Un ouvrier d’O-I Glass au Brésil meurt en raison de la fuite d’un four

La tragédie s’est produite le 10 novembre lorsqu’un four à verre a fui dans une usine d’O-I Glass à São Paulo, au Brésil, blessant quatre personnes. L’un des travailleurs, Antônio Carlos Tola Júnior, 43 ans, Coordinateur des cuissons et des fours, a été admis à l’hôpital pour des brûlures sur 75 % de son corps. Il est décédé le 26 novembre, laissant derrière lui une femme et une fille. Immédiatement après l’accident, le syndicat a organisé un rassemblement de protestation le 12 novembre. Une autre manifestation a eu lieu le 1er décembre à la mémoire du travailleur décédé. La vie des trois personnes blessées n’est plus en danger.

Le Sindicato dos Vidreiros, membre de la CNQ-CUT, affiliée à IndustriALL Global Union, poursuit son enquête sur l’accident, notamment sur la négligence dans la conduite du four. Le syndicat avait déjà reçu des plaintes de la part de personnes ayant fait fonctionner le four, selon lesquelles l’équipement était vieillissant et la garantie du fabricant avait expiré il y a trois ans. La chaudière avait presque 9 ans et présentait des problèmes structurels.

Selon le syndicat, le four présente des problèmes de fuite depuis l’année dernière, mais l’entreprise n’a commandé que des travaux correctifs mineurs sans tenir compte du risque imminent. À la suite d’une décision de l’organisme compétent, le Centre de référence pour la santé des travailleurs (Cerest), en collaboration avec le syndicat Sindicato dos Vidreiros, il est interdit de poursuivre l’utilisation du four.

Le dirigeant du Sindicato dos Vidreiros de São Paulo, Josemar Souto, a indiqué que l’accident était dans l’air, car le four qui a connu la fuite fonctionnait depuis 2013 à une capacité supérieure à celle recommandée. Le syndicat va mener une enquête minutieuse sur les faits. L’extraction maximale était de 280 tonnes par jour, mais l’équipement était utilisé pour traiter environ 340 tonnes par jour.

“Nous n’allons pas rendre la vie à notre camarade, mais nous ne pourrons tolérer aucun signe d’impunité”,

a déclaré Josemar Souto.

Le Responsable des matériaux d’IndustriALL, Alexander Ivanou, a déclaré :

“Nous exprimons nos profondes condoléances à la famille, au syndicat et aux collègues de travail. Nous insistons pour que l’accident fasse l’objet d’une enquête appropriée avec la participation du syndicat. Chaque décès est un décès de trop, le profit ne devrait jamais passer avant la vie des travailleurs et travailleuses. O-I doit offrir des lieux de travail sains et sûrs dans le cadre de ses activités. Cela n’est possible que si l’entreprise entame un dialogue avec les travailleurs et leurs syndicats au niveau local, national et international !”

La multinationale du verre Owens-Illinois, dont le nom commercial est O-I, emploie 25.000 personnes en Amérique du Nord et du Sud, en Asie-Pacifique et en Europe.

L’Afrique du Sud soumet ses documents de ratification de la Convention 190 de l’OIT

Face à cette horreur, les syndicats continuent de lutter contre la violence et le harcèlement sexistes et la campagne pour la ratification de la Convention 190 de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui vise à éliminer la violence et le harcèlement dans le monde du travail, ainsi que l’adoption de la Recommandation 206, font partie des actions entreprises pour mettre fin à la violence et au harcèlement sexistes et créer des lieux de travail plus sûrs.

Ce 29 novembre, le gouvernement sud-africain a soumis ses documents à l’OIT dans le cadre du processus de ratification. Ces documents ont été présentés lors d’une réunion à Johannesburg avec l’OIT, le Ministère de l’emploi et du travail et les syndicats qui font partie du Conseil national du développement économique et du travail, plate-forme de dialogue social du pays. Le Congrès des syndicats d’Afrique du Sud (COSATU) représentait les syndicats.

Lorsque la Convention 190 sera ratifiée, elle viendra compléter la législation nationale qui comprend les projets de loi d’amendement concernant la violence sexiste et la violence domestique ainsi que le projet de loi sur le droit pénal (amendements sur les infractions sexuelles et les questions connexes) qui ont été adoptés par le Parlement et auront force de loi une fois paraphés par le Président Cyril Ramaphosa. En outre, le pays dispose d’un plan stratégique national visant à mettre fin à la violence fondée sur le genre.

