Les métallurgistes sud-africains débattent des stratégies de négociation dans un monde du travail en mutation

L’affilié d’IndustriALL Global Union, le NUMSA, Syndicat national des métallurgistes d’Afrique du Sud, a organisé une telle conférence nationale de négociation du 11 au 13 avril à Boksburg, près de Johannesburg, afin de discuter de la stratégie de négociation des métallurgistes pour le cycle de négociations de 2022. Cette conférence s’est concentrée sur les salaires vitaux, les avantages sociaux et les conditions d’emploi.

La conférence a réuni 288 délégués des secteurs où le NUMSA est présent, notamment l’automobile, les composants automobiles, les garages et la manufacture de pneus. Les autres secteurs clés sont le celui de l’énergie, qui concerne les travailleurs et travailleuses de la compagnie d’électricité Eskom, ainsi que ceux des métaux et de l’ingénierie. Les accords internes, dans le cadre desquels le syndicat a autorisé certaines entreprises à négocier des accords internes distincts, en dehors des négociations sectorielles, ont également été abordés.

Des intervenants de la conférence, issus du département des ressources minérales et de l’énergie, de l’institut de statistique d’Afrique du Sud et d’institutions de recherche, dont celle chargée des stratégies de politiques commerciales et industrielles, ont présenté le contexte social et économique du pays et ses implications pour les négociations collectives.

La conférence nationale de négociation a formulé des recommandations pour les différents secteurs. Par exemple, dans le secteur de l’automobile, la conférence a conclu que la transition du moteur à combustion interne vers les véhicules électriques ne devait pas entraîner de pertes d’emplois, mais devait au contraire protéger les intérêts des travailleurs et travailleuses conformément aux politiques gouvernementales, notamment le plan directeur automobile 2025. En outre, l’approvisionnement local de certains composants reste essentiel à la survie de certaines industries de la chaîne de valeur.

En ce qui concerne la Transition juste, le syndicat affirme qu’elle doit se faire de manière durable et abordable financièrement, en tenant compte du mix énergétique du pays (charbon, nucléaire et énergies renouvelables). En outre, les centrales au charbon ne doivent pas être fermées sans garanties de sécurité de l’emploi et sans un plan de Transition juste qui protège les travailleurs et travailleuses ainsi que les droits de l’homme. La conférence a exhorté Eskom à mettre fin aux coupures de courant qui ont entraîné des pertes énormes pour l’économie.

En ce qui concerne les entreprises publiques, la conférence a recommandé des augmentations de salaires permettant de compenser une inflation d’au moins 7 % chez Eskom, tandis que les arriérés de salaires devraient être payés aux travailleurs et travailleuses de South Africa Airways et de Denel. La conférence a rejeté la privatisation des entreprises d’État, arguant qu’elles produisaient des biens publics.

Dans le secteur de l’acier et de l’ingénierie, le syndicat a déclaré que le plan directeur de l’acier devait être préservé afin de promouvoir le domaine des fabrications et de mettre fin à la désindustrialisation du secteur, qui entraîne des pertes d’emplois.

Irvin Jim, Secrétaire général du NUMSA, a déclaré :

“Cette conférence est une plate-forme qui nous permet de débattre non seulement de la manière dont nous devons nous positionner sur le plan organisationnel, mais aussi de la manière dont nous envisageons la syndicalisation et la mobilisation au-delà de ce cycle de négociations, afin de consolider le pouvoir de négociation des travailleurs et travailleuses.

La tâche de la conférence nationale de négociation est de repositionner en permanence les stratégies de négociation du NUMSA par rapport à notre implication dans la quatrième révolution industrielle qui va au-delà la mondialisation au niveau de la restructuration du lieu de travail. Cependant, la mise en œuvre des dernières technologies en ne tenant pas compte de la Transition juste et de l’avenir du travail menace les emplois existants.”

“Les discussions animées qui ont eu lieu lors de cette conférence nationale sur la négociation montrent que le NUMSA s’inscrit dans la transformation du monde du travail et veille à ce que ses délégués soient armés de compétences de négociation et puissent utiliser efficacement les technologies numériques pour comprendre les tendances du secteur et d’autres informations essentielles sur les chaînes d’approvisionnement complexes. Cette approche dynamique est essentielle à la négociation collective et garantit que les travailleurs et travailleuses conservent leurs avantages et un salaire décent,” a indiqué Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique subsaharienne.

Une travailleuse d'un chantier naval coréen réintégrée après 37 années de lutte

Des centaines de syndiqués assistaient à la cérémonie

Des centaines de membres du Syndicat coréen des travailleurs de la métallurgie (KMWU), affilié à IndustriALL Global Union, ont bravé le froid pour assister à cette cérémonie de réintégration historique, le 25 février.

