Ces 530 travailleurs n'ont plus de convention collective depuis mars 2020. Les négociations progressaient lentement et, à cette réunion, les travailleurs avaient, à 94 pour cent, chargé leur syndicat d'appeler à la grève en temps utile. C'est pendant cette réunion que le président de l'entreprise a annoncé le lock-out; le syndicat a réagi en exerçant immédiatement son mandat et en appelant à la grève. Le personnel a installé un piquet de grève devant les grilles de l'usine dès le début du lock-out, à 13 heures le même jour.
Les travailleurs sont représentés par le Syndicat des travailleuses et des travailleurs de Rolls-Royce Canada (CSN), affilié à IndustriALL Global Union, qui réclame une convention de cinq ans. Il demande notamment l'élimination des clauses orphelines dans les plans de pension et d'assurance-groupe, de meilleures salaires et horaires de travail, et un allongement des congés.
"Cela fait des mois que nous plaidons à la table de négociation pour que les besoins des travailleuses et des travailleurs de Rolls-Royce soient pris en compte ", explique le président du syndicat, Frédéric Labelle.
"La réaction de l'employeur a été décevante. Plus il est condescendant, plus nous nous éloignons de l'entreprise. Or nous sommes le noyau de l'entreprise. Sans notre travail, dont la qualité exceptionnelle est reconnue dans l'industrie, Rolls-Royce ne pourrait revendiquer sa position de leader. Nous voulons regagner le respect qui nous est dû."
Avant le scrutin de grève d'hier, le syndicat avait organisé plusieurs actions pour prouver à l'employeur que les travailleurs tiennent bon sur leurs revendications. Les membres ont répondu en nombre. 25 séances de négociation ont eu lieu ces derniers mois et les membres ont suivi l'évolution de près. Le comité de négociation jouit d'un large soutien.
Le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a envoyé au syndicat un message de soutien dans lequel on peut lire :
"Nous jugeons déraisonnable le fait qu'au milieu de la négociation, la direction opte pour un lock-out plutôt que pour le dialogue social, d'autant plus que les 530 travailleurs spécialisés de l'usine de Côte-de-Liesse n'ont plus de convention collective depuis mars 2020."
Photos : CSN
La présence syndicale se renforce au Maroc
IndustriALL Global Union mène depuis huit ans un programme de renforcement syndical au Maroc. En février, les deux nouvelles organisations, la Fédération Nationale des Travailleurs de la Sidérurgie et des Industries Synthétiques de la Métallurgie et de l'Électronique (FNTSIME-UMT) et la Fédération Nationale des Travailleurs du Textile, du Cuir, des Chaussures et de L'habillement (FNTTCCL-UMT), ont tenu leurs congrès fondateurs à Casablanca.
Ces deux congrès se sont tenus avec un même slogan : "Pour un syndicat fort dans lequel les droits sont préservés et les libertés protégées". Des centaines de délégués et de dirigeants ont assisté à ces congrès qui ont élu les comités administratifs et les bureaux nationaux.
La FNTTCCL-UMT a élu les 72 membres de son comité administratif et les 25 membres de son bureau national. La FNTSIME-UMT a élu les 91 membres de son comité administratif et les 23 de son bureau national. Elles ont élu plusieurs jeunes, femmes et hommes, qui ont participé activement aux réseaux et programmes de formation d'IndustriALL ces dernières années.
Les deux organisations sont affiliées à la plus grande centrale du Maroc, l'UMT. Lors de la session inaugurale, son secrétaire général, Miloudi Moukharik, a rendu hommage aux luttes des travailleurs contre les attaques systématiques contre les droits et les acquis de la classe laborieuse. Il a dénoncé les entreprises qui entravent l'action syndicale et a appelé à plus d'unité et de solidarité pour pouvoir anticiper l'avenir dans un cadre organisationnel qui unifie et soutient la lutte dans le secteur.
"Nous créons ces syndicats pour relever les défis, accroître la solidarité et renforcer le pouvoir syndical dans ces secteurs. Le soutien et la solidarité d'IndustriALL ont été essentiels à l'aboutissement de ce grand projet."
Abdelmajid Matoual (à droite sur la photo), de l'UMT, et qui est aussi le vice-président de la région MENA d'IndustriALL, assistait également à ces congrès.
