Loi litigieuse sur le travail adoptée en Ukraine

La loi martiale en Ukraine restreint déjà considérablement les droits des travailleurs, même si ces restrictions sont clairement limitées dans le temps. Les travailleurs et travailleuses sont parmi les plus durement touchés par l’agression russe et l’OIT estime que 4,8 millions d’emplois ont déjà été perdus.

L’adoption de la loi n° 5371 exclura les travailleurs et travailleuses des petites et moyennes entreprises de la protection juridique en instaurant un nouveau “régime contractuel de réglementation des relations de travail”, où toutes les conditions de travail seront déterminées par un contrat de travail et non par le droit du travail.

Les licenciements seront laissés à la discrétion de l’employeur, puisque le contrat de travail déterminera les motifs de licenciement au lieu de la liste stricte actuelle de motifs prévue par le code du travail.

Les syndicats ont été exclus de l’élaboration de cette loi. Selon la Confédération des syndicats libres d’Ukraine, la loi élimine le rôle des syndicats dans la représentation et la protection des travailleurs et travailleuses et des droits du travail, en violation directe de la Constitution ukrainienne et des Conventions 87 et 158 de l’OIT.

Valeriy Matov, Président d’Atomprofspilka et membre du Comité exécutif d’IndustriALL, déclare :

“Les législateurs utilisent des tactiques insidieuses ne tenant pas compte des propositions et élaborations préparées par les syndicats, qui sont les principaux partenaires sociaux et les principaux experts dans le domaine du droit du travail pratique.

Les législateurs ont inclus des changements qu’ils n’avaient pas réussi à faire adopter plus tôt, dénaturant ainsi la loi elle-même, l’intégrité du code du travail et violant les normes internationales, ce qui entraîne une détérioration des droits du travail pour des millions de travailleurs et travailleuses ukrainiens.”

Mykhailo Volynets, Président de la Confédération des syndicats libres d’Ukraine, déclare :

“Nous ne tolérerons pas le non-respect des droits des travailleurs, des normes internationales du travail et des valeurs européennes. Nous insistons sur le fait que l’efficacité de la reconstruction de l’Ukraine et son succès à l’avenir dépendent du niveau de protection des droits des travailleurs.

Nous sommes reconnaissants à IndustriALL pour sa solidarité et ses appels aux autorités ukrainiennes sur les préoccupations concernant la promotion de la loi n° 5371. Cela nous aide à défendre les droits des travailleurs.”

La modification de la législation du travail a reçu des avis d’experts négatifs bien avant le début de la guerre, y compris de l’OIT. En 2021, l’OIT a déclaré que le libre arbitre contractuel a de fortes chances de se traduire, dans la pratique, par “à la discrétion de l’employeur”.

“Il s’agit d’une évolution consternante. Nous trouvons inacceptable qu’au moment où le pays a besoin d’unité et de solidarité, le Parlement ukrainien considère la modification de la législation du travail comme une priorité,”

a indiqué Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

Dans un courrier récent adressé à l’Union européenne, IndustriALL et industriAll Europe ont exprimé leur inquiétude quant aux récentes évolutions de la législation du travail et ont insisté sur le fait que le droit du travail et les droits syndicaux doivent être correctement respectés et mis en œuvre, conformément aux normes de l’UE.

RAPPORT : De la fabrication à la mobilité : les syndicats se préparent au secteur de la mobilité du futur

RAPPORT

Du Global Worker No 1 juin 2022

Thème: La mobilité

Texte: Georg Leutert

L'avenir a déjà commencé avec l'ubérisation de la mobilité, avec des plateformes mettant en relation chauffeurs et usagers, impliquant des conditions de travail précaires pour leurs chauffeurs et autres personnels auxiliaires. Quels changements pouvons-nous en attendre et quel en sera l'impact sur le monde du travail et les syndicats ?    

Concrètement

Principaux éléments des concepts de mobilité future :