Kim a remercié les adhérents qui n'ont cessé de militer pour sa réintégration, en déclarant que cet événement qui fera date ouvre la voie à une loi qui donne accès à la justice et aux moyens de recours aux travailleurs qui ont subi une violence soutenue par l'État et des licenciements abusifs dans la lutte pour la démocratie pendant la période d'autoritarisme qu'a vécue la Corée entre 1961 et 1987.

Le président du KMWU, Yoon Jang-Hyeok, a déclaré :

"Pendant la dictature militaire, les travailleurs, dont notre camarade Kim Jin-Suk, ont tenu bon face à une violence parrainée par l'État, une chasse aux rouges, les kidnappings, la torture et les licenciements abusifs, pour se battre pour la démocratie au sein du syndicat. L'histoire a montré que la lutte pour le syndicalisme démocratique est une condition importante du changement social.

Bien que cela ne rendra pas la vie aux camarades qui sont tombés, comme Park Changsoo, Kim Joo-ik, Kwak Jae-kyu, Choi Kang-seo et Kim Guem-sik, et que cette réintégration n'ait que trop tardé, nous sommes heureux de son entrée historique dans le chantier naval où elle a mangé à la cantine en compagnie des travailleurs pour lesquels elle a sacrifié toute sa vie."

Kim a été engagée à la Korean Shipbuilding Corporation en tant que soudeuse en 1981. Parce qu'elle et ses collègues protestaient contre le manque d'hygiène de la nourriture et réclamaient la transformation d'un syndicat à la solde de l'entreprise et géré par des gens corrompus en une organisation démocratique, la direction l'a licenciée en 1986.

Lorsque l'entreprise a changé de mains pour devenir la Hanjin Heavy Industries and Constructions (HHIC) en 1989, la nouvelle direction a toujours refusé de la réintégrer.

Même après son licenciement, Kim est restée solidaire des travailleurs du chantier naval et elle a joué un rôle essentiel dans la contestation des licenciements collectifs de 2003 et 2011.

En 2011, elle a occupé une grue de 35 mètres pendant 309 jours pour protester contre le licenciement de 400 travailleurs. Sa bravoure est à l'origine du mouvement Hope Bus et de la réintégration de 94 syndiqués.

Pendant l'hiver 2021, elle a effectué une marche de 34 jours de Busan à Séoul, jusqu'à la résidence du président coréen, Moon Jae-in, pour demander sa réintégration. Le président n'a pas répondu à sa requête. En revanche, ses collègues de la section du KMWU de Hanjin Heavy Industries sont arrivés à un accord avec l'employeur, HJ Shipbuilding & Construction (HJSC), le 23 février de cette année. Kim ayant atteint l'âge de la retraite, ses conditions seront négociées après la cérémonie.

En plus d'appeler les politiciens à adopter une loi réformant la Banque coréenne de développement, lors de la cérémonie de réintégration, Kim les a appelés à modifier la Loi sur les homicides d'entreprise en se concentrant sur les travailleurs qui ont perdu la vie et les membres de leur famille, à adopter une loi générale contre la discrimination couvrant les LGBT, les migrants, les personnes handicapées et les femmes, à légiférer afin de rétablir l'honneur des autres travailleurs qui se sont sacrifiés dans la lutte pour la démocratie et à intervenir pour régler la question des travailleurs précaires chez Asahi Glass, Asiana KO, au Service national de l'assurance-santé et à la Korea Expressway Corporation.

"Malgré cette longue et difficile route vers la réintégration, ce combat de 37 ans pour les droits des travailleurs et leur dignité est remarquable et mérite d'avoir une page dans l'histoire du mouvement syndical d'Asie. Merci, camarade Kim Jin-Suk, pour ce que tu as fait pour les travailleurs des chantiers navals coréens,"

a déclaré Shinya Iwai, le secrétaire régional d'IndustriALL pour l'Asie du Sud-est.

Étude d’IndustriALL sur les risques de violence et de harcèlement basés sur le genre et les réponses syndicales

Ce rapport, financé par la Fondation allemande Friedrich Ebert (FES), est le résultat du travail de Jane Pillinger, experte en violence sexiste.

“Ce fut un véritable privilège de mener cette recherche et de donner la parole à des femmes du monde entier sur les problèmes qu’elles rencontrent dans le monde du travail et sur la manière dont les syndicats peuvent, et doivent, prendre des mesures importantes pour mettre fin à la violence fondée sur le genre. L’étude, qui comprend des entretiens individuels et collectifs avec une centaine de travailleuses dans les secteurs de l’exploitation minière, de la confection et de l’électronique, nous a donné un aperçu unique des risques de violence et de harcèlement auxquels sont confrontées les travailleuses.