"Après des années de travail, nous assistons aujourd'hui à la naissance de deux syndicats avec de nombreux défis devant eux. Nous félicitons l'UMT et les camarades des secteurs du textile et de la métallurgie et répétons notre engagement de solidarité avec ces deux syndicats."
Le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan a déclaré :
"Ces deux nouveaux syndicats sont deux pions importants pour le pouvoir syndical dans ces secteurs, tant à l'échelon régional que mondial. La coopération avec l'UMT dans la réalisation de cette initiative est un modèle de solidarité internationale qui résulte de l'action déterminée de nos camarades marocaines et marocains."
Eswatini : la police disperse une manifestation réclamant des salaires vitaux
Le Syndicat général du Swaziland (ATUSWA) affirme que cette action de la police viole les normes nationales et internationales du travail, notamment la Convention 87 (liberté syndicale et protection du droit syndical) et la Convention 98 (droit d’organisation et de négociation collective).
L’ATUSWA rejette l’augmentation de salaire de 6 % proposée par les employeurs avec le soutien du Conseil des salaires du textile et de l’habillement (TAWC). Le syndicat veut un salaire minimum de 2.923 E (194 dollars) par mois.
L’ATUSWA, affilié à IndustriALL Global Union, estime que les employeurs et le gouvernement se fient trop au Conseil des salaires pour déterminer les augmentations salariales. Le syndicat estime que cela va au-delà du rôle du Conseil des salaires, qui est de réglementer les conditions minimales d’emploi, par opposition aux négociations en général et à la négociation collective en particulier.
En outre, au cours des trois dernières années, le TAWC n’est pas parvenu à un consensus sur les revendications des travailleurs et travailleuses en matière de salaire vital. Malheureusement, le Conseil semble toujours statuer en faveur des employeurs, qui sont devenus arrogants alors que les travailleurs et travailleuses continuent à gagner de faibles salaires, déclare l’ATUSWA dans la pétition.
Wander Mkhonza, Secrétaire général d’ATUSWA, déclare :
“Après d’intenses consultations avec nos membres et les travailleurs et travailleuses qui doivent encore être recrutés, il a été décidé de réclamer des droits fondamentaux et d’exiger des salaires décents ainsi que de meilleures conditions de vie sur leur lieu de travail et en dehors.
Ce qui aggrave le problème, c’est que la négociation collective a été activement étouffée par le gouvernement par le biais du Ministère du Travail qui néglige ses responsabilités de surveillance. Cette négligence permet aux employeurs de confisquer le droit à la liberté syndicale et à la négociation collective.”
Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne, déclare :
“Nous félicitons les membres d’ATUSWA pour leur courage à défendre les droits des travailleurs dans un environnement hostile dans lequel les travailleurs et travailleuses vivent dans la peur et sont dispersés par la police pour avoir fait du piquetage pour des salaires vitaux.”
Le 3e Congrès d’IndustriALL a adopté une résolution pour des réformes démocratiques en Eswatini et pour que le gouvernement respecte “la liberté de réunion pacifique et la liberté d’opinion et d’expression qui sont essentielles pour les droits humains et syndicaux ; le gouvernement d’Eswatini doit adhérer aux conventions des Nations Unies, y compris le Pacte international relatif aux droits civils et politiques”.
IndustriALL a écrit des courriers à la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples ainsi qu’à la Communauté de développement de l’Afrique australe pour demander au gouvernement d’Eswatini de protéger les travailleurs et les droits de l’homme.
L’ATUSWA et d’autres syndicats font campagne pour la démocratie et la fin de la monarchie absolue du pays, dirigée par le roi Mswati III. Le dialogue proposé par le gouvernement en vue d’une démocratie constitutionnelle n’a pas encore eu lieu.
Les fédérations syndicales internationales se préparent aux futurs marchés de la mobilité
Les concepts de mobilité du futur, notamment la mobilité servicielle (de l’anglais « Mobility as a Service » ou MaaS) dans un contexte urbain, seront assez différents de ce que nous connaissons aujourd’hui – plus de services en partage, moins de mobilité individuelle, connectivité numérique entre les personnes, les véhicules et les infrastructures, véhicules sans conducteur.
La numérisation, l’urbanisation, le changement climatique, les nouvelles habitudes de mobilité et l’engorgement des réseaux routiers figurent probablement parmi les principaux moteurs de ce changement. Des différences existent également entre les intérêts spécifiques des différents acteurs – les grandes entreprises technologiques rêvent de systèmes intégralement numérisés et automatisés, les sociologues et les urbanistes conçoivent des villes nouvelles avec beaucoup moins de trafic et de routes. Certains groupes tablent sur une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur du transport, tandis que les navetteurs privilégient des solutions de transport plus flexibles.
