Prévenir les abus à l’encontre des travailleurs migrants en Malaisie

L’objectif de la réunion était de débattre de l’indemnisation des frais de recrutement des travailleurs migrants et des abus connexes et d’appeler les gouvernements à mettre en œuvre un processus de remédiation dirigé par les travailleurs destiné à protéger les droits des travailleurs migrants.

En 2017, l’OIT estime que 24,9 millions de personnes étaient en situation de travail forcé et huit millions de personnes étaient en situation de servitude pour dettes. Les travailleurs et travailleuses migrants contractent des prêts à des taux d’intérêt élevés pour payer des frais illégaux ou excessifs aux recruteurs. Ils se retrouvent piégés dans des conditions de bas salaires, d’abus et d’esclavage moderne.

Kan Matsuzaki, Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, a déclaré :

“Il est important de recruter syndicalement les travailleurs et travailleuses migrants et de s’attaquer à des problèmes tels que les frais de recrutement élevés, l’absence de dispositions en matière de santé et sécurité ou le manque de protection sociale et de liberté syndicale.

Les affiliés d’IndustriALL recrutent activement les travailleurs et travailleuses migrants, mais ils ont besoin d’outils plus solides et d’une réforme de la procédure de reconnaissance syndicale.”

 

Une approche fondée sur les droits de l’homme, dans laquelle l’État implique les victimes d’abus de droits dans la conception et la mise en œuvre du processus en vue d’obtenir réparation, est nécessaire. Une réparation efficace doit garantir que les travailleurs et travailleuses migrants sont habilités, intégrés et responsabilisés dans le processus général.

Les entreprises qui violent les droits des travailleurs migrants doivent le reconnaître et présenter des excuses pour le préjudice causé ainsi que fournir des garanties que cela ne se reproduira pas. Les participants ont exhorté les pays des deux parties à mettre en œuvre un véritable processus de recrutement de gouvernement à gouvernement afin de mettre un terme à l’exploitation par des intermédiaires millionnaires en dollars.

La plupart des participants sont convenus que les syndicats jouent un rôle essentiel dans la protection du droit des travailleurs et travailleuses migrants à obtenir justice. Il est indispensable de disposer d’un environnement sûr pour la syndicalisation et il ne doit pas y avoir de représailles en cas d’adhésion à un syndicat.

Gemma Freedman, Responsable internationale d’UNISON, a déclaré :

“Nous avons besoin d’une politique d’ensemble et d’une norme commune pour le processus d’assainissement. Nous devons aider les acheteurs du secteur public à comprendre le problème et à utiliser leur pouvoir d’achat pour aider les travailleurs et travailleuses d’autres secteurs.”

La réunion était organisée par IndustriALL, UNISON, Electronics Watch, Tenaganita et l’EIEUWR (Syndicat des salariés de l’industrie électronique, région Ouest). Des participants de Malaisie, d’Indonésie, du Myanmar, des Philippines, du Népal, du Bangladesh, de Taïwan, de Genève et du Royaume-Uni y ont assisté.

L’atelier était soutenu par l’Institut danois des droits de l’homme et le Groupe de recherche sur les droits de l’homme et l’environnement dans les entreprises de l’Université de Greenwich.

Le gouvernement de Biélorussie ignore les conclusions de la CIT

Le Procureur général, Andrei Shved, vient d’annoncer un plan visant à éliminer les syndicats indépendants. Il a soumis une requête à la Cour suprême pour mettre fin aux activités d’un certain nombre de syndicats :

Le Procureur général affirme que les activités des syndicats indépendants ont été politisées et que leurs dirigeants se livrent à des “activités destructrices”. Des poursuites pénales ont été engagées.

Le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a déclaré :

“La comparution du gouvernement de Biélorussie à la CAN était clairement une mascarade : il n’avait aucune intention de se conformer aux conclusions, comme le montre le fait qu’il a pris des mesures pour interdire les syndicats avant même que les conclusions ne soient annoncées.