Elle a surtout montré le pouvoir et le leadership des femmes et des hommes au sein de leurs syndicats pour faire face à ces risques, prévenir et combattre la violence et le harcèlement fondés sur le genre et les placer au centre du recrutement syndical, de la formation et de la sensibilisation, de la défense des droits et de la représentation des travailleurs et travailleuses. Ce n’est qu’alors que nous pourrons sérieusement briser le silence qui entoure la violence et le harcèlement fondés sur le genre,”

indique Jane Pillinger.

Cette étude apporte des preuves directes de la violence liée au sexe dans les trois secteurs concernés. Bien que les employeurs et les syndicats accordent une attention croissante à la violence liée au sexe, celle-ci reste omniprésente. L’étude identifie les multiples expériences des femmes en matière de violence basée sur le genre et les préjudices qu’elles subissent, qui vont de la violence verbale, des blagues et commentaires sexistes à des formes plus graves de harcèlement sexuel persistant, d’agression sexuelle et d’attente de faveurs sexuelles en échange d’un emploi ou d’une promotion.

L’étude s’appuie sur les dispositions de la Convention 190 et de la Recommandation 206 de l’OIT. Elle se concentre sur les risques auxquels les femmes sont confrontées au quotidien, jetant les bases de la prévention de la violence et du harcèlement basés sur le genre de la part des employeurs et des syndicats et de l’inclusion de la violence et du harcèlement basés sur le genre dans la thématique de la santé et la sécurité au travail. Le rapport souligne également les impacts et les risques de la violence domestique dans le monde du travail.

“Grâce aux recommandations des directions des syndicats et des travailleuses, ainsi qu’au regard porté sur les bonnes pratiques des syndicats, ce rapport fournit des indications sur la voie à suivre par IndustriALL et ses affiliés pour éliminer la violence sexiste.

Nous devrions en faire davantage pour responsabiliser les employeurs. Les femmes interrogées ont témoigné de l’inefficacité et de l’inadéquation des mesures prises par les entreprises et leurs fournisseurs, qui protègent encore trop souvent les auteurs de ces violences,”

a déclaré Christine Olivier, Secrétaire générale adjointe d’IndustriALL.
 
Seront publiés dans les semaines à venir :

À quoi pourrait ressembler une Transition juste dans le secteur pétrolier et gazier du Nigeria ?

Le NUPENG, qui est affilié à IndustriALL Global Union, a accueilli la conférence à Asaba, dans l’État du Delta, le 5 avril, sur le thème : “Une transition énergétique juste pour les travailleurs du pétrole et du gaz, le bien-être social et la sécurité”.

S’exprimant lors de la tenue de la Conférence, qui est l’organe le plus élevé du syndicat et une plateforme démocratique pour les délégués qui fixe le programme de l’organisation et en répartit les mandats, Prince William Akporeha, Président de NUPENG, a déclaré :

“Le thème de la Conférence a été choisi avec soin et de manière appropriée en fonction des nouvelles réalités du changement climatique. Les plus importantes sources d’énergie actuelles sont les principaux catalyseurs du changement climatique dont le monde est témoin. Il est donc nécessaire de passer à des sources d’énergie plus durables pour la production industrielle et domestique. Il est important de noter que le mouvement syndical international exige une Transition juste qui tienne compte de son impact socio-économique sur les travailleurs et travailleuses.”

Les questions abordées lors de la Conférence comprenaient le 40e anniversaire du syndicat, l’impact de la pandémie de Covid-19 dans le secteur pétrolier et gazier, notamment sur les licenciements, la lutte pour les droits des travailleurs par l’amélioration des relations sociales et de la négociation collective ainsi que la lutte contre les conditions de travail précaires. En outre, la Conférence a appelé à des politiques nationales qui soutiennent la construction de nouvelles raffineries de pétrole et une industrialisation durable qui crée des emplois décents dans le secteur. Le syndicat a également appelé le gouvernement fédéral du Nigeria à améliorer la sécurité dans le pays afin de mettre un terme aux “meurtres et enlèvements insensés” et aux conflits dans certaines communautés.

Au nombre de ses victoires, le syndicat a mentionné la lutte contre le travail précaire chez Shell et a indiqué que dans ce cadre, le soutien d’IndustriALL avait été précieux, car il a conduit à la signature d’une convention collective pour les travailleurs sous-traitants avec la Shell Petroleum Development Company. Chez Chevron, 1.710 travailleurs ont reçu l’intégralité de leurs indemnités de fin de contrat, tandis que Valiant Energy a également versé des indemnités de fin de contrat à 39 travailleurs. Pour renforcer le syndicat, des Comités de femmes ont été créés et les jeunes travailleurs et travailleuses sont représentés par un Conseil de la Jeunesse.