Les syndicats mènent des campagnes de sensibilisation contre la VFG et forment des alliances stratégiques avec des organisations de la société civile qui ciblent les hommes identifiés dans le cadre de recherches comme des auteurs principaux de VFG et de violence domestique. Selon les syndicats, la violence liée au genre est aggravée par des stéréotypes sexistes présents dans les pratiques sociales et culturelles néfastes, la pauvreté, les inégalités, le taux de chômage élevé et la faiblesse de l’application de la loi qui favorise l’impunité.

Lydia Nkopane, du Syndicat national des mineurs, NUM, et qui est également Présidente du Comité des femmes d’IndustriALL pour l’Afrique sub-saharienne, a déclaré :

“Nous avons bon espoir que la transposition de la Convention 190 dans le droit sud-africain contribuera à mettre fin au fléau de la violence liée au genre, en particulier dans le secteur minier et les autres secteurs industriels dominés par les hommes, où les abus sont monnaie courante. Les femmes devraient jouir de la liberté d’aller travailler, de revenir dans leur famille et de vivre sans craindre le harcèlement sexuel, le viol, les coups et même la mort perpétrés par leurs collègues ou partenaires.”

Christine Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL, ajoute :

“La ratification de la C190 fournit un outil précieux pour aborder les facteurs de risque et prévenir la VFG. Le développement de politiques sur le lieu de travail permettra d’autonomiser et de protéger les travailleurs et travailleuses en supprimant les obstacles à la mise en œuvre des lois existantes. Cependant, les syndicats sud-africains doivent rester vigilants pour garantir la mise en œuvre de la C190 et mener des campagnes de sensibilisation pour que les travailleurs et travailleuses comprennent la convention.”

Selon les études, les cas de VFG et de violence domestique ont augmenté pendant le confinement de la pandémie de Covid-19, ce qui a incité le gouvernement à réagir par des lois et d’autres politiques. Le centre de commandement national du gouvernement sur la violence fondée sur le genre a enregistré 120.000 cas au cours des trois premières semaines du confinement en 2020.

Le gouvernement indonésien prié de suspendre la Loi multiple

Dans un jugement du 25 novembre, obtenu par 5 voix contre 4 et qui fera date, la Cour constitutionnelle d'Indonésie a révélé que le texte de loi avait été modifié après avoir été approuvé par le Président et le parlement. Elle a prononcé l'invalidité du processus législatif car il ne respectait pas les normes législatives de base, violant de ce fait la constitution.

En outre, la cour a ordonné au gouvernement d'amender la Loi sur la création d'emplois dans les deux ans, faute de quoi elle sera déclarée inconstitutionnelle à titre définitif et les dispositions originelles de la Loi sur la main-d’œuvre de 2003 seront rétablies.

Cette Loi sur la création d'emplois très controversée a déclenché des vagues de protestations syndicales qui se reproduisent depuis 2019. Des millions de travailleurs, parmi lesquels des membres des onze affiliés d'IndustriALL d'Indonésie, ont protesté contre l'abolition du salaire minimum sectoriel, la réduction des indemnités de licenciement et une flexibilité accrue du travail par un allongement des durées contractuelles.

L'an dernier, les protestations des travailleurs ont permis de retarder le débat au parlement mais, en octobre de la même année, il a examiné le projet en procédure rapide et l'a approuvé.

En réaction, la KSPI, la Confédération générale des syndicats de travailleurs indonésiens (KSPSI), la Confédération panindonésienne des syndicats (KSBSI) et la Confédération des syndicats indonésiens (KSPI) ont introduit une demande d'examen juridique devant la Cour constitutionnelle en novembre 2020, qualifiant cette loi d'"esclavage moderne".

"Nous nous félicitons de l'arrêt de la Cour constitutionnelle. Le gouvernement doit maintenant suspendre la Loi sur la création d'emplois et tous ses règlements. Les dispositions qui abrogent le salaire minimum de branche, qui perpétuent le travail externalisé et facilitent le licenciement doivent être invalidées parce qu'elles ont impact considérable sur les salaires des travailleurs, sur les conventions collectives et sur la durée du travail,"

déclare Saïd Iqbal, le président de la KSPI.

"Le soutien international que nous avons reçu a joué un grand rôle et nous remercions IndustriALL et la CSI pour leur rôle actif."