L'avenir a déjà commencé avec l'ubérisation de la mobilité. Des plateformes mettant en relation chauffeurs et usagers, avec des conditions de travail précaires pour leurs chauffeurs et autres personnels de service.
Un webinaire organisé le 22 novembre 2021 a marqué le coup d’envoi d’un projet de trois ans, mené conjointement par IndustriALL Global Union, la Fédération internationale des ouvriers du transport et UNI Global Union, en étroite collaboration avec la fondation allemande Friedrich Ebert Stiftung (FES), afin de déterminer quelles stratégies syndicales sont nécessaires pour garantir des conditions de travail et de rémunération décentes à l’avenir.
Le webinaire, qui a rassemblé plus de 100 syndicalistes et experts de 31 pays du monde entier, a constitué un point de départ idéal pour des échanges entre les syndicats d’un large éventail de secteurs liés à la mobilité : parmi eux, l’industrie automobile, les transports publics, les chauffeurs d’autocars, les chauffeurs de taxis, les centres d’appels, les services de covoiturage, les centres de services aux entreprises et bien d’autres encore. En général, tout le monde a convenu qu’il était grand temps pour les syndicats de prendre le sujet à bras le corps au niveau mondial et de définir des revendications et des stratégies communes.
Les discussions ont été centrées sur trois questions principalement :
Quel rôle les grandes entreprises technologiques joueront-elles sur les marchés futurs et quelles réglementations sont nécessaires pour garantir des conditions de concurrence équitables entre les différents acteurs du marché, ainsi que pour garantir les droits des travailleurs et des conditions de travail et de rémunération décentes ?
Comment mettre au point une approche de réseau d’approvisionnement, afin de permettre une coopération fructueuse et efficace entre les syndicats représentant le secteur de la mobilité future sous tous ses angles ?
Comment mettre en œuvre un concept de Transition juste pour fournir une formation et un soutien à la main-d’œuvre existante et ainsi garantir son employabilité future ?
De nombreuses questions ont été posées à propos du nombre et de la localisation des pertes d’emplois prévisibles, mais aussi des nouveaux emplois. En outre, les rapports de force anticipés entre les acteurs traditionnels (industrie automobile, transports publics, services de taxis, etc.) et les nouveaux acteurs (entreprises technologiques, fournisseurs de services, etc.) ont suscité de vifs débats. Une équipe de scientifiques expérimentés a été chargée d’élaborer une étude connexe.
Les résultats de ces travaux seront présentés le 17 mai et seront débattus dans le cadre d’un atelier mondial plus tard dans l’année, probablement fin septembre.
Une politique d’intégration de la dimension de genre sera appliquée, ainsi que le principe d’équilibre des points de vue et des contributions des pays du Nord et du Sud. Deux observateur.trice.s seront désigné.e.s pour veiller au bon déroulement des travaux.
Agression d'un ouvrier d'un chantier de démolition navale
En février, ce découpeur du chantier de démolition navale Kabir Steel a été renvoyé sans la moindre formalité. Malgré des interventions de la Fédération des travailleurs du métal du Bangladesh (BMF), affiliée à IndustriALL, la direction a refusé de le réintégrer. BMF a alors déposé plainte officiellement au Département de l'inspection des usines et établissements (DIFE).
Rendue furieuse par cette plainte, la direction s'en est prise à lui et l'a également agressé physiquement, suivant ses dires.
"Nous condamnons fermement cet acte de violence infligé à un travailleur pour s'être plaint de la direction de Kabir Steel. Ces tactiques d'intimidation sont inacceptables et des mesures doivent être prises contre les agresseurs,"
a déclaré le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kan Matsuzaki.
La DIFE a recommandé au syndicat et à l'employeur de tenter de régler le différend. Après une réunion à deux le 15 mars, la direction a présenté ses excuses au travailleur et accepté de l'indemniser d'ici au 20 mars. L'employeur a aussi reconnu sa responsabilité dans l'agression.
Plusieurs accidents se sont produits aux chantiers Kabir Steel à cause de conditions de travail dangereuses. Le 31 janvier, un travailleur a été tué alors qu'il travaillait de nuit. La presse locale a annoncé que le ministère de l'Industrie avait ordonné la fermeture temporaire du chantier parce que la mort de ce travailleur faisait apparaître "sous un jour négatif l'industrie du recyclage des navires dans le pays comme à l'étranger".