Paule France Ndessomin, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Afrique sub-saharienne, qui a assisté à la réunion, a déclaré :

“Il est important que vous vous réunissiez dans le cadre des traditions démocratiques du syndicat pour établir le programme de l’organisation et renouveler les mandats de la direction du NUPENG. La démocratie participative est importante pour construire le pouvoir syndical. Nous ne devons jamais oublier que la Transition juste est un concept de la classe ouvrière qui a émergé du mouvement syndical pour protéger et faire progresser les droits et les intérêts des travailleurs et travailleuses. En ce sens, une transition énergétique juste doit soutenir la thématique du travail décent : promouvoir la création d’emplois, garantir les droits au travail, étendre la protection sociale et promouvoir le dialogue social.”

Les syndicats d'Arménie discutent d'une Transition juste dans le secteur de l'énergie

La production énergétique de l'Arménie est à 40 pour cent verte, parce qu'elle vient d'une centrale nucléaire qui n'émet pas de CO2. 20 autres pour cent viennent de l'hydroélectricité. Mais cette source est saisonnière et l'Arménie a un accord avec l'Iran pour un échange réciproque d'énergie suivant la saison.

Les participants à l'atelier ont souligné que les syndicats doivent avoir leur place à la table pour faire que les conditions de travail soient obligatoirement discutées pour une Transition juste vers une énergie renouvelable. Les dossiers d'offres pour la construction d'une nouvelle centrale solaire portent sur la sécurité de l’environnement ainsi que sur des caractéristiques techniques accessoires. Mais les questions sociales en sont absentes, qu'il s'agisse de salaires décents ou de santé et de sécurité. Il faut que les syndicats fassent pression sur le gouvernement pour que des chapitres sociaux soient incorporés.

Par le biais de la Confédération des syndicats d'Arménie et de la CSI, il faudrait aussi solliciter les institutions financières internationales qui accordent des prêts pour la réalisation de programmes énergétiques et d'autres projets ayant des critères et des propositions similaires pour qu'elles incluent un volet social convenu avec les organisations syndicales. Cela garantirait que ces projets ne se réalisent pas en sacrifiant les salaires des travailleurs, privant ainsi l'Arménie de la possibilité d'atteindre un jour des niveaux de salaires décents.

Diana Junquera Curiel, la directrice d'IndustriALL en charge de l'énergie, s'est exprimée à propos d'une nouvelle initiative commune du TUC, LO Norvège et IndustriALL pour une Transition juste dans le secteur de l'énergie.

Sophia Schönborn, secrétaire du syndicat IG BCE, a parlé de l'expérience de l'Allemagne s'agissant de l'abandon de l'extraction charbonnière et des mesures de soutien aux travailleurs entre la fin des années 1950 jusqu'à la fermeture des derniers puits de mine en 2018. Un engagement budgétaire de 40 milliards € est prévu au cours des vingt prochaines années pour la création de nouvelles industries, de pôles de technologie et de recherche dans les districts miniers, d'infrastructures modernes, d'emplois, de programmes de formation aux nouveaux emplois et d'un programme de départ à la retraite anticipée afin d'atténuer les impacts négatifs sur les travailleurs, les régions et les communautés.

IndustriALL compte trois affiliés en Arménie, le Syndicat des travailleurs de l'industrie d'Arménie, le Syndicat de l'électricité de la République d'Arménie et le Syndicat de branche des Organisations syndicales des mineurs et des travailleurs de la métallurgie et de la joaillerie de la République d'Arménie.

Les métallos solidaires en temps de guerre

L'usine ArcelorMittal de Kryvyi Rih, dans l'Est de l'Ukraine, est une des plus grandes aciéries au monde; elle emploie 24.000 travailleurs dans un processus intégré d'extraction et de transformation de minerai de fer et de production d'acier. Le personnel est représenté par le Syndicat des travailleurs de la métallurgie et des mineurs d'Ukraine, affilié à IndustriALL Global Union.

Peu après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, le 24 février, les troupes russes sont arrivées à une dizaine de kilomètres de Kryvyi Rih. La haute direction de l'entreprise, composée essentiellement d'expatriés, a été évacuée en Pologne, laissant l'usine à la garde des cadres locaux, du syndicat et des travailleurs.

L'activité minière a été arrêtée en premier, de crainte que des mineurs se retrouvent piégés au fond si l'électricité était coupée. Ensuite, le 3 mars, les travailleurs ont éteint les fours, une procédure compliquée qui demande beaucoup de prudence et prend sept à dix jours pour se faire en toute sécurité, ils ont creusé des défenses antichars et construit des abris.

Malgré les alertes régulières de raids aériens et les bombes qui explosent tout près, des activistes syndicaux sont restés sur place pour coordonner les secours aux militaires, aux forces de défense territoriale, aux hôpitaux et aux travailleurs, et pour aider à l'évacuation des femmes et des enfants. Près de 1.600 travailleurs ont été incorporés dans les forces de défense territoriale et ont dû trouver d'urgence des équipements de protection.