Le 3e Congrès d'IndustriALL, qui s'est tenu en septembre, a adopté une résolution de solidarité contre la Loi multiple, exhortant le Président Joko Widodo à l'abroger.

"Nous félicitons la Cour constitutionnelle pour sa décision et nos affiliés pour la campagne qu'ils ont menée. Et nous appuyons la demande des syndicats au Président pour qu'il se soumette à l'arrêt de la Cour et suspende cette loi préjudiciable,"

a déclaré Atle Høie, le secrétaire général d'IndustriALL. 

Un travailleur tué et six autres blessés chez Holcim en Inde

Le 18 novembre, Amrit Singh, un travailleur sous contrat employé comme foreur à la construction d'un système de récupération de chaleur résiduelle, travaillait sur une plateforme provisoire dont il est tombé, suivi dans sa chute par une machine de 150 tonnes. Il a été tué sur le coup et cinq autres travailleurs ont été blessés. Tous sont des salariés indirects.

D'après des représentants de notre affilié Indian National Cement Workers’ Federation (INCWF-INTUC), Monsieur Singh laisse derrière lui quatre proches qui étaient à sa charge. Sa famille recevra une indemnité de près d'un million de roupies (13.400 $US). Une indemnisation légale dont le montant n'a pas été révélé sera payée à chaque travailleur blessé.

L'accident s'est produit à la cimenterie Marwar, dans le district de Nagaur, au Rajasthan, une nouvelle unité de production de clinker et de ciment inaugurée par Ambuja en octobre 2021.

Une semaine plus tôt, le 11 novembre, un travailleur contractuel avait été grièvement blessé dans un accident à la cimenterie Ambuja Maratha, dans le district de Chandrapur de l'État du Maharashtra. Pendant la maintenance d'un convoyeur à bande d'une section de chargement de wagons, la jambe du travailleur a été prise dans la bande du convoyeur parce que le service technique n'avait pas réduit la tension de celle-ci.

En octobre, deux accidents mortels sont survenus en même temps dans deux cimenteries d'ACC, une autre filiale indienne de Holcim. Dans tous ces cas, les victimes sont des travailleurs précaires employés par l'intermédiaire de tiers ou de sous-traitants.

Deoraj Singh, le secrétaire général de l'INCWF-INTUC, a déclaré :

"Ambuja et ACC doivent gérer leurs activités d'une manière qui garantisse la santé et la sécurité de tous les travailleurs. Ces accidents montrent que Holcim embauche des travailleurs précaires en grand nombre en Inde, sans respecter les normes de santé et de sécurité légales. La direction d'ACC et d'Ambuja devrait éviter toutes les opérations de manutention dangereuses et arrêter immédiatement tout travail dangereux.

"Nous demandons à Holcim de réunir à nouveau les comités de sécurité paritaires dans tous ses sites d'exploitation et d'entamer un dialogue constructif avec les organisations syndicales pour tout ce qui touche à la santé et la sécurité. Les entreprises, dont ACC et Ambuja, devraient renforcer les systèmes d'inspection et de contrôle et nommer des inspecteurs de maintenance et de sécurité en nombres suffisants."

Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, ajoute :

"Nous adressons nos plus vives condoléances aux travailleurs blessés et à leurs familles. Cette situation est alarmante dans le cas de Holcim; elle témoigne d'une crise de la sécurité dans ses cimenteries d'Inde, une crise qui doit trouver une solution d'urgence. Une bonne évaluation des risques et la recherche de remèdes avec la participation des représentants des syndicats doit commencer dès maintenant.

"Par ailleurs, ces incidents montrent clairement le danger que peuvent constituer pour les travailleurs des conditions d'emploi dangereuses. Holcim doit mettre en place, avec la participation de ses travailleurs, des structures pour remédier aux graves manquements à la santé et la sécurité dans ses usines partout dans le monde."

Photo : l'usine de Marwar vue de Google Earth

Mettre fin aux pratiques antisyndicales en Biélorussie

Après les élections présidentielles contestées d’août 2020, de nombreux travailleurs ont mis fin à leur adhésion à la Fédération des syndicats de Biélorussie, pro-gouvernementale, et ont rejoint des syndicats indépendants, adhérant aux valeurs démocratiques et luttant pour les droits fondamentaux de l’homme et des travailleurs.