  • La quantité de voitures dans les zones urbaines doit diminuer pour sortir de l'impasse et réduire les émissions de gaz à effet de serre.
  • Pour maintenir, voire améliorer, le niveau de mobilité malgré une réduction importante de la mobilité individuelle (principalement en voiture), les services partagés doivent se développer de manière significative. Cela concerne aussi bien les formes existantes de transport public (trains, métros, tramways, bus, etc.) que les nouveaux services de covoiturage et de partage de véhicules (bus, taxis, motos, vélos, scooters, etc.).
  • Les opérateurs de plateformes numériques permettront la combinaison de tous les types de modes de transport en introduisant des solutions de transport intermodal ou multioptionnel flexibles.
  • La collecte et l'utilisation de mégadonnées (big data) au sein de systèmes d'intelligence artificielle est un élément clé de tous les projets visant à numériser les concepts de mobilité. 
  • Les nouvelles technologies permettront également l'introduction de véhicules autonomes (par exemple, les "robotstaxis"), nécessitant l'installation d'un éventail de dispositifs numériques (Internet, capteurs, radar, lidar, etc.), permettant une communication adéquate entre véhicules ainsi qu’entre les véhicules et l'infrastructure (routière).
  • Les véhicules autonomes permettent l'accès aux zones rurales par les transports publics. L'élimination des coûts de maind'œuvre rendrait plus rentable le service aux clients dans les régions peu peuplées.
  • Actuellement, ce sont principalement les entreprises technologiques qui ont pénétré ce marché de la mobilité, car elles disposent des logiciels, de la technologie et des produits nécessaires à la numérisation du secteur et à la mise en œuvre de nouveaux services et modes de transport.
  • Ces entreprises technologiques fondent leur action économique sur des modèles d’entreprise différents de ceux des fournisseurs de mobilité traditionnels. La présentation crédible d'un concept commercial pour avoir accès à du capital à risque est primordiale. Les bilans trimestriels et la rentabilité à court et moyen terme deviennent secondaires.
  • Les entreprises technologiques ne vont pas juste remplacer les fournisseurs de mobilité traditionnels. Il y aura de multiples formes de coopération et de réseaux. La question qui reste ouverte est celle de savoir qui créera la plus grande partie de la valeur ajoutée, qui fixera les conditions de travail, etc.
  • La réforme et la numérisation des systèmes de transport entraîneront des pertes d'emplois dans l'industrie traditionnelle des transports publics et de l'automobile. Elle créera de nouveaux emplois, notamment dans l'informatique, le secteur des services et des infrastructures numériques de transport. Il est fort probable que la quantité de nouveaux emplois compensera les emplois perdus.
  • Parmi les nouveaux emplois, il y aura des postes hautement qualifiés et bien rémunérés et il y aura d'autres emplois, principalement dans le domaine des services, qui seront souvent caractérisés par des conditions de travail précaires.

Le défi

 

 

Bien que l'analyse quantitative des pertes et des gains d'emplois ne semble pas trop problématique, l'écart de compétences entre l'emploi d'aujourd'hui et celui de demain constitue un défi de taille. 

En voici quelques exemples :

Arturo, 52

Travaille depuis 31 ans comme tourneur sur des machines CNC dans une usine de transmission d'une grande entreprise automobile en Argentine. Son usine va fermer dans les années à venir, car les véhicules électriques n'ont pas besoin d'une transmission (complexe). Au cours des trois dernières décennies, les principales compétences qu'Arturo a acquises sont les suivantes : usinage de haute précision des métaux, utilisation d'une machine à commande numérique, activités de maintenance, contrôle de qualité, intégration d'un processus de fabrication complexe, travail d’équipe et travail posté.
Que faut-il faire pour qu'Arturo se perfectionne et se requalifie afin de pouvoir trouver un nouvel emploi ? 

Pourquoi ne pas ajouter de nouvelles compétences dans le domaine de l'électronique et de la mécatronique pour lui permettre d'installer des infrastructures routières numériques nécessaires au fonctionnement sûr des véhicules autonomes ?

Christine, 43

A travaillé comme guichetière, puis comme surveillante de station pour assurer la sécurité et la propreté dans un réseau de métro français. Elle a perdu son travail de guichetière il y a plus de dix ans au profit d'une machine. L'intelligence artificielle rendra également son travail de surveillance superflu au cours des cinq prochaines années. Ses principales compétences aujourd'hui concernent la supervision d'un système de transport assez complexe, les systèmes de vigilance, les connaissances informatiques de base, le travail d’équipe et le travail posté.
Que faudra-t-il pour perfectionner et requalifier les compétences de Christine afin qu'elle puisse trouver un nouvel emploi ? Et pourquoi pas de nouvelles compétences informatiques afin qu'elle puisse surveiller l'introduction de flottes de robots-taxis à l'avenir ?

Kiara, 28

A été employée par un centre d'appels interentreprises en Inde au cours des huit dernières années. Elle était principalement chargée d’opérations de comptabilité pour le compte d’une grande entreprise américaine. Un nouveau logiciel rendra bientôt son activité superflue. Les compétences qu'elle a acquises se situent dans les domaines de la comptabilité et des programmes informatiques connexes, du contrôle d’une gestion de base et des relations avec la clientèle.
Que faudra-t-il pour que Kiara se perfectionne et se requalifie afin de pouvoir trouver un nouvel emploi ? Il lui faudra probablement un perfectionnement informatique sérieux et continu pour trouver un nouvel emploi avec une perspective à plus long terme.