La responsable du syndicat dans l'usine, Natalya Marynyuk, a adressé un fervent appel aux métallos d'autres pays, sollicitant leur soutien politique et leur aide humanitaire :

"La population ukrainienne vous est reconnaissante d'être aux côtés de l'Ukraine dans ces moments terribles. Beaucoup d'entre vous ont participé aux manifestations pour la paix, réclamant l'arrêt de la guerre de Poutine contre l'Ukraine et contre notre peuple. Par votre action, vous avez forcé des gouvernements hésitants à agir et imposer des sanctions à la Russie."

Et elle a ajouté une liste de fournitures humanitaires essentielles dont le pays a besoin.

Les travailleurs de l'usine ArcelorMittal de Brême, en Allemagne, ont été les premiers à réagir par le biais de leur syndicat, IG Metall, en envoyant un chargement de médicaments, de vêtements chauds, de sacs de couchage, d'extincteurs et de générateurs à la frontière polonaise, où leurs homologues ukrainiens l'ont pris en charge.

L'usine de Brême a envoyé un deuxième chargement début avril, et des membres de tous les syndicats de l'usine ArcelorMittal de Gand, en Belgique – ACV, ABVV, ACLVB, BBTK, et ACV Puls – ont également organisé une expédition.

À la fin mars, les forces russes ont été repoussées à quelque 70 km de l'usine et, bien que le danger ne soit pas écarté, le syndicat a plaidé pour une reprise de la production afin de maintenir la base économique de la ville. Le 2 avril a débuté la remise en service du four n° 6. Il a été relancé le 9 avril et la production de fonte brute et d'acier a repris. Le syndicat a réclamé le retour de la direction pour gérer l'usine. Celle-ci est maintenant confrontée au problème du transport de l'acier, les ports de la mer Noire n'étant plus accessibles. Les travailleurs ne se sentent pas en sécurité parce que les combats continuent à proximité et ceux qui avaient quitté la ville n'ont pas encore repris le travail.

Les syndicalistes de l'usine de Kryvyi Rih remercient IG Metall

Natalya Marynyuk a remercié en ces termes les travailleurs de la métallurgie pour leur soutien :

"L'aide et la solidarité internationales comptent énormément pour notre syndicat en ces temps de guerre, parce qu'elles nous inspirent et relèvent le moral, parce que nous sentons que nous ne sommes pas seuls dans le combat pour notre pays, pour la liberté et les valeurs européennes, et aussi parce que, grâce à nos merveilleux collègues des syndicats étrangers, nous avons la possibilité de fournir à nos salariés ce dont ils ont besoin pour défendre Kryvyi Rih et l'Ukraine."

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Lancement de l’initiative pour une Transition juste dans le secteur de l’énergie

Cent vingt et un participants issus de syndicats de trente-deux pays ont échangé des informations lors du lancement de l’Initiative pour une Transition juste dans le secteur de l’énergie. Les syndicats ont exprimé un fort soutien à cette initiative, qu’ils considèrent comme opportune et importante pour répondre aux préoccupations concernant les progrès de la Transition juste dans différents pays et le manque d’implication des syndicats.

“Nous avons besoin d’un mouvement syndical fort, si nous ne pouvons pas gérer une Transition juste, cela revient à laisser les travailleurs et travailleuses sur le carreau. Il y a un terme au bout duquel la Terre ne pourra pas se régénérer en vue d’un avenir stable si nous n’appliquons pas de transition.

D’autre part, il existe de bons emplois dans le domaine des sources d’énergie autres que les combustibles fossiles et nous devons y recruter syndicalement. Nous savons que l’investissement dans l’action climatique crée des emplois, mais nous devons nous assurer qu’il s’agit de bons emplois. Et cela passe par la syndicalisation,”

a indiqué la Secrétaire générale de la CSI, Sharan Burrow.

Le secteur de l’énergie joue un rôle essentiel dans les économies nationales et régionales. Les entreprises énergétiques de dimensions nationale et internationale ont fourni des millions d’emplois directs syndiqués dans le passé. Les revenus du secteur énergétique sont essentiels pour les budgets des États, des régions et du pays.

Peggy Hessen Folsvik, Présidente de LO Norvège, a expliqué qu’en Norvège, l’industrie pétrolière a été l’une des plus importantes au cours des 50 dernières années. Elle représente 22 % des revenus de l’État et emploie plus de 220.000 travailleurs et travailleuses.

“Les transitions seront difficiles, mais pas impossibles.