Cependant, en réponse au pouvoir croissant des syndicats indépendants, les autorités ont lancé des rafles brutales dans des locaux syndicaux. Des dirigeants et des militants syndicaux ont été arrêtés, condamnés à des amendes et leurs domiciles ont été fouillés.

Dans la raffinerie de pétrole d’État JSC Naftan, les actions antisyndicales, y compris l’intimidation et les licenciements massifs de dirigeants syndicaux et de membres du Syndicat indépendant de Biélorussie (BITU), ont entraîné une forte baisse du nombre d’adhérents.

Le Président du BITU à Naftan, Volha Brytsikava, et plusieurs militants, dont des vice-présidents, ont été licenciés. De nombreux membres du BITU n’ont pas vu leur contrat à court terme renouvelé. En revanche, il existe plusieurs exemples de personnes qui ont résilié leur adhésion au BITU et ont immédiatement obtenu des prolongations de contrat.

Des travailleurs et travailleuses de Naftan ont subi des pressions pour quitter le syndicat, des menaces de sanctions disciplinaires, la mise à l’écart du bénéfice de primes et d’incitants pour l’acquisition de compétences professionnelles, de mise d’échec aux examens de compétences, de convocation au service de sécurité pour des conversations préventives et de licenciement pour cause de réduction de personnel.

Naftan a utilisé le récent amendement au code du travail de Biélorussie qui permet aux employeurs de licencier des travailleurs pour absentéisme “dans le cadre de l’exécution d’une sanction administrative sous la forme d’une détention administrative” pour se débarrasser de militants syndicaux indésirables. L’un des motifs de détention administrative est la distribution de supports médiatiques considérés comme extrémistes, des contenus qui avait souvent été repris par les travailleurs et travailleuses sur les médias sociaux bien avant.

Le Président du BITU, Maxim Pazniakou, a déclaré :

“Ce qui se passe en Biélorussie relève de la terreur. Le but de ces actions est de susciter chez les travailleurs et travailleuses la peur de perdre leur emploi, leurs moyens de subsistance et leur liberté.

Que cela continue ou non dépend des travailleurs et travailleuses. Nous devons nous souvenir d’une notion simple mais efficace : notre force réside dans l’unité !”

Dans une lettre adressée à Naftan, le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, demande instamment à l’entreprise de mettre fin à la persécution des dirigeants et des membres du syndicat BITU, de cesser de menacer de licenciement les travailleurs et travailleuses qui choisissent librement d’adhérer à un syndicat, et de réintégrer immédiatement tous ceux et celles qui été injustement licenciés.

Un autre affilié d’IndustriALL en Biélorussie, le Syndicat libre des métallurgistes, a récemment fait état des pressions exercées sur les membres du syndicat dans la ville de Mogilev, où le syndicat a reçu de la part de membres des demandes de mettre fin à leur adhésion et de fournir une confirmation de cette résiliation.

Le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a déclaré :

“Toute pression exercée sur les membres d’un syndicat pour les forcer à le quitter est illégale et doit cesser. Les travailleurs et travailleuses ont le droit d’adhérer à des syndicats de leur choix et à en rester membres, conformément à la Constitution de Biélorussie et à la Convention 87 de l’OIT, ratifiée par la Biélorussie.”

Les travailleurs du monde entier réclament l'accès universel aux vaccins contre le Covid-19, aux traitements et aux technologies

Malgré le dévouement de ces travailleurs, une poignée de gouvernements sabote la reprise mondiale en bloquant la mise en commun de ces avancées médicales, faisant davantage de victimes et mettant les travailleurs et les communautés en plus grand danger encore. Une action collective immédiate s'impose pour obtenir un accès égal et universel aux vaccins contre le Covid-19 ainsi qu'à ses traitements et technologies en général.

Le mouvement syndical international appelle les gouvernements, en particulier ceux du Royaume-Uni, de l'Allemagne et de la Suisse, ainsi que la Commission européenne, à prendre toutes les initiatives qui s'imposent pour rendre les vaccins contre le Covid-19 disponibles pour tous, et à appuyer la "dérogation ADPIC" temporaire et ciblée proposée par l'Afrique du Sud et l'Inde à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), ce qui permettrait de surmonter un obstacle énorme à la protection des travailleurs et des communautés dans le monde entier alors que le coronavirus continue de frapper. Le système de l'OMC envisage la suspension des règles sur la propriété intellectuelle dans des circonstances exceptionnelles; la pandémie est incontestablement une circonstance exceptionnelle.

