de travail et d’environnement sur de nombreux sites de recyclage de navires dans le monde.

La convention elle-même ne prévoit pas spécifiquement la syndicalisation, mais elle indique clairement que l’éducation et la formation, notamment en matière de santé et de sécurité au travail, sont cruciales.

“Cela doit être développé non seulement avec les employeurs, mais aussi avec les travailleurs. Nous voulons nous en servir et aider les syndicats à motiver les travailleurs et travailleuses à adhérer ; la convention peut être utilisée pour augmenter le nombre d’adhérents et donner aux syndicats la possibilité de développer le dialogue social avec le gouvernement et les employeurs,”

indique Kan Matsuzaki, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, qui œuvre au niveau du secteur du démantèlement des navires depuis 2010.

D’un point de vue technique, pour entrer en vigueur, la Convention doit

A ce jour, 17 pays l’ont ratifiée : Norvège, Congo, France, Belgique, Panama, Danemark, Turquie, Pays-Bas, Serbie, Japon, Estonie, Malte, Allemagne, Ghana, Inde, Croatie, Espagne.
Il manque environ 10 % du tonnage et 0,4 % des volumes de recyclage pour que la convention puisse entrer en vigueur.

Une grande partie du démantèlement des navires ayant lieu au Bangladesh et au Pakistan, la ratification par ces pays est importante. Et il y a un mouvement dans la bonne direction ; en 2018, le Bangladesh, qui est récemment devenu le plus grand pays au monde en matière de démantèlement de navires, a mis en place une nouvelle législation sur le recyclage des navires, qui prévoit que le pays ratifiera la Convention d’ici 2023.

“Il y a des progrès, mais nous devons accélérer le processus de ratification car il y a un flot continu d’accidents graves et la situation en matière de santé et de sécurité au travail est désastreuse. Il existe une forte revendication pour rendre le démantèlement des navires plus sûr et durable. Les armateurs et les parties prenantes veulent que leurs navires soient recyclés de manière sûre et respectueuse de l’environnement. Au final, les pays qui n’ont pas ratifié la convention perdront des marchés,”

indique Kan Matsuzaki. 

“Nous attendons de la Convention de Hong Kong qu’elle remplisse les conditions requises pour entrer en vigueur d’ici à 2023 et qu’elle définisse un socle minimum et un premier pas vers la création de règles du jeu équitables pour un avenir durable.”

Une syndicalisation réussie conduit à des lieux de travail plus sûrs

IndustriALL mène un projet de syndicalisation au sein des chantiers navals en Inde depuis 2003. Financé par la FNV (Pays-Bas), le projet a débuté dans les chantiers de Bombay, car l’affilié d’IndustriALL, SMEFI, était déjà présent syndicalement dans le chantier de construction navale voisin, ce qui lui permettait d’accéder facilement aux travailleurs. Dès le départ, la campagne de syndicalisation s’est heurtée à une forte résistance de l’employeur, les pratiques antisyndicales étaient monnaie courante et la police a refusé d’intervenir lorsque la mafia s’en est mêlée.

Mais les recruteurs ont refusé d’abandonner et ont continué à informer les travailleurs de leurs droits, du fait que leur vie a de l’importance et que le syndicat peut contribuer à rendre le travail plus sûr. Grâce à une carte d’identité syndicale, les travailleurs pouvaient non seulement s’identifier, mais la carte indiquait également leur groupe sanguin, une information cruciale en cas d’accident.

En 2006, la campagne de syndicalisation a été étendue à Alang, à l’époque le plus grand chantier de démantèlement de navires au monde, où les conditions de travail étaient très dures. Une fois encore, l’employeur et le gouvernement local ont tenté de s’opposer à la syndicalisation.

Avant le début du projet, la majorité des personnes occupées à Alang étaient des travailleurs pauvres, sans papiers et informels, engagés par des agences. Si un travailleur mourait, son corps était tout simplement jeté à la mer. Mais grâce au projet, un syndicat a été créé, l’Association des travailleurs du recyclage des navires et activités connexes d’Alang Sosiya (ASSRGWA). Le syndicat a contribué à améliorer les salaires, les mesures de sécurité sociale ainsi que la santé et la sécurité au travail. Grâce à la carte d’identité du syndicat, les travailleurs peuvent désormais bénéficier d’une assurance sociale ainsi qu’ouvrir un compte bancaire et le syndicat dispose d’un registre indiquant où est occupé tel ou tel travailleur. Les supports d’éducation et de formation en matière de santé et de sécurité au travail élaborés par l’ASSRGWA, la FNV et IndustriALL sont désormais largement utilisés par les propriétaires des chantiers navals et par l’autorité locale, la Commission maritime du Gujarat (GMB).

L’Inde a ratifié la Convention en 2019. Depuis que l’Inde a commencé à se conformer à ses normes, les installations ont été modernisées et la sécurité s’est améliorée.

La crise de la sécurité dans le démantèlement des navires se poursuit au Bangladesh

En l’espace d’une seule semaine, en septembre, deux travailleurs ont été tués et trois autres blessés en raison du manque déplorable de sécurité au sein des chantiers de démantèlement de navires de Chittagong. Selon l’enquête d’IndustriALL sur ces accidents, au moins dix travailleurs ont été tués et 23 ont été blessés sur les chantiers de démolition du Bangladesh depuis janvier 2021. La plupart des victimes étaient des travailleurs intérimaires jeunes, sans papiers et sans équipement de sécurité adéquat.

Il existe plus de 100 chantiers de démantèlement de navires au Bangladesh, mais un seul répond aux exigences de la Convention. Il n’existe pas de système de recyclage final ; les matières dangereuses sont soit déversées quelque part, soit conservées sur le chantier jusqu’à ce qu’une installation adéquate soit construite. Mais le gouvernement a promis de construire des systèmes de recyclage juste avant ou juste après la ratification de la Convention.

Là où vont mourir les navires

En novembre 2016, 29 travailleurs ont été tués lorsqu’un pétrolier a pris feu alors que 250 travailleurs le démantelaient. Une explosion s’est produite en raison de la présence de gaz inflammables et toxiques à l’intérieur du réservoir de carburant du navire. Les travailleurs avaient été contraints de commencer le processus de démantèlement avant que le réservoir ne puisse être nettoyé des restes de carburant.

Dans un secteur parfois qualifié de pire des pires, le syndicat NTUF, affilié à IndustriALL, représente les travailleurs et tente d’améliorer les conditions et les avantages sociaux par le biais du dialogue social, l’employeur reconnaissant le syndicat comme un partenaire de négociation.

La Convention internationale de Hong Kong pour le recyclage sûr et écologiquement rationnel des navires a été adoptée lors d’une conférence diplomatique en 2009.

Les dispositions de cette nouvelle convention portent : sur la conception, la construction, l’exploitation et la préparation des navires de manière à en faciliter un recyclage sûr et écologiquement rationnel sans en compromettre la sécurité et l’efficacité opérationnelle ; sur l’exploitation des installations de recyclage des navires d’une manière sûre et écologiquement rationnelle ; ainsi que sur la mise en place d’un mécanisme de mise en œuvre approprié pour le recyclage des navires, comprenant des exigences en matière de certification et de rapports.

Les chantiers de recyclage des navires seront tenus de fournir un “plan de recyclage des navires”, précisant la manière dont chaque bâtiment sera recyclé, en fonction de ses particularités et de son inventaire. Les Parties seront tenues de prendre des mesures efficaces pour s’assurer que les installations de recyclage des navires relevant de leur juridiction respectent la Convention.