Depuis dix-sept ans qu’une commission d’enquête de l’OIT a constaté que le gouvernement de Biélorussie avait porté atteinte à l’indépendance des syndicats, aucun progrès n’a été accompli. Au contraire, la Biélorussie va dans la direction opposée, abusant des méandres de la diplomatie internationale pour occulter son recul démocratique et la répression brutale de toute dissidence. Cela doit donner lieu à de sérieuses conséquences diplomatiques.”

Grève chez Caterpillar en Irlande du Nord

L’augmentation actuelle du coût de la vie au Royaume-Uni est de 11,1 % et risque d’encore s’aggraver. L’offre de Caterpillar d’augmenter les salaires de 2,6 % pour 2021 et de 6,4 % cette année est inférieure à l’inflation et a été massivement rejetée par les membres du syndicat. L’entreprise a également tenté de lier une augmentation du salaire de base à l’introduction d’heures supplémentaires obligatoires.

Le syndicat Unite, affilié à IndustriALL, représente les travailleurs et travailleuses de Caterpillar en Irlande du Nord. La représentante principale du syndicat, Paula Hurst, a déclaré :

“Caterpillar veut faire baisser les salaires et augmenter le temps de travail, ce modèle d’heures supplémentaires obligatoires s’inscrit dans le contexte du licenciement de 700 travailleurs, dont 400 travailleurs qualifiés payés à l’heure en 2020/2021. Unite rejette toute tentative de lier une augmentation du salaire de base à l’introduction d’heures supplémentaires obligatoires. Avec l’augmentation du coût de la vie, qui risque de se poursuivre, les travailleurs et travailleuses sont en grève pour obtenir une augmentation de salaire équitable.”

Unite a déposé une plainte auprès de l’Inspectorat des agences de placement parce que Caterpillar a déployé des pratiques antisyndicales en faisant appel à des briseurs de grève non formés sur des sites au Royaume-Uni (travailleurs de bureau) et en leur versant une prime.

 

La direction de l’entreprise a refusé de s’asseoir à la table avec le syndicat pour résoudre le conflit, malgré les demandes de Unite et de l’Agence des relations de travail (ACAS).

Matthias Hartwich, Directeur d’IndustriALL pour l’ingénierie mécanique, a déclaré :

“Nous avons déjà vu ça dans d’autres pays : Caterpillar ne respecte toujours pas ses salariés. C’est toujours la même chose, la direction prend des décisions sans consulter ses travailleurs et travailleuses.

Nous demandons instamment à la direction de Caterpillar de revenir à la table des négociations et d’entamer de véritables discussions sur les salaires et les conditions de travail. Négocier collectivement et de bonne foi, ce n’est pas faire des annonces unilatérales. Cela signifie se rencontrer dans le respect de l’autre et trouver un compromis qui soit favorable pour les travailleurs et travailleuses, leurs familles ainsi que l’entreprise.”

Le Guatemala doit respecter la liberté syndicale

Dans le secteur de la confection, qui représente une part importante de l’économie guatémaltèque, la liberté syndicale est pratiquement inatteignable et la pression exercée sur les syndicats est immense. Les travailleurs et travailleuses sont souvent intimidés, menacés, mis sur liste noire ou même licenciés et craignent les représailles des employeurs s’ils adhèrent à un syndicat.

Le gouvernement du Guatemala a été invité à soumettre à la CAN des informations sur des cas individuels concernant l’application de la Convention 87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical.

Le 6 juin, le Secrétaire général adjoint d’IndustriALL, Kemal Özkan, a évoqué, au nom de la délégation des travailleurs, les violations commises à l’encontre de l’affilié guatémaltèque d’IndustriALL, FESTRAS (Federación Sindical de Trabajadores de la Alimentación, Agroindustria y Similar de Guatemala).

Özkan a expliqué que les travailleurs et travailleuses du Guatemala sont confrontés à des menaces et à des intimidations qui empêchent le plein exercice de la Convention 87. Il a indiqué que la FESTRAS a informé IndustriALL que l’un de ses affiliés, le syndicat SITRAWINNERS, est confronté à des violations des Conventions 87 et 98.