Les travailleurs ont payé le prix de l'inégalité d'accès aux vaccins, en particulier ceux des pays du sud. Dans les pays mal approvisionnés, les travailleurs de la santé et autres travailleurs de première ligne attendent toujours d'être vaccinés. Alors qu'ils restent déterminés à assurer la sécurité de leurs sociétés, à maintenir des chaînes d'approvisionnement essentielles et les économies en fonctionnement, une poignée de dirigeants et de firmes pharmaceutiques leur tourne le dos.

Le droit vital à un lieu de travail sûr n'est possible qu'en ayant accès à la vaccination, où qu'on vive. Le fait de ne pas assurer l'équité mondiale dans l'accès aux vaccins et aux traitements est une menace existentielle pour la sécurité des travailleurs, et cela a un impact négatif sur les droits de l'homme, y compris le droit à la vie, le droit au niveau de santé le plus élevé possible, le droit de bénéficier du progrès scientifique, et le droit au développement.

C'est aussi une menace pour la reprise industrielle. Le FMI a averti que, le fait de ne pas accélérer la vaccination pourrait compromettre la reprise et coûter au PIB mondial 5,3 billions $ au cours des cinq prochaines années. La production, la distribution et la consommation de biens et de services, et les activités économiques qui y sont associées risquent des bouleversements sans précédent. Le fait de retarder la vaccination mondiale ne fera que prolonger la pandémie de Covid-19 et déclencher d'autres crises économiques à l'avenir.   

Les travailleurs du monde entier veulent une action d'urgence. Les syndicats sont déjà intervenus en faveur de la dérogation dans 127 pays. Les vies et les moyens de subsistance des travailleurs et de nos communautés en dépendent.

Chaque jour qui passe fait de nouvelles victimes et retarde la reprise. La défense des rentes et la recherche du profit pendant une pandémie sont inacceptables. Les excuses ne sont plus de mise.

Personne ne sera en sécurité tant que nous ne serons pas tous en sécurité.

C'est pourquoi le Conseil des Global Unions (CGU) – représentant plus de 200 millions de travailleurs au travers de la Confédération syndicale internationale (CSI) et des Global Union Federations (GUFs), dont la Commission syndicale consultative auprès de l'OCDE (TUAC) :

51 morts dans un accident au sein d’un charbonnage en Russie

Le jour même de l’accident, les corps de onze mineurs ont été retrouvés. 35 personnes sont toujours portés disparues et présumées mortes, les activités de sauvetage ayant été suspendues en raison de la forte concentration de méthane et du risque d’explosion.

Au moment de l’accident, 285 personnes se trouvaient à l’intérieur de la mine. 239 ont réussi à remonter à la surface et 64 d’entre elles ont été transportées à l’hôpital.

Un sauveteur présumé mort a été retrouvé vivant le lendemain matin. Il avait trouvé refuge dans un endroit moins pollué où il a pu s’allonger, puis, guidé par le courant d’air frais, il s’était rapproché de la surface.

Le directeur de la mine et deux autres responsables ont été arrêtés et accusés d’avoir violé les règles en matière de sécurité industrielle. L’inspecteur régional en chef de l’organisme russe de surveillance technique, Rostekhnadzor, a également été placé en détention et accusé de négligence.

À la suite de ce tragique accident, les autorités ont lancé des inspections pour vérifier le respect des règles de santé et de sécurité dans les mines de charbon. Selon le bureau du procureur de la région de Kemerovo, 31 mines ont été inspectées les 25 et 26 novembre.

Des violations de la sécurité incendie, l’absence d’itinéraires d’évacuation équipés, le mauvais fonctionnement du câblage électrique, l’absence de réunions d’information sur la sécurité et d’évaluation des conditions de travail, l’absence d’équipements de protection individuelle et de vêtements de travail, les violations du calendrier de travail et de repos ont été identifiés. D’autres inspections suivront.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a déclaré :

“Nous sommes profondément attristés par ce tragique accident et nous pleurons nos camarades qui sont décédés alors qu’ils travaillaient dur pour gagner leur vie. Nous souhaitons présenter les condoléances collectives de notre famille syndicale aux proches des mineurs et des sauveteurs décédés.