Les études

 

 

Deux chercheurs allemands dans le domaine des systèmes de transport, les professeurs Andreas Knie et Weert Canzler, ont étudié l'impact sur le monde du travail des futurs systèmes de mobilité. (Les recherches correspondantes seront bientôt disponibles ici …)

Le débat

Un débat stratégique est nécessaire pour s'assurer que les syndicats sont bien positionnés pour défendre les droits des travailleurs et travailleuses et pour assurer à l'avenir des emplois décents et une progression des salaires.

Quelques sujets essentiels :

Le projet

 

En collaboration avec la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), UNI Global Union et la fondation allemande Friedrich Ebert (FES), IndustriALL Global Union mène un projet sur trois ans (2021-2023) concernant les futurs concepts de mobilité afin de garantir un travail et un salaire décents. 

Mobility – IndustriALL

Principaux éléments du projet :

  • Élaboration d'une compréhension détaillée du concept et du marché de la mobilité du futur : structure, modes de transport, acteurs, emploi, modèles économiques, rôle du syndicat.
  • Analyse de l'impact sur la maind'œuvre, des exigences futures en matière de compétences et des besoins de formation.
  • Évaluation et prise en compte de tous les aspects liés au genre
  • Définition d’une perspective véritablement mondiale avec une contribution égale du Sud et du Nord.
  • Commande d'études à des experts externes
  • Lancement d'un débat stratégique entre les syndicats du secteur

IndustriALL condamne la cessation forcée des activités des syndicats indépendants de Biélorussie

En les qualifiant d“organisations extrémistes” le gouvernement a eu recours le 12 juillet dernier à un simulacre de procédure judiciaire pour liquider de force le Syndicat indépendant de Biélorussie (BITU ou BNP) et le Syndicat des travailleurs de la radio et de l’électronique (REP), à l’issue d’un procès devant la Cour suprême du pays.

Le 14 juillet, des audiences ont eu lieu à la Cour suprême concernant la liquidation du Syndicat libre de Biélorussie (SPB). Le Président du SPB, Mikola Sharakh, a témoigné devant le tribunal et, dans un autre geste scandaleux des autorités, il a été arrêté alors qu’il rentrait dans sa ville de résidence, accusé d’une infraction administrative. Le lendemain, Sharakh a été reconnu coupable et condamné à 15 jours de privation de liberté.

Le Syndicat libre des métallurgistes (SPM) était également présent au tribunal ce 14 juillet. Une décision officielle doit encore être annoncée par la Cour suprême, mais on peut affirmer sans risque de se tromper que le régime biélorusse a effectivement supprimé tous les syndicats libres et démocratiques du pays, sans possibilité de recours.

“Ces procès sont un scandale absolu et n’ont pas leur place dans un pays régi par l’État de droit. La Biélorussie se positionne clairement en dehors de toute norme internationalement reconnue,”

a fustigé Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

“IndustriALL condamne ces décisions dans les termes les plus fermes. Notre soutien aux syndicats indépendants et démocratiques de Biélorussie est inébranlable et nous continuerons à lutter pour leur existence légitime.”

L’audience concernant le Congrès biélorusse des syndicats démocratiques (BKDP) est prévue pour le 18 juillet, mais tous ses constituants ayant été liquidés, l’existence du BKDP n’a plus de raison d’être.

Le Président par intérim du BKDP, Maksim Pazniakou, déclare qu’un Bureau international du BKDP sera créé.

“Avec pour but principal de rétablir l’existence du BKDP, le Bureau international devra maintenir un agenda syndical indépendant, proposer aux travailleurs et travailleuses de Biélorussie des idées qui leur soient favorables, sur ce à quoi devrait ressembler la Biélorussie, maintenir le contact avec les forces vives de Biélorussie, fournir un soutien solidaire obligatoire aux personnes réprimées aussi longtemps que nécessaire et poursuivre le travail avec les organisations internationales.”

Comme indiqué précédemment, au moins 15 dirigeants du BKDP ont été arrêtés, dont certains sont déjà emprisonnés et d’autres sont en attente de jugement.

Il y a eu malgré tout l’une ou l’autre bonne nouvelle le 14 juillet, comme lorsque Aliaksandr Mialeshka, membre du comité exécutif du syndicat local SPB du centre de recherche biélorusse en oncologie, hématologie et immunologie pédiatriques, a été libéré à l’issue de sept jours de prison.

Si vous ne l’avez pas encore fait, aidez-nous à faire pression sur les autorités ; signez et partagez la campagne de solidarité LabourStart.