Winners, qui appartient à la société sud-coréenne SA-E SAE Group, ne respecte pas le droit à la liberté syndicale. Il y a quinze jours, l’entreprise a arrêté ses activités et licencié un certain nombre de travailleurs dans le but d’empêcher l’adhésion à un syndicat. Les anciens employés de Winners ont essayé de retrouver un emploi, mais affirment qu’ils n’ont pas été embauchés en raison du conflit chez l’employeur précédent.

Selon les travailleurs, la direction de Winners a eu recours à la violence physique et psychologique, à l’intimidation et aux menaces contre le syndicat. Le secrétaire général du syndicat local, qui a été harcelé et a reçu des menaces de mort, a été contraint de déménager dans un lieu sûr.

Dans sa déclaration, Kemal Özkan a indiqué :

“Les attaques contre les dirigeants syndicaux se produisent tous les jours alors qu’ils défendent les droits des travailleurs.

Nous demandons donc instamment au gouvernement guatémaltèque de prendre des mesures immédiates pour créer un environnement où les travailleurs peuvent exercer leur droit fondamental à la liberté syndicale, avec des échéances claires et dans le respect de la Convention 87.”

Appel mondial au Bélarus pour la libération des syndicalistes emprisonnés

Le gouvernement bélarusse reste totalement indifférent aux obligations qu'il a contractées par la convention 87 de l'OIT. 18 ans après les recommandations de la commission d'enquête de 2004, aucun progrès sensible n'a été fait en vue de leur application.

La situation s'est sérieusement dégradée depuis 2020, et plus encore ces deux derniers mois, avec une élimination ciblée et motivée politiquement de syndicats indépendants. Le gouvernement détruit systématiquement les syndicats indépendants et démocratiques, dont les dirigeants subissent des attaques incessantes.

À l'heure actuelle, tous les dirigeants de syndicats indépendants bélarusses soit ont été arrêtés pour être ensuite être remis en liberté avec l'interdiction de quitter le pays ou de divulguer quelque information que ce soit sur leur cas, soit ils sont toujours en prison.

Des centaines de syndiqués ont été harcelés et intimidés pour les convaincre de démissionner de leur syndicat. Des activistes ont été interrogés et des micros installés dans les locaux de syndicats.

Au Bélarus, les travailleurs ont encore besoin d'une autorisation pour créer un syndicat. Le CLS a réclamé à de multiples reprises l'élimination de tous les obstacles à l'enregistrement des syndicats, en droit comme dans les faits, et qu'aucun syndicat n'ait un traitement particulier.

Au cours des deux dernières années, le gouvernement du Bélarus a violé de manière flagrante les libertés d'opinion, d'expression et de réunion, la protection contre l'arrestation et la détention arbitraires, et le droit à un procès équitable devant une juridiction indépendante et impartiale, autant de conditions essentielles préalables à la liberté syndicale. Le CLS a exhorté le gouvernement à amender plusieurs textes de loi pour les mettre en conformité avec les principes de la liberté d'association.

Le CLS réclame :

Le manque apparent de réaction du gouvernement aux recommandations de la commission d'enquête de 2004 et aux conclusions du CLS de 2021 démontrent une absence de volonté de respecter ses obligations découlant de la constitution de l'OIT et d'un manque de respect pour son système de contrôle. En conséquence, le CLS demande que le cas soit examiné à la session du Conseil d'administration de l'OIT de novembre 2022 en vue de nouvelles mesures.

Dans une déclaration commune prononcée aux noms d'IndustriALL, de l'ISP et de l'ITF, le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan a dit :

"Nous exhortons le gouvernement bélarusse à changer d'attitude et à se conformer aux normes démocratiques mondiales, et à faire la preuve de son engagement en remettant en liberté les dirigeants syndicaux actuellement emprisonnés et à abandonner tous les chef d'accusation."

"Présent, présent, présent"

 

Des syndicalistes du monde entier ont manifesté pour exprimer leur solidarité avec les dirigeants de syndicats indépendants actuellement en prison au Bélarus. À Genève, des représentants du mouvement syndical mondial se sont rassemblés devant les Nations unies, sur la Place des Nations, arborant des photographies de ceux qui ont été arrêtés. C'était pour rappeler que les attaques contre les syndicats ne sont pas simplement dirigées contre des institutions, mais aussi contre les gens et que nos camarades sont en prison au Bélarus pour le crime de représenter les travailleurs.