Nos syndicats soutiennent l’Accord de Paris et nous comprenons que les emplois pourraient changer plutôt rapidement que tardivement. Il est important de garantir une Transition juste pour les travailleurs et travailleuses de ce secteur,”

a poursuivit Folsvik.

Les conflits politiques, l’instabilité croissante, la concurrence stratégique et les menaces pour la sécurité ont poussé de nombreux pays à réévaluer leurs systèmes énergétiques, passant de l’importation de combustibles fossiles à l’accélération du développement de toutes les formes d’énergie propre. La sécurité énergétique est une question essentielle qui, associée aux préoccupations climatiques, accélère les efforts visant à développer des énergies propres avec des chaînes d’approvisionnement sûres et locales.

Les grands pays ont prévu d’investir dans les technologies de transition vers les énergies propres, mais les syndicats ont fait valoir que rien ne garantit que le passage à ces technologies permettra de conserver et de créer de bons emplois.

Les participants ont aussi indiqué clairement que les entreprises investissent dans la transition énergétique de manière unilatérale, que les travailleurs et travailleuses sont tenus à l’écart du processus et que les entreprises n’investissent pas suffisamment pour respecter les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris.

Les syndicats ne sont pas satisfaits des efforts déployés jusqu’à présent par les entreprises du secteur de l’énergie. Les négociations collectives existantes, la fixation d’objectifs climatiques et les initiatives d’entreprises responsables ne donnent pas suffisamment de résultats dans le secteur.

Le lancement réalisé aujourd’hui comprend deux initiatives : la première examinera les technologies et les exemples nationaux afin de dresser un bilan en matière d’emploi. Les syndicats et les experts partageront des informations sur les emplois, les compétences, les marchés, les investissements et les émissions pour des technologies telles que l’hydrogène, le PSC (piégeage et stockage du dioxyde de carbone), l’éolien offshore et d’autres énergies renouvelables, les carburants alternatifs ainsi que les services énergétiques.

Avec la deuxième initiative, la CSI, LO Norvège et IndustriALL prévoient d’explorer le potentiel d’un nouveau processus tripartite dont l’ancrage se situe au sein de l’ONU et est axé sur la Transition juste dans le secteur de l’énergie, en commençant par le pétrole et le gaz. Cette initiative permettrait d’obtenir et d’appliquer des accords mondiaux sur les emplois décents et la Transition juste entre les compagnies pétrolières et gazières et les syndicats. En cas de succès, les Fédérations syndicales internationales prévoient d’étendre leur action à d’autres entreprises énergétiques et industrielles

“L’un des objectifs du partenariat lancé aujourd’hui est d’élaborer des accords de Transition juste avec les multinationales sous les auspices des Nations unies. Ces accords peuvent devenir des outils puissants pour les travailleurs et travailleuses de l’énergie du monde entier. Les syndicats doivent pouvoir prendre part au débat et la société doit reconnaître la nécessité de la présence des syndicats à la table des négociations. J’ai vraiment hâte de voir jusqu’où cette initiative peut nous mener,”

a indiqué Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

Onze mineurs blessés dans un accident en Indonésie

Une enquête préliminaire de la Fédération syndicale indonésienne des travailleurs de la métallurgie, affiliée à IndustriALL, indique que l'accident serait dû à une rupture de freins. Le conducteur a perdu le contrôle de son tombereau qui s'est encastré dans deux autres.

Pendant l'enquête, des mineurs de PT IWIP ont déclaré que l'employeur imposait aux conducteurs des objectifs élevés sous peine de sanctions. Il semblerait que le tombereau roulait à pleine vitesse lorsque l'accident s'est produit; la culture du faire-vite et de la rentabilité est la cause de défaillances techniques et d'accidents qui auraient pu être évités.

La FSPMI veut que PT IWIP reconnaisse sa totale responsabilité dans cet accident et indemnise correctement les travailleurs qui ont été blessés. Le syndicat exhorte l'entreprise à dispenser une formation à la santé et la sécurité à tous les mineurs et à faire inspecter régulièrement les machines et équipements. Il faut aussi que le comité de santé et d'hygiène au travail (SST) fonctionne normalement pour éviter d'autres accidents à l'avenir.

"Ce n'est pas le premier accident du travail chez PT IWIP; un travailleur est décédé l'an dernier. La négligence de l'employeur et l'inefficacité du comité SST sont source d'accidents à répétition. Nous appelons le gouvernement local à renforcer les contrôles; les morts ne peuvent être ressuscités,"

a déclaré le président de la FSPMI, Riden Hatam Aziz.

"Le CEMWU déplore cet accident et exhorte l'entreprise à traiter les blessés comme la loi le prévoit. La direction devrait coopérer avec les syndicats pour sensibiliser à la santé et la sécurité au travail afin d'atteindre le zéro accident à l'avenir,"

a déclaré le président du Syndicat des travailleurs de la chimie, de l'énergie et des mines (CEMWU SPSI), R. Abdullah.