Cette tragédie nous rappelle une fois de plus que la santé et la sécurité au travail doivent être une priorité absolue dans tous les domaines, en particulier dans les activités minières très dangereuses, afin d’éviter d’autres accidents mortels.”

Selon le Syndicat russe indépendant des salariés des charbonnages (Rosugleprof), la mine Listvyazhnaya emploie plus de 1.500 personnes et, avec une production de cinq millions de tonnes de charbon par an, fait partie des principales mines du Kouzbass, la principale région charbonnière de Russie.

Le Président de Rosugleprof, Ivan Mokhnachuk, a déclaré :

“203 mines très dangereuses ont été fermées au cours des trois dernières décennies. Dans les 53 mines restantes, les équipements obsolètes ont été remplacés par des équivalents plus récents et des travaux de modernisation ont été réalisés. Toutefois, les techniques d’extraction du charbon restent anciennes. Les accidents miniers en Russie sont rares ces derniers temps et  principalement dus au non-respect des règles d’utilisation de la machinerie et des équipements.”

La Russie est le troisième plus grand exportateur mondial de charbon après l’Indonésie et l’Australie.

Le réseau mondial des syndicats O-I Glass fait progresser les droits des travailleurs.

O-I Glass (anciennement Owens-Illinois) est une entreprise originaire des États-Unis qui compte environ 25.000 salariés et 72 usines réparties dans 20 pays. Actuellement, O-I traverse une période difficile : l’entreprise avait une dette en cours de 5,1 milliards de dollars US en 2020. Il s’agit d’une légère diminution par rapport aux 5,6 milliards de dollars US de 2019, mais l’encours de la dette rend l’entreprise vulnérable aux conditions économiques défavorables et l’oblige à consacrer une part importante des flux de trésorerie liés aux activités au service de la dette. En juillet 2020, l’entreprise a vendu l’ensemble de ses activités en Australie et en Nouvelle-Zélande, qui représentaient la majorité de ses activités en Asie-Pacifique, pour assurer le service de la dette. L’entreprise maintient toujours une présence en Indonésie.

Les syndicats d’Amérique du Sud et d’Indonésie ont fait état de grandes difficultés en termes de conditions de travail, de sécurité et de dialogue social.

Juste avant la réunion du réseau, une tragédie s’est produite au Brésil. Le 10 novembre, un four à verre a fui dans une usine d’O-I Glass à São Paulo, au Brésil, blessant quatre travailleurs. L’un de ceux-ci, Antônio Carlos Tola Júnior, 43 ans, Coordinateur des cuissons et des fours, a été admis à l’hôpital pour des brûlures sur 75 % de son corps.

O-I impose à ses travailleurs une flexibilité maximale en termes de conditions de travail. En France, par exemple, on a constaté une augmentation de 25 % de la sous-traitance en 2021 par rapport à 2020. Ce choix de la précarité conduit inévitablement à moins de professionnalisme, moins de compétence et plus d’insécurité. Une tendance similaire peut être observée également dans d’autres pays.

L’entreprise met en œuvre une nouvelle génération de fours à verre appelés MAGMA (Modular Advanced Glass Manufacturing Asset = Fabrication de verre modulaire avancée) qui sont des fours de faible capacité de 120 à 150 tonnes. L’entreprise les présente comme une avancée technologique, mais les travailleurs et travailleuses craignent que la nouvelle technologie ne facilite encore plus la flexibilité et permette à l’entreprise d’arrêter les fours plus facilement.

À la suite de la réunion du réseau mondial aux États-Unis fin 2018, IndustriALL Global Union et son affilié nord-américain, Les Métallos USW, ont voulu mettre en place un dialogue international, mais jusqu’à présent, ces tentatives n’ont pas donné de résultats tangibles.

Pour trouver des solutions à ces défis, les délégués présents à la réunion ont décidé de redynamiser le travail du réseau, en créant un Comité de pilotage pour maintenir la communication sur les informations économiques, sociales, industrielles et environnementales, au-delà de ses réunions annuelles.

Alexander Ivanou, Responsable des industries des matériaux d’IndustriALL, a déclaré :

“Malgré les quelques heures seulement passées ensemble, cette réunion de réseau a été très productive. Nous avons débattu des graves problèmes existants en matière de santé et de sécurité, du travail précaire et également du manque de consultation des représentants des travailleurs sur les nouvelles technologies. Nous allons continuer à suivre la situation dans l’entreprise. Dans le même temps, nous ne cesserons pas nos tentatives d’instaurer un dialogue social avec l’entreprise. Et en tant que syndicats, nous utiliserons tous les outils existants à notre disposition pour y parvenir.”