Un appel nominal a eu lieu : les noms des syndicalistes emprisonnés ont été lus à haute voix tandis que la foule répondait "présent, présent, présent".

Les orateurs ont fait le lien entre la récente vague de répression au Bélarus et la guerre en Ukraine, en faisant remarquer que les attaques contre les syndicats indépendants se sont intensifiées lorsque leurs dirigeants ont dénoncé cette guerre. Ces dirigeants n'ont eu de cesse de condamner la guerre et ont appelé au retrait des troupes russes du Bélarus.

Une délégation de syndicalistes ukrainiens était présente à la manifestation et Mikhaïlo Volynets, le président du syndicat des mineurs ukrainiens NPGU, a assuré ses collègues bélarusses de son soutien. 

 
 

Inde : fuite de gaz dans une usine de vêtements

Des travailleuses se sont évanouies, d'autres se plaignaient de mal de tête, de douleurs à l'estomac, de vomissements, de nausées et de brûlures aux yeux. D'après la presse, certaines ont dû attendre les ambulances alors que leurs chefs cherchaient des hôpitaux dans la région.

L'usine emploie 22.000 personnes, dont 18.000 femmes, et manque clairement d'équipements sanitaires.

Comme dans toutes les zones économiques spéciales d'Inde, le personnel est composé en majorité de main-d’œuvre contractuelle. L'accès de responsables syndicaux à ces ZES est limité, ce qui rend le recrutement difficile. Et les faibles taux de syndicalisation font qu'il est difficile aux travailleurs de s'élever contre la négligence des propriétaires d'usines.

Apoorva Kaiwar, la secrétaire régionale d'IndustriALL pour l'Asie du Sud, a déclaré :

"L'état lamentable de la sécurité dans ces ZES est une fois encore démontré à cause d'un gaz. Les autorités responsables n'ont pas assuré de bonnes conditions à ces travailleuses et les organes de réglementation ont été clairement défaillants. La seule façon d'améliorer les choses est de faire en sorte que les syndicats aient accès aux ZES."

Reste à savoir quel type de gaz est à l'origine de la fuite et d'où il provenait.

Il y a deux ans, un nuage mortel de styrène s'est échappé d'une usine dans la ville, incitant le gouvernement à constituer un comité qui a formulé des recommandations, soulignant notamment la nécessité d'un vaste audit de sécurité industrielle dans toutes les industries dangereuses dans et autour de Vishakhapatnam, dans la même région que l'usine de vêtements Brandix India Apparel, mais la sécurité au travail et les conditions de travail dans les installations industrielles de la ville restent précaires.

Photo : Brandix Apparel

Le Kazakhstan doit respecter la liberté syndicale

Depuis la tragédie de Janaozen, en 2011, les droits syndicaux n'ont guère progressé et le Kazakhstan continue de se soustraire aux obligations qu'il a contractées au titre de la convention 87 de l'OIT.

L'interdiction de créer des syndicats indépendants, la répression contre leurs dirigeants et la criminalisation des grèves privent les travailleurs de leurs droits en matière de liberté syndicale et de négociation collective et crée les conditions propices à de nouveaux conflits sociaux.

Plus de 60 grandes grèves spontanées, principalement dans les secteurs de l'énergie et du pétrole l'an dernier, et, en janvier 2022, des protestations de masse dans lesquelles 160 personnes au moins ont été tuées, montrent à suffisance que l'oppression et la démolition des institutions démocratiques ont des conséquences tragiques.

La vieille question de l'enregistrement de la Confédération des syndicats indépendants du Kazakhstan (KNPRK), dissoute en mars 2017, et de son dernier affilié, le Syndicat des travailleurs de l'industrie des carburants et de l'énergie, suspendu en février 2021, est toujours sans solution.