En novembre de l'année dernière, le ministère a imposé au chantier de démolition navale Khwaja, aussi connu sous le nom Kabir Steel Ship Recycling Facilities, une amende de 500.000 takas (5.700 $) et lui a interdit d'importer des navires pour la démolition pendant quatre mois en raison de craintes pour l’environnement et de l'absence de mesures de sécurité au chantier. L'activité du chantier avait déjà été suspendue pour des raisons similaires en 2019.
Certaines informations disent que le chantier Kabir Steel a demandé à souscrire au mécanisme de la Convention de Hong Kong pour le recyclage sûr et écologiquement rationnel des navires.
IndustriALL appelle à une Transition juste, inclusive et transformatrice du point de vue du genre
CSW66 – Session d’ouverture dans la salle de l’Assemblée générale des Nations unies. Photo : ONU Femmes/Ryan Brown
La CSW66 se déroule du 14 au 25 mars. Au cours de la session annuelle la Commission, qui s’étend sur deux semaines, des représentants des États membres de l’ONU, des organisations de la société civile, notamment des syndicats, et des entités de l’ONU se réuniront, en personne au siège de l’ONU à New York, ainsi que de manière virtuelle.
Les débats porteront sur la réalisation de l’égalité entre les genres et l’autonomisation de toutes les femmes et jeunes filles dans le cadre des politiques et programmes relatifs au changement climatique, à l’environnement et à la prévention des risques de catastrophe. Les parties formuleront des recommandations qui prendront la forme de conclusions négociées sur le thème prioritaire de l’égalité des genres et de l’autonomisation des femmes dans le contexte du changement climatique.
IndustriALL a clairement indiqué, lors de la définition des priorités syndicales, que les plans de Transition juste doivent être couplés à la mise en œuvre, avec l’implication des syndicats, de politiques industrielles durables visant à créer du travail décent, en particulier pour les travailleurs et travailleuses qui seront touchés par les transformations industrielles. Ces politiques doivent garantir l’égalité des chances pour les hommes et les femmes, en s’attaquant aux inégalités de genre existantes.
“Les politiques relatives à la transition énergétique doivent chercher à obtenir, avec la participation des syndicats, des conditions de travail décentes pour les travailleurs, hommes et femmes, du secteur des énergies renouvelables et de sa chaîne d’approvisionnement. Ces politiques doivent également s’attaquer aux inégalités structurelles et comportementales entre les sexes pour permettre aux femmes, en particulier aux jeunes femmes, d’être présentes dans des emplois et des secteurs dont elles sont traditionnellement exclues, notamment dans les domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM). Elles doivent répondre aux besoins des femmes, en s’attaquant à la pauvreté énergétique liée au genre par le biais de l’accès universel à l’énergie,”
a déclaré Diana Junquera Curiel, Directrice d’IndustriALL pour l’énergie et la Transition juste.
IndustriALL a rejoint d’autres Fédérations syndicales internationales dans une déclaration commune appelant les États membres à agir immédiatement en adoptant des plans ambitieux de Transition juste qui préservent notre planète et s’attaquent de manière adéquate aux profondes inégalités et iniquités dans le monde du travail. Ces plans sont fondamentaux pour construire des sociétés résilientes, durables et justes, préparées pour répondre à l’urgence climatique et pour atteindre les objectifs fixés dans l’Agenda 2030 pour le développement durable.
Il est essentiel d’investir de manière adéquate et accrue dans une Transition juste vers une économie verte et solidaire, inclusive et sensible à la dimension de genre. Cela nécessite des garanties pour offrir un travail décent pour tous, y compris l’officialisation du travail informel et l’accès universel à la protection sociale. L’accès universel à des services publics de qualité en matière de soins, de santé et d’éducation, y compris les services de transport, l’élimination de la ségrégation sectorielle et professionnelle, l’égalité de rémunération pour un travail de valeur égale, l’élimination des écarts de salaires et de compétences et la garantie de la santé et de la sécurité au travail sont également des principes fondamentaux d’une Transition juste.