L’UE doit mettre fin à l’accord commercial préférentiel avec les militaires du Myanmar

Le système commercial TSA de l’UE accorde au Myanmar des tarifs commerciaux avantageux, au mépris flagrant des règlements du système de préférences généralisées (SPG) de l’UE, qui stipulent que les pays bénéficiaires doivent respecter les principes des quinze conventions fondamentales sur les droits de l’homme et du travail.

La plupart des syndicats du Myanmar sont interdits et les dirigeants syndicaux ont été arrêtés ou sont entrés en clandestinité. Les emplois facilités par l’accord TSA ne relèvent en aucun cas du travail décent respectant les normes fondamentales du travail et l’affilié d’IndustriALL, la Fédération des travailleurs industriels du Myanmar (IWFM), compare ces conditions à de l’esclavage moderne. Malheureusement, une véritable diligence raisonnable en matière de droits de l’homme n’est tout simplement pas possible dans ces conditions.

De manière choquante, le mois dernier, le régime a annoncé son intention d’exécuter des opposants politiques. En maintenant l’accord TSA, l’UE crée une situation où les entreprises européennes risquent de profiter de violations flagrantes des droits de l’homme et où les citoyens européens sont en situation de soutenir involontairement le régime en achetant des produits fabriqués au Myanmar dans ces terribles conditions.

“Le Myanmar est confronté, de manière solidement établie, à de graves violations des conventions de l’ONU et de l’OIT incluses dans les règlements SPG-TSA, par des sociétés et des marques multinationales, parmi lesquelles 61 enseignes de mode bien connues originaires de l’UE,”

a indiqué Khaing Zar, Président de IWFM.

“Le respect des conventions est une condition du maintien de l’initiative “Tout sauf les armes” et le respect des droits des travailleurs nécessite une réaction rapide et efficace de l’UE.”

L’industrie de la confection reste une source vitale de devises étrangères pour le régime. La campagne d’IndustriALL revendique que les enseignes cessent leur production au Myanmar, en soulignant le décalage entre leur retrait immédiat de Russie après l’invasion de l’Ukraine et leur présence non-démentie au Myanmar.

Malgré la situation désastreuse des droits de l’homme au Myanmar depuis le coup d’État de février 2021, la plupart des enseignes de confection continuent de s’approvisionner dans le pays, souvent, selon nous, en violation de leurs propres codes de conduite. Les enseignes affirment que leur présence ne profite pas aux militaires et qu’elle fournit des emplois, mais elles apportent d’importantes devises étrangères, ainsi que des revenus au régime sous forme de taxes et de droits.

“Il n’y a pas de travail décent dans un pays gouverné par un régime militaire et où les syndicats ne peuvent pas fonctionner,”

martèle Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL.

“Il est impossible de faire des affaires au Myanmar sans nuire à la population ainsi qu’aux travailleurs et travailleuses. Nous demandons instamment à l’Union européenne de suspendre immédiatement l’accord TSA avec le Myanmar.”

Luc Triangle, Secrétaire général d’industriAll Europe, ajoute :

“Le message des travailleurs et travailleuses de la confection du Myanmar à l’UE est clair. Agissez, suspendez l’accord TSA et coupez ces moyens vitaux à l’épouvantable junte militaire. Nous attendons de l’UE qu’elle agisse de manière responsable et qu’elle agisse maintenant.”

Attentes de base pour les gestionnaires d’actifs en matière de droits fondamentaux au travail

Les gestionnaires d’actifs investissent au plan mondial des capitaux pour le compte des fonds d’épargne-retraite des travailleurs. Les administrateurs de fonds de pension qui siègent dans les conseils d’administration de ces fonds et qui font partie du réseau du CWC attendent de leurs gestionnaires qu’ils assument leurs responsabilités s’agissant d’atténuer d’éventuels impacts négatifs sur les droits du travail au niveau de leurs investissements et qu’ils prennent en compte avec bienveillance les griefs des travailleurs lorsqu’ils sont exprimés. De même, d’autres types de détenteurs d’actifs, notamment les fondations et les investisseurs religieux, ont également des attentes croissantes vis-à-vis de leurs gestionnaires.

“Les gestionnaires d’actifs mondiaux peuvent détenir des participations importantes dans des investissements sur les marchés publics et privés où les droits fondamentaux au travail, tels que le droit à la liberté syndicale et à la négociation collective, sont violés. Les détenteurs d’actifs peuvent utiliser les Attentes de base du CWC pour inciter les gestionnaires d’actifs à utiliser leur influence et, en fin de compte, à avoir un impact positif sur le terrain pour les droits des travailleurs,” a déclaré Paddy Crumlin, Président de la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) et Président du Groupe de travail de l’Initiative de responsabilisation des gestionnaires du CWC.