La CAN demande que tous les obstacles, juridiques ou matériels, à leur enregistrement soient levés.

La procédure d'enregistrement est complexe et sert à empêcher la création de syndicats libres et indépendants. L'enregistrement de la section locale du Syndicat des travailleurs de l'industrie des carburants et de l'énergie de la région d'Atyrau a été refusé à six reprises, chaque fois pour des motifs différents. La section l'Almaty a vu son dossier d'enregistrement rejeté quatre fois pour de prétendues irrégularités dans les documents.

La pratique du harcèlement judiciaire des dirigeants syndicaux continue. Toute activité publique reste interdite aux dirigeants de syndicats indépendants Erlan Baltabay et Larisa Kharkova, notamment l'activité syndicale.

La CAN a réclamé à plusieurs reprises que cette interdiction soit levée.

Le gouvernement kazakh a annoncé des amendements à la législation qui devraient améliorer las droits de l'homme d'ici la fin 2022. Or, les syndicats indépendants ont été exclus du groupe de travail du gouvernement sur la réforme de la législation du travail.

Dans un référendum qui s'est tenu le 5 juin, une majorité des électeurs a approuvé plusieurs réformes de la constitution impliquant entre autres choses un retour à un système parlementaire. Il faut que s'engage d'urgence un véritable dialogue social et que soient supprimés les obstacles juridiques et pratiques que rencontrent les syndicats dans l'exercice de la liberté syndicale.

Dans la déclaration qu'il a prononcée devant la CAN, le secrétaire général adjoint d'IndustriALL Kemal Özkan a dit :

"Une fois encore, nous exhortons le gouvernement à prendre toutes les mesures nécessaires pour faire en sorte que le Kazakhstan se conforme à ses obligations internationales. La procédure d'enregistrement des syndicats doit être simplifiée et reposer sur une notification de la création du syndicat, toutes les restrictions à l'activité syndicale doivent être levées et toutes les charges retenues contre des dirigeants syndicaux abandonnées et effacées de leur casier judiciaire." 

Bâtir une protection sociale pour les travailleurs et travailleuses de la confection

Ce 31 mai, IndustriALL et le projet New Conversation de l’ILR School ont organisé un webinaire pour lancer le rapport fraîchement publié et intitulé Security for Apparel Workers: Alternative Models (Sécurité des travailleurs et travailleuses de l’habillement : modèles alternatifs). Le rapport, commandé pour examiner les efforts du passé et les modèles possibles pour faire progresser la protection sociale dans le secteur mondial de l’habillement et de la chaussure, décrit les approches existantes qui ont tenté de fournir aux travailleuses et travailleurs du secteur un certain degré de sécurité de revenus et les utilise pour assembler les éléments nécessaires d’une voie à suivre pour le développement de systèmes durables de protection sociale.

Jason Judd, Directeur exécutif du projet “New Conversation” de l’ILR School, déclare :

“la pandémie de Covid a servi de test de résistance pour les systèmes, qu’ils soient privés et gérés par les enseignes de mode ou publics et mis en place par les gouvernements nationaux, visant à protéger les travailleurs et travailleuses de l’industrie mondiale de l’habillement. La plupart ont été jugés insuffisants.”

Après avoir abordé plusieurs autres systèmes, dont les fonds créés à la suite d’une tragédie, comme l’accident du Rana Plaza, ainsi qu’un fonds répondant à la COVID-19, le document souligne qu’un modèle similaire à celui du Forum de négociation international correspondrait aux objectifs d’une protection sociale mondiale. Le Forum est le cadre sectoriel établi en 1999 pour les négociations collectives entre la FSI qui représente les marins, la Fédération internationale des ouvriers du transport, qui représente aujourd’hui près de 150.000 marins, et un consortium d’armateurs et de gestionnaires de navires européens.

“De tous les accords et mécanismes examinés ci-dessus, nous considérons qu’il s’agit du plus solide en ce sens qu’il est spécifique et contraignant, qu’il couvre plusieurs pays et a une portée mondiale, qu’il inclut le financement par le secteur d’une mise en œuvre indépendante ainsi que du bien-être au travail, et qu’il possède une structure de gouvernance ancrée dans la négociation collective. Tous ces éléments pourraient figurer dans un accord mondial de protection sociale, à commencer par sa forme : une convention collective transnationale entre des syndicats tels qu’IndustriALL et ses affiliés, les acheteurs et les fournisseurs.”