La CSW66 représente une occasion clé pour influencer les États pour qu’ils développent des plans de Transition juste inclusifs et transformateurs du point de vue du genre. Les conclusions négociées seront un outil important pour IndustriALL et ses affiliés afin de plaider cette cause et de négocier avec les gouvernements et les entreprises en vue de garantir que leur réponse au changement climatique tienne compte de son impact spécifique sur les femmes et de la transformation du monde du travail qui en découle. IndustriALL s’appuiera sur les résultats de la CSW66 pour développer de nouvelles stratégies.
Actuellement, l’égalité des genres est absente de nombreux plans de Transition juste des gouvernements. Elle est également absente de l’agenda de nombreux syndicats. La CSW66 est l’occasion d’accroître la visibilité de l’égalité des genres dans nos rangs et de souligner l’importance de l’intégration de la dimension de genre dans notre action en faveur de la Transition juste.
Une série d’importantes rencontres parallèles virtuelles, ouvertes à tous, sont organisées pendant la CSW66 sur une série de questions liées à l’impact du changement climatique sur les femmes et à une Transition Juste inclusive et transformatrice du point de vue du genre, y compris l’égalité de rémunération, les femmes dans les STIM et les solutions féministes au changement climatique.
Inscrivez-vous dès à présent à la rencontre parallèle organisée par les Fédérations syndicales internationales sur le thème de l’urgence de l’action pour le climat et de la transition juste et solidaire entre les genres qui aura lieu le 16 mars de 13h00 à 14h00 HNEC / UTC+1.
Illustration principale : CUPE/Hatnim Lee
La santé et la sécurité doivent être un principe et droit fondamental au travail
La SST rejoindrait ainsi les quatre principes et droits fondamentaux au travail que la Déclaration reconnaît actuellement : la liberté d'association et le droit de négociation collective, l'interdiction du travail forcé, l'interdiction du travail des enfants et l'élimination de la discrimination dans l'emploi.
Le Conseil d'administration se réunit trois fois par an, en mars, juin et novembre. C'est lui qui arrête les politiques de l'Organisation, fixe le programme de la Conférence internationale du travail, adopte le projet de programme et de budget de l'Organisation qui est soumis à la Conférence, et élit le Directeur général.
Cet appel des Global Unions est dans la ligne de la Déclaration du centenaire de l'OIT pour l'avenir du travail, de 2019, et d'une campagne mondiale demandant que la SST soit incorporée aux principes et droits fondamentaux au travail. En juin 2019, des experts des Nations unies avaient exhorté l'OIT à reconnaître et faire sans tarder des conditions de travail sûres et saines un de ses principes et droits fondamentaux au travail. Un texte faisant suite à la résolution relative à la Déclaration du centenaire de l'OIT pour l'avenir du travail préconisait l'ajout de propositions, notamment pour des conditions de travail sûres et saines, au cadre de l'OIT sur les principes et droits fondamentaux au travail.
Suivant le premier rapport commun OMS/OIT, publié le 27 septembre 2021, les maladies et lésions subies au travail causent chaque année la mort d'au moins 1,9 million de travailleurs. Or, si on ajoute les causes de décès par facteurs de risque non repris et qu'on prend en compte les lacunes des mécanismes de signalement, on approche du chiffre effrayant de trois millions de victimes.
"La santé et la sécurité au travail n'est ni un avantage en nature qui se négocie, ni une faveur qui s'octroie. C'est notre droit,"
a déclaré le directeur d'IndustriALL en charge des mines et de la SST, Glen Mpufane.
"Aucun salaire ne peut égaler notre santé ou notre vie, et aucune indemnisation accordée par un arbitre ne pourra nous rendre la santé ou la vie quand elle est perdue."
À la réunion du Conseil d'administration de l'OIT de novembre 2021, les Global Unions ont finalement obtenu que l'ordre du jour de la Conférence internationale du travail de 2022 prévoie un amendement en ce sens à la Déclaration de l'OIT de 1998 relative aux principes et droits fondamentaux au travail.
Après cette avancée, et pour s'assurer que le Conseil d'administration de l'OIT prenne les décisions nécessaires aux travailleurs en matière de SST, IndustriALL Global Union appelle ses plus de 50 millions de membres et d'affiliés à relayer l'appel de la CSI et à exhorter les gouvernements et les employeurs :
à déclarer la convention 155 sur la SST droit fondamental au travail, car elle définit le mieux ce que doivent faire les gouvernements;
à déclarer la convention 161 de l'OIT sur les services de santé droit fondamental complémentaire au travail. Cette convention impose aux gouvernements de faire en sorte que les travailleurs aient accès à un service de santé au travail, soit sur leur lieu de travail, soit par le système de santé publique.