Les Attentes de base du CWC sont divisées en quatre catégories à partir desquelles il est possible d’évaluer le niveau d’engagement d’un gestionnaire d’actifs s’agissant de faire respecter les droits fondamentaux au travail dans ses investissements :

(1) le cadre d’intendance des investissements
(2) les pratiques d’intendance dans les sociétés cotées (y compris le vote par procuration et l’engagement)
(3) les pratiques d’intendance dans les marchés privés
(4) les activités de plaidoirie politique

Le cadre est ancré dans les Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme et les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales, qui définissent les responsabilités des investisseurs en matière de diligence raisonnable et de prévention ou d’atténuation des impacts environnementaux et sociaux négatifs.

“Les investisseurs de stature mondiale, en particulier ceux qui s’engagent dans les fonds de pension, investissent notre argent et nous revendiquons de ces investissements le même respect des droits syndicaux fondamentaux que celui dont nous jouissons sur nos propres lieux de travail. Il ne peut y avoir aucun compromis sur le droit de se syndiquer et à négocier collectivement. Ces attentes de base doivent être prises au sérieux par tous les investisseurs,”

a déclaré le Secrétaire général d’IndustriALL Atle Høie.

Les Attentes de base ont été développées en collaboration par des responsables syndicaux et des administrateurs de fonds pension afiliés à des syndicats, notamment : Australian Council of Trade Unions (Australie), AFL-CIO (É-U), Comisiones Obreras (Espagne), FNV (Pays-Bas), la Confédération syndicale internationale, UNI Global Union (UNI), la Fédération internationale des travailleurs du transport (ITF) et la Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE (TUAC).

La sécurité professionnelle reste une préoccupation majeure dans les mines pakistanaises

Comme de nombreuses mines du pays fonctionnent sans autorisation et sont exploitées illégalement, peu de mineurs sont couverts par les lois nationales régissant la santé, la sécurité et le bien-être des salariés des mines et des carrières. Il est donc difficile pour les travailleurs blessés ou les familles de ceux qui sont décédés de demander une indemnisation en cas d’accident. Une indemnisation insuffisante et l’absence d’inspection des mines par les services gouvernementaux incitent les employeurs à ne pas investir dans les infrastructures de sécurité des mines, comme le prévoit la loi.

Sultan Khan, Secrétaire général de la Fédération centrale des mines du Pakistan, affiliée à IndustriALL, indique :

“Une industrie minière non réglementée et le manque d’application des lois existantes tuent des mineurs chaque jour. Le gouvernement doit s’engager à appliquer strictement les politiques existantes en matière d’exploitation minière et à inscrire tous les mineurs dans des régimes de sécurité sociale. Nous revendiquons également que les propriétaires de mines tiennent un registre de présence des travailleurs qui se rendent sous terre.”

Neuf mineurs, dont un garçon de douze ans, ont été tués le 6 juillet dernier après que des pluies ont inondé un charbonnage de la province pakistanaise de Sindh. L’accumulation d’eau de pluie avait atteint à une hauteur de 15 à 18 mètres à l’intérieur de la mine, où une quarantaine de travailleurs étaient occupés à des travaux d’extraction.

Malgré les fortes pluies qui ont fait des ravages dans tout le pays, l’extraction du charbon s’est poursuivie au Pakistan, aggravant des conditions de travail déjà mauvaises. La flambée des prix de la nourriture et du carburant oblige les mineurs à continuer à travailler dans des conditions aussi dangereuses. Les mineurs pakistanais sont également soumis à une pression accrue pour augmenter la production, car le pays est confronté à une crise énergétique due à une pénurie de devises étrangères permettant d’acheter du gaz naturel ou du pétrole sur le marché international pour faire fonctionner ses centrales électriques. Au lieu de cela, le Pakistan doit compter sur la production nationale et les importations de charbon.

Apoorva Kaiwar, Secrétaire régionale d’IndustriALL pour l’Asie du Sud, a déclaré :

“Les conditions de travail sur les sites miniers au Pakistan sont épouvantables. Les employeurs doivent s’assurer que les protocoles de sécurité sont mis en œuvre dans leurs mines. IndustriALL appelle le gouvernement pakistanais à ratifier la Convention 176 de l’OIT sur la sécurité et la santé dans les mines et à mettre fin aux hécatombes dans les mines du pays.”