Les syndicats kirghiz en lutte pour le respect des normes fondamentales du travail

Des dirigeants d'affiliés d'IndustriALL au Kirghizistan ont mis les 40 participants au courant de l'évolution de la situation du mouvement syndical et de la réforme de la législation. D'autres dirigeants syndicaux de cette région ont évoqué les défis similaires qu'ils doivent surmonter dans leurs pays.

Le Kirghizistan est un nouveau venu dans l'édition de 2021 de l'Indice CSI des droits dans le monde; il y obtient la note 4 en raison de violations systématiques des droits, en droit comme dans la pratique.

Au Kirghizistan, les syndicats sont sous la menace depuis le mois d'avril 2019, lorsque le parlement a déposé un projet de loi sur les syndicats qui compromet gravement la liberté d'association et prive les syndicats de leur indépendance en conférant un monopole à la Fédération des syndicats du Kirghizistan (FSK), qui exerce un contrôle sur toutes les organisations syndicales.

Après que la FSK ait démis son président, qui était un promoteur de cette loi antisyndicale, et après avoir élu une nouvelle direction en février 2020, les syndicats ont organisé de nombreuses actions de protestation contre le projet de loi. Les autorités ont riposté en s'ingérant des les affaires du syndicat, en poursuivant les dirigeants syndicaux, en les soumettant constamment à des interrogatoires, des provocations et des pressions.

Depuis, un projet de l'OIT a apporté un soutien au mouvement syndical en lui fournissant une aide juridique pour défendre les intérêts des dirigeants syndicaux victimes d'arrestations administratives, d'interrogatoires et autres faits de harcèlement de la part de l'État, a déclaré Gocha Aleksandria du Bureau des activités pour les travailleurs (ACTRAV) de l'OIT.

Or, l'ex-président de la FSK a refusé de démissionner et a organisé, en décembre 2020, une élection truquée par laquelle il s'est proclamé président. C'est ainsi qu'existent deux FSK, la vraie et la fausse, avec des objectifs opposés; la vraie se bat pour les droits fondamentaux au travail tandis que la fausse se bat pour un pouvoir personnel.

"Cette scission du mouvement syndical donne une image négative des syndicats et crée un environnement de travail difficile,"

a déclaré Eldar Tadjibayev, le président du Syndicat de la mine et de la métallurgie du Kirghizistan (SMMK).

"Il faut négocier et se mettre d'accord avec d'autres syndicats dans le pays, car la scission perturbe l'activité syndicale dans tous les secteurs et affecte la protection des travailleurs,"

ajoute Almash Zharkynbayeva, le président du Syndicat des travailleurs du textile, du papier et des industries connexes de la République kirghize.

Pour Anton Leppik, du CSI-CRPE, il faudrait une démarche syndicale unifiée. Les participants ont convenu de la nécessité d'un médiateur pour aider les syndicats kirghiz à agir ensemble au sein d'une seule FSK. À la demande des syndicats kirghiz, une mission des syndicats mondiaux emmenée par la CSI pourrait être une option.

Depuis 2019, de nombreuses objections au projet de loi sur les syndicats ont été déposées par des organisations internationales telles qu'IndustriALL, la CSI, l'OIT et les Nations unies, ainsi que par des organisations syndicales du monde entier. Ainsi, le Président a opposé son véto à deux reprises, en mai et en août 2021, tandis que se multipliaient les requêtes au parlement pour que le projet de loi soit modifié conformément aux normes internationales du travail.

Pourtant, cela a été sans effet sur la troisième version de la loi sur les syndicats que le parlement a adoptée le 20 octobre, et qui ne tient pas compte des commentaires répétés de l'OIT, de la position des syndicats kirghizes ni des commentaires du Président, puisqu'elle viole encore la constitution et les obligations internationales du pays, notamment celles contractées par les conventions 87 et 98 de l'OIT.

IndustriALL Global Union et la CSI ont une fois de plus appelé le Président du Kirghizistan à opposer son véto à la nouvelle loi sur les syndicats, pour la troisième fois cette année.