à autoriser l'interprétation la plus large de la santé et la sécurité, à exhorter les gouvernements à préconiser l'expression "environnement de travail" en tant que référence du principe et droit fondamental au travail;
à faire en sorte d'empêcher toute concurrence entre pays en matière de normes SST dans les accords commerciaux.
"Les Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'homme énoncent le devoir et la responsabilité de protéger la santé et la sécurité des travailleurs. La résolution des Nations unies reconnaissant l'accès à un environnement sain et durable comme un droit universel, le moment est historique pour le Conseil d'administration qui doit prendre la bonne décision,"
a déclaré le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kan Matsuzaki.
Les syndicats en grève dans les mines d’or sud-africaines
La grève a débuté le 9 mars par le poste de nuit après la cinquième proposition de Sibanye Stillwater sur les négociations salariales, qui n’a pas répondu aux revendications et ait été rejetée par les syndicats.
Auparavant, le NUM avait organisé des rassemblements conjoints avec d’autres syndicats, dont l’UASA, affilié d’IndustriALL, en raison du refus de la compagnie minière de satisfaire aux revendications salariales. Des négociations ont également eu lieu devant la Commission de conciliation, de médiation et d’arbitrage (CCMA), mais elles ont été tirées en longueur et aucun accord n’a été trouvé.
La CCMA a entériné le constat d’échec, position qui permet aux syndicats d’émettre un préavis de grève de 48 heures. Selon le droit du travail sud-africain, les conflits du travail peuvent être soumis à la CCMA pour conciliation.
Le NUM nous a fait savoir que les syndicats revendiquent une augmentation de 1.000 rands (65 dollars) par mois pour les mineurs de surface et de fond et de 6 % pour les métiers techniques, les autres fonctions dans la mine et les postes administratifs.
William Mabapa, Secrétaire général ff du NUM, a déclaré :
“Les mineurs sont déterminés à poursuivre leur action de grève jusqu’à ce que leurs revendications soient satisfaites. Le syndicat a mesuré l’arrogance des employeurs qui maintiennent qu’ils sont inébranlables dans leur offre de 5 % et de 700 rands (46 dollars), soit des salaires de misère. Cependant, le NUM est lui aussi inébranlable dans ses revendications pour un salaire décent.
Le NUM a été réticent à entreprendre des actions de grève dans le cadre de ces négociations, mais étant donné l’arrogance de Sibanye Stillwater, le syndicat est obligé de s’engager dans une grève nationale qui changera à jamais le paysage de l’exploitation aurifère. Les capitaines d’industrie se sont continuellement octroyés d’énormes boni alors que les mineurs gagnent des salaires de misère.”
Glen Mpufane, Directeur d’IndustriALL pour le secteur des mines, déclare :
“Nous soutenons cette grève en faveur de salaires décents pour les travailleurs et travailleuses des mines d’or de Sibanye Stillwater et félicitons le NUM pour sa solidarité avec les autres syndicats. L’unité syndicale est importante dans cette grève. En outre, elle vise également à préserver les acquis tels qu’ils figurent dans les conventions collectives existantes entre l’employeur et les syndicats,”
Sibanye Stillwater, qui emploie 31.000 personnes pour l’extraction de l’or, exploite également des métaux platineux en Afrique du Sud et aux États-Unis. L’entreprise est également impliquée dans l’exploitation de métaux destinés aux batteries. La société est cotée en bourse de Johannesburg et de New York.
“Une grande tragédie humanitaire”
“Nous connaissons un hiver très froid. La nourriture vient à manquer. C’est une grande tragédie humanitaire,” confie un leader syndicaliste.
En raison des conditions difficiles, seule la moitié des affiliés a pu se joindre à la réunion. Ceux qui ont pu le faire ont lancé un appel à l’aide pour les personnes qui sont en grave danger à cause de l’invasion russe, se réfugiant dans des abris ou fuyant. Pour les habitants des villes assiégées, la vie s’est figée, sans électricité ni eau.
Les représentants des travailleurs ont expliqué en détail la situation dans les différents secteurs et régions. Seule la moitié des entreprises du pays sont encore en activité et nombre d’entre elles sont confrontées à des problèmes d’approvisionnement. De nombreux membres de syndicats sont désormais des soldats.