Les travailleurs de Saint-Gobain au Mexique rejettent le contrat de protection de l’employeur

Au total, 1.539 travailleurs et travailleuses de l’usine verrière de Saint-Gobain à Cuautla, Morelos, ont voté lors d’un scrutin direct, libre et secret les 5 et 6 juillet. Selon le Centre fédéral de conciliation et d’enregistrement, 700 travailleurs ont voté en faveur de l’accord existant, 814 ont voté contre et 25 bulletins ont été déclarés nuls.

Joaquín Guzmán, Secrétaire général du Syndicat indépendant des travailleurs libres et démocratiques de Saint-Gobain Mexico, s’est félicité de ce résultat. Il a déclaré que le syndicat allait maintenant se concentrer sur l’obtention du droit de représenter les travailleurs dans les négociations en vue d’une nouvelle convention collective qui protégerait les salariés et les aiderait à améliorer leurs conditions de travail ainsi que leurs salaires.

“Nous, les travailleurs et travailleuses, nous sommes exprimés et avons écrit une page d’histoire. Par notre courage, notre bravoure, notre dynamisme et notre détermination, nous avons démontré que si nous sommes unis et mobilisés, nous pouvons apporter de grands changements. Merci à tous ceux qui ont fait preuve de solidarité et qui ont eu confiance en nous. Nous allons maintenant nous efforcer de représenter dignement les travailleurs et travailleuses dans les négociations en vue d’une nouvelle convention collective,”

a communiqué Joaquín Guzmán.

Pendant longtemps, les travailleurs et travailleuses ont été soumis à un contrat de protection de l’employeur signé avec un syndicat qui faisait partie de la CTC, favorable aux employeurs. Cela mettait les salariés dans une situation injuste et créait de mauvaises conditions de travail, car le syndicat négociait dans leur dos et ne représentait pas leurs intérêts.

En vertu de la récente réforme du droit du travail au Mexique, tous les travailleurs et travailleuses ont le droit d’élire leurs dirigeants syndicaux et de choisir le syndicat qui les représentera lors de futures négociations collectives. En outre, toutes les conventions de travail existantes doivent être soumises à un scrutin d’ici au 1er mai 2023.

Dans les jours qui ont précédé le vote, les travailleurs et travailleuses ont déclaré à IndustriALL qu’ils avaient été intimidés et poussés à voter en faveur de l’accord. En réponse, le Secrétaire général d’IndustriALL, Atle Høie, a écrit à Régis Blugeon, Directeur des affaires sociales et des ressources humaines du groupe Saint-Gobain.

Dans cette lettre, il demandait à Blugeon de s’assurer que l’équipe de direction locale se conforme à la réforme du travail promulguée au Mexique et aux conventions de l’OIT sur la liberté syndicale, qu’elle respecte les droits humains des travailleurs et travailleuses ainsi que la procédure de vote en permettant la tenue d’un scrutin libre et équitable.

Après avoir pris connaissance du résultat du vote, Atle Høie a déclaré :

“Les contrats de protection de l’employeur sont une malédiction au Mexique et doivent être abolis. 80.000 contrats sont en attente d’approbation pour l’année à venir. IndustriALL soutiendra tous les efforts visant à garantir que des conventions collectives équitables soient négociées, avec des travailleurs et travailleuses représentés par des syndicats indépendants, comme nous l’avons fait avec Saint- Gobain. Nous félicitons les travailleurs et travailleuses pour leur victoire dans cette première étape de leur lutte.”

Pratiques antisyndicales chez Tainan Enterprises en Indonésie

Lorsque Garteks, affilié d’IndustriALL, a formé une section syndicale dans l’usine de l’entreprise située au nord de Jakarta en août de l’année dernière, son président Ahmad Faisal, son vice-président Tulam et son vice-secrétaire Hendra Radista ont été licenciés sous prétexte qu’ils refusaient d’être transférés dans une autre usine.

Ne tenant pas compte des efforts d’IndustriALL pour régler la situation, Tainan Enterprises Indonesia a au contraire pratiqué l’escalade dans son conflit avec le syndicat.

Soumis à une intense pression, le secrétaire du syndicat, Edison, a été contraint de démissionner de Garteks et de rejoindre un syndicat jaune. Le trésorier du syndicat, Ibran Susan, a été contraint de démissionner de son poste. Le secrétaire syndical adjoint Sriwahyuni a été transféré de Jakarta Nord et le simple adhérent Undi Cahyadi a été rétrogradé. En mai, l’entreprise a licencié le vice-secrétaire syndical Rahmawati.

Les pratiques antisyndicales vont loin. Au cours de ses contacts avec IndustriALL, Tainan Enterprises Indonesia a dissimulé la recommandation formulée par le ministère indonésien de la main-d’œuvre le 24 décembre 2021, en vertu de laquelle les trois dirigeants du syndicat Garteks devaient être réintégrés.