“Le modèle actuel de la chaîne d’approvisionnement repose sur une main-d’œuvre bon marché et sur l’évitement des responsabilités ; il délocalise la production dans des pays où les droits des travailleurs sont inexistants et la protection sociale faible. Sans protection sociale, les sociétés s’effondrent. La protection sociale est une question d’intérêt public, mais jusqu’à ce qu’elle devienne une réalité, nous devons construire un système avec des incitations pour pousser les gouvernements et les entreprises dans les pays où elles opèrent,”

a indiquée Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

Le rapport recommande :

  • un fonds social mondial pour faire face aux licenciements, créé avec de l’argent résultant d’un accord entre les FSI et les enseignes de stature mondiale.
  • un organe directeur mondial pour les syndicats, les fournisseurs et les enseignes de mode, avec un petit nombre de sièges (avec droit de vote ou d’observation) réservés aux gouvernements nationaux, à un représentant d’une institution financière internationale et aux ONG actives dans la sphère de la chaîne d’approvisionnement de l’habillement.
  • des organes nationaux chargés de surveiller le processus de mise en place, d’améliorer les systèmes nationaux de sécurité sociale, d’informer les travailleurs et travailleuses sur le fonds et son objectif et, éventuellement, de jouer un rôle dans la répartition des fonds au niveau national.
  • une “fonction d’inspection” qui permet aux participants syndicaux de dizaines de pays, soutenus par le fonds mondial, de vérifier le respect des conditions de l’accord.

Illustration : Évaluation d’une usine au Cambodge, ©OIT

Le calvaire de l’expulsion d’une jeune syndicaliste du Zimbabwe

Mamisa est arrivée à l’aéroport international Robert Gabriel Mugabe au Zimbabwe en provenance de Nairobi à 3 heures du matin le 30 mai, pour participer à un atelier de développement des capacités sur la promotion de la diligence raisonnable dans la chaîne d’approvisionnement de la transition énergétique en Afrique subsaharienne.

À la question d’un agent de l’immigration lui demandant ce qu’elle faisait dans la vie, Mamisa a répondu qu’elle était syndicaliste.

“Cela a mis le fonctionnaire dans une colère noire. Il m’a emmenée dans un bureau où se trouvaient deux autres fonctionnaires, qui m’ont dit : “Nous ne voulons pas de militants syndicaux dans notre pays. Et c’est nous qui décidons qui peut entrer et qui ne le peut pas. Vous allez rentrer chez vous”,”

confie Mamisa.

“Ils m’ont donné un formulaire à signer. J’ai refusé en disant que je ne pouvais pas signer un formulaire avant de l’avoir lu. Ils m’ont alors menacée en disant que je leur faisais perdre leur temps en demandant à lire le formulaire. Si je refusais de signer, ils m’enfermeraient dans un poste de police et même les organisateurs de la réunion ne sauraient pas où je suis. Après cette menace effrayante, j’ai signé le formulaire. Je les ai suppliés de m’expliquer pourquoi j’étais traitée de la sorte, comme si j’avais commis un crime. Et ils ont continué à dire qu’ils ne voulaient pas de militants syndicaux et d’organisations non gouvernementales au Zimbabwe, et que mon nom ne figurait pas dans la base de données du ministère des affaires étrangères,”

raconte Mamisa, qui a été détenue pendant quatre heures avant d’embarquer sur le vol suivant pour Nairobi. Il n’y avait pas de connexion Internet à l’aéroport et les fonctionnaires zimbabwéens ont refusé d’expliquer pourquoi elle était expulsée.