Les travailleurs du nucléaire ont évoqué les dangers très réels causés par l’attaque russe contre la centrale nucléaire de Zaporizhzhia et l’occupation du site de Tchernobyl.
Le Président d’IndustriALL, Jörg Hofmann, a réitéré l’engagement de solidarité d’IndustriALL :
“Nous exigeons la fin immédiate de la guerre et le retrait des troupes russes. Nous continuerons à aider les personnes touchées et les réfugiés par une solidarité concrète sous forme de dons et de livraisons d’aide. Nous sommes aux côtés de l’Ukraine.”
Alors que la situation humanitaire en Ukraine s’aggrave, il y a un besoin de solidarité et d’assistance financière dans toutes les régions du pays. Si vous voulez apporter votre aide, veuillez faire un don, en euros pour réduire les coûts de transaction, sur le compte bancaire d’IndustriALL Global Union.
Combler l'écart salarial entre hommes et femmes
Besoin d'une négociation collective inclusive
L'écart salarial entre les hommes et les femmes est la conséquence des inégalités fondées sur le sexe dans la société, l'économie et sur le marché du travail. Des lois nouvelles, comme celle votée récemment en Espagne, adoptent une démarche plus large, imposant aux entreprises d'élaborer des plans pour l'égalité qui analysent et remédient à d'éventuelles discriminations dans le recrutement, la promotion, la rémunération, la santé et la sécurité, etc.
Les organisations syndicales jouent un rôle essentiel par le biais de la négociation collective, qui peut être utilisée comme un outil pour promouvoir l'égalité sur le lieu de travail et défaire beaucoup de préjugés solidement enracinés sur le rôle des travailleuses. L'expérience montre que la négociation collective contribue à réduire les inégalités salariales entre les hommes et les femmes.
Il est essentiel d'obtenir la parité entre les sexes dans les organes de décision, de dialogue social et de négociation collective. La présence de femmes à la tête des syndicats et dans les équipes de négociation influence l'attention qui sera portée aux femmes dans la négociation collective et dans les résultats obtenus. Souvent, les questions d'égalité ne sont reprises dans les conventions collectives que lorsque des femmes ont participé directement aux négociations.
Répartition inégalitaire du travail non rémunéré et de la garde des enfants
Le travail non rémunéré occupe une place énorme. On ne peut espérer combler progressivement l'écart salarial entre hommes et femmes tant que le travail non rémunéré ne sera pas reconnu et valorisé et qu'il ne sera pas redistribué entre elles et eux, mais aussi entre les familles et des services publics de soins de qualité. Près de 70 pour cent des activités d'accompagnement non rémunérées sont encore assurés par les femmes, et cette proportion augmente fortement avec la présence de jeunes enfants dans le ménage. En moyenne, les femmes consacrent trois fois plus de temps que les hommes aux soins aux enfants.
Cette répartition inégale du travail non rémunéré et de la garde des enfants découle de stéréotypes d'une époque où l'homme était considéré comme le principal soutien de famille et la femme comme la gardienne du foyer. Déconstruire ces normes et stéréotypes est la première chose à faire pour redistribuer la charge des soins et du travail domestique.
Une répartition inégalitaire a une incidence directe sur l'écart salarial entre hommes et femmes et contribue au décalage salarial des mères, comme l'a illustré l'OIT.
Les campagnes que mènent actuellement les syndicats montrent qu'il est essentiel d'investir dans l'accompagnement – santé, éducation, soins à l'enfance et aux personnes âgées et autres services d'aide sociale – pour permettre une participation effective des femmes dans tous les pans de l'économie.
En Europe, beaucoup de syndicats donnent la priorité à des politiques de réconciliation du travail et de la vie de famille, avec notamment des dispositions en matière de garde des enfants propices à un meilleur partage des tâches et un comblement de l'écart salarial. Au Japon, en avril 2022, les syndicats négocieront un amendement à la Loi sur le congé pour raisons familiales qui permettra au père de prendre plus facilement congé après la naissance d'un enfant en imposant aux employeurs de mettre de tels dispositifs en place.