“Faisant preuve de bonne volonté, Ahmad Faisal, Tulam et Hendra Radista ont signé un accord à l’amiable avec la société en février, acceptant des indemnités de licenciement à condition que la société mette fin aux pratiques antisyndicales. Et pourtant, la direction a continué à persécuter les membres du syndicat. C’est contraire à l’éthique et cela doit cesser. Tous les syndicalistes doivent être réintégrés,”

déclare Trisnur Priyanto, Secrétaire général de Garteks.

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, a pour sa part déclaré :

“Nous demandons instamment à l’entreprise de cesser de tromper les membres de Garteks et de violer la loi nationale en vigueur qui protège les travailleurs et travailleuses contre la discrimination antisyndicale. Tainan Enterprises Indonesia doit suivre la recommandation du ministère de la Main-d’œuvre et réintégrer tous les membres de Garteks avec leurs arriérés de salaire et les avantages liés à leur ancienneté.”

Illustration : vue en plongée d’une usine de confection en Indonésie, ©ILO

La Biélorussie doit libérer les dirigeants syndicaux arrêtés !

Les procès du BKDP et de ses affiliés se poursuivront devant la Cour suprême ce mois-ci :

12 juillet : Syndicat indépendant de Biélorussie (BITU ou BNP)
12 juillet : Syndicat des travailleurs de la radio et de l’électronique (REP)
14 juillet : Syndicat libre de Biélorussie (SPB)
18 juillet : Congrès biélorusse des syndicats démocratiques (BKDP)
Aucune date de procès n’est encore fixée pour le Syndicat libre des métallurgistes (SPM)

Atle Høie, Secrétaire général d’IndustriALL, se joint à Sharan Burrow, Secrétaire générale de la CSI, pour condamner le mépris total des autorités biélorusses pour le respect des procédures et des droits fondamentaux des travailleurs.

“IndustriALL continuera à dénoncer l’oppression incessante des syndicats démocratiques par le gouvernement. Le mouvement syndical international soutient fermement les travailleurs et les militants de Biélorussie qui se battent pour exercer leurs droits fondamentaux de travailleurs,”

a indiqué Atle Høie.

Au moins 15 dirigeants et militants du BKDP ont été arrêtés et certains ont déjà été jugés et sont en prison.

 

Le KGB a arrêté la Présidente du syndicat de base SPB du Centre de recherche biélorusse en oncologie, hématologie et immunologie pédiatriques, Yulia Zharankova. Aliaksandr Mialeshka a été arrêté le même jour. Il était auparavant membre de l’organe directeur du même syndicat de base. Selon le syndicat, plusieurs adhérents du secteur de la santé ont été soumis à des interrogatoires et ne sont pas autorisés à en divulguer des détails.

Si vous ne l’avez pas déjà fait, aidez-nous à faire pression sur les autorités ; signez et partagez la Campagne de solidarité LabourStart.

PORTRAIT D’UN SYNDICAT : l'action collective renforce le syndicat, selon Rose Omamo

PORTRAIT D’UN SYNDICAT

De Global Worker No 1 juin 2022

 

Pays: Kenya

Syndicat: AWKMW

Texte: Elijah Chiwota

Selon la camarade Rose, comme on l'appelle affectueusement, une autre qualité précieuse d'un syndicaliste que les dirigeants syndicaux doivent toujours garder à l'esprit est de rester fidèle à la cause du collectif. Cela signifie qu'en tant que dirigeant syndical, vous devez veiller à ce que le syndicat fournisse des services, soit à l'écoute de ses adhérents, les représente de manière adéquate dans les conflits du travail et se batte pour des salaires vitaux.

Mais pour qu'un syndicaliste puisse défendre avec confiance les droits des travailleurs, il doit trouver un ton approprié et être capable de parler des luttes des travailleurs avec un maximum de clarté, d'engagement et de passion. 

“Il m'a fallu de nombreuses années pour arriver à m’exprimer pleinement. Mais maintenant que c’est un acquis, je m’en sers pour faire avancer les droits des travailleuses, revendiquer des conditions de travail décentes et militer en faveur de la ratification de la Convention 190 afin d'éliminer la violence et le harcèlement dans le monde du travail. Par exemple, nous devons utiliser notre faculté d’expression pour désigner et dénoncer les auteurs de VHBG, agir contre eux et leur réclamer des comptes,”

affirme-t-elle.