Neuf des onze travailleurs ont été grièvement blessés et tous ont été hospitalisés sur-le-champ.

Pour le directeur d'IndustriALL en charge de la santé et la sécurité dans les mines, Glen Mpufane,

"PT Weda Bay Nickel doit comprendre que la transition à une énergie à faible émissions de carbone n'a pas besoin de matières premières stratégiques au prix du sang des mineurs morts ou estropiés. Il doit faire en sorte que les matières premières qu'il produit sont propres, notamment en veillant au respect de la santé et la sécurité de ses travailleurs."

Actuellement, le parc industriel compte 3 grandes entreprises et 15 sous-traitants qui emploient 29.000 travailleurs.

L'objectif de production de PT Weda Bay Nickel est de 30.000 tonnes de nickel par an. PT Yashi Indonesia fabrique des fours pour ferronickel pour le parc industriel, tandis que PT Youshan Nickel Indonesia est un fabricant de composants de batteries pour voitures électriques. 

Les travailleuses du secteur des mines partagent leurs expériences traumatisantes sur le harcèlement sexuel

Certaines participantes à l’atelier sur la violence et le harcèlement basés sur le genre (VHBG), qui fait partie de la formation d’IndustriALL Global Union pour la mise en œuvre de la Convention 190 sur l’élimination de la violence et du harcèlement dans le monde du travail, ont partagé des récits poignants de tentatives de viol et de harcèlement sexuel en Afrique sub-saharienne.

L’atelier a également recueilli des récits de cas d’exploitation sexuelle en échange d’avantages pécuniaires, y compris de la part de superviseurs, dans le secteur de l’énergie au Zimbabwe. En outre, le tripotage des femmes dans les cages de mine a été soulevé comme un problème préoccupant qui nécessite une attention immédiate de la part des syndicats et des compagnies minières, car il continue à se produire.

Mosela, qui travaille comme conductrice de machine dans une mine d’or sud-africaine, a raconté l’épreuve qu’a été la tentative de viol dont elle a été victime :

“J’étais enceinte de cinq mois à l’époque et je travaillais avec un collègue masculin dans la salle de contrôle. Je faisais des heures supplémentaires pour compléter mon salaire, car, en vertu de la loi, les travailleuses enceintes ne peuvent pas travailler sous terre. Mais il y avait des réductions de mes prestations, car je ne pouvais travailler qu’en surface. Le superviseur m’a demandé de lui faire du café dans son bureau, car nous étions à court de fournitures dans la salle de contrôle.

Il m’a suivie et m’a dit qu’il voulait avoir des relations sexuelles avec moi pour “contribuer à la croissance du bébé à naître”. Je me suis sentie offensée par ses propos irrespectueux et sa conduite fallacieuse ainsi que par la façon dont il m’a parlé comme si nous sortions ensemble. Il s’est avancé vers moi pour me coincer contre une table, mais je l’ai repoussé et j’ai quitté le bureau en courant. J’étais traumatisée ; c’était un collègue de haut rang que je respectais et en qui j’avais confiance. J’ai fait des cauchemars pendant des mois après cette tentative de viol.”

L’atelier a également entendu le récit d’une autre tentative de viol survenue lors d’un atelier syndical au Rwanda. Pendant cinq jours, Nambi a été victime de harcèlement sexuel de la part d’un dirigeant syndical alors qu’elle participait à un atelier. Ce dirigeant lui envoyait des messages et des photos inappropriés.

“Ce fut une expérience terrible. Il a laissé entendre qu’il voulait avoir des relations sexuelles avec moi et m’a suivie partout, même lorsque je prenais l’ascenseur de l’hôtel. Et j’ai été choquée quand je l’ai trouvé nu dans ma chambre. L’hôtel lui avait donné un double des clés de ma chambre !”

Nelly a elle a été victime de harcèlement sexuel peu après avoir obtenu un emploi dans une mine de charbon à ciel ouvert en Afrique du Sud.

“J’ai été surprise par l’attention excessive que m’accordait le superviseur adjoint qui me fournissait un moyen de transport pour me rendre à mon poste de travail tous les jours. Cependant, je me suis sentie envahie et je l’ai signalé au superviseur qui a averti l’assistant. Cet assistant a ensuite commencé à ignorer mes appels et mes messages lorsque j'avais besoin d’un moyen de transport au départ du puits à la fin de mon poste de travail. Je devais marcher jusqu’aux locaux de surface, mettant ainsi ma vie en danger, car les voiries de la mine sont parcourues par de lourds engins miniers. Bien que je l’aie signalé aux délégués syndicaux, ils n’ont pas agi à temps et j’ai dû me trouver un moyen de transport alternatif auprès d’une autre travailleuse.”