Pour le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan :

"Chaque travailleur devrait pouvoir adhérer au syndicat de son choix sans ingérence, jouir de la protection d'une convention collective et pouvoir exercer le droit de grève. Les syndicats indépendants sont essentiels, et ce n'est pas négociable. En cas d'attaque contre ces droits fondamentaux et contre l'indépendance des syndicats, où que ce soit dans le monde, IndustriALL Global Union sera là pour soutenir ses affiliés."  

Lutter pour l’industrialisation de l’Afrique

Les affiliés d’IndustriALL Global Union en Afrique subsaharienne se sont réunis le 19 novembre pour s’attaquer à ces obstacles lors d’un séminaire en ligne organisé à l’occasion de la Journée de l’industrialisation de l’Afrique, sur le thème “Approches et engagement syndicaux en matière d’industrialisation de l’Afrique et de promotion de l’industrie manufacturière pour la création d’emplois, le travail décent et le développement durable”.

Les syndicats mènent cette campagne depuis cinq ans. Ce séminaire en ligne, organisé conjointement avec la CSI-Afrique et auquel 70 participants ont assisté, faisait suite à des ateliers nationaux organisés au Nigeria, au Kenya et en Ouganda, au cours desquels les syndicats et les gouvernements ont débattu des politiques industrielles nationales. Le webinaire a abordé le rôle que les syndicats peuvent jouer pour influencer l’élaboration des politiques, la mise en œuvre et le suivi des plans d’industrialisation en Afrique subsaharienne.

Les syndicats ont demandé à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) de donner la priorité au travail décent, après que les syndicats ont souligné que l’accord ne mentionne pas la création d’emplois décents, les droits des travailleurs, la protection sociale et le dialogue social. Selon les syndicats, cette exclusion peut conduire à la violation des normes internationales du travail et des législations nationales du travail.

L’accord sur la ZLECA, dont les échanges ont débuté cette année, a été signé par 54 pays et son PIB combiné est estimé à 3.000 milliards de dollars. Il pourrait permettre d’augmenter le commerce intra-africain de 50 %.

Peter Serwoono, Conseiller principal de la ZLECA, a déclaré que les parties prenantes, y compris les syndicats, seront invitées à “participer aux discussions aux niveaux national et régional sur le développement de stratégies de mise en œuvre de la ZLECA”.

La CSI-Afrique a déjà commencé à travailler avec la ZLECA sur l’inclusion et lance un guide intitulé Syndicats et commerce : un guide de la ZLECA pour aider les travailleurs et travailleuses à comprendre l’accord.

Eric Manzi, Secrétaire général adjoint de la CSI-Afrique, a déclaré :

“Certains des enseignements tirés de la pandémie de Covid-19 qui sont utiles aux stratégies d’industrialisation africaines comprennent l’adoption d’une approche multisectorielle, des politiques efficaces pour la croissance de la création d’emplois, la réduction de la pauvreté, le renforcement des économies et la fin de la corruption. En outre, la formation technique, les investissements publics, l’éducation et la formation ainsi que le renforcement des capacités institutionnelles sont essentiels pour une industrialisation durable.”

Vishwas Satgar, Expert en climatologie de l’Université de Witwatersrand, a mis l’accent sur la reconversion des industries et la création d’emplois verts dans le secteur des énergies renouvelables, dans le cadre de ce qu’il appelle la “fabrication en période d’urgence climatique” et les modèles d’“industrialisation indigène” qui impliquent des “énergies renouvelables appartenant à des entreprises publiques”.

L’industrialisation de l’Afrique est entravée par des économies qui reposent principalement sur l’exportation de matières premières, notamment de produits miniers, de pétrole et de gaz ainsi que de produits agricoles. L’industrie manufacturière est restée le parent pauvre, avec moins de 10 % du PIB. En outre, les politiques industrielles n’ont été que partiellement mises en œuvre et les flux financiers illicites sont courants.

Kemal Ozkan, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

“Les travailleurs et travailleuses doivent avoir leur mot à dire dans les politiques industrielles qui détermineront l’avenir de leurs industries. Nous devons remettre en question la fable selon laquelle l’Afrique est pauvre ; le continent est suffisamment riche en ressources minières et autres, mais cette richesse est spoliée par la corruption. Pour contrer cela, nous avons besoin d’un changement structurel qui permette une industrialisation durable qui aborde les questions de mobilité, de décarbonation de l’énergie, de Transition juste, de chaînes d’approvisionnement mondiales et de l’avenir du travail.”