La disposition de loi qui a été utilisée pour lui refuser l’entrée sur le territoire exige d’un visiteur dans le pays “de produire des documents ou d’autres preuves relatives à ses demandes d’entrée ou de sortie du Zimbabwe”. Mamisa affirme avoir présenté les documents requis aux fonctionnaires. Étonnamment, un jeune travailleur avec lequel elle se rendait à l’atelier a été autorisé à entrer dans le pays alors qu’elle s’est y vu refuser l’entrée. Lorsque le collègue a demandé pourquoi, on lui a dit de ne pas parler à un “suspect” sous peine d’être lui-même “mis en cause”.

Ce n’est qu’à Nairobi qu’elle a pu récupérer son passeport, après quatre heures supplémentaires sans eau ni nourriture. On lui a également remis le formulaire. Même après avoir lu le formulaire d’expulsion, Mamisa dit que la raison pour laquelle elle a été expulsée n’est pas claire, si ce n’est qu’elle était syndicaliste.

Joseph Tanyanyiwa, Président du conseil national d’IndustriALL Global Union pour le Zimbabwe, déclare :

“Nous sommes déçus par le traitement réservé aux syndicalistes par les fonctionnaires de l’immigration. Si le gouvernement du Zimbabwe dit qu’il est ouvert aux affaires, il devrait également être ouvert aux activités syndicales.”

“Je trouve déplorable que trois jeunes syndicalistes se soient vu refuser l’entrée au Zimbabwe et aient été expulsés vers leurs pays d’origine, la Tanzanie et l’Ouganda, après avoir été harcelés et menacés d’arrestation. Ils ont été privés de leurs droits et n’ont jamais eu la possibilité d’expliquer qu’ils étaient dans le pays pour participer à un atelier de développement des capacités des jeunes. Les lettres d’invitation et les documents qu’ils ont présentés aux fonctionnaires ont été ignorés. Ils ont été choqués d’apprendre que le militantisme syndical n’était pas autorisé au Zimbabwe,”

a commenté pour sa part Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

L’atelier a réuni 25 participants, dont des représentants des bureaux d’IndustriALL à Genève (Suisse) et du bureau régional d’Afrique subsaharienne à Johannesburg (Afrique du Sud), de la FES Zimbabwe et du Centre de compétences syndicales de la FES pour l’Afrique subsaharienne. Les débats ont porté sur le rôle que les jeunes travailleurs et travailleuses peuvent jouer dans la Transition juste et leurs revendications à cet égard, l’avenir du mix énergétique et l’élaboration d’un plan de Transition juste incluant un agenda pour le travail décent.

“Le monde du travail a besoin d’une caisse de résonance forte et indépendante”

En ouvrant la réunion, le Président d’IndustriALL, Jörg Hoffman, a souligné qu’il fallait éviter une nouvelle escalade de la guerre en Ukraine et qu’en tant que membres du mouvement syndical international, nous avions là une responsabilité.

“IndustriALL a pris une position ferme contre la guerre, a mis en place un fonds de solidarité et s’est rendue à Kiev ; les travailleurs et travailleuses partout Europe ont de leur côté collecté des articles de première nécessité pour leurs collègues en Ukraine. La guerre nous affecte tous, car les chaînes d’approvisionnement s’effondrent, les prix de l’énergie et des denrées alimentaires s’envolent. Ceux qui vivaient au jour le jour avant la guerre sont encore plus durement touchés. Nous ne devons pas permettre que les populations du Sud aient à payer le prix de la guerre de Poutine.

La guerre en Ukraine ne doit pas nous permettre de nous voiler la face quant à d’autres points chauds de la planète. La guerre, la violence, le changement climatique ont succédé à la pandémie ; jamais un engagement fort pour la liberté, la paix, l’égalité des droits n’a été aussi nécessaire. Nous avons besoin d’une caisse de résonance forte et indépendante pour les travailleurs et travailleuses ; nous pouvons être cette caisse de résonance.”

Dans le rapport du Secrétariat, le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a affirmé que nous devons défendre la démocratie et les droits.