Sous-évaluation du travail des femmes
"En tant que syndicats, nous avons tendance à croire que, parce que nous avons négocié une grille de salaires, il n'y a plus d'écart salarial entre les hommes et les femmes et qu'ils percevront le même salaire pour le même travail. Or, cela ne suffit pas parce que ça n'élimine pas automatiquement les facteurs qui contribuent à cet écart salarial, comme la ségrégation professionnelle, la sous-évaluation du travail le plus souvent confié à des femmes, l'inégalité d'accès aux primes et prestations. Nous devons mettre la valeur du travail effectué au centre des négociations,"
déclare la secrétaire générale adjointe d'IndustriALL Christine Olivier.
Les normes sociales et les stéréotypes de genre maintiennent les femmes à l'écart des industries et des secteurs où les salaires sont plus élevés, comme les sciences, la technologie, l'ingénierie et les mathématiques (STIM). Dans ces secteurs, les femmes sont victimes d'une discrimination qui freine leur développement professionnel. Leurs salaires sont généralement inférieurs à ceux de leurs collègues masculins. Dans les secteurs de l'énergie et des TIC, l'écart est en général de 31 et 25 pour cent respectivement.
En Espagne, un récent rapport des Comisiones Obreras montre que près de 40 pour cent de l'écart de rémunération mensuelle entre les hommes et les femmes provient des prestations et primes. Ces compléments rétribuent en règle générale les aspects masculins du travail, comme l'effort physique, la pénibilité et le travail de nuit, tandis que les aptitudes telles que l'attention, la précision, l'endurance ne sont pas rétribuées.
Les initiatives sur la transparence des salaires, comme par exemple les enquêtes et audits d'égalité salariale peuvent contribuer à mettre en lumière la faiblesse de la rémunération du travail fait par les femmes. La CES et les syndicats européens réclament une directive européenne qui oblige les employeurs à publier des informations sur les salaires (audits) et des plans d'action annuels sur l'égalité de rémunération, et ils encouragent les syndicats à négocier avec les employeurs pour combler le fossé salarial.
Les évaluations et classements non genrés ont encore plus d'importance en ce qu'ils remettent en cause les préjugés fondés sur le sexe dans l'évaluation du travail des femmes et combattent la sous-évaluation historique des compétences des femmes et de leur travail. Faute d'être conçus de manière à répondre au principe du salaire égal pour un travail de valeur égale, les programmes d'évaluation des postes perpétueront les inégalités actuelles.
La Norme islandaise d'égalité salariale est largement considérée comme une meilleure pratique pour atteindre l'égalité de salaire pour un travail d'égale valeur. Les employeurs devraient prouver qu'un système uniforme et non-discriminatoire est en place pour baser la comparaison sur un système d'évaluation et de classification à partir de quatre grands critères : l'expertise, la responsabilité, l'effort et le cadre de travail, et de critères secondaires devant être arrêtés et pondérés suivant des modes propres à chaque entreprise ou institution.
Il est essentiel de tenir compte du caractère genré de la fixation des salaires, sinon les conventions collectives continueront à institutionnaliser et légitimer la sous-évaluation du travail des femmes.
Des syndicats tels que l'USW au Canada ou Unite au Royaume-Uni ont élaboré des lignes directrices sur ce qu'il y a lieu de négocier pour améliorer la législation en vigueur s'agissant de l'égalité salariale, des enquêtes sur l'égalité salariale et de l'évaluation non genrée des emplois.
Catégories de travailleuses vulnérables
Dans les économies informelles de nombreux pays, les femmes y sont majoritaires. Les campagnes et négociations pour une protection sociale universelle pour tous sont indispensables pour combler l'écart salarial. Il est important de collaborer avec d'autres partenaires sociaux car la formalisation de l'économie informelle contribuera à mettre en place un environnement propice à la négociation collective.
Pour combler l'écart salarial entre hommes et femmes, il est essentiel de garantir aux femmes un travail décent et de remédier à la proportion disproportionnée de femmes dans les emplois précaires et peu qualifiés, mal rémunérés et mal considérés. Il faut un engagement politique pour une redistribution des ressources en faveur des emplois et secteurs où les femmes sont mal rémunérées.
La concentration des femmes au plus bas des chaînes d'approvisionnement mondiales, là où les réglementations sont les plus défaillantes et la concurrence la plus dure, contribue aussi à l'écart salarial entre hommes et femmes. Les accords-cadres mondiaux avec des multinationales peuvent jouer un grand rôle dans l'amélioration des conditions de travail ainsi que dans les négociations de salaires minimums nationaux ou sectoriels. Le processus ACT jouera aussi un rôle essentiel en revalorisant les salaires des femmes dans la chaîne d'approvisionnement.