Après un exposé de Hermien Botes d’Anglo-America sur la manière dont la société aborde la VHBG, les participantes, bien qu’ayant apprécié les efforts de cette société minière, ont déclaré qu’elles souhaitaient que ce soit l’industrie minière dans son ensemble et non les sociétés minières individuelles qui se penchent sur la problématique.

Lisa Sumi, de l’IRMA, Initiative pour l’assurance d’une extraction minière responsable, a déclaré que les normes de l’IRMA imposent aux mines de prendre des mesures pour prévenir et traiter la discrimination, le harcèlement sexuel et la violence dans les mines. En outre, des mécanismes doivent être mis en place pour traiter les plaintes des travailleuses dans les délais impartis, cela fait partie des exigences du processus de certification de l’IRMA.

Rose Omamo, coprésidente d’IndustriALL pour l’Afrique sub-saharienne, a déclaré :

“Les informations exhaustives partagées lors de cet atelier soulignent la nécessité de mettre fin à la violence sexiste et ce que nous devons faire pour promouvoir la mise en œuvre de la Convention 190. Les participantes ont partagé des informations personnelles issues de leurs expériences professionnelles, notamment au sein des organisations syndicales. Il est nécessaire de multiplier les ateliers de ce type afin de fournir aux travailleuses des espaces pour partager leurs expériences.”

“Nous soutenons fermement les propositions des représentants syndicaux visant à créer des politiques internes pour mettre fin à la violence sexiste et au harcèlement sexuel au travail et dans le syndicat,”

a indiqué Kathrin Meißner, Directrice du Centre de compétence syndicale pour l’Afrique subsaharienne de la Fondation Friedrich Ebert (FES-TUCC).

L’atelier s’est tenu avec le soutien du FES-TUCC et a été facilité par la spécialiste des questions de genre dans le domaine du travail Bashiratu Kamal, originaire du Ghana.

IndustriALL et Solvay reconduisent et améliorent un ACM de référence

Le contenu de l'accord a été renforcé dans plusieurs domaines importants, comme par exemple :

Cet accord d'une durée de quatre ans comporte des engagements fermes s'agissant du devoir de diligence tout au long de la chaîne d'approvisionnement. Prenant en compte les différentes normes internationales sur la question, notamment la prochaine directive européenne sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité, l'accord institue un nouveau groupe de travail composé de représentants des travailleurs et de la direction, chargé d'analyser le respect des droits fondamentaux au travail par les fournisseurs et de chercher des mesures correctives lorsque des problèmes sont constatés. Solvay s'engage à suspendre les contrats des fournisseurs qui n'apportent pas remède aux violations des droits humains et environnementaux après plusieurs avertissements.

 

À la signature du nouvel accord, le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

"Plusieurs années d'action commune entre nos organisations ont bâti quelque chose de spécial. Cet accord est un texte de référence par son contenu, sa mise en œuvre et son esprit. Nous continuerons à bâtir et à améliorer avec la volonté constante de faire progresser les droits et les conditions des travailleurs dans toute l'entreprise et sa chaîne d'approvisionnement."

Le P-DG de Solvay, Ilham Kadri, a déclaré :

"Le dialogue social est précieux, pour moi comme pour l'entreprise. 2020 a été une année difficile pour Solvay, mais ensemble nous avons fondé cette confiance et en sommes sortis renforcés. Le dialogue social et la rentabilité ne vont pas l'un sans l'autre. Merci pour votre collaboration et pour nous rendre plus forts."

En plus de l'ACM, deux autres accords ont été signés pendant cette séance, un Mémorandum d'accord pour les relations du travail aux USA reconduit et l'accord portant sur le Forum mondial Solvay signé par le P-DG et le coordinateur du Forum mondial Solvay, Albert Kruft.

Ces accords coïncident avec l'annonce d'une restructuration en profondeur de l'entreprise qui, d'ici le deuxième trimestre 2023, sera scindée en deux entités. L'une portera sur le carbonate de soude, les peroxydes, la silice et les activités liées aux solvants en Amérique latine. Ces produits de base pour la plupart ont généré, l'an dernier, des ventes de 4,5 milliards $.

L'autre entreprise aura les activités plus porteuses et plus rentables de Solvay, à savoir les polymères spéciaux, les composites pour l'industrie aérospatiale, les ingrédients pour produits de consommation et les arômes de synthèse, qui représentaient l'an dernier des ventes de 6,6 milliards $.

La négociation a bénéficié d'une large consultation des grands syndicats de Solvay. Le Forum mondial Solvay a joué un grand rôle; il s'agit d'un organe de consultation créé en 2015 et composé de représentants majeurs des travailleurs des sites de l'entreprise du monde entier.