La camarade Rose est apparue sur diverses plateformes médiatiques et dans divers forums pour plaider en faveur de l'équité et de l'égalité entre les sexes, ainsi que pour la mise en avant de personnes exemplaires en la matière en tant que stratégie de lutte contre la VHBG sur le lieu de travail. Elle a également fait campagne contre la violence domestique, qui a augmenté pendant les confinements de la pandémie de Covid-19.

Lors d'un atelier sur la VHBG en Afrique subsaharienne organisé à Johannesburg, en Afrique du Sud, en avril, la camarade Rose a indiqué que l'une des qualités personnelles qui la distinguait était de chanter et de danser après une victoire syndicale. Selon elle, cela fait partie du répertoire de la célébration des victoires des travailleurs. Avec d'autres militants, elle a dansé lors de l'adoption de la convention 190 et de la recommandation 206 lors de la Conférence internationale du travail à Genève, en Suisse, en 2019. Selon elle, la célébration des victoires syndicales se doit d’être joyeuse, d'autant plus si elle intervient après des négociations difficiles qui demandent beaucoup de temps et d'efforts. Dans la plupart des cas, cela se fera contre des employeurs qui ne sont pas disposés à accepter les revendications des travailleurs et travailleuses.

Membre du conseil d'administration et responsable des femmes de la Confédération COTU, une centrale syndicale kényane, et coprésidente d'IndustriALL pour la région d’Afrique subsaharienne, la camarade Rose a récemment été nommée à un autre poste de direction. Cette fois, en tant qu'administratrice du NSSF, l’organisme de sécurité sociale du Kenya, qui gère un fonds de pension national et assume des responsabilités en matière d'assurance maladie, de santé et de sécurité au travail et de protection sociale. Elle sera l'un des deux représentants des travailleurs au conseil d'administration, conformément à la législation nationale, et affirme qu'elle abordera ses responsabilités d'une manière qui sera influencée par sa riche expérience syndicale.

“En tant que syndicats, nous travaillerons ensemble et solidairement avec d'autres partenaires sociaux, dont le ministère du travail et les employeurs, pour protéger le NSSF et veiller à ce que des investissements soient réalisés pour le faire croître. De plus, nous assurerons une surveillance pour que l'argent des travailleurs reste en sécurité et soit investi conformément aux mandats du fonds. Encore une fois, l'expérience que j'ai acquise en travaillant avec d'autres organisations pour protéger les intérêts des travailleurs sera utile car le conseil représente les intérêts collectifs de toutes les parties prenantes clés,”

indique-t-elle.

Rose Omamo – AUKMW 

La formation continue fait partie intégrante du mouvement syndical et c'est le chemin qu'a emprunté la camarade Rose au cours de ces 30 dernières années. Son parcours syndical a débuté en tant que déléguée syndicale dans une usine d'assemblage automobile à Mombasa avant qu’elle n’accède à ses fonctions actuelles de Secrétaire générale en 2016 et d'être réélue lors de la conférence quinquennale en 2021. Son expérience syndicale montre que le mouvement syndical est un espace d'apprentissage pour les travailleurs et travailleuses en raison des diverses compétences que les syndicalistes acquièrent au fil des ans : de la syndicalisation dans les ateliers à la négociation avec les employeurs et les gouvernements dans les conseils d'administration, en passant par les campagnes en faveur des travailleurs et des droits de l'homme au niveau mondial. 

La camarade Rose suggère que les syndicats explorent les moyens d’œuvrer avec les travailleurs du secteur informel et, à cette fin, l'AUKMW a signé un accord avec l'association Jua Kali des mécaniciens routiers et des artisans informels. Elle considère qu'il s'agit là d'une des premières étapes de la syndicalisation du secteur informel. Jua Kali, qui signifie soleil brûlant en swahili, est la désignation devenue courante pour les travailleurs du secteur informel. Ils travaillent sous un soleil de plomb, exposés aux éléments, mais avec la syndicalisation, leurs conditions de travail peuvent changer. 

Rose IndustriALL co-présidente de l'Afrique sub-saharienne, ainsi que vice-présidente de la région.

AUKMW

L'AUKMW a été fondé en 1971 et compte 4160 membres, dont 800 du secteur informel.

Le syndicat organise le secteur automobile et sa chaîne de valeur, y compris les artisans et les tôliers dans la fabrication de pneus, la peinture par pulvérisation, les systèmes d'échappement et autres composants automobiles. Le syndicat organise également des travailleurs qui fabriquent des appareils électriques tels que des réfrigérateurs, des fils isolés et des câbles électriques, ainsi que des câbles de télécommunications. Il organise également les travailleurs des fournisseurs et des fabricants d'équipements médicaux, ainsi que ceux qui fabriquent des équipements de construction mobiles, par exemple des brouettes.