“Le droit de se syndiquer et de négocier collectivement est un vecteur de paix. Mais tout n’est pas noir : au Brésil, les travailleurs de Renault ont obtenu une augmentation de salaire après une grève de 16 jours ; au Mexique, SINTTIA a remporté une importante victoire symbolique en obtenant le droit de négocier collectivement dans une usine de General Motors ; en Haïti, les travailleurs et travailleuses de la confection ont essuyé des balles en caoutchouc mais n’ont pas reculé et GOSTTRA a obtenu le salaire minimum pour ses membres ; En Thaïlande, une campagne de 13 mois a permis de faire verser des indemnités de licenciement conformes aux dispositions législatives aux travailleurs et travailleuses de la confection qui avaient été licenciés illégalement pendant la pandémie. Enfin, les travailleurs finlandais de l’industrie du papier ont emporté une victoire éclatante à l’issue d’une grève de 112 jours, contre un employeur qui voulait rompre la convention collective de travail.”

Les affiliés d’IndustriALL en Ukraine ont rendu compte de la situation sur le terrain, la décrivant comme très dangereuse et donnant l’exemple d’une mine où des travailleurs se sont retrouvés retenus sous terre, dans le noir, à cause d’une coupure de courant. Des écoles et des établissements d’enseignement ont été détruits irrémédiablement par des faits de guerre. Des centaines d’enfants ont été blessés ou tués, des personnes sont violées, tuées et torturées.

“Mais nous continuons à faire ce qui est en notre pouvoir et nous avons besoin de votre soutien.”

Les affiliés ont pris la parole pour soutenir la population ukrainienne et le Comité exécutif a approuvé une déclaration condamnant l’invasion russe en Ukraine et appelant à l’arrêt immédiat de l’agression.

Comme suite à sa réunion en mai, le Comité des femmes d’IndustriALL a rendu compte de ses débats au Comité exécutif. Faire progresser l’égalité entre les hommes et les femmes dans tous les secteurs d’activité d’IndustriALL, renforcer l’autonomie et promouvoir la participation des jeunes femmes, étudier la façon d’utiliser les accords-cadres mondiaux pour faire progresser l’égalité entre les hommes et les femmes et mettre fin à l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes, dont on ne comprend pas toujours bien en quoi il consiste, ni même qu’il existe réellement. Les barèmes seuls n’empêchent pas l’écart de rémunération entre les sexes.

Dans le prolongement de la résolution sur la jeunesse passée au Congrès, les participants à la réunion ont été informés que tout au long de l’année, les jeunes travailleurs et travailleuses de chaque région établiront leurs priorités en vue de la feuille de route pour la mise en œuvre de la résolution dans le courant de l’année prochaine. Le renforcement des capacités est nécessaire et la création d’une seconde strate de dirigeants devrait être une priorité, ce qui est soutenu par le Comité des femmes qui a proposé un programme de mentorat pour faire progresser les jeunes leaders.

Le Comité exécutif a eu le défi de débattre de l’orientation stratégique du travail d’IndustriALL sur les entreprises multinationales. Cela inclut la portée et le mandat du groupe de travail sur les accords-cadres mondiaux. Il a été convenu que le champ d’action devait être élargi pour traiter de tous les leviers de pression sur les multinationales et pas seulement des ACM. Le groupe de travail devra peut-être se diviser en petits groupes d’action pour traiter de différents sujets difficiles. Pour sauvegarder les droits des travailleurs et des travailleuses dans la chaîne d’approvisionnement, il faut des règles mondiales contraignantes et exécutoires pour faire face au pouvoir d’entreprises mondialisées. La discussion est reportée à la prochaine réunion du Comité exécutif en novembre, où le nouveau groupe de travail sera finalisé.

La réunion a approuvé une journée mondiale d’action contre les inégalités le 7 octobre. Extrait de la proposition :

“Les inégalités se creusent dans le monde entier, malgré l’augmentation de la productivité, et les travailleurs et travailleuses de nombreux pays sont confrontés à une crise du coût de la vie. Les travailleurs et travailleuses ont besoin d’une part équitable de la richesse qu’ils produisent. Tant que nous n’aborderons pas la question de la répartition inégale des richesses, nous ne pourrons pas progresser dans d’autres domaines, notamment celui de la Transition juste.”

Le Comité exécutif a également approuvé